• Z comme zut

    Zut, si je n'avais pas des parents d'élèves qui doivent encore venir me voir cet après-midi, je serais déjà partie chez mon amie M***

    Qui sait ce que je trouverai demain sur la route, un premier juillet, n'est-ce pas monsieur vison buté!

    Zut!

  • Y comme Yvonne

    YVONNE, PRINCESSE DE BOURGOGNE DE BOESMANS

    La Monnaie ouvre sa saison 2010-2011 avec « Yvonne, princesse de Bourgogne », le nouvel et cinquième opéra de Philippe Boesmans. Entre tragédie et grotesque, cette oeuvre, adaptée de la pièce de Witold Gombrowicz, traite du désir et du dégoût qu'inspirent la différence ou l'anormalité et fustige les conventions de la bourgeoisie. Poursuivant sa collaboration avec Luc Bondy qui signe ici le livret et la mise en scène, Philippe Boesmans propose une partition subtile et chatoyante. Patrick Davin dirige l'Orchestre symphonique de la Monnaie. 

    La vente des billets a débuté le samedi 19 juin.

    9, 10, 12, 14, 15, 17, 18, 19 & 21 septembre 2010
    La Monnaie

    Plus d'infos

     

    AUTOUR D'YVONNE

    Des rendez-vous à ne pas manquer !

    JOURNEE PHILIPPE BOESMANS - 11.09.2010
    Une journée consacrée à Philippe Boesmans au cours de laquelle compositeurs, directeurs d'opéra, chefs d'orchestre, metteurs en scène, chanteurs ou musiciens partageront leurs expériences de travail et feront part de leurs réflexions sur l'oeuvre du compositeur.
    Programme complet disponible dès le 23 août.

    CONCERT CHAMBRES D'À CÔTÉ - 11.09.2010
    Pour clore cette journée, Philippe Boesmans présentera, dans le cadre du Klarafestival, sa création « Chambres d'à côté » dédiée au jeune quatuor à cordes Tana. Trois oeuvres instrumentales du compositeur compléteront le programme de ce concert inédit.
    Réservations dès le 28 août.

    SATELLITES
    Meet the Artists - Inside the Music - A Stage with a View
    Trois rendez-vous pour prolonger l'expérience de l'opéra : une rencontre avec les artistes, une analyse de la partition, ou une plongée dans l'univers de Gombrowicz.
    Programme complet disponible dès le 23 août.

     

    Voilà pour le premier opéra que je verrai à la Monnaie la saison prochaine :-)

    Les articles ci-dessus viennent du mail qu'on reçoit sur simple demande (voir le site de La Monnaie, www.lamonnaie.be)

  • X c'est aussi l'imprévisible

    Un élève m'écrit pour me dire que sa dernière année dans le secondaire aura vraiment été une année "imprévisible" ("onvoorspelbaar").
    Il s'est passé un tas de choses auxquelles il ne s'attendait pas. Il a vécu cette année des choses dont il n'aurait jamais pu croire qu'elles lui arriveraient. Il s'est étonné lui-même.
    Et il est content que les choses se soient déroulées ainsi. Les bonnes choses imprévues et les mauvaises choses que finalement on réussit à surmonter...
     
    Alors je lui réponds. Que la vie n'est pas prévisible. Qu'il s'est très bien débrouillé de toutes les situations. Qu'à mon avis, ça s'appelle grandir. Qu'il a beaucoup grandi. Et que l'an prochain, avec les études supérieures et la vie dans une ville universitaire, lui réserve encore bien d'autres imprévus ;-)
    Mais qu'il est prêt.

  • W comme wagon de train

    Je suis une grande fan du train.

    On peut observer les gens à l'aise, voir défiler le paysage, lire un bouquin. On arrive dans le centre de la ville. On n'a pas de problème de trafic ni de parking. On ne risque pas de se perdre dans la nature ;-)

    Cependant pour aller à Mons vendredi dernier, j'ai choisi l'auto. A contre-coeur, mais tous les calculs donnaient l'auto gagnante.

    Le train m'aurait coûté le double en temps (2 heures contre une) et en prix!

    Bon, disons que j'attends la nouvelle gare de Mons, prévue pour 2015 ;-) http://www.youtube.com/watch?v=qTxqzho3sm8

  • V comme vanitas vanitatis

    Notre politicien gagnant, côté flamand, remet à l'honneur les citations latines.

    Certains ponctuent leurs discours d'un "yes we can" ou d'un "I have a dream", lui c'est "Nil volentibus arduum"

    Ce faisant, il s'est offert un beau coup de pub, puisque dès le lendemain lundi tous les journaux en parlaient et chaque prof de latin qui se respecte n'a pas manqué d'y consacrer le temps et l'attention nécessaires... voyez par exemple la vidéo proposée ici: http://www.deredactie.be/cm/vrtnieuws/mediatheek/redactietips/redactietips_2eNiveau/1.801865

    Le latin, c'est bien, dit le prof, le latin "c'est chic", dit une élève, il donne ce petit sentiment de supériorité de celui qui comprend une chose que tout le monde ne comprend pas...

    Voilà pourquoi depuis de nombreuses années j'apprends deux ou trois citations latines à mes élèves non latinistes, à commencer par le "Carpe diem!" tout à fait essentiel, n'est-ce pas? Ensuite l'incontournable "in vino veritas" quand on parle de gastronomie et de vin.

    Et finalement, chaque fois que l'occasion se présente, je ne manque pas de leur offrir un "vanitas vanitatis..."

    ;-)

  • U comme Ulysse Clandestin

    Trouvé sur le site de Tiphaine (voir le lien vers son blog à côté). Je le relaye, même si je ne suis pas directement concernée: le problème en lui-même n'est pas uniquement français, hélas, et mes visiteurs "réguliers" savent combien le problème du repli identitaire me touche et m'inquiète.

    Pour voir la vidéo, c'est ici:

    " La création d'un ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale était en soi un acte d'une violence inouïe. Le débat sur l'identité nationale, et toutes les dérives verbales qui l'ont accompagné, ont confirmé les plus sombres prophéties. La prochaine étape dans ce parcours de l'ignominie sera la présentation du projet de loi Besson en septembre 2010 qui dégradera encore un peu plus la condition des immigrés en France.

    Il est primordial de réagir, sans attendre. Et pour cela comprendre, comprendre les enchaînements qui conduisent à cette régression, comprendre le contexte dans lequel se déploie ce nationalisme dangereux en France et en Europe, et à quelles sources il s'alimente.

