• derniers jours

     En cherchant des infos je tombe sur un site perso où je trouve cette phrase-ci:

    "Les cinq derniers jours s'appellent les 'Sans-culottides'. " (voir http://membres.lycos.fr/numa/calrep.html)

    Il s'agit des derniers jours du calendrier républicain, invention qui ne cesse de me fasciner, principalement à cause de son absurdité.

    Cependant, les derniers jours de l'année républicaine ne sont pas les équivalents de nos derniers jours de décembre, puisque la république a décidé que l'année commencerait et finirait à l'équinoxe d'automne, donc le 21-22 septembre.

    Plus loin sur cette même page on peut lire ceci:

    "Le 7 fructidor an III (24 août 1794), par décret, la Convention ordonne que les derniers jours de l'année républicaine portent le nom de 'jours complémentaires', au lieu de celui de 'sans-culottides'. "

    Ce qui m'amène à ma deuxième source de fascination pour ce calendrier: la créativité lexicologique. Je cite encore:

    "En mémoire de la Révolution qui après quatre ans, a conduit la France au gouvernement républicain, la période bissextile de quatre ans est appelée la Franciade."

    Et tout cela (sans rire!) "doit porter à la fois et l'empreinte des lumières de la nation et le caractère de notre Révolution, par son exactitude, sa simplicité, et par son dégagement de toute opinion qui ne serait point avouée par la raison et la philosophie".

    Admirable, en effet, de simplicité! et très sincèrement dénué de tout lien avec une quelconque idéologie! 

  • zzzzzzzzzzzzzzz

    Grosse fatigue. Sommeil. Envie de dormir.

    Pas envie de travailler.

    Gros rhume.

    Nez qui coule, yeux qui coulent.

    Nez qui pique, rouge, irrité.

    Froid dehors. Pas envie de sortir.

    Gorge qui pique, desséchée.

    Envie de coin de feu, de fauteuil, de plaid, de boisson chaude.

     

  • Y comme Yvonne

    Chaque jeudi et chaque dimanche, je vins demander des nouvelles d'Yvonne de Galais, jusqu'au soir où, convalescente enfin, elle me fit prier d'entrer. Je la trouvai, assise auprès du feu, dans le salon dont la grande fenêtre basse donnait sur la terre et les bois. Elle n'était point pâle comme je l'avais imaginé, mais tout enfiévrée, au contraire, avec de vives taches rouges sous les yeux, et dans un état d'agitation extrême. Bien qu'elle parût très faible encore, elle s'était habillée comme pour sortir. Elle parlait peu, mais elle disait chaque phrase avec une animation extraordinaire, comme si elle eût voulu se persuader à elle-même que le bonheur n'était pas évanoui encore... Je n'ai pas gardé le souvenir de ce que nous avons dit. Je me rappelle seulement que j'en vins à demander avec hésitation quand Meaulnes serait de retour.

    "
    Je ne sais pas quand il reviendra", répondit-elle vivement.

    Il y avait une supplication dans ses yeux, et je me gardai d'en demander davantage.

    Alain-Fournier, Le Grand Meaulnes, LdP1000, p.202-203 

  • X pour le père, X pour les enfants, X pour les Saints-Innocents

    Visite d'une de mes nièces. Elle a 28 ans et est célibataire. Elle vit en Colombie où elle travaille dans l'humanitaire.

    Séance photos: la petite ville colombienne où elle partage une maison avec d'autres, des plantations (illégales) de palmiers, quelques restes de forêts (à protéger), des familles de paysans sans cesse menacés d'expulsion et d'autres formes de violences.

    Beaucoup d'enfants souriants. En guenilles, mais souriants. Un pauvre toit, un hamac et un peu de riz, mais souriants. Qui jouent à se tenir en équilibre sur deux demi-boîtes de conserve maintenues par une corde.

    Alors elle parle de ses enfants à elle. Des enfants qu'elle aura, un jour. Elle n'en doute pas.

    Elle a 28 ans, elle en aura 29 en février, elle n'a pas d'homme dans sa vie, elle fait en Colombie un travail très dangereux (d'autres ont été assassinés) mais elle parle avec tellement de conviction des enfants qu'elle aura un jour que je joue le jeu moi aussi et qu'on discute de la question de savoir si sa soeur, présente à notre débat, serait une bonne marraine pour son premier bébé :-)

    C'est beau la jeunesse.

  • W comme Wagon de train

    Train de Bruxelles, un soir en cette période de Noël. Public légèrement différent. Moins de lecteurs, plus d'enfants.

    Beaucoup sont en route pour une visite à la famille. Ou en reviennent. Une très jeune femme avec une petite fille de deux ans monte au premier arrêt. Elle est exténuée. Elle porte sa fille et trois gros sacs. La petite a d'adorables bouclettes blondes mais elle est remuante, exigeante, fatiguée aussi. Ses nouveaux jouets ne l'intéressent pas beaucoup, elle préfère se balader dans le compartiment. J'admire cette maman qui continue l'éducation de sa fille malgré tous nos regards et les pleurs de la petite quand elle n'obtient pas ce qu'elle veut.

    Un jeune couple dans le coin parle une langue étrangère. C'est du roumain: je l'entends bien quand l'homme est à son GSM et dicte un numéro de téléphone, je reconnais les chiffres. Alors bien sûr je pense à mon amie Violeta. D'ailleurs je pense à elle chaque fois que je suis dans un train. Peut-être qu'une autre fois je raconterai le rapport entre mon amie Violeta et les trains ;-)

  • V comme Voeux

    Vu sur un forum la semaine dernière: "Envoyez-vous encore des cartes de voeux?"

    Je suis sidérée par la valeur zéro des arguments donnés par ceux, très nombreux, qui répondent négativement:

    1.il y a ceux qui disent tout bonnement qu'ils sont trop paresseux: "Je suis trop fainéant", écrit un homme qui a la quarantaine. D'autres écrivent: "pas le courage de m'y mettre", "quelle corvée!", "l'envie me manque" etc. C'est beau!

    2.des gens qui envoient une bonne dizaine de posts par jour (au minimum!) sur ce forum déclarent qu'ils n'envoient pas de cartes parce qu'ils n'aiment pas écrire!? Ils ne semblent pas se rendre compte du ridicule de cette contradiction.

    3.un argument largement repris est une sorte de cercle vicieux: "Je n'écris pas parce que ce qui s'écrit sur ces cartes est beaucoup trop superficiel." Et bien, on n'a qu'à commencer soi-même par faire l'effort d'écrire quelque chose de personnel, de senti?

