Elle s'appelait Adrienne

  • R comme regrets

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    Mardi soir, une journaliste du Standaard lançait sa question d'enquête et invitait les internautes à y répondre: "Qu'est-ce que vous regrettez?

    On a évidemment droit aux réponses classiques, je regrette d'être trop comme ceci, pas assez comme cela, d'avoir fait ou pas fait... et toutes les autres philosophies de comptoir, jusqu'au "je regrette d'avoir des regrets". 

    Voilà, tout est dit: n'en ayons pas cool 

    *** 

    photo prise à la Journée du Patrimoine 
    et qui reviendra peut-être à la lettre V 
    V comme vertige 
    tongue-out

  • 20 miracles de la nature (10)

    En rentrant de voyage à la mi-août, j'ai trouvé certaines plantes complètement noyées et puis celle-ci, qui n'avait pas reçu une seule goutte d'eau: l'orchidée à laquelle je tiens le plus, évidemment, celle qui me parle tous les jours de François. 

    Ses racines n'étaient plus que de la paille sèche, ses feuilles molles et brunes, sauf une minuscule au cœur de la plante. 

    L'Opération Sauvetage d'Urgence a été mise en branle... 

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    Couper tout ce qui est mort, rempoter, baigner quotidiennement, bien égoutter: le premier septembre elle remontre un premier signe de vie... 

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    Le dix septembre, elle bourgeonne de partout 

    kiss 

    Ce dix-huit septembre, François aurait eu 30 ans. J'aurais préféré que la science ait pu faire pour lui ce que moi j'ai fait pour son orchidée... 

  • P comme parapluie

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    Ellen avait certains principes dont elle n'aimait pas se départir: y rester fidèle l'aidait à traverser les jours. Il suffit de si peu de choses pour que la vie s'effiloche... 

    Ainsi par exemple, le 18 septembre on est encore l'été, il ne peut donc être question de sortir les bas, les pulls, les écharpes et les vestes. Tant pis s'il fait frisquet le matin, on marchera un peu plus vite. 

    Le parapluie, on peut le prendre: il arrive qu'il pleuve aussi l'été, n'est-ce pas? 

    C'est pour cela que dans sa petite robe sans manches, elle marchait à grands pas sous l'averse, heureusement munie de son parapluie. Klara a eu du mal à la rejoindre et s'est glissée à ses côtés, hors d'haleine, pour profiter de l'abri. 

    Un quart d'heure plus tard, en arrivant au bureau, Klara a le côté droit détrempé: pendant le chemin, Ellen a bien pris soin de positionner le parapluie de façon à évacuer toute l'eau dans le dos et le sac de sa collègue. 

    Alors Klara comprend enfin pourquoi ce jour-là, pour une fois, elle a eu droit au regard attentif d'Ellen pendant qu'elle lui parlait. 

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie!

  • O comme ordre du monde

    Je ne connaissais pas Metin Arditi. La quatrième de couverture le présente comme "un auteur francophone d'origine turque". Une petite recherche internet me dit qu'il est Suisse, Genevois. 

    On peut s'interroger sur cette différence de qualification. Sans doute que "francophone d'origine turque" est plus vendeur que Suisse. C'est comme ça, la francophonie, mais soit... 

    L'enfant qui mesurait le monde : cliquez sur le lien pour lire l'article, je ne pourrais pas mieux dire. Aussi n'en dirai-je rien cool 

    On peut lire les premières pages du livre ici

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    Je vous le conseille vivement

  • M comme mille euros

    Chaque année à la fin du mois de septembre, tous les élèves - qu'ils le veuillent ou non - participent au cross de l'école. Chaque année, on se bagarre dur pour les places du podium et on souffre beaucoup à l'arrière du peloton. 
    Chaque année, Madame recueille un plein sac de "choses précieuses" dont elle prend soin pendant que ses élèves galopent leurs kilomètres: des clés de moto, des portefeuilles, des smartphone. 
    Il y a quelques années déjà, des élèves s'étaient écriés, à la vue de certains de ces petits objets: 
    - Mais quelle idée d'apporter à l'école un portable de 500 €! 
    D'ici peu, on s'écriera: 
    - Mais quelle idée d'apporter à l'école un Iphone de plus de mille euros! 

  • L comme langue et liens

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    La Canadienne Québécoise (et inversement) Iris Boudreau est à Bruxelles où elle a déjà finement observé mes compatriotes cool  

    Dessin et vidéo sur son blog

  • K comme kurk et knal

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    Pourquoi faudrait-il se plier à l'étiquette 

    et se priver du plaisir de faire sauter un bouchon? 

