Elle s'appelait Adrienne

  • M comme Mère Michel

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    Ce week-end, l'Adrienne est à Ostende. 
    Le titre de ce billet et la musique vous permettront de deviner tout de suite pourquoi... 

    Des photos de la fugueuse sont imprimées - en couleur, s.v.p.! - et on espère qu'un Compère Lustucru nous répondra - traderidera 

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    Siska! 

    Rentre chez toi, nom d'un chat! 

    *** 

    photo du dessus, la plage d'Ostende en novembre 2017

    photo du dessous, ma ville le 12 décembre 2017

     

  • L comme Lourmarin

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    Le jour où je disposerai de la machine à remonter le temps, il faudra que j'aille à Lourmarin empêcher Albert Camus de monter dans la voiture des Gallimard. D'autant plus qu'il a déjà son billet de train dans sa poche et qu'il a prévu de travailler à son manuscrit du Premier homme pendant le trajet. 

    Je l'ajoute donc à ma liste des choses à faire le jour où et je referme le livre de Jean d'O, Une autre histoire de la littérature française, complètement et définitivement déçue par le personnage. 

    Quatre pages pour Camus (contre neuf pour Sartre (1)) qu'il ne peut évidemment omettre de son aperçu mais qu'il assassine à coups de "laborieux", "pesant", "auteur pour certificat d'études", "morceaux de bravoure trop bien écrits et voués d'avance au triste sort des dictées", "formules un peu boursouflées et banales" (p.318) et en insistant lourdement sur la mère de l'auteur, "une mère illettrée (...) qui ne savait pas écrire" (p.315) (2) 

    J'ai donc refermé l'ouvrage (3), d'autant plus que n'y figurent pas quelques autres de mes copains et copines, de Charles d'Orléans, Rutebeuf, Clément Marot, Louise Labé... jusqu'à Saint-Exupéry. J'aimerais savoir pourquoi ceux-là ne font pas partie du "tableau de notre littérature" (p.15) 

    Et si vous pensez "De mortuis nihil nisi bonum", qu'il commence par l'appliquer lui-même tongue-out 

    *** 

    (1) où le ton, radicalement différent, est donné dès la première ligne: "Sartre a tous les dons" (p.301), "c'est un polygraphe de génie" (p.301)

    (2) où est l'objectivité promise dans la préface? "une information (...) au moins aussi objective que possible" (p.17)

    (3) en deux volumes, deux fois une quarantaine d'auteurs qui selon lui constituent "un tableau de notre littérature"  

    *** 

    source de la photo: site officiel du village de Lourmarin 

  • K comme krapoveries

    jeu,fiction,les joies d'internet,krapoverie

    Moi aussi j'ai marché sur la Lune. C'était en décembre et c'était beaucoup plus impressionnant que ces amateurs d'Apollo 11. 

    D'abord, c'était en couleurs: la fusée était du plus bel effet, avec ses carrés rouges et blancs, et nos costumes de bibendums oranges surmontés d'un beau globe aquarium tout à fait jolis et pratiques. En plus on avait un chien. Pas une malheureuse Laïka attachée comme un condamné à mort (lente) mais un vrai compagnon, intelligent et en alerte. 

    Quand j'étais petit, disait mon frère alors âgé de huit ou neuf ans, et il ne pouvait jamais finir sa phrase tellement ça faisait rigoler les grandes personnes. Moi je savais qu'il allait dire qu'il voulait un chien quand il était petit mais qu'il en aurait un quand il serait grand. Ou même deux. Je ne pense pas qu'on aurait pu prendre deux chiens dans la fusée, surtout pas des grands comme mon frère en voulait. C'est sûr qu'on aurait manqué d'oxygène, sur ce coup-là! 

    Et croyez-moi, ce problème d'oxygène nous a salement pourri la balade! Quelle tension dans la cabine, quelles inquiétudes! Sans compter que je suis déjà claustrophobe dans un ascenseur et que je manque d'air dès que mon nez est sous la couette. Bref, il fallait garder son calme et ne pas respirer trop fort. 

    Quand soudain un type en plus est apparu dans la cabine, on a paniqué. Déjà qu'on était drôlement à l'étroit, avec Dupont et Dupond qui n'étaient pas prévus au programme et qui s'amusaient à mettre le bazar, comme d'habitude... alors quand ce Jorgen a sorti son arme à feu, on ne savait vraiment plus où se mettre. 

    Mais ce n'est pas si grave et j'aurais dû le savoir, puisque ces aventures se terminent toujours bien - d'ailleurs sans cette garantie je ne me serais jamais embarquée dans cette fusée, malgré ses jolis carrés rouges et blancs. Ce n'est pas si grave, me suis-je dit, si un mauvais tue un autre mauvais et s'il se suicide après. De toute façon des gens comme lui ne peuvent aller qu'en enfer. C'est obligé.  

    Et comme par magie on a eu pile poil assez d'oxygène pour arriver sur terre presque en bonne forme. On était juste un peu évanouis.   

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    1718-06 adopte un dragon IMG_0408Consignes et illustrations chez Joe Krapov, que je remercie!

