Elle s'appelait Adrienne

  • V comme vieux

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    La maison basse était bien cachée par d'épaisses haie mais lui, il voyait tout ce qui se passait. Il voyait et sans être vu, il entendait. 

    Il entendait passer la gamine et son petit frère au babil incessant. Il les hélait, eux s'approchaient du portillon, mi-apeurés par le vieux bonhomme aux petits yeux inquisiteurs, mi-excités par la curiosité. 

    Il s'en amusait et attisait tour à tour leur envie et leur crainte d'oser.

    Venez, venez, disait-il, je vais vous montrer quelque chose que vous n'avez encore jamais vu.

    Et chaque fois c'était vrai, c'était du jamais vu. Même le petit frère, pris par la crainte d'horribles représailles, tenait sa langue.

    D'autres fois, quand ils pensaient être devenus bons amis et qu'ils s'approchaient spontanément du portillon en criant "Oscar! Oscar!", il leur lançait d'horribles imprécations qui les faisaient s'enfuir à toutes jambes, la gamine tenant bien serrée la main du petit frère qui trébuchait sur les cailloux.

    Le vieil homme, assis devant sa maison basse bien cachée derrière d'épaisses haies, a toujours gardé son mystère et nourri les cauchemars des deux enfants.  

    *** 

    photo et consignes chez Lakévio, que je remercie!

  • U comme une vie

    Elle était assise dans la rangée du milieu, du côté gauche. A seize ans, elle végétait: une présence physique mais pas vraiment mentale. Je suis nulle en français, disait-elle. Elle ne croyait pas qu'elle pouvait s'améliorer et n'en voyait pas l'utilité. 

    Ses parents avaient divorcé et ni le père, ni la mère, ne voulaient payer pour elle ni ne la désiraient dans leur nouvelle relation: elle se faisait accepter en étant leur servante. Grâce à des petits boulots, elle subvenait elle-même à tous ses besoins, scolarité, vêtements, même la nourriture. Pour ne pas avoir à leur demander des sous. 

    A l'oral de juin, elle a déclaré qu'elle misait sur son anglais, parce qu'elle en avait besoin pour correspondre avec un jeune africain. Vous ne connaîtrez peut-être pas, disait-elle, il est du Ghana. 

    Voyez comme le hasard fait bien les choses: Madame connaît très bien le Ghana, non pour y être allée, mais pour avoir hébergé des réfugiés ghanéens. C'est à partir de ce moment-là, sans doute, que tout a changé. Elle a accepté que Madame fasse venir son père pour un entretien. 

    L'année d'après, elle a fait des progrès fulgurants en français. Comme elle projetait de rejoindre l'ami africain l'été suivant, Madame lui a fait faire connaissance avec une représentante de la communauté africaine de sa ville, pensant qu'il valait mieux que ce soit une femme africaine qui mette la jeune fille en garde. Ce n'était pas inutile. 

    Elle a réussi son année scolaire, avait assez économisé pour se payer le voyage, a découvert le Ghana et ses habitants. Elle avait trouvé un but pour lequel se dévouer et avait décidé de devenir institutrice. Des soucis d'argent ont fait qu'elle n'a suivi qu'une courte formation d'aide-soignante: ainsi elle pouvait rapidement trouver un travail et un salaire. 

    Quand elle passait à vélo, elle s'arrêtait pour faire une causette. Maintenant que vous habitez en ville, disait-elle, je viendrai vous voir. 

    Depuis mercredi soir, son grand cœur généreux s'est arrêté de battre. 

  • T comme troisième chapitre

    Des journées à Montpellier, je me souviens de tout, sauf de la ville, c'est comme si je n'y étais jamais allée. En dehors de l'hôtel, en dehors de la grande salle monumentale où se tenait le congrès académique dans lequel Nino était engagé, aujourd'hui je ne vois qu'un automne venteux et un ciel bleu derrière des nuages blancs. Pourtant, pour plusieurs raisons, dans mon souvenir ce nom de lieu, Montpellier, est resté un tournant.

    Dei giorni di Montpellier ricordo tutto tranne la città, è come se non ci fossi mai stata. Fuori dall’albergo, fuori dalla monumentale aula magna dove si teneva il convegno accademico in cui Nino era impegnato, oggi vedo solo un autunno ventoso e un cielo azzurro appoggiato su nuvole bianche. Eppure nella memoria quel toponimo, Montpellier, è rimasto per molti motivi come un segnale di scantonamento.

    J'étais déjà sortie une fois de l'Italie, à Paris avec Franco, et je m'étais sentie électrisée par ma propre audace. A cette époque il me semblait que le monde, pour moi, était et serait toujours resté mon quartier napolitain, et que le reste était comme une brève sortie à la campagne, baignant dans un tel climat d'exception que je pouvais m'imaginer ne pas y avoir été vraiment.

    Ero stata già una volta fuori dall’Italia, a Parigi, con Franco, e mi ero sentita elettrizzata dalla mia stessa audacia. Ma allora mi pareva che il mio mondo fosse e sarebbe rimasto per sempre il rione, Napoli, mentre il resto era come una breve scampagnata nel cui clima d’eccezione potevo immaginarmi come di fatto non sarei mai stata.

    Montpellier par contre, qui était pourtant largement moins excitant que Paris, m'a donné l'impression de franchir des barrières et d'étendre mon territoire. Le simple fait de me trouver à cet endroit constituait la preuve, à mes yeux, que mon quartier napolitain, Pise, Florence, Milan, l'Italie même n'étaient que de minuscules parcelles du monde et que je faisais bien de ne plus m'en contenter. A Montpellier j'ai senti à quel point mon regard était restreint, et restreinte la langue dans laquelle je m'exprimais et écrivais. A Montpellier il m'a semblé évident comme on pouvait se sentir à l'étroit, à trente-deux ans, de n'être qu'épouse et mère. Et dans toutes ces journées pleines d'amour, pour la première fois je me suis sentie libérée des liens que j'avais accumulés au fil des ans, ceux dus à mon origine, ceux que j'avais acquis par mes succès aux études, ceux qui découlaient de mes choix de vie, et surtout du mariage.

    Montpellier invece, che pure era di gran lunga meno eccitante di Parigi, mi diede l’impressione che i miei argini si fossero rotti e che mi stessi espandendo. Il puro e semplice fatto di trovarmi in quel luogo costituiva ai miei occhi la prova che il rione, Napoli, Pisa, Firenze, Milano, l’Italia stessa, erano solo minuscole schegge di mondo e che di quelle schegge facevo bene a non accontentarmi più. A Montpellier avvertii la limitatezza dello sguardo che avevo, della lingua in cui mi esprimevo e con cui avevo scritto. A Montpellier mi sembrò evidente quanto potesse risultare angusto, a trentadue anni, essere moglie e madre. E per tutti quei giorni densi d’amore mi sentii per la prima volta liberata dai vincoli che avevo sommato negli anni, quelli dovuti alla mia origine, quelli che avevo acquisito col successo negli studi, quelli che mi derivavano dalle scelte di vita che avevo fatto, innanzitutto dal matrimonio.

    Là j'ai aussi compris pourquoi, par le passé, j'avais ressenti ce bonheur pour les traductions de mon premier livre, et aussi ce déplaisir d'avoir trouvé si peu de lecteurs en dehors de l'Italie. C'était merveilleux de franchir des frontières, de faire des incursions dans d'autres cultures, de découvrir que j'avais confondu le provisoire avec le définitif. Le fait que Lila n'était jamais sortie de Naples, que même San Giovanni a Teduccio (1) la saisissait déjà d'épouvante, si par le passé j'avais jugé ce choix discutable alors que comme d'habitude elle réussissait à le tourner à son avantage, aujourd'hui ça me semblait tout simplement être un signe d'étroitesse mentale. Je réagissais comme celui qui répond à l'insulte par la même insulte. C'est toi qui te serais trompée sur mon compte? Non, ma chère, c'est moi qui me suis trompée sur le tien: toute la vie tu resteras là à regarder les camions qui passent sur la grand-route.

