• Les derniers jours de l'hiver

    A peine avais-je lu le Rondel du Printemps avec mes élèves de 5e (la Première, en France) et le lendemain les premières filles à avoir laissé leur manteau et s'être vêtues de leur broderie fleurissaient ma classe de leurs atours vaporeux, colorés et décolletés.

    - Et bien, leur dis-je en les accueillant à la porte de ma classe, il ne fallait quand même pas prendre à la lettre ce que disait Charles d'Orléans!
    - Oui mais j'en avais marre de mon manteau, répond Laura. Je l'ai mis dans l'armoire et je ne le ressors plus!

    Tout ça parce que ce jeudi 19 mars le thermomètre avait tout d'un coup grimpé jusqu'à 15 degrés! Sans doute en l'honneur de la Saint-Joseph et pour signaler aux jardiniers qu'ils pouvaient commencer à sortir les bêches et les sarclettes.

    Trois jours plus tard, il pleuvait et le thermomètre était redescendu à 7 degrés. Et Laura a ressorti elle aussi son manteau de vent, de froidure et de pluie

    Demain il faudra que je leur apprenne la petite phrase En avril, ne te découvre pas d'un fil... mais elles feront comme moi à leur âge: pour se convaincre de la véracité de l'adage, il faudra d'abord qu'elles en fassent l'expérience par elles-mêmes ;-)

  • Z comme zen

    Mon amie V, gentille collègue et coordinatrice du premier degré (oui je sais nos titres sont ronflants) force quotidiennement mon admiration par la manière calme et tranquille dont elle aborde tous les problèmes, que ce soit une bagarre entre deux gamins ou la mauvaise humeur de la directrice.

    - Comment fais-tu pour être toujours aussi zen? lui dis-je de temps en temps, les yeux écarquillés par l'émerveillement.
    - Mais je ne suis pas zen du tout! se récrie-t-elle à chaque fois. Bien au contraire!

    Pourtant c'est vraiment l'impression qu'elle donne. Mais apparemment cela ne lui est pas naturel et lui coûte de gros efforts. Et sa santé.

    C'est pourquoi, elle a déjà essayé plusieurs remèdes.

    D'abord, elle a suivi des cours de yoga: ça fait un bien fou, paraît-il.

    - Mais en rentrant chez moi, il faudrait que je puisse me mettre au lit tout de suite, pour vraiment profiter pleinement des effets bénéfiques de ma séance. Et ça, ce n'est malheureusement pas possible. Donc j'ai arrêté le yoga.

    L'an dernier, elle a suivi une série de cours de "mindfullness". Ils lui ont coûté fort cher, lui ont pris beaucoup de son précieux temps, et ne l'empêchent pas de sentir encore le stress bouillonner en elle.

    Alors maintenant à notre bureau des coordinatrices, dès qu'un problème se présente, je n'ai qu'à faire le mot "zen" en mettant les bras dans une tentative de position du lotus, et ça nous vaut une franche rigolade.

    Ce qui est finalement la meilleure façon de maîtriser notre stress et d'aborder tous les bobos avec sérénité.

  • Y comme Yvonne

    En janvier et en mars 2009 je vous parlais déjà du nouvel opéra de Philippe Boesmans, Yvonne, princesse de Bourgogne, qu'on venait de créer à l'opéra Garnier.

    Grande fut ma joie de voir qu'il serait au programme de la Monnaie dès la saison prochaine! Ne serait-ce que pour le prénom du personnage du titre ;-) il faut absolument que je le voie!

    "Comédie tragique en quatre actes et en musique sur un livret de Luc Bondy et Marie-Louise Bischofberger d'après la pièce éponyme de Witold Gombrowicz." nous explique-t-on sur le site de la Monnaie.

    On pourra le voir du 9 au 21 septembre prochain.

    Tout le programme de la saison 2010-2011 à la Monnaie ici: http://new.lamonnaie.be/fr/81/Pr%C3%A9sentation-de-la-saison-2010-2011
    et sur Yvonne, princesse de Bourgogne ici: http://new.lamonnaie.be/fr/opera/28/Yvonne-princesse-de-Bourgogne
    mais je suis sûre que j'en reparlerai!

  • facteur X

    Hier, c'était l'anniversaire de mon blog: je l'ai commencé le 27 mars 2008 avec un premier W comme wagon de train.

    Je ne savais pas où ça me mènerait.

    Je ne savais pas combien de temps je le continuerais.

    Je ne savais pas qui me lirait.

    Je ne savais pas si j'allais recevoir des commentaires.

    Et je ne le sais toujours pas aujourd'hui. Mais je profite tout de même de l'occasion pour remercier mes lecteurs, les anonymes, les passants et les plus assidus, merci à vous tous! Et un grand merci à tous ceux qui, par leurs commentaires, me donnent envie de continuer.

  • W comme wagon de train

    Aujourd'hui, dans le train qui me mène à la Monnaie, je ferai enfin pour Bruxelles ce que je fais normalement pour tous les autres endroits où je me rends: lire une lecture appropriée...

    Ainsi, comme j'ai lu les Racconti romani (Moravia) à Rome, les Ragazze di San Frediano (Pratolini) à Florence et Andrea De Carlo à Milan, je lirai un roman noir de Jean-Baptiste Baronian qui se déroule à Bruxelles, Quatuor X.

