• Z comme zizanie

    Une cousine qui ne boit pas une goutte d'alcool invite sa soeur et son mari à dîner. En cet honneur, elle a acheté une bouteille de vin.

    A la fin du repas, la bouteille n'est pas vide. Ce qui fait qu'au moment du départ, la cousine dit à sa soeur: "Emportez donc cette bouteille, vous qui êtes des buveurs!"

    La soeur a si mal pris ce mot que depuis ce jour-là elle a rompu toutes les relations. Définitivement. Plus un coup de fil, plus un mot, plus rien.

    Alors qu'elles ont toutes les deux presque 80 ans...

    Or voilà que cette même cousine a invité ma mère à dîner. Elle achètera sans doute une bouteille de vin. A la fin du repas, la bouteille ne sera sûrement pas vide. Que dira-t-elle à ma mère au moment du départ?

  • Y comme Yvonne

    Chère Yvonne

    Déjà toute petite, j'avais du mal à m'imaginer le paradis tel qu'on m'en parlait au cours de religion. Je me demandais par exemple si on nous faisait ressusciter à notre âge idéal, histoire de rétablir un peu d'équilibre dans des couples dont un des deux conjoints serait mort longtemps avant l'autre...

    En effet, je pensais à toi... Je savais que j'avais là-haut une grand-mère de trente ans et deux petites tantes de quatre et huit ans. Quand on n'en a pas dix soi-même, on trouve ça un peu bizarre.

    Or voilà qu'aujourd'hui tout ce petit monde a retrouvé qui un fils, qui un frère... octogénaire.

    Alors dis-moi, quelle sorte de félicité éternelle est possible si on n'a même pas deux ou trois sujets de conversation en commun ;-)

    ivonne1

  • Courrier X

    Une carte de Calonne... On sait à peine dans quelle province ça se trouve et le nom de ces gens ne nous dit rien. Pourtant, ils ont notre adresse et s'excusent qu'un pied cassé les empêche d'assister à l'enterrement de mon père.

    Une lettre de Gand. Elle s'est malencontreusement échappée de la boite aux lettres et est restée deux jours dans la haie de buis, recouverte de neige. Comme elle a entièrement été écrite à l'encre, les lettres se sont diluées. On devine un mot ici et là. On peut voir que la page était complètement recouverte par un long texte écrit à la main. Quelqu'un qui s'est vraiment donné de la peine.

    Et moi je suis là, à regarder cette feuille et à me demander par quel procédé je pourrais faire ressusciter ce message...

  • W comme wagon de train

    Train de Bruxelles, un dimanche midi. J'ai mes affaires pour l'école, je travaille sans lever la tête.

    Arrêt. Une foule monte. Une dame s'installe en face de moi. Je sens qu'elle m'observe. Je la regarde. Je ne la reconnais pas tout de suite.

    C'est une cousine de mon père. Une de celles qu'on voit surtout aux enterrements...

    Le hasard n'existe pas?

    C'était le dimanche 2 novembre, le jour des morts.

  • V comme vie éternelle

    "J'ai combattu le bon combat, j'ai achevé la course, j'ai gardé la foi.
     
    Désormais la couronne de justice m'est réservée; le Seigneur, le juste juge, me la donnera dans ce jour-là, et non seulement à moi, mais encore à tous ceux qui auront aimé son avènement."

    Voilà ce qu'écrit Paul à Timothée au moment où il se rend compte que sa fin est toute proche.

    Voilà ce qui convenait le mieux à la fin de vie de mon père également.

    Et parfois je me dis que ça m'aiderait peut-être bien, moi aussi, d'avoir gardé cette foi...

  • U comme universelle panacée

    L'admiration d'une petite fille pour son père, où commence-t-elle?

    Le père, c'est celui qui a une réponse à toutes vos questions. Aussi celles qui concernent le vocabulaire.

    Nous étions enfants, mon frère et moi, et nous écoutions Richard Anthony. Nous chantions à tue-tête "Buuuuuuuuuuuvons buvons buvons le sirop typhon typhon typhon" ... mais qu'est-ce que ça pouvait bien vouloir dire cette "universelle panne assez"?

    Ce soir-là, quand il est rentré du travail, nous avons appris un mot que nous n'avons plus jamais oublié:

    "L'universelle panacée
    À la cuillère ou bien dans un verre
    Rien ne pourra nous résister"

     

  • T comme le temporel et le temps qui passe...