    4.même genre de raisonnement chez ceux qui disent que ces voeux sont hypocrites. Personnellement, j'envoie des cartes à des gens que j'aime ou que j'estime: où est l'hypocrisie?

    5.encore plus fort: "Je n'écris pas", dit une dame, "parce que tout le monde sait bien que tous ces voeux ne se réaliseront pas." Elle donne en exemple les voeux de "bonne santé": celui à qui je souhaite une bonne santé tombera malade tout de même! Un autre renchérit: on souhaite du bonheur aux gens, mais ils n'atteindront pas ce bonheur. Formidable, n'est-ce pas? Ne souhaitons donc plus rien de bien aux gens, de toute façon on mourra tous un jour.

    6.et pour terminer, l'argument qui se détruit lui-même: "Dire aux gens qu'on les aime, pourquoi le faire précisément en cette période de l'année? Nous avons 365 jours pour le faire." C'est évident! faisons-le chaque fois que l'occasion se présente. Mais Noël et nouvel an, ce sont aussi des occasions de le faire. Personne ne prétend qu'elles sont les seules.

    Je souhaite une bonne année 2009 à tous mes lecteurs, même si je n'en connais que deux ;-)

     

  • U comme Urbi et Orbi

    Quand j'étais petite, je croyais très fort à la magie de Noël et à la paix sur la terre.

    Pour le repas de réveillon, ma grand-mère Adrienne "ouvrait" le grand salon-salle à manger qui ne servait presque jamais. Le menu était tout à fait traditionnel mais cela ne gênait personne, au contraire, les huîtres et la dinde faisaient autant partie du rituel de la fête que la messe de minuit.

    Par contre, chez ma grand-mère Adrienne, il n'y avait ni crèche, ni sapin. Et pourtant, toute sa maison était imprégnée de cette ambiance si spéciale que les films américains qu'on nous montre ces jours-ci essayent de recréer à grand renfort de lumière tamisée sur fond de jingle bells au coin de l'âtre.

    Et le jour de Noël nous étions de nouveau réunis autour de sa table. Mais d'abord il y avait la télé, à midi tapante, pour la bénédiction "Urbi et Orbi" du pape à Rome, qui à l'époque n'était pas encore aussi polyglotte.

    Aujourd'hui quand je tape "Urbi et Orbi" et "Noël 2008" dans google.fr je tombe sur une publicité pour un hôtel à Rome.

  • T comme tout va très bien

    Puisqu'on n'a pas le droit de se lamenter, remettons cette petite musique et chantons en choeur avec Ray Ventura et ses Collégiens
    http://fr.youtube.com/watch?v=EHRPwipKJA4&feature=related
    Tout va très bien, madame la Marquise!
    - Allô, allô, James, quelles nouvelles?
    Absente depuis quinze jours,
    Au bout du fil je vous appelle:
    Que trouverai-je à mon retour ?

    - Tout va très bien, madame la Marquise!
    Tout va très bien, tout va très bien!
    Pourtant il faut, il faut que l'on vous dise
    On déplore un tout petit rien...
    Un incident, une bêtise,
    La mort de votre jument grise
    Mais à part ça, Madame la Marquise
    Tout va très bien, tout va très bien!
    - Allô, allô, Martin, quelles nouvelles?
    Ma jument grise, morte aujourd'hui?
    Expliquez-moi, cocher fidèle,
    Comment cela s'est-il produit ?
    - Cela n'est rien, madame la Marquise!
    Cela n'est rien, tout va très bien! 
    Pourtant il faut, il faut que l'on vous dise
    On déplore un tout petit rien...
    Elle a péri dans l'incendie
    Qui détruisit vos écuries
    Mais à part ça, madame la Marquise
    Tout va très bien, tout va très bien !
    - Allô, allô, Pascal, quelles nouvelles?
    Mes écuries ont donc brûlé?
    Expliquez-moi, mon chef modèle,
    Comment cela s'est-il passé?

    - Cela n'est rien, madame la Marquise,
    Cela n'est rien, tout va très bien!
    Pourtant il faut, il faut que l'on vous dise
    On déplore un tout petit rien...
    Si l'écurie brûla Madame,
    C'est qu'le château était en flamme,
    Mais à part ça, madame la Marquise
    Tout va très bien, tout va très bien!
    - Allô, allô, Lucas, quelles nouvelles?
    Notre château est donc détruit?
    Expliquez-moi car je chancelle !
    Comment cela s'est-il produit ?

    - Eh! bien voilà, madame la Marquise,
    Apprenant qu'il était ruiné
    A peine fut-il rev'nu de sa surprise
    Que Monsieur l'Marquis s'est suicidé!
    Et c'est en ramassant la pelle
    Qu'il renversa toutes les chandelles
    Mettant le feu à tout l'château
    Qui s'consuma de bas en haut
    Le vent soufflant sur l'incendie,
    Le propagea sur l'écurie
    Et c'est ainsi qu'en un moment
    On vit périr votre jument
    Mais à part ça, madame la Marquise,
    Tout va très bien, tout va très bien !
  • Stupeur et tremblements de blogueuse

    A la recherche d'une recette de homard à la catalane pour le réveillon de Noël, je constate une fois de plus que le plagiat est roi dans la blogosphère. Principalement, me semble-t-il, dans le domaine culinaire.

    D'abord, par le hasard des méandres de google.fr, je tombe sur ceci: http://www.pecherie.fr/recette-21-Homard%20%C3%A0%20la%20catalane.html

    En cherchant une variante - parce qu'à mon idée le homard à la catalane se fait avec des tomates et pas seulement avec des poivrons rouges - j'arrive ici: http://www.perpignansurweb.com/modules/smartsection/makepdf.php?itemid=117 , posté le 28 janvier 2007 et absolument identique à la recette de la Pêcherie.

    Un peu plus loin, je trouve une recette encore une fois textuellement pareille, mais postée le 24 octobre 2005... peut-être qu'ici je tiens l'originale? http://www.premiumwanadoo.com/charlyprimeur/article.php3?id_article=139 

    Je ne découvre finalement qu'une seule autre version,avec pain, chocolat, amandes, xérès etc. ici: http://cuisine.planete.qc.ca/recettes/websiteview/category_fruitsdemer/id_24980/ et ici: http://latablefamiliale.skynetblogs.be/archive-day/20081217 qui n'a été postée que tout récemment, le 17 décembre 2008.