    Lì capii anche le ragioni del piacere che avevo provato, in passato, vedendo il mio primo libro tradotto in altre lingue e, insieme, le ragioni del dispiacere per aver trovato pochi lettori fuori dall’Italia. Era meraviglioso valicare confini, lasciarsi andare dentro altre culture, scoprire la provvisorietà di ciò che avevo scambiato per definitivo. Il fatto che Lila non fosse mai uscita da Napoli, che anzi si fosse spaventata persino di San Giovanni a Teduccio, se in passato l’avevo giudicato una sua discutibile scelta che però al solito lei sapeva rovesciare in vantaggio, ora mi sembrò semplicemente un segno di ristrettezza mentale. Reagii come quando si reagisce a chi ti insulta con la stessa formula che ti ha offesa. Tu ti saresti sbagliata sul mio conto? No, cara mia, sono io, io che mi sono sbagliata sul tuo: resterai per tutta la vita a guardare i camion che passano per lo stradone.

    Les journées filaient. Pour Nino, les organisateurs du congrès avaient depuis longtemps réservé une chambre d'hôtel individuelle et comme je m'étais décidée trop tard à l'accompagner, il n'avait plus été possible de la remplacer par une chambre double. Nous avions donc des chambres séparées, mais chaque soir après la douche je me préparais pour la nuit et le cœur battant je le rejoignais dans sa chambre. Nous dormions ensemble, serrés l'un contre l'autre comme si nous avions peur qu'une force hostile veuille nous séparer pendant notre sommeil. Le matin nous nous faisions apporter le petit déjeuner au lit, nous jouissions de ce luxe que nous avions seulement vu au cinéma, nous riions beaucoup, nous étions heureux.

    I giorni volarono. A Nino gli organizzatori del convegno avevano riservato da tempo, in albergo, una camera singola e poiché mi ero decisa troppo tardi ad accompagnarlo, non c’era stato modo di trasformarla in una matrimoniale. Avevamo quindi stanze separate, ma ogni sera io facevo la doccia, mi preparavo per la notte e poi, con un po’ di batticuore, lo raggiungevo in camera sua. Dormivamo insieme, stretti l’uno all’altro come se temessimo che una forza ostile ci separasse nel sonno. Al mattino ci facevamo portare la colazione a letto, godevamo di quel lusso che avevo visto solo al cinema, ridevamo molto, eravamo felici.

    Pendant la journée, je l'accompagnais dans la grande salle du congrès et même si les intervenants lisaient pages après pages avec un même air d'ennui, être près de lui m'enthousiasmait, je m'asseyais à ses côtés sans le déranger. Nino suivait les interventions avec une grande attention, prenait des notes et de temps en temps me murmurait à l'oreille des remarques ironiques ou des mots d'amour. Au déjeuner et au dîner, nous nous mêlions à des professeurs d'un peu partout dans le monde, aux noms étrangers, de langues étrangères. Bien sûr, les intervenants les plus prestigieux avaient leur propre table, nous participions à une grande tablée de doctorants plus jeunes. J'ai été frappée par la mobilité de Nino, que ce soit pendant les travaux ou au restaurant. Comme il était différent de l'étudiant d'autrefois, et aussi du jeune homme qui m'avait défendue dans la librairie de Milan, presque dix ans plus tôt. Il avait laissé de côté le ton polémique, franchissait avec tact les barrières académiques, établissait des rapports d'un air à la fois sérieux et attrayant. Tantôt en anglais (excellent), tantôt en français (bon), il conversait brillamment, étalant son attachement de toujours aux chiffres et à l'efficacité. Je me sentais pleine de fierté de voir combien il plaisait. En quelques heures, il était devenu sympathique à tous et il était tiraillé de ci et de là.

    Durante il giorno lo accompagnavo nella sala grande del convegno e sebbene i relatori leggessero pagine e pagine essi stessi con tono annoiato, stare insieme a lui mi entusiasmava, gli sedevo accanto ma senza disturbarlo. Nino seguiva con molta attenzione gli interventi, prendeva appunti e ogni tanto mi sussurrava all’orecchio commenti ironici e parole d’amore. A pranzo e a cena ci mescolavamo ad accademici di mezzo mondo, nomi stranieri, lingue straniere. Certo, i relatori di maggior prestigio se ne stavano a un tavolo tutto loro, noi partecipavamo a una grande tavolata di studiosi più giovani. Ma mi colpì la mobilità di Nino, sia durante i lavori, sia al ristorante. Com’era diverso dallo studente di una volta, anche dal giovane che mi aveva difeso nella libreria di Milano quasi dieci anni prima. Aveva accantonato le tonalità polemiche, valicava con tatto le barriere accademiche, stabiliva rapporti con un piglio serio e insieme accattivante. Ora in inglese (ottimo), ora in francese (buono) conversava in modo brillante sfoggiando il suo vecchio culto delle cifre e dell’efficienza. Io mi sentii piena d’orgoglio per quanto piaceva. In poche ore diventò simpatico a tutti, lo tiravano di qua e di là.

    Il n'y a eu qu'un moment où il a brusquement changé, le soir avant son intervention au congrès. Il est devenu distant et grossier, il m'a semblé rongé par l'angoisse. Il a commencé à dénigrer le texte qu'il avait préparé, il a répété plusieurs fois que l'écriture ne lui venait pas aussi facilement qu'à moi, il s'est fâché parce qu'il n'avait pas eu le temps de bien travailler. Je me suis sentie en faute – est-ce que c'étaient les événements compliqués de notre vie récente qui l'avaient distrait? - et j'ai cherché à y remédier en le prenant dans mes bras, en l'embrassant, en me poussant à me lire ses feuilles. Il me les a lues et ses airs de petit écolier apeuré m'ont attendrie. L'intervention ne m'a pas semblé moins ennuyeuse que celles que j'avais déjà entendues mais j'en ai fait un grand éloge et il s'est calmé. Le lendemain matin il a récité son texte avec une chaleur feinte et on l'a applaudi.

    Ci fu un solo momento in cui cambiò bruscamente, fu la sera prima del suo intervento al convegno. Diventò scostante e sgarbato, mi sembrò travolto dall'ansia. Cominciò a dir male del testo che aveva preparato, ripeté più volte che scrivere non gli veniva facile come a me, si arrabbiò perché non aveva avuto il tempo di lavorare bene. Mi sentii in colpa – era stata la nostra complicata vicenda a distrarlo? - e cercai di rimediare abbracciandolo, baciandolo, spingendolo a leggermi le sue pagine. Me le lesse, e io m'intenerii par la sua aria da scolaretto spaventato. L'intervento mi sembrò non meno noioso di quelli che avevo ascoltato in aula magna, ma lo lodai molto e si calmò. La mattina dopo si esibì con un calore recitato, lo applaudirono.

    Le soir, un des professeurs prestigieux, un Américain, l'a invité à s'asseoir à côté de lui. Je suis restée seule mais ça ne me déplaisait pas. Quand Nino y était, je ne parlais à personne, alors qu'en son absence j'ai dû me débrouiller avec mon français laborieux pour me lier d'amitié avec un couple de Parisiens. Ils m'ont tout de suite plu parce que j'ai vite découvert qu'ils étaient dans une situation peu éloignée de la nôtre. Tous deux estimaient que la famille comme institution était étouffante, tous deux avaient vécu une douloureuse séparation de leur conjoint et de leurs enfants, tous deux paraissaient heureux. Lui, Augustin, approchait de la cinquantaine, avait le visage rouge, les yeux bleus très vifs et une grande moustache blonde. Elle, Colombe, à peine plus de trente ans comme moi, avait les cheveux noirs très courts, les yeux et les lèvres fortement dessinés dans un visage tout menu et une élégance fascinante. J'ai surtout parlé à Colombe, qui avait un fils de sept ans.