    Rien ne vaut un enterrement, et spécialement le repas de famille juste après, pour bien se rendre compte du temps qui passe. Plus exactement, du temps qui est passé depuis le dernier évènement similaire.

    Dans notre cas, il s'agit de plus d'une quinzaine d'années: le même public qui était présent samedi pour mon père était là pour la tante qui a remplacé sa mère. 

    Des cousins et des cousines venus des quatre coins du pays, des Flamands, des Wallons et des Bruxellois. Ils avaient alors la verte soixantaine, se donnaient de grandes tapes dans le dos et se promettaient de se revoir ailleurs qu'aux enterrements. On connaît ce genre de promesse...

    Aujourd'hui ils sont octogénaires ou presque, comme le cousin P***, celui qui a une si belle moustache et qui était fier de claironner qu'il n'avait que 79,5 ans et ils sont soutenus par une canne, une soeur plus alerte ou une de leurs filles. Aujourd'hui donc, ils s'inquiètent surtout de savoir si on se souvient d'eux: "Tu sais encore qui je suis?".

    En effet, ils ont beaucoup changé, et ce n'est sûrement pas moi qui ai grandi...

  • Stupeur et tremblements

    Cousine E*** ne parle plus à sa soeur A*** parce que... ni d'ailleurs à sa belle-soeur D*** parce que...

    Cousin A*** ne parle plus à la famille tout entière parce que...

    La veuve de cousin A*** ne parle plus au frère de son défunt mari parce que...

    Cousine M***, cousin R***, cousine G***, cousine D*** et j'en oublie, tous ont de bonnes raisons d'être en bisbille avec des proches. Sans parler des nombreux autres avec qui on a si complètement perdu le contact qu'on ne sait même plus où ils habitent ni même s'ils sont encore en vie.

    Et ma mère - qui trouve sa famille si formidable! - déteste cordialement son unique belle-soeur. "Ah! nous on a vraiment l'esprit de famille!", a-t-elle coutume de dire.

    Peut-être qu'un jour moi-même je ne parlerai plus à mon frère? Ce serait tout à fait dans l'esprit de la famille!

     

     

  • C'est arrivé un 22 novembre

     
     
    845

    Indépendance de la Bretagne

    Le Breton Nominoë bat les troupes du roi Carolingien Charles le Chauve à ballon près de Redon. Pour le roi cette défaite marque l'échec de la conquête de la Bretagne. Celle-ci devient indépendante du royaume. Elle le restera pendant près de 7 siècles.
    1497

    Vasco de Gama atteint le Cap

    Le navigateur portugais Vasco de Gama double le Cap de Bonne-espérance à la pointe Sud de l'Afrique. Il ouvre ainsi le passage entre l'Afrique et l'Asie. Bartholomeu Diaz fut le premier à la découvrir, mais à cause de la difficulté qu'il rencontra à la franchir le nomma, "Cap des tempêtes". Avec la nouvelle expédition mandatée par le roi du Portugal Manuel la Fortuné, Vasco de Gama et ses trois navires, réussissent à ouvrir le "route des épices". Ils contourneront l'Afrique et arriveront aux Indes à Calicut, l'ancienne Calcutta, en mai 1498.
    1906

    Le SOS est institutionnalisé

    Lors de la conférence international sur les signaux télégraphiques se tenant à Berlin, le S.O.S est adopté comme le signal radio de détresse universel. Il est choisi pour sa simplicité à la reproduire en morse : 3 points, 3 traits, 3 points.
    1928

    Le Boléro fait crier "au fou!"

     

    Sur une commande de la danseuse Ida Rubinstein, Ravel compose un morceau symphonique simple, une musique répétitive de 17 minutes. Selon ses propres dires, il n’accorde pas une grande valeur à cette partition… L’histoire ne dit pourtant pas quel sera son degré d’étonnement face au succès de cette œuvre dès la première, succès qui ne s’essoufflera pas de sitôt. Le Boléro sera en effet le titre de musique le plus joué de l’histoire. Pourtant, la légende rapporte que le compositeur aurait été amusé par l’anecdote affirmant qu’une auditrice a crié au fou en entendant son œuvre, jusqu’à affirmer : "celle-là, vois-tu, elle a compris".
    1943

    Indépendance du Liban

    Le Liban accède à l’indépendance lorsque le chrétien maronite Béchara El Khoury est relaché de prison. Défenseur de l’indépendance, il avait été élu président de la République. Bien qu’il soit théoriquement libre d’exercer librement son pouvoir, l’armée française reste en place. En août, il parvient à un accord avec le musulman sunnite Riad Solh, accord qui sera la base du pacte national de 1947. Le 22 novembre est depuis la date de la fête nationale.
    1963