    On y reconnaît toute la topographie bruxelloise, ainsi que les noms des cafés et des hôtels. Ce serait amusant de refaire les parcours décrits dans le livre, y compris les arrêts aux bars ou restaurants.

    J'y ai aussi déjà repéré deux Adrienne, une Adrienne veuve lubrique à la page 69 et une Adrienne Weismuller qui est professeur de piano au Conservatoire.

    Car le "privé" qui est le narrateur de l'histoire est un passionné de cinéma et de musique classique et l'intrigue est liée à ces deux thèmes, même si en l'occurrence il s'agit de cinéma X. Ce qui éclaire le sens du titre, non?

    Heureusement que je prends le train de temps à autre, ce sont mes seuls moments de lecture, ces derniers mois...

  • V comme voitures volées

    Je lis dans le journal que les marques de voitures qui attirent le plus les voleurs, ici en Belgique, sont les Ford, Volkswagen et Opel pour le top trois, suivies par Mercedes et Peugeot. L'information vient de la police fédérale et est basée sur les chiffres de 2009. La voiture du bon père de famille, en quelque sorte.

    Je ne sais pas si on peut considérer cela comme un label de qualité et si ces marques ont la meilleure réputation auprès des malfrats. Peut-être cela s'explique-t-il tout simplement par le fait qu'elles sont les plus vendues en Belgique. Sans doute que si les voleurs avaient le choix, ils opteraient plutôt pour la Jaguar ou la Porsche?

    En tout cas je me dis qu'avec ma petite Mazda je ne risque rien. Pourtant la marque est tout à fait fiable: celle de mon grand-père a tenu le coup une petite quinzaine d'années et ma précédente aussi, quasiment sans frais de réparations d'aucune sorte.

    Mais il faut avouer qu'elle n'en "jette" pas ;-) Ce n'est pas moi qui impressionne les foules, à l'école, en garant ma tite bagnole sur le parking...

  • U comme ultime ou U comme "Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras"

    "Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras", me dis-je en remontant de la cave une ultime bouteille de Ducru-Beaucaillou 1986 de chez Jean-Eugène Borie, propriétaire à Saint-Julien-Beychevelle.

    J'aime me gargariser de tous ces noms, les dire à haute voix avec délectation, ça me rappelle mon père, celui qui, à l'instar des parents de Colette (oui oui, Sidonie-Gabrielle, celle-là même) m'a initiée "à l’usage familier et discret du vin". Mais ça, c'est une autre histoire et le hors-sujet me guette ;-)

    Je m'en offre donc un verre lundi soir, avec une épaule de lapin, pâtes et broccoli, mardi soir avec le Saint-Marcellin, le pain aux noix, la roquette et les tomates cerises, mercredi soir avec la cuisse de canard confite, les pommes de terre et les haricots verts, ce jeudi soir avec le hachis d'agneau aux oignons et la salade croquante... et demain j'en aurai un ultime verre que je boirai probablement avec son dépôt.

    Un verre, ça va, non? Car je voudrais terminer par une ultime citation de Colette: "Ce n’est pas rien que de prendre en mépris, de bonne heure, à la fois ceux qui ne boivent pas de vin et ceux qui en boivent trop."

  • T comme Traiasca Internetul!

    "Traiasca Internetul!", écris-je à Violeta, mon amie roumaine. Non pas que je sache le roumain - mes connaissances se limitent à quelques mots de base comme 'merci' et 'santé' et deux ou trois petites phrases parmi lesquelles la fameuse "maninca frumos" dont je ne vous parlerai pas aujourd'hui (clin d'oeil à toi, Violeta ;-))

    Non pas, disais-je donc, que je sache le roumain, j'ai simplement copié la phrase d'un powerpoint - heureusement bilingue - que mon amie Violeta m'envoie. Le message en est, grosso modo: parfois je t'envoie un powerpoint sans l'accompagner d'un petit mot, n'en sois pas irritée, c'est parce que je pense à toi mais que je n'ai pas le temps d'écrire.

    C'est vrai que je n'aime pas tellement ça et que personnellement je ne le fais jamais.

    Par contre je suis tout à fait d'accord avec le message final, "traiasca Internetul", vive l'internet, qui me permet de garder le contact si facilement avec les amies dont je suis séparée par tant de kilomètres...

    Et moi qui veux garder l'anonymat le plus absolu sur ce blog, voilà déjà trois amies "de loin" qui en connaissent l'existence.

    Pour ceux que ça intéresse, on peut voir le pps en question ici http://www.slideshare.net/Beatris/vive-internet-presentation

  • Stupeur et tremblements (de terre)

    Où l'on apprend que le tremblement de terre au Chili en février dernier a eu des conséquences planétaires...

    Un chercheur de la Nasa (Richard Gross, pour ne rien vous cacher) a calculé que suite à ce séisme, nos journées ont raccourci de 1,26 microsecondes.

    Avec ses 8,8 sur l'échelle de Richter, ce tremblement a eu des effets sur l'axe de rotation de la terre: selon ce spécialiste, il aurait bougé de 8 centimètres.

    D'ailleurs, ajoute-t-il, nous aurions déjà perdu 6,8 microsecondes lors du tsunami de 2004.

    Sauf que lui n'emploie pas le mode conditionnel. Moi j'attends de voir si ses copains seront d'accord avec lui.

    Pour ceux qui voudraient remettre leurs montres à l'heure: la microseconde, m'apprend l'article du magazine Knack où je lis cette info avec stupeur, représente un millionième de seconde.

