• Y comme Yvonne

    YVONNE, PRINCESSE DE BOURGOGNE de Philippe Boesmans

    Une sublime métamorphose de la laideur, écrit Caroline Alexander dans son article du 27 janvier 2009 paru ici http://www.webthea.com/actualites/?YVONNE-PRINCESSE-DE-BOURGOGNE-de,1781 
    Les représentations à l'opéra Garnier sont terminées depuis longtemps (depuis le 8 février 2009), mais je vous avais promis de vous tenir au courant des critiques. Elles sont toutes positives, en voici donc une:
     

    La création d’un nouvel opéra fait toujours l’événement. Celle du dernier ouvrage de Philippe Boesmans, auteur de quelques mémorables réussites, était attendue comme le Messie. Il n’a pas déçu et même s’il n’a pas apporté la paix dans le monde, du moins son Yvonne princesse de Bourgogne a-t-elle apporté la paix à l’Opéra National de Paris qui lui en avait passé commande : l’accueil du public et des professionnels au Palais Garnier fut pour une fois unanime. Ce samedi 24 janvier 2009, ils savaient qu’ils assistaient à la naissance d’une grande œuvre ! La musique de notre temps au service d’une histoire intemporelle.

    Dans le huis clos de la musique dite contemporaine et plus particulièrement celui de l’opéra, le belge Philippe Boesmans est un cas à part. Son premier opus lyrique, La Passion de Gilles, fut créé à la Monnaie de Bruxelles en 1983 à la demande de Gérard Mortier qui en était alors le directeur. Après ce ballon d’essai accueilli mi-figue mi raisin, le musicien désormais installé « en résidence » dans la maison d’opéra bruxelloise (il le restera jusqu’en 2007), allait, d’opéra en opéra, voler de succès en succès. Reigen/La Ronde d’après Schnitzler, Wintermärschen/Un conte d’hiver d’après Shakespeare, Julie d’après Mademoiselle Julie de Strindberg firent le tour des grandes scènes européennes et continuent de nourrir de nombreux programmes.

    Trois mises en musique de pièces de théâtre, trois collaborations serrées avec le metteur en scène Luc Bondy, à la fois sur l’écriture des livrets et les réalisations scéniques. Quand le même Gérard Mortier, qui a la fidélité chevillée au corps, prit la tête de l’Opéra National de Paris, il passa une nouvelle commande à son talentueux compatriote. Cette fois en coproduction avec les Wiener Festwochen, le festival viennois que préside Luc Bondy et, bien entendu, la Monnaie de Bruxelles.

    Sujet trouble, oeuvre troublante

    L’auteur de base cette fois est le romancier et dramaturge Witold Gombrowicz (1904-1969) dont Yvonne princesse de Bourgogne, sa première pièce, secoua bien des imaginaires quand elle fut créée en France par Jorge Lavelli en 1965. Sujet trouble, œuvre troublante, la pièce est régulièrement reprise et montée en France par des metteurs en scène de renom (Jacques Rosner, Philippe Adrien, Yves Beaunesne).

    Dans un royaume aussi chimérique que la Pologne du père Ubu, le prince Philippe, fils du roi Ignace, aime jouer les provocateurs et défier les bonnes manières de la cour. Ainsi, il croise en promenade une laideron à ce point repoussante qu’elle provoque sur son passage ricanements et lazzis de toutes sortes, il décide aussitôt de l’épouser. On croit à une bonne blague mais le fanfaron princier veut pousser jusqu’au bout sa facétie d’enfant gâté. Yvonne, la molle, l’apathique, la muette, est installée au palais et sa présence insolite, le rayonnement hors norme qui se dégage de son regard et de son corps, renvoie chacun et chacune à ses frustrations les plus inavouées. Il ne restera dès lors qu’à trouver la recette du crime parfait de s’en débarrasser…

    En ricochets sur les hoquets

    Concentré sur l’essentiel, le livret de Luc Bondy est d’une totale fidélité au texte original de Gombrowicz, tous les personnages sont présents jusqu’au valet qui se fait renvoyer à chaque apparition et qui ne dit pas un mot. La musique de Boesmans accompagne, rehausse, commente, aigrelette par-ci, guillerette par-là, toujours en situation, avec des envolées sèches de pur sérialisme et des retombées quasi romantiques, jusqu’au silence en écho, si l’on peut dire, à la hargne engendrée par le mutisme de l’héroïne. Pathétique quand l’Innocent clame son amour pour la disgracieuse fiancée princière, en bulles sombre pour faire crépiter les crises de fou rire, en ricochet sur les hoquets de la reine, en plénitude pour la grande aria de celle-ci au troisième acte, véritable numéro de voltige où les aigus et les graves font des montagnes russes avec secousses. Ce dont Mireille Delunsch, blonde souveraine en bigoudis, s’acquitte avec autant de punch que d’humour.