    Comment j'ai adopté un dragon

    Il s'agit d'un jeu de cartes et de dés d'Yves Hirschfeld et Fabien Bleuze édité par "Le Droit de perdre".  

    incipit n°14 Moi aussi, j'ai marché sur la Lune  

    1718-06 adopte un dragon IMG_0408 3Toutes les sept minutes l'animateur lance un dé. On doit alors inclure dans son histoire les petits mots qui sont apparus. Pour cette séance les mots à inclure ont été : 

    Quand j'étais petit
    Et croyez-moi
    Quand soudain
    Mais ce n'est pas si grave
    Et comme par magie

    *** 

    source de la première illustration ici 

    lien vers l'album sur le site officiel de Tintin ici 

    et ici les aspects scientifiques

  • J comme journal

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    Le journal d'écrivain peut être une lecture intéressante - reflet d'une époque, reflet d'une vie et des pensées de l'auteur - autrefois sur papier, aujourd'hui souvent publié en blog. 

    Sans doute le journal sur papier était-il plus intime, publié seulement à titre posthume, avec ou sans nettoyage, avec ou sans l'accord de l'auteur. 

    Bref, vous savez tout ça.

    Récemment j'en ai trouvé un sous cette forme-ci et il me plaît bien. 

    Ce qui au départ était une consigne d'écriture de François Bon - tenir un journal en deux phrases par jour, pas plus - a été compilé sous le titre "Année compte double", parce que, comme le dit Martine Sonnet elle-même, "ce n'était pas du tout une année comme les autres". 

    Comme toujours, en lisant la vie d'un(e) autre, on sourit en se trouvant des points communs. Les vaines tentatives d'essayage pour l'achat d'une robe, par exemple, ou l'appréhension face aux "fêtes" de fin d'année, "31 décembre 2007 - sans solution de continuité - enchaîner comme si de rien n'était : le peu de jour, d'abord, sera pareil". 

    Une belle lecture ici aussi, qui me rappelle des souvenirs de ma grand-mère, la séance de bigoudis hebdomadaire, les cheveux si peu gris et si fins, qui sèchent vite, les 'piques' tendues... 

    Et vu que la maman de Martine Sonnet était couturière, j'ai remis la photo de ma couturière préférée, entourée de ses parents. 

     

     

  • I comme illusion

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    Pour mon malheur, avant de rencontrer ma gentille petite Simone, j'ai connu sa sœur aînée, Maria. Maria est piqûrière, chez nous à l'usine, c'est comme ça que je l'ai connue. Une bonne ouvrière, ça oui, mais un fichu caractère! Et elle aimait déjà le vin, ce qui n'arrangeait pas son humeur... Quelle différence avec la petite Simone, douce comme un agneau... C'est elle que j'aurais dû rencontrer la première. Je n'en serais pas là aujourd'hui, avec une femme pendue à mon cou et une autre qui me fait du pied sous la table. 

    Oh! mon beau, mon fort, mon grand! Qu'est-ce que je l'aime! Quelle chance j'ai! Quel bonheur! Mon beau Gaspard! Et intelligent avec ça! C'est le patron lui-même qui l'a dit, mon plus jeune et mon meilleur contremaître, il a dit. Il ira loin, mon Gaspard, je le sais, je le sens! Vivement l'été prochain qu'on se marie! 

    Quelle gourde, cette Simone! Non mais regardez-moi ça! Encore une qui croit qu'elle a touché le gros lot! Et son grand dadais qui rougit quand je lui chatouille le tibia... qui attrape la chair de poule quand mes doigts frôlent son bras... Hahaha! il ne sait plus où se mettre! Je le connais moi, le Gaspard. 

    *** 

    Témoignages croisés. Sur ce tableau à trois personnages, donnez la version de chacun sur la scène.

    Tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie! 

    Pour comprendre la hiérarchie de l'usine textile d'autrefois, voir par exemple Maxence Van der Meersch, dans La fille pauvre: la canneteuse, puis la bobineuse et la doubleuse, tout à fait en bas. Au-dessus d'elles, "il y avait, pour n'en citer que quelques-unes, la soigneuse de continu, puis l'ourdisseuse, puis la tisserande, puis au sommet, respectée et jalousée, l'aristocrate, la piqûrière, qui nous dominait et ne nous disait pas bonjour.

  • H comme Hajar

    Fin août, à l'accueil des nouveaux inscrits, Madame a eu l'occasion de faire étalage de ses rudiments d'italien: Hajar et sa maman, en plus de l'arabe, maîtrisent le mieux cette langue. 

    Hajar est née au Maroc mais à cause du travail de son papa, elle a été scolarisée en Italie. D'où la famille est venue pour s'installer en Belgique, il y a trois ans, toujours pour les mêmes raisons. Côté flamand, ce qui veut dire que pour la poursuite de sa scolarité, Hajar a dû apprendre vite, vite le néerlandais. Pas évident de réussir de bonnes études dans ces conditions. 

    Sa prof de néerlandais a demandé à chacun de préparer quinze questions d'interview, des questions ouvertes permettant d'apprendre des choses nouvelles sur les condisciples. Puis-je vous demander d'y jeter un rapide coup d’œil (1), demande-t-elle à Madame, qui travaille dur du dictionnaire pour lui répondre cool 

    Pour ses questions, elle n'a eu qu'une seule source d'inspiration, l'enfance, la petite enfance. Voilà, se dit Madame, une jeune fille bien nostalgique de son paradis perdu... 

    Ton enfance a-t-elle été heureuse? Quels ont été les bons côtés? Tu as passé ton enfance dans cette ville-ci ou ailleurs? Selon toi, quels sont les aspects positifs ou négatifs, d'avoir grandi ici (ou là où tu as grandi) ? 

    Quels seraient les trois mots clés pour définir ton enfance? Pourquoi ces trois mots-là? 

    Quel était ton jeu préféré? 

