• Z comme Zut

    En avez-vous aussi, des jours comme ça?

    Comme dimanche dernier, par exemple.

    Ne plus avoir de pain, sortir sa MAP et constater qu'il n'y a plus un gramme de farine à la maison?
    (zut, j'ai oublié d'en acheter)

    Avoir des haricots verts, des panais et des betteraves rouges à récolter d'urgence au jardin et aucune envie de mettre le nez dehors?
    (zut, il pleut des cordes, des seaux, des torrents, des trombes d'eau, cats and dogs)

    Etre invitée à une charmante fête et devoir se décommander en dernière minute?
    (zut, j'ai chopé le premier rhume de la saison, je m'écoule par les yeux et tremblote au coin du feu)

    ***

     

    bon, je vais arrêter de me plaindre et monter sur le Queen Victoria
    peu m'importe la destination
    je vous dis: Allahaismarladik!
    et vous me répondez: güle güle! iyi yolculuklar!

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  • Y comme Yvonne

    Souvent j'ai entendu à la radio le nom de l'épouse d'Olivier Messiaen.

    Yvonne Loriot, pensais-je, joli nom pour une musicienne, surtout pour celle dont le mari était tellement fasciné par le chant des oiseaux!

    Et bien non, je constate aujourd'hui qu'elle ne porte pas le nom du passereau qui siffle si bien à propos, comme Berlaudier dans Le temps des secrets : son patronyme s'orthographie Loriod.

    Ce qui m'ôte l'occasion de vous présenter un joli aptonyme pour cette grande interprète décédée en mai dernier. 

    Entre parenthèses, si les aptonymes vous intéressent, vous pourrez en trouver des paquets entiers sur le net, tous garantis authentiques, comme ici: http://www.olf.gouv.qc.ca/actualites/capsules_hebdo/linguistique_aptonyme_20041811.html et de merveilleuses explications scientifiques ici http://www.fatrazie.com/aptonymiedef.htm

    Je vous recommanderais aussi cet article du journal Le Monde, qui a paru à l'occasion du décès d'Yvonne Loriod le 17 mai 2010, http://www.lemonde.fr/carnet/article/2010/05/18/la-pianiste-yvonne-loriod-est-morte_1353515_3382.html ainsi qu'un tout petit extrait vidéo où on peut voir le maître déambuler dans de hautes herbes pour nous expliquer le chant de la grive musicienne.

    Je trouve tout de même qu'on aurait pu nous montrer Yvonne, puisqu'il s'agissait de son décès à elle, il me semble...

    Soit, je ne ferai pas de mauvais jeux de mots sur l'ombre de son ombre Clin d'œil mais je n'en pense pas moins!

  • X comme... j'y pige que dalle (anlamiyorum!)

    Me trouver dans un pays dont je ne comprends absolument pas la langue, voilà qui a quelque chose de... déstabilisant? stressant? déroutant? En tout cas, tout à fait inhabituel!

    A l'aéroport, tout est encore traduit en anglais. Après, en ville, c'est terminé.

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    Je fais ma balade matinale dans les rues d'Istanbul et j'ai peur de me perdre... car il faut que je sois de retour à l'hôtel pour la session de 09.30 h.

    Je ne retiens pas vingt secondes le nom des rues et ruelles où je passe. Je ne comprends pas les indications sur les plaques. Je me demande ce que veulent dire ces slogans publicitaires. Les bouquinistes n'ont que des livres en turc. Je ne saisis rien à ce qui se dit autour de moi. Je n'arrive pas à deviner de quoi il s'agit dans les chansons que j'entends.

    Tout est étrange, étranger et déroutant. 

    Je voudrais tout comprendre. Mais Istanbul, à plus d'un titre, est un labyrinthe...

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    peinture murale dans le cadre d'Istanbul, capitale européenne de la culture 2010

  • W comme wagon de train

    Jeudi soir, je suis rentrée chez moi avec les batteries tellement à plat que tel un automate j'ai tapoté mes coordonnées sur le site du TGV et réservé une place en direction de Paris pour le congé du premier novembre.

    Aaahhhhh! je vais voir l'expo Monet au Grand Palais!

    http://www.monet2010.com/fr#/home/

    Avoir une telle perspective devant soi, ça remonte tout de suite le moral, n'est-ce pas Rigolant

    Ci-dessous, Dans la prairie, de 1876, une image prise de wikimedia commons, qui me rassure en affirmant que "This image (or other media file) is in the public domain because its copyright has expired. This applies to the United States, Australia, the European Union and those countries with a copyright term of life of the author plus 70 years."