    Je trouve indécent et trop facile de faire un blog cuisine avec des compilations de recettes trouvées ailleurs et reprises telles quelles.

    Désolée, le plagiat, c'est du vol, de la malhonnêteté. Grmbldidju!

  • 22 décembre 1894

    Le 22 décembre 1894, le capitaine Alfred Dreyfus est condamné au bagne à perpétuité.

    Il ne sera réhabilité qu'en 1906.

    On a honte pour la justice et l'armée françaises quand on relit ce dossier...

    voir par exemple http://www.linternaute.com/histoire/affaire_dreyfus/191/a/1/1/3/

  • R comme Rusalka

    Ce mois-ci, j'ai vu Rusalka à la Monnaie dans une mise en scène de Stefan Herheim.

    De Rusalka, je ne connaissais que vaguement l'histoire (genre Petite Sirène de Hans Christian Andersen) et le fameux air à la lune qu'on trouve en différentes versions sur Youtube. Une mise en scène complètement éloignée du conte de fées ne m'indispose donc pas.

    Mais en fait, malgré l'originalité du point de vue de Herheim, tous les éléments du conte sont présents - même l'élément aquatique! Et surtout, tout se tient: "ça colle".

    Le décor contribue aussi largement au plaisir visuel: le bar qui nous plonge dans l'univers du voyeurisme à la Edward Hopper, la maison à l'avant-plan qui semble tout droit sortie d'une des rues de Saint-Josse, la bouche de métro, l'église en briques rouges, le saule pleureur...

    Lisez cette critique: http://www.lalibre.be/culture/musique/article/465784/rusalka-retour-a-la-case-trottoir.html et aussi celle-ci http://www.lesoir.be/culture/scenes/opera-la-monnaie-cree-rusalka-2008-12-08-671807.shtml

    hopper_nighthawks

    Edward Hopper. 1942. Nighthawks

  • Le bilan du 20

    Un mois que mon père est décédé.

    Le père, celui qui sait tout faire. De beaux dessins, de la bonne cuisine. Celui qui sait tout expliquer. Le sens des mots, le pourquoi et le comment des choses. Celui qui en vacances vous fait découvrir le fin fond de la France, l'une région après l'autre, et mieux que la plupart des natifs. La petite fille que j'étais admirait son papa.

    Le père, c'est aussi celui qui a les réponses définitives et le dernier mot. Celui à qui on demande encore conseil même quand on a soi-même cinquante ans. Celui dont l'approbation reste si importante.

    Chaque fois qu'on me disait que je lui ressemblais cela me rendait heureuse et fière.

    père.jpg

     

     

     

     

     

    mon père dans sa cuisine, à 80 ans

  • A quoi ça tient, le bonheur?

    Début novembre, je suis en visite chez une amie. Elle est une de ces femmes dont on dit qu'elle a tout pour être heureuse. Elle est jeune, elle est belle, elle est intelligente. Elle a une famille aimante et son couple est solide. Elle est passionnée par son travail et elle y est appréciée. Elle a une petite fille de bientôt trois ans qui est resplendissante de santé et fort éveillée pour son âge. Et un petit garçon qui n'a pas un an mais qui est tout sourire et qui sait déjà si bien cajoler sa maman.

    Je la revois un mois plus tard et tout ce joli tableau s'est écroulé: on a découvert chez le petit garçon un "défaut génétique" grave et chez elle un mal qui demande une opération d'urgence et qui aura des conséquences irréversibles. 

    Je pense à elle tout le temps et je me demande comment elle sortira de l'épreuve. Et surtout comment se comportera son grand brun ténébreux de mari...

  • P comme Panique? Pas de Panique!

    Dimanche, des amis qui devaient venir prendre le café l'après-midi sont arrivés vers 11.30 h. J'ai juste eu le temps de mettre une bouteille au frais pour improviser un apéro. Et après? et bien, heureusement que les congélateurs ont été inventés et que j'avais fait les courses en grand la veille, ce qui m'a permis de leur faire tout un repas, comme s'ils avaient effectivement été attendus pour un menu en trois services ;-)

    Lundi je casse mes lunettes. Je suis myope et n'ai pas de paire en réserve. J'ai juste des lunettes de soleil qui sont aussi des lunettes de vue, mais avec ce temps gris, ce brouillard persistant, et la nuit qui tombe vers 16.30 h, les verres solaires ne sont pas d'un réel secours. Heureusement, ma bagnole et moi, on connaît la route. Et si tout va bien, j'aurai ma nouvelle paire de lunettes d'ici une dizaine de jours...

    Mercredi, en rentrant du travail, je vois une souris qui trottine dans le salon. Mille pensées me traversent l'esprit en un éclair (et surtout la question encore restée sans réponse jusqu'à ce jour: comment et par où est-elle entrée ici?). Heureusement la solution immédiate est toute proche: mon matou Pipo Rossi qui avait justement l'intention de faire une sieste au garage a été invité à entrer au salon et dans la minute même il a croqué la visiteuse. Ni fleurs ni couronnes.

    pipo.jpg

    voici une photo du nemrod de service, le bien nommé Pipo Rossi ;-)

  • Oui

    Oui aux bougies et à la jolie table. On ira au jardin chercher du lierre, du houx, du sapin... on verra ce qu'on trouve et ce qui nous inspire.

    Oui au repas préparé avec amour, au petit cadeau choisi avec soin. Comme le dit Brillat-Savarin dans ses Aphorismes:

    X.- Ceux qui s’indigèrent ou qui s’enivrent ne savent ni boire ni manger.

    XVIII.- Celui qui reçoit ses amis et ne donne aucun soin personnel au repas qui leur est préparé n’est pas digne d’avoir des amis.

    Oui aux chants de Noël, musique sacrée ou cantiques traditionnels. On chantera 'Il est né le divin enfant' et 'Maria die zoude naar Bethlehem gaan' même si on ne connaît plus toutes les paroles.

    Oui à l'ambiance calme et coin de feu, un bon verre et une bonne conversation.

    XX.- Convier quelqu’un, c’est se charger de son bonheur pendant tout le temps qu’il est sous votre toit.