    Kurken knallen... 

    Voici l'instant magique 

    juste avant les bulles 

    cool 

    photo prise l'autre week-end 

    chez ma carissima nipotina 

    *** 

    et toujours je repense à mon père 

    qui n'était satisfait que lorsque le bouchon 

    n'avait émis qu'à peine un faible chuintement 

    ...

     

  • J comme jargon

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    Beaucoup de gens, déclare le spécialiste consulté, se plaignent d'un manque d'hygiène conversationnelle... 

    Faut que je note ça pour ne pas l'oublier, se dit l'Adrienne. 

    Un manque d'hygiène conversationnelle, elle n'est pas sûre d'avoir bien compris ce que ça voulait dire mais elle devine que c'est un bel euphémisme. 

    Bref, les pédagogues d'aujourd'hui ont leur jargon comme les médecins de Molière, et la préciosité n'a pas pris fin avec le 17e siècle: aujourd'hui plus que jamais on se doit de remplacer par des tournures alambiquées les mots jugés "bas". 

    Comme ragots, cancans, commérages et racontars, par exemple. 

    *** 

    photo prise à l'Hôpital Notre-Dame à la Rose

     

     

     

  • I comme incipit

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    Longtemps je me suis couchée de bonne heure. Non par goût, mais parce que j'avais un petit frère qui refusait d'aller au lit aussi longtemps que j'avais la permission de veiller. 

    Longtemps je me suis donc couchée à l'heure des petits enfants. Je ne réussissais pas à m'endormir - l'ado vit à un autre rythme, c'est bien connu - et j'appréhendais ces longues heures dans l'attente vaine du sommeil. 

    C'est encore pareil aujourd'hui et j'ai déjà appliqué tous les conseils des spécialistes et autres gourous du sommeil: des rituels, des heures fixes, pas de café ni d'écrans lumineux dans les heures précédentes, que sais-je encore. 

    Ma carissima nipotina a le même problème et réussit à s'endormir en faisant tout le contraire de ce qui est préconisé: allongée dans son fauteuil, la télé allumée, les chats couchés sur elle, elle dort... 

    Vous commencez à la connaître, vous savez bien qu'elle n'en fait qu'à sa tête tongue-out 

    Peut-être a-t-elle un peu raison?

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio 
    qui impose l'incipit indisposant irrémédiablement
    Walrus innocent 

    La dernière phrase aussi est imposée. 

  • H comme helkiase

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    Dans les couvents aussi l'argent était le nerf de la guerre et si des religieuses ont pu y avoir une "carrière" - chose inaccessible aux autres femmes de leur époque - c'était généralement à condition d'être "bien nées" et d'apporter une dot.

    C'est ainsi que certaines ont pu devenir femmes de pouvoir ou femmes de sciences, à une époque où une jeune fille pouvait s'estimer privilégiée si on lui permettait d'apprendre une langue, un instrument jugé "féminin" comme la harpe ou le piano et la peinture de fleurs à l'aquarelle. 

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    Sœur Marie-Rose (née Zélie Carouy) est une de ces femmes intelligentes et avisées. Vers 1898, elle crée un remède appelé helkiase dont l'efficacité antiseptique semble faire l'unanimité: le musée a conservé toute une collection de lettres de remerciements reçues de patients du monde entier. 

    La commercialisation de sa découverte lui permet de remettre à flot les caisses de l'hôpital. Ci-dessous, une des plaques publicitaires vantant le produit: 

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    C'est un produit désinfectant et cicatrisant qui sera utilisé de la fin du 19e siècle jusque vers le milieu du 20e. 

    Aujourd'hui, Belgique oblige, la buvette du musée sert une bière de ce nom, produite spécialement par la brasserie Dupont tongue-out 

  • G comme grand amour

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    En voyant la consigne du Défi du samedi, je me suis demandé pourquoi on avait qualifié l'envahisseur allemand de "doryphore". 

    C'est un terme que mon grand-père n'utilisait pas, peut-être que la vue de l'Allemagne dévastée avait eu sur lui l'effet thérapeutique nécessaire au pardon. 

    Par contre, je constate que le terme est réutilisé de nos jours: 

    Parigots, doryphores et têtes de veau 

    Selon un sondage publié par Marianne (mars 2011), les Français trouvent les Parisiens pas sympas (57%), pas accueillants, pas souriants (71%), snobs (71%), arrogants (66%), pas respectueux de l'environnement, pas drôles (81%), pas épanouis (61%), toujours stressés (91%), pressés (93%). (...) 