    Est-ce que tu as parfois eu envie de revenir en arrière? ou de ne jamais grandir? Pourquoi?

    Quel était le métier de tes rêves, quand tu étais petit(e)? Pourquoi? 

    Tu vois des différences entre ton enfance et celle des enfants d'aujourd'hui? Si oui, lesquelles? 

    etc. 

    Madame se demande comment ses questions auront été reçues par les camarades de classe et devine, ici et là, ce que Hajar y aurait répondu elle-même... 

    *** 

    (1) "volevo chiederle se fosse possibile darci una leggera occhiata", faudra que Madame retienne l'expression, "un léger coup d’œil" cool  

  • G comme Greensleeves

    Un des euphémismes qui fait le plus rire l'Adrienne, c'est un mot qu'on utilise à l'académie de musique. Les examens n'existent plus, ils sont remplacés par un "toonmoment". 

    Cependant, vu que la définition de "toonmoment" est: un moment où tu vas montrer au public ce que tu sais faire... 

    Et vu que ce "toonmoment" est indispensable si on veut passer dans l'année supérieure... 

    Vous comprendrez que l'Adrienne continue à l'appeler examen

    Voilà donc pourquoi voisine Casque d'Or entend quotidiennement Greensleeves depuis déjà une bonne quinzaine de jours, entre le moment où elle lève ses volets le matin et celui où elle les redescend le soir. Se pourrait-il que pour cette raison elle les lève de plus en plus tard et les redescend de plus en plus tôt cool 

    le jour où l'Adrienne doit choisir un deuxième instrument, c'est sûr que ce sera de nouveau un instrument à cordes... mais d'une taille peu encombrante cool 

    et de préférence pour jouer de la musique ancienne... 

     

  • F comme film

    jeu,pastiche,souvenir d'enfance,adrienne

    Arrive à ce moment de l’extérieur un bruit beaucoup plus net et proche que les autres : un trot de cheval sur les pavés de la ruelle, qui paraît s’arrêter au pied même de la maison de John. Celui-ci tend l’oreille et perçoit un bref dialogue entre deux voix de femmes, en arabe. Il éteint son projecteur et va jusqu’à la fenêtre d’où lui semblent venir ces sons qui l’intriguent. En se penchant, il aperçoit une cavalière aux cheveux blonds, dont il ne voit pas le visage, qui exécute une demi-volte pour redescendre la ruelle. Vêtue d’un costume de fantaisie, vaguement marocain, il s’agit visiblement d’une Européenne. Le spectateur pensera ensuite que cette jeune femme pouvait être Leïla, et plus tard la Gradiva. 

    Arrive à ce moment de l'extérieur un bruit de pas et une voix masculine qui annonce sa venue: c'est le laitier. Adrienne laisse ses épluchures de pommes de terre, se lève et lui tend le poêlon tout prêt sur la cuisinière pour qu'il y verse le litre quotidien. La monnaie aussi est déjà toute prête sur le coin de la table mais ça n'empêche pas les phrases rituelles, combien je vous dois et le temps qu'il fait. Le Westminster sonne onze heures et demie. 

    John retourne à sa table et remet son projecteur en marche. Les nouvelles images sont la suite des précédentes, mais maintenant se mêlent aux chevaux et cavaliers de plus en plus fréquentes représentations féminines, comme si elles se trouvaient induites par l’apparition de Leïla sur sa monture dans la ruelle nocturne (sous l’éclairage incertain d’un lampadaire, municipal ou appartenant au portail de la bâtisse où habite John). Ces dessins et peintures prennent même un caractère progressivement érotique et, dans ce cas, le regard de John s’y attarde plus longuement. Cet effet culmine avec la reproduction, totale ou partielle, d'une "Mort de Sardanapale" par Delacroix. 

    Adrienne retourne à sa table et termine d'éplucher les pommes de terre jusqu'à ce qu'elles baignent toutes dans l'eau d'une casserole émaillée. Verte. La soupe qui a bouilli emplit l'arrière-cuisine de sa buée et de son odeur. Dans le poêlon, une peau épaisse et jaunâtre se forme sur le lait frémissant. Adrienne le retire prestement du feu au premier bouillon et va le déposer à la cave, d'où elle revient avec une boîte de petits pois et carottes. Elle met le couvert pour quatre personnes. Dans son cadre en faux bois, une Joconde de carton sourit légèrement. 

    Alain Robbe-Grillet, C'est Gradiva qui vous appelleciné-roman, éd. Minuit, 2002, pages 10-12. 

    *** 

    un carrelage de l'époque d'Adrienne: photo prise dans le souterrain d'une belle maison de 1908, à Ostende, Euphrosina Beernaertstraat 148 
    photo et info ici

  • 7 fois rien

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    Le règlement de la salle des jeunes du quartier 
    entre parfaitement dans le propos d'hier: 

    Tu refermes ce que tu as ouvert 

    Tu remets en place ce que tu as pris 

    Tu rends ce que tu as emprunté 

    Tu nettoies ce que tu as sali 

    Tu éteins ce que tu as allumé 

    Tu jettes ce que tu as vidé 

    *** 

    Mais je n'arrive pas à 7 

    me direz-vous 

    et vous avez raison: 

    c'est pourquoi j'envisage 

    de supprimer cette rubrique. 

    Le seul problème est
    que je ne sais pas par quoi la remplacer 

    undecided

  • E comme électricité

    L'Adrienne a été élevée comme ça: on ferme toujours soigneusement les portes et on éteint les lampes dès qu'on quitte une pièce. 