    D'ailleurs, je les en remercie!

    Monet.jpg

    http://commons.wikimedia.org/wiki/Monet

  • V comme Violeta

    Chère Violeta

    Dernièrement, je suis passée par chez toi. C'était un jeudi, vers les onze heures du matin. Le soleil brillait sur la plaine du Danube et pourtant il ne faisait que -56°. Il faut dire que je me trouvais à 11277 mètres d'altitude.

    C'est donc un peu pour ça, et aussi à cause de la vitesse de notre moyen de locomotion, que je n'ai pas pu te faire un petit bonjour comme j'aurais aimé le faire...

    Alors en compensation, j'ai sympathisé dès mon arrivée à Istanbul avec les quatre collègues de la délégation roumaine, que j'ai très certainement abreuvé à force de leur parler de toi, des incroyables circonstances de notre rencontre et de nos vingt ans d'amitié.

    Je n'ai pas pu m'empêcher non plus de les saouler avec les trois mots de roumain que je connais (Noroc! c'est le cas de le dire, hahaha) mais ils me l'ont pardonné, je crois, et nous nous sommes promis de garder contact par mail :-)

    Grâce à toi, j'ai pu répondre à toutes leurs questions et obtenu mon diplôme de "véritable connaisseuse" de la culture roumaine: les sarmale, la tsuica, le kozonac, la mamaliga et les trésors de la Bucovina, j'ai été incollable ;-)

    Alors je te dis multsumesc et je t'embrasse bien fort

    Istanbul 2010 020 - kopie.JPG

    une vue de la salle où nous étions pour les "réunions plénières" avec l'inévitable drapeau turc ;-)

  • U comme urbanisme

    Vous avez des trottoirs si petits, si raides et si encombrés, que le touriste qui marche le nez en l'air, comme moi, le paie tôt ou tard. Ou plus exactement: le paie tôt (patatras).

    Juste un exemple de raidillon:

    Istanbul 2010 011 - kopie.JPG

    Vous avez du neuf (beaucoup de neuf) et du vieux (très peu de vieux), et je me demande combien de temps encore le peu de vieux pourra s'appuyer contre tout ce neuf:

    Istanbul 2010 006 - kopie.JPG

    et si ce peu de vieux attend d'être démoli ou restauré:

    Istanbul 2010 030 - kopie.JPG

    Car il y a tout de même aussi quelques jolies restaurations:

    Istanbul 2010 015 - kopie.JPG

    et ici ou là un monument urbain "retouché":

    Istanbul 2010 035 - kopie.JPG

    Mais j'ai bien vu le regard des gens, quand je dirigeais mon appareil photo vers un de ces rares vestiges (plus ou moins délabrés) du temps passé: étonnement, incompréhension, reproche... et souvent je n'ai pas sorti mon appareil, de peur de froisser des sensibilités.

  • T comme taxi

    Taxi-philosophe, ça existe, je l'ai rencontré.

    Mon amie Bruxelloise m'avait conseillé de prendre un taxi pour un déplacement que je devais faire. Ce qui fait que pour la modique somme de 31€, j'ai eu droit à une autobiographie hors du commun et à des considérations philosophiques sur la géopolitique, la globalisation, l'avenir de la Belgique et bien sûr l'inévitable sujet de l'Education Nationale dès qu'un interlocuteur entend ma réponse à sa question:

    - Et vous, qu'est-ce que vous faites dans la vie?

    Je ne m'étendrai pas trop sur l'aspect autobiographique, je ne voudrais pas porter atteinte à son anonymat, n'est-ce pas. Mais je peux tout de même vous dire que si le quart de la moitié de ce qu'il m'a raconté sur lui est vrai, il y a encore matière pour plusieurs longs métrages.

    Je vous livre quelques aspects de sa riche personnalité, reclassés dans l'ordre chronologique: enfance dans un orphelinat (Oliver Twist, Charles Dickens), professeur de mathématiques motivé et faisant gratuitement des cours de soutien (Topaze, Marcel Pagnol), activiste de gauche, mais dans un pays où cette sorte d'engagement n'était pas apprécié (Cavale, Lucas Belvaux), études de médecine en Belgique, poussées jusqu'à la dernière année et payées au prix fort, en faisant des petits boulots (oserais-je proposer Crime et châtiment, de Dostoievsky), père de famille heureux (La petite maison dans la prairie, pour faire plaisir à Val qui en parlait le 15 septembre),...