    Le printemps n'aura donc eu qu'un très léger retard ;-)

  • 22 mars

    22 mars, la Saint-Joseph est passée, tout bon jardinier de nos régions a ses planches prêtes et fait ses premiers semis et plantations.

    Et moi? j'en suis encore à faire la liste des légumes qui viendront agrémenter mes menus de la saison prochaine. Pour moi, le plaisir du jardinage commence sur le papier - je fais un joli petit plan de mes futures cultures - et au magasin de semences. Dans le rêve, en fait. Le virtuel.

    Ma liste pour cette année ne diffère pas tellement des années précédentes. Savourons déjà la poésie des mots ;-) et voyageons de Liège à Milan...

    1.arroche blonde
    2.betterave rouge
    3.broccoli, ou plutôt broccoletto
    4.céleri blanc
    5.cerfeuil, ciboulette, estragon, persil, toutes les bonnes herbes
    6.chicorée di Chioggia
    7.choux de Bruxelles
    8.choux raves
    9.courgette
    10.échalote cuisse de poulet
    11.épinards
    12.fève des marais
    13.haricot vert nain
    14.laitue frisée d'Amérique et gotte jaune d'or
    15.mâche de Cambrai
    16.navet de Milan
    17.oignon blanc
    18.petits pois Kalife
    19.poireaux de Liège
    20.radis de deux ou trois sortes
    21.roquette
    22.tétragone

    Et bien voilà, j'en suis à 22 sans problème.
    Hmmm je me régale déjà et tout est encore à faire ;-)

    Reste à espérer que cette année les deux Houdini des voisins ne s'échappent pas de leur clapier!

  • R comme Roumanie

    Un gamin de 12 ans frappe à la porte de notre bureau des coordinatrices. L'oeil sombre et l'air buté.

    - Je devais venir voir Mme P*** à midi, me dit-il.
    - Je regrette, elle n'est pas là. Mais je lui dirai que tu es passé. Entre, on va noter ton nom sur une feuille.

    Je regarde le nom qu'il a noté. Il se termine par -escu. Un Roumain, sans nul doute! Je revois en un flash immédiat mon amie Violeta et une grande bouffée d'amitié me submerge. Nous étions là-bas, en Roumanie, à discuter des "identités".

    - Le vrai Roumain d'origine, me disait-elle, porte un nom en -escu.
    - Ah! je comprends alors les Eugène Ionesco, Lola Popesco...
    - Exactement!

    Je regarde ce futur brun ténébreux et lui dis avec un grand sourire:

    - Tu es d'origine roumaine?

    Mais ce n'était même pas une question, en fait. Et oui, son père et sa mère sont Roumains, arrivés en Belgique vers l'époque de sa naissance, il a encore ses grands-parents là-bas et avec eux il parle le roumain.

    Depuis, chaque fois que je le repère dans un couloir, j'ai envie de lui faire un clin d'oeil ou de lui parler de la Roumanie.

    Mais je me retiens. Je ne crois pas qu'il apprécierait ;-)

     

     

  • 20 essentiels dans le bilan lecture

    Début mars, sur le blog de Lucie (voir ci-contre Le clavier bien tempéré, http://lucierenaud.blogspot.com) il y avait un billet proposant un petit jeu auquel je ne peux résister de participer.

    C'était ce qui suit (je cite Lucie):

    Ce n'est pas un tag, simplement une liste de livres qui définit le lecteur. Pas nécessairement donc une liste de chefs-d'œuvre, histoire d'épater la galerie, simplement une liste de titres « essentiels » pour mieux saisir une personnalité.

    Pour moi, les trois "éternels", je l'ai déjà écrit ailleurs sur ce blog, c'est Le petit Prince, L'étranger et un recueil de poésie du moyen âge et du seizième siècle, avec Christine de Pisan et Louise Labé en tête d'affiche. Pourquoi ces trois livres-là? Tout simplement parce que ce sont ceux que j'ai lus et relus tant de fois que j'en connais des passages entiers par coeur et que chaque relecture m'apporte encore et toujours de nouveaux plaisirs. Même celui de la découverte ;-)

    Les trois "classiques", ce sont ceux qui m'ont été donnés en "lecture imposée" à 18 ans. Ils m'ont fait aimer la littérature française et je les ai redécouverts avec un plaisir renouvelé vingt ou trente ans plus tard: Les liaisons dangereuses, Le Rouge et le Noir, Madame Bovary.

    Mes trois "coups de coeur" des dernières années - et là ça devient de plus en plus difficile de se tenir à seulement trois livres - c'est Irène Nemirovski, avec sa magistrale Suite française, Daniel Pennac, plus encore pour son Chagrin d'école (dans lequel je reconnais tant de choses, comme prof) que pour ses Malaussène, et puis un peu de "chick lit" (je déteste le mot), Anna Gavalda avec Ensemble, c'est tout, un gros pavé qui était encore trop tôt terminé pour mon coeur de midinette(Anna, fais-moi le tome deux s'il te plaît, pliiiiize)

    Les trois auteurs dont je lirais à peu près tout ce qu'ils écrivent, c'est Eric-Emmanuel Schmitt, Amélie Nothomb et Amin Maalouf.

    Enfin, les trois oeuvres que je voudrais absolument (re)lire en entier, c'est la correspondance de Mozart, les philosophes de l'Antiquité et presque tout de Voltaire.