    Une musique savante étrangement familière

    Boesmans compose une musique savante étrangement familière. Il ne cite aucun de ses aînés mais en est imprégné. On peut y décrypter des résonances à la Richard Strauss, des réminiscences de Berg, des respirations de Janacek. Ceux-là et quelques autres ont manifestement mis son inspiration en appétit, mais il les a digérés, accommodés, ressuscités dans un langage qui n’appartient qu’à lui, ludique et virtuose, empreint à la fois de bonhomie, d’humour et de chaleur humaine.

    La mise en scène de Bondy traque les personnages jusque dans leurs secrets, Ignace le roi bling-bling en survêtement de cuir rouge ou pantoufles dorées fait la roue pour faire jeune et branché (Paul Gay baryton dandy parfait de suffisance) le prince, jeune roquet dépassé par les événements qu’il déclenche (Yann Beuron le poil en bataille, le jeu fou fou et la voix toujours admirablement projetée), le chambellan sentencieux de Victor von Halem, l’Innocent déchirant de Guillaume Antoine. Et, menant tout ce petit monde surfait par la force de son inertie, la comédienne allemande Dörté Lyssewski, regard vide, corps désarticulé, démarche claudicante les pieds en dedans, prodigieusement magnétique.

    Les hauts murs chers au décorateur Richard Peduzzi enferment cette cour des miracles bon chic bon genre entre baie vitrée, volée d’escalier et cloisons capitonnées, les coiffures en tourelles et les costumes hilarants de Milena Canonero, les lumières de Dominique Bruguière : tout est pesé et soupesé, tiré au cordeau, pour la plus grande réjouissance de l’œil. Et pour l’oreille les musiciens du Klangforum de Vienne, aguerris aux musiques d’aujourd’hui, répondent à la précision quasi chirurgicale des battues de Sylvain Cambreling, l’homme qui suit la carrière de Philippe Boesmans depuis ses premières portées.

    A signaler, le passage à l’amphithéâtre Bastille, pour trois représentations, de Reigen/La Ronde, dans la version de chambre pour 22 instruments orchestrée par Fabrizio Cassol. Une production des Hollandais de l’Opera Studio Nederland, mise en scène par Harry Kupfer et dirigée par Winfried Maczewski.

    Yvonne, princesse de Bourgogne de Philippe Boesmans, livret de Luc Bondy et Marie-Louise Bischofsberger, d’après Witold Gombrowicz. Orchestre du Klangforum Wien, direction Sylvain Cambreling, ensemble Les jeunes Solistes, direction Rachid Safir, mise en scène Luc Bondy, décors Richard Peduzzi, costumes Milena Canonero, lumières Dominique Bruguière. Avec Dörte Lyssewski, Yann Beuron, Paul Gay, Mireille Delunsch, Victor von Halem, Hannah Esther Minutillo, Guillaume Antoine, Jason Bridges, Jean-Luc Ballestra.

    Opéra National de Paris, palais Garnier, les 24, 28, 30, janvier, 3, 5 février à 19h30, les 1er et 8 février à 14h30.

    Reigen/La Ronde de Philippe Boesmans - Amphithéâtre Bastille, les 17, 18, 19 février à 20h

    08 92 89 90 90 – www.operadeparis.fr

    YvonneprincessedeBourgogne

     
     
  • M comme mouche

    L'été dernier, j'avais été fascinée par le tableau de la Madonna alla Pergola, une vierge 'in umiltà' de Detti dont j'ai parlé sur ce blog le 5 septembre 2008. J'ai raconté en détail comment la mouche peinte sur le bras de l'enfant Jésus m'a fait réfléchir et mieux regarder ce tableau, pour y rester finalement des heures.

    Depuis, je suis à la recherche d'autres mouches ;-)

    Et j'en ai trouvé une sur un tableau de Giorgio Schiavone, qui est également exposé à Bozar (Da Van Dijck a Bellotto)

    schiavone

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    La mouche se trouve sur le dos de l'angelot en bas à gauche, une de ces grosses mouches qu'on préfère ne pas voir se promener dans la cuisine sur notre plan de travail ou autour des plats qui se trouvent sur la table... la mouche, donc, qui réfère à la putréfaction et à la mort.

