22

  • 22 rencontres (19)

    Quand un ancien élève s'affiche sur le Messenger de Madame, elle a toujours un sentiment un peu double: s'agira-t-il d'une demande d'aide, de participation à une enquête en vue de la thèse, d'une quelconque autre requête? ou s'agira-t-il d'une véritable bonne petite conversation, comme ça, juste pour le plaisir de prendre et de donner des nouvelles? 

    Avec Henri arrive l'inévitable troisième cas, quand on veut diviser le monde en deux catégories cool

    Henri reste l'élève friandise, même des années après avoir quitté les bancs de l'école. 

    Henri, c'est celui qui demande: 

    - Chère Madame, ça fait trop longtemps! Avez-vous de nouvelles passions? 

    Comme si Madame avait "de nouvelles passions" tous les trois mois tongue-out 

    Henri, c'est celui avec qui Madame rêve de l'abbaye de Thélème qu'ils vont créer un jour cool

    prof,école,élève

    illustration de Gustave Doré
    source de l'image ici

     

  • 22 rencontres (18)

    Appelons-la Claudine, puisque déjà à 16 ans, quand Madame l'avait en classe, c'était une gamine délurée, à l'esprit vif et au franc-parler faussement naïf. 

    Mardi soir, Madame est allée l'écouter avec intérêt et ravissement: la petite Claudine a donné raison une fois de plus au proverbe flamand qui dit que le meilleur garde-chasse est l'ancien braconnier (1) 

    Elle fait aujourd'hui du "coaching" d'élèves et leur apprend à apprendre. 

    Bref, en voyant que Madame s'était dérangée pour venir l'écouter, elle a joué à l'élève stressée avant de faire un exposé évalué par son prof (2) et s'est - comme à peu près chaque ancien élève - étonnée que Madame fasse encore la classe. 

    C'est que quand on a 16 ou 17 ans et le prof pas encore 25, on le considère tout de même comme un vieux tongue-out  et trente ans plus tard on se rend compte avec stupeur qu'on est des contemporains. 

    prof,école,élève

    (1) Stropers zijn de beste boswachters

    (2) déjà à 16 ans elle était une excellente actrice dans les pièces qu'on montait à l'école cool

  • 22 rencontres (17)

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    La première fois que Madame a revu Dorothée, c'était largement une quinzaine d'années après l'avoir eue en classe. Elle n'a pas su ce qui devait le plus l'étonner: de la retrouver mère de trois enfants et divorcée ou de recevoir trois bises sur les joues. 

    Cinq ans plus tard, c'est au tour de son fils aîné à se retrouver dans la classe de Madame. Le genre de gamin qu'elle affectionne, intelligent et rebelle, mais "avec un bon fond" comme on dit chez nous. 

    Une semaine chez son père, une semaine chez sa mère, tous les prétextes étaient bons pour ne pas avoir fait son travail et oublié ses affaires. Il a tout de même fini par comprendre que c'est pour lui qu'il devait étudier au lieu de gâcher ses talents. 

    Cette année, c'est un plaisir de rencontrer Dorothée. Elle a repris des cours de musique, fait du chant classique et encore trois bises à Madame. 

    Qui ne sait toujours pas ce qui doit le plus l'étonner.

  • 22 rencontres (16)

    Était-ce déjà le printemps, quand la lettre est arrivée ? Non, probablement pas. 

    Une enveloppe qui ne ressemblait à aucune autre, à commencer par la texture du papier. Et sa couleur. 

    L’écriture aussi était différente

    L’enveloppe venait de Roumanie et ne portait que cette seule inscription : « Aux enfants de l’école de X***, Belgique » 

    Par quel miraculeux hasard était-elle arrivée dans le casier de l’Adrienne ? Dans la boîte aux lettres de son école ?
    Il y avait une dizaine d’autres adresses où elle aurait pu être délivrée : écoles maternelles, primaires, secondaires… Pourquoi la sienne ?
    Et dans la sienne, des tas d’autres casiers, d’autres profs, d’autres collègues de
    français langue étrangère. Pourquoi celui de l’Adrienne ? 

    A l’intérieur, une lettre : un message vibrant d’espoir et d’ouverture sur le monde, que l’Adrienne a lu avec émotion à toutes ses classes. 

    C’est ainsi qu’a débuté son histoire d’amour avec ce pays et ses habitants. 

    C’est ainsi qu’elle a fait la connaissance de Violeta, de son mari, de ses enfants, de sa maman, de sa famille, de ses amies, de ses collègues, des amis de ses enfants. 

    Une rencontre cruciale et une amitié pour la vie. 

    *** 

    tous les billets sur cette rencontre ici ou en suivant le tag 'Roumanie' 

    amitié,roumanie,souvenir

    une des classes de l'école où Violeta enseignait à l'époque 

  • 22 rencontres (15)

    Comment ne pas la reconnaître, cette blondeur, ces yeux bleus, cette beauté, c'est Aurélie. 

    Elle est assise dans le large couloir qui sépare les locaux utilisés par divers profs de musique. A côté d'elle, une petite fille boudeuse est penchée sur ses devoirs. 

    Sa petite fille, à n'en pas douter: c'est ainsi qu'elle devait être elle-même quand elle avait huit ou neuf ans. 

