Elle s'appelait Adrienne

  • E comme exit

    les joies d'internet

    C'est hier après-midi que la nouvelle est arrivée, brutale, et en même temps on ne réussit pas à en être vraiment étonnée: 

    "La plateforme Skynet Blogs ferme ses portes.

    On nous propose de nous diriger vers WordPress. On nous dit que c'est fort simple et que ça ne nous prendra qu'une heure de temps. 

    Amen. 

    Si tout s'est déroulé comme prévu, ça devrait être là: https://adrienne414873722.wordpress.com 

  • E comme Ensor

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    On a laissé quelques mètres de dunes devant la petite église Notre-Dame-aux-Dunes (je traduis Onze-Lieve-Vrouw ter Duinen) et son cimetière aux allures irlandaises où des jonquilles fleurissent dans l'herbe d'où sort par endroits une vieille croix de granit. 

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    C'est ici qu'est enterré le peintre ostendais James Ensor. L'histoire de la petite église sur cet emplacement est une succession de ravages et de reconstructions depuis le 11e siècle: Maximilien d'Autriche en 1485, la guerre de 80 ans en 1601, la guerre de succession d'Espagne en 1706, des guerres de succession entre l'Autriche et Louis XV entre 1744 et 1748, la guerre de 1914-18. 

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    Un cimetière, une église, on pourrait croire que la plaque "interdit aux chiens" est superflue. Et en quelque sorte, elle l'est: un homme promenait son rottweiler entre les tombes et les jonquilles, une dame était assise dans l'église et y faisait la causette avec son épagneul. 

     

  • D comme digue

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    La digue l'après-midi, on s'y promène, on y mange, on y boit, on y fait toutes sortes de sports avec ou sans rou(lett)es et c'est un miracle à chaque seconde comment les vélos, les cuistax, les segways et autres engins évitent les piétons, leurs chiens, leurs enfants et leurs bébés dans les poussettes. 

    Du grand art. 

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    Sur la digue, le commerçant ostendais qui vend des coquillages a visiblement été inspiré par le succès de l'oeuvre de Stief De Smet et attire le regard du passant avec son imitation de bulot géant

    A Ostende, le commerce on a ça dans le sang, disait ma belle-mère. 

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    Sur la digue pendant toute la matinée on va croiser les "petits hommes" de Jaune: ils ramassent tous les détritus que les négligents n'ont pas pris la peine de jeter dans une poubelle. 

    "Oostende blinkt als de zee", Ostende brille comme la mer, dit le slogan peint sur la camionnette dans laquelle ils déposent leurs sacs remplis de plastiques divers, de boites à pizzas, de canettes... Ce ne sont pourtant pas les poubelles qui manquent, tout le long de la digue et même sur la plage!  

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    Les cabines de plage sont montées, une à une, repeintes à neuf et tirées au cordeau. Quand j'étais petite fille, je considérais qu'en avoir une à sa disposition était un luxe inouï: pas besoin de trimbaler les affaires de plage jusqu'à l'appartement, pas besoin de se contorsionner dans un drap de plage pour enlever le maillot mouillé, disposer d'un siège pour lire à l'ombre et à l'abri... Oui, c'est un luxe, je le pense encore aujourd'hui cool 

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    En fin de promenade, tout près du centre, les travaux à la digue permettent de jeter un œil sur ses fondations: des mètres de béton, d'acier et de briques doivent protéger la ville des grandes marées. 

    Et le réchauffement climatique? me direz-vous. Ils y ont pensé

  • C comme Crystal Ship

    ostende,expo,art,peinture

    L'expo The Crystal Ship 2018 sera inaugurée samedi, ce qui veut dire que cette semaine on peut voir les artistes au travail. Ici c'est l'Espagnol Dourone, Aartshertoginnestraat. 

    ostende,expo,art,peinture

    Si on prend le bac, on peut aller admirer l'oeuvre de l'Argentine Milu Correch, Buskruitstaat. 

    ostende,expo,art,peinture

    Jaune aussi est en plein travail, ici à l'Achturenplein, mais de lui on reparlera cool 

    Cette année, c'est la troisième édition de cet événement dont je suis toujours très, très fan!