     

  • J comme J'écoute donc J'apprends donc je suis Jeune?

    Je mets la télé sur la RAI pendant que je tapote sur ce clavier et j'espère que ce flot de paroles (toutes plus italiennes et plus véloces les unes que les autres) pénètre mon cerveau et y laissera quelques traces. Buonasera a tutti! dirai-je avec l'accent des présentateurs de la RAI en pénétrant dans un bar florentin le mois prochain.

    Je me persuade en même temps que je fais moi aussi du 'multitasking', comme paraît-il font les djeunes d'aujourd'hui avec la plus déconcertante facilité. En tout cas c'est ce que m'a dit samedi matin mon copain Y*** qui sait de quoi il parle puisqu'il a, dit-il, deux jeunes spécialistes du multitasking à la maison...

    Alors je m'entraîne du même coup à être jeune: un oeil sur la télé, un autre sur l'ordi, une oreille tournée vers le parlare italiano et l'autre vers le ronron de la machine à pain.

    Torniamo dopo una pagina di pubblicità

    mangiareaalitaliana

  • I comme iconographie

    J'ai longtemps cru que les oeuvres modernes étaient plus difficiles à décrypter que les anciennes. Apparemment, je me trompais.

    D'une part parce que les oeuvres modernes s'inscrivent dans une tradition et qu'on y reconnaît souvent des "clins d'oeil" vers le passé et les "grands maîtres". Souvent aussi quelques mots d'explication suffisent à vous faire saisir l'ensemble ou le message. Parfois même l'artiste est encore là et vous pouvez lui poser vos questions.

    D'autre part, je me rends de plus en plus compte que les oeuvres du passé sont un foisonnement de symboles iconographiques et de références de toutes sortes, picturales, bibliques, mythologiques etc.

    Je m'en suis rendu compte une première fois en faisant visiter notre musée des Beaux-Arts (Bruxelles) à un ami sud-américain. Chaque tableau l'interpellait: "Mais de quoi ça parle?" et je devais lui raconter ... : l'épreuve du feu dans la Justice d'Otton (de Dirk Bouts) ou le cadre historique de la domination espagnole dans la peinture que Brueghel a faite du Massacre des Saints-Innocents

    Pareil pour nos enfants, nos élèves: que voient-ils, que comprennent-ils à tous ces tableaux anciens, à ces scènes bibliques, eux qui ne reçoivent souvent plus d'éducation religieuse, à ces scènes mythologiques, eux qui ne font souvent plus de latin? Comment pouvons-nous supposer qu'ils reconnaissent un dieu de l'Olympe? un saint à l'instrument de sa torture? alors que dire des scènes représentées...

    Moi aussi j'en apprends encore à chaque visite de musée. Par exemple pour ce tableau-ci, Les trois enfants de Charles d'Angleterre, peint par Van Dijck en 1635 et qu'on peut également voir à la très belle expo Da Van Dijck a Bellotto:

    vandijck

    Les notes explicatives affichées près du tableau et les commentaires des guides de l'expo m'ont donné encore quelques clés supplémentaires:

    • à gauche, le fils aîné: il est en rouge parce que c'est la couleur du fils héritier du trône. Le chien à ses côtés symbolise la fidélité et l'obéissance. L'enfant est encore "en jupes", les garçons ne quittaient ce vêtement "féminin" que vers l'âge de sept ans
    • au centre, la petite fille: les roses dans ses cheveux et à ses pieds font référence à celles du jardin à l'arrière-plan et symbolisent le bonheur
    • à droite le petit dernier tient une pomme, symbole de fécondité

    Ce tableau, dit la guide, devait rassurer tante Isabelle: sa petite soeur Catherine est heureuse avec son Charles d'Angleterre, la petite famille se porte bien ;-)

    Seulement voilà, en vérifiant les dates, je constate que le tableau a été peint en 1635 et que tante Isabelle meurt en 1633 et papa Charles en 1630!

  • H comme heure bleue

    J'admire ce moment du jour où les couleurs sont à la fois plus profondes, plus chaudes et plus fondues, entre la fin du jour et le début de la nuit, et qu'on appelle l'heure bleue...

    C'est une heure incertaine, c'est une heure entre deux
    Où le ciel n'est pas gris même quand le ciel pleut

    dit Françoise Hardy dans sa chanson du même nom.