    Aussi ces temps-ci, alors qu'elle passe ses soirées à regarder des Christmas movies sur son ordi, elle remarque que dans chacun de ces films, absolument tous, quand un personnage rentre chez lui, il y trouve déjà toutes les lampes allumées. Y compris, Christmas movies oblige, les illuminations de Noël. Of course.

    Et bien l'Adrienne, ces orgies électriques, ça la choque. 

    *** 

     

    liste non exhaustive des choses bizarres dans ces full movies que Hallmark et compagnie produisent à la chaîne: 

    1.c'est l'hiver et il y a de la neige, mais l'héroïne porte une robe courte sans manches et d'élégants escarpins à talons aiguille 

    2.les protagonistes ont la peau blanche mais toujours un copain, une amie, un chef, un associé à la peau noire 

    3.comme par hasard, le noir tombe amoureux d'une noire, la blanche d'un blanc, idem pour l'asiatique ou le latino occasionnels (West Side Story était donc vraiment révolutionnaire)

    4.il n'y a pas plus de cinq domaines professionnels possibles pour les héros: c'est soit les hautes et froides sphères de la finance/de la justice, soit les bons sentiments du milieu hospitalier ou scolaire, soit la créativité artistique ou culinaire 

    5.les femmes gardent leur soutien-gorge pour dormir 

    6.Noël est tellement magique que la neige tombe toujours à point, même en Californie (du moment qu'on est dans la nuit du 24 au 25 décembre) 

    7.Noël est tellement magique qu'on n'est pas supposé s'étonner qu'une femme ayant donné son bébé en adoption en Californie le retrouve avocat à Boston mais momentanément dans un village du Montana où elle s'est réfugiée et où elle a sauvé l'héroïne d'un accident de voiture - l'héroïne bien sûr a fortuitement fait la connaissance de l'avocat de Boston et c'est le love at first sight 

    (bien sûr la dame fait du bénévolat et bien sûr la bonne oeuvre où elle officie généreusement va devoir fermer faute de moyens et bien sûr l'héroïne (parfois le héros, faut être juste) est riche à millions, bref la magie de Noël est infinie) 

    scénario transposable à l'infini aussi 

    *** 

    Vous suivez toujours ou vous vous êtes endormi? 

    Vous comprenez maintenant les vertus thérapeutiques de ce genre de films, le soir à l'heure du coucher? 

    *** 

    Et pour 54 minutes de That's entertainment, c'est ici: 

  • D comme demain

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    La porte donnant sur un des couloirs des petits de l'école primaire était ouverte. On pouvait y admirer une cheminée de briques rouges, du feu dans l'âtre, un conduit pour la fumée. Tout à fait en carton et en papier, tout à fait touchant.  

    A tour de rôle, les petits peuvent y déposer une chaussure, une pantoufle, avec une douceur pour le cheval du grand saint et surtout une lettre. J'imagine le bel exercice d'écriture que ça a dû être de rédiger en bonne et due forme ses souhaits pour le grand jour. Demain, donc. 

    Il serait bien temps, dit ma Tantine rencontrée vendredi soir alors qu'elle allait chercher ses petits-enfants à la sortie de l'école, il serait bien temps que Kasper soit au courant, pour saint Nicolas. On va le lui dire après la fête. Et Kato, continue-t-elle, une enfant si intelligente! On a dû le lui dire aussi, elle était déjà en quatrième primaire! 

    Ça n'a rien à voir avec l'intelligence, ai-je répondu, souvent ils ont deviné mais n'ont pas du tout envie de savoir. 

    J'y réfléchis encore en marchant vers la bibliothèque et je me dis que ce n'est pas aux parents, ceux-là mêmes qui ont pris soin pendant de nombreuses années d'entretenir l'illusion de miracle et de magie, de déclarer que tout ça n'était qu'une vaste farce. 

     

  • C comme coiffure

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    Bientôt cinq heures, se dit Luisa en se regardant mélancoliquement dans le grand miroir du vestibule. Elle a un moment de découragement à l'idée de devoir sortir, de devoir affronter le regard de la petite assemblée qui prend le thé tous les mardis chez son amie Teresa. Que ne peut-elle rester tranquillement chez elle... 

    C'est toujours sans aménité que Luisa s'observe, sans complaisance qu'elle se détaille. Oui, la taille est bien prise, les mains fines, le cou gracieux. Mais ce nez et ce menton un peu forts? Cet œil à la paupière tombante, surtout du côté gauche? Certes, ça lui vient de feu son père,  est-ce suffisant pour s'en consoler? l'accepter? 

    Puis un léger sourire s'esquisse et le rouge lui vient aux joues. 

    C'est que son regard est posé sur sa nouvelle coiffure, audacieuse, à la romaine, et que le figaro venu officier le matin même pour la première fois est jeune, beau, et qu'il sait parler aux femmes...  

    *** 

    consignes et tableau chez Lakévio, que je remercie! 
    "La marquise sortit à cinq heures"... phrase attribuée par André Breton à Paul Valéry, mais, il y a des doutes... Il s'agit d'étoffer cette simple phrase pour en faire... toute une histoire !

  • B comme Bon, François Bon

    jeu,pastiche,françois bon,adrienne,souvenir d'enfance

    Cet hiver, c'est ciné-roman chez François Bon aussi et pour l'Adrienne c'est une incitation à dérouler le film qui n'existe que dans sa tête. 