  • B comme Beaufort

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    A Ostende, l'attraction numéro 1 de Beaufort 2018, c'est sûrement cette oeuvre de Stief De Smet, un bulot géant qui fait la joie des enfants. 

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    Pour une liste complète des oeuvres, voir ici

    art,expo,ostende,mer

  • Adrienne et son carnet rose

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    Comme de nombreux couples d'aujourd'hui, Sinta et Gempa se sont rencontrés sur la Toile. Elle vient de Stuttgart, lui de Prague. Ils sont en Belgique depuis 2016 et attendent leur premier bébé.  

    Toutes les nouvelles les concernant sont ici ainsi que la source de la photo. 

    Chez Alinga et Maka, le mariage un peu "arrangé" à l'ancienne mode s'est révélé un vrai coup de foudre. Un bébé est né, il y a six mois déjà mais ce n'est que maintenant qu'on peut enfin le voir. 

    Toutes les nouvelles à ce propos ici et dans la vidéo ci-dessous: 

    Et pour compléter ce carnet rose: deux éléphanteaux devraient encore naître aussi. 

     

  • Le premier

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    Après le concert de percussions diverses, Madame a trempé sa plume dans l'encre rose de la gratitude envers un ancien élève: 

    Cher Simon,

    Je tiens à te remercier: c'est grâce à toi qu'un jour je suis allée écouter un concert de marimbas, et c'est grâce à toi que j'ai appris à apprécier les percussions. 

    Sans toi, j'aurais raté quelque chose. 

    J'ai été heureuse de te revoir ce soir et je te souhaite encore beaucoup de succès. 

    *** 

    Vous aussi vous avez remarqué qu'il n'y a que des mecs sur la photo? 

    Les instruments de musique, comme les jouets, comme les vêtements, comme tout le reste, ont un sexe. 

  • Dernière fois

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    Ils étaient jeunes et sans le sou, ce qui est absolument dans l'ordre des choses. Mais ils avaient besoin d'une bagnole. 

    Par bonheur, le beau-frère d'un beau-frère était carrossier et vendait des voitures d'occasion. 

    C'est beau la vie, parfois. 

    Il leur a tout de suite dégoté ce qu'il leur fallait: une super occase, pas chère du tout, une Fiat vert d'eau qu'ils ont payée rubis sur l'ongle. 

    Les voilà sur la route, tout heureux, tout fiers. Pensez donc, leur première bagnole! 

    Elle est pas belle, la vie? 

    Sur les conseils du grand-père, ils l'ont d'abord bien bichonnée, passée au simonis longue durée: le vert d'eau, les vitres et les chromes, tout brillait au soleil de juin. 

    Une heure et demie plus tard, ni les roues ni les freins ne répondaient plus: ils venaient de passer au travers du châssis. 

    *** 

    écrit pour le Défi du samedi 

    G comme guimbarde 

    photo de Walter Vermeir  (source de la photo)  
    Fiat 509 peinte aux couleurs de celle de Gaston Lagaffe  
    salon de l'auto de Bruxelles en 2006 

     

  • Z comme Zóbel

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    Voilà pourquoi il faut aller voir des expos: vous y découvrez des merveilles inconnues, qui de plus ne se trouvent dans aucun musée. 

    Comme ce "Bodegón rosa" de Fernando Zóbel (1924-1984), d'un collectionneur particulier new-yorkais. Une nature morte en rose, peinte en 1968, que j'ai gardée pour la fin pour la délicatesse du dessin et des coloris. 

    Une sorte de point final dans la tradition "Still life", une évocation poétique de ce qui fait l'essence de la nature morte mais qui parle beaucoup plus de beauté et de simplicité que d'abondance et de finitude. 

    Spéciale dédicace à Isaure Chassériau 

    cool

  • Y comme y a pas photo!

    Voilà! 

    Voilà à quoi ça vous mène,
    l'amour des animaux! 

    D'abord vous ne tuez plus aucune araignée. 