  • N comme non

    Non à tous ces pères Noël qui surgissent de partout dès (et même avant) le mois de décembre, ceux qui envahissent les publicités et les magasins, les 'vrais', les 'faux', les jeunes en baskets, ceux qui sont du sexe féminin, ceux en miniature qui se balancent le long des façades, accrochés aux fenêtres ou aux cheminées... ça frise le ridicule dans les quartiers où chaque maison a le sien.

    Non à ces maisons et jardins aussi illuminés que les grands boulevards touristiques de Las Vegas, non au mauvais goût et à la surenchère, non à tout ce qui n'est pas dans l'esprit de Noël

    noel

     

  • M comme mère

    Je ne sais pas ce que valent ces tests d'un point de vue strictement scientifique, mais je peux tout à fait me reconnaître dans le résultat obtenu (voir www.psychologies.com). Par contre, ça ne me console pas du tout.

    EN REVOLTE AVEC VOTRE MERE


    Ses paroles, ses attitudes, ses jugements, beaucoup des aspects de la personnalité de votre mère, vous révoltent. Mais êtes-vous vraiment en révolte contre votre mère ou souhaitez-vous l'être sans y parvenir ? Car vous l'aimez sincèrement, même si vous ne savez pas comment lui exprimer votre amour. Vous discutez, vous bagarrez ou fuyez sa présence pour éviter de vous sentir dévalorisée. Rancœur, agressivité, vous vous opposez à elle autant par orgueil que par peur d'être dévorée. Vous refusez aussi de la sublimer, de baser votre relation avec elle sur ses bons côtés, et de laisser dans l'ombre ses aspects négatifs.

    Déçue, humiliée peut-être, incomprise sûrement, vous avez besoin de ne pas l'accepter pour vous sentir libre, ayant votre propre valeur, donc existant. Revendicatrice, vous la rejetez pour avoir la possibilité de vous exprimer. En lui reprochant, sinon votre naissance, au moins vos jeunes années, et de vous sentir souvent frustrée par sa sévérité ou son indifférence.

    Votre rêve : vivre dans un autre monde que le sien. La forte personnalité de votre mère vous a toujours paru faire barrage à votre épanouissement. La seule solution : exprimer la vôtre, qui ne l'est pas moins, pour intégrer des notions de tolérance dans votre relation affective. Seule votre vie, vos activités et l'idéal que vous vous êtes fixé, doivent vous préoccuper. Bien s'entendre avec sa mère est parfois impossible. Les mères qu'on appelle "bouffeuses d'énergie" existent. Les jeux sont faits pendant l'enfance ou l'adolescence souvent. Être en révolte contre sa mère peut émaner de nombreuses raisons, toujours individuelles, à partir de petits traumatismes ou de très grands, non cicatrisés.

    Cette révolte génère toujours en contrepartie une forte personnalité en réponse à celle de la mère, et l'équilibre obtenu en prenant ses distances avec elle est souvent salutaire. En préférant vous défendre de ce que vous impose votre mère, de ce que vous trouvez insupportable ou immotivé, mais en respectant son image, puisqu'elle vous a donné la vie, sans regretter une symbiose impossible, vous avez certainement raison.

    En prenant les éléments d'affection qu'elle vous donne, et en cherchant dans la réalité tous ceux qui vous sont nécessaires et que vous n'obtenez pas d'elle, en laissant aussi espace et temps entre vous deux, pour restreindre vos relations quand vous en souffrez, vous avez également raison.

    Vos choix ne sont pas les plus mauvais.

     

  • L comme lire et liste de questions pour les lecteurs

    Chez Antigone, ce questionnaire... Peut-être saura-t-il vous inspirer?

    Plutôt corne ou marque-page? Uniquement marque-page, de toutes sortes, une vieille liste de courses, une lettre ou une carte postale, une facture, n'importe quoi. Mais jamais au grand jamais je n'ai écorné un livre et ça me désole de voir que d'autres le font... comme si cela pouvait faire mal au livre.

    As-tu déjà reçu un livre en cadeau? Oui bien sûr! Beaucoup de gens savent que j'adore la lecture. C'est d'ailleurs intéressant de voir quels sont les livres que d'autres pensent me convenir, me plaire... Quand j'étais enfant et adolescente, je suggérais les titres qui me feraient plaisir mais je recevais rarement un livre: ma mère considérait que la lecture était une perte de temps et ma grand-mère préférait les "cadeaux utiles".

    Lis-tu dans ton bain? Jamais de la vie! J'aurais bien trop peur de l'abîmer (voir plus haut pour les marque-page). D'autant plus que le plus grand nombre des livres que je lis ne m'appartiennent pas: ils viennent de la bibliothèque municipale ou ce sont des lectures coups de coeur qui m'ont été prêtées par des amis... donc on en porte le plus grand soin.

    As-tu déjà pensé à écrire un livre? Très souvent. Et je l'ai fait aussi ;-) Vers mes dix à douze ans j'ai écrit une histoire dans le genre de celles que je lisais à l'époque: Le club des cinq, d'Enid Blyton. Nombre de mes lectures me donnent l'idée d'un livre à moi. Annie Saumont, avec La place, pour ne citer que celui-là. Mais il y en a d'autres.

    Que penses-tu des séries en plusieurs tomes? C'est peut-être bizarre pour quelqu'un qui aime tant lire, et qui dévore avec plaisir les plus gros pavés, mais je ne me souviens pas d'avoir lu des livres en plusieurs tomes. J'avoue à ma grande honte que je n'ai terminé ni A la recherche du temps perdu, ni Les Thibault. Pourtant j'en ai apprécié le ou les tomes que j'en ai lus.

    As-tu un livre culte? Pas vraiment. Mais il y a ceux que je relis et que je fais lire à beaucoup d'autres, comme Oscar et la dame rose, d'Eric-Emmanuel Schmitt, ou Les identités meurtrières, d'Amin Maalouf, et ceux que je connais presque par coeur, comme Le petit prince de St-Exupéry et l'Etranger de Camus.

    Aimes-tu relire? Cela m'arrive pour des livres que j'ai lus il y a très longtemps et que je veux revoir avec le regard que j'ai aujourd'hui. En fait, les premières lectures "sérieuses" que j'ai faites entre mes 16 et 18 à 20 ans demandent une relecture.

    Rencontrer ou ne pas rencontrer les auteurs des livres qu'on a aimés? C'est une idée qui m'attire et me fait peur à la fois; la crainte d'être déçue par la personne de l'écrivain me retient.

    Aimes-tu parler de tes lectures? C'est très intéressant de partager ses coups de coeur avec d'autres grands lecteurs. C'est souvent de cette manière que j'ai trouvé mes plus belles lectures.

