Elle s'appelait Adrienne

  • Y comme yeah!

    L'Adrienne est une yé-yé attardée à qui on peut faire chanter, avec un plaisir toujours renouvelé, The lion sleeps tonight (Weiss, Peretti et Creatore), I can't help falling in love with you (des mêmes), un chant folklorique congolais, Everything I do, I do it for you (Adams, Kamen et Lange), We are the world (M. Jackson), Happy together (Bonner et Gordon), un air de Papageno (Mozart, Die Zauberflöte) ou Alegria (Cirque du soleil). 

    Mais hier soir, c'était le top cool

    L'école de musique organisait un cours de chant des 15e et 16e siècles. 

    Le pied, quoi tongue-out

    Ma Julieta, Dama (Espagne, 15e siècle) 

      

    Pavane (Belle qui tiens ma vie) France 16e siècle 

    Greensleeves, Angleterre 16e siècle

  • X c'est l'inconnu

    Hier, un article assez discret mentionnait que sept journalistes palestiniens avaient vu leur compte fb bloqué. 

    Fb ne dément pas, mais parle d'un hasard. 

    Pur hasard s'il s'agit de journalistes palestiniens. 

    Pur hasard que fb a signé un accord avec Israël précisément ce mois-ci pour éliminer tout ce qui déplairait aux dirigeants de ce pays. 

    Pur hasard si dans 95% des cas, fb obtempère et accède aux désirs d'Israël d'ôter l'info qui gêne. Tout comme l'ami G**gl*. 

    Car bien évidemment, il est préférable de ne pas nous inquiéter sur la façon dont la Palestine est gérée, spoliée, enfermée, tenue à l'écart de tout spectateur extérieur et même de toute aide. 

    Et si aide il y a, s'empresser de démolir. Que ce soient des poteaux électriques ou un terrain de jeux pour enfants. J'en ai déjà parlé ici, tout ça avait été offert par la Belgique puis rasé par Israël. 

    "Wat niet weet, wat niet deert", dit le proverbe en néerlandais: si tu ne le sais pas, tu ne dois pas non plus t'en charger la conscience. 

    Fermons les yeux du monde sur les exactions. Je lis chez Lucette Desvignes qu'Israël a même obtenu de la France qu'elle interdise des actions du genre "boycot". 

    Bref, s'il n'en reste que deux à s'énerver très fort sur ce qui se passe là-bas, ce sera Lucette Desvignes et moi. 

    Sauf qu'elle le fait avec infiniment plus de talent. 

    Je vous en donne un autre exemple icicool

  • W comme what else?

    Quoi de plus beau 

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    que des arbres et de l'eau 

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    du bleu et du vert 

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    des nuages dans le ciel 

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    et deux yeux pour les contempler 

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    photos prises à Namur 

    les 3 et 4 septembre derniers 

    pour le projet du Hibou 

    semaine 39 - verdure

  • V comme vue

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    Leïla  

    Tu dansais petite fille 
    Danseras-tu mère-grand 
    Dans le tourbillon de la vie 
    Bientôt les hommes reviendront 
    Il faudra bien qu'on te marie 

    Les masques sont silencieux 
    Et la musique est si lointaine 
    Qu’elle semble venir des cieux 
    Chaque jour apporte ses peines 
    Et ses problèmes pernicieux 

    Les brebis s’en vont dans la neige 
    Flocons de laine et ceux d’argent 
    Des soldats passent et que n’ai-je 
    Quelques mots plus encourageants 
    Que puis-je faire que sais-je

    Sais-je où s’en iront tes cheveux
    Crépus comme mer qui moutonne
    Sais-je où s’en iront tes cheveux
    Et tes grands yeux tristes d'automne 
    Tu le sais bien ce que tu veux 

    Leïla ma petite Syrienne 
    Comment ne pas baisser les bras 
    Le fleuve est pareil à ta peine
    Il s’écoule et ne tarit pas 
    Quand donc la paix reviendra

    *** 

    écrit sur le schéma du poème de Guillaume Apollinaire, Marie, in Alcools

    *** 

    pour Lakévio

  • U comme un, deux, trois... un inventaire à la Prévert

    Un ordi  
    deux boites à mail  
    trois commentaires 
    quatre réponses 
    un soleil qui se lève 
    des autos dans la rue 

    un café 

    une douzaine de blogs à visiter 
    un volet qu'on relève à côté. 
    une maison qui tremble 
    six camions sont passés 
    une porte avec son paillasson
    un petit garçon crie 

    un autre café 

    un piano sur lequel on pianote 
    la fleur rouge qui fleurit depuis mai 
    deux amoureux qui passent 
    un facteur une chaise trois enveloppes 
    un voisin revient du marché 
    une araignée 
    une tendinite 
    une souris remisée dans un tiroir 

    un autre café 


    une fille indigne deux passantes trois vélos 
    un téléphone 
    deux messages une tante Jeanne 
    une Mater dolorosa trois cousins sportifs deux chats maigres 
    un talon d'Achille 
    un canapé pour la lecture 
    un buffet de grand-mère deux buffets de grand-mère 
    un tiroir plein de couverts 
    une vaisselle faite une maison rangée 
    une pelote de laine deux épingles de sûreté  
    un jour de félicité

    cinq ou six cafés 

    un petit garçon qui entre à l'école en riant 
    un petit garçon qui sort de l'école en pleurant 
    une assiette de pâtes 
    deux mandarines 
    cinq noix 
    un paysage avec beaucoup d'herbe verte dedans
    dix vaches qui n'en finissent pas de brouter 
    un taureau trop jeune 
    deux belles figues sur le figuier et une salade à la feta 
    un soleil qui se couche déjà 
    un grand verre d'eau 
    un vin blanc sec 
    une tablette de chocolat 
    deux séries italiennes 
    une nuit trente-deux positions 

    et...

    encore deux cafés.