    La sera uno degli accademici di prestigio, un americano, lo invitò a sedere accanto a lui. Io restai sola ma non mi dispiacque. Quando c'era Nino non parlavo con nessuno, mentre in sua assenza fui costretta ad arrangiarmi col mio francese stentato e familiarizzai con una coppia di Parigi. Mi piacquero perché scoprii presto che erano in una situazione non molto diversa dalla nostra. Entrambi ritenevano soffocante l'istituto della famiglia, entrambi si erano dolorosamente lasciati alle spalle coniugi e figli, entrambi parevano felici. Lui, Augustin, sulla cinquantina, era rosso in viso, aveva occhi celesti molto vivaci, grandi baffi biondicci. Lei, Colombe, poco più che trentenne come me, aveva capelli neri cortissimi, occhi e labbra disegnati con forza su un volto minuto, un'eleganza ammaliante. Parlai soprattutto con Colombe, aveva un bambino di sette anni.

    "Il manque encore quelques mois", ai-je dit,"avant que ma fille aînée ait sept ans, mais cette année elle va déjà en seconde (2), elle est très forte."

    "Le mien est très éveillé et plein de fantaisie."

    "Comment a-t-il pris la séparation?"

    "Bien."

    "Il n'en a pas un peu souffert?"

    "Les enfants n'ont pas notre rigorisme, ils sont plus élastiques."

    "Ci vuole ancora qualche mesi" dissi, "perché la mia prima figlia ne compia sette, ma quest'anno va già in seconda, è bravissima".

    "Il mio è molto sveglio e fantasioso".

    "Come ha preso la separazione?".

    "Bene".

    "Non ne ha sofferto nemmeno un po'?".

    "I bambini non hanno le nostre rigidità, sono elastici".

    Elle a insisté sur l'élasticité qu'elle attribuait à l'enfance, il m'a semblé que ça la rassurait. Elle a ajouté: dans notre milieu, il est assez courant que des parents se séparent, les enfants savent que c'est possible. Mais juste au moment où je lui disais que moi, au contraire, je ne connaissais aucune autre femme séparée de son mari, sauf une amie, elle a brusquement changé de registre et a commencé à se plaindre de son fils: il est bon écolier mais lent, s'est-elle exclamée, à l'école ils disent qu'il n'a pas d'ordre. Ça m'a fort frappée qu'elle ait commencé à s'exprimer sans tendresse, presque avec rancœur, comme si son enfant se comportait ainsi pour la contrarier, et ça m'a fait peur. Son compagnon a dû s'en rendre compte, il est intervenu et s'est vanté de ses deux fils à lui, un de quatorze et un de dix-huit ans, il a blagué sur le fait que tous deux plaisaient énormément aux femmes, aux jeunes comme aux plus mûres. Quand Nino est revenu près de moi, les deux hommes – surtout Augustin – se sont mis à dire beaucoup de mal de la majeure partie des intervenants. Colombe s'est tout de suite introduite dans cette conversation, avec une allégresse un peu artificielle. La médisance a vite créé un lien, Augustin parlait et buvait beaucoup, sa compagne riait dès que Nino ouvrait la bouche. Ils nous ont invités à les accompagner à Paris en auto.

    Insistette sull'elasticità che attribuiva all'infanzia, mi sembrò che la rassicurasse. Aggiunse: nel nostro ambiente è abbastanza diffuso che i genitori si separino, i figli sanno che è possibile. Ma proprio mentre io le dicevo che invece non conoscevo altre donne separate se non una mia amica, lei cambiò bruscamente registro, cominciò a lamentarsi del bambino: è bravo ma lento, esclamò, a scuola dicono che è disordinato. Mi colpì molto che fosse passata a esprimersi senza tenerezza, quasi con astio, come se il figlio si comportasse in quel modo per farle dispetto, e questo mi mise ansia. Il suo compagno se ne dovette accorgere, si intromise, si vantò dei suoi due ragazzi, uno di quattordici e uno di diciotto, scherzò su quanto piacevano entrambi alle donne giovani che a quelle mature. Quando Nino mi tornò accanto i due uomini – soprattutto Augustin – passarono a dire malissimo della gran parte dei relatori. Colombe s'inserì quasi subito con un'allegria un po' artificiale. La maldicenza creò presto un legame, Augustin parlò e bevve molto per tutta la sera, la sua compagna rideva appena Nino riusciva ad aprire bocca. Ci invitarono ad andare a Parigi con loro, in automobile.

    Ces propos sur les enfants et cette invitation à laquelle nous n'avons répondu ni oui ni non, m'ont remis les pieds sur terre. Jusqu'à ce moment-là, Dede et Elsa m'étaient constamment venues en tête, et Pietro aussi, mais comme en suspens dans un univers parallèle, immobiles autour de la table de la cuisine à Florence, ou devant le téléviseur, ou dans leur lit. Tout à coup leur monde et le mien sont rentrés en communication. Je me suis rendue compte que ces journées de Montpellier allaient se terminer, qu'inévitablement Nino et moi serions rentrés chacun chez soi, que nous aurions à affronter nos crises conjugales respectives, moi à Florence, lui à Naples. Le corps de mes filles a rejoint le mien, j'en ai violemment ressenti le contact. Je ne savais rien d'elles depuis cinq jours et en m'en rendant compte, il m'est venu une forte nausée, la nostalgie est devenue insupportable. J'ai eu peur, non pas du futur en général, qui me paraissait entièrement lié à Nino, mais des heures qui allaient suivre immédiatement, celles du lendemain et du surlendemain. Je n'ai pas réussi à résister et même s'il était quasiment minuit – quelle importance est-ce que ça a, me suis-je dit, Pietro est toujours éveillé – j'ai essayé de téléphoner.

    I discorsi sui figli, e quell'invito al quale non rispondemmo né sì né no, mi riportarono coi piedi per terra. Fino a quel momento Dede ed Elsa mi erano tornate in mente di continuo, e anche Pietro, ma come sospesi in un universo parallelo, immobili intorno alla tavola della cucina di Firenze, o davanti alla televisione, o nei loro letti. Di colpo il mio mondo e il loro tornarono in communicazione. Mi resi conto che i giorni di Montpellier stavano per finire, che inevitabilmente Nino e io saremmo tornati alle nostre case, che avremmo dovuto affrontare le rispettive crisi coniugali, io a Firenze, lui a Napoli. E il corpo delle bambine si ricongiunse al mio, ne avvertii violentemente il contatto. Non sapevo niente di loro da cinque giorni e nel prenderme conscienza mi venne una nausea forte, la nostalgia diventò insopportabile. Ebbi paura non del futuro in generale, che pareva ormai imprescindibilmente occupato da Nino, ma delle ore che stavano per arrivare, di domani, di dopodomani. Non riuscii a resistere e sebbene fosse quasi mezzanotte – che importanza ha, mi dissi, Pietro è sempre sveglio –, provai a telefonare.

    Ça a été plutôt laborieux mais j'ai fini par avoir la ligne. Allô, j'ai dit. Allô, j'ai répété. Je savais qu'à l'autre bout il y avait Pietro, je l'ai appelé par son nom: Pietro, c'est Elsa, comment vont les petites. La communication s'est interrompue. J'ai attendu quelques minutes puis j'ai demandé au central de rappeler. J'étais déterminée à insister toute la nuit, mais cette fois Pietro a répondu.

    "Qu'est-ce que tu veux?"

    "Parle-moi des filles"

    "Elles dorment."

    "Je le sais, mais comment vont-elles?"

    "Qu'est-ce que ça peut te faire?"

    "Ce sont mes filles."

    "Tu les as abandonnées, elles ne veulent plus être tes filles."

    "Elles t'ont dit ça à toi?"

    "Elles l'ont dit à ma mère."

    "Tu as fais venir Adele?"

    "Oui."

    "Dis-leur que je reviens dans quelques jours."