    Pour sortir des dangereuses problématiques autour de l'identité nationale que les pouvoirs cherchent à imposer, il faut rappeler ce qu'est l'histoire de l'immigration et ce que sont les caractéristiques du « creuset français ». Les origines de la nation française sont bien là, dans la multiculturalité. Ces films interrogent aussi la récurrence et les usages des thématiques racistes, notamment dans les périodes où le capitalisme entre en crise. Ils reviennent sur cette hydre, l'association de l'immigration et de l'insécurité, sans cesse renaissante.

    On l'aura compris, le film-frontières Ulysse clandestin est aussi un engagement pour un certain nombre de valeurs, simples mais essentielles : hospitalité et accueil, droit d'asile, respect de l'autre et de la différence, du commun et du multiple, du partage et de la redistribution. Les sociologues, anthropologues, historiens et philosophes qui témoignent dans ce film livrent des analyses méticuleusement agencées afin de lancer un salutaire combat : la suppression nécessaire et définitive du ministère de la honte ! " La Bande Passante

    Nous vous invitons à faire connaître et circuler le film Ulysse Clandestin. Ce film peut être repris sur des sites, blogs, etc. Nous vous demandons cependant une seule mention obligatoire :

    « Pour soutenir cette initiative et les futurs films, vous pouvez acheter le DVD 12 € (frais de port inclus) par paiement en ligne sur le site http://www.labandepassante.org/index_lbp.php ou par chèque à l’ordre de L’Autre association, 3 rue des Petites Ecuries, F-75010 Paris. Merci de nous informer de toutes initiatives afin que nous relayons l'information sur nos différents sites. »

    http://dai.ly/aLJUVR

  • T comme tautogramme

    Quand j'ai vu le défi 110, j'ai péché contre une chose pour laquelle je préviens mes élèves à chaque test ou examen: "lisez bien la consigne!"

    En effet, j'ai vu le mot "tautogramme en D" et je me suis dit: voilà un vrai défi! 
    A moi Perec, à moi Queneau, à moi Tardieu, ô mes vénérés maîtres, je vais de ce pas me coller à un véritable exercice de style et écrire un tautogramme en D!

    Je n'avais pas vu que la consigne précisait que seul le titre devait être un tautogramme en D - hahaha - ce qui est vraiment de la petite bière, n'est-ce pas?

    Il fallait illustrer un dessin. C'était là mon seul problème, le dessin, au plus je le regardais, au plus il me déplaisait.

    Au premier regard, je l'avais trouvé simplement vulgaire. En le réexaminant, je me suis dit que ça devait correspondre à certains fantasmes masculins (des hommes qui fantasment sur des femmes aux seins en forme d'obus, ça existe ou pas, dites-moi?) et aussi que ça devait correspondre à certaines peurs masculines (la peur du petit homme d'être écrasé, anéanti par une forte femme, le côté 'mante religieuse' de la femme?) 

    Bref, le genre de dessin "humoristique" qui ne me fait pas rire du tout mais qui... (voir plus haut)

    Alors j'ai écrit un tautogramme en D mais je ne l'ai pas envoyé, de peur de tomber moi aussi dans la vulgarité. Je vous le mets ci-dessous, vous en jugerez si vous le désirez, mais n'oubliez pas que depuis Daniel Pennac nous avons nos droits imprescriptibles du lecteur: vous pouvez donc vous arrêter de lire à tout moment ;-)

    Ha oui, encore une précision: il fallait utiliser des mots de monde minéral, ce sont les mots que j'ai soulignés

    Drame de dimanche dernier

    (D’adrienne, déçue du dessin douteux, discutable, discourtois, diffamant, dégradant)

    Depuis deux décennies, Didier Dedecker dévêtait dévotement Dorine Dudek, dactylo dodue d’origine danoise. Dégageant de douces délectations, Dorine dansait devant Didier dans des dessous de dentelle de Douai… Damnation dominicale!

    Dimanche dernier, Didier devant déblayer des digues deçà delà, décaper des derricks, décabosser, décarburer des dizaines de docks, Dorine, déçue, dégoûtée, décida de dîner dehors. Didier dut donc déchanter.

    Dorine Dudek 

    dina dit-on

    de dix dos dodus

    de dix dodus dindons.

     

    « Donnant-donnant ! », déclara Dorine, décidément dominatrice, « du doigté, des divertissements distingués… ». Désireux d’en découdre, Didier Dedecker devint désespérément dur.

    Dorine dompta Didier : Dedecker déglutit difficilement, demi-étranglé dans des dessous de dentelle de Douai, dépérissait, devenait doucement dingue, divaguait : « Docteur, docteur Diafoirus!... » dégobilla-t-il, définitivement désarmé.

     

     

  • Stupeur et tremblements de single

     Pourquoi veulent-ils que j'aie peur?

    - Surtout, me dit l'ami qui m'invite à sa fête, n'hésite pas à venir accompagnée!

    Je le regarde avec étonnement.

    - Et bien oui, précise-t-il, tu peux amener quelqu'un, si tu veux.

    Je commence à comprendre. Le premier moment de stupeur passé, je rigole:

    - Non, non, je viens seule, sois tranquille, ça ne me dérange pas! Je vis seule, tu sais? Je voyage seule... Je suis une grande fille ;-)

    Croyez-vous que ça le rassure? Point du tout! On recommence pour une deuxième tournée:

    - Tu voyages seule, oui je sais, mais en groupe...

    - En groupe? jamais de la vie! non non, je voyage bien seule, toute seule, libre, quoi!

    Bon, là c'est lui qui montre des signes de stupeur. Et il ne sait plus quoi dire. Mais il n'en pense pas moins, je le vois bien ;-)

    - Ah...

    Pourquoi mais pourquoi faut-il toujours que je m'explique et me justifie là-dessus? Et surtout pourquoi mais pourquoi la plupart des gens ne comprennent-ils pas cela? Pourquoi ou de quoi veulent-ils que j'aie peur?

    Trois ans déjà qu'on continue à vouloir m'insuffler des peurs: peur de vivre seule, peur de voyager seule, peur d'aller seule à une fête où pourtant je connaîtrai tout le monde!

  • 22 plus jolis vers de la langue française

    "Le geai gélatineux geignait dans le jasmin"
    Voici, mes zinfints
    Sans en avoir l'air
    Le plus beau vers
    De la langue française.

    écrit René de Obaldia en 1969 dans Les Innocentines.

    Alors pour vous chers lecteurs amoureux des plus beaux vers de la langue française, cette petite sélection qui tient beaucoup du hasard et que je limite à 22: vous comprendrez donc que c'est forcément incomplet et très injuste envers tous ces autres plus jolis vers de la langue française.

    Comme je sais que bon nombre d'entre vous ont l'esprit joueur et aiment les défis, je vous laisse chercher un peu ;-) pour cette première liste de onze plus jolis vers de la langue française et je vous donne rendez-vous le 22 juillet pour les onze suivants.