    Aujourd'hui, en Centre Bretagne, le doryphore, c'est le Parisien. En région marseillaise aussi où il est vécu en envahisseur. "Il se la pète et il est ladre, il n'a pas l'esprit du sud", entend-on souvent. (...) 

    Encore une preuve que le locuteur natif ne cesse de recycler son vocabulaire... 

    Pour ce qui est des autres conclusions à en tirer, je vous laisse juger par vous-mêmes tongue-out

     

     

     

  • F comme fainéant

    prof,école,élève

    Fainéant, paresseux, voilà des mots qui sont absolument interdits dans le contexte scolaire. 

    Fin juin, quand I*** a reçu son carnet de notes, sa maman a été très fâchée qu'il n'ait pas réussi sa sixième (sa Terminale). 

    Pas fâchée contre son fils, bien sûr, mais contre l'école: le conseil de classe aurait dû le délibérer. 

    - Oui, dit Madame la coordinatrice (1), mais sur quelle base? 

    Quatre ans déjà que la maman sort le même argument: I*** est intelligent et n'a jamais eu besoin d'étudier pour réussir. Quatre ans que les profs lui disent qu'à force de ne rien faire, il n'acquiert aucune base (en maths, en langues, en économie) et ne développe aucune méthode de travail. 

    Bref, au bout d'une heure et demie d'entretien, la maman a fini par lâcher un "I*** n'est pas prêt, mentalement, pour passer dans le supérieur", ce qui équivalait à un aveu complet et à un accord avec la décision du conseil de classe. 

    *** 

    Donc I*** redouble et cette année Madame a la joie de l'avoir dans sa classe. 

    Il n'a pas fait son premier devoir écrit. 

    Il n'a pas préparé son oral. 

    Fainéant? Paresseux? 

    Oh non! il n'a sans doute jamais eu besoin de travailler pour réussir. 

    Il est tellement intelligent tongue-out 

    *** 

    - Je n'aime pas le français, dit-il à Madame après trois heures passées avec elle, mais toi je t'aime! 

    Madame a bien peur que ça ne suffise pas pour réussir. 

    Et prévoit un petit cours de rattrapage sur le vouvoiement et le tutoiement tongue-out 

    *** 

    (1) parce que pour des discussions de ce genre, la direction se débine et délègue à Madame 

    (2) je demande pardon au chat de l'hôpital Notre-Dame à la Rose de l'avoir choisi pour illustrer ce billet, tout rapport entre lui et I*** est absolument inexistant tongue-out

     

     

     

  • 7 fois la Dendre

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     Quand la Dendre était plus égout que rivière, elle passait par les quartiers les plus pauvres, 

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     servait au transport et à l'industrie. Aujourd'hui qu'elle est propre et verte

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    elle intéresse le beau monde et les promoteurs,  

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    fait la joie des cyclistes et des canards. 

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    A quoi sais-tu que tu es en Wallonie? 

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    Tous ceux que tu rencontres te disent bonjour 

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    comme si tu étais des leurs. 

    Bref, j'aime la Wallonie 

    comme le chantait un animateur de la télé flamande (Rob) il y a plus de dix ans

    tongue-out 

  • E comme étranger

    devinette, photo, wallonie, belgique

    la photo n'est pas truquée 

    la plaque "étranger" m'a bien fait rire 

    mais où se trouve-t-elle? 

    qui est cet étrange étranger ?

    tongue-out

  • D comme découverte

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    C'est grâce à l'ami P*, celui qui se vante d'avoir vu naître l'Adrienne, sous prétexte qu'il a vingt mois de plus,  

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    qu'elle a enfin visité ce lieu merveilleux 

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    dans la ville natale d'un certain René. tongue-out 

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    Avec son grand jardin 

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    sa ferme 

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    sa glacière 

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    l'hôpital Notre-Dame à la Rose a fonctionné en autarcie dès le 13e siècle. 

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    Certains instruments de torture peuvent effrayer les iatrophobes tongue-out 

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    mais ils ne pourront conclure qu'une chose: quel bonheur de ne pas être né aux siècles précédents (voir par exemple l'intéressante collection d'instruments pour la trépanation ou l'amputation, sans anesthésie bien sûr) 

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  • C comme Carrare

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    Les bras ballants, elle garde les yeux fixés sur la fontaine. Elle évite le regard de l'homme, ce pli qu'il a déjà entre les sourcils à force de les froncer, cette dureté au coin de la bouche. 