    "Non, ne reviens pas. Ni moi, ni les filles, ni ma mère ne voulons plus te voir."

    Fu una cosa abbastanza laboriosa ma alla fine ebbi la linea. Pronto, dissi. Pronto, ripetei. Sapevo che dall'altro capo c'era Pietro, lo chiamai per nome: Pietro, sono Elena, come stanno le bambine. La comunicazione si interruppe. Aspettai qualche minuto, poi chiesi al centralino di chiamare di nuovo. Ero determinata a insistere per tutta la notte, ma Pietro questa volta rispose.

    "Che vuoi".

    "Dimmi delle bambine".

    "Dormono".

    "Lo so, ma come stanno".

    "Che t'importa".

    "Sono le mie figlie".

    "Le hai lasciate, non vogliono essere più le tue figlie".

    "L'hanno detto a te?".

    "L'hanno detto a mia madre".

    "Hai fatto venire Adele?".

    "Sì".

    "Dille che torno tra qualche giorno".

    "No, non tornare. Né io, né le bambine, né mia madre ti vogliamo vedere più".

    Elena Ferrante, Storia della bambina perduta, ed. E/O 2015, chapitre 3 (traduction de l'Adrienne) 

    (1) San Giovanni a Teduccio est un quartier populaire pas très éloigné de celui où Lenù et Lila ont grandi. 

    (2) en deuxième année de l'école primaire, comme dans le système belge

  • Stupeur et tremblements aquatiques

    C'est évidemment en pleine canicule, au moment où les citernes d'eau de pluie se vident et que les autorités nous demandent de ne pas gaspiller l'eau, qu'on nous assène une fois de plus ceci: on trouve de tout, dans "l'eau du robinet", vu qu'on trouve de tout dans nos eaux usées (voir la vidéo ci-dessus), mais qu'on se rassure, elle reste parfaitement propre à la consommation. 

    Pour la Flandre, la dernière étude en date est ici. Elle concerne les résidus de médicaments qui se retrouvent dans nos eaux usées, que ce soit ou non à proximité de firmes pharmaceutiques ou d’hôpitaux. La majeure partie en est éliminée, dit l'étude, et nous ne demandons qu'à le croire, en essayant de ne pas trop nous poser de questions sur cette autre partie. 

    De toute façon, comme disait le père de l'Adrienne, faudra bien qu'on meure de quelque chose... et le grand-père aurait ajouté, en accord complet avec l'esprit de Louis Pasteur, qu'il valait mieux boire une bière.

     

  • 22 rencontres (21)

    C'est devant la porte close du bureau de poste que Madame l'a rencontrée. Bientôt quinze ans déjà qu'elle a été son élève, mais elle est de celles qu'on n'oublie pas. De celles dont le berceau se trouvait à la mauvaise place, père absent, mère au chômage obligée de quitter à la cloche de bois des logis de plus en plus misérables où elle vivait avec ses deux filles et deux énormes chiens. 

    Chaque fois qu'elles se rencontrent au hasard d'une rue, Madame s'arrête pour une conversation. C'est ainsi qu'elle a vu que l'histoire risquait de se répéter - à 19 ans, une petite fille lui est née, dont le père à son tour est "absent" - avec tout son chapelet de précarités. Arrêt des études après la professionnelle, alors qu'elle avait largement les capacités d'aller dans l'enseignement général et de continuer à étudier, divers petits boulots qui lui ont cassé le dos, problèmes de santé qui l'empêchent aujourd'hui de travailler à temps plein.

    Chaque fois, Madame admire son courage, sa ténacité, sa volonté de s'en sortir et surtout d'offrir une meilleure vie à sa fille.

    Elle vient de l'inscrire en première secondaire dans notre école. 

    Espérons qu'elle puisse y faire un joli parcours.  

    prof,école,élève

     

  • R comme rouge

    Il est à sa porte à heures plus ou moins fixes, pour fumer une pipe. Hiver comme été, et bien que vivant seul, il fume sur le seuil, laissant la porte entrebâillée. L'hiver, en vieux pull bleu troué, et en ces jours de canicule, en maillot de corps. 

    On se salue, de loin. On échange un ou deux mots, pas plus. L'Adrienne est toujours pressée. 

    Hier, dès qu'il la voit venir, il franchit les quelques mètres de son jardinet pour arriver jusqu'au trottoir: 

    - J'ai pris un coup de soleil! s'exclame-t-il en montrant la peau nue sous la longue barbe grise. 

    - Ah! fait l'Adrienne compatissante, faut faire attention, ces jours-ci! C'est dangereux. 

    Puis il se retourne pour montrer son dos. Il a la nuque d'un rouge presque violet. L'Adrienne est très impressionnée et le lui dit. 

    - J'ai enlevé un peu de mauvaises herbes dans mon jardin, explique-t-il. Pourtant, j'avais mis de la crème solaire! 

    Depuis, l'Adrienne s'inquiète pour lui, et pour tous ces autres "petits vieux" de son quartier, la vieille dame toute cassée qui fait ses courses avec son antique vélo, celle qui marche avec une béquille d'un côté et un grand chien blanc de l'autre, celui qui a déjà été opéré deux fois à la gorge, celle qui porte avec fierté ses presque nonante ans... il fait beaucoup trop chaud, dehors et dedans, depuis trop longtemps.

    ça se passe comme ça,vie quotidienne

    la clématite de l'Adrienne a envahi le trottoir... 

     

     

  • 20 miracles de la nature (7)

    Sur la terrasse du café du coin, en face du supermarché, affalé sur son siège, jambes écartées, il était attablé tout seul devant sa bière, à dix heures du matin. 

    L'homme, ce miracle de la nature. 

    Sur son T-shirt noir il était marqué en grandes lettres blanches: 

    Un homme comme moi, ça se mérite! 

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  • Questions pour mes champions

    Jana montre qu'elle n'est pas trop mécontente de son tirage au sort: A une Passante, de Baudelaire, piece of cake

    Elle explique avec l'assurance de ceux qui tutoient les grands auteurs: 

    - Charles est assis à une terrasse, il est en train de boire un verre... 

    Stupeur de Madame, qui se souvient d'avoir expliqué ce que c'est "le grand deuil", une rue assourdissante, un feston, un ourlet, et même d'avoir mimé la scène, en balançant sa jupe.  

    Oui, oui. Même ça. Mais elle n'a point parlé de terrasse de café. 

    Jana prend des airs de conspiratrice pour continuer sa lecture du poème: 

    - Moi, dit-elle, moi je pense que la dame, elle a une jupe fendue... 

    Madame en reste sans voix. 

    - Parce qu'elle montre sa jambe, explique Jana. 

    Conclusion: le film que Madame se fait dans la tête à la lecture du poème est sans doute fort différent de celui que se font certains de ses élèves... 

    Voyons à quoi ressemble le vôtre:  

    A une passante

    La rue assourdissante autour de moi hurlait.
    Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
    Une femme passa, d'une main fastueuse
    Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;

    Agile et noble, avec sa jambe de statue.
    Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
    Dans son œil, ciel livide où germe l'ouragan,
    La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

    Un éclair... puis la nuit ! - Fugitive beauté
    Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
    Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?

    Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être !
    Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
    Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais ! 

    Charles Baudelaire, Tableaux parisiens, in Les Fleurs du Mal 

  • P comme pensieri, pensées

    italie,italien,traduction,littérature,lire,lecture,lecteur

    Des pensées de ce genre étaient devenues habituelles, ces années-là. C'était comme si Lila, qui en fin de compte n'avait prononcé que cette unique perfidie à propos de Dede et Elsa, était devenue avocat de la défense des besoins de mes filles, et comme si moi je me sentais obligée, chaque fois que je les négligeais pour me consacrer à mes propres affaires, de lui démontrer qu'elle avait tort. Mais c'était seulement une voix provenant de ma mauvaise humeur, ce qu'elle pensait réellement de mon comportement de mère, je ne le sais pas. Elle est la seule qui puisse le dire, si jamais elle réussit à s'insérer dans cette longue chaîne de mots pour modifier mon texte, pour y introduire délibérément des chaînons manquants, pour en enlever d'autres sans que ça se voie, pour dire de moi plus que ce que je veux, plus que ce que je suis capable de dire. Je désire cette intrusion, je me la souhaite depuis que j'ai commencé à jeter notre histoire sur le papier mais je dois arriver à la fin avant de soumettre toutes ces pages à une vérification. Si je l'essayais maintenant, c'est sûr que ça me bloquerait. J'écris depuis trop longtemps et je suis fatiguée, il est de plus en plus difficile de tenir bien tendu le fil de l'histoire dans le chaos des années, des petits et des grands événements, des humeurs. 

