• Z comme Zara

    Je ne sais pas si vous l'avez remarqué aussi mais les étiquettes qu'on met dans la couture des pulls, T-shirts et autres blouses ou chemisiers, juste là dans le creux de la taille, deviennent de plus en plus grandes et de plus en plus nombreuses.

    Prenez par exemple ce petit pull blanc tout simple, tout mince et qui est à porter près du corps. Trois fois onze centimètres d'une matière qui gratte. Et pour me dire quoi?

    Etiquette numéro un, face un: les conseils pour le repassage et pour le nettoyage à sec. Sur la face deux, les conseils pour le lavage en machine. Le tout en six langues.

    Etiquette numéro deux, face un: les composantes et le lieu de fabrication. Tout ça en seize langues. Face deux, les données de la firme. De A (Argentine) à Z (Zanzibar). 

    Bon, je vais m'arrêter là, je sens que vous avez du mal à me croire. Une fois de plus le vrai n'est pas vraisemblable.

     

  • Y comme... ya pas que mes élèves

    "[...] une peuplade obstinée comme nulle autre dans ses coutumes et magnifiquement inventive dans l'explication, toujours incontestable, du Retard.

    'Je devrais tenir un carnet, afin de confectionner un jour un florilège de lettres d'excuses, murmura pour lui-même l'éditeur-adjoint.'

    A ce jour, on lui avait assené d'innombrables deuils cruels [...], des maladies invalidantes [...], des hold-up [...]. Un certain Jean-Louis lui avait même expliqué sans la moindre esquisse de sourire qu'une vache - oui, l'animal à pis - lui avait arraché puis ruminé l'unique exemplaire d'un texte commandé."

    Erik Orsenna, Deux étés, LdeP n° 14484, page 110.

    Ce passage m'a bien fait rire parce qu'il me rappelle deux de mes élèves qui m'ont fait le coup de la vache pour un devoir non rendu. Chez l'un, c'était le chien qui l'avait à moitié mangé. Chez l'autre, le petit frère, encore bébé, l'avait tellement machouillé qu'il n'était plus présentable.

     

  • X

    Mes anciens élèves, des plus jeunes aux plus âgés, mais aussi des gens de mon âge (je ne cesse d'ailleurs de m'en étonner) s'amusent sur fb à des tas de petits jeux et quizz qui me semblent tous plus débiles les uns que les autres.

    Beaucoup d'entre eux consistent en des prédictions d'avenir:

    - Quand est-ce que je me marierai? Le 10 avril 2010, est la réponse reçue par une jeune fille qui n'a même pas encore de copain en vue...

    - Quand est-ce que j'aurai mon premier bébé? La date avancée fait toujours s'exclamer la jeune fille en question que c'est beaucoup beaucoup trop tôt!

    Etc., etc., jusqu'à la question finale:

    - Quand est-ce que je mourrai? Et on vous donne une date ainsi que l'âge exact que vous aurez. Par contre je n'ai pas la moindre idée des questions qui vous sont posées pour arriver à cette conclusion. Peut-être est-il question d'alcool, de cigarettes et de vitesse au volant, car ici les garçons participent et obtiennent souvent des résultats alarmants. J'en ai même vu un qui aurait déjà dû être mort depuis une paire d'années...

    Le petit Prince le savait bien, les grandes personnes aiment les chiffres.

  • w comme wagon de train

    - Votre famille est originaire du Congo? Vous connaissez Alain Mabanckou?

    - Je peux savoir ce que vous êtes en train de lire? C'est bien? De quoi ça parle? Vous me le conseilleriez?

    - C'est un livre pour l'école que tu es en train de lire? Tu n'aimes pas trop ça, on dirait ;-) C'est une corvée, pour toi, de lire?

    - Hm ça sent bon ce que vous mangez là! C'est une spécialité indienne? Oh pardon, vous êtes peut-être Pakistanaise?

    Souvent des tas de questions me viennent en tête et je n'ose que très rarement les poser. C'est dommage, non? Peut-être que les autres voyageurs n'attendent qu'un mot, un signe de ma part pour libérer un torrent de réponses?

  • V comme vérité

    Je choque tout le monde ces deux dernières semaines par un simple mot, une simple vérité.

    Ces dernières semaines, quand la directrice se montre et demande si "ça va, ici?" je lui réponds. Non.