    Mais rassurez-vous, toutes les références se trouvent ci-dessous.

    Allons-y gaiement:

    1.la plus jolie façon de dire "tue-moi":
    Ote-moi le moyen de te jamais punir

    2.la plus jolie façon de dire que c'est pour la vie:
    Plutôt seront Rhône et Saône disjoints,
    Que d'avec toi mon coeur se désassemble

    3.la plus jolie façon de dire que des amis vous ont laissé tomber:
    Ce sont amis que vent emporte
    Et il ventait devant ma porte
    Les emporta

    4.la plus jolie façon de dire qu'on se retrouve tout seul:
    Vienne la nuit sonne l'heure
    Les jours s'en vont je demeure

    5.la plus jolie façon de dire qu'on souffre:
    Moi, mon âme est fêlée

    6.la plus jolie façon de dire que l'amour fait mal:
    Mon bel amour mon cher amour ma déchirure
    Je te porte dans moi comme un oiseau blessé

    7.la plus jolie façon de dire des choses scabreuses:
    Laisse mon branc d'acier tranchant

    8.la plus jolie façon de dire que l'amour vous a mis la tête à l'envers:
    Je vis, je meurs, je me brûle et me noie.

    9.la plus jolie façon de dire en français l'amour de ma Flandre:
    Mon âme elle est là-bas
    Mon âme en joie et en alarme,
    Elle est là-bas
    Où l'on s'élance, où l'on se bat,
    Dans la clameur et dans les armes.

    10.la plus jolie façon de dire en français l'amour de l'Afrique:
    Tiède petit matin de chaleur et de peurs ancestrales
    par-dessus bord des richesses pérégrines
    par-dessus bord mes faussetés authentiques
    Mais quel étrange orgueil tout soudain m'illumine?

    11.et pour terminer cette première série, un poème entier d'un poète wallon que j'aime beaucoup et sa plus jolie façon de dire son amour pour les chats:
    Le chat ouvrit les yeux
    Le soleil y entra.
    Le chat ferma les yeux
    Le soleil y resta.

    Voilà pourquoi le soir,
    Quand le chat se réveille,
    J'aperçois dans le noir
    Deux morceaux de soleil.

    ***

    ci-dessous, le nom des auteurs et les titres avec leur date:

     

    1.Théophile de Viau - Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé (1623), acte V scène 1
    2.Maurice Scève - Délie, objet de plus haute vertu (1544)
    3.Rutebeuf - Poèmes de l'infortune
    4.Guillaume Apollinaire - pont Mirabeau (1913)
    5.Charles Baudelaire - La cloche fêlée (1857) la phrase complète occupe les deux tercets:
    Moi, mon âme est fêlée, et lorsqu'en ses ennuis
    Elle veut de ses chants peupler l'air froid des nuits,
    Il arrive souvent que sa voix affaiblie

    Semble le râle épais d'un blessé qu'on oublie
    Au bord d'un lac de sang, sous un grand tas de morts,
    Et qui meurt, sans bouger, dans d'immenses efforts.

    6.Louis Aragon - Il n'y a pas d'amour heureux (1945)
    7.François Villon - Le Lais ou petit Testament (1457)  les trois vers:
    Item, a maistre Ythier Merchant,
    Auquel je me sens tres tenu,
    Laisse mon branc d'acier tranchant
    8.Louise Labé - Sonnet VIII (1555)
    9.Emile Verhaeren - Les ailes rouges de la guerre (1916)
    10.Aimé Césaire - Cahier d'un retour au pays natal (1945)
    11.Maurice Carême - Le chat et le soleil (A l'ami Carême, Fondation Maurice Carême- Hachette, 1993)

  • R comme roses

    juni 2010 001 - kopie

     Juin étant le mois des roses, il m'a inspiré mon troisième haiku
    (je sais, lecteur assidu, qu'on ne trouve pas de deuxième haiku sur mon blog,
    je l'ai posté en commentaire chez Joe Krapov ;-)
    et le premier est ici: http://adrienne.skynetblogs.be/category/1397568/1/les+premiers)

    Dans un seul jardin
    Vous en avez des milliers
    La rose est unique

    (PS pour Pivoine: j'espère ne pas avoir commis de diérèse cette fois-ci? merci de me dire ce que tu penses du nombre de syllabes dans 'millier')

     

     

    juni 2010 002 - kopie

  • Bilan de cette session d'examens

    20 mots pour le dire

    Fatiguée, fourbue, éreintée, épuisée, exténuée, harassée, rompue, surmenée, surbookée, moulue, vidée, lasse, à plat, brisée, flapie, recrue, rendue, vannée, sur le flanc, assommée, tirée.

    ***

    En un mot ou en vingt: je suis à bout de forces.

    - Ah!, me dit une élève, quand ce sont les examens je suis jalouse de mon chien.

    Et bien moi ce matin je suis jalouse de mes chats, qui ronronnent comme des bienheureux de sieste en sieste et qui d'un simple regard se font ouvrir toutes les portes et remplir leur gamelle ;-)

    10.09 028

  • Question existentielle de l'examinatrice

    Quelle est l'utilité des examens?

    Chaque année, nos élèves du secondaire sont soumis à trois sessions d'examens de leurs douze à quinze ans et à deux sessions de leurs seize à dix-huit ans.

    Est-ce que tout ce temps passé à les évaluer en vaut vraiment la peine?

    Est-ce que nous avons besoin de ces sessions d'examens pour les obliger à étudier et à assimiler des connaissances?

    Est-ce que nous avons besoin de ces sessions d'examens pour savoir s'ils sont aptes à passer à l'année supérieure?

    Pour moi qui enseigne une langue vivante, il me suffirait de me référer au Cadre européen commun de référence (CECR) et de conduire doucement mes élèves du niveau A2 au niveau B1, B2 ou même C1 pour un grand nombre d'entre eux.

    Doucement mais fermement ;-)

    Pour ceux que ça intéresse, le CECR est là: http://www.coe.int/T/DG4/Portfolio/documents/cadrecommun.pdf

  • P comme perles

    C'est la saison des perles.

    Je dois faire gaffe, à l'examen oral il m'est arrivé une fois ou deux d'éclater de rire.

    Je m'en excuse tout de suite auprès de l'élève, bien sûr, je lui explique qu'il / elle vient de faire une faute amusante... et comme ils savent que j'aime rire, on en rit ensemble, ça détend l'atmosphère ;-)

    Mais tout de même, faut que je fasse gaffe.

    Surtout que S*** n'avait pas tout à fait tort en déclarant que le Roman de Renart appartient à la littérature sadique. Dommage que nous n'ayons pas eu le temps d'approfondir.