    Avec ses mains dans les poches et son attitude raide, il lui semble plus dur et plus froid que le marbre de la fontaine. C'était lui pourtant qui, il y a six mois à peine, profitait de chaque mèche échappée du chignon pour lui faire une caresse dans la nuque. 

    Serrée dans la main gauche, la pièce de monnaie qu'elle jettera dans l'eau du petit bassin. Oui, elle reviendra à Rome. 

    Mais sans lui. 

    *** 

    photo, tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie!

  • B comme Bottes suédoises

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    Pour parler de ce livre, par quel bout commencer? 

    Faire le lien avec le précédent, Les Chaussures italiennes? C'est inutile, ils peuvent se lire indépendamment l'un de l'autre. 

    Faire le lien avec la biographie de l'auteur, dont c'est l'ultime ouvrage? (1) Peut-être n'est-ce pas pertinent de se demander dans quelle mesure auteur et narrateur se confondent quand ils parlent de l'éventualité de leur mort prochaine et de la peur qu'ils en éprouvent. 

    Faire le lien avec l'environnement naturel décrit dans le roman? Le climat nordique, ces rochers où rien ne pousse, cette petite ville portuaire de plus en plus déserte et désolée ajoutent évidemment à l'ambiance générale. 

    Chacun y souffre du même problème, la solitude: l'ancien facteur, qui se mêle de la vie des autres, la femme du restaurant, qui rêve d'un ailleurs, la vieille sur son rocher, dernière survivante de quelques familles de pêcheurs, la veuve de Nordin, mort subitement d'un arrêt cardiaque, la réfugiée polonaise, qui travaille depuis des années à la remise en état d'une vieille bagnole, la jeune journaliste... et le narrateur, même si c'est par choix qu'il vit en reclus sur son île. 

    Lui aussi aimerait revivre un amour, avoir une présence aimante à ses côtés. A 70 ans, il a peur qu'il ne lui reste que peu de temps, même s'il est encore en parfaite santé. 

    Vieillir, c'est s'aventurer sur une glace de moins en moins solide. (p. 255)

    Et puis... et puis, après l'incendie criminel de sa maison, les événements vont s'enchaîner pour nous mener, nous lecteurs, vers une fin beaucoup plus positive qu'on ne l'aurait imaginé. 

    Ce qui me fait conclure que peut-être, s'il en avait eu le temps, Henning Mankell aurait poursuivi par un troisième tome. 

    Moi en tout cas je sais quel titre je lui aurais donné tongue-out  

    *** 

    (1) l'original a paru en 2015 et l'auteur est décédé en octobre cette année-là 

    source de l'image et info ici, sur le site de l'éditeur et les 25 premières pages en lecture ici 

    merci à Margotte et à son challenge nordique 

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  • A comme Arthur

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    Bien souvent je rencontre Madame Arthur et son chien. Madame a toujours sa canne et Arthur est toujours aussi beau. 

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    Aujourd'hui encore, il profite de la promenade pour vagabonder un peu, obligeant Madame Arthur à crier son nom, comme la première fois que je les avais croisés au parc et que j'avais craint le pire

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    Aujourd'hui je sais qu'il a ses rituels, cet arbre-là, ce détour-ci, puis le chemin du retour et hop un petit saut dans la prairie, peu avant de bifurquer vers la maison. 

    C'est là qu'il a mal calculé son coup. Qu'il a oublié son âge. 

    - On dirait qu'il boite, dis-je à Madame Arthur. 

    - Il a mal atterri en sautant. Il a douze ans, vous savez. Et ces chiens-là, normalement ça vit neuf ans, douze est un grand maximum! 

    Je compatis. Je pense à Chien Parfait, unique et irremplaçable, jamais remplacé. 

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    Et je me demande ce que fera Madame Arthur. 

    Sans compter le chagrin qu'elle aura.

  • Premiers signes

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    On n'était qu'à la mi-août, mais une petite pluie les avait tout à coup fait sortir de terre, sous l'allée de chênes menant à l'école... 

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    Puis il y a eu les premières noisettes, les premiers chrysanthèmes et les premiers articles de Noël dans un discount dont je tairai le nom... honte à lui! tongue-out

  • Derniers

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    Derniers concerts de l'été dans ma ville 

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    Derniers moments de tranquillité sur la pelouse de la petite école d'en face 

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    Les derniers canetons ont atteint leur taille adulte 

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    Derniers vestiges d'un rang de petites maisons ouvrières,
    la faïence-support-à-savonnette... 

    automne,nature,école,chat

    et première fois que la bagnole est sous son carport cool

     

     

  • Z comme zéro ami

    Ils vous envoient une demande sans vous connaître. Vous allez vérifier leur profil: zéro ami, une seule photo d'eux, généralement dans le genre quadragénaire sportif chic, qui a tous ses cheveux et des lunettes de soleil sur le front, et là où vous acquérez la certitude que vous ne les connaissez pas, c'est quand ils prétendent habiter en Californie ou à la côte d'Azur. 