    Je n'ai pas osé lui demander comment un prof de maths doublé d'un médecin était devenu chauffeur de taxi nocturne. Je doute que ce soit par vocation. Mais ses vues très nettes sur les autres sujets évoqués ci-dessus (géopolitique, avenir de la Belgique et même Education Nationale, pouvait-il d'ailleurs en être autrement) doivent tôt ou tard l'amener jusqu'aux plus hautes sphères du pouvoir (Mr Smith goes to Washington, Frank Capra)

    ***

    Et si vous ne connaissez pas le chemin du pouvoir, suivez le guide:

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    monument avec Atatürk, place Taksim, Istanbul

  • Stupeur et tremblements

    Une autre de mes collègues d'Istanbul - ah oui! je sais! qu'est-ce que je suis mauvaise langue! mais que voulez-vous, il y avait là pour moi véritablement matière à stupeur et tremblements - une autre collègue, disais-je, que j'ai rencontrée à Zaventem parce qu'on prenait le même avion, m'a abordée en ces termes:

    - Ohlala! se lever si tôt le matin pour venir à l'aéroport! et maintenant mon mari a encore deux heures de route pour rentrer à la maison, et voilà que c'est l'heure des embouteillages!

    Ben moi, je me suis débrouillée toute seule et je me suis levée encore plus tôt... Mais je me suis tue.

    - Ohlala! et puis il fait froid le matin ces jours-ci en Belgique! J'espère qu'on aura du beau temps à Istanbul... mais bon, on ne pourra pas en profiter, on sera toujours à l'intérieur...

    Je n'aime pas trop les gens qui se plaignent tout le temps du temps qu'il fait, qu'il a fait (ils ont généralement la mémoire sélective et oublient que juin et juillet ont été magnifiques) et qu'il fera! Donc j'acquiesce sans trop de conviction...

    - Ah et puis leur air conditionné! c'est mauvais pour la santé! et c'est beaucoup trop froid! On va tomber malade!

    Et ainsi de suite...

    Je ne la connaissais pas depuis plus d'un quart d'heure et elle n'avait pas arrêté de se plaindre.

    Alors dites-moi: ai-je le droit d'être stupéfaite par ce gentre de personne?

    Et d'avoir des tremblements pour ceux qui la vivent au quotidien? ce brave mari qui l'a amenée à l'aéroport, qui doit rentrer par les embouteillages et sera en retard à son travail (c'est elle-même qui me l'a dit)? ses collègues?

    Le lendemain matin, elle arrive au buffet du petit déjeuner au moment où je le quitte:

    - Non mais tu as vu? Tout ça! tout ça? mais c'est beaucoup trop!

    Comme si on lui demandait de terminer les plats chauds ou froids et les corbeilles de viennoiseries à elle toute seule.

    ***

    et vu que cette dernière réflexion me fait penser au "Too many notes" du film Amadeus, je vous mets ici une photo de trois des quatre musiciens qui ont mis l'ambiance vendredi soir:

    Istanbul 2010 023 - kopie.JPG

    Pour ceux qui voudraient revoir ce passage du film de Forman, l'extrait est ici http://www.youtube.com/watch?v=dCud8H7z7vU, jusqu'au magistral "which few did you have in mind, Majesty?"

     

  • 22, v'là les kilos!

    - Moi, me dit un collègue flamand qui était à Istanbul, ça fait 18 mois que j'ai arrêté de fumer et depuis j'ai pris vingt kilos.

    Et bien, me dis-je mentalement, ça en fera 22 dès aujourd'hui.

    C'était le dernier déjeuner avant le départ et qu'avait-il dévoré depuis notre arrivée ?

    Une assiette de baklava le matin pour finir en beauté son petit déjeuner, une autre à la pause café, du baklava au buffet de desserts à midi, du baklava à la pause café de l'après-midi et une dernière assiette de baklava au buffet de desserts le soir.

    Entre la pause café de jeudi après-midi et le repas de samedi midi, ça lui faisait donc exactement dix assiettées de baklava: aux noix, à la pistache, aux amandes, ...

    - Je fais des dégustations comparatives, nous disait-il.

    Dans Istanbul, Orhan Pamuk parle de sa grand-mère paternelle en disant (p.177 de mon édition Folio) qu'elle avait "de l'embonpoint" mais que cela ne la "préoccupait pas" car elle vivait "à une époque et dans une culture où cela n'était pas un problème."