    De part et d'autre, on s'exclame des "Aurélie!" et des "Madame!" et on s'embrasse. Toutes ces années qu'elles ne se sont plus vues! Madame reçoit l'indispensable mise à jour cool

    Aurélie, qui avait "la vocation" et était devenue une excellente institutrice - au point même d'avoir été suivie par une télé locale, Madame a fièrement montré cette vidéo pendant quelques années à ses classes de Terminale - a complètement changé son parcours: le deuxième homme de sa vie est un travailleur indépendant, il a besoin d'elle pour le seconder, elle a quitté la classe. 

    La seule, désormais, à profiter de ses talents d'institutrice, c'est sa petite fille. Qui n'a pas l'air d'apprécier... 

    - Tu te rattrapes avec elle, sourit Madame devant la mine renfrognée de la petite.

    - Ah! il faut tout le temps être derrière elle! soupire Aurélie. Sinon elle ne fait rien!

    - Je vois... c'est pour ça que tu fais le devoir à sa place...

    ***

    parce que, oui, elle est aussi comme ça, Madame, dès qu'il s'agit d'élèves, d'anciens élèves, d'enfants ou de jeunes en général: elle ne peut s'empêcher de se mêler de ce qui ne la regarde pas.  

    prof,école,élève,femme

    encore une autre mini-Aurélie 
    dont Madame a eu en classe
    le père et la mère 

    cool 

    ah! quel bonheur! 
    ces petites villes de province 

    tongue-out

     

  • 22 rencontres

    Interrompons notre série de rencontres pour répondre à la question de la semaine chez le Hibou (voilà une phrase ron-pon-con-pon qui ne passerait pas le test du gueuloir chez Flaubert tongue-out

    2016-11 (22).JPG

    semaine 47 - étoile 

    La plus belle étoile que je connaisse, c'est le soleil... 

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    Le 11 novembre dernier, il brillait de tous ses feux 

    2016-11 (16).JPG

    et a permis ces photos-ci.

  • 22 rencontres (14)

    Un sac de courses accroché à l'épaule gauche, un autre à l'épaule droite, Madame remonte la rue qui mène chez elle. Septembre est déjà bien avancé mais il fait chaud. Des voitures montent et descendent, Madame n'y fait pas attention, même pas quand il y a des coups de klaxon. Elle marche d'un bon pas. 

    Pourtant les coups de klaxon étaient pour elle. Une voiture s'est garée en catastrophe, un jeune en sort, traverse vivement entre la circulation tout en criant "Madame!" "Madame!". 

    Alors elle finit par s'arrêter et regarder plus sérieusement. 

    Il arrive près d'elle, hors d'haleine. 

    - J'ai réussi! J'ai réussi! 

    Son bonheur est si énorme qu'il est immédiatement contagieux. 

    - Je suis inscrit en médecine! J'ai déjà commencé! 

    Il avait raté l'examen d'entrée mais grâce à une controverse à propos d'une des questions, celle-ci a été retirée, les résultats ont été recalculés, et il a eu le demi-point qui lui manquait. 

    - Bravo! dit Madame. Je suis vraiment très contente pour toi, ça me fait vraiment plaisir que tu puisses réaliser ton rêve! Tu le mérites! 

    ***

    Ce jour-là, elle n'avait pas de banane dans ses sacs de courses, elle l'avait sur la figure 

    laughing  

    DSCI3278.JPG

  • 22 rencontres (13)

    Voilà trois semaines que Madame peste à cause d'une paire de sandales qui lui ont coûté fort cher et dont une lanière s'est cassée net après seulement deux mois. 

    Deux mois! 

    - Il faut aller les rapporter au magasin, dit la mère de Madame. Ce n'est pas normal! 

    Mais vous connaissez Madame: les réclamations, ce n'est pas son truc. 

    Bref, il lui fallait de nouvelles sandales (vous vous souvenez qu'il faisait dans les 35°) alors elle est entrée dans un discount-articles-de-sport. 

    Et pendant qu'elle y était, elle s'en est acheté deux paires. Le genre hyper-élégant, sandale de trekking, grosse semelle en plastique et des tas d'épaisses brides à scratch. En beige et en noir. 

    En vue de la caisse, grands cris de joie: 

    - Manel!
    - Madame! 

    Grandes embrassades, grandes émotions, grandes ré-embrassades... 

    Manel, la plus adorable des belgo-tunisiennes, si chère au coeur de Madame! Tant de choses se sont passées pendant les deux années qu'elle était son élève... 

    Elle a mûri, elle va reprendre ses études de comptabilité, elle va bien. 

    *** 

    - Qu'est-ce que j'ai bien fait de venir ici aujourd'hui, se dit Madame en sortant de là un quart d'heure plus tard, toute contente.

  • 22 rencontres (12)

    C'est toujours vers Madame qu'on se tourne quand les parents d'élèves ne maîtrisent pas le néerlandais et Madame adore ça: chaque rencontre est unique et inoubliable. 

    Il y a six ans, on lui présentait une petite Louise, accompagnée de sa maman et de son grand-père. Elle venait d'une commune wallonne à plus d'une demi-heure de route et ne parlait pas dix mots de néerlandais. 