    Mais pour mes "essentiels" il faut encore que j'ajoute Montaigne, Molière, Ghelderode, Marot et... la comtesse de Ségur, la seule lecture qui m'ait été autorisée par ma mère quand j'étais enfant: elle ne pouvait me l'interdire puisque les vingt volumes m'avaient été donnés par une de ses amies. C'était dans une édition Hachette des années 30 ;-)

    generaldourakine

     

  • Question existentielle

    Pourquoi les fermetures éclair nous lâchent-elles toujours avant l'heure?

    J'ai une doudoune chaude et légère, en duvet véritable, et que j'ai achetée il y a à peine cinq ans. Voilà que la "tirette" comme on l'appelle ici me lâche en plein hiver et en plein blizzard (c'était fin février, début mars).

    J'ai un pantalon noir, gentiment élimé dans le bas et un peu blanchi de partout aussi, sans que ça ait coûté la santé de travailleurs turcs - ni nui à l'environnement - puisque l'usure est tout naturellement due au temps qui passe. Et puis paf, au bout de quinze ans à peine, ou peut-être vingt, la fermeture éclair qui se casse.

    N'est-ce pas désolant.

    Je tiens tellement à mes "vieux" vêtements, me disais-je samedi après-midi en faisant mon repassage, que les parents d'élèves doivent se dire, au moment où leur progéniture reçoit en grande pompe son diplôme de fin d'études, "tiens, elle portait déjà ce vêtement le jour où on est venu inscrire Jojo à l'école, il y a six ans"...

    Et ne parlons pas de ceux qui ont deux ou trois enfants chez nous.

    L'autre jour je rencontrais un de mes très très anciens élèves, il a aujourd'hui une femme et quatre enfants - c'est presque aussi bien que monsieur Pierre dans le sirop Typhon - et il me dit sans rire: "Ah je vous avais tout de suite reconnue! vous avez encore la même écharpe!"

    Ben évidemment! Et j'y tiens! Elle a été tricotée dans les années cinquante par ma grand-mère Adrienne!

    Et heureusement elle n'a pas de fermeture éclair.

     

  • P comme parodie

    Participation au défi du samedi numéro 97

    Ma chère bonne,

     

    Je m’en vais vous mander la chose la plus étonnante, la plus surprenante, la plus incroyable, la plus ridicule, la plus absconse, la plus banale, la plus inouïe, la plus singulière, la plus extraordinaire, la plus débile, la plus imprévue, la plus grande, la plus petite, la plus rare, la plus bête, la plus new-yorkaise : enfin une chose dont on ne trouve qu’une telle dans les siècles passés, encore cet exemple n’est-il pas juste ; une chose que l’on ne peut pas croire dans votre petite Belgique (comment la pourrait-on croire dans votre village perdu ?) ; une chose qui fait crier miséricorde à tout le monde ; une chose qui comble de joie la presse à deux sous qui est grande croqueuse d’argousins ; une chose enfin qui a eu lieu ce lundi 28 décembre, jour des Saints-Innocents, et ceux qui l’ont vue ont cru avoir la berlue ; une chose qui s’est faite à grand renfort de moyens policiers, et pour laquelle on a même fait appel au service de déminage. Je ne puis me résoudre à la dire ; devinez-la, je vous la donne en trois. Jetez-vous votre langue aux chiens ? Eh bien ! il faut donc vous la dire : savez-vous ce que nous avons trouvé devant la porte de notre bureau de police, ce lundi matin en arrivant au travail? Vous devinez quoi ? Je vous le donne en quatre, je vous le donne en dix, je vous le donne en cent. Ma concierge me dit : Voilà qui est bien difficile à deviner ; c’est un cadavre coupé en morceaux. — Point du tout, Madame. — C’est donc un enfant trouvé ? — Point du tout, vous êtes bien provinciale. — Vraiment nous sommes bien bêtes, dites-vous, c’est un sac poubelle contenant des dossiers secrets? — Point du tout. — C’est assurément une voiture de police brûlée ? — Vous n’y êtes pas. Il faut donc à la fin vous le dire ; nous avons trouvé ce lundi, devant la porte de l’immeuble, en présence de tous les employés, un ours… un ours…, un ours… devinez: un ours en peluche, ma foi ! par ma foi ! Ma foi jurée ! Un ours en peluche, un véritable, un authentique, un inoffensif, un pauvre, un malheureux petit ours abandonné, un ours perdu, un ours en peluche, bourré de paille, avec des boutons de nacre à la place des yeux, un sourire dessiné au fil de laine brune, les pattes un peu usées et décousues, le seul ours en peluche qui pût se vanter d’avoir mobilisé tous les services de sécurité du district ainsi que le laboratoire de radiologie et fait évacuer tout l’immeuble et le parking souterrain.

    Voilà un beau sujet de discourir. Si vous criez, si vous êtes hors de vous-même, si vous dites que nous avons menti, que cela est faux, qu’on se moque de vous, que voilà une belle raillerie, que cela est bien fade à imaginer, si enfin vous nous dites des injures : nous trouverons que vous avez raison, nous en avons fait autant que vous.

    Adieu, les articles et les photos que je vous ferai parvenir par la Toile vous feront voir si nous disons vrai ou non.