    Puis vous décidez de ne plus détruire 
    leurs merveilleux chefs-d'oeuvre. 

    Alors un beau jour, 
    vous vous retrouvez avec ça. 

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    photo proposée par les Poudreurs

  • X c'est l'inconnu

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    C'est une histoire canadienne dont la presse internationale a parlé, et bien sûr la française puisqu'il s'agit d'un Français. 

    Si vous avez un jour été touriste à Paris, vous l'avez probablement rencontré, le garçon de café si sûr de lui, à la fois obséquieux et condescendant, qui réussit à vous mettre tellement mal à l'aise que vous vous dépêchez de vider les lieux. Ce qui était sans doute le but tongue-out

    Celui-ci a fait plus fort: licencié pour agressivité verbale grave et répétée envers la gérante et les collègues, il a déposé plainte au tribunal. Son argument: non, il n'est pas impoli, il est Français. 

    Il devra donc expliquer lors de cette audition «ce qui dans son héritage français provoque une conduite que des gens peuvent mal interpréter pour y voir une violation des normes de la conduite acceptable dans un environnement professionnel». 

    (je cite le Figaro mais tous les journaux reprennent les mêmes termes) 

    Je suis curieuse de voir la suite de son argumentation. Et surtout de voir dans quelle mesure la France lui donnera raison... 

  • Wagon de train

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    Le jeudi 27 mars 2008 
    des gens sont morts, des gens sont nés, 

    en France les lycéens et les profs manifestaient contre les suppressions de postes 

    tongue-out déjà? ô ironie tongue-out 

    et un premier train est parti de chez l'Adrienne. 

    Elle ne savait pas grand-chose: 

    qui la lirait - combien de billets elle écrirait - de quoi elle parlerait 

    axel-zangavond 06.jpg

    3535 billets plus tard 

    - hé non, elle n'a pas réussi à en faire un par jour - 

    voici le 116e wagon de train  

    pour vous dire

    un grand merci à vous tous! 

    *** 

    photo 1, Bruxelles, gare du Nord, mars 2018 

    photo 2, les mains de notre bien-aimé chef de chœur, février 2018

  • V comme viril (2)

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    Le bar est situé au huitième étage, avec vue sur la plaine hérissée de buildings de part et d'autre du fleuve. Et sur le ciel, un grand ciel bleu et le soleil de cette fin d'après-midi qui entre à flots. 

    En contre-jour, il repère tout de suite la chevelure fauve, les fesses bien moulées et les talons aiguilles: c'est évidemment vers ce coin-là du comptoir qu'il se dirige d'un pas assuré. Au moment de se poser sur le haut tabouret, il se penche et susurre: 

    - Si c'est permis, Mademoiselle? 

    Quand elle se tourne vers lui, il voit les bras musclés et les joues qui ont besoin d'encore une ou deux séances de laser: c'est Bérénice

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio

    qui propose de (se laisser) séduire (par) la femme à barbe 

    tongue-out

  • U comme unique argument

    prof,école,élève,actualité

    Il y a une seule raison, écrit Michele Leavitt dans un chouette billet de blog le 16 mars dernier, un seul argument pour refuser de donner des armes aux profs, comme le propose un certain T*** qui est arrivé, personne ne sait trop comment, à la tête d'un grand pays où les armes sont en vente libre et où des enfants se font de temps en temps zigouiller dans leur école par un fou détenant une arme automatique. 

    Un seul, que voici: Teachers are human beings, and human beings fuck up. 

    Voilà. Vous avez sûrement tous compris cool 

    *** 

    "In 4 out of 5 school shootings, at least one other person had knowledge of the attacker's plan but failed to report it."

    Hier une grande marche de soutien aux victimes a eu lieu là-bas dans l'espoir de faire bouger quelque chose au niveau politique. Il faut croire que 114 644 victimes chaque année, dont environ 14 783 ont moins de 18 ans, ça n'émeut pas les responsables au gouvernement. 

    Non, la solution évidente c'est d'armer tout le monde. 