    "Lors de ces très rares occasions où mon imposante grand-mère devait sortir ou bien se rendre à une invitation, l'ultime stade de ses préparatifs qui duraient plusieurs jours consistait à faire venir madame Kamer, la femme du gardien, pour qu'elle lui serrât de toutes ses forces les lacets de son corset. J'avais assisté, avec effroi, à cette longue scène de "serrage de corset" pendant laquelle on pouvait entendre les "doucement, ma fille!" de ma grand-mère, qui se faisait tirer et pousser dans tous les sens derrière le paravent." 

    Ce passage, d'ailleurs, m'a fait sourire et me rappeler ma propre grand-mère Adrienne, friande elle aussi de pâtisseries et ayant de l'embonpoint qu'elle enserrait dans un corset à baleines, engin de torture qui m'effrayait aussi un peu quand j'étais enfant...

    Un joli petit reportage sur le baklava d'Istanbul, ici: http://www.dailymotion.com/video/x8kxwv_le-secret-du-baklava_news

     

  • R comme retour et R comme reportage

    Que vais-je vous montrer d'abord?

    Tout simplement, la première chose qui m'a frappée: l'omniprésence du drapeau turc.

    Les trois premières photos ont été prises à l'arrivée, tout le long du trajet avec le minibus qui nous amenait de l'aéroport à l'hôtel.

    La dernière a été prise au départ, pendant que nous attendions au pied de l'hôtel ce même minibus qui devait nous ramener à l'aéroport.

    Des pays qui arborent fièrement leur drapeau et leurs couleurs nationales, ça me donne plein de sentiments très mélangés, depuis l'étonnement jusqu'à la crainte.

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  • Bilan d'une soirée à la Monnaie

    "Un rideau rouge qui s’écarte sur un tableau de cour aux couleurs délirantes, un bain musical qui éclabousse de ses trilles colorés et ironiques : nous voilà plongés dans un des spectacles lyriques les plus fascinants de ces dernières années, une comédie clownesque tragique inspirée de Gombrowicz, un conte de fées à l’envers, celui d’une princesse « moche et molichonne » (très relatifs tout ça) que le prince (pas charmant) n’épousera pas. Et cette Yvonne (sorte de Théorème pasolinien), par sa présence étrange, quasi muette, son refus des (in)convenances d’une cour déliquescente, renvoie chacun à ses propres laideurs et perversions inavouées… Son élimination est donc programmée. Et si les noyaux de cerise ne suffisent pas à la faire trébucher, les arêtes de la perche feront leur office."

    L'article entier est ici: http://archives.lesoir.be/opera--yvonne-princesse-de-bourgogne--a-la-monnaie_t-20100910-01203X.html?query=boesmans&firstHit=0&by=10&sort=datedesc&when=-1&queryor=boesmans&pos=0&all=368&nav=1

    Je ne pourrais pas mieux dire... et ne peux résister à l'envie de citer un deuxième extrait du même article:

    "Fidèle à sa manière, le compositeur, plus raffiné et virtuose que jamais, frôle les références stylistiques du passé (et les siennes !), pastiches, citations ou réminiscences à peine esquissées dans une fragmentation jouissive, mais balisée de bribes de leitmotive, de Strauss à Massenet, de Berg à Offenbach, de la danse du XVIIe à la romance du XIXe, les dégringolades perlées, les brusques accélérations, les « évanouissements » du tissu sonore, ses perversions tonales, ses jeux de clavier… Et le tout, miraculeusement, se perçoit dans la continuité la plus fluide, la plus accessible."

    Bref, un régal!

  • Question existentielle d'Hyppolite Berthier

    "Et vous? Dans huit ans?" Voilà la question existentielle que posait dernièrement Hyppolite Berthier http://hyppoliteberthier.free.fr/?p=1457&cpage=1#comment-545: imaginez quelle sera votre vie dans huit ans!

    Dans huit ans, j'aurai 60 ans! Aujourd'hui, pour un prof, c'est l'âge de la retraite. Mais dans 8 ans? Il est à craindre que les règles du jeux seront changées.

    Ma question existentielle est donc plutôt: dans huit ans, aurai-je encore l'énergie, la force, le tonus nécessaires pour galvaniser mes troupes?

    Dans huit ans, quelle sera la place de l'enseignement du français langue étrangère en Flandre?

    Dans huit ans, aurons-nous un gouvernement?

  • P comme patrimoine

    Ce matin-là, ils avaient décidé de faire une randonnée vers les hauteurs. Un joli sentier partait du hameau, traversait des forêts et des alpages. Tout était beau, lumineux, frais, parfumé, tranquille.