    Comment choisis-tu tes livres? Par tous les moyens imaginables: à la bibliothèque ou en librairie, prendre le livre en main, le feuilleter, picorer quelques lignes ici et là... c'est une activité qui peut m'occuper des heures; écouter les conseils des amis lecteurs; lire des critiques de livres.

    Une lecture inavouable? Les soirs de déprime j'ai bien envie de me remonter le moral avec une lecture à l'eau de rose. J'ai ainsi dévoré les Delly et Max Du Veuzit d'une grand-tante...

    Des endroits préférés où lire? Le canapé, le train, les salles d'attente...

    Un livre idéal pour toi serait: Parfois une lecture me plaît tant que tout en dévorant le livre je souhaite qu'il ne finisse jamais...

    Lire par-dessus l'épaule? J'évite de le faire, même si souvent ça me tente, parce que moi-même je déteste qu'on me le fasse. Mais je m'intéresse à ce que les autres lisent, et dans le train, par exemple, j'essaie de voir au moins le titre ou le nom de l'auteur...

    Télé, jeux vidéos ou livre: peu de télé mais beaucoup l'ordinateur...

    Lire et manger? Non, toujours cette peur d'abîmer, de salir... Et d'ailleurs je suis tellement prise par ma lecture que j'oublie mon thé qui refroidit.

    Lecture en musique, en silence, peu importe? Peu importe puisque quand je lis, je n'entends plus rien.

    Lire un livre électronique? Je préfère la version papier, qu'on peut lire couchée et emporter dans son sac, mais j'ai souvent été contente de trouver des versions numériques. Pourtant je n'aime pas lire un livre à l'écran et mon souci d'écologie m'interdit d'imprimer :-)

    Une petite manie livresque: J'ai toujours plusieurs livres de style différent en route et je passe de l'un à l'autre.

    La question en plus, de Lucie du Clavier bien tempéré. Lire des biographies? J'en lis parfois, ces derniers temps, c'est donc assez nouveau pour moi. Biographie réelle ou fausse autobio, comme l'Autoportrait de Van Eyck, d'Elisabeth Bélorgey ou le Roman de monsieur de Molière de Boulgakov.

    Ma question en plus: Comment promouvoir les littératures francophones? En lisant le blog de Lucie (Le Clavier bien tempéré) je me rends compte qu'ici nous ne connaissons pas du tout les auteurs canadiens. Il en est sûrement de même ailleurs pour les auteurs belges, camerounais, etc. Quel dommage!

    Alors, à qui le tour ?

    Il suffit de copier-coller les questions et d'ajouter une question en plus à chaque fois.

  • K comme kilomètres

    Pour m'encourager, me stimuler, me motiver, je note le nombre de kilomètres que je parcours sur mon petit vélo (170, ce mois-ci) et les longueurs que je fais à la piscine (484, donc plus de 12 kilomètres).

    Ne riez pas, il faut un début à tout.

    D'ailleurs je remonte en selle tout de suite.

  • Jeter ou garder

    Peut-on jeter des lettres? celles où un homme qui ne vous aime plus vous jurait de vous aimer toujours?

    Peut-on jeter des livres? ceux qui ont pris de mauvaises odeurs? ceux auxquels il manque une ou deux pages? ceux auxquels personne n'a touché depuis plus de vingt ans?

    Peut-on jeter des objets? un saint Antoine dont ma grand-mère Adrienne était si fière parce qu'il venait d'une aïeule? ou ces premiers cadeaux reçus de l'homme de ma vie et qui est sorti de ma vie?

    Jeter, ce n'est pas seulement nettoyer l'espace, c'est aussi se nettoyer la tête d'un tas de souvenirs et d'attaches.

  • I comme invitation

    Invitations à recommencer à vivre:

    - repas chez les G***: on a parlé de tout mais pas de nos malheurs et on s'est séparés des heures plus tard, très satisfaits des uns, des autres, et de nous-mêmes ;-)

    - journée avec V***: on associe le C de la culture (une superbe exposition de tapisseries flamandes à Gand, voir ici http://users.telenet.be/geertW/Site%20Wandtapijten/Home.html) au C de la conversation heureuse, car mon amie V***, après quelques années de galère, est enceinte

    - une après-midi avec A*** pour faire la connaissance du nouvel homme de sa vie, qui n'est pas si nouveau que ça, en fait, puisqu'en réalité il a aussi été son premier amour...

    ... la roue tourne.

  • H comme le hasard n'existe pas

    Une illustration du hasard, Le lait de la mort, une nouvelle de Marguerite Yourcenar du recueil Nouvelles orientales (1938) et qu'on peut trouver en divers endroits sur internet:

    Ils étaient trois frères et ils travaillaient à construire une tour, d’où ils pussent guetter les pillards turcs. Ils s’étaient attelés eux-mêmes à l’ouvrage, soit que la main d’œuvre fut rare, ou chère, ou qu’en bons paysans, ils ne se fiassent qu’à leurs propres bras, et leurs femmes venaient tour à tour leur apporter à manger. Mais chaque fois qu’ils réussissaient à mener assez bien leur travail pour placer un bouquet d’herbes sur la toiture, les vents de la nuit et les sorcières de la montagne renversaient leur tour comme Dieu fit crouler Babel.
    Il y a bien des raisons pour qu’une tour ne se tienne pas debout, et l’on peut inculper la maladresse des ouvriers, le mauvais vouloir du terrain, ou l’insuffisance du ciment qui lie les pierres. Mais les paysans serbes, albanais ou bulgares ne reconnaissent à ce désastre qu’une seule cause : ils savent qu’un édifice s’effondre, si l’on n’a pas pris soin d’enfermer dans son soubassement un homme ou une femme dont le squelette soutiendra jusqu’au jour du Jugement Dernier cette pesante chair de pierres.
    Les trois frères commençaient à se regarder avec méfiance et prenaient soin de ne pas projeter leur ombre sur le mur inachevé, car on peut, faute de mieux, enfermer dans une bâtisse en construction, ce noir prolongement de l’homme qui est peut-être son âme, et celui dont l’ombre est ainsi prisonnière meurt comme un malheureux atteint d’un chagrin d’amour.
    Le soir, donc, chacun des trois frères s’asseyait le plus loin possible du feu, de peur que quelqu’un ne s’approche silencieusement par derrière, ne jette un sac de toile sur son ombre et ne l’emporte à demi étranglée, comme un pigeon noir.
    Leur ardeur au travail mollissait et l’angoisse et non plus la fatigue, baignait de sueur leurs fronts bruns.