    On peut trouver sur le web un grand nombre de belles photos toutes plus bleues les unes que les autres mais je ne vous les copie-collerai pas ici, elles sont sûrement la propriété de leurs auteurs, et moi-même ne suis pas encore assez experte pour en prendre... ni assez patiente ;-)

  • G comme Gaudenzio Ferrari

    Ce qu'il y a de bien à des expos comme celle Da Van Dijck a Bellotto, c'est qu'elle vous fait aussi découvrir de nouveaux noms. Comme par exemple Gaudenzio Ferrari, peintre de la contre-réforme. Admirez plutôt:

    GaudenzioFerrari

    Quelle foule à cette Crucifixion de 1513! Des femmes, des enfants, des vieillards, des cavaliers, des apôtres et quelques autres témoins, des anges qui volettent tout autour... des bras, des jambes, des chevaux, des moutons, de grands gestes théâtraux et un Christ qui défie toutes les lois de la pesanteur.

  • F comme fables, fadaises et fariboles

    Mercredi dernier, je suis allée voir l'expo Da Van Dijck a Bellotto. L'après-midi était réservée aux profs désireux de visiter l'expo avant d'y emmener des élèves. Moyennannt quelques euros, on pouvait suivre une visite guidée, mais je préfère admirer  à mon propre rythme, m'arrêter où je veux et surtout très souvent revenir en arrière...

    Alors les différents guides, je les ai entendus par bribes et par morceaux.

    C'est ainsi que j'ai appris que Claude Gellée, dit le Lorrain, est l'inventeur de la pâte feuilletée!

    Vérification faite, Claude Gellée a bien eu une formation de pâtissier, mais arrivé à Rome auprès du peintre Agostino Tassi il a abandonné les gâteaux pour la peinture et à un si jeune âge que j'ai les plus gros doutes sur cette paternité.

    Voilà ce que je reproche le plus aux guides: pour faire joli, ils vous racontent "la petite histoire" et une fois la visite terminée, c'est celle-là que vous aurez probablement le mieux retenue.

    Et du tableau ci-dessous, l'Aurore, la guide n'aura finalement rien dit...

    claudegellée

  • 7 bonnes raisons

    Beaucoup de gens me déclarent folle de vouloir rester ici, dans ma petite rue du bout du monde, dans ma campagnes retirée, "sur mon île déserte".

    Moi-même j'y réfléchis aussi pas mal: pourquoi est-ce que je veux rester ici?

    1. pour la beauté de la nature, les bois, les prés, les ruisseaux, les oiseaux, les hérissons, ... qui m'apporte un tel sentiment de paix et de bien-être
    2. pour le calme, l'espace, le silence, le bon air qui me font respirer mieux dès que je rentre chez moi, même après les plus sublimes vacances en Italie
    3. pour le confort de la maison, où j'ai tout ce qu'il me faut, une cuisine bien équipée, une jolie salle de bains, un grand séjour, une cave, des greniers et plein d'armoires
    4. pour mes chats, qui n'apprécieraient sûrement pas d'être enfermés dans un appartement et qui se feraient écraser si on vivait près d'une route (ici on s'arrête pour eux)
    5. pour mes gentils voisins et notre petit groupe de bénévoles qui s'entêtent à sauvegarder ce "trou de verdure"
    6. pour les légumes de mon jardin et les mûres de la campagne
    7. pour le plaisir de recevoir des amis ici et de leur faire découvrir les beautés de ce coin de nature

     

  • E comme école, élèves et enseigner

    C’est bien un ancien élève qui envoie un mail pour donner de ses nouvelles.

    C’est bien quand ils sont assis, qu’on leur dit "Bonjour" et qu’ils répondent tous.

    C’est bien l’élève qui en soutien vient vous montrer une copie en disant « vous voyez, c'est mieux, hein ! » 

    C’est bien l’élève qui - pris dans le feu de l’action - se met tout d’un coup à vous tutoyer sans le faire exprès.

    C’est bien de découvrir jour après jour qu’on a encore des choses à dire.

    C’est bien de les voir se soucier de nous.

    C’est bien de voir des profs heureux.

    C’est bien de pouvoir se dire qu’on est bien ensemble.

    C’est bien de lire un poème à sa classe, juste pour le plaisir.

    C’est bien de ne jamais s’arrêter.

    D'après C'est bien... de Philippe Delerm

  • D comme désolée

    Désolée, mais je n'ai pas une minute pour écrire un billet...

  • C comme choses de la vie

    Une amie vient de perdre sa maman, chez une autre on diagnostique une troisième récidive du cancer du sein.