    Le sentier grimpait. Ils ne rencontraient personne et marchaient pourtant depuis quelques heures.

    Au détour du chemin, tout à coup, une grosse cabane. Une sorte d’étable sur pilotis. Quelques vaches aux alentours, qui en broutant faisaient tinter doucement la cloche accrochée autour de leur cou. Il y avait différentes notes qui faisaient penser aux premières mesures du Pierrot lunaire.

    Un homme est sorti de l’étable et s’est avancé vers eux. Il parlait un dialecte  à consonance germanique qu’ils ne comprenaient pas très bien et lui ne comprenait aucune autre langue que celle-là. Pourtant, ils se sont compris. Il les a invités à l’intérieur. Ils l’ont suivi. Ils sentaient bien que refuser, ce serait lui faire un affront.

    Il leur a fait signe de s’asseoir. Ils ont deviné à son geste qu’il s’excusait pour le désordre. Il n’y avait pas de véritable désordre, juste un intérieur sombre, très rustique, d’un homme vivant seul et qui ne reçoit jamais de visites. Il y avait une table en bois grossier, et deux banquettes. Ils se sont installés. Au travers des fentes dans le plancher, ils pouvaient voir les litières des vaches. L’homme a disparu dans un appentis.

    Quand il est revenu, quelques minutes plus tard, il a déposé devant eux deux grands bols de faïence remplis de lait. Puis il est reparti dans les profondeurs de l’étable. Elle a jeté un regard désolé vers son compagnon : du lait, un bol plein de lait, elle à qui la moindre gorgée, l’odeur même du lait donne des nausées...

    Revoilà l’homme. Avec un bloc de fromage, une motte de beurre et un grand pain gris déjà bien entamé. Son pain de la semaine, ont-ils compris par la suite, que quelqu’un du village venait lui apporter le samedi. Lui ne redescendrait qu’à l’automne. Là-haut, tout là-haut, il restait seul tout l’été, avec ses vaches, leur lait, le beurre et le fromage qu’il faisait lui-même. Dans sa cabane-étable tout en bois sur pilotis.

    Il les incitait à boire, à manger. Elle a précautionneusement posé les lèvres contre le bord du bol de lait : il avait le parfum et le goût de toutes les fleurs de la montagne. Jamais au grand jamais elle n’a bu un lait comme celui-là, ni avant ni après ce jour.

    Il y a trente ans de cela. Aujourd’hui, il n’est plus permis de conserver du lait, d’en faire du beurre ou du fromage, si le local n’est pas carrelé du haut en bas, nettoyé au jet d’eau, désinfecté, stérilisé.

    Dommage pour les jeunes qui prendront le sentier de la montagne.

    Maintenant, « nous sommes tous président ».

    (ma participation au défi 114, qui portait ce simple énoncé: Patrimoine)

  • O comme Ommegang

    Comme il me restait trois quarts d'heure avant de reprendre le train, j'ai fait mon petit Ommegang et suis allée jusqu'à la Grand-Place.

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    Il faisait très beau samedi dernier.

    Comme toujours dans ces parages, on entendait parler toutes les langues. Les chocolatiers faisaient des affaires, on faisait la queue chez Dandoy, les terrasses étaient pleines.

    Un olivier sous le soleil mettait de l'Italie qui descendait l'Escaut Clin d'œil (pardon, ici c'est la Zenne)

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    Au milieu de la Grand-Place, on avait installé un kiosque à musique et une fanfare jouait.

    Puis tout à coup, un groupe joliment tricolore est passé, monté sur des échasses. D'où venaient-ils, où allaient-ils, pourquoi étaient-ils là? Je ne le sais pas; j'ai juste tenté de saisir l'instant...

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    Je l'aime, le plat pays qui est le mien.

  • N comme nombrables nervures

    Admirez le travail.

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    Ne dirait-on pas que je m'essaie à imiter les professionnels des espaces verts, de ceux qui officient sur nos plus prestigieux terrains de foot en les ornant de motifs géométriques dans des dégradés de vert?

    Mais non, à vous dire la vérité, le sol ici est plutôt argileux en surface et il est tombé beaucoup d'eau ces derniers jours, donc le passage de la tondeuse dimanche dernier a laissé de belles et profondes traces, parfaitement parallèles. 

    Ce qui me donne une pelouse du genre tôle ondulée en velours vert Cool

  • M comme Murphy

    Pourquoi est-ce précisément la nuit où j'ai des logeurs avides de grand calme campagnard que le chien des voisins "dort" dehors et qu'il aboie pour la moindre feuille qui bouge?