    Ma mimique aussi, je devrais mieux la contrôler. Je n'ai pas réussi à cacher mon grand étonnement quand ce même élève m'a révélé que Léopoldine Hugo s'était noyée dans une piscine.

    - Non? fait-il en voyant la tête que je fais. Elle ne s'est pas noyée?

    Et puis il y a ce brave pépère Du Bellay, qui voudrait rentrer dans son village parce que la vie y est plus tranquille.

    - Ah? et il dit ça où, dans son poème?
    - Euh... Ben oui, Du Bellay, c'est bien celui qui était soldat à Rome? non? quand la France était en guerre avec l'Amérique?¨

     

    ***

     

    Mais je vous rassure: la toute grosse majorité a fait un excellent examen oral.
    Si, si, le prof est content :-)

  • O comme obiit

    Ce jour-là, les jolis yeux bleus de L***, 17 ans, sont un peu plus fixes que d'habitude et ses pommettes un peu plus rouges. Je vois de l'amertume au coin de sa bouche.

    Elle vient m'annoncer que son cousin est mort l'avant-veille et qu'elle ne pourra pas faire son examen de maths à cause de l'enterrement.

    Je suis atterrée devant tant de douleur muette.

    L*** n'a ni frère ni soeur, ses deux cousins sont sa plus proche famille. Et voilà que celui qui avait tout juste 21 ans s'est écrasé contre un arbre par un beau matin ensoleillé.

    - Oui, me dit L*** sobrement, ça fait réfléchir...

    Son cousin, au moment de l'accident, était occupé à envoyer des SMS...

  • N comme non non rien n'a changé

    Je ne peux ces jours-ci, au lendemain des élections, me défaire de ce refrain des Poppy's:

    Non non rien n'a changé
    Tout tout a continué

    on peut voir le clip ici: http://www.youtube.com/watch?v=V9Po8lSIKww

    Il me semble que j'entends toujours le même discours.

    Mais il est sans doute l'essence même de notre système politique?

  • M comme Miraggio

    Padre Emilio me l'avait recommandé: c'est bon, ce n'est pas cher, c'est authentique. Nul besoin, donc, d'arguments supplémentaires. Pourtant ce qui m'a finalement décidée, c'était la proximité. Il tombait des cordes ce soir-là à Rome et c'était à deux pas, une rue où "il n'y a rien à voir" et où par conséquent on ne voit pas de touristes.

    Ce qui veut dire aussi que vers 19.00 h - 19.30 h, il n'y a encore personne au Miraggio. Par contre, tout le personnel est attablé autour d'une toile cirée. Je peux déjà m'installer et les regarder manger ;-) qui une pizza, qui des pâtes. Puis on débarrasse la toile cirée et on met le couvert pour les premiers clients qui arrivent.

    Tous des habitués. On les reconnaît au fait qu'ils ne reçoivent pas de menu, le patron leur demande ce qu'ils souhaitent manger et tout se décide en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Moi je me suis décidée après mûre réflexion pour des bruschette ai funghi porcini (4 €) et des spaghetti alle vongole veraci (9 €). Padre Emilio n'avait donc pas tort sur le prix.

    Arrive un très vieux monsieur qui habite à côté. Il a un petit chien, minuscule petite chose frétillante qu'il pose avec amour sur ses genoux et avec qui il partage le pain qu'on lui apporte dès qu'il est assis. Tour à tour, les membres du personnel et quelques habitués viennent lui faire la causette. On parle beaucoup chien, évidemment, et la minuscule petite chose frétillante en est bien consciente.

    Quand je sors de là je me dis que padre Emilio avait raison aussi pour la qualité et l'authenticité.

    Puis je remarque l'affiche placardée à la porte:

     

    QUI NON POSSO ENTRARE

    nonpossoentrarequinonposso

  • L comme lettre et les liens en littérature

    "Ecrire est la meilleure façon que j'aie trouvée ici d'intégrer une certaine expérience, de me " l'ajouter " véritablement, dirait M. Teste, de faire qu'elle soit aussi totalement à ma disposition, tout entière convertie en aptitude, comme la nage ou la locomotion. Il ne s'ensuit nullement que ceci soit valable aussi pour vous."

    Claude-Edmonde MAGNY, Lettre sur le pouvoir d'écrire.

    Lettre sur le pouvoir d'écrire

    " Mon cher Jorge,
    Votre ami Juan prétendait aimer, jadis, ce qu'il appelait mes "homélies" ; et ce que vous m'écrivez des scrupules qui vous sont venus récemment sur votre vocation littéraire me donne envie de vous en adresser une…"

    " Vous rappelez-vous ce soir pluvieux de printemps où vous êtes rentré chez moi en me déclarant que jamais vous ne pourriez écrire "votre" Recherche du Temps perdu ?
    Vous aviez marché longtemps dans les rues désolées, assailli par toutes les  déceptions mesquines de la journée, et vous aviez été de nouveau repris par la vieille angoisse mal oubliée de la première adolescence quand vous déambuliez tristement dans une ville étrangère, regrettant presque l'internat du lycée dont les murs, au moins, étaient familiers, et sans autre avenir à votre journée que la pensée d'y retourner le soir."
     
    "Vous vous êtes demandé ce qui manquait à ces extraordinaires petits pastiches de Mallarmé (un Mallarmé qui aurait lu Proust et adopté la prosodie d'Aragon) que l'an dernier vous fabriquiez en trois heures et qui chaque fois m'éblouissaient. Il leur manquait simplement d'avoir été écrits par vous. De vous exprimer, si superficiellement que ce soit. De se rattacher en quelque sorte à ce qu'il y a d'essentiel en vous, à cette chose que vous voulez plus que tout, mais dont vous ne savez pas encore quelle elle est. J'ai cru un moment que cet anonymat de vos poèmes était dû au fait que vous pastichiez  (volontairement mais il n'importe) ou bien, plus profondément, à l'étrangeté que gardaient pour vous les mots de la langue française, quelle que fût leur familiarité grammaticale - ces mots qui ne savaient rien de votre enfance, de vos ancêtres, où votre âme ne s'enracinait pas.
    Catherine Pozzi reste soi, même quand elle imite Louise Labbé; Lanza est italien; Moréas et Chénier étaient grecs tous les deux. Quant à la pente trop facile du pastiche, n'y glissent que ceux qui se possèdent encore mal: le fragment du Journal des Goncourt qui ouvre Le Temps retrouvé, nul ne le prendrait pour autre chose que du Proust, et pourtant les tics de style des deux frères y sont "attrapés" aussi vivement que par vous ceux de Mallarmé. Mais vous n'êtes pas encore sorti des limbes de la création littéraire: rien de ce que vous pouvez faire n'a de gravité, au sens quasi physique du terme..."

