• dernier jour d'octobre

    Dernier jour avant mon départ pour Florence.

    Je vais aller penser un peu en italien ;-)

  • Z comme zozoter

    Suis-je la seule à l'entendre? , me demandai-je ce jour-là sur la plage d'Ostende.

    C'était le dernier dimanche des vacances et il y avait beaucoup d'animation. J'en ai parlé le 5 septembre, à D comme dimanche. Ainsi, j'étais allée écouter un poète.

    Suis-je la seule à l'entendre, me disais-je donc, que cet homme qui nous récite son texte et ses poèmes, qui nous chante ses envolées lyriques avec tant d'enthousiasme, a un affreux défaut de prononciation? Et qu'il semble précisément avoir privilégié les [s] et les [z] dans ses écrits?

    Je repense alors à de Ghelderode, au Ménage de Caroline, et à cette phrase que Paméla devait susurrer comme le serpent à l'oreille d'Eve au paradis: "car je suis assez sensible aux choses sensationnelles"

    Bon, faut que je repense à arrêter de penser ;-) (The Power of Now)

  • Y comme y es-tu?

    Cette année pour mes 16-17 ans je prépare tout un dossier sur les contes merveilleux et leurs réécritures. On a commencé avec les histoires de loup, Le petit Chaperon rouge, les trois petits cochons,...

    Malheureusement je constate qu'ils les veulent presque exclusivement à la sauce Disney.

    C'est vrai qu'ils en ont été nourris depuis leur plus jeune âge, j'ai vu ça dans la famille. Des presque bébés encore sont placés devant l'écran pour que papa-maman aient un moment à eux. L'aîné de mes neveux n'avait pas quatre ans quand il connaissait déjà ses cassettes par coeur: il savait infailliblement quelle image allait suivre. Il se cachait derrière le dos du fauteuil juste avant qu'apparaisse le personnage effrayant. La cuisine Disney est très sucrée mais ici et là il a mis quelques frissons. Un(e) très laid(e) est toujours un(e) très mauvais(e). Hélas pour les moins beaux de ce monde.

    Une bénédiction, cependant, pour le prof que je suis: ils ont été fascinés par Tex Avery. C'est déjà ça de pris à l'ennemi, comme disait mon père ;-)

    Pour ceux que ça intéresse, voici  Red Hot Riding Hood: http://www.youtube.com/watch?v=OQtYQouzNsk&feature=related

  • X pour l'ignorance

    Regarder un tableau de Magritte, c'est se poser un tas de questions qui resteront sans réponse. Relisez ses textes, réécoutez ses interviews, Magritte n'y donne pas les clés pour l'interprétation de ses images.

    - Pourquoi ce grelot? ai-je demandé à notre guide, une jeune femme qui savait de quoi elle parlait.

    Personne n'a la réponse à cette question. Pour nous intriguer? Pour nous obliger à regarder? à nous questionner sur ce que nous voyons?

    Que vient faire ici cette feuille de laurier? Pourquoi cette "Magie noire" est-elle à moitié bleue? Pourquoi a-t-il enlevé la colombe qu'il avait d'abord peinte sur son épaule? Et là-haut sur la montagne du "Domaine d'Arnheim", est-ce bien un aigle? N'a-t-il pas aussi ce petit renflement caractéristique du bec d'un pigeon?

    Je retombe avec délectation dans le "not to be able to stop thinking is a dreadful affliction" dont je parlais hier ;-) et dans le wagon du retour j'ai délaissé The Power of Now pour me plonger dans le bel album sur René Magritte que je me suis offert au musée du même nom.

    Si penser est "a disease" je me complais dans ma maladie.

  • W comme wagon de train

    Samedi dernier, j'étais dans le train pour Bruxelles. J'avais rendez-vous à neuf heures à la place Royale avec un groupe de romanistes, tous des anciens de Louvain. J'avais dû me lever tôt et me dépêcher. A l'arrivée également, il faudrait me dépêcher, puisque mon train n'arriverait que peu avant neuf heures à la gare centrale.

    J'ouvre mon livre (The Power of Now, Eckhart Tolle, New World Library, 2004, j'en parlais hier) quand le haut-parleur annonce froidement que ce train ne s'arrêtera pas à la gare centrale pour cause de travaux. Il nous conduira jusqu'au Nord, d'où nous devrons en prendre un autre.

    C'est le moment idéal pour "arrêter de penser"! Penser, ici, veut dire: à quelle heure est-ce que je serai à la gare Centrale? Il faut que je prévienne le groupe que je ne pourrai pas y être à neuf heures... etc.

    Je lis: "Not to be able to stop thinking is a dreadful affliction, but we don't realize this because almost everybody is suffering from it, so it is considered normal. This incessant mental noise prevents you from finding that realm of inner stillness that is inseparable from Being." (p.14-15)

    Mon "incessant bruit mental" m'a suggéré d'allumer mon portable et d'exposer la chose à l'organisatrice puis de reprendre courageusement ma lecture:

    "The predominance of mind is no more than a stage in the evolution of consciousness. We need to go on to the next stage now as a matter of urgency; otherwise, we will be destroyed by the mind, which has grown into a monster." (p.23)

    Mon "incessant bruit mental" se demande déjà ce que sera cette étape suivante, dans laquelle notre pensée ne dominera plus... pour autant qu'elle ait jamais dominé les actes des humains.

     

     

  • V comme vie spirituelle

    Un ami bien intentionné - et qui a remarqué que nous avions un grand point commun, réfléchir, penser, cogiter, examiner et peser à l'infini nos actes, notre passé, présent et avenir ainsi que celui du monde comme il va - cet ami bien intentionné, donc, m'a prêté un livre qu'il a lui-même reçu d'un ami bien intentionné qui avait remarqué que... (etc etc)

    Un de ces livres qui sont supposés être thérapeutiques. Il s'appelle The Power of Now.

    Si le mal est grave, très grave, selon l'auteur, Eckhart Tolle, la solution est simple: il faut arrêter de penser.

    "Thinking has become a disease", écrit-il page 16.

    Nos pensées, argumente-t-il, c'est comme un cancer: "(...) there is nothing wrong with cells dividing and multiplying in the body, but when this process continues in disregard of the total organism, cells proliferate and we have a disease." (p.16)

    Et Descartes avait tout faux, avec son "Je pense donc je suis" car cette phrase est l'expression d'une "most basic error: to equate thinking with Being and identity with thinking." (p.15)

    Je crois que je vais arrêter de penser à ce qu'écrit Eckhart Tolle.

    Je vous souhaite une bonne semaine, riche de pensées positives!