    Je voyais l'autre jour un membre du comité organisateur de l'école. "Tout va bien?" - "Non!"

    L'école va mal.

    Mais la suite de l'histoire, le comment et le pourquoi, ne semble intéresser personne.

     

     

  • U comme uniques au monde

    Cynthia a passé un mois au Ghana chez son amoureux à qui elle rêve de pouvoir montrer la Belgique l'été prochain - Karen commence une carrière de harpiste aux Pays-Bas - Eve doit rester couchée pour ne pas perdre son bébé - Elodie et Marie viennent de débuter dans le métier d'institutrice - Jessica a décidé de se marier le plus tôt possible pour échapper à un père violent - Line a été opérée d'une tumeur au cerveau qui l'a rendue à moitié sourde - ...

    Je pourrais continuer la liste encore longtemps.

    Elles sont toutes mes anciennes élèves. Elles ont toutes 20 ans. Elles sont toutes uniques au monde. Toutes différentes. Et toutes pareilles.

  • T comme Thélème

    - Alors, me dit Inès, happy single ?

    Inès et moi, nous ne nous connaissons pas. Je la vois seulement pour la deuxième fois et avec trois ans d'écart. Pourtant, elle a compris très vite que j'allais bien et sa question n'en est pas vraiment une. C'est la constatation d'une évidence. C'est qu'elle est passée par là, elle aussi. La seule différence entre elle et moi, c'est qu'elle s'est consolée avec un autre homme. Mon ex-neveu, en l'occurrence.

    - Ben oui, lui dis-je. J'ai découvert la liberté.

    Grand sourire de connivence de part et d'autre de la table mais cette précision ne lui était pas nécessaire.

    Dans le train qui me ramène chez moi, je lis Rabelais, Gargantua, chapitre LV:

    "Fais ce que tu voudras; parce que les gens libres, bien nés et bien éduqués, vivant en bonne compagnie, ont par nature un instinct, un aiguillon qui les pousse toujours à la vertu et les éloigne du vice, qu'ils appelaient honneur."

  • Stupeur et tremblements

    - Oh Madame! J'aurais jamais cru ça de vous! s'exclame un de mes élèves d'un air franchement stupéfait.

    A mon regard étonné il pointe du doigt le sac de toile qui contient mes affaires pour la classe. Ce sac porte une pub pour une boutique de vin italien, ENOTECA.

    Mais l'instant d'après il ne sait plus s'il doit rentrer sous terre, rouge de honte, ou s'esclaffer avec les autres en comprenant sa méprise: lui il avait lu EROTICA.

  • 22 septembre

    Le ramadan est fini. Je dis "ouf", comme prof. Car chaque année je constate que les élèves qui font le ramadan sont tendus, nerveux, fatigués.

    Très tendus, très nerveux, très fatigués.

  • R comme repos

    Dimanche je me suis donc octroyé une journée de repos à Bruxelles.

    Et quelle magnifique journée!

    J'ai couru de monument en monument, fendu des foules de cyclistes, rencontré deux cow-boys, profité du beau temps, de l'ambiance, de la musique, de la joie de vivre qui régnait partout en cette journée du patrimoine interdite aux voitures.

    J'ai surtout vu des visages souriants, et je m'en suis réjouie.

    Mais j'ai dû arrêter mon repos dominical vers 16.00 h parce que j'étais fourbue. J'ai pris encore un café au bar de la Monnaie. Il coûte sans doute aussi cher que sur la Grand-Place mais je peux y lire De Standaard à l'aise, avec tous ses suppléments du week-end, et même faire tous les mots croisés ;-) en sirotant un seul petit café.

    Ha! C'est beau la vie! Ha! Décidément, j'aime Bruxelles!

  • Bilan quotidien en 20 questions

    J'ai mes clés? J'ai mon agenda? J'ai mon téléphone? J'ai fermé la porte? J'ai éteint l'ordinateur? les lumières? la Digibox? la radio?

    Les chats sont dehors? Ils ont à boire? à manger? Et moi, j'ai mon casse-croûte? J'ai toutes mes affaires pour l'école? ma clé USB? le CD que je veux faire écouter? les interros corrigées?

    Mon sac? mon écharpe? mes pastilles pour la gorge? ma bouteille d'eau?