    Madame s'est donc sentie investie d'une grande mission tongue-out 

    Cette petite, excellente élève, largement première de classe, se retrouverait à ramer dur pour peu de résultat, pendant au moins un an ou deux. La plupart des profs n'auraient ni le temps, ni l'envie, ni le savoir-faire pour l'aider avec son problème de langue. A la maison non plus, elle ne pourrait compter sur aucune aide concrète. Seul le grand-père connaissait le néerlandais mais il habitait très loin dans les Ardennes. 

    Pendant six ans, Madame a fait de la haute diplomatie tongue-out pour convaincre ses collègues des talents de la petite et continuer à la suivre discrètement, comme au hasard d'un couloir ou de la cour de récré. 

    Pendant six ans, la maman et le grand-père sont venus fidèlement à chaque entretien avec les professeurs et Madame avait toujours droit à de longues et amusantes conversations. 

    Fin juin, la petite Louise devenue grande terminait ses études secondaires. Malheureusement, le grand-père n'avait pas pu faire la route depuis ses Ardennes profondes pour assister à l'événement et participer au couronnement de tous les efforts réunis de la jeune fille et de sa famille. 

    Madame a donc été très émue de les revoir tous les trois la semaine dernière, ainsi que le papa, la grand-mère, le petit frère et la petite sœur. 

    prof,école,élève

    l'événement que le grand-père a raté 

    cool

     

  • 22 rencontres

    Lyon 2016 (36).JPG

    rue de la Martinière

    Lyon 2016 (37).JPG

    un autre mur peint

    Lyon 2016 (38).JPG

    rassemble tous les "Lyonnais célèbres"

    ***

    à vous de jouer, si le coeur vous en dit

    cool

  • 22 rencontres (11)

  • 22 rencontres (10)

    L'autre samedi, Madame et sa mère se promènent en ville. Elles vont boire un cappuccino et s'acheter deux trois bricoles au petit magasin bio. Elles ont beaucoup de sympathie pour le propriétaire, un gentil convaincu, un charmant passionné, un utopiste qui s'est créé son abbaye de Thélème.

    Surprise: ce jour-là, au lieu du sympathique Arne, c'est un monsieur aux bouclettes et à la moustache grises qui tient le minuscule magasin.  

    - Bonjour monsieur R*!

    Il observe Madame derrière ses lunettes rondes.

    - Vous êtes le papa de L* et E*, je les ai eus en classe de français!

    C'est vrai qu'il y a déjà de nombreuses années mais Madame a gardé d'excellents souvenirs de la fille et du fils de monsieur R*, qui tout à coup se souvient: 

    - Quelle coïncidence! Justement, on parlait de vous, hier soir!

    C'est à des moments comme celui-là que Madame ressent toujours une pointe d'inquiétude: qui sait quelle sorte de souvenir de potache ressort le vendredi soir, des années après, autour de la table familiale des R*?

    Elle va le savoir:

    - Mon fils racontait qu'à une interro il avait écrit exprès d'une façon illisible, parce qu'il ne savait pas l'orthographe exacte, et il avait espéré que ça aurait passé...

    Madame ne sait plus si ça a passé ou pas - elle suppose que non - alors elle répond en souriant:

    - ça, c'est le genre de souvenirs que j'efface tout de suite de ma mémoire cool 

     opening Passage maart (4) - kopie.JPG

  • 22 rencontres (9)

    Lundi dernier, Madame est installée à sa table avec tout son attirail - l'ordinateur, les fiches des conseils de classe, l'aperçu des résultats de tous les carnets de notes depuis septembre, l'agenda, le suivi des élèves en difficulté, tout un déménagement pour se rendre compte finalement qu'il manque encore quelque chose. Le seul problème, c'est qu'on ne sait jamais quoi à l'avance. 

    Quelques collègues sont installés à d'autres tables. Les premiers parents d'élèves arrivent. 

    Un homme entre que Madame reconnaît immédiatement - ô miracle! - comme étant le papa d'une jeune fille qu'elle a eue en classe l'an dernier. Ou il y a deux ans. Et qui s'appelait Louise. Ou peut-être Sofie. Elle n'en est plus très sûre. 

    Lui aussi a reconnu Madame, il vient vers elle, tout sourire. 

    C'est bien gentil, pense Madame, de venir me dire bonjour. Je vais en profiter pour lui demander des nouvelles de Louise. Ou Sofie. 

    - Bonsoir! dit-il en tendant la main. Je suis le papa de Virginie!

    ***

    Bref, 

    le lendemain 

    Madame s'est excusée auprès de Virginie 

    parce qu'elle a eu besoin de huit mois 

    pour découvrir qu'elle était la sœur de Louise. 

    Ou de Sofie. 

    - On ne se ressemble pas? a demandé Virginie. 

    - Non, a dit Madame: la couleur des cheveux est différente, la couleur des yeux... 

    Elle allait continuer mais Virginie hochait déjà vigoureusement la tête: 

    - C'est vrai! dit-elle, on ne se ressemble pas. 

    Et elle en paraissait toute contente.

  • 22 rencontres (8)

    Ils sont montés dans le même compartiment et quand Madame le voit, elle lui fait un grand sourire. Alors il se lève et vient s'asseoir en face d'elle. 

    Ils vont donc bavarder. 