    Facebook, machine de la visagéité et de l’amitié posthumaniste, titrait un article que vous auriez bien aimé lire, malheureusement il fallait se créer un profil et celui que vous avez déjà sur fb vous suffit. On peut également l'acheter sur Cairn

    Zéro ami, c'est l'immense peine de ma carissima nipotina. Une collègue qu'elle croyait être une amie vient de la définir ainsi: quelqu'un qui peut être à la fois à 90% autiste et tout de même d'un commerce généralement agréable. Ça lui a filé un sale coup de bourdon... 

    Alors que voulez-vous? Elle se tourne vers ses chats. 

    les joies d'internet,amitié

  • Y comme Y a qu'à demander!

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    Chaque matin au petit déjeuner, Monsieur et Madame vous répètent que ces chaleurs sont exceptionnelles, du jamais vu, et que dès demain la température va baisser. 

    Chaque matin. 

    Puis vous vous dites qu'à force d'attendre au lendemain, votre semaine de vacances italiennes sera passée et que vous n'aurez pas vu les deux musées de la ville. 

    Vous décidez donc d'y aller après la pause de midi (qui dure jusqu'à 17.00 h., ici c'est déjà presque le sud tongue-out

    Surprise! la porte est fermée. Vous étiez pourtant très fière de l'avoir trouvée parce qu'elle ne correspond pas à ce qui est marqué sur le dépliant offert aux touristes par la ville. 

    Vous vous rendez donc quatre rues plus loin à l'autre musée, qui est aussi l'office de tourisme. 

    - Vous voulez voir le musée Cassioli? Mais c'est tout simple, il n'y a qu'à demander et quelqu'un vous y accompagnera. 

    Vous payez un billet combiné pour les deux musées et une dame munie d'un gros trousseau de clés retourne avec vous pour vous ouvrir et attendre patiemment que vous ayez fait votre tour des peintures exposées. 

    Heureusement, c'est vite fait, car on y voit principalement ce genre de croûtes: Cesare Maccari, Leonard de Vinci en train de peindre la Joconde  

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    Ça vous laisse donc du temps pour la promenade. 

    Vous vous dites que c'est le moment de faire le "percorso dei mulini" qui longe la rivière au nord-est de la ville. 

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    Le départ est tout à fait charmant et vous vous enfoncez avec délices dans un peu de verdure, grappillant ici et là les premières mûres. 

    Puis vous tombez sur ça: tous les sentiers d'accès sont barrés. Vous aimeriez savoir pourquoi... 

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    Là aussi, il suffisait de demander: l'explication est un peu défraîchie - elle date du 20 janvier dernier - mais on réussit encore à en déchiffrer l'essentiel: 

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    Le sentier est fermé depuis le 20 janvier parce qu'un malheureux y a trouvé la mort et que la municipalité craint que des curieux ne viennent sur les lieux (tale fatto potrebbe suscitare la curiosità della cittadinanza inducendo le persone a visitare il luogo dell' accaduto) 

  • X c'est l'inconnu

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    Où qu'il soit, Simon ne peut s'empêcher d'étudier les "signes" et ce n'est pas la préparation de sa thèse de linguistique sur les actes de langage qui y changera quelque chose: au sein de la vie sociale, tout est signe et donc significatif pour qui sait voir. 

    Ce matin, dans la salle du petit déjeuner, il a de quoi faire avec l'observation d'une dame seule dont la robe et la serviette de bain aux rayures bleues et blanches sont assorties à la nappe et au service de table. 

    Une dame que personne ne viendra rejoindre et qui pourtant laisse refroidir son œuf à la coque. 

    Qui a ouvert un nouveau paquet de cigarettes sans pourtant en avoir fumé une première. 

    Qui ne s'est même pas encore servi une tasse de café. 

    Qui a posé le Times bien en évidence sur le coin de la table, dans le sens de lecture opposé au sien, donc pour le passant. 

    Qui a ôté la serviette de son rond et l'a jetée en face d'elle. 

    Et qui, les mains jointes, ne cesse de regarder fixement au dehors. 

    Simon la prend en photo: voilà un cliché qu'il soumettra à la sagacité de ses étudiants, le semestre prochain.  