    Assassinat de Kennedy

    En tournée à travers les Etats-Unis, le président John Fitzgerald Kennedy est abattu par trois coups de feu alors qu'il traversait le centre ville de Dallas dans une cadillac décapotable. Transporté en urgences à l'hôpital le président mourra 30 minutes plus tard. Le gouverneur du Texas, John Connaly, présent dans la voiture officielle est grièvement blessé. Mais il sortira indemne du Parkland Memorial Hospital de Dallas. Agé de 46 ans JFK n'aura gouverné que trois ans. Les circonstances et le mobile de son assassinat sont restés obscurs.
    1975

    Juan Carlos 1er monte sur le trône

    Deux jours après la mort de Franco, Juan Carlos est proclamé roi d’Espagne. Ce retour à la monarchie est également un retour à la démocratie. Juan Carlos décide en effet de défaire le régime dictatorial franquiste malgré l’opposition d’un certain nombre de conservateurs, notamment au sein de l’armée. Il nomme Adolfo Suárez pour préparer cette transition et privilégie l’unité nationale plutôt que la chasse aux dirigeants de l’ancien régime.
    2007

    Mort de Maurice Béjart

    Le danseur et chorégraphe Maurice Béjart décède à Lausanne à l’âge de 80 ans. Enseignant son art en Belgique depuis 20 ans, Béjart n’avait pour autant jamais cessé de mettre en scène. Ayant plus de 230 chorégraphies à son actif, il travaillait sur sa dernière création, "Le Tour du monde en 80 minutes".

     

    source: http://www.linternaute.com/histoire/jour/22/11/a/1/0/1/index.shtml

    2008

    Enterrement de mon père




     


  • R comme Résurrection

    Avoir la foi, est-ce que ça aide à supporter la douleur de la mort? Ou celle de la séparation?

    Croire en un au-delà où on reverra nos chers disparus, est-ce que ça soulage la souffrance?

  • 20 mots clés pour lui

    1. le sens du devoir
    2. et le travail bien fait
    3. la pudeur des sentiments
    4. et la modestie
    5. la recherche du consensus
    6. et la "paix des peuples"
    7. l'amour des sports, surtout ceux qu'on pratique avec une balle ou avec un ballon
    8. mais la crainte de l'eau
    9. le don du dessin
    10. et du mot juste
    11. les talents culinaires
    12. et la passion des vins
    13. le tourisme en France exclusivement
    14. et l'Ardèche en particulier
    15. l'humour
    16. et l'autodérision
    17. la tolérance
    18. mais des principes
    19. "le Roi, la loi, la liberté"
    20. A chacun son métier et les vaches seront bien gardées

  • le 20 on fait le bilan

    Deux ans jour pour jour que celui que j'appelais "l'homme de ma vie" est parti.

    Quatre jours que mon père est mort.

    Cela donne à l'expression "l'homme de ma vie" un goût très bizarre...

  • Question existentielle

    Pourquoi, dans le monde médical, certains se croient-ils obligés d'infantiliser le malade âgé? Pourquoi traiter le vieil homme malade comme s'il était un enfant de cinq ans? Pourquoi ce ton bêtifiant? Pourquoi parler de lui et ne pas s'adresser à lui?

    Ne sait-il pas mieux que tout le monde s'il a mal, s'il a soif, s'il a envie de faire pipi?

    Ne faut-il pas respecter ses volontés?

    Mon père avait "toute sa tête", nous entendait, nous voyait, était pleinement lucide.

    Certains semblent croire que le quotient intellectuel baisse à proportion que la maladie s'aggrave.

  • P comme père

    La mort du père, Roger Martin du Gard.

    Dans La mort du père, la sécurité se convertit en vide de l'esprit, absence de la pensée et abolition du futur:

    «Un vide, tout à coup se creuse à la place où, quelques minutes plus tôt, régnait cette sécurité sans laquelle vivre devient impossible; et ce vide est si soudain que tout l'équilibre est rompu. La lucidité même lui échappe: il ne parvient plus à réfléchir. L'intelligence humaine est si essentiellement nourrie du futur que, à l'instant où toute possibilité d'avenir se trouve abolie, lorsque chaque élan de l'esprit vient indistinctement buter contre la mort, il n'y a plus de pensée possible.»