    Pensieri di quel genere diventarono una consuetudine, in quegli anni. Fu come se Lila, che su Dede ed Elsa alla fin fine aveva pronunciato soltanto quell’unica frase perfida, fosse diventata l’avvocato difensore dei loro bisogni di figlie, e io mi sentissi obbligata a dimostrarle che aveva torto ogni volta che le trascuravo per dedicarmi a me. Ma era solo una voce inventata dal malumore, cosa pensasse realmente dei miei comportamenti di madre non lo so. Lei è l’unica che può raccontarlo, se davvero è riuscita a inserirsi in questa catena lunghissima di parole per modificare il mio testo, per introdurre ad arte anelli mancanti, per sganciarne altri senza darlo a vedere, per dire di me più di quanto io voglia, più di quanto io sia capace di dire. Auspico questa sua intrusione, me la auguro fin da quando ho cominciato a buttar giù la nostra storia, ma devo arrivare alla fine per sottoporre tutte queste pagine a una verifica. Se ci provassi adesso, certamente mi incepperei. Scrivo da troppo tempo e sono stanca, è sempre più difficile tener teso il filo del racconto dentro il caos degli anni, degli eventi piccoli e grandi, degli umori.

    C'est pour ça que j'ai tendance à survoler ce qui me concerne pour rattraper tout de suite Lila et les nombreuses complications qui l'accompagnent, ou pire, que je me laisse accaparer par mes vicissitudes uniquement parce que je m'en défais plus facilement. Mais ce sont deux chemins que je ne peux plus prendre. Je ne peux plus suivre la première voie, sur laquelle, si je me tiens à l'écart, je finirais par trouver de moins en moins de traces de Lila, étant donné la nature même de nos rapports, vu que je n'arrive à elle qu'en passant par moi. Je ne dois pas non plus prendre la seconde voie, et parler de mes propres expériences avec de plus en plus de détails. C'est sûrement ce qu'elle préférerait. Vas-y, me dirait-elle, fais savoir quelle tournure ta vie a prise, qui s'intéresse à la mienne, avoue que même toi elle ne t'intéresse pas. Elle conclurait: je suis un gribouillage sur un gribouillage, complètement inadaptée à un de tes livres, laisse tomber, Lenù, on ne parle pas des ratures. Que faire alors? Lui donner raison une fois de plus? Accepter qu'être adulte, c'est arrêter de se montrer, c'est apprendre à se cacher jusqu'à disparaître? Admettre que plus les années avancent, moins je sais de Lila?     

    Perciò o tendo a sorvolare sui fatti miei per riacciuffare subito Lila e tutte le complicazioni che porta con sé o, peggio, mi lascio prendere dalle vicende della mia vita solo perché le butto giù con più facilità. Ma bisogna che mi sottragga a questo bivio. Non devo andare per la prima strada, lungo la quale – visto che la natura stessa del nostro rapporto impone che io possa arrivare a lei solo passando per me – finirei, se mi metto da parte, per trovare di Lila sempre meno tracce. Né d’altra parte devo andare per la seconda. Che io, infatti, parli della mia esperienza sempre più diffusamente è proprio ciò che lei di sicuro asseconderebbe. Dài – mi direbbe –, facci sapere che piega ha preso la tua vita, a chi importa della mia, confessa che non interessa nemmeno a te. E concluderebbe: io sono uno scarabocchio su uno scarabocchio, del tutto inadatta a uno dei tuoi libri; lasciami perdere, Lenù, non si racconta una cancellatura. Che fare dunque? Darle ancora una volta ragione? Accettare che essere adulti è smettere di mostrarsi, è imparare a nascondersi fino a svanire? Ammettere che più gli anni avanzano, meno so di Lila? 

    Ce matin, je surmonte ma fatigue et je me remets à mon bureau. Maintenant que j'approche le point le plus douloureux de notre histoire, je veux chercher sur la page un équilibre entre moi et elle, alors que dans la vie je n'ai jamais réussi à le trouver, ni même entre moi et moi. 

    Questa mattina tengo a bada la stanchezza e mi rimetto alla scrivania. Ora che sono vicina al punto più doloroso della nostra storia, voglio cercare sulla pagina un equilibrio tra me e lei che nella vita non sono riuscita a trovare nemmeno tra me e me. 

    Elena Ferrante, Storia della bambina perduta, ed. E/O 2015, chapitre 2 (traduction de l'Adrienne) 

    source de l'image et info ici

  • O comme Ostende

    Quoi? Encore Ostende? 

    Les iris d'Ostende sont-ils plus jaunes qu'ailleurs? 

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    Les vélos plus beaux? 

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    Les canards plus photogéniques? 

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    Les peintures plus fraîches? 

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    Les maisons plus art déco?

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    Les mecs plus musclés? 

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    Les cappuccino plus vite bus? 

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    Les chats plus mignons? 

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    Hein? Qu'est-ce qu'elle a de plus qu'une autre, cette ville? 

    On se le demande cool

  • N comme non, non et non

    Le ministre flamand de la mobilité a décrété que désormais, le long des routes, on ne planterait plus que des arbres poussant lentement et qu'on recouperait dès que leur tronc atteint un diamètre de 10 cm. 

    Pour éviter les accidents. 

    Pourtant, on sait très bien que s'il y a un accident, ce n'est pas la faute de l'arbre. C'est la faute de l'alcool. Ou de la vitesse. Ou des deux. Depuis quelques années, il faut aussi y ajouter le téléphone portable. 

    Mais ce n'est pas la faute de l'arbre. Ni de la façade d'une maison. 

    Tout comme ce n'était pas la faute du ravin, si ma belle-sœur et sa fille sont mortes en route pour l'Espagne, un 17 avril. Elles avaient quitté la maison dans un tel état de fatigue qu'elles se sont endormies, vers trois heures de l'après-midi. 

    Mais ce n'était pas la faute du ravin. 

    L'autre jour dans ma rue, une auto est rentrée dans un poteau indiquant que la vitesse maximale autorisée est 30 km/h. Le conducteur faisait à peu près du 80. Le poteau se trouve juste à hauteur d'une petite école maternelle et primaire. Et d'un passage zébré. Trois raisons de rouler lentement. 

    Juste à côté, il y a un magnifique platane. Malheureusement pour lui, son tronc fait beaucoup plus que dix centimètres de diamètre. 

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    photo prise le 1er novembre 2014 
    ces liens pour ceux qui lisent le néerlandais: 
    http://deredactie.be/cm/vrtnieuws/binnenland/1.3001202 
    http://www.nieuwsblad.be/cnt/dmf20170531_02906877

  • M comme Monniksgier

    Il s'appelle Sirius et il est né le 23 mai au Parc des Oiseaux de Villars-les-Dombes, dans l'Ain. Il est arrivé au zoo d'Anvers cinq jours plus tard pour y être adopté et élevé par le couple de vautours moines Sir et Snowflake. Ses parents biologiques ayant cessé de couver leur oeuf, il avait été mis en couveuse et on lui avait cherché des parents adoptifs parce qu'il est primordial pour leur comportement futur que les bébés vautours moines soient élevés par leurs congénères au lieu d'être nourris par des humains.