    Un jour enfin, l’aîné des frères réunit autour de lui ses cadets et leur dit :
    -Petits frères, frères par le sang, le lait et le baptême, si notre tour reste inachevée, les Turcs se glisseront de nouveau sur les berges de ce lac, dissimulés derrière des roseaux. Ils violeront nos filles de ferme, ils brûleront dans nos champs la promesse du pain futur, ils crucifieront nos paysans aux épouvantails dressés dans nos vergers et qui se transformeront ainsi en appâts pour corbeaux.
    Mes petits frères, nous avons besoin les uns des autres ; et il n’est pas question pour le trèfle de sacrifier une de ses trois feuilles.
    Mais nous avons chacun une femme jeune et vigoureuse, dont les épaules et la belle nuque sont habituées à porter des fardeaux. Ne décidons rien, mes frères, laissons le choix au hasard, cet homme de paille de Dieu.
    Demain à l’aube, nous saisirons pour emmurer dans les fondations de la tour, celle de nos femmes qui viendra ce jour-là nous porter à manger.
    Je ne vous demande qu’un silence d’une nuit, ô mes puinés, et n’embrassons pas avec trop de larmes et de soupirs celle qui, après tout, a deux chances sur trois de respirer encore au soleil couchant.
    Il lui était facile de parler ainsi, car il détestait en secret sa jeune femme, et voulait s’en débarrasser pour prendre à sa place une belle fille grecque qui avait les cheveux roux. Le second frère n’éleva pas d’objection, car il comptait bien prévenir sa femme dès son retour, et le seul qui protesta fut le cadet, car il avait l’habitude de tenir ses serments.
    Attendri par la magnanimité de ses aînés, qui renonçaient en faveur de l’œuvre commune à ce qu’ils avaient de plus cher au monde, il finit par se laisser convaincre et promit de se taire toute la nuit.

    Ils rentrèrent au camp, à cette heure du crépuscule où le fantôme de la lumière morte hante encore les champs. Le second frère regagna sa tente de fort méchante humeur et ordonna rudement à sa femme de l’aider à ôter ses bottes. Quand elle fut accroupie devant lui il lui jeta ses chaussures en plein visage et déclara :
    - Voici huit jours que je porte la même chemise et dimanche viendra sans que je puisse me parer de linge blanc; maudite fainéante, demain, dès la pointe du jour, tu iras au lac avec un panier de linge, tu y resteras jusqu’à la nuit entre la brosse et ton battoir . Si tu t'en éloignes de l’épaisseur d’une semelle, tu en mourras.
    Et la jeune femme promit en tremblant de consacrer la journée du lendemain à la lessive..

    L’aîné rentra chez lui, bien décidé à ne rien dire à sa ménagère dont les baisers l’excédaient et dont il n’appréciait plus la pesante beauté. Mais il avait une faiblesse : il parlait en rêve. L’opulente matrone albanaise ne dormit pas cette nuit-là, car elle se demandait en quoi elle avait pu déplaire à son seigneur. Soudain, elle entendit son mari grommeler en tirant à lui la couverture :
    -    Cher cœur, cher petit cœur de moi-même, tu seras bientôt veuf. Comme on sera tranquille séparé de la noiraude par les bonnes briques de la tour…

    Mais le cadet rentra dans sa tente, pâle et résigné comme un homme qui a rencontré  sur la route la Mort elle-même, sa faux sur l’épaule, s’en allant faire sa moisson. Il embrassa son enfant dans son berceau d’osier, prit tendrement sa jeune femme dans ses bras et toute la nuit, elle l’entendit pleurer contre son cœur. Mais la discrète jeune femme ne lui demanda pas la cause de ce grand chagrin, car elle ne voulait pas l’obliger à des confidences et elle n’avait pas besoin de savoir quelles étaient ses peines pour essayer de les consoler.

    Le lendemain les trois frères prirent leurs pioches et leurs marteaux et partirent dans la direction de la tour. La femme du second frère prépara son panier de linge et alla s’agenouiller devant la femme du frère aîné :
    -Soeur, dit-elle, chère sœur, c’est mon jour d’apporter à manger aux hommes mais mon mari m’a ordonné sous peine de mort de laver ses chemises de toile blanche, et ma corbeille en est toute pleine.
    -Sœur, chère sœur, dit la femme du frère aîné, j’irais de grand cœur porter à manger à nos hommes, mais un démon s’est glissé cette nuit à l’intérieur de l’une de mes dents….Hou, hou, hou, je ne suis bonne qu’à crier de douleur…
    Et elle frappa dans ses mains sans cérémonies, pour appeler la femme du cadet :
    -Femme de notre frère cadet, chère petite femme du puîné, va-t-en à notre place porter à manger à nos hommes, car la route est longue, nos pieds sont las et nous sommes moins jeunes et moins légères que toi. Va, chère petite et nous remplirons ton panier de bonnes choses pour que nos hommes t’accueillent avec un sourire, Messagère qui leur ôtera leur faim.
    Et le panier fut rempli de poisson du lac confits dans le miel et de raisins de Corinthe, de riz enveloppé dans des feuilles de vigne, de fromage de brebis et de gâteaux aux amandes salées.
    La jeune femme remit tendrement son enfant entre les mains de ses deux belles-sœurs, et s’en alla le long de la route, seule, avec son fardeau sur la tête et son destin autour du cou, comme une médaille bénite, invisible à tous, sur laquelle Dieu lui-même  aurait inscrit à quel genre de mort elle était destinée et à quelle place dans son ciel.