  • R comme repos

    Le dimanche, c'est jour de repos.

    D'ailleurs ça porte un nom, on appelle ça le repos dominical.

    Le dimanche je me lève à six heures. Je fais mon pain pour la semaine. Je mets le lave-linge en route, je nettoie la maison, je fais ma vaisselle en retard. Le repassage.

    Je cuisine. En quantité suffisante pour avoir déjà mes casse-croûte tout prêts pour les deux ou trois prochains jours.

    Je travaille au jardin. Potager, pelouse, fleurs, arbustes, haies, le plus difficile c'est de choisir. Surtout d'avril à octobre.

    Je scie du bois. Je fagotte. Je vide les cendres du poêle et je rentre du bois pour la semaine. D'accord, ça c'est surtout d'octobre à avril.

    Mais aujourd'hui je ne me repose pas: je vais aller me fatiguer à Bruxelles pour les Journées du patrimoine.

  • Question existentielle: Pourquoi se marie-t-on?

    Je sais que la question a déjà été largement débattue et rebattue au cours des siècles et des siècles (amen) et je sais aussi que les réponses sont les mêmes jusqu'à aujourd'hui 19 septembre 2009: par amour, par conformisme, par intérêt ou pour s'émanciper, comme le dit si bien Angélique dans le Malade imaginaire (acte II, scène 6)

    Chacun a son but en se mariant. Pour moi, qui ne veux un mari que pour l'aimer véritablement, et qui prétends en faire tout l'attachement de ma vie, je vous avoue que j'y cherche quelque précaution. Il y en a d'aucunes qui prennent des maris seulement pour se tirer de la contrainte de leurs parents, et se mettre en état de faire tout ce qu'elles voudront. Il y en a d'autres, Madame, qui font du mariage un commerce de pur intérêt; qui ne se marient que pour gagner des douaires; que pour s'enrichir par la mort de ceux qu'elles épousent, et courent sans scrupule de mari en mari, pour s'approprier leurs dépouilles. Ces personnes-là à la vérité n'y cherchent pas tant de façons, et regardent peu la personne.

    Je repensais hier à cette question en tombant par hasard sur une fable de La Fontaine que je ne connaissais pas encore et qui reflète exactement ce qu'était ma façon de penser quand j'avais 18 ans. Ayant observé les couples autour de moi, entendu quelques témoignages de très vieilles dames, en visite chez ma grand-mère Adrienne, et beaucoup lu aussi, j'en étais arrivée à la conclusion "qu'il n'y a pas d'amour heureux" et que le mariage "est une loterie" si hasardeuse qu'il valait mieux ne pas s'y risquer.

    Et pourtant, trois ans plus tard j'étais mariée: amour, conformisme et désir d'émancipation, aucune de ces trois raisons ne s'est révélée être bonne, même si notre mariage a tenu sans problème vingt-cinq ans.

    Alors voici cette fable de La Fontaine; je me suis permis de mettre en gras le vers qui est à la base de ce billet Question existentielle, Pourquoi se marie-t-on?":

    Le mal marié (livre VII, fable II)

    Que le bon soit toujours camarade du beau,
                Dès demain je chercherai femme ;
    Mais comme le divorce entre eux n'est pas nouveau,
    Et que peu de beaux corps, hôtes d'une belle âme,
                Assemblent l'un et l'autre point,
    Ne trouvez pas mauvais que je ne cherche point.
    J'ai vu beaucoup d'hymens; aucuns d'eux ne me tentent:
    Cependant des humains presque les quatre parts
    S'exposent hardiment au plus grand des hasards;
    Les quatre parts aussi des humains se repentent.
    J'en vais alléguer un qui, s'étant repenti,
                Ne put trouver d'autre parti
                Que de renvoyer son épouse,
                Querelleuse, avare, et jalouse.
    Rien ne la contentait, rien n'était comme il faut:
    On se levait trop tard, on se couchait trop tôt;
    Puis du blanc, puis du noir, puis encore autre chose.
    Les valets enrageaient, l'époux était à bout:
    «Monsieur ne songe à rien, Monsieur dépense tout,
                Monsieur court, Monsieur se repose.»
            Elle en dit tant, que Monsieur, à la fin,
                Lassé d'entendre un tel lutin,
                Vous la renvoie à la campagne
            Chez ses parents. La voilà donc compagne
    De certains Philis qui gardent les dindons
                Avec les gardeurs de cochons.
    Au bout de quelque temps qu'on la crut adoucie,
    Le mari la reprend. «Eh bien! qu'avez-vous fait?
                Comment passiez-vous votre vie?
    L'innocence des champs est-elle votre fait?
                - Assez, dit-elle; mais ma peine
    Etait de voir les gens plus paresseux qu'ici:
                Ils n'ont des troupeaux nul souci.
    Je leur savais bien dire, et m'attirais la haine
                De tous ces gens si peu soigneux.
    - Eh! Madame, reprit son époux tout à l'heure,
                Si votre esprit est si hargneux,
                Que le monde qui ne demeure
    Qu'un moment avec vous et ne revient qu'au soir,
                Est déjà lassé de vous voir,
    Que feront des valets qui toute la journée
                Vous verront contre eux déchaînée?
                Et que pourra faire un époux
    Que vous voulez qui soit jour et nuit avec vous?
    Retournez au village: adieu. Si de ma vie,
            Je vous rappelle, et qu'il m'en prenne envie,
    Puissé-je chez les morts avoir pour mes pêchés
    Deux femmes comme vous sans cesse à mes côtés!»