    (passer la journée à la maison, quand on ne travaille plus qu'à mi-temps, à la façon de l'Inventaire de Jacques Prévert, in Paroles, 1946)

  • T comme triplication

    Ecoute, faut que je te dise un truc. Non, vraiment, faut que je te raconte, faut que tu m'écoutes, j'en peux plus... 

    Tu sais, Wivine... Tu te souviens de Wivine? Je t'ai déjà parlé d'elle, tu te rappelles? Celle qui vient fumer avec moi pendant la pause. Celle qui a deux gosses surdoués. Celle qui dit du mal de tout le monde... 

    Tu sais pas ce qu'elle m'a dit? Tu devineras jamais! Tu vas pas le croire! Vraiment, j'en suis malade, j'en suis toute tourneboulée. J'en peux plus de cette bonne femme! 

    Parce que là, c'est pire que tout. Là vraiment ça dépasse tout... ça me tue, ça m'a sciée.

    Bon, alors écoute. Tiens-toi bien. Tu es bien assise?

    Wivine, qui a mis la pagaille dans tout le service, qui a obtenu que tout le monde soit en dispute avec tout le monde, qui a complètement bousillé la bonne ambiance qu'on avait avant son arrivée...

    Et bien, cette Wivine-là, cette sangsue, cette vipère, cette sorcière...

    c'est notre nouvelle directrice. 

    *** 

    texte de fiction

    la consigne était: 

    Quelqu'un raconte un cancan et utilise à outrance une figure de style. 

    J'ai choisi la triplication, qui consiste à répéter à trois reprises, soit un mot, soit une syntaxe, soit un rythme de phrase. 

     

     

  • Stupeur et tremblements

    Madame, on le sait, adore son métier: chaque élève devient tellement "son enfant" qu'elle ne supporte pas qu'on dise du mal de lui et donner une heure de cours est son remède miracle contre la migraine. 

    Quand elle apprend, cette année encore, qu'en Flandre il y a une nouvelle baisse d'une dizaine de pour cent d'étudiants inscrits dans des filières qui mènent au métier de prof, et puis qu'elle voit ce genre de vidéo, destinée à encourager les enseignants à tout mettre en oeuvre pour "motiver" leurs élèves, il lui semble voir un rapport entre les deux. 

    Il y a beaucoup de choses que Madame est prête à faire pour intéresser ou amuser son public, des imitations, des mimiques, du théâtre et même du chant (faut voir leur tête quand elle leur apprend le mot "truite" en leur chantant les premières mesures du Forellenquintett tongue-out puis comme elle joue l'étonnement quand, année après année, aucun sur les 25 ne connaît ce morceau)... beaucoup de choses, vraiment. 

    Mais jamais, je vous le dis, jamais elle ne pondra un œuf.

  • 22 rencontres (13)

    Voilà trois semaines que Madame peste à cause d'une paire de sandales qui lui ont coûté fort cher et dont une lanière s'est cassée net après seulement deux mois. 

    Deux mois! 

    - Il faut aller les rapporter au magasin, dit la mère de Madame. Ce n'est pas normal! 

    Mais vous connaissez Madame: les réclamations, ce n'est pas son truc. 

    Bref, il lui fallait de nouvelles sandales (vous vous souvenez qu'il faisait dans les 35°) alors elle est entrée dans un discount-articles-de-sport. 

    Et pendant qu'elle y était, elle s'en est acheté deux paires. Le genre hyper-élégant, sandale de trekking, grosse semelle en plastique et des tas d'épaisses brides à scratch. En beige et en noir. 

    En vue de la caisse, grands cris de joie: 

    - Manel!
    - Madame! 

    Grandes embrassades, grandes émotions, grandes ré-embrassades... 

    Manel, la plus adorable des belgo-tunisiennes, si chère au coeur de Madame! Tant de choses se sont passées pendant les deux années qu'elle était son élève... 

    Elle a mûri, elle va reprendre ses études de comptabilité, elle va bien. 

    *** 

    - Qu'est-ce que j'ai bien fait de venir ici aujourd'hui, se dit Madame en sortant de là un quart d'heure plus tard, toute contente.

  • R comme ritardando

    - Là, me dit la prof, sur les trois dernières mesures il est marqué rit. , ça veut dire ritardando. Il faut que le rythme devienne de plus en plus lent. 

    De plus en plus lent, c'est aussi ce que devient mon ordi, pourtant un jeunot d'à peine trois ans. Il a besoin de six minutes entre l'allumage et l'apparition de l'écran de la messagerie, trois autres pour ouvrir le blog, et encore trois minutes pour écrire un commentaire... 

    Bref, heureusement que je travaille à mi-temps tongue-out 

    Ritardando aussi notre été 2016, avec tout de même (et enfin) des températures respirables autour des 21°. Je vous laisse imaginer les chaleurs qu'on a eues en classe quand il faisait 35° dehors et que le soleil entrait à flots par toutes les vitres cool 

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    7 heures du matin, une nappe de brume flotte au-dessus de la prairie 

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    quatre heures de l'après-midi

  • Le bilan du 20

    Je me suis pas mal énervée à la lecture de La dame en bleu, de Noëlle Châtelet, et si j'ai poursuivi jusqu'à la dernière page, c'était pour être sûre qu'il n'y aurait pas un revirement de dernière minute ou une chute intéressante qui obligerait à une lecture différente. 