  • O comme obiit

    Vénus Khoury Ghata         La voix des arbres            (extrait) 

     

    Qui a dit qu’il était mort
    On a simplement clos les volets de ses paupières
    et allumé un cierge pour rassurer son ombre
    Son nom gravé dans la pierre ?
    c’est pour apprendre aux oiseaux la dictée
    et ce trou de cimetière ?
    c’est pour compter les orteils du cyprès
    pour l’abriter puisqu’il pleut dans sa maison
    Qui parle d’enterrement ?
    Il a déménagé dans la terre
    pour percer avec un chardon.

  • L comme Léon

    Ce soir une ambulance est venu le chercher.

    Pourtant, il ne voulait à aucun prix aller dans une clinique. Il veut mourir chez lui.

    Mais tient-on compte de cela dans notre société?

    De ma vie je n'ai rien vu de plus pénible: j'ai vu mon père supplier ma mère de le ramener chez lui. Et j'ai vu ma mère lui dire "Non, ce n'est pas possible".

  • M comme modem

    Voilà, je suis dotée d'un nouvel ordi ET d'un nouveau modem.

    Et je suis bien contente que ça marche!

    Malheureusement j'ai pu constater ces derniers jours à quel point je suis accro. Accro aux mails, accro à des sites... Mais en fait, je le savais déjà.

    Dépendante aussi: plus de journal papier mais des quotidiens sur le net, plus de déplacements à la banque, tout à l'écran, les horaires des trains, les recettes de cuisine, les infos sur les musées, la liste est fort longue!

    Et que fait-on quand on est en panne d'internet? On redécouvre les plaisirs de la lecture ;-) hé oui, tout un bouquin par soirée!

  • J comme jeux d'enfants

    Au cours d'italien, notre prof nous a donné la consigne suivante: racontez et expliquez deux jeux que vous jouiez étant enfant. Des jeux d'extérieur, pas les cartes, la poupée ou le scrabble.

    A quoi est-ce que je jouais quand j'étais enfant?

    A la récré, on sautait à la corde ou à l'élastique. On jouait à la marelle et au chat perché. On faisait des rondes: on encerclait quelqu'un qu'on ne connaissait pas et on scandait: "Com-ment-tu-t'ap-pel-les?" Si la fillette encerclée ne répondait pas assez vite, on se moquait d'elle en scandant de plus belle: "Ma-de-moi-selle-Fri-ca-del-le", puis on allait embêter quelqu'un d'autre.

    Je sais, ça vole très haut.

  • I comme informatique

    Mon ordinateur menace de rendre l'âme. Depuis un certain temps déjà, je ne peux plus l'éteindre sous peine de voir apparaître ce laconique "operating system not found". La dernière fois que je l'ai éteint, c'était l'été dernier en raison d'une absence de huit jours.

    A mon retour de vacances, j'ai dû m'y reprendre plus de 36 fois pour le remettre en marche (je dis plus de 36 fois parce qu'à partir de la 36e fois, je n'ai plus compté).

    Bien évidemment, le laisser allumé en permanence n'est pas véritablement une option, j'en suis consciente. A quoi bon économiser le plus possible l'énergie à la maison si je laisse mon ordi allumé jour et nuit sept jours sur sept?

    Aujourd'hui c'est mon modem qui fait des siennes. La machine devient de plus en plus capricieuse et je crains fort qu'un de ces quatre matins elle ne réussisse plus à me donner une connexion.

    Ce qui veut dire qu'il me faut envisager sérieusement un investissement dans du nouveau matériel... pfff... Comment s'y retrouver dans la montagne d'offres de toutes sortes de modèles, de marques et de prix? 

  • H comme histoire

    Notre conférencière a tout de même effleuré aussi quelques points de l'histoire du chocolat.

    Au départ, au Mexique, chez les Mayas, la fève de cacao est utilisée non seulement en boisson fortifiante mais aussi comme monnaie d'échange. Les Toltèques et les Aztèques l'utilisent également.

    Colomb ne s'est pas du tout montré intéressé par le cacao. C'est Cortès qui l'a ramené en Espagne où il est devenu la boisson pharmaceutique de l'aristocratie.

    Il est arrivé en France au 17e siècle et en Belgique au 18e.

    C'est au Suisse Lindt qu'on doit "l'invention" du chocolat au lait, fait avec de la poudre de lait. On avait donc d'abord dû inventer la poudre de lait...

    Mais c'est en Belgique qu'a été inventée la "praline" dans le sens où nous l'utilisons encore aujourd'hui: Jean Neuhaus a inventé la praline et le ballotin qui va avec, en emballage.