    Quand les trois hommes l’aperçurent de loin, petite figure encore indistincte, ils coururent à elle, les deux premiers inquiets du bon succès de leur stratagème et le plus jeune priant Dieu. L’aîné ravala un blasphème en découvrant que ce n’était pas sa noiraude et le second remercia le seigneur à haute voix d’avoir épargné sa lavandière. Mais le cadet s’agenouilla, entourant de ses bras les hanches de la jeune femme et en gémissant lui demanda pardon. Ensuite, il se traîna aux pieds de ses frères et les supplia d’avoir pitié. Enfin, il se releva et fit briller au soleil l’acier de son couteau. Un coup de marteau sur la nuque le jeta pantelant sur le bord du chemin.
    La jeune femme épouvantée avait laissé choir son panier et les victuailles dispersées allèrent réjouir les chiens du troupeau. Quand elle comprit de quoi il s’agissait elle tendit les mains vers le ciel :
    "Frères à qui je n’ai jamais manqué, frères par l’anneau des noces et la bénédiction du prêtre, ne me faites pas mourir, mais prévenez plutôt mon père qui est le chef de clan dans les montagnes et il vous procurera mille servantes que vous pourrez sacrifier. Ne me tuez pas, j’aime tant la vie. Ne mettez pas entre mon bien-aimé et moi l’épaisseur de la pierre."
    Mais brusquement elle se tut, car elle aperçut que son jeune mari, étendu au bord de la route, ne remuait pas les paupières et que ses cheveux noirs étaient salis de cervelle et de sang.. Alors, elle se laissa, sans cris et sans larmes conduire par les deux frères jusqu’à la niche creusée dans la muraille ronde de la tour : puisqu’elle allait mourir elle-même, elle pouvait s’épargner de pleurer.
    Mais au moment où l’on posait les premières briques devant ses pieds chaussés de sandales rouges, elle se souvint de son enfant qui avait l’habitude de mordiller ses souliers comme un jeune chien folâtre. Des larmes chaudes roulèrent le long de ses joues et vinrent se mêler au ciment que la truelle égalisait sur la pierre :
    - Hélas ! mes petits pieds, dit-elle, vous ne me porterez plus jusqu’au sommet de la colline afin de présenter plus tôt mon corps au regard de mon bien-aimé. Vous ne connaîtrez plus la fraîcheur de l’eau courante : seuls les Anges vous laveront au matin de la Résurrection.
    L’assemblage de briques et de pierres s’éleva jusqu’à ses genoux couverts de son jupon doré. Toute droite au fond de sa niche, elle avait l’air d’une Marie debout derrière son autel.
    - Adieu, mes chers genoux, dit la jeune femme, vous ne bercerez plus mon enfant ; assise sous le bel arbre du verger qui donne à la fois l’aliment et l’ombrage, je ne vous remplirai plus de fruits bons à manger.
    Le mur s’éleva un peu plus haut et la jeune femme continua :
    -Adieu mes chères petites mains qui pendez le long de mon corps, mains qui ne cuirez plus le repas, mains qui ne tordrez plus la laine, mains qui ne vous nouerez plus autour du bien-aimé. Adieu mes hanches, et toi, mon ventre qui ne connaîtrez plus l’enfantement ni l’amour. Petits enfants que j’aurais pu mettre au monde, petits frères que je n’ai pas eu le temps de donner à mon fils unique, vous me tiendrez compagnie dans cette prison qui me sert de tombe et où je resterai debout, sans sommeil, jusqu’au jour du Jugement Dernier.
    Le mur de pierre atteignait sa poitrine. Alors un frisson parcourut le haut du corps de la jeune femme et ses yeux suppliants eurent un regard au geste de deux mains tendues.
    - Beaux-frères, dit-elle, par égard pour moi, et pour votre frère mort, songez à mon enfant et ne le laissez pas mourir de faim. Ne murez pas ma poitrine, mes frères, mais que mes deux seins restent accessibles sous ma chemise brodée, et que tous les jours, on m’apporte mon enfant à l’aube, à midi et au crépuscule. Tant qu’il me restera quelques gouttes de vie, elles descendront jusqu’au bout de mes seins pour nourrir l’enfant que j’ai mis au monde, et le jour où je n’aurai plus de lait, il boira mon âme. Consentez, méchants frères et si vous faites ainsi, mon cher mari et moi, nous ne vous adresserons pas de reproches, le jour où nous vous rencontrerons chez Dieu.

    Les frères intimidés consentirent à satisfaire ce dernier vœu et ménagèrent un intervalle de deux briques à la hauteur des seins. Alors la jeune femme murmura :
    - Frères chéris, placez vos briques devant ma bouche, car les baisers des morts font peur aux vivants, mais laissez une fente devant mes yeux, afin que je puisse voir si mon lait profite à mon enfant.
    Ils firent comme elle l’avait dit et une fente horizontale fut ménagée à la hauteur des yeux. Au crépuscule, à l’heure où sa mère avait coutume de l’allaiter, on apporta l’enfant le long de la route poussiéreuse, bordée d’arbustes bas broutés par les chèvres  et la suppliciée salua le nourrisson par des cris de joie et des bénédictions adressées aux deux frères. Des flots de lait coulèrent de ses seins durs et tièdes et quand l’enfant fait de la même substance que son cœur se fut endormi contre sa poitrine, elle chanta d’une voix qu’amortissait le mur de briques.
     Dès que son nourrisson se fut détaché de son sein, elle ordonna qu’on le ramenât au campement pour dormir, mais toute la nuit la tendre mélopée s’éleva sous les étoiles et cette berceuse chantée à distance suffisait pour l’empêcher de pleurer.
    Le lendemain elle ne chantait plus et ce fut d’une voix faible qu’elle demanda comment Vania avait passé la nuit. Le jour qui suivit, elle se tut, mais elle respirait encore, car ses seins habités par son haleine, montaient et redescendaient imperceptiblement dans leur cage.
    Quelques jours plus tard son souffle alla rejoindre sa voix, mais ses seins immobiles n’avaient rien perdu de leur douce abondance de sources et l’enfant endormi au creux de sa poitrine entendait encore son cœur... Puis ce cœur, si bien accordé à la vie espaça ses battements. Ses yeux languissants s’éteignirent comme le reflet des étoiles dans une citerne sans eau, et l’on ne vit plus à travers la fente  que deux prunelles vitreuses qui ne regardaient plus le ciel. Ces prunelles à leur tour se liquéfièrent et laissèrent place à deux orbites creuses au fond desquelles on percevait la mort, mais la jeune poitrine demeurait intacte et pendant deux ans, à l’aurore, à midi et au crépuscule, le jaillissement miraculeux continua jusqu’à ce que l’enfant sevré se détournât de lui-même du sein. Alors seulement la gorge épuisée s’effrita et il n’y eut plus sur le rebord des briques qu’une pincée de cendres blanches. Pendant des siècles les mères attendries vinrent suivre du doigt le long de la brique roussie les rigoles tracées par le lait merveilleux, puis la tour elle-même disparut et le poids des voûtes cessa de s’appesantir sur ce léger squelette de femme. Enfin les os fragiles eux-mêmes se dispersèrent et il ne reste plus ici qu’un vieil homme grillé par cette chaleur d’enfer, qui rabâche au premier venu cette histoire digne d’inspirer aux poètes autant de larmes que celle d’Andromaque.