    John est éclairé dans son travail par une forte lampe de bureau, très directionnelle, à bras articulé. Il compulse des papiers, puis se remet à écrire, à la main, avec un stylographe traditionnel, probablement défectueux, car il le trempe quelquefois dans un encrier. On entend, venant du dehors, des cris d’enfants qui jouent, mais pas très proches, puis un appel de muezzin pour la prière du soir, et d’autres sons constituant une sorte de rumeur arabe, paisible et quotidienne. 

    Adrienne travaille à la lumière du jour, si importante pour évaluer les couleurs. Elle se dépêche d'assembler les pièces. Elle est penchée sur sa machine. Sur le manteau de cheminée, l'horloge Westminster sonne tous les quarts d'heure. Aux heures, Adrienne lève la tête et compte les coups, immédiatement confirmés par le coucou accroché au mur.   

    John s’interrompt dans son écriture pour réfléchir un moment. Il appuie sur le bouton d’un boîtier de commande qui en même temps éteint la lampe de travail et allume l’écran, où défilent, sur un rythme assez rapide, des images de cavaliers arabes, de chevaux, de paysages marocains, etc. Le tout est constitué de croquis et peintures du siècle dernier, où l’on reconnaît en particulier des Delacroix, plus ou moins célèbres. Certains semblent retenir davantage l’attention de John, qui, visiblement, a souvent regardé ce matériel, le sujet sans aucun doute du texte qu’il est en train de rédiger. 

    Alain Robbe-Grillet, C'est Gradiva qui vous appelle, ciné-roman, éd. Minuit, 2002, page 10 

    Elle replie soigneusement les pièces assemblées et celles qui sont encore attachées à leur papier de soie. Elle récupère les bouts de tissu, jette quelques fils coupés. Elle vérifie si elle n'a oublié aucune épingle sur la table, passe et repasse la main sur sa surface. Elle pousse sa machine contre le mur, remet le couvercle dessus. C'est l'heure de faire chauffer la soupe et de cuire les pommes de terre. 

    *** 

    photo prise à Ostende le 3 novembre 
    détail de l'église Saints-Pierre-et-Paul

  • Adrienne fait son cinéma

    Cellule génératrice : une grande pièce nue, presque sans meubles, dans une casbah des premiers contreforts de l’Atlas, à proximité de Marrakech. Des ouvertures de dimensions réduites donnent de différents côtés, fermées par des volets de bois, peut-être à l’Andalouse. Une des parois, dépourvue de la moindre fenêtre, est peinte en blanc cru et sert d’écran pour projeter des diapositives. 

    Cellule génératrice: une petite pièce encombrée, table, six chaises, deux placards, deux fauteuils en skaï bleu, téléviseur, étagère avec poste de radio des années cinquante, gros poêle à charbon. Pas de fenêtre mais un lanterneau et une porte vitrée donnant sur le jardin. Une double porte fermée le soir pour cacher l'arrière-cuisine. 

    adrienne, souvenir d'enfance

    Un Européen d’une quarantaine d’années travaille sur une table basse de dimensions importantes où sont étalés des documents (reproductions de tableaux, livres, manuscrits divers). L’homme, appelons-le John, est assis sur un pouf de cuir. L’ensemble donne l’impression d’un confort très rudimentaire. Mais il y a l’électricité et l’appareil de projection est assez perfectionné, donnant une image brillante en dépit de la médiocrité de l’écran. Dehors, la nuit commence à tomber. 

    Une Flamande d'une soixantaine d'années travaille debout devant la table où sont étalées les différentes pièces d'un patron soigneusement découpées dans du papier de soie puis épinglées sur le tissu. La femme, appelons-la Adrienne, est penchée sur son travail. L'ensemble donne l'impression d'un grand fouillis. La machine à coudre date d'avant la guerre. Au plafond il n'y a qu'un néon de forme ronde. 

    Alain Robbe-Grillet, C'est Gradiva qui vous appelle, ciné-roman, éd. Minuit, 2002, page 9

     

  • Première neige

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    Hier, Madame a un peu regretté sa promesse faite à deux élèves d'aller les applaudir à leur examen de piano: quand elle est sortie de l'académie de musique vers les six heures du soir, la neige tombait dru et c'est transformée en bonhomme de neige ambulant qu'elle est arrivée chez elle un quart d'heure plus tard. 

    Une belle neige bien collante - qui sait quel nom les Inuits donnent à cette sorte-là? - une neige qui reste bien accrochée au manteau, même si on le secoue vigoureusement, au bonnet, à l'écharpe, aux gants. 

    Par contre sur la photo, ce n'est pas de la neige: c'est de la grêle tombée à Ostende au début de novembre. 

    Chaque année la carissima nipotina rêve d'un Noël blanc et le jour où exceptionnellement sa courette est toute blanche, elle se trouve à Montepulciano cool

  • Z comme zomerhuis

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    Quand elle monte dans le train, elle dépose son sac à main, son écharpe, son smartphone, sa veste, son sac à dos, son livre. 

    Herman Koch, Zomerhuis met zwembad, note l'Adrienne, qui aime toujours voir ce que les autres lisent. 

    Elle prend son smartphone, se met à tapoter l'écran et donne des coups de fil. 

    Ça permet à l'Adrienne de savoir non seulement ce qu'elle lit, mais aussi de connaître sa vie, sa situation familiale et professionnelle, ses amitiés et inimitiés, ses projets pour le week-end. 

    La vie privée est décidément un concept totalement dépassé, se dit l'Adrienne en essayant de ne plus entendre ces pans de vie jetés à voix haute dans le compartiment. 