    Pierre Marcolini, quant à lui, a décidé d'opérer un retour aux origines: il ne travaille plus à partir de chocolat de couverture tout prêt, comme le font presque tous les pâtissiers, confiseurs et 'praliniers', mais à partir de la fève.

  • G comme gastronomie chocolatée

    Chez Marcolini, à l'exemple de la classification des vins, on a établi celle-ci:

    - le "cru de propriété" est un chocolat issu uniquement des fèves achetées chez le producteur X et qui viennent de son pays, de sa région, de son domaine.

    - le "cru d'origine" est un chocolat dont les fèves proviennent d'une région bien déterminée. De la République Dominicaine, par exemple, puisque ce pays n'a que des coopératives.

    - le "blend" est un mélange, comme pour le whisky. Par exemple on va combiner un Forastero du Ghana avec un Criollo d'un autre pays.

    Mais il y a toute une éducation du public à faire!

    Pour le vin, même celui qui n'y connaît rien du tout sait qu'il y a des origines diverses, des classifications, des cépages très différents, des années moins bonnes ou meilleures... mais pour le chocolat? On ne connaît que les marques et trois couleurs. Avec ou sans noisettes.

  • F comme fève

    Le cacaoyer, nous apprend notre conférencière, fleurit tout le temps. Cette fleur est minuscule et se trouve à même le tronc. Mais deux fois par an il produit nettement plus de fruits.

    Ses fruits sont donc les cabosses. Elles peuvent peser de 300 grammes à un kilo. Au départ, elles sont vertes. Puis elles évoluent vers des couleurs variées, dans des tons de jaune, de rouge ou de brun.

    A l'intérieur de la cabosse on trouve le mucilage et les fèves. Le mucilage est un liquide blanc un peu visqueux et qui se boit. On le sert avec du rhum, avec du jus de citron...

    Les meilleures fèves, les plus fines et les plus rares, sont celles du Criollo. Ce qui fait qu'elles sont aussi les plus chères. De plus, le Criollo est - malheureusement - le plus sensible aux maladies. 

    Le Criollo se cultive en Amérique du Sud, à Java et à Madagascar. Il ne représente que 3% de la production mondiale. Cette fève est blanche au départ mais elle devient brune.

    Quant au chocolat que j'ai dans mon armoire (piiip, frrrcht frrrcht), il y a de fortes chances que ce soit un Forastero. C'est le plus robuste et il représente 80 à 85% de la production mondiale. C'est celui qui pousse aussi en Afrique.

    Passons rapidement sur le Nacional, un mutant de Forastero qui pousse en Equateur et ne représente lui non plus que 3% à peine de la production mondiale. Si j'ai bien compris ma conférencière, il aurait moins de valeur organoleptique. Or maintenant que nous nous piquons de déguster le chocolat comme un grand vin, nous ne voulons plus nous pencher que sur des découvertes intéressantes au niveau organoleptique, n'est-ce pas ;-)

    Enfin, il y a le Trinitario, un premier (seul et unique?) hybride de Criollo et de Forastero. Il pousse à Trinidad, vous l'aurez deviné. Sa fève est violet clair quand elle est fraîche.

    Je me permets donc de lancer un appel assez urgent à tous nos agronomes: penchez-vous sur la fève et son arbre magique! de grâce sauvez-nous de l'uniformisation!

  • 7 chocolats

    Si je devais choisir 7 chocolats parmi l'assortiment de pralines de Pierre Marcolini, lesquels est-ce que je prendrais?

    1.D'abord, il faudrait comparer les saveurs de la praline 'Cabosse' (mélange de fèves d'origines différentes, 64% cacao) et 'Caraïbe' (mélange de fèves d'origines différentes, 66% cacao).

    2.Ensuite sélectionner parmi les ganaches 'Equateur' (ganache cru d'origine d'Equateur, 72% cacao), 'Madagascar' (ganache cru d'origine de Madagascar, 72% cacao) et 'Vénézuela' (ganache cru d'origine du Vénézuela, 72% cacao)

    3.Se décider parmi les ganaches aromatisés entre le 'Java fondant' (ganache de Madagascar au café de Java), le 'Palet or fondant' (ganache amère à la vanille fraîche de Tahiti), le 'Thé fondant' (ganache amère au thé Earl Grey) et le 'Trianon fondant' (ganache amère caramélisé avec de la nougatine).