    314 victimes par jour, dont 41 n'ont pas 18 ans, 95 en meurent, chaque jour, dont 6 ont moins de 18 ans, tout ça, c'est peanuts. 2277 morts d'enfants sur une année? On peut faire mieux, yes we can

    Attendez de voir quand les profs seront armés. 

    Surtout les Madames énervées et en pleine ménopause 

    tongue-out tongue-out tongue-out 

    photo d'Ursula Madariaga, Woman standing beside a wall

  • T comme tirer sur la corde

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    Si tu tires trop sur la corde, elle se rompt. Tout est affaire de mesure, d’équilibre, ni trop ni trop peu. 

    C'est sans doute pour ça que le cappuccino a été inventé - tout son secret réside dans le bon dosage - et les bancs pour se reposer. 

    A ce moment-là sur le quai désert apparaît un homme. Il est jeune, très grand, très maigre. Et très noir. 

    - Vous n'auriez pas un euro pour manger? 

    L'Adrienne a envie de le chasser comme une mouche importune. Un euro pour manger? Ça se mange, les euros? 

    On croit être maître de ses pensées, or on ne l'est pas. Dans la tête de l'Adrienne passent en une fraction de secondes des images d'Afrique - où elle n'a jamais mis les pieds - de mère et de grand-mère là-bas qui espèrent que le gamin a traversé la mer sain et sauf et qu'il est arrivé au pays où coule le miel. 

    - C'est vrai ce que vous dites, un euro pour manger? dit-elle à ce jeune homme, question plus idiote et plus maladroitement formulée encore, et sans aucune excuse de langue ou d'origine. 

    Alors pour ce funambule coincé dans cette gare entre un avant et un après tout aussi incertains l'un que l'autre, elle vide son porte-monnaie. 

    Ne lui faites pas compliment de sa générosité: il ne contenait presque rien. 

    *** 

    texte en retard pour le Défi du samedi

     

     

  • Stupeur et tremblements

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    Pour mieux se fondre dans la foule parisienne, William Willoughby Junior s'est acquis un béret basque. Il s'étonne d'en voir si peu dans les rues et sur les grands boulevards mais en conclut que tous ces promeneurs plus ou moins pressés ne sont sans doute pas de vrais Parisiens. 

    Il a bien préparé son voyage, il possède quelques rudiments de français et un discret glossaire qui malheureusement ne l'aide pas beaucoup au restaurant. Onglet? Tartare? Tripes? Tout ça ne s'y trouve pas et le serveur, un grand moustachu chauve, s'amuse à l'embrouiller encore plus en lui donnant des explications compliquées avec un débit de fusil mitrailleur. 

    De l'autre côté de la nappe à carreaux, un gros type oublie de fumer sa cigarette, tellement il est atterré par les mauvaises nouvelles de ce samedi 26 octobre. Lui aussi découvre avec stupéfaction des mots inconnus, krach, brokers, Dow Jones... et sent confusément que le monde va changer, et la peur du pire lui prend le ventre. 

    Pendant ce temps, près de la fenêtre, miss Susan Walker - des Walker de Baltimore - les premiers émois passés, se dit qu'il serait peut-être plus prudent de vérifier le pedigree du fringant jeune homme qui lui baise les doigts et la tient constamment sous la langueur de son regard, avant de s'engager plus loin avec lui. 

    Elle ne sait pas encore que depuis deux jours, ce presque sans-le-sou est plus riche qu'elle. 

    *** 

    photo offerte à l'inspiration chez Lali
    que je remercie!

  • 22 rencontres (7 bis)

    prof, école élève

    Quand Madame fait sa joyeuse entrée ce matin-là, une toute jeune femme attend debout dans le couloir du directeur. 

    - Ludmila! quelle bonne surprise! tu viens pour un stage? lui demande Madame, qui oublie de compter les années qui passent. 

    - Non, je viens pour un remplacement laughing 

    - Ah! super! 

    C'est le moment où arrive le directeur, qui vient justement d'apprendre une autre défection de prof, alors il apostrophe Ludmila d'un: 

    - Et des cours de français, tu pourrais en donner aussi? 