    Et voilà un livre qui n'est pas près d'être lu...

     

  • Y comme Yvonne

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    Il y en a plus d'une, à Ostende, des "villa Yvonne" construites à la fin du 19e siècle, mais celle-ci, fraîchement restaurée et remise à neuf, est particulièrement pimpante. 

    Et moi particulièrement heureuse d'avoir cette belle occasion de penser à la petite Yvonne... 

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    ici elle est enceinte de mon père et l'Oncle a juste deux ans 

    photo du dessus prise à Ostende le 3 novembre, aux Venetiaanse gaanderijen, expo de photos de villas d'époque qui ont été restaurées par des particuliers et qui sont aujourd'hui de merveilleuses habitations

  • X c'est l'inconnu

    jeu,fiction,plumes

    - Tu veux voir sa chambre? a-t-elle proposé.

    Alors ils sont allés à l'étage. La petite avait choisi la pièce du fond, la plus grande, celle qui fait toute la largeur de la maison. Ça l'émeut plus qu'il n'aurait imaginé, les murs en rose et blanc, le voilage à la tête du lit, le bureau avec ses classeurs et ses livres de classe, des peluches partout et trois ou quatre posters d'un rouquin avec une guitare et des bras tatoués.

    - C'est Ed Sheeran, dit-elle. La petite est folle de lui.
    Ed Sheeran, ce nom ne lui disait rien, mais il a hoché la tête et a pris en main quelques livres sur le bureau.

    - La police a emporté son ordi, dit-elle. On espère y trouver des informations intéressantes. Sur ses contacts, ses intentions...

    Ses intentions? Ce mot le met extrêmement mal à l'aise. Quelles pourraient être les intentions d'une gamine de treize ans qui disparaît sans laisser de trace? 

     

    écrit pour les Plumes d'ici et d'ailleurs
    consignes 7: 
    Votre héros entre dans une maison, une église, un magasin, un café et cet endroit est vide.
    Décrivez le lieu avec précision, les pensées de votre héros et laissez faire votre imagination ...
    Quelque chose, quelqu’un va sortir de ce silence, de ce vide.
    A l’extrême servez vous d’un cimetière, d’un cinéma, d’un théâtre vide la nuit.
    Trouvez un lieu qui soit approprié à votre intrigue et à votre héros.

  • W comme Walkyrie

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    Elle est née dans la soierie comme d'autres naissent dans du coton. Son père, excellent homme mais mauvais chef d'entreprise, s'est vu éliminer dans la course sans merci au toujours plus (de profit) avec toujours moins (d'investissement dans l'humain). C'est ainsi que du jour au lendemain, sans explication, tranchant dans le vif, il a décidé de quitter la soie de ses ancêtres pour réaliser son rêve d'enfant: cultiver la terre. 

    Parti en éclaireur à la recherche d'une parcelle nourricière, il s'est installé en Bavière et y fait pousser des carottes et des navets au goût douceâtre, des choux et des pommes de terre. 

    Sa fille, d'abord hostile à ce changement de cap, a rapidement vu les opportunités qu'offrait sa nouvelle situation, en particulier le plaisir de dominer. Et comme par un effet de mimétisme, elle s'est épanouie, grande, forte, robuste comme une héroïne wagnérienne. 

    *** 

    Tableau et consignes chez Lakévio: Il n'est pas permis de changer l'orthographe des mots. Impossible donc de les accorder ou de conjuguer les verbes. Mettez en gras ou soulignez les mots utilisés dans votre texte.

  • V comme village

     jeu,fiction,plumes

    Il s'étonne qu'au village où ils habitaient autrefois tous les deux, rien n'ait changé en dix ans: il y a même encore le boulanger, le boucher, le marchand de journaux où il achetait ses billets de loto. L'horloge de l'église marque bientôt midi et pris d'une idée subite, il s'arrête et pousse la porte de la petite boucherie d'Yvan, qui s'est un peu adapté au goût du jour et offre quelques plats préparés, en plus des biftecks, des saucisses et des côtes de porc. 

    Encore deux kilomètres. Il ne se demande même pas comment il sera reçu, remonte l'allée, sonne à la porte. 

    - Tu n'as pas changé, lui dit-il dès qu'elle entrouvre la porte, et il voit bien que ça lui fait plaisir. 

    - Je t'ai apporté du vol-au-vent, lui dit-il encore, une fois qu'elle l'a tout à fait laissé entrer. Il n'y a qu'à le réchauffer. 

    - Toi non plus tu n'as pas changé, lui dit-elle alors. 

    *** 

    écrit pour les Plumes d'ici et d'ailleurs
    consignes 6: 
    Vous êtes à la cuisine, vous préparez le repas et en effectuant les gestes habituels vous pensez à vos invités ou à la famille qui sera réunie.

    Vous êtes à un repas en famille ou entre amis et tout à coup en début de repas ou au dessert l’un des invités se lève et prend la parole.
    Dans les deux cas vous intégrez les personnages que vous avez créés.

     

  • U comme USA

    Je n'allais pas en parler. Je m'étais promis-juré de ne rien en dire. No comment! Et puis j'ai vu ceci sur le blog de l'excellente Nathalie Jomard 

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    Faudrait juste, me disais-je, remplacer "le marché français" par "le marché européen"

  • T comme Tarataboum Tsoin Tsoin

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    Les fromages belges? Des fromages belges

    Je ne sais pas combien de producteurs de fromages belges ont participé au concours World Cheese 2017, je sais juste que la Belgique y a remporté 22 médailles. Tarataboum tsoin tsoin. 