    4.Faire une sélection parmi les truffes 'Tonka' (truffe chocolat noir avec un caramel au beurre salé infusé à la Fève de Tonka), la 'Truffe du jour' (truffe Venezuela enrobée de poudre de cacao) et la 'Truffe brésilienne' (ganache amère enrobée d'un praliné aux amandes et de brisures d'amandes caramélisées).

    5.Choisir un palet: 'Violette'? (palet chocolat noir infusé à la violette) Ganache amère? Praliné ancien?

    6.Faire un tri sévère parmi les gourmandises comme les dragées au gianduja  'amande cacao' ou 'noisette cacao', les 'croustillants', 'rochers' et 'bouchées' confectionnés avec de la nougatine, des amandes, du chocolat fondant.

    7.Enfin, comment choisir parmi les 'Saveurs du Monde'? Chuao, Equateur, Ghana, Java, Madagascar, Trinidad, Vénézuela... quel voyage!

  • E comme étapes

    C'est incroyable le nombre d'étapes à franchir avant que ce fameux morceau de chocolat arrive sur notre langue.

    1.d'abord évidemment il y a l'arbre, le cacaoyer. Il vit une soixantaine d'années et produit à l'âge de six ans. A 20 ans, il est à son maximum. C'est assez humain, tout ça, finalement.

    2.ensuite il y a le fruit, la cabosse. Elle ne se garde qu'une quinzaine de jours. A la récolte on procède donc tout de suite à l'écabossage.

    3.les fèves doivent fermenter de 4 à 7 jours, puis on les fait sécher au soleil, à l'air libre, mais à l'abri des intempéries, pendant encore 4 à 7 jours.

    4.les fèves sont triées, calibrées et emballées dans des sacs de jute. C'est ainsi qu'elles arrivent chez les acheteurs.

    5.ici commence toute une série de transformations à faire dont la première est la torréfaction d'environ 30 minutes à 150°. Cette torréfaction va amplifier les arômes d'acidité et d'amertume qui font partie des saveurs fondamentales de la fève.

    5.les fèves torréfiées sont concassées pour en faire le 'grué'. La peau est enlevée et on obtient ainsi des 'éclats de cacao'.

    6.ce grué est broyé pour obtenir des microns les plus petits possibles, ce qu'on appelle la 'liqueur de cacao'

    7.on passe par un débactérisateur

    8.on passe encore par des broyeurs, d'abord à 3 puis à 5 cylindres

    9.on obtient la conche: on a ajouté la lécithine de soja, qui est le liant indispensable pour faire le chocolat, car il donne l'onctuosité.

    10.arrivé à ce stade-ci, vous disposez enfin de la matière première pour fabriquer votre chocolat. Donc si vous voulez connaître les étapes et les secrets de cette fabrication, demandez-le à Pierre Marcolini ;-)

    C'est ici: www.marcolini.be

     

  • D comme dégustation gastronomique

    A notre conférence sur le chocolat nous avons bien évidemment aussi l'aspect 'dégustation'. Mais n'allez pas croire que seules vos papilles gustatives jouissent!

    Il y a d'abord le plaisir des yeux. On admire la forme, la couleur, la brillance, bref l'aspect général du chocolat que l'on va déguster.

    Il y a le plaisir de l'ouïe au moment où on craque un morceau de chocolat et au moment où on le croque sous la dent; personnellement je jouis déjà en ouvrant l'armoire (piiiiip) et l'emballage (frrcht frrrcht).

    Il y a bien sûr l'odorat, même si on n'a pas l'habitude de se passer le chocolat sous le nez comme un verre de vin. Pourtant le chocolat développe lui aussi toutes sortes d'arômes, fruités, végétaux, floraux, grillés...

    Il y a le plaisir du toucher, le plaisir par exemple de le sentir résister sous la dent ou fondre tout doucement sur la langue et envelopper tout le palais...

    Enfin, il y a le plaisir du goût. Notre conférencière nous fait une véritable analyse organoleptique entre d'une part les cinq saveurs (astringent, sucré, salé, acide, amer) et d'autre part les 'flaveurs' qui nous viennent par voie nasale (les odeurs), rétronasale (les arômes) et buccale (les saveurs). De plus, au goût, nous avons encore des paramètres comme la longueur en bouche, l'agressivité, l'équilibre, la volupté...

    Nous pourrons à présent admirer, humer, croquer et déguster en toute connaissance de cause - et tous les sens en éveil - le criollo, le forastero, le nacional et le trinitario, que ce soit en fève, en grué ou en tablette!