    MARGUERITE YOURCENAR

  • Garder ou jeter?

    Grands changements, décès et déménagement, on est obligé de faire le tri. Que va-t-on garder? Que va-t-on jeter?

    Je garde les vieilles photos, même celles avec les bébés nus inconnus? Je garde les vieux chapeaux, même ceux qui sont trop grands ou trop petits?

    Je garde ce petit cahier d'écolier que mon père a rempli de sa fine écriture quand il était à l'école de tissage? Je garde ces gros agendas qu'il emportait toujours en vacances et où il notait scrupuleusement chaque itinéraire touristique, chaque kilomètre parcouru, chaque restaurant où il avait mangé, chaque plat, chaque vin, et même le prix que ça avait coûté?

    Et de mon propre passé, que vais-je garder? Et surtout: pourquoi?

  • F comme flânerie festive

    Deux jours à Bruxelles qui me font l'effet de bonnes petites vacances.

    Flâner dans une ou deux rues commerçantes pour un peu de lèche-vitrines. Du noir, un peu de rouge et de violet, voilà tout ce que l'on nous propose en cette période de l'année.

    Filer à une ou deux expositions, samedi les très belles photos de Guy Focant qui montrent les "Cent merveilles de Wallonie" (voir http://www.agenda.be/fr/Event/186085/cent-merveilles-de-wallonie.rvb) et dimanche une excellente exposition "Océanie, signes de rites, symboles d'autorité" à l'espace ING (voir http://www.ing.be/about/showdoc.jsp?docid=326919_FR&menopt=iso%7Cexo&lang=fr)

    Film "Bienvenue chez les Ch'tis" à l'Actor's Studio, 45 places dans la salle 3, huit spectateurs à la séance de 15.30 h, tout le monde l'a déjà vu, semble-t-il, mais ça n'empêche pas la dame à côté de moi de rire à grand bruit du début à la fin.

    Fin repas au bar à huîtres "Eb en Vloed", près de la place Sainte-Catherine, petit menu à 25 euros avec un carpaccio de Saint-Jacques parfumé à la truffe, un filet de biche et un dessert au chocolat.

    Finale festive à la Monnaie avec une formidable représentation de l'opéra de Dvořák, Rusalka (voir http://www.lamonnaie.be/demunt-1.0/index.jsp?language=FR)

    rusalka

     

  • les 7 couleurs de l'arc-en-ciel

    L'arc-en-ciel comporte-t-il bien 7 couleurs? Ou est-ce plutôt six ou huit, comme le disent certains?

    Pour moi, la réponse trouvée sur Wikipédia me satisfait:

    "Au sens strict, l'arc-en-ciel contient une infinité de couleurs. Le spectre lumineux, dont la décomposition est entraînée par la réfraction, est en effet continu, ce qui signifie qu'il n'y a pas de frontière claire entre les couleurs, celles-ci ayant été « délimitées » par les hommes.

    Cependant, on considère habituellement en Occident qu'il est composé de sept ou huit couleurs : rouge, orange, jaune, vert, bleu, indigo et violet. En réalité, l'indigo ne correspond qu'à une très étroite bande du spectre visible, on ne peut ainsi en général pas le distinguer dans un arc-en-ciel. La décomposition habituelle en sept couleurs tient surtout au fait que le nombre sept est considéré de manière très positive dans la culture occidentale.

    Mais lors de ses expériences Newton dénombre bien sept couleurs à travers son prisme (ouvrage Optiks) et il y a bien là une bande étroite d'indigo. Les couleurs primaires et secondaires définies ne sont pas dues à la composition de la nature mais à celle de l'homme. Les cônes (composants sous forme neuronales de la rétine), qui contiennent des pigments sensibles à une couleur définie, existent sous trois sortes chez l'homme : une pour le rouge, une pour le vert et une pour le bleu, d'où nos couleurs primaires."

    C'est beau la culture...

    Lien permanent Catégories : 7 0 commentaire
  • E comme école, élèves et enseignement

    C’est bien, quand ça sonne, d’entendre « déjà ? »

    C’est bien quand ils vous prêtent un livre que vous ne connaissez pas, c’est bien les élèves qui font découvrir des livres

    C’est bien quand ils demandent un dictionnaire.

    C’est bien quand on se dépêche de finir pour avoir une chanson avant la sonnerie.

    C’est bien quand ils remarquent que vous avez l’air pas bien quand aucun collègue n’a rien vu.

    C’est bien quand il fait beau et sec le jour de l’exercice incendie.

    C’est bien le silence après un beau poème.

    C’est bien le participe passé du verbe avoir qui s’accorde en genre et en nombre avec le COD s’il est devant le verbe.

    C’est bien de dire des bêtises grâce à son ordinateur !

    Mais c’est pas bien, d’écrire bêtement des bêtises au lieu de corriger des tas de copies qui s’entassent !

    D'près C'est bien de Philippe Delerm

  • D comme débandade

    Débandade

    Désarroi

    Docteur

    Dix de tension

    Deuil

  • C comme chaos

    Chaos dans ma tête

    payer deux fois la même facture de l'électricité

    oublier oublier oublier des papiers, des anniversaires, des rendez-vous

    perdre mon portefeuille

    Chaos Chagrin Consolation

  • B comme baignade

    Ce qui m'étonne toujours à la piscine, c'est le nombre de gens qui vient là pour papoter en maillot et bonnet de bain. Mais apparemment pas pour nager.

    Des vieilles dames surtout, mais aussi des messieurs, des jeunes mamans, des ados...

    Les jeunes mamans ont l'excuse qu'elles sont là pour surveiller les petits, les ados que c'est pour être sortis de chez eux et reluquer les filles...

    Mais les vieilles dames?

  • A comme Adrienne

    Choses qui me font penser à Adrienne

    Allumer le poêle en septembre

    Boire un café l'après-midi

    Coudre un bouton ou un ourlet

    Dire une de ses petites phrases

    Employer un mot de dialecte

    Foncer un moule à tarte et le piquer à la fourchette

    Glisser sur une marche et se faire des hématomes

    Honorer père, mère, beau-père, belle-mère, mari, fille... sans rien attendre en retour