    Ce qui me rappelle une autre nuit où une tante et un oncle logeaient ici et que tout un rallye nocturne est passé entre deux et trois heures du matin. Le premier chauffeur s'était trompé à l'embranchement et les autres l'ont suivi - ou leur feuille de route comportait une erreur, je ne me suis pas levée pour aller le leur demander - mais vu que notre petit chemin est en cul-de-sac, ils ont tous été obligés de venir tourner chez nous pour repartir en trombe... ça a duré une bonne heure de crissements de pneus, de couinements de freins et de pétarades de moteurs qu'on emballe - puisque c'était une course, tout de même! ... bref, ça nous a fait de la conversation pour le lendemain et ça apporte de l'eau au moulin de Murphy.

    Cependant je peux vous certifier que la tartine ne tombe pas toujours du côté de la confiture.

    Parfois, elle tombe aussi du côté du fromage blanc.

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  • L comme langues

    Apprendre le turc en 80 minutes, vous croyez que c'est possible?

    C'est en tout cas ce que j'ai espéré, pendant un instant de folie, en voyant le CD "80 minutes pour parler TURC" et en décidant de l'acheter.

    Prise d'un doute affreux, je demandais l'autre jour à une de mes classes: "Vous croyez qu'on peut apprendre une langue en 80 minutes?" et j'ai pu lire la réponse dans leurs yeux arrondis: "Voilà que madame est devenue complètement folle"

    Au dos du boîtier on trouve cependant des choses rassurantes. Par exemple, que cela permettra de "rapidement maîtriser les formules les plus fondamentales de la communication orale". Pendant 80 minutes, une voix française et une voix turque prononcent en alternance 300 phrases grâce auxquelles vous êtes censé "acquérir le vocabulaire le plus indispensable de la conversation courante."

    Pour le reste, un seul conseil est donné: "écoutez le CD très régulièrement", répétez, "réécoutez souvent les mêmes séquences jusqu'à parfaite assimilation", répétez et réécoutez, répétez et réécoutez.

    Toute ma bonne volonté a fondu d'un seul coup dès les premières minutes de ma première écoute: il y a des sons qui me sont tellement inconnus que je ne vois pas du tout comment faire pour les reproduire. Ainsi par exemple, la phrase numéro 5, celle qui me serait pourtant des plus utiles: "Dilinizi konusmuyorum" (je ne parle pas votre langue) ou un indispensable "merci beaucoup", qui se dit, dans sa version polie: "çok tesekkürler" ou "çok tesekkür ederim".

    Bon d'accord, si on veut faire simple, on peut aussi dire "mersi!"

    Je crois que je m'en tiendrai là ;-)

    "özür dilerim! üzgünüm" (pardon! je suis désolée)

  • K comme konak

    Konak, voilà le seul mot turc que je connaisse...

    "La tristesse des konak de pachas qu'on détruit", écrit Orhan Pamuk au chapitre 4 d'Istanbul.

    "L'immeuble Pamuk a été construit à Nisantasi, dans le coin d'un vaste terrain qui jadis avait été le jardin d'un grand konak de pacha." (p. 50 de mon édition Folio)

    Quand on introduit le mot 'konak' dans un moteur de recherche, surtout si on l'associe au mot 'Istanbul', on arrive principalement - si pas exclusivement - à des hôtels.

    Un bon exemple tout de même ici, http://www.istanbulguide.net/istguide/artetarch/batimliste/yali/esrefbey.htm

    Pour les photos, vous attendrez mon retour, si j'ai l'occasion de m'échapper un moment des séminaires et si j'ai l'occasion d'en voir encore un "debout" ... car Pamuk n'est pas très optimiste quand il parle de "la tristesse de cette culture agonisante et de cet Empire englouti" et de "l'effort d'occidentalisation" :

    "tous les efforts se sont davantage portés vers l'oubli du passé; ce qui ouvrit la voie à l'anéantissement par le feu des konak" (p.55)

  • J comme Joye et les joies de l'Internet

    Quelles sont les dix choses que tu aimes le plus au monde?

    Joye ne taggue pas, dit-elle, elle invite :-) mais pour moi ça revient un peu au même, puisqu'il faut toujours répondre à une invitation, n'est-ce pas?

    Voici le lien vers sa page: http://iowagirl.over-blog.com/article-les-dix-choses-que-j-aime-le-plus-56805532-comments.html

    Je pensais y réfléchir à l'aise, oui mais voilà, le jour J (J comme Joye, of course) est bien vite là.

