• Z comme zut

    Au moment de la séparation, il y a trois ans, j'ai eu la lumineuse idée de ne pas prendre mon propre avocat mais de faire confiance à celui que mon mari s'était choisi. Un avocat pour deux.

    Je sais ce que vous pensez et je sais ce que vous allez dire. Etais-je bien naïve de croire qu'il prendrait à coeur - et équitablement - l'intérêt de deux partis opposés, etc. etc.

    Mais là n'est pas la question aujourd'hui.

    Les échanges entre l'avocat, mon mari et moi se faisaient par mail. Simple, pratique et efficace, n'est-ce pas.

    Seulement voilà, de temps à autre je ne recevais rien du tout. Pourtant ce cher homme (et aussi cet homme cher, mais ne faisons pas d'humour sur les honoraires de cette profession) disait qu'il m'envoyait scrupuleusement tous les mails et tous les dossiers à moi aussi.

    Jusqu'au jour où il s'est rendu compte qu'il mettait un point (dot) entre mon prénom et mon nom. Ce qui fait que le mail avec tout notre dossier en pièce jointe est arrivé plusieurs fois chez une dame qui s'appelle comme moi et qui est chez le même serveur. Qui s'est peut-être délectée à lire par le menu comment nos avoirs seraient partagés. Ou peut-être pas. Je n'en sais rien, elle n'a jamais donné signe de vie.

    Quelque temps après, c'est moi qui ai reçu des mails m'annonçant une naissance - agrémentée de photos - chez des gens que je ne connaissais pas. Comme c'était le cas avant-hier avec les nouvelles d'Anne-Marie, de Victor et de Rosette.

    Alors je mets un point entre mon prénom et mon nom après avoir cliqué sur "forward". Et ça arrive chez mon homonyme. Dont j'aimerais bien qu'elle me rende la politesse.

     

  • Poème à Yvonne

    Vous dont je ne sais pas le nom ô ma voisine
    Mince comme une abeille ô fée apparaissant
    Parfois à la fenêtre et quelquefois glissant
    Serpentine onduleuse à damner ô voisine
    Et pourtant soeur des fleurs ô grappe de glycine

    En robe verte vous rappelez Mélusine
    Et vous marchez à Petits Pas comme dansant
    Et quand vous êtes en robe bleu-pâlissant
    Vous semblez Notre-Dame des fleurs ô voisine
    Madone dont la bouche est une capucine

    Sinueuse comme une chaîne de monts bleus
    Et lointains délicate et longue comme un ange
    Fille d'enchantements mirage fabuleux
    Une fée autrefois s'appelait Mélusine
    Ô songe de mensonge avril miraculeux

    Tremblante et sautillante ô vous l'oiselle étrange
    Vos cheveux feuilles mortes après la vendange
    Madone d'automne et des printemps fabuleux
    Une fée autrefois s'appelait Mélusine
    Êtes-vous Mélusine ô fée ô ma voisine

    Apollinaire, Oeuvres poétiques, La Pléiade, 1967

  • X

    Anne-Marie m'envoie un mail pour me remercier de l'avoir renseignée. A propos de Victor. Elle me donne aussi des nouvelles de Rosette.

    Fort bien.

    Je ne connais aucune Anne-Marie. Je ne connais qu'un Victor, il a trois ans. Personne de ma connaissance ne s'appelle Rosette.

    Mais Zalors, mais Zalors?

    Vous Zaurez l'explication après-demain. Z comme...
    Avis aux Zamateurs: vous pouvez bien sûr proposer vos Zexplications!

  • W comme wagon de train

    Les adieux sur le quai d'une gare, il y a longtemps que je n'avais plus vécu ça. Mais ces derniers mois j'ai repris de l'exercice.

    C'est toujours aussi difficile.

    Heureusement qu'il y a l'espoir. Pour moi l'espoir n'est pas sale.

    Je ne suis pas fan de Jean-Paul Sartre.

  • V comme vaccin

    Salle des profs, caisse du supermarché ou piscine municipale, quel que soit le décor la scène qui se joue reste la même: as-tu eu ton vaccin?

    Il y a ceux qui croient devoir se trouver de bonnes excuses pour l'avoir fait:

    - Tu comprends, je suis enceinte, et mon gynéco m'a parlé d'une future mère qui s'est retrouvée sous perfusion suite à cette grippe...
    - Mes enfants sont petits, je ne voudrais pas les contaminer.
    - A l'âge que j'ai, je crois que ça vaut mieux.

    Il y a ceux qui croient avoir de bonnes raisons pour ne pas le faire:

    - Oh moi je n'ai jamais eu la grippe de ma vie!
    - Oh moi pas question de m'empoisonner avec leur vaccin!
    - Tout ça, c'est pour faire marcher le commerce!