    - Chaque fois que je vois une Mme Z., je lui demande comment tu vas et parfois c'est ta maman, parfois c'est ta tante, je me trompe tout le temps!

    - Pourtant, elles ne se ressemblent pas...

    Madame a envie de répondre qu'elles ont la même taille, la même morphologie qu'on devine sous le foulard et la longue robe, le même sourire... 

    D'ailleurs, ce sont deux sœurs ayant épousé deux frères, même leurs enfants se ressemblent tongue-outCe qui fait que quand Madame rencontre un petit Z. et qu'elle lui demande s'il est le frère de Mohamed, il y a une chance sur deux pour que la réponse soit non. Ou oui. 

    Il fait des études d'économie à l'université. La deuxième année est beaucoup plus difficile, dit-il, mais il a réussi tous les examens de la session de janvier, ce qui rend Madame très heureuse, évidemment. 

    - Et tes cours de français, comment sont-ils? 

    Justement, il avait l'intention de réviser quelques pages de vocabulaire pendant le trajet. Il les montre à Madame et la conversation continue sur les langues, l'économie, la vie d'étudiant, le choix du campus bruxellois (1).

    - Tu n'as plus du tout de philosophie? demande Madame, qui se souvient qu'il se contentait de régurgiter poliment Voltaire et Montesquieu. 

    Alors il se met à parler avec feu d'un prof qu'il a eu la chance d'avoir l'an dernier (2). Son enthousiasme a quelque chose de touchant. 

    - Je vois, dit Madame en riant, que tu as découvert le bonheur d'apprendre. (3) 

    Elle doute qu'il se souvienne d'avoir lu ce texte en classe avec elle mais elle est heureuse de sa réponse convaincue: oui, il a découvert le bonheur d'apprendre. 

    Et ce, avec le cours auquel il s'attendait le moins, lui qui a toujours été uniquement passionné de maths et d'économie: la philosophie. 

    2016-03-12 Daniel Buren (23) - kopie.JPG

    (1) https://nl.wikipedia.org/wiki/Katholieke_Universiteit_Leuven_campus_Brussel

    (2) https://nl.wikipedia.org/wiki/Dirk_De_Schutter

    (3) texte de François de Closets ici: Le bonheur d'apprendre

     

  • 22 rencontres (7)

    prof,école,élèves

    Ce week-end, dans l'école de Madame, c'était "grand festin" - comme dans toutes les écoles du pays au moins une fois dans l'année, histoire de remplir les caisses pour l'achat de fournitures diverses.

    La caisse, c'était précisément le travail de Madame. Un poste qui lui permet de voir à peu près tout le monde, toutes les générations d'anciens élèves. Ceux d'il y a longtemps, et dont elle a aujourd'hui les enfants en classe, ceux qui viennent de fonder famille, ceux qui ont à peine quitté les bancs de son local du deuxième étage.

    Ceux-là viennent de passer leurs premiers examens dans leurs études supérieures. Ils s'approchent , hilares. C'est avec ce groupe que Madame a eu le plus de fil à retordre, l'an dernier. Ils lui ont donné des soucis et des maux de tête. En échange, ils ont bien souvent reçu d'elle de mauvaises notes et de petits laïus, courts, nets et tranchants.

    Mais ils sont là.

    Les plus marioles de la petite troupe annoncent, tout farauds, qu'ils ont réussi tous leurs examens du premier semestre.

    C'est à des moments comme celui-là que Madame reprend confiance en l'univers cool

    prof,école,élèves

     la déco était l'oeuvre des plus jeunes (ils ont 12 ans) sur le thème de la propreté:
    jetez vos déchets à la poubelle et n'oubliez pas le tri sélectif
    cool

    celui-ci a sans doute voulu faire plaisir à sa prof de biologie 
    qui est contre la voiture et fait 13 km à vélo pour venir à l'école
    par monts et par vaux 
    et par tous les temps

     

  • 22 rencontres (6)

    Bien sûr, Madame aime tous les revoir. Les Johanna fières de leur fils, les Ilse - ou était-ce Inge - toujours aussi timides et rougissantes qu'à 16 ans, les Emile devenus musiciens, acteurs, flics ou conducteurs de train. 

    Mais ce qui réjouit le plus le cœur de Madame, c'est de rencontrer un de ces anciens ado nihilistes ou société-je-te-hais. 

    De le rencontrer accompagné de sa femme et de ses enfants. 

    De le voir en paix avec lui-même et le monde qui l'entoure.

    Et de voir qu'il en est content. Réconcilié avec la vie. 

    Comme celui qui à 18 ans estimait qu'il aurait mieux valu qu'il n'y ait qu'un seul sexe, sur la terre. Que ça simplifierait l'existence s'il n'y avait pas des hommes ET DES FEMMES. 

    Et qui - aujourd'hui - a une épouse et deux petites filles.

    Alors vous comprenez, c'est ça qui réjouit le plus le cœur de Madame. 

    "La nature est bien faite!" se dit-elle chaque fois qu'elle le rencontre. 

    Elle ne montre à personne son petit sourire en coin, qui raccourcit sa pensée à un simple "Bien fait!" tongue-out

     

  • 22 rencontres (5)

    Elle s'appelle Johanna et chaque fois qu'elle rencontre Madame elle lui dit:

    - Mon aîné est bon en français. Ce n'est pas comme moi!