    *** 

    source de la photo et consignes chez Lakévio, que je remercie pour sa merveilleuse constance, même pendant les mois d'été cool

  • W comme wagon de train

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    La veille, l'Adrienne avait omis de lire les petites lettres: le train de 09.23 h. ne roulait que les "giorni festivi" et on était jeudi. 

    Assise sur un des bancs, elle a vu arriver l'homme pressé. Pantalon, chemise blanche, chaussures fermées, pour porter ça par 36° il faut être Italien. 

    - Encore une demi-heure d'attente, dit-il en soupirant. C'est beaucoup trop long! Autant y aller en voiture. 

    - C'est vrai que vous y serez plus vite, mais alors vous aurez le problème du parking... 

    - Oh! un parking, ça se trouve! ce n'est pas un problème! 

    C'est là qu'on se demande pourquoi il avait songé au train. 

    - Non vraiment, je ne vais pas attendre une demi-heure, j'y vais en voiture. Je vous emmène? 

    - J'ai déjà pris mon billet, dit l'Adrienne, comme si ces 3,50 € étaient un argument valable. 

    - Dommage! ça m'aurait fait de la compagnie... on aurait bavardé... 

    L'Adrienne est bien embêtée d'avoir eu une prudente grand-mère qui lui a inculqué de ne jamais suivre un monsieur, quoi qu'il offre tongue-out 

    Il tourne encore un peu en rond sur le quai, ôtant et remettant ses lunettes de soleil, regardant cette entêtée qui préfère perdre une heure au lieu de profiter de l'agrément de son auto et de sa conversation. 

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    Dans le train, l'entêtée a redit des tas de fois: "Che bellezza" 

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    à gauche, à droite, à l'aller et au retour, "che bellezza!" 

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    tout en essayant de prendre des photos tongue-out

     

  • V comme voyage

    Demain matin, un ami s'envole pour Moscou, où il montera à bord du Transsibérien: c'est un voyage qu'il rêve de faire depuis longtemps et pour s'y préparer, il a suivi plusieurs années de russe. 

    Il sera accompagné de son fils aîné. Il n'a pas réservé d'hôtels: il compte sur son éloquence et l'hospitalité des gens. 

    Et puis, il a envie de vivre sa dose d'aventures. 

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    En 2012, Sylvain Tesson a fait un même genre de voyage russe: parti de Moscou, il refait le trajet de la retraite napoléonienne après le désastre de 1812. Une sorte de célébration du bicentenaire qu'il voit comme un hommage aux soldats. On peut voir ici le reportage photo qu'en a fait Thomas Goisque, qui faisait partie du trio de voyageurs dans leur moto avec side-car. 

    Quand on lit son image de la France, on comprend mieux pourquoi il a toujours envie d'être sur la route: 

    "(...) ses régulations, des charcutiers poujadistes, des socialistes sans gêne, des géraniums en pot et des ronds-points ruraux. La France, petit paradis peuplé de gens qui se pensent en enfer, administré par des pères-la-vertu occupés à brider les habitants du parc humain (...)" 

    Sylvain Tesson, Berezina, p.25, éd. Guérin, janvier 2015 

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    source wikipedia commons 

    Il y avait ce tableau de Edouard Bernard Swebach, exposé au musée des Beaux-Arts de Besançon. On y voyait un cuirassier assis sur la croupe de son cheval couché. L'homme avait l'air désespéré. Il regardait ses bottes. Il savait qu'il n'irait pas plus loin. Dans son dos, une colonne de malheureux traînant, à l'horizon. Mais c'était le cheval qui frappait. Il reposait sur le verglas. Il était mourant - peut-être déjà mort. Sa tête était couchée délicatement sur la neige. Son corps était une réprobation: "Pourquoi m'avez-vous conduit ici? Vous autres, Hommes, avez failli, car aucune de vos guerres n'est celle des bêtes." (...) Sur ces trois cent mille bêtes [des chevaux], deux cent mille moururent pendant les six mois de campagne. (p. 153) 

    S'il y a une innocence fauchée par la guerre, c'est bien celle des animaux (p.152)

    ***  

    source photo, info et extrait à lire ici, sur le site de la maison d'édition

  • U comme une vie

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    On aurait peur de dire à Maria que ses fleurs sont "bellissime", il faut aussitôt qu'elle vous en offre. Alice le sait, pourtant elle n'y a pas pensé quand elle s'est spontanément exclamée que ses roses étaient magnifiques. Maria lui a répondu "Aspetta!" et a sorti son sécateur de la poche de son grand tablier de jardin. 