    Mais non. Il s'agit bel et bien d'une femme qui vient d'atteindre la cinquantaine et qui décide, un matin qu'elle est en route pour le boulot, de devenir comme la vieille dame qu'elle voit marcher à petits pas sur le trottoir: adieu la belle crinière conquérante, le beau boulot, les amis, les amants, les jolies robes, les repas au restaurant et bonjour le chignon bas, le banc d'un square, la maison de retraite, le vieux tailleur gris de sa défunte mère et les soupes de légumes finement moulinés. 

    Parce qu'elle a aussi décidé de ne plus manger que des aliments pour lesquels on n'a pas besoin de dents. 

    Bref, je ne l'ai pas trouvée crédible du tout et ce n'est pas encore demain que sous prétexte d'avoir dépassé les cinquante ans

    - je marcherai à petits pas mesurés

    - je m'habillerai d'un vieux tailleur gris et oublierai le rouge

    - je n'utiliserai plus que de la poudre de riz et de l'eau de Cologne

    - je me coifferai en chignon bas

    - je m'installerai dans la vacuité

    - je me mettrai à vivre dans ma cuisine et délaisserai le salon

    - je me ferai des soupes de légumes (bien moulinées ou non tongue-out)

    - je ne m'inquiéterai plus d'un kilo en trop 

    - je compterai et recompterai avec bonheur les petites taches brunes au dos de mes mains (quelle idée de passer son temps à ça!)

    - je mettrai des gants de fil et un chapeau, des bas de coton et une robe bleu marine en crêpe (le bleu marine ne me va pas au teint tongue-out)

    - je réserverai ma chambre dans une maison de retraite

    - je n'accepterai plus d'invitations à des sorties diverses

    - je m'amuserai à m'exprimer en lieux communs et à radoter 

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    On peut lire ici une critique avec laquelle je suis d'accord...

  • Question existentielle

    - Tu portes encore ton uniforme! soupire sa mère sur ce ton excédé dont elle lui parle la plupart du temps. 

    "Ton uniforme", c'est le T-shirt noir et le jean, sa tenue préférée en toute saison. Seule concession à la météo, les T-shirts ont parfois des manches et s'il fait vraiment très froid, elle rajoute un pull. Noir aussi, évidemment. 

    - Et dire qu'il y a tant de jolies choses dans ton armoire! l'entend-elle encore gronder au moment où elle passe la porte. 

    "De jolies choses", ces jupettes et ces falbalas, ces couleurs écœurantes, ces trucs à vomir? 

    - Juste une question, dit-elle en se retournant vers sa mère. Donne-moi une bonne raison, une seule raison VALABLE, pour laquelle je devrais m'habiller autrement! 

    Comme elles en discutent déjà depuis ses quatorze ans, elles ont eu le temps de faire le tour des arguments maternels: elle est bien tranquille, aucun n'est valable à ses yeux.

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    Ce mois-ci, la question existentielle que m'inspire le tableau de chez Lakévio cool est: 

    a-t-on le droit de s'habiller comme on le veut?

  • P comme Paris

    Vous savez à quoi l'Adrienne a passé sa soirée de samedi, au lieu de préparer son billet du lendemain matin? 

    Non? 

    Je vais vous le dire. 

    D'abord, elle a lu qu'une expo sur Magritte allait s'ouvrir au Centre Pompidou. Elle a passé un bon bout de temps à lire tout ce qui la concernait avant de décider qu'elle voulait absolument la voir. 

    Vous devinez la suite... 

    Trouver une date dans le calendrier. 

    Trouver un hôtel pas trop cher du côté de la gare du Nord. 

    Trouver une place dans le TGV. 

    Bref, c'est réglé cool et comme disait l'autre, "Lafayette, nous voici" 

    (je parle de rue et des Galeries, bien entendu)

    paris,expo,art,voyage,peinture,belge,belgique

  • O comme odieux

    Les propos machistes, misogynes, sortent de sa bouche comme des ukases, des évidences. 

    Ses manières sont brutales, vulgaires. 

    Son vocabulaire est au niveau du comptoir du café de la gare. 

    Que voulez-vous, c'est là qu'il est né, et sa mère préférait qu'il l'aide au bar au lieu qu'il perde son temps à l'école. 

    L'hygiène corporelle n'est pas son point fort: il n'y a jamais eu de salle de bains chez eux ni même de dentifrice. 

    Alors il ne comprend pas pourquoi, quand il s'étale sur la banquette du bus, la femme à côté de lui se lève et va s'asseoir ailleurs... 

    *** 

    texte de fiction 

    la consigne était: 

    créez un personnage odieux, désagréable, tout en le rendant sympathique (ou faire en sorte qu'il suscite l'empathie) 

  • N comme Novarina

    S'inspirer de Novarina et parler des noms de lieux en rapport avec l'autobiographie, voilà le deuxième exercice que proposait François Bon cet été: 

    A Villenoise, je vivais ma vie petite de n’importe qui, je vivais, je vécus n’importe quoi parmi moi : polypier aux Stigmates, muteur de tombe à Grosse-la-Neuve, répéteur aux Nadirs, échangeur aux Grés, mangeur d’action à la Croix-de-Vache, champion d’aise aux Jointeaux, cadavrier à La Vergue, parleur aux Corps-Creux : j’ai beaucoup vécu, j’ai pas été déçu... 