    Il y a ceux qui vous en veulent de ne pas le faire:

    - Comment? mais c'est de l'inconscience!

    et qui vous regardent comme si l'humanité allait être exterminée par votre faute.

    ***

    Ce matin aux nouvelles les derniers chiffres concernant le SIDA.
    Chaque jour que Dieu fait, trois Belges apprennent de la bouche de leur médecin qu'ils sont contaminés par le virus. Mais ça ne semble pas inquiéter grand monde.

  • U comme unisson

    C'est bien de se sentir à l'unisson d'autres personnes, de celles qu'on aime ou qu'on apprécie particulièrement.

    C'est bien de sentir ces accords et de se comprendre à demi-mots.

    C'est bien cette harmonie entre les pensées et les êtres.

    C'est bien de pouvoir dire "Toi aussi? Moi aussi!"

    Et pour tant d'autres choses être si différents.

    C'est bien.

  • T comme Tilquin

    A Bruxelles, au numéro 9 de la Galerie de la Reine est située une coutellerie. La coutellerie Tilquin. Vous y trouverez tous les merveilleux couteaux de marque, du plus petit désosseur au plus imposant des sabres.

    Autrefois à cette adresse il y avait un armurier, l'armurerie Montigny. Si vous googlez ce nom vous remarquerez que la famille Montigny s'est occupée d'armes pendant des siècles, en France aussi.

    Le 10 juillet 1873, l'armurier Montigny a vendu un revolver de poche Lefaucheux (7 mm) ainsi que 50 cartouches. Le client, sans doute un désespéré, s'appelait Paul Verlaine. Il est d'abord allé boire sur la toute proche Grand-Place pour se donner du coeur au ventre et après il est rentré à l'hôtel où il logeait avac Arthur Rimbaud.

    Il a tiré deux coups mais n'a touché Rimbaud qu'au poignet avec une des deux balles. Il devait être ivre mort pour rater d'aussi près un homme couché dans un lit, mais soit.

    J'aimerais bien lire les documents relatifs à ce fameux procès de Bruxelles.

    si l'enquête vous intéresse, quelques pistes: http://www.tv5.org/TV5Site/litterature/critique-295-bernard-bousmanne_reviens-reviens-cher-ami-rimbaudverlaine-laffaire-de-bruxelles.htm

    http://www.lalibre.be/culture/livres/article/310645/c-est-le-revolver-de-verlaine.html

     

  • S comme stupeur et tremblements

    Le 12 décembre 2007, je me suis offert un cadeau de Noël: une machine à pain en super-promo à 34,99 € et garantie 3 ans. Cette garantie assez longue pour un appareil aussi bon marché m'avait convaincue tout à fait.

    Samedi dernier, en sortant mon pain du moule, je constate que le petit joint de plastique sous la pale au fond de la cuve se défait: il est fendu et finira par me lâcher tout à fait, rendant la cuve inutilisable.

    Un tout petit joint en plastique, qu'est-ce que ça peut bien coûter? Et ne suis-je pas sous garantie, l'appareil n'a pas deux ans?

    Je me renseigne: retrouver la facture, le livret d'accompagnement, rechercher le site du discount où je l'ai acheté, envoyer un mail, retrouver le fabricant, envoyer un mail, téléphoner à l'usine...

    Résultat des courses:
    1.l'appareil est bien sous garantie, mais pas la cuve, car "elle est sujette à l'usure", me dit la dame de l'usine. Et l'appareil, est-il inusable? Je n'ose pas lui poser la question...
    2.impossible de remplacer le joint, il faut remplacer toute la cuve. Coût de l'opération: 21,20 € (15 pour la cuve et 6,20 pour les frais d'envoi). J'aurai ainsi une cuve qui me lâchera problement vers la même époque que l'appareil, c'est-à-dire à Noël 2010, quand il ne sera plus sous garantie.

    Je dis à la dame au téléphone - car j'aime demander conseil aux experts ;-) "Je ne vais tout de même pas payer plus de 20 € pour une cuve qui ne tient pas le coup deux ans? Pour ce prix-là j'ai presque un appareil tout neuf!"

    Et elle me répond: "Oh vous avez de la chance qu'elle ait tenu si longtemps! La plupart sont usées au bout de six mois!"

    Stupeur de ma part (je suis restée sans voix après une telle réponse) qu'on puisse mettre à l'accueil téléphonique une dame qui croit si fort en la qualité du produit qu'elle vend.

    Tremblements pour elle - peut-elle rester à ce poste si elle commet de telles bourdes - pour son patron et pour les travailleurs de son usine.

    N'est-ce pas Abraham Lincoln qui a dit "On peut tromper une partie du peuple tout le temps et tout le peuple une partie du temps, mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps." ?

  • 22 novembre

    L'an dernier on enterrait mon père.

    Le jour de la Sainte-Cécile, patronne des musiciens, lui qui a chanté dans une chorale toute sa vie... et fêté la Sainte-Cécile chaque année en banquetant avec ses amis.

    N'est-il pas beau, ce hasard?

    Ci-dessous, âgé de trois ans, entre son frère aîné et sa maman Yvonne. ivonne1 - kopie

     

     

     

     

    Les malheurs de la vie commenceront à peine quatre ans après cette photo, quand une voisine viendra le chercher au square où il jouait au foot avec son frère et les gamins du quartier - l'enfance de mon père a ses petits côtés Quick et Flupke ;-) - en annonçant sans le moindre ménagement: "A***! L***! rentrez vite à la maison, votre maman est morte!"

  • R comme recette

    Se voi star sano osserva questa norma
    non mangiar senza voglia, e cena leve,
    mastica bene, e quel che in te riceve
    sia ben cotto e di semplice forma.

    Chi medicina piglia mal s'informa.
    Guarti dall'ira e fuggi l'aria greve;
    su diritto sta, quando da mensa leve;
    di mezzogiorno fa che tu non do[r]ma.

    El vin sia temperato, poco e spesso,
    non for di pasto né a stomaco voto;
    non aspectar né indugiare il cesso;
    se fai esercizio sia di picciol moto.

    Col ventre resuppino e col capo depresso
    non star, e sta coperto ben di notte;
    el capo ti posa e tien la mente lieta.
    Fuggi lussuria e attieni alla dieta.

    Leonardo da Vinci, regimen sanitatis (Codice Atlantico, F 213v)

    Je me permets ci-dessous de vous offrir une tentative de traduction:

    Si tu veux garder la santé, observe cette règle
    Ne mange pas sans faim et dîne léger
    Mâche bien et quoi que tu manges
    Que ce soit simple et bien cuisiné

    Celui qui prend des médicaments est mal informé
    Garde-toi de la colère et fuis l'air vicié
    Tiens-toi droit quand tu sors de table
    Et ne dors pas l'après-midi

    Bois ton vin tempéré, bois peu mais souvent
    Pas en dehors des repas ni l'estomac vide
    N'attends pas d'aller au cabinet et n'y reste pas longuement
    Si tu fais de l'exercice, que ce soit à petites doses

    Ne te tiens ni le ventre en avant ni la tête basse
    Et couvre-toi bien la nuit
    Pose la tête sur l'oreiller l'esprit vidé de tes soucis
    Fuis la luxure et tiens-toi à ce régime

    Ce soir je mangerai sans doute plus qu'à ma faim mais je promets de bien me couvrir ;-)

  • le bilan du 20

    Trois ans exactement que l'homme de ma vie est sorti de ma vie: il est temps de tourner la page, de me déclarer "guérie" et de remercier tous les amis qui m'ont aidée à surmonter les périodes noires.

    Demain soir chez moi il y aura des bulles et des petits plats pour ceux et celles qui sans relâche m'ont téléphoné, écrit, invitée, nourrie, écoutée, conseillée. Qui m'ont offert leur temps, la chaleur de leur foyer, leurs propres expériences. Qui m'ont aidée pour le jardin, la banque ou les assurances. Qui m'ont hébergée. Qui m'ont offert des fleurs ou le restaurant. Qui n'ont pas voulu que je sois seule le soir de Noël.

    Demain soir j'espère trouver les mots pour leur dire toute ma reconnaissance - car je suis plus forte à l'écrit qu'à l'oral ;-) et aucun d'entre eux, à part M., ne connaît l'existence de ce blog.

  • Question existentielle: quelle heure est-il?

    C'est en voiture que j'ai le plus besoin d'une montre: que je sois en route pour l'école, la gare, un rendez-vous, un spectacle, toujours il s'agit d'être à l'heure.

    Je ne porte pas de montre-bracelet, dans la vie courante ma "reloj interior" fonctionne assez bien. Même en classe, je peux évaluer à la minute près combien de temps il me reste avant la fin du cours.

    Par contre en voiture je n'arrête pas de vérifier combien de minutes il me reste pour atteindre ma destination.

    Seulement voilà, cette montre avance et je ne suis pas capable de la remettre à l'heure. Le gros livret d'accompagnement reçu avec la voiture ne me l'explique pas. Il me faut donc depuis trois ans déduire de l'heure indiquée une, puis deux, puis trois... et aujourd'hui déjà 41 minutes.

    Je vous garantis que c'est un exercice qui entraîne votre aptitude au calcul mental. Ainsi par exemple si l'écran affiche 08:05 je sais qu'il est 7 h 24. De temps en temps ça me permet d'épater un passager qui s'étonne qu'il soit déjà si tard. "Ne t'inquiète pas, si c'est marqué 21.16 h ça veut dire qu'il est 20.35 h"

    Une fois par an l'affaire se complique un peu, c'est au passage à l'heure d'hiver. Puisqu'alors il me faut déduire 60 minutes de plus.

  • P comme les Portes du Paradis

    Voici quelques portes de mon paradis

    DSCI0146 - kopie

     

    DSCI0148 - kopie

     

    DSCI0150 - kopie

     

    souvent le paysage me fait penser à ce poème de Paul Verlaine, surtout que ce jour-là était précisément un dimanche:

    L'échelonnement des haies

    L'échelonnement des haies
    Moutonne à l'infini, mer
    Claire dans le brouillard clair
    Qui sent bon les jeunes baies.

    Des arbres et des moulins
    Sont légers sur le vert tendre
    Où vient s'ébattre et s'étendre
    L'agilité des poulains.

    Dans ce vague d'un Dimanche
    Voici se jouer aussi
    De grandes brebis aussi
    Douces que leur laine blanche.

    Tout à l'heure déferlait
    L'onde, roulée en volutes,
    De cloches comme des flûtes
    Dans le ciel comme du lait.

  • O comme orange

    - Mets de l'orange dans ta vie, me conseille I

    C'était la couleur du pyjama qu'elle portait ce matin-là et celle du porte-clé qu'elle m'avait offert la veille. Je le lui montre:

    - Voilà, dis-je, c'est fait.

    J'ai très peu d'orange dans ma vie. Ce n'est pas du tout ma couleur préférée. I avait fouillé toute l'armoire pour y dénicher une tasse avec un peu d'orange, pour le café du petit déjeuner.

    Comme je n'irradiais pas assez de joie de vivre, selon elle, le porte-clé seul ne suffirait pas. I croit très fort aux vertus de l'orange, mais il en faut apparemment une certaine dose.

    - C'est une couleur qui ne me va pas du tout, lui dis-je. Il me donne le teint blafard, limite verdâtre.

    C'est en tout cas ce qu'il m'avait semblé voir dans le miroir de la salle de bains, il y a une quinzaine d'années, ou peut-être vingt, la première et la dernière fois que j'avais mis un pull orange.

    Et puis voilà qu'un samedi matin "avec son ciel si gris qu'un canal s'est pendu", je ressors de dessous la pile ledit pull orange. Je constate que les mites non plus n'en ont pas voulu. Je m'en suis donc courageusement revêtue et ne me suis pas regardée dans le miroir.

    Quant à savoir s'il m'a enveloppée d'une aura de bonheur...

  • N comme no no Letta

    Les langues étrangères, j'ai toujours trouvé ça fascinant. Quand nous étions enfants, mon frère et moi ne rations jamais le coucours Eurovision de la chanson, que nous regardions en famille, chez mes grands-parents. A cette époque, il y avait encore des pays qui osaient chanter dans leur langue nationale... et ça ne les empêchait pas de gagner ;-)

    Gigliola Cinquetti, par exemple. On ne l'a pas vue l'année de sa victoire (1964) parce qu'on était trop petits, mais sa chanson gagnante a été un tube à la radio au début des années 70 et nous chantions à pleins poumons avec elle "No no Letta", pensant que Gigliola se défendait contre une prénommée Letta qui lui disputait son "amore romantico".

    Gigliola Cinquetti - Non ho l'età
    http://www.youtube.com/watch?v=PtbW7zYmYfM

    Avec les chansons que mon frère apprenait chez les scouts, ce n'était guère plus brillant! C'était du français pourtant, mais il semble que mon frère ne le savait pas: les grands braillaient et lui, le petit, apprenait "sur le tas" sans comprendre ;-) Je ne vous dirai pas ce que nous faisions de ceci, par exemple:

    C'est un fameux trois mâts fin comme un oiseau,
    Hissez haut Santiano,
    Dix-huit noeuds quatre cents tonneaux,
    Je suis fier d'y être matelot.

    Tiens bon la vague et tiens bon le vent,
    Hissez haut Santiano,
    Si dieu veut toujours droit devant,
    Nous irons jusqu'à San Francisco.

    J'ai mis en gras les deux seuls vers que nous prononcions correctement. Le reste était chanté "en espagnol"

    Hugues Aufray - Santiano (1961)
    http://video.yandex.ru/users/france-chanson/view/67/

     

  • M comme mémoire

    Penser à inscrire dans mon carnet:

    que le cours d'italien (que je suis depuis DES années) commence toujours à 8.30 h
    que la piscine (où je vais depuis cinq ans) ouvre toujours à 17.30 h
    que le mardi est (depuis plus de vingt ans) le jour des poubelles
    que les jours fériés les magasins sont fermés

    Trouver des trucs pour ne plus oublier:

    de poster les cartes d'anniversaire qui sont toutes prêtes dans mon sac à main
    pour quel spectacle j'ai des billets et pour lequel je n'en ai pas
    de fermer ma porte à clé
    le nom de mes élèves après une semaine de vacances


    Jeanne Moreau - J'ai la mémoire
    http://www.youtube.com/watch?v=5l0ytUxNh2s

  • L comme Lazy Lady

    Enfiler de grosses chaussettes
    Faire entrer les chats
    Se faire un litre de thé

    Passer des heures devant l'écran de l'ordinateur
    Manger ce qu'on trouve dans le frigo
    Se faire encore un litre de thé

    Allumer la télé
    S'allonger dans le fauteuil
    Se faire encore un litre de thé

    Croquer du chocolat noir
    Bientôt l'heure d'aller se coucher
    Aujourd'hui rien n'est rangé

  • K comme KKK

    N'ayez crainte en voyant ce titre, il ne s'agira ici que d'une spécificité belgo-belge donc toute pacifique par définition ;-) et que je viens d'apprendre à la télé néerlandophone:

    Kampioen Kortingsbonnen Knippen

    Il paraît qu'en Belgique nous sommes champions du monde du découpage de bons de réduction: une quinzaine de bons sont découpés en moyenne par Belge par an, ce qui nous amène à un total d'un peu moins de 150 millions de bons de réduction pour l'année 2008.

    Grâce à nos studieuses séances de découpage et aux accortes mains des caissières qui passent ces millions de bouts de papier sous leur scanner nous devançons, année après année, les numéros deux (Etats-Unis d'Amérique) et trois (nos voisins hollandais).

    Et moi demain je vais apporter ma modeste contribution aux statistiques de 2009 en remplissant mon caddie pour 60 €. Ainsi je pourrai profiter du bon que j'ai découpé dans la publicité de mon De(bip)ze préféré...

  • Jeu des incipits

    Voici les réponses:

    1.Dans la plaine rase, sous la nuit sans étoiles, d'une obscurité et d'une épaisseur d'encre, un homme suivait seul la grande route de Marchiennes à Montsou, dix kilomètres de pavé coupant tout droit, à travers les champs de betteraves. Devant lui, il ne voyait même pas le sol noir, et il n'avait la sensation de l'immense horizon plat que par les souffles du vent de mars, des rafales larges comme sur une mer, glacées d'avoir balayé des lieues de marais et de terres nues. Aucune ombre d'arbre ne tachait le ciel, le pavé se déroulait avec la rectitude d'une jetée, au milieu de l'embrun aveuglant des ténèbres.

    Emile Zola, Germinal, LdeP 145-146, 1963

    2.Henti-Maximilien Ligre poursuivait par petites étapes sa route vers Paris.
    Des querelles opposant le Roi à l'Empereur, il ignorait tout. Il savait seulement que la paix vieille de quelques mois s'effilochait déjà comme un vêtement trop longtemps porté.

    Marguerite Yourcenar, L'oeuvre au noir, Gallimard 1979

    3.Le pied faisait un angle droit avec la cheville. Brisé. Un gardien tenait ses mains, l'autre d'un bâton frappait aux dents.

    Si, elle lui dirait, même si dans ses yeux elle se voyait midinette éternelle, elle lui dirait cette fois, le petit sapin prend. Que c'est sûr. Trois hivers sans mourir on peut considérer qu'il deviendra arbre. Que chaque soir soleil couché, elle l'arrose, et que de sa main droite elle enserre sa main gauche qui tient l'arrosoir pour croire, juste un instant, qu'il est là, et l'aide à soulever cet arrosoir qui a toujours beaucoup plus fui qu'arrosé.

    Il est complet le dossier. On lui avait affirmé il y avait plus de deux mois déjà. Et dit qu'un reçu lui serait délivré. Et qu'avec ce reçu elle se présenterait là-bas.

    Françoise Xénakis, Elle lui dirait dans l'île, Laffon 1970

    4.Le vent, tiède et endormi, poussait une brassée de feuilles contre la fenêtre. Wolf, fasciné, guettait le petit coine de jour démasqué périodiquement par le retour en arrière de la branche. Sans motif, il se secoua soudain, appuya ses mains sur le bord de son bureau et se leva. Au passage, il fit grincer la lame grinçante du parquet et ferma la porte silencieusement pour compenser. Il descendit l'escalier, se retrouva dehors et ses pieds prirent contact avec l'allée de briques, bordée d'orties bifides, qui menait au Carré, à travers l'herbe rouge du pays.

    Boris Vian, L'herbe rouge, LdeP 2622, 1971, Pauvert 1962

    5.Vous verrez, ce n'est pas du tout ce à quoi vous vous attendez.
    Le notaire expliqua que l'immeuble était classé monument historique et que des vieux sages de la Renaissance l'avaient habité, il ne se rappelait plus qui.
    Ils prirent l'escalier, débouchèrent sur un couloir sombre où le notaire tâtonna longuement, actionna en vain un bouton avant de lâcher:
    -Ah zut! Ça ne marche pas.
    Ils s'enfoncèrent dans les ténèbres, palpant les murs à grand-bruit. Lorsque le notaire eut enfin trouvé la porte, l'eut ouverte et eut appuyé, cette fois avec succès, sur l'interrupteur électrique, il vit que son client avait une mine décomposée.
    -Ça ne va pas, monsieur Wells?
    -Une sorte de phobie. Ce n'est rien.
    -La peur du noir?
    -C'est cela. Mais ça va déjà mieux.
    Ils visitèrent les lieux. C'était un sous-sol de deux cents mètres carrés. Bien qu'il n'ouvrit sur l'extérieur que par de rares soupiraux, étroits et situés au ras du plafond, l'appartement plut à Jonathan. Tous les murs étaient tapissés d'un gris uniforme, et il y avait de la poussière partout... Mais il n'allait pas faire le difficile.

    Bernard Werber, Les Fourmis, LdeP 9615

  • I comme incipit

    Voici les dernières lettres de l'alphabet: V, W, X, Y, Z.
    Les extraits choisis ont de petits airs ténébreux ;-)

    1.Dans la plaine rase, sous la nuit sans étoiles, d'une obscurité et d'une épaisseur d'encre, un homme suivait seul la grande route de Marchiennes à Montsou, dix kilomètres de pavé coupant tout droit, à travers les champs de betteraves. Devant lui, il ne voyait même pas le sol noir, et il n'avait la sensation de l'immense horizon plat que par les souffles du vent de mars, des rafales larges comme sur une mer, glacées d'avoir balayé des lieues de marais et de terres nues. Aucune ombre d'arbre ne tachait le ciel, le pavé se déroulait avec la rectitude d'une jetée, au milieu de l'embrun aveuglant des ténèbres.

    2.Henti-Maximilien Ligre poursuivait par petites étapes sa route vers Paris.
    Des querelles opposant le Roi à l'Empereur, il ignorait tout. Il savait seulement que la paix vieille de quelques mois s'effilochait déjà comme un vêtement trop longtemps porté.

    3.Le pied faisait un angle droit avec la cheville. Brisé. Un gardien tenait ses mains, l'autre d'un bâton frappait aux dents.

    Si, elle lui dirait, même si dans ses yeux elle se voyait midinette éternelle, elle lui dirait cette fois, le petit sapin prend. Que c'est sûr. Trois hivers sans mourir on peut considérer qu'il deviendra arbre. Que chaque soir soleil couché, elle l'arrose, et que de sa main droite elle enserre sa main gauche qui tient l'arrosoir pour croire, juste un instant, qu'il est là, et l'aide à soulever cet arrosoir qui a toujours beaucoup plus fui qu'arrosé.

    Il est complet le dossier. On lui avait affirmé il y avait plus de deux mois déjà. Et dit qu'un reçu lui serait délivré. Et qu'avec ce reçu elle se présenterait là-bas.

    4.Le vent, tiède et endormi, poussait une brassée de feuilles contre la fenêtre. Wolf, fasciné, guettait le petit coine de jour démasqué périodiquement par le retour en arrière de la branche. Sans motif, il se secoua soudain, appuya ses mains sur le bord de son bureau et se leva. Au passage, il fit grincer la lame grinçante du parquet et ferma la porte silencieusement pour compenser. Il descendit l'escalier, se retrouva dehors et ses pieds prirent contact avec l'allée de briques, bordée d'orties bifides, qui menait au Carré, à travers l'herbe rouge du pays.

    5.Vous verrez, ce n'est pas du tout ce à quoi vous vous attendez.
    Le notaire expliqua que l'immeuble était classé monument historique et que des vieux sages de la Renaissance l'avaient habité, il ne se rappelait plus qui.
    Ils prirent l'escalier, débouchèrent sur un couloir sombre où le notaire tâtonna longuement, actionna en vain un bouton avant de lâcher:
    -Ah zut! Ça ne marche pas.
    Ils s'enfoncèrent dans les ténèbres, palpant les murs à grand-bruit. Lorsque le notaire eut enfin trouvé la porte, l'eut ouverte et eut appuyé, cette fois avec succès, sur l'interrupteur électrique, il vit que son client avait une mine décomposée.
    -Ça ne va pas, monsieur Wells?
    -Une sorte de phobie. Ce n'est rien.
    -La peur du noir?
    -C'est cela. Mais ça va déjà mieux.
    Ils visitèrent les lieux. C'était un sous-sol de deux cents mètres carrés. Bien qu'il n'ouvrit sur l'extérieur que par de rares soupiraux, étroits et situés au ras du plafond, l'appartement plut à Jonathan. Tous les murs étaient tapissés d'un gris uniforme, et il y avait de la poussière partout... Mais il n'allait pas faire le difficile.

  • H comme le hasard n'existe pas?

    En 1913, René Magritte a 15 ans. Il vit à Charleroi avec sa famille. Un jour de foire, il rencontre Georgette Berger. Elle a 12 ans.

    En 1920, René Magritte a 22 ans. Il vit seul à Bruxelles. Un jour qu'il est au Jardin Botanique, il rencontre Georgette Berger pour la deuxième fois de sa vie. Elle a 19 ans. Il la reconnaît tout de suite. Cette fois-ci, il ne la perd plus de vue.

    Deux ans plus tard, son service militaire accompli, il l'épouse.

    magritte

     

    sur cette photo de juin 1922 Georgette et René (à gauche) sont jeunes mariés

  • G comme Ghirlandaio

    Je n'ai évidemment pas pu prendre de photos à Santa Maria Novella (quoique j'aie vu des touristes braver impunément cet interdit, là et ailleurs) mais Wikipedia me garantit que cette image est libre de droit

    ghirlandaio - geboorte van JB

     

    La fresque ci-dessus représente la naissance de Jean-Baptiste. C'est une de celles qui ornent la chapelle des Tornabuoni. Giovanni Tornabuoni était un oncle de Laurent le Magnifique. Domenico di Ghirlandaio, son frère Davide et tout leur atelier - qui comptait, paraît-il, le jeune Michelangelo Buonarroti - y ont travaillé de 1485 à 1490.

    "Ce cycle de fresques est le plus bel exemple d'une décoration religieuse exécutée non seulement pour embellir une église, mais aussi pour glorifier une famille." dit Damien Wigny à la page 388 de sa bible, Au coeur de Florence, parue chez Duculot en 1990.

    Je dois avouer que j'en connais peu d'autres: tous ces "généreux donateurs" portraités sur les panneaux latéraux des triptyques de nos maîtres flamands ne sont-ils pas là eux aussi pour nous dire "Voyez comme je suis riche et puissant" en même temps qu'ils croient y voir une manière de se racheter, en quelque sorte?

  • F comme Florence

    Florence en novembre, c'est la pluie et le temps plutôt frais comme ici. Mais il n'y a de queue nulle part, ni aux Uffizzi, ni à l'Académie, ni à aucun de ces hauts lieux où il faut normalement "prenotare" et faire la file malgré tout.

    Florence en novembre, ce sont les bus Ataf bondés et aux fenêtres embuées qui empêchent à la touriste que je suis de se repérer. Les gens vont à leur travail, les personnes âgées et les jeunes en âge de scolarité sont nombreux aussi; à chaque nouvel arrêt on se demande comment on réussira à faire entrer dans cette foule compacte les quelques personnes qui désirent encore monter. Mais l'église de Santa Maria Novella est quasi vide. Je peux passer un bon quart d'heure à la chappelle des Tornabuoni pour y admirer les magnifiques fresques de Domenico Ghirlandaio; personne pour me gâcher la vue sur le crucifix de Brunelleschi ou sur la Trinité de Masaccio, merveilleux trompe-l'oeil!

    Florence en novembre, ce sont les voitures qui vous aspergent en passant et les trottoirs si petits et si encombrés qu'ils vous obligent à marcher dans les flaques. Mais j'ai l'impression qu'il y a plus de gentillesse dans l'air que lors de mes deux précédents séjours... peut-être ai-je ce sentiment parce que le soir je retrouve l'appartement coloré et douillet de Carla en non une impersonnelle chambre d'hôtel?

    Firenze nov 2009 008 - kopie

     

    via Ghibellina, les stèles indiquent le palazzo où a vécu Pauline Bonaparte mais rendent le trottoir inutilisable

    Firenze nov 2009 009 - kopie

     

    les rues sont étroites, beaucoup de voitures se garent avec une roue sur le trottoir, et puis il y a les vélos, moyen de transport que privilégient de plus en plus les Florentins, m'a dit Moira, que le bus Ataf rend malade ;-)

    Firenze nov 2009 010 - kopie

     

    Florence n'est pas Naples, bien sûr, mais où voulez-vous mettre vos détritus, si ce n'est sur les trottoirs?

  • E comme expression

    - J'ai appris récemment une expression chinoise, nous dit la guide: jouer du luth devant les buffles. Et il y a des jours où, avec certains groupes, c'est vraiment comme ça que je me sens. Je joue du luth devant des buffles.

    La pauvrette voulait sans aucun doute nous faire un compliment sur notre qualité d'écoute et notre niveau culturel ;-)

    - Ah oui, je connais ça, répond le professeur émérite de l'université qui nous raccompagne jusqu'aux vestiaires, elle et moi. En néerlandais on dit "parels voor de zwijnen".

    Des perles aux pourceaux, c'est même dans la bible.

    Mais moi je n'aime pas entendre ces expressions dans la bouche d'un prof ou d'un guide. Ni même dans celle d'un joueur de luth ;-)

    Nos élèves ne sont pas des pourceaux. Même les plus réfractaires à la poésie, j'espère les toucher un jour.

  • D comme Duomo

    Les alentours du Duomo sont devenus piétonniers. Magnifique, me direz-vous! et c'est ce que je pensais moi aussi en le lisant: vivement que le centre de Florence soit réservé aux non-motorisés car les trottoirs n'ont souvent que la largeur de mes deux pieds et encore les chauffeurs les envahissent ( faut bien se garer quelque part, n'est-ce pas?)

    Mais donc, les alentours du Duomo sont piétonniers. On prend ça tellement au sérieux que les bus aussi doivent rester à bonne distance: tant pis, c'est pour la bonne cause.

    Je fais donc le tour du Duomo, le nez en l'air pour admirer ses jolies couleurs et en meme temps les yeux rivés au sol pour essayer d'éviter les plus grosses flaques d'eau (il pleut à Florence, ces jours-ci)

    Et j'ai failli me faire écraser trois fois tant les véhicules sont nombreux à tourner eux aussi autour du Duomo ce matin-là.

  • C comme Carla

    Carla est au Mexique et me prete son appart florentin (et son clavier qwerty sur lequel je ne trouve pas les accents circonflexes ;-)), sa charmante tante qui habite au-dessous et sa gentille fille qui travaille au-dessus.

    De ma vie je n'ai été aussi entourée...

    Je ne la connais pas mais je la découvre au travers de ce lieu: d'abord ses voyages, nombreux, lointains, qui se retrouvent dans les guides qui occupent deux planches de sa bibliothèque, les photos aux murs, d'autres éléments de décoration et tous les condiments exotiques dans sa cuisine.

    Son intérieur coloré plairait à mon amie I qui trouve le mien si monacal ;-)
    Jaune soleil, orange vif, les murs de Carla ne craignent pas la couleur...
    Elle peint aussi, elle a signé de nombreuses toiles aux figures géométriques très contrastées. Il y en a sur tous les murs.

    Je découvre quels livres elle lit, quelle musique elle écoute: quand je partirai d'ici à la fin de la semaine, j'aurai vraiment l'impression de la connaitre alors que je ne l'ai jamais vue.

  • B comme Bruxelles

    Bruxelles ma belle même sous le ciel gris

    DSCI0143 - kopie

     Place Royale, à gauche, le musée Magritte

    DSCI0145 - kopie

    la vue depuis le haut de l'Albertine avec à droite, les bâtiments habillés pour Europalia Chine

  • A comme Adrienne

    La semaine dernière, en préparant un cours sur les salons littéraires au 18e siècle, je me rappelle tout à coup ce joli point commun entre ma grand-mère Adrienne et la marquise de Lambert: elles tenaient toutes deux leur "salon" le mardi.

    Aux mardis de la marquise on pouvait rencontrer Fontenelle, Montesquieu, Fénelon ou Marivaux. On y discutait du passé (la règle des trois unités), du présent (les Lettres persanes) et de l'avenir (les prochaines élections à l'Académie française).

    Aux mardis d'Adrienne, j'ai eu l'occasion de voir sa cousine Marguerite, son ancienne voisine Elvire, sa tante Léonie et son amie Yvonne. On y discutait du présent (le monde comme il va), du passé (le monde comme il allait) et de l'avenir (le monde où il va).

    J'y ai beaucoup appris sur la condition des femmes.

     

  • premier novembre

    En ce premier novembre, premier jour de vacances, premier bon petit déjeuner à l'hôtel South (je vous le recommande http://www.charleroi-hotelsouth.be/).

    Service de navette jusqu'à l'aéroport. Avion pour Pise. Train pour Florence. Bus jusque chez Carla qui m'hébergera cette semaine.

    Demain premier cours d'italien. Première rencontre avec le prof et avec les autres cursistes.

    Je pense (pardon, Eckhart Tolle) que c'est beau la vie ;-)