    Elle lance un coup d'oeil à Madame qui s'éloigne discrètement et répond: 

    - Mais oui, bien sûr! 

    Vous savez quoi? Ça a beaucoup fait rire Madame. 

    D'ailleurs, elle en rit encore tongue-out

  • R comme reproche

    jeu,fiction

    Tout en tirant l’aiguille, grand-mère observe Francesca qui dégonfle et enroule le matelas pneumatique à la force des bras et des genoux. Pas dupe, la nonna, mais elle aime qu’on se plie à l’étiquette: aussi longtemps que Francesca n’est pas mariée, on installera ce matelas à côté de l’entrée chaque fois qu’Antonio passe la nuit sous leur toit. Il vaut juste mieux ne pas venir contrôler au milieu de la nuit s’il y repose.

    Un garçon en or, cet Antonio. Aucun reproche à lui faire. Gentil, attentionné, il te porte ton cabas plein de verdure au retour du marché, te fait savourer la meilleure pasta au basilic, te répare un robinet qui goutte.

    Elle sait bien, la nonna, qu’on ne peut avoir aucune certitude sur l’issue d’un mariage, mais vraiment, c’est un garçon en or, aucun reproche à lui faire.

    Sauf peut-être qu’il est un Capuletti et eux des Montecchi.

    Mais on ne va pas, se dit-elle en se calfeutrant encore plus profondément dans son fauteuil, remuer ces histoires anciennes. 

    *** 

    écrit pour 13 à la douzaine

    avec les mots imposés 

    1 aiguille 2 étiquette 3 entrée 4 pneumatique 5 basilic 6 certitude 7 force 8 savourer 9 cabas 10 or 11 verdure 12 calfeutrer et le 13e qui donne le thème: reproche 

    photo prise à Asciano, été 2017

  • 20 miracles de la nature (12)

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    Le livre d'or en fin de parcours des Natures mortes espagnoles est un recueil où on trouve de tout et voilà une phrase avec laquelle on peut tous être d'accord. 

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    C'est aussi ce qu'a dû penser cet oiseau de mer sautillant sur un moignon après avoir perdu accidentellement une de ses pattes...  

  • Questions existentielles

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    Vendredi dernier, quatrième heure, les élèves de Terminale soupirent: 

    - Je suis bien contente d'être née encore juste à temps pour avoir pu jouer avec de vrais jouets et m'amuser avec mes amis.  

    - Les parents d'aujourd'hui, ils mettent un écran entre les mains des tout petits, comme ça ils ont la paix. 

    Et tous de renchérir... On parlait pourtant de tout autre chose, juste avant. 

    Mais il fallait que ça sorte. Et du moment qu'ils parlent français, Madame est contente tongue-out 

    Justement le même matin, au bureau des coordinatrices il y avait eu cette question d'un gamin de douze ans et demi qui l'avait drôlement ébranlée: 

    - Madame, je peux vous demander quelque chose? Est-ce que vous pourriez dire à mes parents de regarder un peu moins leur téléphone et de me parler? 

     

  • P comme pipe, porte et poignée

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    La Communauté flamande de Bruxelles a une magnifique bibliothèque, juste à côté de la Monnaie, ainsi qu'un café-bar-brasserie avec une grande porte de verre 

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    pour laquelle les visiteurs ont besoin d'un mot explicatif: 

    ceci est une porte 

    en dit is de hendel = et ceci est la poignée 

    J'aime Bruxelles cool 

     

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    René Magritte, L'art de la conversation, 1950 

    photo prise à l'expo parisienne en janvier 2017

     

  • O comme Oremus

    défi, souvenir

    Ils étaient trois amis qui à seize et dix-sept ans, possédaient déjà une vaste expérience d’enfant de chœur. Ils savaient exactement jusqu’où ils pouvaient aller « trop loin » et ne s’en privaient pas : c’était même une limite qu’ils s’amusaient à transgresser de temps en temps un brin de plus. Sans rien forcer, bien sûr, pour ne pas s’aliéner la sympathie de monsieur le curé. 

    La semaine pascale offrait les occasions les plus intéressantes de se divertir, en particulier la messe du samedi soir, celle où on renouvelle ses vœux de baptême. 