    Ponçon, Ivraie, Ifaux, Verdy-le-Grand, Verdit-Petit, Nussy-Villages, Monceau-Ponteau, Lubien-Serrien, Rives-du-Trou-Vrai : j’ai tout fait, j’ai fait tout, j'arrivais à rien, partout j’allais nulle part : cancre à Globeval, méritoire aux Itrans, déformiste à Jardigny, auscultier à Blangien, perdeur à Vieux-Villy, tangible aux Hauts-de-Lucey, réformiste aux Bas-de-Civry, ructeur au Gros-Verpeau, laxiste à Clair-Vigant, poncier à Loi... 

    Autobiographie aux noms propres – Adrienne à la manière de Novarina (mais alors de loin, de très, très, très loin tongue-out

    Elle a fait ses débuts dans une rue au nom de prince hollandais. Jusqu'à ses cinq ans, sa vie a été partagée entre une rue au nom d'alcool et une autre au nom très chrétien. Le vin va bien à la foi catholique, comme chacun sait.

    Elle a suivi ses parents à la campagne dans une rue qui gardait la trace des marécages d'autrefois et est allée à l'école à une place de jeu de balle, alors qu'on n'y faisait que très peu de sports, sauf la natation et la gymnastique.

    Elle est partie faire des études supérieures et a habité dans une rue au nom d'impératrice autrichienne. On peut comprendre qu'elle y était infiniment mieux que chez le prince hollandais. Tellement mieux qu'elle aurait voulu y rester. 

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    photo prise à Louvain en 2010

  • M comme marronnier

    Dimanche dernier, un papa d'anciens élèves vient vers moi, smartphone en main. 

    - Je sais, me dit-il, que ça vous intéresse d'avoir des nouvelles de vos anciens élèves, alors je vais vous montrer quelques photos! 

    Et nous voilà partis pour l'équivalent de la soirée diapos d'autrefois: son fils est ingénieur et travaille pour une entreprise belge qui mène de grands chantiers de par le monde, ponts, plateformes de forage, tout ce qui est gigantesque et demande une présence de plusieurs mois, de l'Amérique du Sud jusqu'en Orient; sa fille a terminé sa médecine et enfile les stages à l'étranger, de préférence sur d'autres continents. Il s'estime heureux s'il les voit quelques jours par an. 

    - On a deux enfants, me dit une maman, mais on ne les voit jamais. 

    Elle aussi a une fille médecin (spécialiste aux Etats-Unis) et un fils ingénieur civil (toujours à l'étranger). 

    Alors quand l'autre jour, installée avec une amie à la terrasse surplombant son jardin, j'admirais les beaux arbres et remarquais un jeune marronnier, je me suis tue quand elle m'a dit avec un bel optimisme: 

    - Mon mari a planté ce marronnier parce qu'il veut que plus tard, nos petits-enfants puissent venir ramasser des marrons... 

     

  • L comme lieu public

    Depuis que la fille aînée de Paula lui a annoncé qu'elle attend un bébé, Paula ne décolère plus. Elle qui, ces derniers mois, s'ingéniait à peaufiner une histoire crédible pour son entourage, une belle histoire de beau mariage avec un beau parti, voilà que cette grossesse risquait de la ridiculiser définitivement: de quoi elle aurait l'air si les amis et la famille découvraient la vérité? Fallait espérer que sa fille reste à Bruxelles avec son nègre et n'aurait pas l'idée de venir montrer ce petit bâtard! Cette idée la révulsait et tout en scannant mécaniquement les livres qu'on rapportait à la bibliothèque, elle réfléchissait à un nouveau plan d'action... 

    Dans le rayon des guides touristiques, Sohaib hésitait en se passant rêveusement les doigts dans sa jeune barbe: fallait-il prendre ce Routard Finlande de 2010, déjà fort daté, ou ce Lonely Planet de 2015? 

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    Assise au niveau de la lettre B, Marie-Jeanne vérifiait s'il n'y avait pas un volume de Janine Boissard qu'elle n'avait pas encore lu. Celui-ci, peut-être, dans lequel ses petits-enfants l'appellent au secours? 

    Dans le coin des ordinateurs, Simon grattait machinalement les croûtes qu'il avait au front et sur la joue droite. Il aurait encore quelques cicatrices de plus mais rien ne l'empêcherait de continuer le skate avec son copain Roy. Le skate et le groupe de rock, sa seule liberté: sa copine décidait de son look - vêtements, coupe de cheveux - et ses parents de son avenir. Ils venaient de l'inscrire en droit, lui qui rêvait d'être instituteur et avait un don réel avec les enfants. 

    C'est à ce moment-là que le portable de Sohaib a sonné. Les mains encombrées par les guides touristiques qu'il était en train de comparer, il a mis quelques secondes de trop à le sortir de sa poche. Toutes les têtes s'étaient déjà tournées vers lui. Tout le monde a entendu cette musique psalmodique et tout le monde l'entend s'énerver à mi-voix en arabe. 

    Cette musique, cette langue, sa jeune barbe, toutes les apparences sont contre lui. 

    *** 

    texte de fiction 

    la consigne était: choisissez un lieu public et mettez-y trois ou quatre personnages - il doit s'y passer quelque chose d'anodin

  • K comme kaiyûshiki

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    A Ostende, le jardin japonais est "un jardin de promenade à la manière kaiyûshiki", dit le petit dépliant offert sous l'azumaya, la "maison d'été" où on peut s'asseoir et profiter de la beauté du jardin. 