  • P comme première perle

    La première perle se trouve dans le premier devoir reçu le jeudi 3 septembre d'une classe d'élèves de 5e en Belgique (donc de 1e en France).

    Il s'agissait d'une série de vingt questions qui me permettent de me faire une première idée de leur attitude face à cette langue (souvent très étrange) étrangère qu'est le français.

    A ma 20e question: "Tu navigues parfois sur des sites francophones?" un élève m'écrit: "Non, je nasique surtout sur des sites néerlandais ou anglais."

    Les cruciverbistes parmi vous auront reconnu le mot qui correspond à la définition: "singe de Bornéo"

     

  • O comme Ovide

    Ovide - Les Métamorphoses - III

     

     Traduction (légèrement adaptée) de G.T. Villenave, Paris, 1806

    Sémélé (III, 253-315)

    L'univers parla diversement de cette action de la déesse. Les uns trouvèrent sa vengeance injuste et cruelle; les autres l'approuvant la jugèrent digne de sa sévère virginité; et chaque opinion eut ses preuves et ses raisons. La seule épouse de Jupiter songeait moins à louer ou à blâmer la déesse qu'à se réjouir des malheurs de la famille d'Agénor. Sa haine contre Europe, qui fut sa rivale, s'étendait à sa postérité. Une injure nouvelle ajoutait encore à son ressentiment. Sémélé portait dans son sein un gage de l'amour de Jupiter. Junon s'indigne et s'écrie : "Pourquoi ajouterais-je encore des plaintes à celles que j'ai tant de fois vainement fait entendre ? c'est ma rivale elle-même que je dois attaquer. Je la perdrai; elle périra, s'il est vrai que je m'appelle encore la puissante Junon; si ma main est digne de porter le sceptre de l'Olympe; si je suis la reine des Dieux, la sœur et l'épouse de Jupiter ! Ah ! je suis du moins sa sœur ! Mais peut-être que, contente de l'avoir rendu infidèle, Sémélé ne m'a fait qu'une légère injure ? Non, elle a conçu. Ma honte est manifeste. Elle porte dans son sein la preuve de son crime; elle veut donner des enfants à Jupiter, honneur dont moi-même à peine je jouis ! Est-ce donc sa beauté qui l'a rendue si vaine ? eh bien ! que sa beauté la perde ! et que je ne sois pas la fille de Saturne, si par son amant, par Jupiter lui-même, elle n'est précipitée dans le fleuve des Enfers".

    [273] Elle dit, et descend de son trône. Un nuage épais l'environne; elle marche au palais de sa rivale. Bientôt, sous les traits d'une vieille, elle sort de la nue; elle ombrage son front de cheveux blancs; elle ride ses traits, courbe son corps, marche d'un pas tremblant, prend une voix cassée, et revêt enfin la figure de Béroé, qui naquit à Épidaure, et fut nourrice de Sémélé.