    Il y a de ces anciens élèves qui, dès qu'ils sont en face de Madame, commencent par s'excuser de ne pas avoir été à la hauteur. Même vingt ans après.

    Or, jamais Madame ne garde ce genre de souvenir-là. D'ailleurs, Johanna était bonne élève et se débrouille très bien en français. Madame vient d'en être témoin quand la dame assise à côté d'elles lui a adressé la parole en cette langue.

    - Je me souviens, dit-elle à Johanna, que tu stressais énormément.

    Regard étonné, presque incrédule, de Johanna:

    - Ja, ik was een stresskonijn! (1)

    Puis elle ajoute:

    - Et vous vous souvenez de ça? Mais comment le savez-vous?

    - Ce sont des choses qui se voient, rit Madame.

    ***

    (1) aucune idée s'il existe une expression similaire en français pour désigner quelqu'un qui stresse beaucoup. 'Konijn' signifie 'lapin' tongue-out

    prof,école,élève

    c'est là, dans le fond à droite, que le fils aîné de Johanna a passé son premier examen de français avec Madame. Si l'âge de la retraite continue d'avancer, Madame finira par avoir les petits-enfants de ses anciens élèves en classe tongue-out

  • 22 rencontres (4)

    Madame avait d'abord repéré le mari: grand, mince, le regard clair, un peu de barbe... Elle n'y peut rien si depuis ses quatorze ans elle flashe sur les mecs qui ont au moins une tête de plus qu'elle.

    C'est l'épouse qui lui a tendu la main la première, arrachant à Madame cette exclamation joyeuse:

    - Ah! c'est toi la maman de Lisa?

    Malheureusement, la mémoire défaillante de Madame ne lui a pas fourni deux détails importants: d'abord, le prénom (Inge? Ilse? Madame jurerait que c'était en quatre lettres, que ça commençait par un I et finissait pas un e). Ensuite, la question à zéro franc pour tout ce qui concerne les premières années de carrière de Madame, quand l'HDSV était prof aussi: avait-elle été une élève de Monsieur ou de Madame?

    Evidemment, quand Madame a une chance sur deux de se tromper, elle ne la rate pas:

    - Mais ce n'est pas avec moi que tu as eu cours, n'est-ce pas?

    - Oh! si! en 5e et en 6e! (1)

    Confusion de Madame, qui aussitôt que la soirée d'entretien avec les parents se termine, commence à avoir les souvenirs qui affluent. La petite Ilse (Inge?) menue, fluette, les cheveux raides coupés au carré, les grands yeux bleus derrière des lunettes, silencieuse, attentive, appliquée, celle à qui il faut arracher une parole mais qui a toujours fait de jolis devoirs et bien appris ses leçons.

    Non, sa fille ne lui ressemble pas tongue-out

    prof,école,élève

    jeudi soir, notre fine équipe a dispensé ses prudents conseils aux parents d'élèves
    (il y en a de plus en plus à qui il faut dire: Mais oui! vous avez le droit de leur enlever leurs joujoux électroniques après dix heures du soir ou en période d'examens...)

    (1) la Première et la Terminale, amis français wink

     

  • 22 rencontres (3)

    Il descend du second étage quand j'y monte. Il n'a pas beaucoup changé: c'est un grand gaillard aux bouclettes brunes, au sourire enjôleur. Depuis qu'il a quitté l'école, il se laisse pousser une jeune barbe. Ça lui va bien.

    - Bonjour! Tu vois, je viens suivre des cours de musique!

    Ça c'est moi, toute joyeuse. Et lui, du tac au tac:

    - Super! En troisième année, vous serez mon élève!

    ***

    Connaissez-vous un plaisir qui soit encore supérieur à celui-là?

    Devenir l'élève d'un ancien élève Cool

    002 - kopie.JPG

     

  • 22 rencontres (2)

    Nous nous croisons lors d'un petit concert en ville. Je la reconnais immédiatement, elle a toujours la même coiffure, le même minois pointu. Je ne trouve pas tout de suite son prénom (euphémisme) mais je me souviens qu'elle est devenue pharmacienne.

    Malheureusement, ce n'est pas dans sa pharmacie que je vais acheter mes pastilles pour la gorge, rien que dans ma petite ville cinq ou six pharmacies (au moins) sont tenues pas des anciens élèves: Karen, Bert, Johanna, Justine, Audrey... et ceux dont le prénom ne me revient pas en tête.

    - Vous savez que vous avez mon fils en classe? me dit-elle tout sourire.

    Non, je ne savais pas. Les fils ne portent que très rarement le nom de leur mère, n'est-ce pas.

    - Je crois bien qu'il sera meilleur que moi, en français... ajoute-t-elle. Il est doué pour les langues, lui.

    Toujours ce même complexe qu'il faut combattre: mais non, tu n'es pas nul(le)! mais oui, tu te débrouilles très bien! Toujours ces inhibitions: mais vas-y! lance-toi! qu'importe une petite erreur ici ou là! parler, c'est communiquer! on te comprendra! on appréciera que tu fasses l'effort de parler français!

    Toujours cette peur de la moquerie de celui qui "sait", qui a "le bon accent" envers celui qui "ne sait pas", et qui sera trahi par son accent flamand.