    Je pourrais bien sûr m'en défaire vite vite, et reprendre mutatis mutandis le top 10 de Joye, vu que je suis plutôt d'accord avec elle. Il faudrait juste changer quelques noms.

    Mais si je n'avais pas lu son billet à elle, qu'aurais-je écrit?

    D'abord, la question parle de choses. Je m'en serais donc probablement tenue aux choses. Comme ceci, par exemple:

    J'aime voyager et j'aime être chez moi.

    J'aime l'opéra et j'aime le silence.

    J'aime un bon verre de vin et j'aime l'eau plate.

    J'aime mon coin de nature et j'aime Bruxelles.

    J'aime faire la classe et j'aime avoir un jour de congé.

    J'aime les conversations avec les amis et j'aime la solitude.

    J'aime le printemps, l'été, l'automne et l'hiver.

    et je pourrais continuer encore longtemps, à la manière de Roland Barthes:

    J'aime : la salade, la cannelle, le fromage, les piments, la pâte d'amandes, l'odeur du foin coupé (j'aimerais qu'un « nez » fabriquât un tel parfum), les roses, les pivoines, la lavande, le champagne, des positions légères en politique, Glenn Gould, la bière excessivement glacée, les oreillers plats, le pain grillé, les cigares de Havane, Haendel, les promenades mesurées, les poires, les pêches blanches ou de vigne, les cerises, les couleurs, les montres, les stylos, les plumes à écrire, les entremets, le sel cru, les romans réalistes, le piano, le café, Pollock, Twombly, toute la musique romantique, Sartre, Brecht, Verne, Fourier, Eisenstein, les trains, le médoc, le bouzy, avoir la monnaie, Bouvard et Pécuchet, marcher en sandales le soir sur les petites routes du Sud‑Ouest, le coude de l'Adour vu de la maison du docteur L., les Marx Brothers, le serrano à sept heures du matin en sortant de Salamanque, etc.

         Je n'aime pas: les loulous blancs, les femmes en pantalon, les géraniums, les fraises, le clavecin, Miro, les tautologies, les dessins animés, Arthur Rubinstein, les villas, les après‑midi, Satie, Bartok, Vivaldi, téléphoner, les chœurs d'enfants, les concertos de Chopin, les bransles de Bourgogne, les danceries de la Renaissance, l'orgue, M. A. Charpentier, ses trompettes et ses timbales, le politico‑sexuel, les scènes, les initiatives, la fidé­lité, la spontanéité, les soirées avec des gens que je ne connais pas, etc.                 

         J’aime, je n'aime pas: cela n'a aucune importance pour personne; cela, apparemment, n'a pas de sens. Et pourtant tout cela veut dire : mon corps n'est pas le même que le vôtre. Ainsi, dans cette écume anar­chique des goûts et des dégoûts, sorte de hachurage distrait, se dessine peu à peu la figure d'une énigme corporelle, appelant complicité ou irrita­tion. Ici commence l'intimidation du corps, qui oblige l'autre à me supporter libéralement, à rester silencieux et courtois devant des jouissances ou des refus qu'il ne partage pas.

              (Une mouche m'agace, je la tue : on tue ce qui vous agace. Si je n'avais pas tué la mouche, c'eût été par pur libéralisme: je suis libéral pour ne pas être un assassin.)                                         

                             Roland BARTHES, Roland Barthes par Roland Barthes.

     Qu'en dis-tu, Joye?

     

  • I comme Istanbul

    Jeudi, je pourrai enfin lire Istanbul, d'Orhan Pamuk, que je me suis acheté voilà plus d'un an en prévision de...

    Ceux qui me connaissent déjà un peu devineront le sens de cette première phrase: s'ils se souviennent que je lis les Racconti Romani à Rome et Le ragazze di Sanfrediano à Florence, dans le quartiere San Frediano...

    C'est que je lirai Istanbul en route vers Istanbul, où je dois aller pour assister à quelques jours de formation Cool

    Une interview intéressante avec l'auteur à propos de ce livre (et à propos de la question de la place de la Turquie en Europe) se trouve ici http://www.lexpress.fr/culture/livre/entretien-avec-orhan-pamuk_822120.html

    P.S.: en ce moment je lis aussi Bernard Ollivier, Longue marche, tome 1: Traverser l'Anatolie, éd. Phébus, février 2008. Mais qu'on se rassure dans les chaumières, je n'ai pas l'intention de suivre son exemple. En tout cas, pas avant d'avoir comme lui atteint l'âge de la retraite ;-)
    http://www.libella.fr/phebus/index.php?post/2008/03/05/Longue-marche-I-libretto-Traverser-lAnatolie-par-Bernard-OLLIVIER

  • H comme horribilis est (latin) ou H comme Hamaïh! (syldave)

    La toute première fois que j'ai eu besoin d'un mot de passe pour avoir accès à un site, c'était il y a très très longtemps, pour un site du genre "encyclopédique" qui est malheureusement mort de sa belle mort depuis quelques années.