    Adoption pleinement réussie, sa nouvelle maman s'est tout de suite mise à régurgiter de la nourriture pour la lui donner.

    Voici une photo du bébé 

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    © ZOO Antwerpen
    source photo et article ici

    et sur la page fb de l'événement, des Français s'indignent qu'on ait enlevé le petit à ses vrais parents et aimeraient savoir quand on le leur rendra 

    tongue-out

  • L comme Lydia Flem

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    Je me souviens, à la manière de Lydia Flem... 

    des interminables séances d'essayage, debout sur la table chez grand-mère Adrienne, avec l'interdiction de bouger 

    des épingles restées dans les vêtements 

    du petit maillot à rayures de mon gros nounours, et de sa petite culotte assortie 

    de l'importance des matières, du respect pour la pure laine, la soie et laine, du mépris pour la rayonne 

    de ces petites choses que je cousais pour ma poupée avec les chutes de tissu 

    de ces vêtements de ma mère recyclés pour moi à l'adolescence et dans lesquels je me sentais si mal 

    de la première fois où on m'a acheté un vêtement tout fait: c'était un pantalon en velours côtelé bleu marine et j'avais 16 ans 

    des tricots qui grattaient et que j'étais seule à devoir porter 

    des tabliers en nylon bleu foncé qui étaient un très inconfortable "reliquat" d'uniforme imposé dans mon école secondaire 

    de ma première paire de bottes: j'avais 17 ans, elles étaient brunes, lacées, et je les ai portées jusqu'à l'usure totale 

    que mon petit frère, à 12 ans, avait exigé que je mette une robe et des bas nylon pour sa fête 

    que j'étais très embêtée quand j'ai dû passer mes oraux à l'université, je n'avais qu'une robe mettable et je devais la laver entre deux examens 

    que ma mère trouvait l'achat d'une robe de fiançailles une dépense inutile 

     *** 

    source de l'image et info sur le livre de Lydia Flem ici

  • K comme kermesse

    C'est le samedi à midi pile que les cloches de l'église sonnent l'ouverture de la kermesse, donnant ainsi raison à l'étymologie puisque le mot kermesse dérive de "kerk", église, et de "mis", messe. 

    Sur la place du marché, les manèges et autres attractions sont installées. On remarquera qu'il y a désormais trois endroits où on peut gaspiller ses sous dans des machines supposées vous en rapporter. Ou vous rapporter des cadeaux et des peluches, si vous réussissez à bien manœuvrer la pince qui, derrière les vitres, devrait agripper puis déposer l'objet de vos désirs. Objet qui, à supposer que vous l'ayez bien ferré, retombera juste avant le bon endroit. 

    Je le sais, j'y ai gaspillé des sous moi aussi quand j'avais douze ans. 

    - On l'a presque! disait mini-Adrienne à son petit frère, et elle remettait 5 francs dans la machine. 

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    Les autos tamponneuses sont chaque année au même endroit. Seul le décor des bâches tout autour change. 

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    Ce qui ne change pas non plus, à part les décors peints, c'est la chenille. Elle était déjà là quand mon père était petit garçon. Ainsi que le marchand de gaufres et de beignets, le tir à la carabine, la pêche aux canards. 

    Et puis, chaque année il faut une attraction du genre citius, altius, fortius, pour essayer de donner quelques sensations fortes à des gens de plus en plus blasés... 

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  • J comme Joséphine

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    Elle a laissé la fenêtre de la chambre ouverte et est sortie sans rien emporter. Ni sac, ni portefeuille, ni clé. Rien. 

    Elle a mis une robe d'été confortable, de bonnes chaussures plates et des chaussettes. 

    Elle marche vers l'est, dans ce soleil du matin qui rend les ombres longues et la lumière si blanche. 

    Elle regrette déjà de ne pas avoir pris ses lunettes de soleil mais ne revient pas en arrière. Elle a trop peur de changer d'avis. 

    Non, la fenêtre restera ouverte, son sac et toutes ses affaires à l'intérieur, elle marche. Tout le reste n'a plus d'importance. 

    La route sera longue. 

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie

  • I comme incipit

    D'octobre 1976 jusqu'en 1979, je ne suis plus retournée vivre à Naples et j'ai évité de rétablir des rapports stables avec Lila. Ça n'a pas été facile. Elle a tout de suite cherché à entrer de force dans ma vie, et moi je l'ignorais, je la tolérais, je la subissais. Même si elle se comportait comme si elle ne désirait rien d'autre qu'être à mes côtés dans un moment difficile, je ne réussissais pas à oublier le mépris avec lequel elle m'avait traitée. 

    Aujourd'hui je pense que s'il n'y avait eu de blessant que l'insulte - tu es une crétine, m'avait-elle hurlé au téléphone quand je lui avais dit pour Nino, et jamais, jamais ce n'était arrivé qu'elle me parle de cette façon - je me serais vite calmée. En réalité, plus que cette offense, c'est l'allusion à Dede et à Elsa qui a compté. Pense au mal que tu fais à tes filles, m'avait-elle admonestée, et sur le moment je n'y avais pas prêté attention. Mais avec le temps, ces mots ont acquis de plus en plus de poids, j'y revenais de plus en plus souvent. Jamais Lila n'avait manifesté le moindre intérêt pour Dede et Elsa, plus que probablement elle ne se souvenait même pas de leur nom. Les fois où au téléphone j'avais fait allusion à une de leurs remarques intelligentes, elle avait coupé court et était passée à autre chose. Et quand elle les avait rencontrées pour la première fois, dans la maison de Marcello Solara, elle s'était limitée à un regard discret et à quelques généralités, elle n'avait même pas eu un peu d'attention pour leurs jolis vêtements, leur belle coiffure, ni comme elles étaient capables toutes les deux, malgré leur jeune âge, de s'exprimer correctement. Pourtant c'est moi qui les avais faites, c'est moi qui les avais élevées, elles étaient une part de moi, son amie de toujours: elle aurait dû faire un peu de place - je ne dis pas par affection, mais au moins par gentillesse - à ma fierté de mère. Bien au contraire, elle n'a même pas eu recours à un peu d'ironie débonnaire, elle avait montré de l'indifférence et c'est tout. Ce n'est que maintenant - sûrement par jalousie, puisque j'avais pris Nino pour moi - qu'elle s'était souvenue des petites et avait voulu souligner à quel point j'étais une mauvaise mère et que j'étais en train de causer leur malheur. Dès que j'y pensais, je m'énervais. Est-ce que Lila s'était jamais préoccupée de Gennaro, quand elle avait quitté Stefano, quand elle avait abandonné l'enfant à sa voisine pour aller travailler en usine, quand elle me l'avait envoyé comme pour s'en débarrasser? Ah, j'avais commis des erreurs, mais j'étais sans nul doute plus mère qu'elle. 

    (traduction de l'Adrienne)

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    source et info ici

    A partire dall’ottobre 1976 e fino a quando, nel 1979, non tornai a vivere a Napoli, evitai di riallacciare rapporti stabili con Lila. Ma non fu facile. Lei cercò quasi subito di rientrare a forza nella mia vita e io la ignorai, la tollerai, la subii. Anche se si comportava come se non desiderasse altro che starmi vicina in un momento difficile, non riuscivo a dimenticare il disprezzo con cui mi aveva trattata. 