  • u comme urgence

    J'étais à la lettre U quand Marine m'a posé cet Ultimatum. Alors vite, voilà de toute Urgence une recette de tarte aux pommes, Ultra-bonne: l'Ultime recette, donc ;-)

    Tarte Jeanne

    Prenez 10 cuillers à soupe de farine (fermentante, dit ma recette, mais je le fais avec de la farine normale ou du sarrasin, ce que vous voulez), ajoutez-y 8 cuillers à soupe de sucre (moi j'en mets moins) et un sachet de sucre vanillé (attention, je n'ai pas écrit vanilliné, n'est-ce pas! notez la différence), 6 cuillers à soupe d'huile (olive si vous aimez ou arachide) et 6 cuillers à soupe de lait. Mélangez-y également un oeuf. Inutile de salir un petit bol pour y battre d'abord l'oeuf en omelette, tout ça se mélange fort bien sans faire de grumeaux.

    Garnissez de ce mélange un plat allant au four (si vous y tenez, enduisez-le d'abord de matière grasse; moi je ne le fais pas puisque cette tarte se sert dans le plat dans lequel elle a cuit) et déposez sur le dessus des pommes de votre choix coupées comme vous le voulez (pour moi c'est en quartiers). Puis vous mettez au four chaud pour une bonne demi-heure, jusqu'à légère coloration. Chaud ça veut dire 200° pour un four classique et 175° si c'est à air pulsé.

    La touche finale qui est un réel plus, c'est 80 gr de beurre bien mou (merci le micro-ondes) dans lequel on a battu un oeuf et du sucre vanille. On rajoute ça en fin de cuisson sur le dessus de la tarte. On laisse encore 5 minutes au four puis on met le grill pour 5 minutes (s'abstenir d'allumer le grill si on est du genre distrait ou si on en pleine conversation téléphonique! D'ailleurs ça marche aussi sans grill)

    ultimes conseils

    La tarte Jeanne est excellente chaude, tiède et froide. Je l'ai aussi déjà préparée dans des ramequins individuels, bien pratiques si on a des invités et qu'ils sont au nombre de six ;-) car avec ces proportions on peut servir six ramequins tout chauds sortis du four à l'heure du dessert. Vu que j'avais déjà plein d'autres occupations ce jour-là (parler, manger, boire, cuisiner, servir...) j'avais mis le four à 150° et les ramequins ont cuit 35 minutes.

    Cette tarte est toujours un succès et ce qui me plaît aussi c'est l'extrême liberté qu'on peut prendre avec les ingrédients: quelle sorte de farine, de sucre (du miel éventuellement), d'huile, de parfum (vanille, cannelle ou autre), de pommes... ainsi qu'avec la présentation. Mamy aime les raisins secs? Pas de problème. Papy préfère des noix? On y va. Tonton adore les amandes? On lui en mettra. Tata veut des pignons? Elle les aura.

    Hélas pas de photo: ma tarte Jeanne s'est fait dévorer avant que j'aie pu sortir l'appareil. Essayez-la et tenez-moi au courant.

    Et surtout dites-moi merci ;-) parce que normalement je ne divulgue pas trop mes recettes, je vois trop de plagiat à gogo dans ce domaine - comme tant d'autres, il est vrai - sur Internet.

  • T comme terre bénie, cinq heures du soir, fin octobre

    10.09 014

     ma verte campagne est déjà toute dorée et labourée

    10.09 015

     les vaches y aiment poser pour les photographes

    10.09 019

     

    je ne voudrais pas vivre ailleurs

    et vu que cette terre bénie a produit beaucoup de pommes cette année, demain je donne la recette de la tarte Jeanne... pour toi, Marine ;-)

  • S comme stupeur et tremblements

    Dans mon voisinage immédiat, une seule maison est habitée. Celle juste à côté.

    Les voisins ont toujours été bruyants. Les tout premiers, à la fin des années 80, avaient un fils qui organisait la grosse nouba chaque week-end. Puis il y a eu les artistes. Ils s'engueulaient dehors. Ils faisaient à longueur d'années de nombreux travaux qui exigeaient l'utilisation d'une bétonneuse. Ils ont planté un labyrinthe de haies à pousse rapide que leurs successeurs devaient continuellement tailler. Ce voisin-là était toujours occupé avec le taille-haie, la tronçonneuse, la tondeuse... et a fait venir des hordes d'ouvriers pour refaire des fenêtres là où les prédécesseurs avaient tout muré.

    Les derniers voisins en date sont arrivés il y a quelques années. Leur aîné avait alors quatre ans, le second deux et demi et le petit dernier était encore un bébé. Chaque fois que des gens logeaient chez moi ils s'inquiétaient: tous ces cris horribles qu'on entendait à côté, était-ce bien normal? Un été qu'ils hurlaient du matin au soir dans le jardin, ma belle-soeur a failli prévenir les autorités. Elle pensait qu'il y avait maltraitance.

    Aujourd'hui ils arrivent à la puberté. Et se sont trouvé des passe-temps plus gratifiants. Ils hurlent moins, c'est vrai. Depuis samedi dernier, ils jouent de la batterie.

  • 22 octobre

    • un jour d'école
    • deux heures de cours et deux heures de coordination ce matin
    • trois classes ont un test de vocabulaire ou de grammaire
    • quatre collègues dans notre bureau aujourd'hui
    • cinq heures de cours au total le jeudi
    • six heures: le message s'affiche sur mon blog
    • sept heures: je mets les chats dehors, j'éteins tout et je pars à l'école
    • huit heures: les collègues commencent à arriver
    • neuf heures: la secrétaire prend les absences
    • dix heures, c'est la récré
    • onze heures, les estomacs gargouillent et les phrases qu'on fait pour illustrer la grammaire deviennent de plus en plus culinaires
    • douze heures, pause de midi
    • treize heures, on recommence
    • quatorze heures, revoilà mes terminales de sciences humaines
    • quinze heures, on sent la fatigue chez les élèves, le rythme baisse
    • seize heures, l'école se vide
    • dix-sept heures, je suis rentrée: ordi et thé
    • dix-huit heures, tentative de me tenir au courant des nouvelles du monde
    • dix-neuf heures, je ne finirai pas mes corrections ce soir
    • vingt heures, faut que j'arrête le boulot pour l'école, je suis fatiguée
    • vingt et une heures, je suis sur les mails et les blogs
    • vingt-deux heures, sois raisonnable, il serait temps d'aller te coucher

    22 octobre, un jour ordinaire

  • R comme révélation

    Dimanche. On papote, I et moi. Elle me fait la remarque que je parle beaucoup de ma grand-mère. Je viens de lui dire: "Tous ces meubles ici sont à ma grand-mère", en faisant un geste large des deux bras vers les armoires, la table et les chaises.

    - Et qu'est-ce qui est à toi, ici? me fait-elle.

    La question me surprend tellement qu'il me faut une seconde pour y répondre.

    - Rien! dis-je. Et ça me fait l'effet d'une brusque révélation.

    Il y a tant d'années que ma grand-mère est morte et que j'ai hérité de ses meubles et pourtant je continue à les considérer comme étant "siens". Tout comme cette maison qui est à moitié à moi mais que je n'appelle pas "mienne" ni rien de ce qu'elle contient.

    - Rien? insiste I.

    - Peut-être mes livres... Oui, mes livres sont à moi.

    Quoique je n'en sois pas tout à fait sûre...