    "Je n'ai pas voulu dire autre chose que ceci: c'est que la littérature est possible seulement au terme d'une première ascèse et comme résultat de cet exercice par quoi l'individu transforme et assimile ses souvenirs douloureux, en même temps qu'il se construit sa personnalité..."

    " On n'a pas marqué assez souvent, il me semble, toute la terreur qu'il y a dans Keats,
    dans le début d'Hypérion par exemple:
    There was a listening fear in her regard,
    As if calamity had but begun...
    ou le sinistre refrain qui hante La Belle Dame sans Mercy:
    though the sedge is withered from the lake... Ou bien encore le terrible:
    Forlorn! De l'Ode au Rossignol, qui marque l'échec définitif de la tentative d'appropriation magique du monde et sonne le glas aux aspirations suprêmes du poète. Keats a vu le ver au cœur de chaque fruit, la faille au cœur de toute existence, il sait qu'il n'y a pas pour l'homme de salut dans le monde et il est terrifié. Mais cette terreur est maintenant cosmique, et non plus psychologique. Elle réussit à être la transposition sereine d'une expérience qui fut atroce,certes, mais qui est maintenant dépassée laissée loin derrière lui par le poète. "

    "Je dirais volontiers: Nul ne peut écrire s'il n'a le coeur pur, c'est-à-dire s'il n'est pas assez dépris de soi- et ceci vaut pour les parties considérées comme les plus humbles, les moins créatrices de la littérature: la critique par exemple."

    Allez donc voir le merveilleux site que Françoise Kroichvili a consacré à l'oeuvre de Jorge Semprun: http://francoise-kroichvili.perso.neuf.fr/index.htm

     

  • K comme kaléidoscope

    Le kaléidoscope auquel je pense ici, c'est celui qui répond à la définition "Assemblage d'éléments divers, parfois hétéroclites."  (http://www.cnrtl.fr/definition/kal%C3%A9idoscope)

    J'aimerais comprendre pourquoi dans ce monde toute notre histoire tourne autour de l'exclusion, de l'"épuration", du clivage, de la séparation, de l'extermination, de la diabolisation de ce qui est autre, différent, hors de la norme.

    Tout ça pour vous dire qu'aujourd'hui, jour des élections, j'ai peur de ce qui sortira de ce scrutin.

    Car nous qui sommes nombreux cependant à tenir à notre kaléidoscope, nous ne savons pas trop pour qui voter, afin d'en assurer tant soit peu la survie.

    marien

    Marcel Mariën, L'introduction au surréalisme en Belgique, 1991
    J'ai trouvé cette reproduction en plusieurs endroits sur Internet, celle-ci vient du site de Jean-Marie Stroobants, http://www.noirjaunerouge.be/index.html 

  • J comme Jorge Semprun (bis)

    Comme je l'ai dit au J comme... du mois dernier, une impulsion soudaine m'a fait acheter L'écriture ou la vie de Jorge Semprun.

    Depuis, je ne cesse de le lire. Façon de parler, bien sûr, mais qui veut dire que j'en poursuis la lecture dès que j'ai un moment.

    Personnellement, j'y retrouve un grand nombre de mes propres préoccupations (à mon humble échelle, bien sûr, je ne vais pas me comparer à Jorge Semprun, ça serait un peu fort hahaha et surtout fort risible)

    Mais voilà, ces préoccupations sont là, et je les reconnais. Comme par exemple tout ce qui concerne l'écriture de soi. La question de savoir si l'écriture de soi peut être thérapeutique ou tout le contraire. La question du Mal avec un grand M. La question de savoir si l'art, la littérature ou la poésie dans ce cas-ci, a des vertus salvatrices. Le choix de la langue dans laquelle on écrira, et qui n'est pas forcément la langue maternelle. Le problème identitaire: quelle est ma patrie? quelles sont mes racines? à quel groupe est-ce que j'appartiens? et surtout, pourquoi dois-je choisir?

    Et je ne suis qu'à la page 256 ;-) Il y en a 396 dans mon édition Folio.

    Si le coeur vous en dit, lisez cet entretien avec Jorge Semprun à l'occasion de la sortie de L'écriture ou la vie, en 1994. C'est sur le site de Gallimard, son éditeur: http://www.gallimard.fr/catalog/entretiens/01029405.htm

     

     

  • I comme Iliade

    Je me branche sur www.klara.be et j'entends le présentateur réciter

    Μῆνιν ἄειδε, θεά, Πηληιάδεω Ἀχιλῆος
    οὐλομένην, ἣ μυρί’ Ἀχαιοῖς ἄλγε’ ἔθηκε,
    πολλὰς δ’ ἰφθίμους ψυχὰς Ἄϊδι προῒαψεν
    ἡρώων, αὐτοὺς δὲ ἑλώρια τεῦχε κύνεσσιν
    οἰωνοῖσί τε πᾶσι· Διὸς δ’ ἐτελείετο βουλή

    et me voilà reprise par ma passion des lettres classiques: Homère, l'Iliade, Agamemnon, Achille, Hector... toute une foule de personnages emportés par le tourbillon de leurs passions mais aussi celles des dieux qui ont choisi de s'allier aux uns ou aux autres.

    Ô que de souvenirs scolaires!

    L'émission a pour but de présenter une nouvelle traduction de cette oeuvre, réalisée par Patrick Lateur, et qui vient de paraître le 14 avril dernier aux éditions Athenaeum. Ceux qui maîtrisent le néerlandais peuvent lire ici quelques explications de l'auteur concernant le problème de la traduction http://users.telenet.be/patrick.lateur/bijna.pdf

    De même, le lien ci-dessous permet de lire un extrait célèbre, celui du bouclier d'Achille, dans la traduction de Patrick Lateur http://users.telenet.be/patrick.lateur/ronde2.pdf

    Quant à moi, je suis encore plus ou moins capable de déchiffrer les lettres grecques, mais je n'y comprends presque plus rien... N'est-ce pas nfiniment triste, cette faculté d'oublier des choses qu'on a pourtant si bien apprises et si bien sues?

    Heureusement donc que d'excellents traducteurs poursuivent leur travail. Une nouvelle édition de l'Odyssée est prévue pour 2014 ;-)

  • H comme Hopper

    Ce sont les derniers jours pour aller voir l'expo sur Edward Hopper à Rome. Si vous avez le temps, regardez la video sur cette page, http://www.edwardhopper.it/?IDC=32, c'est en anglais sous-titré en italien et très compréhensible.

    J'ai déjà parlé ici de ce peintre, que je connaissais surtout pour ces regards un peu voyeuristes sur des intérieurs où un ou deux personnages respirent la solitude des grandes et des petites villes.