     

    Adrienne de Ratubin-Chanal

    La consigne était la suivante:

    Dépêche (cf. France Soir)

    Le lundi 28 décembre dernier, dans l’Oregon, aux États-Unis, un ours en peluche, posé devant la porte d’un immeuble abritant les services de la police, a semé la panique : les employés ont cru à une bombe.

    Arrivant à leur bureau, les employés ont eu la surprise de découvrir un ours en peluche posé devant la porte de l’immeuble où ils travaillent.
    Une équipe de déminage a été appelée. L’immeuble a été évacué ainsi que le parking, mais une observation de la peluche aux rayons X a démontré que l’ours était en réalité tout à fait inoffensif et ne contenait pas de matériel explosif.

     

  • O comme Olivier

    Olivier commençait à trouver le temps un peu long…

    Olivier commençait à trouver le temps un peu long.
    Il était arrivé en début d’après-midi dans la petite ville de R***. Tout y paraissait endormi, un peu figé, d’un autre siècle, en quelque sorte.
    Il avait rendez-vous avec Yann qui devait l’aider à se trouver un chapeau. Un chapeau ! Lui qui ne portait même pas de bonnet au plus fort de l’hiver allait devoir s’exhiber en chapeau haut-de-forme au mariage de sa sœur. Il s’était fait piéger.

    Et pourquoi ce rendez-vous dans cette petite ville de nulle part ? N’y avait-il donc plus de chapeliers à Bruxelles ? Gillis, rue du Lombard ?
    - Non, gros bêta, il ne fait que les dames !
    - Christophe Coppens ?
    - Tu rigoles ! Je veux du classique, un bel et authentique haut-de-forme, avait dit Sarah.
    Une petite sœur qui se marie, peut-on lui refuser ses quatre volontés ? D’ailleurs, personne ne résistait à Sarah.
    - Alors Lemesre, rue de l’Ecuyer ? fit-il dans une dernière tentative de s’éviter ce voyage à R***
    Mais non, elle avait arrangé ce rendez-vous pour lui avec Yann, fin connaisseur (parce que Breton ? ils ont des chapeaux ronds ? ha ha ha, ne me faites pas rire !) mais qui n’arrivait pas.

    Olivier en avait assez de poireauter devant le numéro 17 de la rue au Vin. Une chapellerie, en effet. Trois grandes baies vitrées un peu désuètes et une rue où personne ne passait.  Où étaient donc les habitants de cette ville ?
    Des chapeaux, des casquettes, exposés sobrement, certains accrochés au plafond, d’autres à une sorte de porte-manteaux ou sur des présentoirs.
    Il entra seul. Tant pis pour les avis experts de Yann, il s’en passerait.

    A l’intérieur, le magasin se composait d’une vaste salle avec deux longs comptoirs. Au fond et sur toute la longueur à droite, des rayonnages avec des cartons à chapeaux. A côté de l’entrée, un grand miroir où on pouvait se voir en pied.
    La porte de l’arrière-boutique s’ouvrit sur un homme petit, rond, chauve. Affable et souriant.

    L’affaire fut vite conclue. Le chapelier avait tout de suite déterminé d’un œil averti qu’Olivier avait une taille 56 et qu’il était pressé d’en finir.
    - Le mieux, dit le brave homme, ce serait qu’on assouplisse un peu le tour de tête. Ce sera plus confortable, surtout si vous n’avez jamais porté de chapeau. Si vous le désirez, je vous montrerai comment nous autres artisans procédons pour détendre un peu le feutre à la vapeur. C’est tout simple et ça ne durera pas longtemps, j’ai la bouilloire toute prête sur le feu. Si vous voulez bien me suivre…

    C’est seulement alors qu’Olivier aperçut Yann, sa moustache à la Maupassant et son chapeau rond. Piégé, lui aussi. Dans la main de l’affable chapelier brillait un scalpel.

    (ma participation au défi 95 de samedi défi)

    défi95

    collage réalisé par Tiphaine (http://elbolg.canalblog.com/) pour le défi du samedi

  • N comme nostalgie

    L'association des "anciens" de philologie romane à la KUL (pour mes lecteurs non-Belges: l'université de Louvain mais côté flamand) organise une journée "nostalgie": trois de nos anciens profs, à la retraite depuis un certain temps déjà, viendront nous donner un ultime cours de linguistique ainsi que de littérature italienne et espagnole.

    Je suppose que nous devrons choisir, puisque le temps imparti à ces "cours" est une heure et quart. Ou parleront-ils chacun vingt-cinq minutes? 

    Pour ces profs aussi la journée aura un petit air de nostalgie, puisqu'ils ont quitté leur pupitre depuis quelques années. Cependant, l'association nous demande de payer 20 € pour ces retrouvailles avec les bancs de l'université.

    Alors je me demande quelle somme des professeurs émérites osent demander pour ce genre de prestation et dans quelle mesure une partie du budget servira à la petite réception qui suivra...

    et je me dis que je suis bien bête de faire des traductions pour des anciens élèves - et même pour des mamans ou des papas d'anciens élèves! - tout à fait gratuitement.

  • M comme miroir

    Elle ne connaît pas encore Alice

    Elle est debout devant le grand miroir en pied du magasin de son grand-père. Elle s’observe, se rapproche doucement, s’éloigne à reculons sans quitter son image des yeux.