    Kaiyû veut dire promenade: le parcours dessiné dans le jardin offre une belle variété sur un petit espace, comme ce sentier à côté des bambous, 

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    une allée de planches en zigzag dans l'étang, qui permet d'admirer une carpe koï et beaucoup de menu fretin 

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    vous les voyez, les mini-poissons? 

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     La promenade est circulaire et traverse la cascade, ce qui faisait la joie des petits et des grands en ces chaudes journées d'août, où on se plaisait à se mouiller 'exprès' 

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    Bref, on sort de là requinqué cool 

    ***

    pour le projet du Hibou semaine 37 - bois 

    le jardin japonais d'Ostende 

    architecte: Takashi Sawano 

    Jardin ouvert au public le samedi et le dimanche de 10.00 à 18.00 h. et tous les jours pendant les vacances scolaires.

     

  • J comme j'arrête

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    Quand elle est descendue à la cuisine, ce matin-là, bien sûr elle a vu les taches de café répandues à côté du fourneau. Elle a vu les minuscules brins de tabac échappés au bourrage de la pipe. Le bouton de col tombé par terre. Elle ne s'en est pas inquiétée. 

    L'été est fini et elle sait qu'il n'aime pas gaspiller les bougies ou la lampe à pétrole. Il préfère se débrouiller dans la semi-obscurité. Pas besoin de voir très clair, ses bottines, sa cartouchière et son fusil sont prêts depuis la veille. Jamais il n'a manqué l'ouverture de la chasse. 

    Elle s'étonne de le voir assis à la table de la salle à manger. Dos voûté, regard dans le vide, c'est une attitude qui ne lui ressemble pas. Ô mon papa, pense-t-elle avec attendrissement, à peine un cheveu gris, la moustache blonde, toujours fort et vaillant à l'ouvrage... et maintenant ça! 

    Elle le voit se tordre les mains en silence. Ses mains, ses mains fortes et sûres de paysan, ses mains ne lui obéissent plus. Depuis quelque temps, il lui est devenu impossible de verser du café sans en renverser, de bourrer sa pipe d'un seul doigt, de fermer son bouton de col. 

    Il s'en trouve humilié. 

    - C'est fini..., j'arrête, dit-il à sa fille qui est venue s'asseoir silencieusement à table en face de lui. 

    Cette année, la saison de la chasse s'est ouverte sans lui.  

    ***

    fiction d'après un tableau de James Ormsbee Chapin chez Lakévio

  • I comme incipit

    "L'aventure que je vais vous raconter par le menu ne ressemble pas mal au rêve d'un homme éveillé. J'en suis encore ébloui et étourdi tout ensemble, et la légère trépidation du wagon-lit vibrera très probablement jusqu'à demain matin dans ma colonne vertébrale. Il y a exactement treize jours que je quittais les bords de l'Oise pour aller prendre le train rapide de l'Orient à la gare de Strasbourg; et dans ces treize jours, c'est-à-dire en moins de temps qu'il n'en fallait à Mme de Sévigné pour aller de Paris à Grignan, je suis allé à Constantinople, je m'y suis promené, instruit et diverti, et j'en suis revenu sans fatigue, prêt à repartir demain si l'on veut, par la même voiture, pour Madrid ou Saint-Pétersbourg. Et notez que nous avons fait une halte de vingt-quatre heures dans cette France orientale qui s'appelle la Roumanie, assisté à l'inauguration d'un palais d'été dans les Carpathes, pris le thé avec un roi et une reine et banqueté somptueusement chez le Pignon de Bucarest. On dit avec raison que notre temps est fertile en miracles; je n'ai rien vu de plus étonnant que cette odyssée dont la poussière estompe encore mon chapeau."

    Edmond About, De Pontoise à Stamboul, éd. Hachette, 1884 

    Quel bonheur de lecture que cette plongée dans l'Europe de la fin du 19e siècle et ce voyage de rêve - voyage dont je rêve - prendre l'Orient-Express pour faire le trajet jusqu'à Istanbul... 

    Dans ces quelques lignes de l'incipit, il y a déjà (presque) tous les éléments du récit: l'émerveillement devant la rapidité et le confort du voyage, la découverte d'Istanbul et une foule de choses aussi sur les contrées traversées, à la fois si différentes et si pareilles à aujourd'hui. 

    Le voyage inaugural de l'Orient-Express a lieu en octobre 1883: la Turquie est encore l'empire ottoman, en Roumanie règne le roi Carol Ier, qui fête l'inauguration de son château de Sinaïa lors du passage du train dans la région, la Hongrie fait partie de l'empire austro-hongrois, la Bulgarie se libère difficilement de cinq siècles d'emprise turque...

    Edmond About semble bien informé sur tout ce qu'il nous relate et il ne manque pas d'humour. 

    Bref, je crois bien que j'en reparlerai cool 

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    source et info ici 

    La Compagnie des Wagons-Lits est fondée par le Belge Georges Nagelmackers (né à Liège en 1845) qui en a eu l'idée et a tout mis en oeuvre pour la réaliser.

  • H comme héros

    - Moi, dit-il, je serais Dédé-la-Terreur. Aujourd'hui, je vais organiser l'attaque du wagon postal. Et toi, tu serais le machiniste, d'accord? 

    - D'accord. 

    - Alors avec mon colt je vais t'obliger à arrêter ta locomotive et puis je vais t'attacher les pieds et les mains avec mon lasso. 