    A l'expo on peut voir aussi ses peintures de la ville et de ses ponts et autres constructions. Mais si vous avez regardé la video, vous savez tout ça ;-)

    Et puis il y a ce tableau intitulé Soir bleu (1914) et dont le clown blanc a servi d'illustration de couverture pour l'édition de poche (parue chez Folio) d'Effroyables jardins, de Michel Quint. On peut voir le tableau ici, http://www.edwardhopper.it/?IDC=34, parmi tous les autres.

    Je vous recommande l'expo autant que le livre

    hopper-mostra

    effroyablesjardins

     

  • G comme Ganshof van der Meersch

    Samedi dernier, j'ai fait un rapide aller-retour à Bruxelles pour me procurer des places à la Monnaie pour la saison prochaine. En allant manger avec une amie qui connaît et partage mon amour des livres, je découvre grâce à elle un magasin près du béguinage, Het ivoren aapje, où on vend des livres de seconde main.

    J'ai failli en sortir sans rien acheter...

    Et puis, juste avant de refranchir le seuil, j'ouvre un volume de Charles van Lerberghe et je vois cette signature sur la page de garde:

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    Louise Ganshof van der Meersch!

    En 1944, à la libération, l'auditeur général Walter Ganshof Van der Meersch devient haut commissaire à la sûreté de l'Etat. Mon grand-père m'a quelques fois parlé de lui. Il l'admirait. Il avait des anecdotes sur cet homme parce que l'oncle Emile, celui qui était gendarme et beau-frère de mon grand-père, avait été son ordonnance.

    Alors, quelle que soit cette Louise, j'ai bien sûr acheté le livre...

    Pour ceux qui s'intéresseraient à W.J. Ganshof van der Meersch, on trouve de nombreux documents sur Internet, dont celui-ci: http://pallas.cegesoma.be/pls/opac/opac.search?lan=N&seop=6&sele=1&sepa=1&doty=&sest=ganshof+van+der+meersch,+walter+(joseph)+(1900-1993)&chna=&senu=2718&rqdb=1&dbnu=1

  • F comme festa

    Ce vendredi matin 14 mai, je crois comprendre pourquoi la veille on faisait le ménage à fond à l'Altare della Patria: dès 8.30 h, une grande présence policière, une parade qui s'annonce, de la nervosité et de l'effervescence dans l'air.

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    Je vais à la rencontre d'une jeune femme qui arrive en sens inverse, en grand uniforme de gala.

    - Est-ce un jour spécial, aujourd'hui, pour l'Italie? je lui demande avec mon plus bel accent spaghetti.
    - C'est la fête de la police, me répond-elle avec un large sourire.

    Alors je lui ai souhaité bonne fête, bien sûr. Buona festa della polizia! Auguri!

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    Après la parade et la cérémonie à l'Altare della Patria, le beau monde était attendu à l'hôtel de ville, chez le sindaco, devant la porte duquel deux ouvriers jardiniers s'affairaient encore, à neuf heures du matin, à planter in extremis quelques rosiers rouges tout fleuris. Les voici: les rosiers, la camionnette et un des deux ouvriers qui ramasse les outils

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  • 7 idées pour un défi, c'est 6 de trop (bis)

    Etes-vous collectionneur? demandait le défi n° 109. Ou bien connaissez-vous des collectionneurs?

    Ce soir du samedi 29 mai, je me suis tout de suite mise au travail. Dans ma tête, bien sûr, puisque c'est là que tout commence.

    Première idée:

    Elle n’a jamais rien collectionné.

    Chaque année, au début du mois de septembre, ses parents lui ramenaient une petite poupée folklorique de leur séjour dans l’une ou l’autre région de France . Une petite Alsacienne, une Bretonne, une Provençale, une Bourguignonne… Chaque année une nouvelle poupée était déposée sur le dessus de l’armoire. On ne les sortait pas de leur emballage et on les époussetait une fois par semaine. Elle n’a jamais su pourquoi ses parents lui ramenaient ça au lieu d’un jouet ou d’un livre. Elle n’a jamais su quel était l’intérêt de ces figurines qui restaient là-haut, inaccessibles dans leur cage de plastique.

    Deuxième idée:

    Grand-père M*** avait une collection de frères et soeurs. Il était le huitième enfant d'une fratrie qui en comptait dix, ce qui veut dire que chaque premier janvier nous allions rituellement et dans un ordre immuable et bien établi (celui de l'ancienneté) porter nos bons voeux à tante Marie, celle qui en réalité s'appelait Zulma, on la comprend un peu, n'est-ce pas (désolée pour les Zulma qui me lisent), aux deux tantes Elvire, l'une était une soeur, l'autre une belle-soeur, à tante Jeanne, qui devenait si aveugle qu'elle avait un jour servi du Paic citron à ma grand-mère, ce qui avait fait dire à mon grand-père que tout ça ne serait pas arrivé si elle avait bu du whisky, comme lui, à tante Palmyre, qui avait un vrai sapin avec de vraies bougies, ce qui a failli tourner au vrai drame une ou deux fois, à tante Elisa, l'unique dépositaire de la véritable recette de gaufres comme Mère les faisait...

    La tournée nous prenait toute l'après-midi et toute la soirée du premier jour de l'an et mon frère et moi nous divertissions beaucoup à observer les grands-parents avec leurs frères et soeurs.

    Mais nous n'allions pas chez l'oncle Emile, celui qui avait été l'ordonnance de Ganshof van der Meersch: sa femme étant la cadette des dix, c'était à elle de se déplacer.

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     Troisième idée:

    Vers sa douzième année, ses parents lui ont donné leurs albums de timbres. Elle les a pieusement acceptés et les a complétés de tous les timbres qui avaient été déchirés de leur enveloppe depuis de longues années.
    De temps en temps, elle les feuilletait. Ce qui la fascinait, c’était le voyage qu’elle faisait dans sa tête, en Afrique noire, en Extrême-Orient, en Amérique du Sud… Elle n’a jamais eu la passion des timbres, mais tout le monde dans la famille a continué à lui donner les enveloppes et les cartes postales pour qu’elle puisse en récupérer ces petits rectangles dentelés.

    Elle en avait une collection, mais elle ne les collectionnait pas.

    Quatrième idée:

    Mon frère a toujours été un grand collectionneur d'armes.

    Il avait un glaive de soldat romain. Un yatagan. La véritable épée de Zorro. Un Mauser. Un Browning. Un pistolet avec un barillet à six coups, pour jouer à la roulette russe. Une carabine double long rifle pour tuer des Apaches. Un arc et des flèches pour se débarrasser des visages pâles. Une mitraillette qui faisait de fausses flammes et du vrai bruit. 

    C'est sans doute pour cela qu'il est aujord'hui un pacifiste convaincu. Si convaincu qu'il a interdit tout jouet ressemblant à une arme à ses propres fils... allez comprendre.