    Après avoir avec adresse et par de longs détours fait tomber l'entretien sur le souverain des Dieux, elle soupire et dit : "Je souhaite que votre amant soit en effet Jupiter lui-même; mais enfin je crains tout. Plus d'un mortel osa se servir du nom des dieux pour tromper des vierges innocentes. Mais si c'est Jupiter qui vous aime, cela ne suffit pas encore. Il faut qu'il vous donne un gage éclatant de son amour. Priez-le de descendre en vos bras avec tout l'appareil de sa grandeur, tel qu'il est en un mot, lorsque Junon le reçoit dans les siens".

    [287] L'innocente fille de Cadmus s'abandonne aux perfides conseils de la déesse. Elle demande à Jupiter une grâce, mais sans la désigner : "Choisis, dit le dieu; rien ne te sera refusé; et afin que tu ne puisses en douter, je le jure par le Styx, le Styx dieu lui-même et la terreur de tous les dieux".

    Sémélé se réjouit du mal qu'elle s'apprête. Trop puissante sur son amant, et près de périr victime d'une complaisance fatale : "Montrez-vous à moi, dit-elle, avec l'appareil et la gloire qui vous suit dans le lit de Junon". Le dieu aurait voulu l'interrompre, mais ces mots précipités avaient déjà frappé les airs. Il gémit; il ne peut annuler ni le vœu de son amante, ni le serment qu'il a fait. Accablé de tristesse, il remonte dans les cieux. Il entraîne les nuées; il rassemble la pluie, les vents, les éclairs, le tonnerre, et la foudre inévitable. Il tâche, autant que cela lui est permis, d'en affaiblir la force. Il n'arme point son bras des feux trop redoutables avec lesquels il foudroya Typhon; il en est de plus légers : les Cyclopes en les forgeant y mêlèrent moins de flammes et de fureur. Les dieux les appellent des demi-foudres. Jupiter les saisit et descend avec tout l'appareil de sa puissance dans le palais des enfants d'Agénor. Mais une simple mortelle ne pouvait soutenir cet éclat immortel; et Sémélé fut consumée dans les bras même de son amant. Cependant Jupiter arracha de son sein l'enfant à demi formé qui devait naître de leur amour; et, s'il est permis de le croire, il le renferma dans sa cuisse, et l'y conserva tout le temps que sa mère aurait dû le porter. Sœur de Sémélé, Ino l'éleva secrètement dès le berceau, et le confia bientôt après aux nymphes de Nysa, qui le cachèrent dans leurs grottes profondes, et firent du lait son premier aliment.

    http://bcs.fltr.ucl.ac.be/Meta/03.htm

  • N comme noyade

    Trop d'activités. Trop de projets. Trop de corrections, trop de devoirs, trop d'interros. Trop de livres à lire, trop de films à voir, trop de lieux à visiter. Trop de gens à voir. Trop d'élèves à écouter, à aider. Trop d'herbe à tondre. Trop d'arbres à abattre, à tronçonner, à fagotter. Trop de vaisselle à faire. Trop de poussières à enlever. Trop d'armoires à ranger. Trop de mails. Trop de chocolat.

    Trop peu d'heures dans une journée. Trop peu de week-ends. Trop peu de sommeil.

  • M comme la Mongolie à la Monnaie

    Samedi soir à la Monnaie j'ai vu l'opéra Semele de Haendel. Ou plutôt l'oratorio Semele monté comme un opéra. Qui plus est, monté par un artiste - un performer, est le vocable le plus adéquat vu les oeuvres de Zhang Huan - artiste chinois qui, dans ses interviews, aimait à affirmer tout de suite qu'il ne connaissait rien au baroque et rien à l'opéra.

    En lisant ça, tout de même, je lève un sourcil.

    Puis d'autres articles ont surtout fait état des frais engagés pour faire venir de Chine à Bruxelles le temple chinois qui devait servir de décor.

    Je lève l'autre sourcil  ^ ^

    Et puis je vais voir. Et je suis comblée. Tout colle parfaitement, tout est à sa place, je peux vraiment l'affirmer pour chaque élément de la mise en scène. La symbolique est claire et évidente. Le temple forme un décor non seulement adéquat mais en plus d'une grande perfection esthétique. L'éclairage est admirable. 

    Les passions des dieux de l'Olympe ou celles des simples mortels, qu'ils soient paysans chinois ou jeunes cadres dynamiques, ce sont les mêmes. Eros et thanatos. Pouvoir. Désir d'immortalité.