    - Bon... Mais avant que tu me ficelles comme un saucisson, si on mangeait une petite mousse au chocolat? 

    Elle n'attend pas la réponse pour ouvrir son frigo et retourne au jardin avec deux coupes. Ce gamin va la rendre gaga avec ses jeux mais elle le trouve attendrissant, dans ce vieux veston de son défunt mari, avec son revolver en plastique jaune et son chapeau mou qui lui tombe sur les yeux. Il chevauche la tondeuse à gazon en tenant des rênes imaginaires et en donnant de fougueux coups d'éperons. 

    - Là! s'écrie-t-elle. Là! une coulée de boue! Le train va dérailler! 

    C'est plus fort qu'elle; elle ne peut s'empêcher, chaque mercredi après-midi, d'apporter son grain de sel au scénario qu'il a imaginé. 

    *** 

    texte de fiction 

    la consigne était

    - de créer deux personnages dont le nom serait Dédé-la-Terreur et Joséphine Delacour 

    - d'utiliser les mots saucisson, chapeau et tondeuse à gazon 

    fiction,jeu

  • G comme grand nettoyage

    traduction,espagnol,littérature,poésie,poème

    On va faire un grand nettoyage - Amalia Bautista 

    On va faire un grand nettoyage
    et on va jeter toutes les choses
    qui ne nous servent à rien, ces
    choses que nous n'employons plus, ces
    autres qui ne font que prendre la poussière,
    celles que nous évitons de trouver car
    elles nous plongent dans les plus amers souvenirs,
    celles qui nous font mal, occupent de la place
    ou que nous n'avons jamais voulues proches.

     
    On va faire un grand nettoyage
    ou, mieux encore, un déménagement
    qui nous permette d'abandonner les choses
    sans même les toucher, sans nous salir,
    les laissant là où elles ont toujours été;
    c'est nous qui allons partir, mon cœur,
    pour recommencer à accumuler.
    Ou bien nous allons mettre le feu à tout
    et rester tranquilles, avec cette image
    des braises du monde devant les yeux
    et le cœur déshabité.
     
    Trad: Colo
     traduction,espagnol,littérature,poésie,poème

    Vamos a hacer limpieza general - Amalia Bautista

     
    Vamos a hacer limpieza general
    y vamos a tirar todas las cosas
    que no nos sirven para nada, esas
    cosas que ya no utilizamos, esas
    otras que no hacen más que coger polvo,
    las que evitamos encontrarnos porque
    nos traen los recuerdos más amargos,
    las que nos hacen daño, ocupan sitio
    o no quisimos nunca tener cerca.

    Vamos a hacer limpieza general
    o, mejor todavía, una mudanza
    que nos permita abandonar las cosas
    sin tocarlas siquiera, sin mancharnos,
    dejándolas donde han estado siempre;
    vamos a irnos nosotros, vida mía,
    para empezar a acumular de nuevo.
    O vamos a prenderle fuego a todo
    y a quedarnos en paz, con esa imagen
    de las brasas del mundo ante los ojos
    y con el corazón deshabitado.

    traduction,espagnol,littérature,poésie,poème

    We houden een grote schoonmaak - Amalia Bautista

     
    We houden een grote schoonmaak
    en gaan alles weggooien
    wat tot niets dient, 
    dingen die we niet meer gebruiken, 
    andere die alleen maar stof vangen,
    die we liever niet tegenkomen omdat
    ze onze bitterste herinneringen meebrengen,
    die ons pijn doen, plaats innemen
    of die we nooit dicht bij ons wilden hebben.

    We houden een grote schoonmaak
    of beter nog, een verhuis
    die ons toelaat zaken achter te laten
    zonder ze aan te raken, zonder ons vuil te maken,
    ze laten waar ze altijd gestaan hebben;
    wij zullen weggaan, mijn leven,
    om opnieuw te beginnen op te stapelen.
    Of we steken alles in brand
    en blijven in vrede achter, 
    met dat beeld in de ogen
    van de gloeiende kolen van de wereld 
    en met een leeg hart.
     
    traduction de l'Adrienne 
    traduction,espagnol,littérature,poésie,poème

     toutes les photos, on l'aura compris, datent de l'emménagement 
    et les petits pieds nus pointure 34 sont ceux de ma nipotina cool

  • F comme fin

    Le matin du 19 mars, elle a libéré un mètre carré du potager. Entre les derniers poireaux et les choux de Bruxelles, elle a semé deux rangs de radis ronds et de laitue à couper, comme il le lui avait demandé la veille: 

    - Demain, avait-il dit comme chaque année à la même époque, demain c'est la Saint-Joseph. N'oublie pas de semer de la salade et des radis. 

    Ce travail fait, elle a soigneusement nettoyé ses outils et les a rangés avec ses bottes, dans la cabane. 

    A la maison, elle a replié le linge sec, repassé une dizaine de chemises et refait le pli des pantalons. Ciré et fait reluire des chaussures. Elle sait combien tout ça est important pour lui. 

    Pour le repas du soir, comme on était vendredi, elle avait prévu du poisson. Elle ferait une purée et des épinards. Avec un beurre blanc ou une sauce mousseline. Une bouteille de riesling était au frigo depuis le matin. 

    Ce soir-là, il est rentré tard, comme d'habitude. Il s'est mis à table après un rapide baiser et a ouvert son journal. 