    Oggi penso che se a ferirmi fosse stato solo l’insulto – sei una cretina, mi aveva gridato per telefono quando le avevo detto di Nino, e non era mai successo prima, mai, che mi parlasse a quel modo – mi sarei presto acquietata. In realtà, più di quell’offesa, contò l’accenno a Dede e a Elsa. Pensa al male che fai alle tue figlie, mi aveva ammonito, e lì per lì non ci avevo fatto caso. Ma quelle parole acquistarono nel tempo sempre più peso, ci tornai su spesso. Lila non aveva mai manifestato il minimo interesse per Dede e per Elsa, quasi certamente non si ricordava nemmeno i loro nomi. Le volte che avevo accennato per telefono a qualche loro sortita intelligente, aveva tagliato corto, era passata ad altro. E quando le aveva incontrate per la prima volta a casa di Marcello Solara, si era limitata a uno sguardo distratto e a qualche frase generica, non aveva avuto nemmeno un po’ di attenzione per com’erano ben vestite, ben pettinate, capaci entrambe, pur essendo ancora piccole, di esprimersi con proprietà. Eppure le avevo fatte io, le avevo tirate su io, erano parte di me, la sua amica di sempre: avrebbe dovuto lasciare spazio – non dico per affetto ma almeno per gentilezza – al mio orgoglio di madre. Invece non era ricorsa nemmeno a un poco di ironia bonaria, aveva mostrato indifferenza e basta. Solo adesso – per gelosia sicuramente, perché mi ero presa Nino – si era ricordata delle bambine e aveva voluto sottolineare che ero una pessima madre, che pur di essere felice io, stavo causando la loro infelicità. Appena ci pensavo mi innervosivo. Lila si era preoccupata forse di Gennaro quando aveva lasciato Stefano, quando aveva abbandonato il bambino alla sua vicina di casa per via del lavoro in fabbrica, quando l’aveva mandato da me quasi per sbarazzarsene? Ah, io avevo le mie colpe, ma ero senza dubbio più madre di lei. 

    Elena Ferrante, Storia della bambina perduta, ed. e/o, 2015 (chapitre 1)

  • H comme horions (verbaux)

    Rivées à leur mini-clavier, à leur écran miniature, elles échangent des horions. De bonnes grosses baffes verbales qui font très mal. Qui laissent des traces. Qu'on peut photographier, envoyer à d'autres, conserver, montrer. Au petit ami, à d'autres copines: non mais tu as vu comment elle me traite? tu as vu ce qu'elle ose me dire? 

    Et chacun se jette dans la mêlée et donne à son tour quelques coups plus ou moins bas.  

    C'est un engrenage dont elles ne réussissent plus à sortir et qui dure depuis des semaines. 

    Alors que voulez-vous, Madame a fini par s'en mêler, au risque de se prendre quelques baffes elle aussi. 

    Pourtant la solution est simple: vous voulez vraiment que ça cesse? vous voulez vraiment vous réconcilier? alors éteignez vos smartphones et parlez-vous autour d'une table. Je veux même jouer les arbitres. 

    *** 

    le comble, c'est qu'au plus fort de la bataille elles avaient cours chez une collègue de psychologie: "comment régler les conflits? comment vivre ensemble dans la paix?"

  • G comme gym

    Il faisait 30° à l'ombre et ils avaient cours de gym. C'était le moment où le prof avait décidé de les faire courir: quatre fois le tour du domaine et du parc. Une course qui serait évaluée pour le dernier carnet de notes de l'année. 

    Par la fenêtre de son bureau des coordinatrices, Madame les regarde courir sous ce soleil de plomb. Parmi les meilleurs, en tête de course, il y a Nabil, Omar, Amine. Nabil est dans la classe de Madame et il est le meilleur en tout. 

    La dernière fois qu'ils ont mangé, c'était hier soir, vers 22.00 h. Ils ne se lèvent pas la nuit pour remanger avant l'aube, ça leur ferait une nuit trop courte et des journées d'école trop pénibles. 

    Ils courent sous le soleil. Ils sont toujours les meilleurs, à la course. Pas question de se laisser battre cette fois. 

    - Je me suis rincé la bouche au robinet, dit Nabil à Madame qui s'inquiète parce que malgré cette température et ces efforts, il n'a pas le droit de boire une goutte d'eau. 

    Combien de temps encore pourrons-nous faire comme si nous n'avions pas de musulmans dans nos écoles? 

    prof,école,élève

    photo prise en septembre 2013

     

  • F comme Fon (et fer)

    Quand son fils unique est mort électrocuté à vingt ans, Fonne a reporté tout son amour sur le petit dernier de ses patrons. C'est lui qui l'a appelée Fonne, sans doute que pour ses premiers babils de bébé "Yvonne" était trop difficile. 

    C'est elle qui l'a élevé, sa mère étant occupée à la boucherie du matin tôt au soir tard, surtout de Pâques à septembre. La pauvre Fonne, tout en faisant le ménage et la cuisine, devait continuellement le prendre sur le bras. 

    En grandissant, il est resté son préféré, celui à qui on passe tous ses caprices, qu'on défend contre les taquineries des aînés, qu'on excuse de tout, même les rares fois où sa mère veut intervenir de son autorité. 

    Puis un jour le gamin se marie. Et Fonne, qui toute sa vie a repassé des montagnes de torchons et de serviettes, de nappes et de chemises, de draps et de taies, de robes et de jupes, d'uniformes scolaires et de grands tabliers blancs de boucher, décide d'offrir en cadeau de mariage un fer à repasser. 

    Quand la future mariée le déballe, belle-maman déclare: 

    - Et bien! je suis déçue! elle aurait au moins pu acheter un fer à vapeur! 

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    c'est pourtant ce fer-là, déjà vieillot il y a 30 ans, qui est toujours vaillant aujourd'hui! 

     

     

  • 7 signes qui ne trompent pas

    L'herbe est tondue, maisons et jardins sont pimpants, les haies sont fraîchement taillées - et parfois de très près - 

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     les trous dans la chaussée sont marqués de peinture blanche puis soigneusement comblés 

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    les rues pavoisées aux couleurs de toutes les maisons auxquelles notre ville a appartenu, au fil des siècles 

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    les porteurs et les sonneurs ont intensifié l'entraînement 

    la presse locale ne parle (presque) plus que de ça 

    les gens s'organisent pour leur participation, leur ravitaillement, leur équipement... 

    et l'Adrienne sent monter l'envie et l'adrénaline 

    cool 

    ici le folklore est bien vivant

     

  • E comme écriture et liberté

    "L'inconvénient du règne de l'opinion, qui d'ailleurs procure la liberté, c'est qu'elle se mêle de ce dont elle n'a que faire; par exemple: la vie privée. De là la tristesse de l'Amérique et de l'Angleterre. Pour éviter de toucher à la vie privée, l'auteur a inventé une petite ville, Verrières, et, quand il a eu besoin d'un évêque, d'un jury, d'une Cour d'assises, il a placé tout cela à Besançon, où il n'est jamais allé." 

    Stendhal, Le Rouge et le Noir, note de l'auteur placée sous le mot 'Fin' à la page 489 de mon exemplaire des éditions Garnier. 

    On peut s'étonner et admirer que Stendhal se soit déjà fait cette remarque en 1829-1830. 

    On peut déplorer l'ampleur que ça a pris jusqu'à aujourd'hui. 

    Même - et aussi - en littérature. 

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  • D comme Danielle

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    Il y a des jours où Danielle change de coiffure et laisse ses cheveux libres, au lieu de les serrer dans un chignon. 

    Des jours où elle tourne le dos aux autres et se colle à la vitre avec un livre. 

    Des jours où elle garde ses lunettes noires, même à l'intérieur d'une rame de métro. 

    Des jours où elle dit à sa gentille collègue, en riant un peu trop fort, qu'elle s'est encore malencontreusement cogné le coin de l’œil à sa table de nuit.  

    *** 

    consignes et tableau chez Lakévio
    que je remercie!

  • C comme chapeaux

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    C'était un beau mariage: des gens bien élevés, des jeunes minces et élégants, que du beau monde ayant fait de longues études et de grands voyages. 

    C'était une garden party dans un endroit idyllique et pourtant au cœur de la ville, un high tea festif, gourmand et musical. 

    Bref, L'Adrienne s'est sentie là comme Lenù dans la compagnie des Airota, la prestigieuse famille de ses beaux-parents, et de leurs fastueux amis: pas du tout à sa place. 

    Au bout de trois quarts d'heure de conversations mondaines, elle avait déjà envie de reprendre le train pour rentrer chez elle. 