    Cinquième idée:

    Quand quelqu'un de la famille veut se débarrasser de vieux papiers, lettres, photos, cartes postales, livres, il a deux possiblités. Soit il fait comme sa mère, il porte le tout au parc à conteneurs. Soit il le lui apporte à elle.

    Alors elle classe avec amour ces bébés inconnus, ces communiantes, ces jeunes mariés, elle lit avec émotion ces avis de décès, ce menu de mariage, cette lettre d'amour, elle trie, range, met en boîtes et remplit ses deux greniers.

    Heureusement, elle a réussi in extremis à sauver des flammes le gros agenda dans lequel son père consignait minutieusement tous ses voyages en France, chaque repas, chaque menu, chaque plat, chaque vin... jusqu'à son dernier séjour quelques mois avant sa mort. Mais cette relique-là, elle n'a pas encore eu le courage de la lire.

    Sixième idée:

    Elle avait un papa qui savait bien faire la cuisine. Alors en prévision de la fête des pères, elle avait pendant de longs mois découpé des recettes dans de vieux magazines. Elle les avait classées comme elle le pouvait - il faut dire qu'elle n'avait pas tout à fait dix ans - et collées dans un grand cahier.

    Quelle fierté! elle était sûre de lui faire plaisir avec ce cadeau-là!

    Malheureusement, un jour le papa l'a surprise en plein travail. Le pauvre n'était pas fin diplomate. Il lui a expliqué qu'elle pouvait tout de suite arrêter sa collection et que s'il voulait des recettes, il savait où en trouver...

    Lui,  effet, avait toute la série des Cuisine et vins de France et les bibles de tous les grands noms de la gastronomie française.

    L'ultime:

    Elle a commencé très jeune. Dès le berceau, en fait. Avec un sténose du pylore* à l’âge de trois semaines.  « J’aurais préféré couper dans votre ventre à vous » a dit l’homme de l’art à la mère du bébé en sortant de la salle d’opération. Le pauvre n’avait encore jamais utilisé ses scalpels pour un nouveau-né.

    Elle est donc passée entre les mains de chirurgiens, y laissant chaque fois un petit quelque chose. Ses amygdales, par exemple.  Ou l'appendice iléo-cæcal. Une première collection qui est à la source de toutes les autres.

    Car cette première collection a ouvert la voie à une seconde, celle des mots. Les beaux, les longs, les difficiles. « Sténose du pylore », elle a dû apprendre le terme très vite, puisqu’à chaque visite médicale, piscine ou plage il se trouvait bien quelqu’un pour pointer le doigt vers la cicatrice sur son ventre et demander : « C’est quoi, ça ? »

    Depuis, les mots, tous les mots, les savants, les étrangers, les argotiques, roulent dans sa gorge** et dans sa tête avec délectation.

    Après les mots, les phrases. Jolie collection aussi que celle-là : les citations. Après la petite phrase du chirurgien, il y a eu celle du grand-père qui avait déjà vu mourir sa femme et ses deux petites filles : « Nous dans la famille, on ne peut pas avoir de filles ».
    Et celle de sa mère qui lui répétait : « Moi j’aurais préféré avoir un fils ».

    Alors, vers l’âge de cinq ans, elle s’est mise à collectionner les sentiments de culpabilité. Sûrement, les autres enfants rendaient leur mère heureuse dès leur naissance et ne lui jouaient pas de pareils tours. Sûrement les autres enfants étaient toujours bien portants et ne collectionnaient pas ainsi toutes les maladies infantiles.
    Ils ne ramassaient pas chaque rhume qui passe.

    Et ils ne refusaient pas une glace à la vanille sous prétexte qu’on leur avait coupé les amygdales !

    Ils n’usaient pas leurs chaussures.

     

    « Soyez heureuse », me dit un jour le cordonnier, trente ans plus tard, chez qui j’allais – presque en m’excusant – avec la troisième paire la même semaine, « que votre mari use ses chaussures. Vous verrez que le problème sera bien pire le jour où il ne les usera plus. »

     

    * http://www.pediatric-surgery.org/stenose-hypertrophique-du-pylore

    ** Gorge où, grâce à l’ablation des amygdales, il y a d’autant plus de place pour laisser rouler les mots J

     

  • E comme examens

    Quand en début d'année j'explique comment fonctionne le système scolaire français, mes élèves de cinquième (la Première, en France) réagissent le plus fortement au moment où il est question du bac.

    Quoi! ces chançards de Français n'ont que ces examens-là, alors qu'eux, pauvres Belges, en ont chaque année! et même deux fois par an! C'est trop injuste!

    Quand un(e) élève est malade, très malade, trop malade pour pouvoir faire des examens, on essaie de lui alléger un peu son programme. Nous avons la session de décembre, celle de juin, et des contrôles toute l'année, nous disposons donc d'informations suffisantes pour juger si l'élève en question est apte à passer à l'année suivante.

    Mais quoi! ce(tte) chançard(e) ne doit pas faire tous ses examens! ô rage ô désespoir ô santé ennemie! C'est trop injuste!

    Alors que l'élève cloué(e) au lit n'a qu'un seul désir: être bien portant et pouvoir faire comme tous les copains. Y compris les examens. "L'injustice", si injustice il y a, ne serait-elle pas plutôt du côté de la mononucléose ou du cancer?

    Soupir... il va falloir que je leur explique de ne pas juger sans savoir, de réfléchir et d'essayer de se mettre à la place des gens avant de les jalouser.

    Bref, d'utiliser un peu mieux leur tête et leur coeur...

    +++

    Excusez le prêchi-prêcha dominical, mais c'est ce qui me préoccupe ces jours-ci :-)

  • D comme dénicheurs débrouillards... dépendants?

    Dehors, sur la terrasse, il y a une caisse à vin recyclée en "mangeoire" pour les chats. Ainsi, je peux m'absenter pour le week-end, ou même pour toute une semaine, ils trouvent largement de quoi se nourrir. La caisse a été savamment conçue ;-) les croquettes pour chats se déversent au fur et à mesure de leurs besoins.

    Depuis longtemps, elle fait le bonheur des hérissons du voisinage. Le seul problème, c'est qu'ils me laissent de somptueuses crottes... et que peut-être cette table d'hôtes les rend moins assidus à chasser les limaces du potager.

    Parfois c'est un gros chien du voisinage qui vient mettre la pagaille et la panique dans la vie animale du jardin en se ruant comme un affamé sur cette caisse, dont l'ouverture étroite n'est pas du tout prévue pour la taillede son museau.

    Mais depuis quelques semaines, de nouveaux hôtes ont découvert que la caisse à vin contenait du comestible pour eux: les merles.