    La France et les Pays-Bas 18 médailles. La Suisse 55. L'Italie 109. 

    Et comme dans l'air du catalogue de Don Giovanni, les Espagnols sont gagnants tongue-out 

     

  • Stupeur et tremblements

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    Un jour d'inattention, l'Adrienne a dû refiler ses coordonnées à une chaîne de prêt-à-porter français et depuis lors elle reçoit régulièrement des offres irrésistibles auxquelles elle résiste cependant. 

    Vous qui la connaissez, vous savez qu'elle n'est pas la reine du shopping tongue-out 

    Et vous savez aussi que tout en aimant la langue française, elle n'a pas peur d'utiliser ici ou là un anglicisme, genre OMG, week-end ou suspense. 

    Mais là où elle a ouvert des yeux stupéfaits, c'est quand sa chaîne française de prêt-à-porter a voulu l'allécher avec un "tote bag". 

    Un quoi? 

    Il semblerait qu'à partir du moment où le sac en toile devient un accessoire branché, il faille l'appeler "tote bag". Et probablement prononcer ce 'tote' comme dans 'une litote'... 

    Bref, à partir du moment où le sac en toile coûte deux fois le prix d'un vuitton d'imitation, il s'appelle "tote bag". 

    Comme celui qui a servi d'illustration... 

     

  • 22 rencontres (4bis)

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    C'est à une petite expo dans sa ville que Madame a rencontré A-F. Et comme en Terminale elle a appris qu'"On paie mal un maître en ne restant toujours que l’élève", elle a fait beaucoup mieux que Madame: elle enseigne à l'université. 

    - Ah! s'exclame-t-elle, moi qui étais nulle en orthographe - elle a toujours aimé s'autoflageller à ce propos - si vous saviez ce que je vois aujourd'hui chez mes étudiants! 

    Madame, qui n'aime pas trop participer au grand lamento du tout-va-de-mal-en-pis, l'écoute en souriant. 

    - Et tous ces dys- quelque chose! s'emporte A-F: dyslexie, dysorthographie, dyscalculie! Il suffit qu'ils aient une attestation et on ne peut même plus leur enlever des points pour leurs erreurs! Vous vous rendez compte? 

    Madame hoche la tête, bien sûr qu'elle sait, elle ne sanctionne pas ses élèves dyslexiques sur leur mauvaise orthographe. 

    *** 

    Quelques jours plus tard, A-F envoie un message à Madame: 

    - Incroyable! J'ai fait mieux que la moyenne! 

    Il s'agissait d'un test du Figaro (2). Bien sûr, Madame s'y est collée aussi. 

    - Il y a une faute dans le test, lui répond Madame, très frustrée de n'avoir pas fait un 10/10 à cause de ça. Se rendre compte ne s'accorde pas avec le sujet! (3) 

    Voilà qui rend A-F toute contente: 

    - Oh! dans ce cas j'ai encore un point de plus! 

    - Tu vois bien, dit Madame, que tu n'es pas nulle en orthographe tongue-out 

    *** 

    (1) la citation est de Nietzsche (dans Ainsi parlait Zarathoustra)

    (2) qui est aussi la source de l'image illustrant ce billet

    (3) pour ceux qui auraient un doute, voir ici

     

  • R comme rouge

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    "L'art se doit de perturber et de séduire", c'est Jan Fabre qui l'annonce à l'entrée de l'expo Het Vlot/The Raft. On n'est pas loin du "plaire et émouvoir" de ce cher Horace et de son élève Boileau. 

    expo,ostende,art

    De la laine rouge - beaucoup beaucoup de laine rouge - deux canots et trois vieilles clés, il n'en fallait pas plus à Chiharu Shiota pour plaire à l'Adrienne - et aussi un peu l'émouvoir, à cause des trois vieilles clés qui ressemblent étonnamment à celle "de la porte de derrière" que grand-mère Adrienne tenait bien serrée dans le creux de la main, en entrant ou en sortant de chez elle. 

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    Symbolique du parcours de vie, des lieux de vie, de la mémoire... et en plus ça ressemble à une toile d'araignée?

    Bien sûr que ça parle à l'Adrienne cool 

     photos prises à Ostende le 3 novembre dernier 

    la vidéo montre le même genre d'installation à la Biennale de Venise en 2015

  • 20 novembre

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    Lundi 20 novembre 

    Cher journal 

    Nous approchons des côtes de l'Argentine et nous profitons déjà en plein du printemps austral. Il paraît qu'aujourd'hui la température atteindra 25°! Mais les nuits sont fraîches et la jeune dame qui dort sur le pont a encore besoin de deux plaids... 

    Tu sais qu'elle m'intrigue beaucoup et que je poursuis ma petite enquête. Figure-toi que cette dame est en voyage de noces! Chaque matin son mari vient lui apporter des jus de fruits et lui lire le programme de la journée. Moi, tu me connais, mine de rien je passe, soi-disant pour ma promenade matinale... je m'arrête pour humer l'air du large, exactement à leur hauteur, et j'attrape forcément quelques bribes de la conversation. 

    Son mari parle bas mais j'entends bien ce qu'elle lui répond. Ce matin, elle lui a dit: 

    - N'insistez pas, cher ami. Je vous l'ai déjà dit et je ne changerai pas d'avis: nous verrons quand nous serons arrivés à votre ranch. 