    - Je suis plus à l'aise en anglais, me disent-ils.

    Bizarrement, en anglais ils s'en fichent de ne pas avoir "le bon accent".

    En anglais, ils n'ont ni ce complexe, ni cette inhibition.

    Il y aurait une étude à faire là-dessus...

     rencontre,prof,école,élève

    je sais déjà qu'elle sera une fidèle des entretiens parents-professeur
    Bisou

  • Porte n° 22

    fêt'nat'2015 (1) - kopie.JPG

    Avant d'avoir la fenêtre

    et "a room with a view"

    il faut passer par la porte

    numéro 22

     001 - kopie.JPG

    Avant de trouver la porte n° 22

    et "a room with a view"

    il faut prendre le train

    et ses fenêtres miroirs

     april 15 (1) - kopie.JPG

     Avant de prendre le train

    pour la chambre n°22

    qui sera "a room with a view"

    il faut donner un dé à coudre d'eau

    aux orchidées assoiffées

    derrière la fenêtre ensoleillée

    ***

    pour le projet 52 de Ma' - thème: par la fenêtre

     http://manuelles.canalblog.com/tag/projet%2052

  • 22 rencontres (1)

    En venant habiter dans la petite ville où elle enseigne depuis les années quatre-vingts, Madame s'expose à rencontrer des générations d'élèves, anciens élèves et parents d'élèves partout où elle va. C'est une conséquence qu'elle accepte de bon coeur, même si parfois elle préférerait que le regard de l'élève ne se pose pas sur le caddie. Hé oui, Madame n'est pas un pur esprit, elle mange et boit et va aux toilettes.

    En juin dernier, entre le rayon boulangerie et boucherie, elle est apostrophée par une ancienne élève qu'on pourrait appeler "première génération": ses trois enfants sont déjà aux études supérieures. 

    Après les civilités d'usage - qui comprennent invariablement un "Vous enseignez toujours?" qui en dit long sur le nombre de rides ou l'âge présumé de Madame - on en vient très vite aux faits:

    - Ma fille H*** aurait besoin d'un livre... j'ai oublié le nom de l'auteur... Rouge ou noir, c'est ça?
    - Le rouge et le noir, de Stendhal?
    - Oui, ça doit être ça! Vous l'avez? Vous pourriez le lui prêter? 

    Madame s'était justement juré, la semaine d'avant, de ne plus prêter aucun livre à personne sous aucun prétexte.

    - Ah! mais oui, bien sûr!

    ***

    Rentrée chez elle, la première chose qu'elle fait, c'est chercher le livre en question. Vous aurez deviné qu'il se trouvait au fond de la dernière boîte de l'étagère Langue tirée. C'est très malin de faire du provisoire qui devient définitif et de ne rien avoir noté sur les boîtes.

     

    prof, école, élève, littérature, lecture, rencontre

     

    Pendant des semaines, Le rouge et le noir attend sa lectrice, posé à la gauche de Madame. Qui finit bien sûr par le prendre en main, en relire le début et des passages entiers. Alors qu'elle est supposée faire des examens, puis les corriger et qu'elle a une PAL de quinze volumes au salon et dans la chambre à coucher. 

    C'est précisément le jour où elle se dit que H*** aura trouvé ce livre ailleurs et qu'elle pourrait le ranger (c'était quelle boîte, au fait?) qu'un message arrive et qu'un rendez-vous est pris.

    ***

    H*** est une grande fille blonde qui a brillamment fait un "master" en anglais et en espagnol. Mais elle a aussi entrepris un master en français.

    - Pourquoi, lui demande Madame, faire encore le français en plus?

    Réponse classique, mais que Madame aime entendre dire et répéter:

    - Je pensais que l'espagnol, langue parlée mondialement etc., m'ouvrirait des portes mais quand j'ai commencé à chercher du boulot, ici en Belgique, partout c'était français, français, français... et anglais, bien sûr, qu'on demandait.

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    "Rood en zwart"
    dit la Nipotina en voyant le bouquin à côté de l'ordi
    "wat een rare titel!"
    (quel drôle de titre)

  • 22! la revoilà!

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    © Marion Pluss

    http://www.bricabook.fr/2015/06/atelier-decriture-181e-une-photo-quelques-mots/

    Elle ne lâchait pas la rampe et montait tranquillement les marches en s'arrêtant de temps en temps pour reprendre son souffle.

    Voilà bien longtemps qu'elle n'avait plus pris le métro, qui pourtant la fascinait depuis ses dix ans. A l'époque, il y avait encore des poinçonneurs.

    Arrivée presque en haut, elle s'arrêta et respira calmement l'air de Paris.

    Alors elle dit bien fort, un fin sourire aux lèvres : 

    - Doukipudonktan?

    Et repensant avec émotion à son tonton Gabriel, elle ajouta plus bas:

    - J'ai vieilli. Maintenant c'est vraiment le cas de le dire. J'ai vieilli.

  • 22 raisons d'aller en Irlande (suite)

    12.pour la propreté. Le plus mauvais souvenir du voyage, ce sont les toilettes crasseuses de l'autoroute française, pourtant à péage, pourtant à seulement neuf heures du matin, où le verrou manque autant que le papier...

    13.pour la mer, jamais très loin...