    C'est beau la culture ;-)

     

  • C comme cabosse, cacao et chocolat

    Dans le cadre de la semaine du goût et du Slow Food, une petite conférence sur le chocolat, "De la fève à la tablette".

    Parlons d'abord de l'origine mexicaine du mot 'chocolat'.

    La conférencière m'apprend que le mot se compose de 'choco', qui veut dire 'bruit' et de 'alte', qui veut dire 'eau'.

    Dans ce cas-ci, il s'agit de l'eau bouillante dans laquelle on mettait le cacao qu'on fouettait (à grand bruit, apparemment) jusqu'à l'obtention d'une boisson tonifiante, le 'tchocolatl'.

    chocolatMexique

     

     

     

     

     

     

     

    Une boisson aux vertus thérapeutiques: encore aujourd'hui, quatre siècles plus tard, aucun chocolatomane ne dira le contraire.

     

  • B comme Bruxelles ma Belle

    J'étais à Bruxelles hier, Bruxelles ma belle, comme le chantait Dick Annegarn vers 1974:

    "Bruxelles, ma belle, je te rejoins bientôt (...)

    Bruxelles, attends-moi, j'arrive

    Bientôt je prends la dérive

    Michèle, te rappelles-tu la détresse

    De la kermesse de la gare du Midi? (...)

    Les néons, les Léons, les noms des gares

    Sublime décadence, la danse des panses

    Ministère de la bière, artère vers l'enfer

    Place de Brouckère

    Bruxelles, attends-moi, j'arrive

    Bientôt je prends la dérive

    Cruel duel, celui qui oppose

    Paris névrose et Bruxelles (...)"

    Moi j'aime Bruxelles, mais ça, je l'ai déjà dit ;-)

  • Adrienne et la divine providence

    Si je repense à ma grand-mère Adrienne, je dois donner raison à Voltaire: sa foi en la divine providence entraînait une vision fataliste du monde.

    En effet, à quoi bon? à quoi bon, si tout est écrit dans le grand livre là-haut, vouloir essayer de changer le cours des événements?

    Un peu Meursault, comme attitude: on ne change jamais de vie.

    Ce qui fait qu'Adrienne, alors que son mari grimpe un à un les échelons de l'échelle sociale, restera fidèle toute sa vie à la modeste maison de ses parents, à son quartier, à ses amies au patois si peu présentable dans un salon bourgeois.

    Pourquoi aller construire une belle maison dans un des nouveaux beaux quartiers de la ville, comme le désirait mon grand-père? "Je suis bien, ici, j'ai tout ce qu'il me faut dans cette maison et je connais tout le monde dans ce quartier. Est-ce que j'ai besoin d'une cuisine moderne? d'une salle de bains dernier cri?"

    Pourquoi cesser de fréquenter les amies du quartier et les échanger contre ces dames de la bourgeoisie? Que vaudrait leur amitié, d'ailleurs? Sur quoi serait-elle basée?

    Et la divine providence, dans tout ça? Et bien, si elle t'a fait naître dans ce quartier, si elle t'a mise à cette place, c'est que c'est la tienne. C'est là que tu dois cultiver ton jardin.

    Donc tout de même en accord avec Voltaire, finalement.

  • Le premier novembre

    Le premier novembre 1755, un tremblement de terre ravage Lisbonne: un raz-de-marée et un incendie détruisent presque complètement la ville et font environ 30000 morts. C'est l'occasion pour Voltaire de démontrer combien les philosophes "optimistes", tels Pope ou Leibniz, ont tort de présenter le malheur comme une chose minimale et nécessaire et d'affirmer que la divine providence n'a prévu en fait que notre bien.

    Où est Dieu, crions-nous, nous aussi, quand un grand malheur nous frappe. Où est la divine providence qui fait mourir un de mes meilleurs élèves de ce terrible cancer à 18 ans?

    Voici un extrait de sa préface au POÈME SUR LE DÉSASTRE DE LISBONNE

    OU EXAMEN DE CET AXIOME: TOUT EST BIEN.

    "(...) L’auteur du poème sur le Désastre de Lisbonne ne combat point l’illustre Pope, qu’il a toujours admiré et aimé: il pense comme lui sur presque tous les points; mais, pénétré des malheurs des hommes, il s’élève contre les abus qu’on peut faire de cet ancien axiome Tout est bien. Il adopte cette triste et plus ancienne vérité, reconnue de tous les hommes, qu’il y a du mal sur la terre; il avoue que le mot Tout est bien, pris dans un sens absolu et sans l’espérance d’un avenir, n’est qu’une insulte aux douleurs de notre vie. 