    Alice n'a pas de vase et remplit une carafe dans sa cuisine. 

    Puis elle oublie d'y mettre les fleurs.  

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    Elle a un peu recoupé la photo qu'Ugo a prise d'elle et l'a collée dans son carnet à spirale. Elle s'observe. Comme sur la photo, elle se retient de rire. Il lui avait enroulé ses longs cheveux sous une sorte de bonnet au crochet et fait retomber une mèche sur le côté. La visière lui descendait sur l'oreille. De l'autre côté il lui avait fait mettre une grande boucle d'oreille et dans les larges mailles de ce drôle de couvre-chef, il avait encore piqué une plume orange et un oiseau de papier multicolore. Elle s'était laissé faire sans rien demander, son italien n'était pas encore assez bon pour ce genre de conversation. 

    Finalement, elle était assez contente du résultat. 

    Elle espérait que lui aussi... 

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    Un mois déjà qu'elle est installée à Rome. Le temps file! Elle se dit qu'elle ne se lassera jamais de ce pays, de ses odeurs, de ses bruits, de sa cuisine, de son soleil, de ses habitants. Elle se dit que c'est ici qu'elle aurait dû naître. Elle se dit que si on peut adopter un enfant, on devrait aussi pouvoir adopter une maman. Elle aimerait bien être la fille de Maria.

    Il faudra qu'avant six mois elle ait trouvé quelque chose de stable. Un vrai travail.

    Ce ne sera pas évident. Tant de jeunes galèrent dans ce pays, ou s'expatrient. 

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    Le lendemain, elle a sa mère au téléphone:

    - Bon anniversaire, ma chérie! Tu as bien reçu ton paquet?

    Oui, elle l'a reçu. Sa mère croit apparemment que la France lui manque et lui a envoyé le dernier Sollers, des galettes Saint-Michel, un mirliton, une petite bouteille de sirop de violettes...

    Encore un malentendu! 

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    Elle passe beaucoup d'heures dans les musées. Elle dessine, elle prend des notes. Elle ne voit pas le temps passer et n'entend même plus ce que débitent les guides... ou les visiteurs. Elle se demande quand elle trouvera son propre style. Elle ne sait pas qu'elle le possède déjà. 

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    Elle se promène beaucoup aussi. Elle explore. Elle s'installe devant une vieille maison aux volets fermés, sort son matériel d'aquarelliste. Tout en peignant, elle imagine qui y a vécu. Qui l'a construite. Qui y est né et mort. Parfois la maison n'est pas vide: un volet s'ouvre, une vieille dame sort, vient voir l'oeuvre en cours. Parfois Alice lui offre son travail. 

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    Son modèle préféré, c'est Antonio, le mari de Maria. Inutile de lui demander de ne pas bouger, il s'assoupit dès qu'il s'assied. Il peut rester des heures à contempler le bout de ses baskets. 

    Alice essaie de restituer toute la dignité de l'homme même si on devine le mal qui lui ronge le cerveau. 

    Il faudrait voir, dit Maria, comme il était bel homme! Et elle va dans leur chambre à coucher, décroche la photo de leur mariage. "Guarda!" dit-elle. On sent tout l'amour et la fierté pour cet homme qu'aujourd'hui elle doit laver et habiller comme un enfant. 

    *** 

    merci aux Plumes d'ici et d'ailleurs
    pour les consignes et photos quotidiennes 
    tout l'été! 

    celles-ci sont de la semaine du 11 au 17 juillet

  • T comme Tryst

    Tryst, ça veut dire rendez-vous. Le mot appartient à la langue familière mais le traduire par 'rancard' serait aller trop loin, puisque là on est déjà dans le langage carrément populaire, voire argotique. 

    Tryst, c'est le titre d'un livre que j'ai lu à l'adolescence. J'avais oublié le mot ainsi que le nom de l'auteur, Elswyth Thane (ce qui se comprend, je pense, vu son exotisme tongue-out) mais je me souvenais parfaitement bien de l'histoire. 

    Pourtant, je l'ai relu avec plaisir, je dirais même dévoré, en une soirée. 

    Il commence ainsi: 

    Sabrina had never picked a lock in her life, but it was done every day in books. She tiptoed along the carpeted upper passage and whisked around the corner to the second flight of stairs leading to the top floor of the house. Gripped tightly in one hand she carried her burglar tools- nail scissors with curved points, a button-hook, and some wire hairpins stolen from Aunt Effie’s dressing-table. 