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    14.pour les excellents cappuccino qu'on sert partout (je sais, ce n'est pas très "couleur locale" Langue tirée mais j'ai drôlement apprécié!)

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    oups! déjà tout bu Langue tirée

    15.pour la quantité impressionnante de beaux arbres vénérables, le long des routes, dans les parcs, les jardins, les villes...

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    16.et dans les cimetières qui, étrangement, ne me font pas l'effet de tristesse que j'y éprouve habituellement

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    17.pour le soin apporté à la préservation du patrimoine, jusque dans les moindres détails

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    les anciennes cuisines du château sont devenues "tea room"

    18.pour les innombrables gâteries offertes à toute heure (comme ces étonnantes pancartes qui annoncent des "breakfast all day long")

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    19.pour les enseignes à l'ancienne (rien de clinquant dans le paysage urbain)

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    20.pour la musique (irlandaise, bien sûr) qu'on peut écouter en "live" dans les pubs

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    21.pour les villes faites à l'échelle du piéton, avec de nombreux passages permettant de couper au plus court

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     22.enfin, pour ces innombrables beautés dont je n'ai pas encore parlé

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     la première série de 11 est ici:

    http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2015/04/22/22-raisons-d-aller-en-irlande-8423293.html 

     

  • 22 raisons d'aller en Irlande

    1.pour l'accueil qui vous y est fait.

    Après avoir pris connaissance plus en détail de l'histoire du pays, je n'ai cessé de me demander si on y faisait aussi bon accueil aux Anglais. Mais je n'ai pas pu le vérifier: hormis les Irlandais, nous n'avons rencontré que des Américains, des Australiens et quelques "continentaux".

    2.pour le climat idéal!

    Nous avions tout prévu pour la pluie et nous n'en avons pas vu une goutte, sauf un peu de bruine de temps en temps ou une légère averse Langue tirée

    3.pour l'humour irlandais.

    Qui tourne souvent autour de l'autodérision. Ou le grand classique des pays comme le nôtre:

    - Je ne sais pas si vous pouvez vous l'imaginer, mais l'Irlande est un pays où parfois il pleut! 

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     c'est par cette phrase que le guide met l'ambiance avant de nous laisser pénétrer dans la grotte...

    4.pour son histoire: on a toujours plus spontanément de la sympathie pour celui qui a souffert. C'est bien ici qu'on pourrait se choisir comme hymne "Après des siècles et des siècles d'esclavage..."

    5.pour le respect du paysage rural, avec les routes et les prairies bordées de haies.

    6.pour sa flore sauvage de toute beauté en ce mois d'avril

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     7.pour ses eaux limpides

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    8 et 9.pour le savoir-faire de ses artisans (et la volonté de tout un village d'investir dans la restauration d'une église)

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    10 et 11.pour la convivialité réelle de ses pubs et le souci de vous proposer du "good food"

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     dès qu'arrivent vos voisins de table, la conversation peut s'engager

    Cool

    la suite des 22 raisons le mois prochain!

     

  • 22 variations sur un thème

    Depuis qu'il avait un coeur artificiel, seul le semblant l'émouvait encore.
    Il n'aimait plus que les faux-culs, les faux seins et les fausses barbes. 

    Il préférait la rumeur à l'info, l'intox à la vérité.

    Il affectionnait les pseudo-sciences et leurs pseudo-vérités, toutes ces peurs remontant depuis la nuit des temps, faisant fi de la raison et du savoir.
    http://www.hoaxbuster.com/

    Il voulait cet iris bleu dû au rayon laser quand la nature l'avait fait brun.
    http://weekend.knack.be/lifestyle/beauty/nieuwe-cosmetische-procedure-kan-ogen-permanent-van-kleur-doen-veranderen/article-normal-541793.html?utm_source=Newsletter-19/03/2015&utm_medium=Email&utm_campaign=Newsletter-RNBGEZHNNL

    Il était devenu le roi de la fausse déclaration, que ce soit pour les impôts ou pour les serments.

    Il admirait la femme postiche, fausse blonde, faux cils, faux ongles et extensions de fausses boucles.

    Depuis qu'il avait découvert internet et les sites de rencontre, il se cachait derrière divers pseudonymes et y menait allègrement ses doubles vies.

    Il applaudissait le sportif dopé, les matchs truqués et tous ces autres jeux où les dés sont pipés.

    Il votait pour celui qui maniait le mieux le travestissement de la vérité, la poudre aux yeux et le cynisme des belles promesses de lendemains qui chantent.

    Il s'extasiait devant des scènes de lévitation ou de cuillers pliées et cessait de regarder ou d'écouter dès qu'on passait aux explications scientifiques.

    Il se vautrait devant des émissions qui prétendent montrer "la réalité" mise en scène selon un scénario fixé.

    Il se complaisait dans l'illusion d'un bien-être factice, comme si la planète offrait des ressources inépuisables.

     ***

    Quoi?

    Que dites-vous?

    Vous en connaissez des millions qui sont comme ça?

    Langue tirée

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    photo prise à Bruxelles en novembre 2009

     ***

    merci à Pascal Perrat pour l'idée http://www.entre2lettres.com/il-aimantait-les-petits-secrets/

  • 22! l'immortalité nous guette!