    Le soir je l'accompagne au train. On en reparle sur le quai de la gare. Maintenant je comprends, lui dis-je, pourquoi je n'arrive pas à me décider à mettre de la couleur sur les murs.

    - Oui, me dit-elle, et moi je comprends pourquoi ton intérieur est monacal.

    C'est un point de vue. Moi j'appelle ça sobre ;-) C'est vrai qu'il n'y a pas grand-chose où poser le regard, murs blancs, pas de bibelots, pas d'étalage de photos... Je n'en ai pas besoin pour penser à ceux que j'aime.

    Et puis de toute façon, je ne suis que de passage.

  • 20 fois des pommes

    J'ai ressorti mon gros classeur qui contient toutes les recettes de desserts découpées dans des magazines ou recopiées je ne sais plus d'où.

    Les recettes avec des fruits sont classées dans l'ordre alphabétique, je suppose que ça n'étonnera personne?

    Je suis à la recherche d'une petite idée de tarte aux pommes vu que j'en ai une pleine brouette (voir à G comme Généreux voisins).

    1. apfelstrudel autrichien: un kilo de pommes
    2. charlotte aux pommes (6 à 8 pommes)
    3. chaud-froid de pommes à la pistache (4 pommes)
    4. crapiau pacaud (4 pommes) mais c'est une recette pour Pâques
    5. croquant aux pommes (2 pommes pour 4 personnes)
    6. croustade du Quercy (5 pommes)
    7. crumble aux pommes: recette de ma belle-mère, on met les pommes qu'on veut et on adapte au nombre de convives (elle en faisait d'énormes plats)
    8. feuilleté aux pommes (6 pommes)
    9. flan aux pommes: un demi-kilo
    10. fondue de pommes en croûte (6 pommes)
    11. granité de pommes: un kilo de pommes vertes, les miennes sont jaunes avec de bonnes joues rouges
    12. oreiller de Vénus: un kilo de pommes
    13. pommes à la cannelle (une par personne)^
    14. pommes bonne femme (une par personne)
    15. quatre-quart aux pommes: 800 gr de pommes
    16. tarte al'coloche, superchampion: deux kilos de pommes!
    17. tarte Jeanne, une de mes préférées, 450 gr de pommes
    18. tarte normande: 750 gr de pommes
    19. tarte Tatin, bien sûr, un kilo de pommes
    20. tourte gasconne (6 pommes)

    Je m'arrête à 20... mais j'en préparerai une 21e : une pâte feuilletée garnie de pommes et d'une crème d'amandes, miam.

    Et samedi dernier j'ai fait un pain aux pommes et aux noix. Pour le petit déjeuner dominical.

  • Question (pas vraiment) existentielle

    Je passe régulièrement sur le blog de Lucie (Clavier bien tempéré, http://lucierenaud.blogspot.com/) et j'y lis toujours tout avec le plus grand intérêt. Ce 14 octobre je m'étais d'ailleurs déjà fait le relais d'une autre de ses questions, celle qui concernait la liste des ouvrages lus parmi la centaine sélectionnée par le public français.

    Aujourd'hui il s'agit de tout autre chose et je cite Lucie:

    "[...] la question qui m'a été posée par des amis il y a quelques jours à peine et que je vous poserai ici. Dans un monde magique et idéal, vous pouvez passer une nuit avec un être polymorphe qui changera de personnalité (et d'apparence) quatre fois au cours d'une même soirée. Qui sera-t-il lors des préliminaires, de l'acte lui-même, des câlins qui suivront et de la conversation dite de l'oreiller (avec ou sans cigarette, selon l'époque et les lieux). Une difficulté supplémentaire ici: ces quatre personnes doivent être des personnalités, vivantes ou décédées (donc votre amoureux/se ne se qualifie pas)."

    Quand je lis les réponses, je me demande pourquoi il est question d'ébats amoureux: les noms cités sont ceux d'auteurs connus, de grands musiciens, de gens avec qui on aimerait surtout avoir un long et véritable entretien.

    Ah! avoir une bonne et longue conversation avec Louise Labé!

    labé

  • P comme pas de Panique

    Depuis le 1er septembre, ma directrice ne passe plus que quelques heures par semaine à l'école: de plus en plus, les profs et les élèves font ce qu'ils ont envie de faire et de moins en moins ce qu'ils doivent faire...

    Pas de panique, la terre continue de tourner.

    Mon réservoir d'essence est presque vide, arriverai-je à la prochaine station? Mon pneu avant se vide, arriverai-je à temps au garage?

    Pas de panique, pense à Y que les pompiers ont dû sortir au chalumeau de sa bagnole ratatinée par un fou qui roulait sur la mauvaise bande.

    Une amie sera là dans quelques heures, les courses ne sont pas faites, ni le ménage, sa chambre n'est pas prête, les feuilles mortes ne sont pas balayées et je ne sais pas ce que je vais lui préparer à manger.

    Pas de panique, réjouis-toi simplement de la revoir bientôt et mets en pratique ce Carpe diem que tu prônes à tes élèves.

    Ah ! que la terre est belle

    Pierre Menanteau (1895-1992)

    Pour un enfant poète, Bestiaire, 1953

                               

    Pour Isabelle

     

    Ah ! que la terre est belle

    Crie une voix, là-haut,

    Ah ! que la terre est belle

    Sous le beau soleil chaud!

     

    Elle est encor plus belle,

    Bougonne l'escargot,

    Elle est encor plus belle

    Quand il tombe de l'eau.

     

    Vue d'en bas, vue d'en haut,

    La terre est toujours belle,

    Et vive l'hirondelle

    Et vive l'escargot !


  • O comme Ottawan

    Je suis toujours heureuse d'avoir des nouvelles de mes anciens élèves.

    Je suis toujours très heureuse quand ils se donnent la peine de dire ou d'écrire quelque chose en français.

    Mais si une ancienne élève a découvert ceci sur Youtube et me promet de le chanter à tue-tête la prochaine fois qu'elle a un bout de route à faire avec des copains... http://www.youtube.com/watch?v=eEVHZYPEXAw ... dois-je être folle de joie?

    LOL

  • N comme notes

    Hier on était le 15 octobre, l'heure du premier carnet de notes (du bulletin, comme on l'appelle en Belgique) a sonné.

    Il y a les élèves dont on ne parle pas beaucoup. Ils travaillent, sont en ordre, remettent de beaux devoirs, participent en classe, sont ponctuels. Les "élèves friandises" comme les appelle Daniel Pennac dans son livre Chagrin d'école.

    Il y a les autres.

    Le but, c'est d'essayer d'arriver à ce qu'un maximum d'entre eux fasse le plus tôt possible partie de la première catégorie. J'ai donc avec eux de ces petites conversations destinées à leur faire comprendre qu'ils sont élèves et que par conséquent leur boulot en ce moment c'est de faire ce qu'on attend d'un élève et que le dilettantisme, ce sera pour le jour où ils pourront vivre de leurs rentes.