    Et poursuivre sa lecture du tome 4 cool 

    Quand je vous dis qu'elle n'est pas sortable...  

    http://www.universalis.fr/encyclopedie/ferrante-elena-1943/1-un-roman-fleuve/ 

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    Gand, samedi de l'Ascension, 17.15 h.

  • B comme Bösendorfer

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    Madame ne comprend pas les nombreux collègues qui tiennent à tout prix à mettre beaucoup de kilomètres entre l'école et leur lieu d'habitation. Ou ceux qui vont expressément faire leurs courses dans la ville d'à côté, pour ne pas rencontrer d'élèves ou de parents d'élèves entre les rayons du supermarché. 

    Pour sa part, ce genre de rencontre lui fait toujours plaisir. 

    Ainsi, dernièrement, au secrétariat de l'académie de musique: 

    - Bonjour! je pourrais avoir la clé du local 217? 
    - Prenez plutôt celle du 219, dit Nora (qui détestait le français, la pauvre, les langues, ce n'était vraiment pas son truc), il y a un Bösendorfer! 

    Voilà comment Madame se la pète à tapoter les touches d'un instrument de luxe, alors qu'elle est tout juste capable de pianoter Boerendans (Rustic Dance) 

    Merci Nora cool

     

  • Adrienne aime Ostende

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    Je sais, ce n'est pas un scoop, mais que voulez-vous, c'est plus fort que moi: en ce week-end de l'Ascension, il y avait la mer, le ciel, le vent qui rendait la chaleur supportable et beaucoup, beaucoup de jolis bateaux à voile rassemblés dans le grand bassin. 

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    De ceux qui font rêver de premières traversées de l'Atlantique 

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    De ceux qui font rêver d'aventures et de pirates 

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    De ceux qui font rêver les petits garçons d'aujourd'hui 

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    Et puis à côté de ça, d'autres rêves, des rêves d'adultes qui ont des sous 

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    pour s'offrir des uniformes anciens 

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    de pompier, d'aviateur ou de saint-cyrien

  • Premier agenda ironique

    Je suis le ténébreux miroir inconsolé 
    Ma batterie est morte et je suis constellé 

    de taches de café et d'autres petits reliefs de nourriture: c'est assise devant moi qu'elle boit et qu'elle mange. Car 

    Elle a pris ce pli depuis des temps très lointains 
    De venir m'allumer très tôt chaque matin 

    et de prendre tranquillement son petit déjeuner tout en me tapotant le clavier. Quand c'est l'heure de partir au travail, je sens bien qu'elle me quitte à regret. Elle me rallume dès son retour, nous voilà repartis pour des heures, 

    Voici des O, des I, des E, des U, des A, 
    Qu'elle a usés avec ses ongles et ses doigts 

    Elle m'emporte partout où elle va, j'ai vu l'Irlande et l'Italie, la mer du Nord aussi. 

    Ainsi, toujours poussé vers de nouveaux rivages, 
    Je suis très heureux d'avoir fait de beaux voyages. 

    Depuis quelque temps, je montre des signes de fatigue, nous luttons ensemble contre mon inexorable obsolescence programmée et je crains qu'elle ne pense bientôt à me remplacer. Même si 

    Il le faut avouer, l'amour est un grand maître. 
    Ce qu'on ne fut jamais, il vous enseigne à l'être. 

    C'est ainsi qu'elle a réussi à me tirer d'affaire, déjà une fois ou deux, et je lui suis reconnaissante d'avoir pu prolonger mon temps de vie, notre temps de vie commune, bien que nous ayons parfois nos nuages... 

    Mon plus grand ennemi se rencontre en moi-même 
    Je vis, je meurs, je me sens l'âme plus qu'humaine. 

    *** 

    merci à Gérard de Nerval, Victor Hugo, Rimbaud, Verlaine, Molière, Racine, Louise Labé, Lamartine, Du Bellay, à mon ordinateur bien-aimé et à l'Agenda ironique de juin 

    jeu,parodie,pastiche,poésie

     

  • Dernière fois

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    Les matins d'été, elle est toujours la première à faire entrer le soleil. La première à se lever, à ouvrir ses rideaux, à se préparer, à descendre à la cuisine. 

    Elle prend soin de ne faire aucun bruit, de ne réveiller personne. C'est une chose qu'elle sait très bien faire: ouvrir une porte si lentement que rien ne crisse, bien tenir la poignée baissée en passant d'une pièce à l'autre et la laisser doucement, très doucement, remonter à sa position initiale. Descendre pieds nus et ne mettre ses sandales qu'une fois dehors. 

    Alors, si tout se passe bien, elle a une ou deux heures de liberté devant elle. Une ou deux précieuses heures à courir dans les champs et à embrasser les arbres. Jusqu'à ce que la vie de la maison la reprenne. Jusqu'au lendemain matin.  

    Elle n'en peut plus. Elle a décidé que cet été-là serait différent. Elle a bien réfléchi. 

    Ce matin sera le dernier à vivre ici. Elle a douze ans et elle est prête. 

    *** 

    merci à Lakévio pour le tableau et la consigne

     

  • Z comme Zoë

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    Assises à droite et à gauche de Zoë: c'est ce qu'elles font depuis toujours. Depuis la maternelle.

    Depuis toujours, Zoë les dépasse d'une demi-tête. Depuis toujours, elle leur dicte ce qu'elles doivent faire, ce qu'elles doivent penser. Depuis toujours, elles l'écoutent. 

    Les jumelles, c'est comme ça qu'on les appelle. Depuis toujours. C'est vrai qu'elles font peu de choses pour se singulariser. Aujourd'hui encore, elles portent la même robe imprimée, le même cardigan bleu marine, la même coiffure. L'une est juste un peu plus dure d'oreille et l'autre un peu plus frileuse. 

    Elles ont aimé le même homme. Depuis toujours. Mais c'est Zoë qu'il a épousée. Evidemment. Elle en a retiré une vanité de plus. Jamais les jumelles ne se sont mariées. 

    Ce que Zoë ne sait pas, alors qu'elle leur parle d'un ton docte de feu son mari, c'est qu'en mourant il a laissé trois veuves. 

    Les jumelles, depuis toujours, savent se taire. 

    *** 

    tableau et consignes sur Miletune

     

     

  • Y comme Yvette

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    Dans sa belle grande maison ouverte sur la campagne, Yvette s'ennuie.

    Un peu de ménage le matin, en compagnie de sa brave Hortense, qui lui rapporte quelques potins du village. Un tour de jardin l'après-midi, cueillir une première pomme, une dernière graminée.

    Le reste du temps n'est qu'attente. Le plus souvent, elle s'installe à la petite table ronde près de la terrasse et joue des patiences, interminablement. De ces jeux de cartes en solitaire qui ne demandent aucun effort de concentration. 

    Elle est superstitieuse. Au début de son mariage, elle espérait que les cartes lui diraient qu'elle serait bientôt enceinte. Quel serait le sexe de son premier bébé. Combien d'enfants elle aurait. 

    Elle n'est pas devenue mère. 

    Maintenant elle pose aux cartes d'autres questions. Dans combien d'heures son mari rentrera. S'il l'aime encore. Combien d'années de vie commune lui restent à vivre. 

    Son jeu est mal engagé. Elle vient de commencer et elle a déjà tiré un roi. Elle sent que la réponse à sa dernière question sera zéro. 

    D'ailleurs, elle n'a pas besoin des cartes pour le savoir. 

    *** 

    merci à Lakévio pour le tableau et la consigne!

  • X c'est l'inconnu

    Combien d'heures de travail?
    Combien de câbles, de grues, de fils de fer?
    Combien de travailleurs-cascadeurs-équilibristes? 

    Combien de fleurs d'hortensia? 

    Combien de jours de beauté sous le soleil de mai? 

    Heureusement, il y a la vidéo cool 

    (et non, je ne demande pas combien ça a coûté tongue-out)