    Il a quand même fini par s'apercevoir qu'il mangeait seul. Alors il a dit: 

    - Tu viens? 
    - Non. 
    - Tu fais quoi? 
    - Je pars. 

    fiction

    les cotylédons de radis sont vrais, 
    le texte est une fiction tongue-out 

    La consigne était: 

    Placer un mini-dialogue dans un texte narratif 

     

  • 7 fois 7

    C'est finalement une tout autre cafetière italienne que l'Adrienne s'est offerte fin mai dernier, à l’occasion de son anniversaire. 

    DSCI3274.JPG

    Remarquez l'embout à gauche: la vapeur qu'il produit doit métamorphoser le lait en une mousse légère pour le cappuccino. Voilà ce qui a définitivement fait pencher la balance en faveur de cet article-ci, à peine plus cher que la Bialetti dont on parlait hier et pour lequel le choix du format, du modèle, de la couleur... ne se posait pas. 

    ***

    Contrairement à ses habitudes, l'Adrienne s'est astreinte à lire de bout en bout le mode d'emploi - qui heureusement n'est pas très épais - puis à suivre scrupuleusement toutes les étapes de la fabrication de la mousse de lait: la notice recommande le lait demi-écrémé bien froid, on dose la bonne quantité (100 ml), on attend que les lampes rouge et verte s'allument, on évacue un premier jet de vapeur jusqu'à ce qu'il n'en sorte plus d'eau, on introduit l'embout dans le lait etc. etc.

    DSCI3275.JPG

    Hélas, ça foire à tous les coups. 

    D'abord on ne comprend pas pourquoi le lait ne se change pas en mousse. Au contraire, il se met à bouillir et à gicler sur la nouvelle machine, les murs et tout le reste, y compris sur l'Adrienne. 

    *** 

    Puis on finit par résoudre le mystère: les 100 ml de départ ont doublé de volume tout en restant liquides, d'où on peut conclure que de cet embout, il ne sort pas que de la vapeur, mais aussi de l'eau. 

    Bref, ce n'est pas demain que l'Adrienne pourra offrir un cappuccino à sa mère, à qui elle avait annoncé toute fière: 

    - Dès que je réussis à faire un vrai cappuccino, je t'invite! 

    DSCI3276.JPG

    Sur les sept fois sept tentatives, voici le seul qui donne un peu l'illusion de ressembler à un cappuccino, mais c'est surtout grâce à son cacao tongue-out

     

     

  • E comme expert

    Certains se souviendront peut-être en quels termes dithyrambiques l'Adrienne avait décidé que la cafetière italienne était l'ustensile qu'il lui fallait en remplacement de son percolateur? 

    cafetière.jpg

    dessin de Guillaume Long sur son blog

    Elle s'est donc rendue à Bruxelles dans un magasin spécialisé avec la ferme intention d'en rapporter un précieux exemplaire à la maison. 

    Malheureusement, ces cafetières étaient présentées en divers modèles (du plus classique au plus design), en plusieurs coloris (tons neutres, tons vifs, tons pastels) et bien sûr en différents formats, de sorte que l'Adrienne, après avoir passé une grosse demi-heure à comparer tailles, prix, modèles et couleurs... est ressortie du magasin sans avoir pu se décider. 

    Elle comprend bien, à présent, ce qu'ont dû ressentir ses amis roumains la première fois qu'ils étaient en Belgique, juste après la chute de leur Conducator, et qu'ils ont été confrontés à des hypermarchés où le choix d'un simple yaourt demande l'examen d'un rayonnage de plusieurs mètres sur quatre étages. 

     

  • D comme Donc, c'est non!

    Savoir dire non, chaque fois qu'on a envie de dire non, ce n'est pas donné à tout le monde. Certains ont un mal fou à le faire, je suppose que vous en connaissez tongue-out

    Samedi dernier, j'ai fait la connaissance du champion du NON, Henri Michaux. Un homme qui, de ses 28 ans (en 1927) à sa mort en 1984, n'a quasiment rien fait d'autre que refuser tout ce qui lui était offert: les interviews, les rééditions, les prix littéraires, les représentations de ses écrits, tout ce qui pourtant fait partie de la carrière d'un auteur et lui permet de vivre de sa plume. 

    Il préférait avoir du mal à joindre les deux bouts. 

    Peut-on imaginer un auteur qui refuse d'être édité en Pléiade?
    Qui refuse un prix d'une valeur de 50 000 € alors qu'il n'a pas les moyens de faire encadrer ses œuvres picturales? 
    Qui refuse d'être l'objet d'un numéro spécial dans une revue spécialisée? 

    Jean-Luc Outers a passé de longs mois à retracer les lettres de refus de Michaux. Un travail difficile, vu que ce dernier a détruit autant que possible sa correspondance. Ironie du sort: on peut imaginer la valeur qu'ont acquise ses lettres aujourd'hui... 

    Toutes des lettres de refus, donc. Et pourtant on les lit avec plaisir. Il y a une sorte de comique de répétition mais la variation dans les formulations de refus est incroyable. Son obstination fait sourire et finit par forcer l'admiration tellement il refuse des choses incroyablement élogieuses et/ou financièrement intéressantes.  

    Michaux est un virtuose du NON. 

    littérature,lettre,belge,belgique

    Source photo et info sur le site de Gallimard.

    Lire les premières pages ici.

    Présentation du livre, lecture d'extraits et interview avec Jean-Luc Outers ici (Passa Porta). Le lecture commence après environ 3 minutes.

  • C comme cheveu

    J’ai commencé à écrire une scène où une astronaute se brosse les cheveux le matin du départ.