    Il y a ceux qui me supplient de ne rien dire à leurs parents (mais alors, qui signe leur bulletin?). Le marchandage ne leur fait pas peur: "S'il vous plaît madame ne dites rien à mes parents et je vous promets que...". Malheureusement, j'ai appris à connaître cette catégorie d'élèves ainsi que la valeur de leurs promesses. Les filles surtout, qui jouent de la paupière comme Louisette dans Le petit Nicolas de Sempé et Goscinny.

    Ceux qui me promettent que ce sera mieux la prochaine fois et m'expliquent le pourquoi et le comment de la chose: "Je suis un diesel" me dit un garçon. Ah bon? "Mes vacances ont été trop fatigantes" me dit un autre (il est vrai que certains viennent à l'école pour se reposer... ).

    "Ne vous inquiétez pas, madame. Je vais me rattraper". Ce sont surtout les mecs qui prennent de ces airs rassurants. Je suppose qu'ils font la même chose avec leur mère: t'en fais pas, m'man!

    Ceux qui me disent sans rire qu'ils ont constaté que ça n'allait plus tout seul et qu'il allait falloir bosser un peu cette année. Je peux donc être rassurée, ils ont compris! "On a des profs beaucoup plus exigeants cette année" me disent-ils d'un air entendu. Ou "L'an dernier j'avais facilement la moyenne rien qu'en faisant un peu attention en cours. Mais maintenant je vais devoir étudier."

    Sont-ils touchants.

    Et puis ceux qui ont eu des malheurs. Comme Agnès: "Le petit chat est mort". Car ceux à qui il est vraiment arrivé un truc grave en sont sortis mûris et bien décidés à prendre leur vie en mains. "J'ai promis sur la tombe de mon père de mieux travailler pour l'école", me dit S., dont le papa est mort à la fin des vacances. Et il tient sa promesse.

     

     

  • M comme mercredi

    Hier mercredi ma boîte aux lettres était pleine.Il y avait une grosse enveloppe d'un promoteur immobilier avec deux magnifiques folders pour des villas, des maisons individuelles et des appartements... qui ne seront construits qu'en 2011! Et qui coûteront, hors TVA et autres frais divers (notaires etc) la modique somme de 295.000 euros. Et encore, ce n'est qu'une approximation.Hahaha!Il y avait aussi les publicités pour les discount et autres grandes surfaces, les promo hors concours de l'Aldi et l'habituel kilo de papier du Colruyt (comment ont-ils mes coordonnées, je ne vais quasiment jamais dans ce magasin? et qui, mais qui passe son temps à feuilleter tout ça?).Une grosse enveloppe de Citibank m'offrant les joies du crédit. S'il est vrai qu'on ne prête qu'aux riches, que dois-je en conclure (lol) et que faire pour qu'on cesse de m'envoyer ce genre de courrier? Quand j'aurai besoin d'un prêt, j'irai me renseigner à ma banque, et éventuellement ailleurs, mais en attendant? Sans parler des arguments pernicieux du genre: ainsi vous aurez de l'argent disponible sans devoir rien demander à personne !!!Pardon?Et puis il y avait l'enveloppe tant attendue ces derniers mois: une réponse d'Henriette, ma petite filleule "Plan international". (voir H comme Henriette et L comme Lettre) Oh joie. Et surtout oh émotion.Une simple petite carte "dictée par Henriette" et "écrite par Nestor".Je rêve du jour où Henriette aura grandi et sera en mesure de me dire, vraiment me dire, quel effet ça fait sur une enfant de huit ans, dans son village du Bénin, d'apprendre que quelqu'un là-bas dans cette lointaine Europe...

  • L comme liste de lecture

    J'aime beaucoup le blog de Lucie (Clavier bien tempéré, http://lucierenaud.blogspot.com/). Le 24 septembre dernier, elle y a posté cette liste des 100 livres préférés des Français. Je ne sais rien des origines de cette liste ni de son sérieux, mais je ne peux m'empêcher d'y aller à mon tour de mes commentaires de lecture (ou de non-lecture, dans la majorité des cas!). Tout comme Lucie, je mets en gras ce que j'ai lu.

    1 La Bible (mais je suis loin de l'avoir lue au complet! D'ailleurs, j'en ai une version scolaire dans laquelle de larges coupures ont été faites, vous devinerez aisément lesquelles, je suppose...)

    2 Les misérables de Victor Hugo (mais là non plus pas dans son entièreté...)

    3 Le petit prince d’Antoine de Saint-Exupéry ("absolument, certainement le livre que j'ai relu le plus souvent", écrit Lucie. Pareil pour moi, je peux en citer de larges extraits par coeur.)

    4 Germinal d’Emile Zola (de larges extraits, donc je ne le compte pas. J'ai vu le film...)

    5 Le seigneur des anneaux de J.R.R. Tolkien ("et je n'ai pas vu les films non plus... oui, je sais, haro sur moi!" dit Lucie. Alors haro sur moi aussi!)

    6 Le rouge et le noir de Stendhal (lu à l'université, relu par après; toujours aussi fascinant)

    7 Le grand Meaulnes d’Alain-Fournier (je m'en suis imposé la lecture, je ne l'ai pas trop aimé, je l'ai relu dernièrement, ce n'est toujours pas le grand amour entre Augustin et moi)

    8 Vingt mille lieues sous les mers de Jules Verne (pas celui-là, mais plusieurs autres)

    9 Jamais sans ma fille de Betty Mahmoody (j'ai un certain parti pris contre ce genre de livres)

    10 Les trois mousquetaires d’Alexandre Dumas ("j'ai vu nombre de versions filmées, est-ce que ça compte?" demande Lucie. Moi aussi! Mais j'en ai lu une version 'bibliothèque verte', je ne sais pas si le texte en avait été adapté... je devrais vérifier)

    11 La gloire de mon père de Marcel Pagnol (ah oui! et le Château de ma mère! agréable lecture détente et nostalgie)

    12 Le journal d’Anne Frank d’Anne Frank (en version originale mais bof, oserais-je le dire?)

    13 La bicyclette bleue de Régine Deforges (mais je n'en ai gardé aucun souvenir)

    14 La nuit des temps de René Barjavel (inconnu au bataillon)

    15 Les oiseaux se cachent pour mourir de Colleen Mc Cullough (je ne lis presque pas d'oeuvres traduites)

    16 Dix petits nègres d’Agatha Christie (pas celui-là, quelques autres, oui)

    17 Sans famille d’Hector Malot (ça m'a rendue malade de chagrin, tout enfant)

    18 Les albums de Tintin de Hergé ("je ne suis pas très BD mais j'ai lu les Astérix, les Tintin, les Rubrique-à-Brac, certains Gaston Lagaffe, des Boule et Bill... bon, j'arrête!" écrit Lucie. Héhé, moi aussi... et Spirou, les Marsupilamis...)

    19 Autant en emporte le vent de Margaret Mitchell (c'est le seul film que nous soyons jamais allés voir en famille, mon père, ma mère, mon frère et un couple d'amis avec leurs deux fils.)

    20 L’assommoir d’Emile Zola (non, très peu de Zola)

    21 Jane Eyre de Charlotte Brontë

    22 Dictionnaires Petit Robert, Larousse, etc. (c'est évident)

    23 Au nom de tous les miens de Martin Gray

    24 Le comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas (le film, oui, et le livre en version 'bibliothèque verte')

    25 La cité de la joie de Dominique Lapierre

    26 Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley

    27 La peste d’Albert Camus (oui, mais je crois que j'étais trop jeune et que je devrais le relire)

    28 Dune de Frank Herbert (jamais entendu parler... c'est grave?)

    29 L’herbe bleue Anonyme (?)

    30 L’étranger d’Albert Camus (sûrement dans mon top 5! lu des tas de fois et toutes les lectures sont possibles, sociologique, psychologique,... voir le livre de Brian T. Fitch )

    31 L’écume des jours de Boris Vian (à lire encore)

    32 Paroles de Jacques Prévert (j'aime beaucoup)

    33 L’alchimiste de Paulo Coelho (j'ai lu ce livre au moment où il a fait 'un boum' mais je n'y ai pas trouvé un fol intérêt... et je l'ai déjà complètement oublié)

    34 Les fables de Jean de La Fontaine (à lire et à relire... j'y ai encore fait une découverte en septembre dernier, avec Le Mal Marié - voir la question existentielle du 19 septembre)

    35 Le parfum de Patrick Süskind (non, ça ne m'attire pas)

    36 Les fleurs du mal de Charles Baudelaire (dans mon top 100 il y aurait encore beaucoup plus de recueils de poèmes)

    37 Vipère au poing d’Hervé Bazin (je l'ai commencé mais c'est trop mon propre vécu, ça fait très mal)

    38 Belle du seigneur d’Albert Cohen ("beaucoup trop long mais une belle intensité tordue dans cette relation de couple" dit Lucie; en effet, je ne l'ai pas terminé)

    39 Le lion de Joseph Kessel (mais j'étais ado, à l'époque)

    40 Huis clos de Jean-Paul Sartre (à lire)

    41 Candide de Voltaire (j'aime de plus en plus Voltaire; nous n'avons fait connaissance que très tardivement ;-))

    42 Antigone de Jean Anouilh (je le relis toujours avec plaisir... "c'est propre, la tragédie")

    43 Les lettres de mon moulin d’Alphonse Daudet (pour l'ambiance, comme les Pagnol)

    44 Premier de cordée de Roger Frison-Roche

    45 Si c’est un homme de Primo Levi (je vais me l'acheter en italien)

    46 Les malheurs de Sophie de la comtesse de Ségur (et la trentaine de volumes de la brave comtesse née Rostopchine, reçus d'une amie de ma mère! je les ai encore dans une boîte au grenier)

    47 Le tour du monde en 80 jours de Jules Verne (le film oui)

    48 Les fourmis de Bernard Werber

    49 La condition humaine d’André Malraux (j'y ai déjà courageusement commencé plusieurs fois)

    50 Les Rougon-Macquart d’Emile Zola


    51 Les rois maudits de Maurice Druon (qu'est-ce que ça vient faire ici?)

    52 Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand (oh que ça me touche, c'est bête hein)

    53 Les hauts de Hurlevent d’Emily Brontë (à 16 ans et en anglais, j'étais loin d'avoir tout compris)

    54 Madame Bovary de Gustave Flaubert (grand livre aussi, celui-là!)

    55 Les raisins de la colère de John Steinbeck (ma prof d'anglais n'aimait pas, alors...)

    56 Le château de ma mère de Marcel Pagnol (voir le 11)

    57 Voyage au centre de la Terre de Jules Verne (voir le 8)

    58 La mère de Pearl Buck

    59 Le pull-over rouge de Gilles Perrault

    60 Mémoires de guerre de Charles de Gaulle

    61 Des grives aux loups de Claude Michelet

    62 Le fléau de Stephen King 

    63 Nana d’Emile Zola

    64 Les petites filles modèles de la comtesse de Ségur (voir le 46)

    65 Pour qui sonne le glas d’Ernest Hemingway

    66 Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez (pour entretenir mon espagnol)

    67 Oscar et la dame rose d’Eric-Emmanuel Schmitt (j'ai adoré et mes élèves en sont tous fan!)

    68 Robinson Crusoé de Daniel Defoe (mais il y a très longtemps)

    69 L’île mystérieuse de Jules Verne

    70 La chartreuse de Parme de Stendhal (commencé déjà deux fois...)

    71 1984 de George Orwell

    72 Croc-Blanc de Jack London

    73 Regain de Jean Giono (j'aime!)

    74 Notre-Dame de Paris de Victor Hugo (je préfère Hugo en poète)

    75 Et si c’était vrai de Marc Levy (pas du tout mon truc)

    76 Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline (à lire)

    77 Racines d’Alex Haley (ignorandus, ignoranda, ignorandum)

    78 Le père Goriot d’Honoré de Balzac (et beaucoup d'autres)

    79 Au bonheur des dames d’Emile Zola (et j'ai beaucoup aprrécié)

    80 La terre d’Emile Zola

    81 La nausée de Jean-Paul Sartre (rien lu de Sartre, je me demande pourquoi j'éprouve de l'antipathie pour ce monsieur)

    82 Fondation d’Isaac Asimov

    83 Le vieil homme et la mer d’Ernest Hemingway (en anglais, ce qui fait que je n'ai qu'une idée très approximative du genre de poisson contre lequel le vieil homme se bat)

    84 Louisiane de Maurice Denuzière

    85 Bonjour tristesse de Françoise Sagan 

    86 Le club des cinq d’Enid Blyton (je crois bien que je les ai tous lus... bibliothèque verte!)

    87 Vent d’est, vent d’ouest de Pearl Buck

    88 Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir (des extraits)

    89 Les cavaliers de Joseph Kessel

    90 Jalna de Mazo de la Roche 

    91 J’irai cracher sur vos tombes de Boris Vian (à lire)

    92 Bel-Ami de Guy de Maupassant (commencé, pas terminé; de Maupassant j'apprécie surtout les nouvelles)

    93 Un sac de billes de Joseph Joffo (ainsi que deux ou trois autres, mais j'aurais dû m'en tenir au sac de billes)

    94 Le pavillon des cancéreux d’Alexandre Soljenitsyne

    95 Le désert des Tartares de Dino Buzzati (par contre j'ai lu son excellent recueil de nouvelles, le K!)

    96 Les enfants de la terre de Jean M. Auel

    97 La 25e heure de Virgil Gheorghiu

    98 La case de l’oncle Tom de H. Beecher-Stowe (en bibliothèque verte, ça compte?)

    99 Les Thibault de Roger Martin du Gard (plusieurs volumes, chronologiquement, et puis tout à coup j'en ai eu assez et je me suis arrêtée)

    100 Le silence de la mer de Vercors (ni à 15 ans ni aujourd'hui à 50 je n'ai de sympathie pour l'attitude de l'héroïne)

     Et voilà, je suis arrivée au bout! A vous, maintenant!

     

  • K comme Kamilou

    Kamilou @ Wiels

    Pendant ma visite de Bruxelles Art nouveau, Art déco, j'ai découvert Kamilou en même temps que le Wiels. Je vous les recommande tous les deux! Voici ce qu'en dit leur site, mais j'adhère ;-)

    C'est sur http://www.brusselslife.be/F/detail/id/4081 où vous verrez également une photo de la salle.

    De la salade composée au sandwich, en passant par les quiches et les desserts, vous pourrez déguster de délicieux produits. Tout est fait maison, le jour même de la dégustation. La carte variée aura de quoi ravir vos papilles et vos envies de découvertes culinaires: wok de poulet au curry, épinards au poulet fumé, pâtes de riz aux légumes...

    Les sandwichs ne sont pas en reste avec des intitulés qui invitent au voyage gastronomique: le Lac Victoria, le Tombouctou, le Panthéon... La soupe du jour, aux légumes de saison, le sandwich du jour et le plat du jour sont autant de suggestions qui vous mettent déjà l'eau à la bouche.

    Les petits plus équitables

    A la carte des boissons, ce sont des jus de fruits Oxfam, les fameuses "Bionades" et "Carpe Diem" qui vous sont proposés en plus des softs traditionnels, des boissons chaudes ou encore du vin Oxfam.

    Dans un cadre agréable, moderne et chaleureux, laissez-vous emporter par des saveurs traditionnelles. Ce n'est pas pour rien que l'enseigne affirme que les gourmands reviendront, les autres deviendront gourmands."
  • J comme jeu des incipits

    1.Certains témoins mentionnent qu'aux derniers jours du procès de Maurice Papon, la police a empêché un clown, un auguste, au demeurant fort mal maquillé et au costume de scène bien dépenaillé, de s'introduire dans la salle d'audience du palais de justice de Bordeaux. Il semble que, ce même jour, il ait attendu la sortie de l'accusé et l'ait simplement considéré, à distance, sans chercher à lui adresser la parole. L’ancien secrétaire général de la préfecture de Gironde a peut-être remarqué ce clown mais rien n'est moins sûr. Plus tard, l'homme est revenu régulièrement, sans son déguisement, assister à la fin des audiences et aux plaidoiries. À ch que fois il posait sur ses genoux une mallette dont il caressait le cuir tout éraflé. Un huissier se souvient de l'avoir entendu dire, après que fut tombé le verdict:
    - Sans vérité, comment peut-il y avoir de l'espoir ?

    Michel Quint, Effroyables jardins, Folio 2004

    2.« EH BIEN, mon prince, Gènes et Lucques ne sont plus que des apanages, des domaines, de la famille Buonaparte. Non, je vous préviens que si vous ne me dites pas que nous avons la guerre, si vous vous permettez encore de pallier toutes les infamies, toutes les atrocités de cet Antéchrist (ma parole, j'y crois), je ne vous connais plus, vous n'êtes plus mon ami, vous n'êtes plus mon fidèle serviteur, comme vous dites. Eh bien, bonjour, bonjour. Je vois que je vous fais peur, asseyez-vous et racontez. »
    Ainsi parlait, en juillet 1895, Anna Pavlovna Scherer, une demoiselle d'honneur bien connue et une intime de l'impératrice Maria Fédorovna, en accueillant le prince Vassili, personnage important et haut fonctionnaire, arrivé le premier à sa soirée. Anna Pavlovna toussait depuis quelques jours, elle avait la grippe, disait-elle (c'était alors un mot nouveau dont ne se servaient que de rares personnes). Dans les billets qu'elle avait fait porter dans la matinée par un laquais en livrée rouge, il était dit à tous sans distinction :
    « Si vous n'avez rien de mieux à faire, monsieur le comte (ou mon prince), et si la perspective de passer la soirée chez une pauvre malade ne vous effraie pas trop, je serai charmée de vous voir chez moi entre sept et dix heures. Annette Sherer. »
    « Dieux, quelle virulente sortie ! » répondit le prince sans s'émouvoir le moins du monde d'un pareil accueil ; il portait l'uniforme chamarré de la cour, orné de plaques, avec bas et escarpins, et arborait sur son visage plat une expression claire.

    Tolstoi, Guerre et Paix, Le livre de poche n° 1016

    3.Je suis obligé de faire remonter mon lecteur au temps de ma vie où je rencontrai pour la première fois le chevalier des Grieux. Ce fut environ six mois avant mon départ pour l'Espagne. Quoique je sortisse rarement de ma solitude, la complaisance que j'avais pour ma fille m'engageait quelquefois à divers petits voyages, que j'abrégeais autant qu'il m'était possible. Je revenais un jour de Rouen, où elle m'avait prié d'aller solliciter une affaire au Parlement de Normandie pour la succession de quelques terres auxquelles je lui avais laissé des prétentions du côté de mon grand-père maternel. Ayant repris mon chemin par Évreux, où je couchai la première nuit, j'arrivai le lendemain pour dîner à Pacy, qui en est éloigné de cinq ou six lieues. Je fus surpris, en entrant dans ce bourg, d'y voir tous les habitants en alarme. Ils se précipitaient de leurs maisons pour courir en foule à la porte d'une mauvaise hôtellerie, devant laquelle étaient deux chariots couverts. Les chevaux, qui étaient encore attelés et qui paraissaient fumants de fatigue et de chaleur, marquaient que ces deux voitures ne faisaient qu'arriver.

    L'abbé Prévost, Manon Lescaut, Librairie Gründ, Paris

    4.LA petite ville de Verrières peut passer pour l'une des plus jolies de la Franche-Comté. Ses maisons blanches avec leurs toits pointus de tuiles rouges s'étendent sur la pente d'une colline, dont les touffes de vigoureux châtaigniers marquent les moindres sinuosités. Le Doubs coule à quelques centaines de pieds au-dessous de ses fortifications, bâties jadis par les Espagnols, et maintenant ruinées.
    Verrières est abritée du côté du nord par une haute montagne, c'est une des branches du Jura. Les cimes brisées du Verra se couvrent de neige dès les premiers froids d'octobre. Un torrent, qui se précipite de la montagne, traverse Verrières avant de se jeter dans le Doubs, et donne le mouvement à un grand nombre de scies à bois, c'est une industrie fort simple et qui proçure un certain bien-être à la majeure partie des habitants plus paysans que bourgeois. Ce ne sont pas cependant les scies à bois qui ont enrichi cette petite ville. C'est à la fabrique des toiles peintes, dites de Mulhouse, que l'on doit l'aisance génerale qui, depuis la chute de Napoléon, a fait rebâtir les façades de presque toutes les maisons de Verrières.
    À peine entre-t-on dans la ville que l'on est étourdi par le fracas d'une machine bruyante et terrible en apparence. Vingt marteaux pesants, et retombant avec un bruit qui fait trembler le pavé, sont élevés par une roue que l'eau du torrent fait mouvoir.

    Stendhal, Le Rouge et le Noir, Classiques Garnier, 1973

    5.Très illustres et très chevaleresques champions, gentilshommes et autres, qui vous adonnez volontiers aux pratiques nobles et mondaines, vous avez récemment vu, lu et connu les 'Grandes et Inestimables Chroniques de l'énorme géant Gargantua', et comme de vrais dévots, les avez crues tout ainsi qu'un texte de la Bible ou du Saint Évangile, et vous y avez maintes fois passé votre temps avec les honorables dames et demoiselles, leur en faisant beaux et longs récits, quand vous en aviez fini avec votre propos habituel ; par quoi vous êtes digne de grande louange...

    François Rabelais, Pantagruel, Classiques Larousse

     

  • incipit (suite)

    désolée!

    je viens de constater que la 5e lettre manquait!

    La voici:

    5.Très illustres et très chevaleresques champions, gentilshommes et autres, qui vous adonnez volontiers aux pratiques nobles et mondaines, vous avez récemment vu, lu et connu les 'Grandes et Inestimables Chroniques de l'énorme géant Gargantua', et comme de vrais dévots, les avez crues tout ainsi qu'un texte de la Bible ou du Saint Évangile, et vous y avez maintes fois passé votre temps avec les honorables dames et demoiselles, leur en faisant beaux et longs récits, quand vous en aviez fini avec votre propos habituel ; par quoi vous êtes digne de grande louange...

     

  • I comme incipit

    Reprenons le jeu des incipits. Nous sommes aux romanciers dont le nom commence par P, Q, R, S et T mais les extraits ne sont pas dans l'ordre alphabétique de leurs auteurs. Un seul roman n'a pas été écrit en français. Bon amusement!

    1.Certains témoins mentionnent qu'aux derniers jours du procès de Maurice Papon, la police a empêché un clown, un auguste, au demeurant fort mal maquillé et au costume de scène bien dépenaillé, de s'introduire dans la salle d'audience du palais de justice de Bordeaux. Il semble que, ce même jour, il ait attendu la sortie de l'accusé et l'ait simplement considéré, à distance, sans chercher à lui adresser la parole. L’ancien secrétaire général de la préfecture de Gironde a peut-être remarqué ce clown mais rien n'est moins sûr. Plus tard, l'homme est revenu régulièrement, sans son déguisement, assister à la fin des audiences et aux plaidoiries. À ch que fois il posait sur ses genoux une mallette dont il caressait le cuir tout éraflé. Un huissier se souvient de l'avoir entendu dire, après que fut tombé le verdict:
    - Sans vérité, comment peut-il y avoir de l'espoir ?

    2.« EH BIEN, mon prince, Gènes et Lucques ne sont plus que des apanages, des domaines, de la famille Buonaparte. Non, je vous préviens que si vous ne me dites pas que nous avons la guerre, si vous vous permettez encore de pallier toutes les infamies, toutes les atrocités de cet Antéchrist (ma parole, j'y crois), je ne vous connais plus, vous n'êtes plus mon ami, vous n'êtes plus mon fidèle serviteur, comme vous dites. Eh bien, bonjour, bonjour. Je vois que je vous fais peur, asseyez-vous et racontez. »
    Ainsi parlait, en juillet 1895, Anna Pavlovna Scherer, une demoiselle d'honneur bien connue et une intime de l'impératrice Maria Fédorovna, en accueillant le prince Vassili, personnage important et haut fonctionnaire, arrivé le premier à sa soirée. Anna Pavlovna toussait depuis quelques jours, elle avait la grippe, disait-elle (c'était alors un mot nouveau dont ne se servaient que de rares personnes). Dans les billets qu'elle avait fait porter dans la matinée par un laquais en livrée rouge, il était dit à tous sans distinction :
    « Si vous n'avez rien de mieux à faire, monsieur le comte (ou mon prince), et si la perspective de passer la soirée chez une pauvre malade ne vous effraie pas trop, je serai charmée de vous voir chez moi entre sept et dix heures. Annette Sherer. »
    « Dieux, quelle virulente sortie ! » répondit le prince sans s'émouvoir le moins du monde d'un pareil accueil ; il portait l'uniforme chamarré de la cour, orné de plaques, avec bas et escarpins, et arborait sur son visage plat une expression claire.

    3.Je suis obligé de faire remonter mon lecteur au temps de ma vie où je rencontrai pour la première fois le chevalier des Grieux. Ce fut environ six mois avant mon départ pour l'Espagne. Quoique je sortisse rarement de ma solitude, la complaisance que j'avais pour ma fille m'engageait quelquefois à divers petits voyages, que j'abrégeais autant qu'il m'était possible. Je revenais un jour de Rouen, où elle m'avait prié d'aller solliciter une affaire au Parlement de Normandie pour la succession de quelques terres auxquelles je lui avais laissé des prétentions du côté de mon grand-père maternel. Ayant repris mon chemin par Évreux, où je couchai la première nuit, j'arrivai le lendemain pour dîner à Pacy, qui en est éloigné de cinq ou six lieues. Je fus surpris, en entrant dans ce bourg, d'y voir tous les habitants en alarme. Ils se précipitaient de leurs maisons pour courir en foule à la porte d'une mauvaise hôtellerie, devant laquelle étaient deux chariots couverts. Les chevaux, qui étaient encore attelés et qui paraissaient fumants de fatigue et de chaleur, marquaient que ces deux voitures ne faisaient qu'arriver.

    4.LA petite ville de Verrières peut passer pour l'une des plus jolies de la Franche-Comté. Ses maisons blanches avec leurs toits pointus de tuiles rouges s'étendent sur la pente d'une colline, dont les touffes de vigoureux châtaigniers marquent les moindres sinuosités. Le Doubs coule à quelques centaines de pieds au-dessous de ses fortifications, bâties jadis par les Espagnols, et maintenant ruinées.
    Verrières est abritée du côté du nord par une haute montagne, c'est une des branches du Jura. Les cimes brisées du Verra se couvrent de neige dès les premiers froids d'octobre. Un torrent, qui se précipite de la montagne, traverse Verrières avant de se jeter dans le Doubs, et donne le mouvement à un grand nombre de scies à bois, c'est une industrie fort simple et qui proçure un certain bien-être à la majeure partie des habitants plus paysans que bourgeois. Ce ne sont pas cependant les scies à bois qui ont enrichi cette petite ville. C'est à la fabrique des toiles peintes, dites de Mulhouse, que l'on doit l'aisance génerale qui, depuis la chute de Napoléon, a fait rebâtir les façades de presque toutes les maisons de Verrières.
    À peine entre-t-on dans la ville que l'on est étourdi par le fracas d'une machine bruyante et terrible en apparence. Vingt marteaux pesants, et retombant avec un bruit qui fait trembler le pavé, sont élevés par une roue que l'eau du torrent fait mouvoir.
    5.Très illustres et très chevaleresques champions, gentilshommes et autres, qui vous adonnez volontiers aux pratiques nobles et mondaines, vous avez récemment vu, lu et connu les 'Grandes et Inestimables Chroniques de l'énorme géant Gargantua', et comme de vrais dévots, les avez crues tout ainsi qu'un texte de la Bible ou du Saint Évangile, et vous y avez maintes fois passé votre temps avec les honorables dames et demoiselles, leur en faisant beaux et longs récits, quand vous en aviez fini avec votre propos habituel ; par quoi vous êtes digne de grande louange...

     

  • H comme Hal

    Samedi dernier, Porte de Hal. Vue sur Saint-Gilles:

    Bx art nouveau Art déco 007 - kopie

  • G comme généreux voisins

    J'ai reçu des pommes. Hier soir. Deux caisses de pommes. Pour moi toute seule.

    Je vais pouvoir faire des compotes, des tartes, des fars, des clafoutis, des cakes, des Tatin, des chaussons, des sorbets,... et inviter du monde!

  • F comme fazzoletto

    Ce qui me manque le plus - non, la seule chose qui me manque - les soirs d'opéra à la Monnaie, c'est le grand mouchoir blanc tout propre et bien repassé par mes soins (précision inutile, I presume?) que mon mari me tendait pour polir mes lunettes avant le spectacle (et après avoir poli les siennes, of course)

    Oulala, je sens qu'il n'est pas du tout glamour, ce post... héhé, tant pis!

    Je suis comme je suis
    Je suis faite comme ça
    Quand j'ai envie de rire
    Oui je ris aux éclats

    C'est de Jacques Prévert, les érudits qui me lisent l'avaient tout de suite compris, j'en suis sûre.

    Et puis si vous me le permettez, une petite note pour Marine (du blog de Marine, voir ci-contre): Promis-juré! le mois prochain, ce sera enfin F comme Francis, mon coiffeur-philosophe!

  • 7 merveilles

    numéro un, l'AEgidium, l'ancien théâtre en style mauresque

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    en deux, l'hôtel Wielemans (l'intérieur est bien plus joli mais je n'ai pas osé le photographier)

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    en trois, la galerie des ets Demeuldre

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    en quatre, le jardin d'hiver de l'hôtel Hannon

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    en cinq, le dressing de l'hôtel Hannon

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    en six, la fresque à tempera de l'escalier de l'hôtel Hannon

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    en sept, l'hôtel Otlet

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  • E comme euphorie

    Dimanche dernier à Bruxelles. Je marche des kilomètres et des kilomètres pour aller d'un bel endroit à un autre, art nouveau, art déco, hôtels particuliers, ateliers, Saint-Gilles, Ixelles, Bruxelles...

    A l'angle de l'avenue Brugman et de la chaussée de Waterloo, je fais une pause déjeuner à L'Atelier, "ma campagne", dit la vitrine, "pesto & sandwiches factory".

    J'y mange une superbe quiche servie avec une salade (7 €) et je m'offre un verre de vin rouge. Il va être midi mais aux autres tables on est en train de prendre un petit déjeuner, trois pots de confiture, du pain et des viennoiseries... Tout ça a l'air bien bon aussi!

    L'euphorie du moment me gagne et je me sens de nouveau prête à affronter le monde, les kilomètres et les aigreurs de mon ex-mari ;-)

    Bx art nouveau Art déco 015 - kopie
     

    L'hôtel Ciamberlani, rue Defacqz

  • D comme dommage

    Quand c'est vraiment un bon vin, la bouteille est plus vite vide. J'ai beau me dire que ce n'est pas bon pour mon cerveau, rien n'y fait.

    Les noix sont fraîches et se pèlent bien. C'est excellent avec un Patriarch 2000 de chez Babich (Nouvelle-Zelande). J'ai beau me dire que les noix sont caloriques, rien n'y fait.

    J'ai un excellent petit fromage de brebis. Fermier, appellation contrôlée, lait cru. Evidemment! J'ai beau me dire que ce n'est sûrement pas bon pour mon cholestérol (que je n'ai encore jamais fait contrôler), rien n'y fait.

    Mon pain aux noix est excellent. Tout beau tout chaud,il sort du four. Reprenons-en une tranche. J'ai beau me dire que les glucides sont désormais interdits par tous les gourous des stars, rien n'y fait.

    Dommage, disait mon père, que toutes les bonnes choses ont une fin. En deux repas, j'ai fini la bouteille, les noix, le fromage et le pain.

  • C comme couples

    Je constate que depuis que je vis seule je ne fais pas très attention aux couples. Avant non plus d'ailleurs, je n'avais d'yeux que pour l'Homme-de-ma-vie, Chimène de mon Rodrigue.

    (envie de faire un petit jeu de mot avec chimère mais non, je ne le ferai pas ;-))

    Cependant de temps à autre un couple s'impose à mon regard, ou à mes oreilles.

    Comme cette dame en chaise roulante que son mari pousse sur le pavé. C'est dur, il est assez âgé, plutôt gringalet, et elle très forte. Mais elle n'arrête pas de l'invectiver.

    Qu'y peut-il, ce brave homme, si la bordure est trop haute? les pavés inégaux? le creux de la voie rempli de sable?

    J'ai envie d'intervenir. Lui continue courageusement et sans rien dire. J'en connais qui planteraient là madame et son sale caractère!

  • B comme Bruxelles et Biennale Art Nouveau 2009

    Aujourd'hui et demain, je suis de nouveau à Bruxelles pour la Biennale Art Nouveau 2009.

    Toutes les infos sont ici: www.voiretdirebruxelles.be

    Mon programme est encore une fois bien trop chargé, je le sais, mais comment résister? comment choisir, trier, éliminer parmi toutes ces belles choses à voir? Maisons privées, ancien cinéma, hôtels, galeries, musée, brasseries, maisons communales, églises...

    Ne vous en privez pas, le programme se poursuit également les autres week-ends d'octobre!

    Voyez plutôt:

    La Biennale Art Nouveau 2009 :
    de l’Art Nouveau à l’Art Déco

    affiche.jpg

    La Biennale Art Nouveau 2009 : de l'Art Nouveau à l'Art Déco

    La cinquième édition de la Biennale Art Nouveau offre une occasion unique de découvrir plus de cinquante intérieurs bruxellois pendant les quatre premiers week-ends du mois d'octobre.

    En élargissant cette année la Biennale à l'Art Déco, Voir et Dire Bruxelles permet au public de découvrir le patrimoine bruxellois de l'entre-deux-guerres encore souvent méconnu.

    Voir et Dire Bruxelles met l'accent sur la variété architecturale de ces deux styles majeurs de l'architecture bruxelloise. Des hôtels et maisons de maître d'exception sont à nouveau ouverts mais également des bâtiments scolaires, industriels, publics, des maisons d'habitation plus modestes, des immeubles de bureaux, ou encore des magasins, cafés et cinémas... Cette diversité architecturale démontre la richesse des styles Art Nouveau et Art Déco dans le tissu urbain bruxellois.

    Les visites guidées de la Biennale Art Nouveau offrent l'opportunité au public de comprendre comment ces bâtiments sont conservés, habités et parfois transformés tout en restant des témoignages marquant de ce patrimoine inestimable.


    Isabelle Paelinck

    Présidente de Voir & Dire Bruxelles