    Il en est venu d'abord un, à la sauvette, en éclaireur. Ces jours-ci, ils sont deux à emporter les petits morceaux de croquettes pour chat, l'un vers l'ouest et les noisetiers, l'autre vers l'est et les sureaux. Apparemment, ces dames apprécient et en redemandent.

    Mais je m'interroge...

    A quoi ressembleront leurs petits, nourris de croquettes "poulet, foie et légumes", une "alimentation 100 % équilibrée pour chats adultes"?
    Et dans quelque temps, au lieu de leur apprendre à retirer délicatement mais fermement les vers de terre de la pelouse, les instruiront-ils dans l'art de venir se servir de croquettes sans se faire repérer par les chats?

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    Je constate que quand je prends des photos de la terrasse, j'évite toujours soigneusement de montrer cette fameuse caisse bois...

  • C comme cappuccino

    Le meilleur cappuccino de tout ce petit séjour à Rome, c'était via de Baullari, au bar Farnese. Un petit bar minuscule, un bariste âgé, en costume deux pièces bleu roi et chemise blanche avec cravate. Le seul qui m'ait proposé l'indispensable nuage de cacao. Servi avec une infinie gentillesse et tout ça pour seulement un euro.

    Le second meilleur était au même prix et al banco des fratelli Paolesi, via Pettinari. Mais ils ne m'ont pas proposé de cacao.

    Les plus chers sont évidemment ceux qu'on vous "offre" (le mot n'est pas approprié dans ce cas, je le sais) dans les musées. Ce qui fait que ces bars sont quasi-vides. Mais moi il faut que je fasse une petite pause, vu que j'y traîne mes savates pendant de longues heures. Comme par exemple aux Musei Capitolini, où il vous coûtera 1,80 €, à condition que vous restiez à l'intérieur. Sur la magnifique terrasse, c'est trois fois plus cher.

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    Voilà une photo de la même situation, l'an dernier. Mon cappuccino et moi, nous sommes restés à l'intérieur.

    Ci-dessous, le gagnant du concours du meilleur cappuccino de l'an dernier. C'était le bar The Glass (un nom bien de chez nous, aurait dit mon père), via Sant'Eufemia. J'y suis retournée cette année, c'est toujours la même serveuse, mais elle ne vous fait plus de chefs-d'oeuvre.

    Et ne vous met plus le nuage de cacao.

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  • B comme Bès et Barracco

    Au musée Barracco, à Rome, j'avais été intriguée par quelques oeuvres  de l'époque de Ptolémée (mais aussi romaine) représentant une divinité du nom de Bès. Un personnage à l'aspect assez repoussant et qui ne me disait pas grand-chose.

    On peut en voir quelques exemples ici http://www.egyptos.net/egyptos/photos/Dieux--Bes et ici http://mythologica.fr/egypte/bes.htm

    J'ai donc longuement observé une stèle avec Bès, une cippe funéraire avec Bès, une statue de Bès, ses longues moustaches, sa peau de panthère (ou de lion?), ses plumes d'autruche sur la tête et son drôle de pendentif...

    We reizen om te leren (on voyage pour apprendre) dit-on chez nous :-)

    Bes

     

    celui-ci vient de Wikipédia Commons et doit donc être libre de droits
    (http://www.google.fr/imgres?imgurl=http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/0/0c/Stele_di_Bes,_epoca_tardo-tolemaica,_calcare.JPG/90px-Stele_di_Bes,_epoca_tardo-tolemaica,_calcare.JPG&imgrefurl=http://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Egyptian_antiquities_in_Museo_Barracco_(Rome)&usg=__m9V1vA4dGfW_-FdsuIet1RY0JXw=&h=120&w=90&sz=5&hl=fr&start=4&itbs=1&tbnid=8uuUTZL-aGGdOM:&tbnh=88&tbnw=66&prev=/images%3Fq%3D%2522cippo%2Bdi%2Bbes%2522%26hl%3Dfr%26gbv%3D2%26tbs%3Disch:1)

  • Adrienne et Murphy

    Ma grand-mère Adrienne n'avait certes jamais entendu parler de Murphy ni de sa loi, ni de la tartine beurrée ni de rien d'autre de ce genre.

    Ce qui me fait penser d'ailleurs de vous donner ce lien vers Wikipédia, même si vous croyez déjà tout savoir sur le sujet http://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_de_Murphy

    J'y pense souvent quand je suis en voiture car les fois où nous avions ma grand-mère avec nous elle ne manquait pas d'observer que "c'est dans les virages où on ne voit rien venir et où on peut à peine se croiser qu'on rencontre toujours une voiture qui vient en sens inverse."

    J'y pense aussi quand il y a des petits enfants chez moi, car en effet "ils ouvrent toujours le tiroir où il y a les plus grands couteaux". C'est vrai, j'ai déjà pu le constater. Comme il est vrai également que "s'il y a une flaque d'eau ou de la boue, c'est là-dedans qu'ils tomberont" 

    Et j'ajouterais même que les mamans qui sont venues avec un bébé changent son lange juste avant de partir de chez moi et me laissent un petit paquet fort nauséabond car c'est précisément à ce moment-là que le petit ange a fait son plus joli caca.

    Et moi - plus écolo tu meurs - je n'ai que deux poubelles par an, la prochaine sera enlevée dans six mois ;-)

  • Il n'y a que le premier pas qui coûte?

    L'autre jour avec mes élèves de 5e (la Première, en France) je voulais savoir quelles formes poétiques ils connaissaient. Je pensais qu'ils allaient me dire "le sonnet" vu qu'ils en avaient un devant les yeux, projeté sur le tableau blanc, mais non: c'est presque en choeur qu'ils s'écrient avec jubilation (car ils savent, les pauvrets, que leur prof de FLE est une dingue de poésie, elle leur a déjà confié cette tare) : "le haiku!"

    Evidemment... j'aurais dû y penser! C'est tellement à la mode.

    Et tout récemment la radio et la télé nous ont longuement entretenus des "haiku" de notre Président européen, Herman Van Rompuy ;-)

    Mais la réponse de mes élèves m'a assez désarçonnée pour que j'aille voir sur un site qui sait tout-tout-tout-sur-le-haiku http://www.tempslibres.org/tl/fr/mode0.html avant d'en commettre un moi-même.

    Car oui, moi qui ai une telle admiration pour les poètes et les tours de force verbaux qu'ils nous offrent, jamais au grand jamais je n'ose me risquer à les imiter. Mais des haikus, tout le monde en fait, donc allons-y gaiement, voici mon premier et pour l'instant encore le seul et l'unique:

    Juin dans le jardin
    c'est un pépiement d'oiseaux
    le chat n'en dort pas

    003