    Tiens ! Elle pensait qu’elle portait sa raie à gauche ? Comment se fait-il que l’image ait une raie à droite ? Peut-être que grand-mère s’est trompée ce matin en la coiffant ? Elle bouge le bras droit, pose la main sur ses cheveux, mais en face c’est le côté gauche qu’elle voit se mouvoir.

    Elle ferme un œil. L’image ferme l’œil d’en face. C’est un phénomène qu’elle ne s’explique pas. Elle soupire. Elle voudrait comprendre, elle voudrait tout savoir. Lire et écrire, par exemple. Comme ça elle pourrait impressionner grand-père. Pas comme avec cette tentative malheureuse de tout à l’heure, quand elle avait recopié les lettres du pot de confiture du goûter pour lui faire croire qu’elle savait écrire, et que grand-père s’était un peu moqué d’elle en lisant Fraises De Betuwe. Elle en a encore honte.

    La vie n’est pas simple, quand on a cinq ans. Elle voudrait vraiment savoir les pourquoi et les comment des choses. Pourquoi elle porte le prénom de cette petite fille morte qui lui ressemble tant. Pourquoi les gens meurent.
    Et ce qu’il y a derrière le miroir. Qui sait quel monde étrange et merveilleux se cache là ? Ou tout simplement l’autre moitié du magasin ?

    Elle se rapproche de nouveau, doucement, essaie de former un tout avec son image. Le froid de la glace la saisit, un peu de buée se forme au niveau de son nez.

    Pourvu que ça ne laisse pas de traces, se dit-elle, grand-mère me gronderait.

    (participation au défi du samedi n°96 sur le thème du miroir, du double et de la duplicité)

  • L comme lettres et lecture

    Il faut absolument que je lise la correspondance de Mozart, me dis-je un matin au volant de ma voiture.

    Ce trajet que je fais vers l'école est toujours un moment propice aux cogitations et aux résolutions de toutes sortes - quand je ne suis pas en train d'agresser verbalement les autres usagers de la route...

    Ainsi donc, ce matin-là j'ai ressenti le besoin pressant de lire les lettres de Mozart.

    Le même soir, en allant visiter mes blogs amis, j'arrive chez Lucie (le clavier bien tempéré) qui donne justement ses "douze titres essentiels". Parmi les trois "éternels" figure la correspondance de notre idole ;-)

    En effet, j'aurais pu classer ce billet sous le titre H comme le hasard n'existe pas...

    Le volume dont Lucie dispose a comme titre les Lettres des jours ordinaires et il a été publié chez Fayard. J'en prends bonne note. Mais il ne s'agit pas de la correspondance complète, m'écrit Lucie.

    Alors moi qui évidemment veux la totale, le tout ou rien, le fin fond des choses et l'exhaustivité, je me renseigne sur mon google préféré et voilà ce que j'y trouve:

    "Une vaste entreprise éditoriale, commencée en France en 1986 par les éditions Flammarion, s'achève, avec la publication du 7ème tome de la correspondance de Mozart. Au total, près de trois mille pages qui composent la chronique au jour le jour de la vie et l'oeuvre d'un génie précoce de la musique occidentale dans l'Europe de son temps."

    Copyright © Noël Blandin / La République des Lettres, vendredi 15 janvier 1999
    Url: http://www.republique-des-lettres.fr/664-mozart.php

    Voilà, vous avez bien lu: sept tomes et près de trois mille pages.

    Mais moi je ne suis pas encore satisfaite. Ces lettres, je les voudrais toutes dans leur langue d'origine.

    Est-ce que ça existe?

  • K comme kilomètres

    Des problèmes de dos et les mauvais conseils d'un kiné m'avaient fait arrêter toute pratique sportive pendant plusieurs années. Il y a un an et demi, les problèmes étaient devenus encore plus aigus et mes articulations complètement rouillées en plus ;-)

    Une nouvelle kiné m'a donné le bon conseil de me (re)mettre au vélo.

    Chaque soir j'enfourche donc mon nouveau Bucéphale (à 14 ans j'étais une grande fan d'Alexandre le Grand et j'avais baptisé mon vélo du nom de son cheval) pour une balade d'une trentaine de kilomètres, ce qui me prend une petite heure.

     

     

    Sans quitter le salon et les yeux rivés sur la télé :-)

  • brouillon Pont

    http://www.rue89.com/2010/03/08/en-1951-un-village-francais-a-t-il-ete-arrose-de-lsd-par-la-cia-141947

    http://www.lemonde.fr/opinions/chronique/2010/03/10/lsd-cia-et-pont-saint-esprit_1317029_3232.html

  • J comme les joies de la correction

    Je suis en train de corriger des paquets de copies. Il s'agit de grammaire, les pronoms personnels. Pour un non-natif, le sujet est plein d'écueils. Pourquoi est-ce "parle-lui" mais aussi "parles-en", par exemple?

    Par contre les natifs croient maîtriser le problème. Par conséquent, les quelques francophones de la classe n'ont pas jugé utile de jeter un coup oeil à la partie théorique. Ce qui fait que l'un d'entre eux m'explique avec le plus grand sérieux que

    à l'impératif on met un trait d'union pour une meilleure prononciation

    Lundi il faudra que je lui demande comment ça se prononce, un trait d'union...