    Si, lorsque Lisbonne, Méquinez, Tétuan, et tant d’autres villes, furent englouties avec un si grand nombre de leurs habitants au mois de novembre 1755, des philosophes avaient crié aux malheureux qui échappaient à peine des ruines: « Tout est bien; les héritiers des morts augmenteront leurs fortunes; les maçons gagneront de l’argent a rebâtir des maisons; les bêtes se nourriront des cadavres enterrés dans les débris: c’est l’effet nécessaire des causes nécessaires; votre mal particulier n’est rien, vous contribuez au bien général »; un tel discours certainement eût été aussi cruel que le tremblement de terre a été funeste. Et voilà ce que dit l’auteur du poème sur le Désastre de Lisbonne.

    Il avoue donc avec toute la terre qu’il y a du mal sur la terre, ainsi que du bien; il avoue qu’aucun philosophe n’a pu jamais expliquer l’origine du mal moral et du mal physique; il avoue que Bayle, le plus grand dialecticien qui ait jamais écrit, n’a fait qu’apprendre à douter, et qu’il se combat lui-même: il avoue  qu’il y a autant de faiblesse dans les lumières de l’homme que de misères dans sa vie. Il expose tous les systèmes en peu de mots. Il dit que la révélation seule peut dénouer ce grand noeud, que tous les philosophes ont embrouillé; il dit que l’espérance d’un développement de notre être dans un nouvel ordre de choses peut seule consoler des malheurs présents, et que la bonté de la Providence est le seul asile auquel l’homme puisse recourir dans les ténèbres de sa raison, et dans les calamités de sa nature faible et mortelle. "

    Allez donc ici http://www.voltaire-integral.com/Html/09/13_Lisbonne.html si vous avez envie de lire le poème.

    Malheureusement, cela n'a pas plu à Jean-Jacques, qui n'a pas manqué de le faire savoir... Comme mon cri "où est Dieu" a reçu en réponse de certains: si ton élève est mort de ce cancer, c'est la faute des hommes et de leur pollution!

    LettreLisbonne

    Voyez cet extrait:

    "(...)Vous reprochez à Pope et à Leibniz d’insulter à nos maux en soutenant que tout est bien, et vous amplifiez tellement le tableau de nos misères que vous en aggravez le sentiment : au lieu de consolations que j’espérais, vous ne faites que m’affliger ; on dirait que vous craignez que je ne voie pas assez combien je suis malheureux, et vous croiriez, ce semble, me tranquilliser beaucoup en me prouvant que tout est mal.
      Ne vous y trompez pas, Monsieur, il arrive tout le contraire de ce que vous proposez. Cet optimisme que vous trouvez si cruel, me console pourtant dans les mêmes douleurs que vous me peignez comme insupportables. Le Poème de Pope adoucit mes maux, et me porte à la patience, le vôtre aigrit mes peines, m’excite au murmure, et m’ôtant tout hors une espérance ébranlée, il me réduit au désespoir. Dans cette étrange opposition qui règne entre ce que vous prouvez et ce que j’éprouve, clamez la perplexité qui m’agite, et dites-moi qui s’abuse du sentiment ou de la raison.
      « Homme, prends patience, me disent Pope et Leibnitz. Tes maux sont un effet nécessaire de ta nature, et de la constitution de cet univers. Si l’Être éternel n’ a pas mieux fait, c’est qu’il ne pouvait mieux faire. »
      Que me dit maintenant votre poème ? « Souffre à jamais, malheureux. S’il est un Dieu qui t’ait créé, sans doute il est tout-puissant ; il pouvait prévenir tous tes maux : n’espère donc jamais qu’ils finissent ; car on ne saurait voir pourquoi tu existes, si ce n’est pour souffrir et mourir. » Je ne sais ce qu’une pareille doctrine peut avoir de plus consolant que l’optimisme, et que la fatalité même : pour moi, j’avoue qu’elle me paraît plus cruelle encore que le manichéisme. Si l’embarras de l’origine du mal vous forçait d’altérer quelqu’une des perfections de Dieu, pourquoi justifier sa puissance aux dépends de sa bonté ? S’il faut choisir entre deux erreurs, j’aime encore mieux la première. (...)"

    Le débat est encore ouvert aujourd'hui: devons-nous nous occuper du présent et essayer d'améliorer nos conditions de vie sur cette terre, cultiver notre jardin...? ou est-ce précisément l'homme et sa volonté de 'progrès' qui sont à la base d'un grand nombre de ses malheurs?