    Mais rassurez-vous, je ne vais pas remplir des pages. Allez voir sur le site de la Monnaie, c'est ici: http://www.lamonnaie.be/demunt-1.0/programma/productie.jsp?id=10756&seizoen=2009&language=FR

    Et allez voir cette Semele de Mongolie, c'est gratuit. Alors si j'entends le mot élitiste... je me fâche ;-) http://www.lamonnaie.be/demunt-1.0/overdemunt/index.jsp?pageID=1991&language=FR

     

  • L comme Lille

    J'avais rendez-vous à Lille le samedi 5 septembre.

    Ceux qui sont du coin ont déjà compris: le jour de la Grande Braderie! Quelle folie! Il faudrait inventer des majuscules spéciales pour l'événement, sa foule, ses montagnes de moules et ses kilomètres d'échoppes de toutes sortes.

    J'avais rendez-vous à Lille le samedi 5 septembre à 14.00 h.

    Je sors de la gare. Des CRS patrouillent. Une masse compacte de gens qui se fraient un chemin dans les deux sens. La dame avec qui j'ai rendez-vous n'a pas beaucoup de conversation.

    Nous nous dirigeons vers la cathédrale. Un joueur de yo-yo y harangue la foule. On s'attarde un moment. Mais le temps d'arriver là, il me faut déjà songer à faire demi-tour. En effet, on piétine environ une heure et demie pour faire cinq cents mètres.

    Sur le chemin du retour, je m'achète Le dictionnaire amoureux de l'Italie, de Dominique Fernandez, au Furet du Nord. J'attrape de justesse le train de 17.00 h. Il est bondé.

    Les voyageurs trimbalent les objets les plus hétéroclites. Certains même dont on se demande à quoi ils peuvent servir. Mais sans doute qu'acheter rend heureux.

    En tout cas moi je suis très heureuse avec mon livre ;-)

  • K comme kilt

    En sortant de la gare, j'entends les hornpipers. Les voilà devant moi. Eux aussi se dirigent vers la mer.

    Leur jupe ne manque pas de susciter les blagues idiotes auxquelles on peut s'attendre et les gestes suggestifs de la part de quelques dames qui montrent, l'oeil allumé, qu'elles aimeraient une bonne petite bourrasque pour voir par elles-mêmes si c'est bien vrai ce qu'on dit, que sous leur jupe...

    Oostende aug 2009 001 - kopie

  • F comme facture

    J'ai reçu la facture à payer pour l'enlèvement des immondices du premier semestre de cette année. Le montant est à payer avant le 31 octobre 2009. Il s'agit des 8,5 kilos de déchets non recyclables du mardi 30 juin dernier et de l'utilisation de la poubelle (modèle de 120 litres) imposée par la commune. Soit 0,25 € pour la poubelle et 0,20 € par kilo de déchets.

    Il me semble que ce courrier qu'on m'envoie coûte plus à la commune que les dérisoires 1,95 € que je vais leur verser, moi la Miss Ecolo et Reine du Recyclage avec mon unique bac en six mois ;-).

    Mais je me demande par quel miracle il se fait que mes trois poubelles de l'année pèsent chaque fois exactement 8,5 kilos...

    Et je me demande ce que paient mes voisins, qui ont 36 énormes poubelles par an. Environ 70 €? A condition bien sûr que les leurs pèsent aussi chaque fois exactement 8,5 kilos ;-)

    Enfin, je me demande ce que penseront mes lecteurs sérieux: F comme Futile?

  • sept heures du soir

    Chaque soir vers les sept heures le hérisson se balade sur la terrasse. Il passe la nuit aux abords de la maison, mange les croquettes des chats et termine les restes, une carcasse de poulet, un os de côtelette.

    Et prend la pose à côté de Mère-Chat pour la photo-souvenir de la fin de l'été 2009:

    Oostende aug 2009 004 - kopie

  • E comme emmagasiner

    Emmagasiner les derniers rayons, la dernière vraie chaleur du soleil. Tourner le visage vers la source de lumière et rester là, les yeux fermés, à savourer le simple bonheur de ces instants.

    Penser à Victor Hugo: "Et dire que j'appelais cette vie être content de peu" et se rendre compte que ces instants sont un beau cadeau. Non, rien n'est évident.