    Tout l'enthousiasme de ce monsieur n'arrive pas à me rassurer: je n'ai pas envie d'être immortelle. Vous si?

    https://www.youtube.com/watch?v=KGD-7M7iYzs

    cycle de conférences qui datent déjà de 2012
    Sur la courbe il n'est pas prévu qu'on continue à s'entretuer
    un peu partout dans le monde

  • 22! ça craint grave

    C'est le chien qui l'a prévenu. S'est mis à aboyer comme un taré. Ça a mis des plombes à lui arriver au cerveau, avec la murge qu'il s'est pris la veille. Et l'avant-veille. Gros week-end. Il y avait du monde au restaurant. C'était la réouverture. Terrasse impeccable. Plus un grain de sable dans la salle. Cuisine opérationnelle. Si t'avais vu ça mon pote. Et d'ailleurs il a vu le gros Perez. Il était là avec toute l'équipe dimanche soir pour faire la fête. Bon ce n'était pas les teufs de l'OM ou de Nice avec la coke les bains de champagne les putes et tout le reste c'était tranquille mais tout le monde avait l'air content. En tout cas Perez semblait satisfait. Bon travail mon gars il lui a fait. Ça l'a soulagé d'un poids maous. De le voir là toute la soirée ça lui a collé des frissons. Depuis sa dernière visite il rêvait de lui toutes les nuits. Le type lui réclamait son fric et le torturait jusqu'à ce qu'il crache le morceau.

    Olivier Adam, Peine perdue, début du chapitre 22, Flammarion 2014, p.391

     

    Où il apparaît clairement que:

    1.les virgules sont des ornements désuets; une seule semble avoir échappé à la vigilance de l'auteur et de son comité de lecture, à la deuxième ligne... Entre "Et d'ailleurs, il a vu le gros Perez" ou "Et d'ailleurs il a vu, le gros Perez", je choisis la deuxième option, mais je peux me tromper Langue tirée

    2.apprendre le français argotique à mes petits Flamands est une conditio sine qua non pour leur faire goûter - ou en tout cas comprendre - la littérature française.

    Ici http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4873524 on peut entendre Olivier Adam parler de son livre et en lire des extraits.

     littérature,langue,français,prof

     source de l'image: BERTRAND GUAY / AFP 

    http://www.20minutes.fr/culture/1431007-20140821-rentree-litteraire-lu-peine-perdue-olivier-adam 

    Le titre du billet vient d'un article de Bentolila, Pour la langue, ça craint grave, que j'ai fait lire en classe à l'époque de sa parution. Il est ici: http://www.liberation.fr/tribune/2004/08/24/pour-la-langue-ca-craint-grave_490114 et date déjà d'une dizaine d'années.

    Mais qui reste très actuel!

     

  • 22, v'là les moeurs!

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    © Romaric Cazaux

    http://www.bricabook.fr/2014/12/atelier-decriture-une-photo-quelques-mots-147e/

    Marre des jingle bells chez les commerçants, des pères Noël dans toutes les vitrines et du mauvais glühwein vendu dans des godets en plastique ! Cette année, ils iraient loin, très loin, là où Noël n’existe pas et où le thermomètre marque 35° en décembre !

    Malheureusement, on n’y vend pas non plus de champagne et les dames n’ont pas le droit de montrer leur peau.

    Albert, une bouteille de soda à la main – dans le soda aussi il y a des bulles – scrute sans cesse l’horizon.

     

    - Couvre-toi, dit-il à sa femme, il y a un type à lunettes noires, là, dans l’eau, qui ne me dit rien qui vaille.

  • 22! revoilà les défis!

    Le cahier rose

    Il est d’un rose passé et son papier de mauvaise qualité. Un cahier de brouillon d’autrefois – précision sans doute inutile vu que de nos jours ça n’existe plus. En tournant les pages, précautionneusement, on a peur que le papier se désagrège, que les lettres s’effacent.

    L’écriture est au crayon et elle aussi est d’autrefois. Une écriture appliquée qu’on ne reconnaît pas. Ce n’est pas celle du grand-père – magnifique calligraphie, somptueuses courbes des majuscules – ni celle de la mère – petites lettres serrées, grands accents graves ou aigus – alors on se dit que ce doit être l’écriture de la grand-mère, elle qu’on n’a jamais vue écrire, sauf parfois apposer une signature sur un document que lui tend le facteur ou sur le carnet de notes quand les parents sont partis en vacances avec le grand-père, chaque année au mois de septembre.

    C’est un cahier de recettes, on le voit tout de suite. Ce qui est bizarre, c’est qu’il s’agit de plats que la grand-mère n’a jamais préparés. Du pain sans farine. Un cake sans œufs. De la mayonnaise sans huile.

    A la recette de la « tarte à la frangipane » on a vraiment compris quelle avait été la fonction du cahier et pourquoi on n’avait jamais vu apparaître aucune de ces préparations sur la table de grand-mère.

    C’est une « tarte à frangipane » où les ingrédients principaux de la crème frangipane sont remplacés par la pomme de terre en purée.

    ***

    écrit pour le Défi du samedi 325

    http://www.rtbf.be/14-18/thematiques/detail_recettes?id=8275057

     

    file:///C:/Users/admin/Downloads/cuisine%20Occup.pdf