    Parmi les préparatifs à la sacristie – le bénitier et son goupillon, la grande croix d’argent et l’encensoir – il y avait aussi ce moment où ils procédaient à un discret tirage au sort pour décider lequel des trois aurait l’immense joie – et la grande responsabilité – de tenir le seau d’eau bénite. 

    Le goupillon, une énorme brosse à longs poils noirs, même trempée légèrement dans le seau, déversait une belle ondée sur les fidèles qui restaient stoïques, tête baissée. Il suffisait de peu de choses, enfoncer un peu plus le goupillon, rehausser légèrement le seau au moment du trempage, et c’était la grosse averse. 

    Le plus dur alors pour nos enfants de chœur, c’était de garder leur sérieux pendant toute la promenade dans la travée centrale, quand monsieur le curé aspergeait abondamment à gauche et à droite, et que les gens lui présentaient spontanément leur dos en rentrant la tête dans les épaules. 

    Après leur passage, il y avait de belles flaques par terre et les porteurs de lunettes sortaient un grand mouchoir pour essuyer leurs verres. 

    Seul celui qui marchait devant avec la lourde croix d’argent ratait ce beau spectacle et se promettait que l’an prochain, ce serait son tour de rigoler. 

    *** 

    écrit pour le Défi du samedi 

    E comme écouvillon 

    photo prise à Abbeville en novembre 2016

  • N comme non non rien n'a changé

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    Le troisième volet d'une journée à Bruxelles, c'est évidemment une petite visite à la si belle librairie Tropismes. Oh! juste une visite de courtoisie, pour prendre en main et feuilleter quelques livres - c'est ce qu'on se promet au moment d'y pénétrer - mais comment résister à ce Folio qui rassemble les discours et conférences d'Albert Camus? 

    Je sens que vous comprenez cool 

    Ouvrez ce livre au hasard, chaque fois vous y lirez quelque chose de juste, de bien dit et de parfaitement actuel. 

    Par exemple ceci, p.147, écrit en 1949: 

    "Pour guérir l'Europe, pour servir l'avenir du monde, c'est cette morale du dialogue que nous avons provisoirement à opposer à la morale du meurtre. Nous devons lutter contre l'injustice, contre la servitude et la terreur, parce que ces trois fléaux sont ceux qui font régner le silence entre les hommes, qui élèvent des barrières entre eux, qui les obscurcissent l'un à l'autre et qui les empêchent de se retrouver dans la seule valeur qui puisse les sauver de ce monde désespérant: la longue fraternité des hommes en lutte contre leur destin." 

    Quand vous serez arrivé - trop tôt! - au bout de la 376e page, vous aurez constaté que pas une seule fois cet homme n'aura cité une de ses oeuvres, ni un de ses personnages, ni aucun passage d'un de ses livres. 

    Admirable Camus.  

    *** 

    photo et infos sur le site de Gallimard - Folio 

    premières pages offertes en lecture ici

  • M comme Madame le Juge

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    Profitant de ma journée à Bruxelles, en plus de l'expo sur les natures mortes espagnoles je suis allée voir "Ni juge, ni soumise", une sorte de film documentaire qui suit une juge d'instruction. 

    Le sujet peut prêter à controverse mais une chose est sûre: on ne s'ennuie pas une seconde pendant toute la durée du film et on en sort avec une longue liste de sujets de réflexion... 

    La photo ci-dessus est celle d'une des pages du journal Le Soir du week-end dernier, avec l'interview de Madame le juge d'instruction. 

    le plus étrange dans cette affaire étant pour moi que tous ces gens - des prévenus pour la plupart - ont signé un papier disant qu'ils étaient d'accord qu'on les filme pendant leur entretien avec Madame...

     

  • L comme lettre 2

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    Chère Madame S 

    Barrez le "chère", il n'est là que pour la forme, vous ne m'aimiez pas, vous n'aimiez sans doute personne ou vous aimiez vous payer un petit succès facile en vous moquant de vos élèves. 

    En octobre, j'avais dû être opérée de l'appendicite, on m'avait gardée huit jours à l'hôpital et j'ai encore dû rester huit jours à la maison. Quand je suis revenue en classe, je me suis sentie fort démunie, vous aviez entre-temps appris des tas de choses que j'ai été obligée de deviner et de comprendre par moi-même. A commencer par une chanson dont vous exigiez que je la chante avec les autres, alors que je l'entendais pour la première fois. 

    C'est vous malheureusement que j'ai revue le plus souvent par la suite, jusqu'à l'an dernier. Et c'est dans des moments pareils que je maudis ma stricte éducation parce que je préférerais détourner la tête et ne pas vous saluer. 

    Mais toujours je vous souris et vous dis "Bonjour, madame S!" 

    *** 

    écrit pour le Marathon d'écriture 2018

  • K comme Kaat

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    En traversant le parking à pied, l'Adrienne remarque une coiffure si typique qu'elle la reconnaît tout de suite: elle ne peut appartenir qu'à son ancienne voisine, celle de l'heureux temps d'avant la ville, ses bruits et la fureur de ses camions. 

    Gentille voisine, en cinq ans, a changé de voiture mais se coiffe toujours de la même façon tongue-out 

    A la vitre arrière, un L est affiché: ils sont devenus grands, ses trois gamins, le petit dernier apprend lui aussi à rouler en bagnole, à présent. 

    Bizarrement, l'Adrienne n'a aucun mal à se souvenir tout de suite du prénom des trois garçons mais elle est déjà à mi-chemin de chez elle quand lui reviennent les noms des parents. 

    Kaat! bien sûr, gentille Kaat que l'Adrienne n'a pas osé aborder, le risque d'émotions étant trop élevé. 

    Tant de choses et tant de gens dont elle pensait qu'il serait difficile de vivre sans... elle vit toujours, cependant

    *** 

    photo prise un matin d'avril en 2013

  • J comme joli monde

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    Le café bu, le doigt de liqueur avalé, je sais ce qui va suivre: soit ma mère, soit tante Odile fait allusion à mes aquarelles et je dois les sortir, les leur montrer et entendre les commentaires, toujours les mêmes et toujours avec la même conclusion: c'est bien joli tout ça, mais à quoi ça va lui servir, je te le demande? 

     

    Le mardi après-midi, ma sœur Odile vient prendre le café. On s'offre un gâteau, une liqueur, il n'y a pas de mal à se faire du bien, comme elle dit toujours, sauf que c'est toujours à mes frais, mais soit, j'ai l'habitude. Alors fatalement, de quoi voulez-vous qu'on parle, de mon mari, de mes enfants, vu qu'elle-même n'a ni l'un ni l'autre. Heureusement, avec les aquarelles d'Hélène on peut facilement meubler les temps morts, en discuter longuement, puis il est enfin cinq heures et demie et Odile rentre chez elle. 

     

    En partant de chez ma sœur, j'espère toujours qu'elle me dira "Mardi prochain, ça ne m'arrange pas, on se revoit dans quinze jours". Malheureusement, mardi après mardi je n'y échappe pas et je ne sais pas comment faire pour y échapper. Mais comme elle n'a que moi, à part son mari (le pauvre!) et ses deux enfants, c'est moi qui suis le prétexte à se resservir une deuxième lampée de son horrible liqueur à la cerise. Puis, quand la conversation languit, cette pauvre Hélène est priée de montrer ses aquarelles et j'ai beau faire de mon mieux pour la complimenter sur la justesse du dessin, la finesse des coloris, toujours sa mère conclut d'un lapidaire et dédaigneux "à quoi ça va lui servir, je te le demande?".  

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio 

    trois personnages, trois points de vue

  • I comme inventio ou imitatio?

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    La hiérarchie des genres littéraires ou picturaux m'a toujours étonnée: pourquoi la grande fresque historique ou la tragédie seraient-elles des arts supérieurs? 

    Et pourquoi la nature morte serait-elle un genre mineur? La considérer comme simple "imitation" est un peu... simpliste. C'est nier tous les autres aspects de cet art, qui est beaucoup plus que purement "décoratif" 

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    Le tableau en tête du billet est un des premiers exemples de nature morte espagnole: vers 1602, Juan Sánchez Cotán (1560-1627) peint cette Nature morte avec fruits, légumes et plantes potagères (collection Abelló). Environ 450 ans plus tard, le collectif Equipo Crónica reprend divers éléments de l'histoire des natures mortes dans Le repas (1972), avec dans le coin supérieur gauche les fruits et légumes de Cotán suspendus à leur ficelle. 

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    Miguel de Pret, vers 1630-1644, utilise encore les ficelles tongue-out 

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    Antonio de Pereda, spécialiste espagnol de la nature morte selon les modèles flamands et hollandais 

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    Juan de Arellano, le peintre des fleurs, a introduit un miroir dans ce tableau, symbole de 'vanitas' 

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    L'observation attentive permet toujours de trouver les détails qui symbolisent la finitude de toute cette beauté: une mouche, une tache sur le fruit, une chenille sur la feuille, une fleur qui perd ses pétales... et sur ce tableau de Tomàs Hiepes (1654), de nombreux escargots qui se promènent sur les magnifiques grappes de raisin. 

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    Enfin, chez Joan Miró en 1937, la Nature morte avec vieille chaussure devient, comme le dit le mot explicatif affiché dans la salle, "une angoissante métaphore de l'horreur". 

    *** 

    Belle expo vue hier à Bozar où on peut l'admirer jusqu'au 27 mai 

     

  • H comme heureux évènement

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    - Dommage que ce ne soit pas un fils! dit la mère de l'Adrienne en apprenant qu'une de ses cousines est devenue grand-mère d'une deuxième petite-fille. 

    - Ben... pourquoi ça? demande l'Adrienne, pour qui ce sujet est particulièrement sensible. 

    - Et bien! pour la continuation du nom de famille! 

    - Ah bon? Tu trouves que ça manque de V*C*? 

    V*C* est le nom de famille le plus répandu dans la ville et toute la région autour. Tellement répandu qu'ils se retrouvent parfois à deux dans la même classe, sans avoir un seul lien entre eux. 

    *** 

    écrit pour le Défi du samedi - thème: Dynastie 

    le bébé sur la photo est l'écrivain Tom Lanoye

  • G comme Grosse Gaffe

    les joies d'internet,expert,ça se passe comme ça,vie quoitidienne

    Chez Proximus, lundi matin, quelqu'un a dû se prendre les pieds dans un câble, impossible d'ouvrir notre boite mail. 

    Mardi matin, quelqu'un a dû s'en rendre compte et nous reconnecter. 

    Malheureusement, c'était soit le stagiaire, soit le Gaston Lagaffe de la société: nous pouvions lire des mails, en envoyer était difficile, et notre carnet d'adresses était vide. 

    Jeudi soir, ce message arrive, disant naïvement "qu'on a peut-être déjà remarqué" la perte de nos contacts et promettant de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour nous les récupérer. Le plus vite possible...  

    Beste klant,

    Je hebt het misschien al gemerkt dat je contacten verdwenen zijn uit je Proximus-webmail. Inderdaad, op maandag 5 maart was er een technisch incident. De applicatie is ondertussen opnieuw opgestart, maar de recuperatie van de contacten is nog volop aan de gang. 

    We doen ons uiterste best om al je contacten te recupereren. Zodra dit is gebeurd, sturen we je een nieuwe mail. We verontschuldigen ons voor het ongemak en hopen om zo snel mogelijk bij je terug te komen.

    Bedankt voor je begrip. 

    Met vriendelijke groeten,

    Het Proximus-team

    Ben oui, patate, il ne nous a pas fallu trois jours pour nous rendre compte que toutes les adresses de nos correspondants avaient disparu! 

    "Zo snel mogelijk", le plus vite possible, est un des termes qui illustrent le mieux la relativité des choses d'ici bas. 

    *** 

    photo prise à Gand (musée STAM) 

    spécialement pour les collages de Joe Krapov 

    tongue-out