       C’est plus important qu’on ne pense, les cheveux.

       J’ai lu, il y a quelques semaines, que c’est grâce à ses cheveux, très bien conservés, et longs d’une vingtaine de centimètres, qu’on avait pu raconter l’histoire des dernières années d’une jeune femme préhistorique découverte dans le petit village danois d’Egtved.

       L’analyse chimique des cheveux, ai-je appris, permet, grâce à ce qu’on appelle des techniques de traçage, de révéler la mobilité d’un individu. Voici comment on procède : on divise le cheveu en plusieurs segments, et on dose pour chacun de ces segments le niveau de strontium, de carbone, de nitrogène, de protéines, etc., puis on examine les variations (ou la stabilité des constantes) d’un segment à l’autre. On compare le dosage de chaque segment avec ce qu’on sait de la géologie, en particulier, et, en gros, l’affaire est faite, on devient capable de vous donner l’emploi du temps du propriétaire des cheveux, de vous énumérer ses déplacements les plus récents. En l’occurrence, disait l’étonnant biographe, un voyage, depuis la Forêt-Noire vers le Danemark, où madame aurait passé neuf mois, puis un retour vers sa région natale (cette fois, pour un séjour de quatre à six mois), puis un retour au Danemark – madame circulait pas mal, mais il paraît que de tels voyages n’étaient pas rares à l’époque (je vous parle de ça, c’était l’âge du bronze).

       Plus besoin même d’archives, pour écrire la vie de ceux qui nous ont précédés : il suffira désormais d’un cheveu, qu’on décryptera dans l’ordre, de l’extrémité jusqu’à la racine, comme le témoin tranquille d’une existence linéaire. Vos cheveux sont comme un journal de vos jours, que n’importe quel savant peut venir lire, se penchant sur vos voyages, détaillant vos menus, décrivant les paysages que vous avez traversés.”

    Christine Montalbetti, Les Astronautes”, in L’Humanité, jeudi 2 juillet 2015, citée par Philippe Didion dans ses Notules dominicales de culture domestique 713 (19 juin 2016)

    actualité,littérature,coiffeur

    salon de coiffure ostendais - photo prise en décembre 2015

  • B comme bleu

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    Elle est d'un bleu si modeste que certains l'appellent grise 

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    Je la vois d'un bleu différent à chaque heure du jour 

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    J'aime son odeur, sa musique, son écume, son sable fin 

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     J'aime quand au petit matin on distingue à peine où finit l'eau et où commence le ciel 

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    J'aime quand le soir passent les nuages  

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    et qu'elle est toute d'argent

  • Adrienne aime Léon

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    Il aime la mer, surtout quand la nuit tombe 

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    Il aime les dunes et la douceur du sable 

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    Il aime les ombres mystérieuses sous la lune 

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    Il aime ces ruelles d'Ostende qu'on appelle des "rampes" vers la mer 

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    Il aime les arbres sous la neige 

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    Il s'appelle Léon comme mon père 

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    et il est Ostendais 

    tongue-out 

    Léon Spilliaert (1881-1946) 

    L'autoportrait date de 1906

     

  • Premier septembre

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    C'est étonnant comme jusqu'aux abords du premier septembre, les visages sont souriants. 

    Les parents sont heureux d'être enfin débarrassés de leurs enfants - nombreux sont ceux qui me l'ont confié sans la moindre gêne: on ne sait plus à quoi les occuper, ils sont embêtants, bref un tas de problèmes que ma mère n'a jamais eus avec moi, elle trouvait toujours des façons de me mettre au travail, des poussières à faire, des fruits à cueillir, des armoires à vider, du marbre ou des cuivres à faire briller. 

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    A l'école, la direction, le secrétariat, les profs, les femmes de ménage, on est tous contents de se revoir, curieux des nouvelles têtes. Les locaux et les couloirs sont plus propres que jamais, notre bureau repeint à neuf est si pimpant que chacun croit que nous avons reçu de nouveaux meubles, les pelouses sont rasées de près, rien ne traîne sur la cour de récré. 

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    ce sont pourtant les mêmes meubles qu'avant, on les a simplement placés différemment 

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    Depuis lundi, on fait la queue à la photocopieuse, on peaufine son entrée en scène, on rassure les nouveaux, on fixe les premiers rendez-vous pour des entretiens avec tous ceux dont on pense, pour des raisons diverses, qu'il faudra les suivre de très près. 

    Bref, on est prête. 

    prof,école,élève

    et les deux tableaux d'affichage sont encore tout blancs cool

  • Derniers témoins

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    Ici et là 

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    entre deux blocs de béton et de verre 

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    subsistent les derniers témoins 

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    de la Belle-Epoque 

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    "A Ostende, nous dit le guide de la promenade maritime de dimanche soir, dès qu'un bâtiment a plus de 30 ans, on commence à se dire qu'il vaudrait mieux l’abattre pour construire du neuf!"

    Hélas, je sais bien qu'il a raison, j'avais un beau-frère roi de la brique et du béton... Il se vantait chaque fois qu'il avait reçu un permis de construire sur un bout de dunes...  

    "Imaginez, ajoute-t-il en nous montrant une photo du front de mer vers 1910, que nous ayons gardé ces bâtiments-là? D'accord, c'est bien joli, mais combien de gens on aurait pu loger? Avec des plafonds à quatre mètres de hauteur! Et sans le confort d'aujourd'hui!"

    Bref, le guide et mon beau-frère, ils étaient du même avis...