    Sabrina n'avait jamais crocheté une serrure de sa vie, mais ça se faisait tous les jours dans des livres. Sur la pointe des pieds, elle suivit le tapis du couloir et tourna au coin vers la seconde volée d'escaliers qui menait à l'étage supérieur. Fermement serrés dans une main, elle tenait ses outils de cambrioleur - des ciseaux à ongles aux bouts ronds, un tire-boutons et quelques épingles à cheveux volées à la table de toilette de tante Effie. 

    (traduction de l'Adrienne) 

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    photo et compte-rendu de lecture ici 

    *** 

    J'aimais alors - et j'aimerais encore maintenant - voir la mort comme elle est présentée dans le livre: ceux qui ont disparu ne le sont pas pour qui sait voir. Et en mourant, on retrouve ceux qu'on aime.

  • Stupeur et tremblements

    Non, se dit l'Adrienne en lisant dans le journal que le premier août, une firme américaine implante un "chip" dans la main de son personnel. 

    Non, se dit-elle, je ne veux pas vivre comme ça. Même si ça permet d'ouvrir automatiquement les portes de l'entreprise, de faire marcher l'ordi et la photocopieuse, de payer à la cafétéria... 

    Puis sa stupeur passe à la vitesse supérieure quand elle lit, en fin d'article, qu'une firme belge le fait depuis décembre dernier.  

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    source de la photo et article de décembre dernier ici 

    Le tatoueur qui les implante comme un piercing entre pouce et index prétend qu'il l'a déjà fait chez plus de 450 personnes, aussi bien des particuliers que du personnel d'entreprises, principalement pour une utilisation en domotique. 

    Les Belges étant de doux dingues, leur "chip" servira à leur donner la météo ou l'état des routes et leur permettra de se connecter à leur "playlist" sur Spotify... 

     

  • 22 rencontres (1bis)

    La première fois que Madame l'a revu après qu'il avait quitté les bancs de sa classe, il faisait du stop. Elle s'est arrêtée pour le prendre, bien sûr. 

    C'est alors qu'elle a remarqué qu'il était pieds nus. Il lui a dit de ne pas s'en inquiéter, ça avait un rapport avec le lieu d'où il venait - un camp scout - et non, il n'avait ni froid aux orteils ni mal à la plante des pieds. 

    La deuxième fois que Madame l'a revu, il a fait irruption dans son bureau des coordinatrices. Beaucoup d'années avaient passé, il s'était laissé pousser une barbe et travaillait comme éducateur. Il s'occupait d'enfants sourds et les aidait dans leur scolarisation. 

    En rentrant de vacances - Madame avait réussi l'exploit de ne presque pas penser à l'école, aux élèves ou aux anciens élèves pendant une quinzaine de jours - elle l'a revu au rayon des fruits et légumes du supermarché. 

    Devant l'étonnement de Madame quand il lui a annoncé qu'il suivait une formation de flic, il a déclaré: 

    - Je vais avoir 36 ans, tout de même! 

    Comme si ça avait un rapport avec sa nouvelle vocation... 

    prof, école, élève

    source de l'image 

    Quel dommage, se dit Madame depuis jeudi dernier, qu'un gars si doué pour l'accompagnement d'élèves en difficulté soit obligé de se chercher un autre boulot... Quelle perte pour l'enseignement, toutes ces restrictions budgétaires qui sous prétexte d'"inclusion" font entrer dans nos classes des enfants aux problématiques très diverses, sans aucun soutien approprié: que les enfants et les profs se débrouillent.

  • R comme racines

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    - Ça me fait quelque chose, me dit-elle, de passer par ici. 

    - Oui, à moi aussi! 

    Nous avions six ans et nous faisions la route ensemble quatre fois par jour. Sa maman était toujours là pour faire traverser la grand-route à ses enfants, surtout depuis qu'un garçonnet s'était fait écraser en sortant de l'école. 

    Nous étions dans la même classe et nous avons passé six ans côte à côte. Six ans d'une amitié indéfectible qui a suffi à nous faire traverser une moitié de vie, éloignées l'une de l'autre, et à nous retrouver comme si nous nous étions quittées la veille. 

    - Ça me donne des émotions, de passer par ici, me dit-elle. 

    - Bonnes ou mauvaises? 

    La question est difficile. Il y a eu des petits bonheurs et tant de grands malheurs, surtout dans sa vie à elle. 

    - En fait, dit-elle, je suis contente de repasser par ici. 

    Et moi je ne sais toujours pas pourquoi j'ai choisi de revenir vivre dans le quartier de mon enfance. 

     *** 
    tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie!