Adrienne et mes souvenirs d'enfance

Dans la rue de mes grands-parents, dans les années soixante et  même septante (soixante-dix, hein, M ;-)), personne n'avait le téléphone, sauf Albert et Julia. Albert était employé et Julia femme au foyer. Albert avait une belle voiture noire qu'il lavait consciencieusement chaque samedi, après le travail, quoiqu'elle ne soit jamais sale: je ne l'ai connue que rutilante, les chromes bien polis. Et le dimanche matin, Julia mettait son chapeau noir à petit volant pour aller à la messe. A pied.

 

Julia était si dévote qu'un après-midi qu'elle avait gardé mon frère, elle lui avait appris le Je vous salue Marie en néerlandais: Wees gegroet Maria, vol van genade etc. récitait mon petit frère, qui avait trois ans à l'époque et ne connaissait pas un mot de cette langue. Par contre nous comprenions le dialecte flamand local, ce qui fait qu'au lieu de dire "arme zondaars", "pauvres pécheurs", il disait "arme zondaags", "pauvres dimanches". Le mot "zondaar" étant un mot trop savant pour notre connaissance du dialecte.

Et Julia, poverina, qui aimait tant les enfants mais n'en avait malheureusement pas elle-même, le lui faisait réciter à tout le monde.

 

Quand le téléphone sonnait dans le couloir de Julia, c'était une affaire d'Etat. Un événement majeur. En même temps ça faisait un peu peur puisqu'il ne sonnait que pour des choses vraiment sérieuses. Alors Julia courait et faisait la messagère.

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Ce qui fait que moi, depuis toujours, la sonnerie d'un téléphone me fait sursauter de crainte de la "mauvaise nouvelle" et que je n'utilise cet appareil qu'en cas d'extrême nécessité.

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