    Etre improductif, le temps d'un dimanche, sans se culpabiliser. Quelle victoire ;-)

  • D comme un dimanche à la mer

    Dimanche matin

    J'ai le maillot, la serviette, le sac plastique pour y mettre les affaires mouillées, la crème solaire, le peigne... Allons-y! On y va!

    Dimanche soir

    Je n'ai pas mis le bout d'un orteil dans l'eau. Trop de choses à voir, de spectacles, d'ambiance, de groupes de musiciens, de chanteurs, de jongleurs, d'équilibristes et de poètes.

    Et puis j'aime aussi m'aérer à grandes enjambées sur le Staketsel ;-)

    Oostende aug 2009 002 - kopie

     

    La beauté et la laideur d'Ostende: esthétiquement laid mais sentimentalement beau...

    Oostende aug 2009 003 - kopie (2)

  • C comme Char et changement

    Une nouvelle année scolaire marque généralement aussi quelques changements: de petites retouches au règlement de l'école, de nouvelles initiatives, des appels aux bonnes volontés pour des "groupes de travail" amenés à plancher sur tel ou tel sujet.

    Je vois la direction soupirer devant l'effort qu'il y aura à fournir pour motiver ses troupes... car il n'y a pas plus ancré dans ses habitudes et son train-train qu'une certaine sorte de prof, hélas assez bien représentée.

    Alors j'y pensais ce matin à propos d'une citation de René Char:

    "Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards ni patience."

    René Char, Feuillets d'Hypnos, 1946

  • B comme Biche et Boileau

    La dame qui vend des fromages de chèvre s'appelle Biche.

    Non, je sais, ça ne s'invente pas. Donnez ce nom-là à votre personnage de roman bucolique et on vous le reprochera. C'est comme une Pervenche qui aurait été flic.

    Pourtant c'est vrai. C'est marqué sur le sachet d'emballage: Biche et Jef Jacquelin.

    Et puis pour votre roman bucolique, ne prenez pas non plus le vrai nom de leur patelin: car franchement, Champrond, est-ce bien crédible?

    Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable. Boileau nous l'a bien dit.

  • Adrienne à l'école

    Ma grand-mère Adrienne n'était pas du genre à conserver des choses. Son grenier était un grand espace vide où on pouvait faire sécher les haricots blancs, bien étalés sur le plancher. Elle a toujours jeté ce qui ne lui servait plus, à part une vieille commode en noyer qui lui venait de ses parents et que j'ai héritée.

    Ma mère n'a jamais cessé de lui reprocher de ne rien avoir conservé car toutes ces choses qui ne servaient plus à rien dès que l'électricité est apparue sont devenues fort à la mode quelques décennies plus tard: les quinquets en cuivre, les moules à gaufre en fonte, tous ces ustensiles que les amateurs du genre rustique chinent dans les brocantes et exposent dans leur maison-musée.

    Par contre elle avait pieusement conservé dans un petit tiroir un tout petit carnet de carton: son certificat de fin d'études qui prouvait qu'elle était allée à l'école jusqu'à 18 ans et qu'elle avait réussi avec mention.

    Sa fierté ne portait pas tant sur la mention que sur le fait qu'elle avait pu, chose rare à l'époque dans son milieu, au début des années vingt, et encore plus rare pour une fille - rester si longtemps en apprentissage.

     

  • Premier septembre

    Ah! le premier septembre! Les nouvelles têtes, les nouveaux noms à apprendre, nouveaux élèves, nouveaux collègues, nouveaux règlements...

    Et puis très très vite tout sera comme toujours, il y aura celui qui ose tout et celui qui n'ose rien, celui qui me dira qu'il est nul en français depuis toujours (avoir 16 ou 17 ans et considérer que rien ne changera jamais, c'est grave, non?), celui qui vient en classe pour se reposer (il bosse tous les week-ends jusqu'à pas d'heure dans un restaurant), celui qui est le premier dans le rang et celui qui a du mal à arriver à l'heure, celui qui a choisi cette option à cause des copains, celui qui a des parents trop exigeants, celui qui vient de perdre un père adoré et celui qui se fait battre par le sien, celui qui est champion de foot, celui qui joue dans un groupe, celui qui plaît aux filles, et le boutonneux qui se retire au fond de la classe.

    La même liste est à faire aussi au féminin.

    Et moi j'ai hâte de les connaître tous :-)