    Je me demande bien ce qu'elle a voulu dire... J'en saurai peut-être plus demain.

    Une chose est sûre: les grandes personnes sont décidément très bizarres! 

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie 
    il fallait s'inspirer du tableau et écrire une lettre

  • Question existentielle

    jeu,fiction,plumes

    Ce n'est qu'en s'approchant du centre qu'il remarque enfin la grande roue et qu'il se souvient que c'est la kermesse d'hiver. Combien d'années déjà qu'il vit sans enfant et qu'il ne s'approche plus d'un manège, n'achète plus de beignets ou de barbe-à-papa?

    Quand il rentre dans son garage, il a l'esprit de plus en plus embrouillé par des tas de questions auxquelles il ne sait que répondre. Tout ce qu'il déteste le plus, tout ce qu'il s'efforce d'éviter grâce à sa vie bien réglée et minutée.

    Doit-il contacter son ex-femme? Comment l'accueillera-t-elle? Rejettera-t-elle la faute sur lui, sur son absence? Et sa mère, sait-elle déjà? Comment réagira-t-elle? 

    Et sa fille... une gamine de treize ans, où est-elle? Pourquoi, comment, avec qui... que s'est-il passé?

    - J'y vais! décide-t-il d'un seul coup en remontant dans sa voiture. 

    *** 

    consigne 5 des Plumes 

    Lors du défi numéro 3 un imprévu a modifié le déroulement  habituel de la vie du héros. Écrivez la suite en mettant l’accent sur un danger, une tension. Essayez de pousser votre personnage à l’action. 
     
    Photo prise à Ostende le 4 novembre dernier.

     

  • P comme père

    jeu,fiction

    Il aime la vitesse, son joli cabriolet, son moteur puissant. Il aime s'amuser à laisser tout le monde derrière lui quand le feu passe au vert. Il roule encore plus vite que d'habitude et essaie d'oublier le mauvais quart d'heure qu'il vient de passer dans le bureau de la police. 

    C'est la routine, sans doute. C'est parmi les proches qu'on cherche le suspect et que l'enquête commence. Heureusement, avec le métier qu'il a et les joujoux modernes qui enregistrent chacun de ses mouvements, il n'a pas été difficile de démontrer où il se trouvait, ces dernières quarante-huit heures, ni à quoi il a passé son temps, sauf pendant ses quelques heures de sommeil. Y compris le moment où il est entré - et sorti - du Liberty Fitness Club. 

    Il se calme aux abords de la ville. Il ne faudrait pas qu'en plus on lui retire le permis. Quelques prélèvements ont peut-être été faits dans sa roadster - il a dû en remettre la clé - mais il est bien tranquille, on ne risque pas d'y trouver un cheveu de sa fille. 

    *** 

    écrit pour la consigne 4 des Plumes 

    Le héros voyage, effectue un trajet. Il s’agit d’ancrer le héros dans un environnement géographique précis qui constitue le cadre. Il porte également une empreinte historique et permet de définir l'époque. 
     
    Photo prise à Ostende le 4 novembre
  • O comme océan

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    Couchée sur mon canapé, elle pleure. 

    Je suis si fatiguée... m'avait-elle dit. Alors je lui ai proposé de faire une petite sieste. Mais je vais vraiment dormir, a-t-elle répondu. Et bien tant mieux, j'ai dit, ça te fera du bien de dormir un peu, et ça fera disparaître ton mal de tête en même temps. 

    Couchée sur mon canapé, elle pleure. 

    J'en ai assez, dit-elle. Je n'en peux plus. 

    C'est vrai qu'elle est à bout. La dépression, on ne sait pas quand on va en sortir. Pour le rhume ou la grippe, on sait. 

    Un câlin fait redoubler le torrent et les hoquets. Elle s'en veut "d'être comme ça". Elle s'en veut de paraître "ingrate", après les bonnes heures passées ensemble, le repas partagé. 

    Je dis des choses qui se veulent rassurantes, apaisantes... que dire? "C'est tellement mystérieux, le pays des larmes". 

    La semaine passée, quand je lui avais montré et expliqué la peinture de Katie O'Hagan, elle avait dit "C'est exactement comme moi." 

    Quelle sorte de radeau lui faudra-t-il pour se maintenir à flot sur l'océan qui l'engloutit?

  • N comme no pain no gain

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    Il était en plein effort quand son téléphone s'est mis à vibrer. Le temps de déposer les haltères, de s'essuyer la figure, de regarder le numéro, il était trop tard pour prendre l'appel.

    - Un numéro inconnu, se dit-il. C'est peut-être un client.

    C'était la police.

    Pour lui demander quand il avait vu sa fille pour la dernière fois.

    - Je... euh... attendez..., a-t-il bafouillé lamentablement. Il y a longtemps... En juillet-août deux mille... euh... attendez... il y a deux ans, oui c'est ça, août 2015.

    De la suite de la conversation, son esprit n'a réussi à enregistrer que des bribes: disparition inquiétante, ça oui, c'est sûr que c'était inquiétant. 

    *** 

    consigne 3 chez les Plumes

    Une lettre est arrivée qui va  bouleverser la vie de votre héros ou de votre héroïne. 
    Si vous êtes dans un monde plus moderne un mail, un appel téléphonique, un sms envoyé par erreur... 
    Votre héros va se trouver dans une situation de crise du fait de cet élément surprise. 
    Grâce à ce texte vous mettrez cet imprévu en place. 

    Photo prise dans ma ville le 3 novembre