    Je demandais aussi de me dire quand on pouvait utiliser la forme "soi". Réponse attendue: s'il s'agit d'une troisième personne indéfinie, genre "chacun pour soi". Un autre de mes francophones m'écrit:

    on l'emploie par exemple dans la phrase: Il faut que je sois en forme

    Evidemment, il est footballeur de haut niveau, et il étudie dans la voiture, pendant les trajets entre son club et son domicile, vu qu'il doit aller presque quotidiennement à l'entraînement...

     

  • I comme Italie-Belgique 1-1

    Notre prof d'italien est une femme qui mène rondement ses affaires. En voici un exemple parmi tant d'autres...

    Quand elle retourne en visite chez sa famille, dans le Milanais, elle achète utile.

    Ainsi par exemple, des montures de lunettes: les belles griffes sont beaucoup moins chères en Italie, nous assure-t-elle.

    Puis elle rentre en Belgique et les apporte chez un opticien pour qu'il y mette les verres.

    Sans la moindre gêne.

     

  • H comme home sweet home

    Jeudi dernier, je suis allée voir une maison à vendre bien située dans le centre ville.

    L'annonce disait qu'au rez-de-chaussée il y avait un salon, une salle à manger, une cuisine, une salle de bains avec baignoire, toilette et lavabo; deux chambres au premier étage, deux autres au second, une cave et un jardin. Et le chauffage au gaz.

    Au bureau du notaire, on m'a confié les clés et je pouvais explorer les lieux seule.

    Alors j'ai vu. J'ai vu ce que l'annonce ne disait pas.

    Que les pavements étaient brisés. Que les murs étaient lépreux. Que l'électricité datait d'Edison. Que la "salle de bains" était un petit appenti où tout avait été bricolé par un amateur. Que le chauffage consistait en un poêle, un seul pour toute la maison. Que le jardin était une minuscule courette où on avait laissé une bande de terre plantée de deux hortensias. 

    Je crois que je vais rester encore un peu où je suis, dans ma verte campagne ;-)

  • G comme guerre (des nerfs)

    Des problèmes avec skynetblogs font que parfois je ne réussis pas à accéder à mon blog. Donc à poster le message prévu pour le jour suivant, alors que je me fais une sorte de "point d'honneur" d'avoir un message qui paraît ponctuellement chaque matin à six heures...

    Seul remède: signaler la chose par l'intermédiaire du site de skynet; quelques clics sur un formulaire en ligne, préfabriqué, et un petit espace où noter la nature du problème.

    Puis je reçois un mail m'informant laconiquement

    Nous avons bien reçu votre mail et vous en remercions.

    Nous travaillons uniquement pendant les heures de bureaux. En cas de nécessité, nous vous envoyons une réponse dans les plus brefs délais. La satisfaction du client est très importante pour nous. Nous vous assurons que vos questions et remarques seront prises en compte pour améliorer notre service.


    Ce qui ne me fait pas me sentir beaucoup mieux: j'écris et je "poste" principalement le soir, je dois donc attendre jusqu'au lendemain.

    Le lendemain, je reçois un second mail, tout aussi instructif que le premier:

    Bonjour,

    Avez-vous déjà essayé de générer un nouveau mot de passe ?

    Et comme dans le pélican de Jonathan, ça peut durer encore longtemps si on ne fait pas d'omelette avant! 

  • F comme flûte, fini ;-( et F comme femmes ;-)

    Flûte, fini d'être disponible de sept heures vingt à seize heures trente, fini d'organiser le bal des anciens élèves, fini de passer mes malheureux demi-jours de congé à l'école, fini de sacrifier la moitié de mes vacances, fini de faire le travail des autres ou d'essayer de réparer leurs erreurs, fini dêtre toujours là, fini de dire toujours oui, fini d'espérer une amélioration de la direction.

    Flûte, fini, fatiguée.

    En cette journée de la femme, je décide de me libérer (lol)

    Et je sens que ça va me faire un bien fou!

    L'heure en a sonné...
    lies1

     

  • 7 couleurs et 7 sentiments

    Ma première participation au défi du samedi, c'était pour le samedi 20 février. Il fallait écrire un texte dans lequel il serait question de sept couleurs et de sept sentiments s'accordant avec ces couleurs. La consigne me branchait, voilà ce que ça a donné:

    A noir comme les cheveux d’Adrienne.
    Passé soixante ans, l’aile de corbeau sortait d’un petit pot couleur d’encre.
    Mais – disait-elle avec fierté – je n’en ai que quelques gris à camoufler à hauteur des tempes.

    E blanc comme la peau d’Adrienne.
    D’une époque où l’on se baignait tout habillé.
    Blanc laiteux de sa gorge, blanc moelleux où j’enfouissais le nez.
    Tiédeur et odeur du bien-être de ma petite enfance.

    I rouge baiser comme les lèvres d’Adrienne.
    Pour sortir le dimanche après-midi.
    Même après quarante ans de mariage, Adrienne se faisait belle pour son mari. Et le surveillait du coin de l’œil. Mais une fois le rouge baiser savamment posé sur les lèvres, on ne peut plus embrasser sa petite-fille. Déchirement du « Tu reviens quand ? »

    U vert comme les yeux d’Adrienne.
    Vert douceur des prés et de la mousse en automne. Vert poire, vert pomme, plaisir des papilles.
    Tout est bon dans la cuisine d’Adrienne. Le sucré, le salé et le café au lait qu’on boit le mardi après-midi au coin du feu avec les voisines et les cousines.