    Une amie vient de perdre son mari, chez le bébé d'une autre on diagnostique une maladie congénitale qui aura des conséquences pour le reste de sa vie.

    Une amie a un fils volage, dépensier, buveur, joueur, noceur, et qui la désespère, une autre a une fille anorexique. Qui la désespère aussi.

    Une amie que je croyais émancipée et heureuse en ménage a un mari violent. Elle ne le quittera pas et continuera à passer par ses volontés, mettant un frein aux siennes propres.

    "Tant de gens qu'on croit heureux parce qu'on ne les voit que passer", la citation n'a pas pu être vérifiée mais je la garde tout de même parce qu'elle est si vraie.

  • B comme bonnes résolutions (bis)

    Le Carême a aussi toujours été un moment de bonnes résolutions. Pas dans le genre de celles qu'on prend en vue des vacances (voir mon post B comme bonnes résolutions de juillet 2008), ni de celles qu'on peut faire à l'approche d'une année nouvelle (faire plus de sport et passer moins de temps à l'ordi, hahaha).

    Vu que j'ai été élevée dans une religion qui met beaucoup l'accent sur la 'faute' et l'expiation, le Carême est / était le moment de se priver de l'un ou l'autre plaisir, surtout gustatif, Dieu sait pourquoi (c'est le cas de le dire).

    Alors à dix ans on se privait de bonbons, comme le suggérait notre maîtresse, en quatrième primaire, mais ce n'était pas trop dur pour moi puisque des bonbons, je n'en recevais pas. J'avais une mère comme celle d'Amélie Nothomb dans La métaphysique des tubes: pas de "poison blanc", pas de joie de vivre, pas de plaisir.

    A l'âge adulte, j'ai décidé à l'occasion d'un Carême de me priver d'apéritif. Normalement, je buvais un kir le soir, avec mon mari. Depuis ce jour-là, il a bu tout seul. J'ai eu si peu de mal à m'en passer que je n'ai plus recommencé les kirs par après...

    L'an dernier, ne sachant plus comment faire pénitence sur le plan gastronomique, vu que je mange bien mais sobrement, j'ai décidé d'arrêter les petits jeux sur l'ordinateur pendant ces quarante jours. Est-ce que ça m'a manqué? Pas du tout, au contraire, j'ai découvert des façons plus gratifiantes d'occuper mon temps ;-)

    Ce qui fait que cette année, soutenue en cela par mon amie-témoin-de-Jehovah, je ne me priverai de rien. Car, me dit-elle, penses-tu à Dieu en te soumettant à ces privations? ou les fais-tu pour toi-même? Héhé, il y a du vrai là-dedans...

     

  • A comme Adrienne

    Une des raisons pour lesquelles je n'étais jamais allée à La Panne, c'est que ma grand-mère Adrienne ne connaissait que Knokke, qui se situe exactement à l'extrémité opposée de notre petit bout de côte. Knokke-le-Zoute et Albert-Plage, non point par snobisme, mais c'était tout simplement la station balnéaire la plus proche. Et pour elle, la plus jolie, avec ses petites maisons de style anglo-normand: pas besoin d'aller voir ailleurs, il ne pouvait en être autrement.

    Il n'y avait pas encore de vilains blocs d'appartements et il y avait le Zwin où on pouvait encore se promener librement et même cueillir quelques brins de 'zwinneblomme' pour se souvenir pendant le reste de l'année de notre séjour estival.

    Et il y avait le café "Au Roi Chevalier" pour mon grand-père et les bonnes gaufres de Moeder Siska pour ma grand-mère.

    zwinneblomme

    Zwinneblomme (limonium vulgare)

  • Premier mars, premier jour à La Panne

    En ce dimanche premier mars, je suis pour la première fois de ma relativement longue vie à La Panne!

    Pourquoi est-ce si incroyable?

    D'abord, parce que notre côte belge est si petite, qu'on l'a vite vue en entier.

    Surtout si on a déjà eu cinquante ans pour le faire.

    Ensuite, parce que chaque Belge, même le plus déshérité, est allé à la côte: en train, à vélo, en voyage scolaire, avec le mouvement de jeunesse, en bande avec les copains, en famille avec le pique-nique...

    Enfin, parce que La Panne, c'est aussi le parc d'attractions que "tout le monde" a vu et les plus belles dunes du pays.

    En ce dimanche premier mars, j'y suis pour ma première promenade dans les dunes...

    lapanne