    O bleu comme les rêves d’Adrienne.
    Rêves de bonheur tranquille et familier.
    Ne rêver que l’accessible, pour ne pas être déçu.
    Et ajouter un « s’il plaît à Dieu » pour conjurer le mauvais sort.

    Ainsi allait la vie d’Adrienne.
    Entre le gris du cimetière et le rose de la layette.
    Peut-être trop de gris et pas assez de rose… mais Adrienne, sans avoir jamais suivi de cours de philosophie, savait bien que telle était la condition humaine et qu’il fallait mettre soi-même un peu de couleurs dans sa vie. Un peu de noir et un peu de rouge pour garder un mari. Un peu de blanc et un peu de vert pour le bonheur d’une petite-fille.

     

  • E comme expert

    Francis, mon coiffeur-philosophe, est un expert. Expert aux ciseaux et expert en philosophie.

    Un seul coup d'oeil de sa part, vers le miroir devant lequel je suis assise, attendant ses bons services, lui suffit pour évaluer la situation.

    Et ce seul coup d'oeil expert que j'intercepte suffit pour me mettre le moral à zéro.

  • D comme dormir

    La semaine avant le bal, j'ai très peu et très mal dormi.

    Normal, me direz-vous, avec le stress des préparatifs et tous les impondérables, comme le marchand de bière qui ne trouve plus les tables hautes qu'il allait nous prêter, les filles qui s'occupent de la déco et qui n'ont encore rien apporté, le manque d'élèves pour travailler après minuit, l'heure où il y a la plus grosse affluence, etc.

    Le vendredi avant le bal, j'ai mal dormi.

    Normal, avec tout ce qui restait à régler en dernière minute, le décor à installer, la tente à monter, les frigos à remplir etc.

    La nuit du bal, j'ai peu dormi.

    Normal, ce genre d'activité ne se termine généralement pas avant quatre heures du matin et il faut bien que quelqu'un reste le dernier pour mettre les vingt ultimes noceurs à la porte et tout fermer à clé.

    Dimanche soir, je me suis donc couchée avec délice. J'avais passé toute l'après-midi à nettoyer pour que la salle de bal redevienne une salle de sports... puisqu'il faut bien que mes collègues d'EPS puissent fonctionner normalement dès lundi matin.

    C'est ce moment-là que ma chatte Moussa, qui avait disparu depuis deux jours et que je croyais morte, vu son grand âge, est rentrée à la maison. Accompagnée de ses deux amoureux.

    Qui m'ont chanté de belles sérénades sous ma fenêtre.

    CHAT_C~1

  • C comme catastrophe et consternation

    Je reviens encore une fois sur notre bal des anciens élèves de samedi dernier.

    Nous l'organisions pour que les anciens élèves puissent se revoir, évidemment, mais aussi pour soutenir une bonne cause. Nous avons donc tout fait pour avoir le moins de frais possible: par exemple, un des DJ n'a pas fait payer ses prestations et l'autre s'est contenté de la moitié du prix habituel.

    Les scouts nous avaient prêté une grande tente pour mettre à l'entrée de la salle (nous avions transformé aux moindres frais la salle de sports en salle de bal). Le chef scout était venu lui-même assister à l'opération et la tente avait été solidement amarrée à d'énormes poids.

    Mais dimanche, juste avant qu'on ne commence à la démonter, nous avons eu un vent de tempête qui d'un seul coup a emporté la tente. Et le poids des amarres était si grand que les barres sont pliées, irrémédiablement fichues. 

    Consternation dans notre petit groupe de bénévoles: avons-nous fait tout ce travail pour rien et devrons-nous donner tout notre bénéfice au dédommagement?

  • B comme bal

    Mais cette petite M*** à son premier bal, ont dû se demander certains lecteurs de mon billet de lundi, celle que son père venait rechercher déjà à 23.00 heures, s'est-elle un peu amusée, au moins?

    Honnêtement, je ne le crois pas.

    Mais elle a beaucoup appris.

    Elle a vu que les robes de princesse des autres filles avaient 75 centimètres d'étoffe en moins sur le bas et vingt centimètres de moins sur le haut. Ce qui a fait resservir la blague classique de notre directrice: Pas étonnant que le secteur textile batte de l'aile quand on voit comment les filles se contentent de si peu de tissu...

    Elle a vu que les autres étaient "à l'aise", entraient, se mêlaient à des groupes, bavardaient, riaient, buvaient, bougeaient. Alors qu'elle la pauvrette me suivait comme mon ombre, petit poussin égaré dans une sombre forêt peuplée d'animaux étranges et effrayants.

    Elle s'est ausi un peu ennuyée, c'est sûr. Elle s'est sûrement demandé que diable allait-elle faire dans cette galère. Mais au moins, maintenant, au lieu de fantasmer sur ce que c'est un bal et de rêver d'inaccessibles rêves, elle sait, elle a vu.

    Et les autres l'ont vue, elle, celle qui ne sort jamais et se tient toujours à l'écart.

    A ma troisième tentative de la mêler à un groupe sympa elle a enfin trouvé des gens avec qui rire et échanger un petit mot, elle aussi. Et quand elle est repartie à 23.00 h tapantes elle m'a remerciée avec effusion.

    Oui, des jeunes filles comme elle existent. Et moi qui n'ai pas de parents d'origine marocaine, c'est aussi comme ça que j'ai été élevée. Sauf que moi je n'avais pas de robe de princesse ;-)