    On m'avait envoyé par e-mail un mot de passe composé de 5 caractères qu'il m'a été facile de mémoriser.

    Par la suite, j'ai rapidement eu besoin d'un tas de mots de passe pour un tas de sites. No problem, je me fabriquais chaque fois le même, avec les cinq caractères si faciles à retenir.

    Je sais, oui je sais que ce n'est pas très malin de n'avoir qu'un seul mot de passe pour trente-six sites, ni très malin d'en avoir un court et facile. Mais je ne m'en suis jamais vraiment inquiétée.

    Ces derniers temps, le phénomène des mots de passe prend une autre envergure. De plus en plus, on me communique qu'on ne peut plus accepter le mien, il est trop court. Certains sites demandent six caractères au minimum, d'autres huit.

    No problem, pensai-je encore, je rajoute un, deux ou trois caractères à mon fameux et indestructible mot de passe de toujours (indestructible dans ma mémoire, s'entend, pas indestructible pour un hacker débutant)

    Mais "c'est ici que les Romains s'empoignèrent", comme disait mon père, qui connaissait ses classiques (en général) et Tintin (en particulier): je devais retenir pour quel site j'avais le mot de cinq, de six ou de huit caractères. 

    J'ai commencé à galérer grave.

    No problem, me suis-je dit, je vais m'en fabriquer un tout nouveau, de dix caractères (voyons loin) et .mélangeant chiffres et lettres. Et chaque fois que je devrai me connecter sur un site, je changerai le mot de passe et le remplacerai par mon nouveau.

    Ce qui fait que maintenant je ne sais plus sur quel site j'ai celui à 5, à 6, à 8 ou à 10 caractères.

    Eih bennek, eih blavek, dit la devise syldave (voyez le Sceptre d'Ottokar). Je pourrais m'en faire une sur ce modèle: Je suis et je reste ... experte!

    Hamaïh!

    ***

    comprendre le syldave http://www.zompist.com/syldave.html
    infos sur la BD http://www.tintin.free.fr/aventures/voirbd.php?choix=sceptre

     

  • G comme gastronomie estudiantine

    Poulet Désiré Nisard ou Ma Pipe, pintade Camilo Torres, les premiers mois de notre vie à deux ont été riches en créations culinaires Cool et je me demande aujourd'hui pourquoi j'ai arrêté, par la suite, de baptiser mes inventions.

    Pour Désiré Nisard, je vous ai expliqué à la lettre G du mois dernier le comment et le pourquoi de la chose.

    Pour Ma Pipe, il s'agit d'une recette aux senteurs ardéchoises, avec des pommes de terre tranchées sautées à cru dans l'huile d'olive avec de l'oignon et du thym "de là-bas". Et "là-bas", c'est pas loin du bois de Païolive, où des gens avaient appelé leur maison Ma Pipe, ce qui nous avait toujours fait rire.

    Finalement, le choix du nom de Camilo Torres, le prêtre et révolutionnaire colombien, montrait déjà que l'inspiration était en baisse: c'était tout simplement le nom du logement pour étudiants où nous avions notre petit studio avec la kitchenette à deux plaques de cuisson.

    Après ça, nous avons commencé à gagner des sous, à acheter des bibles culinaires, à aller au restaurant. L'appellation des plats recensés dans mon cahier s'en ressent: gratin de pommes de terre Fernand Point, cabillaud poché et sauce sabayon de vin rouge, fricassée de foies de volaille aux pointes d'asperges, huîtres au champagne...

    Nous avons abandonné Désiré et Camilo pour des cuissons de poulet au four ou en grillade, nous ne sommes plus jamais retournés au bois de Païolive, je n'ai plus de thym "de là-bas"...

    Elle est si loin l'époque de la gastronomie estudiantine que j'ai l'impression qu'il s'agit de quelqu'un d'autre que moi. Je crois même que sans mon cahier je l'aurais complètement oubliée!

    Pour ceux que ça intéresse, un petit mot d'explication sur Camilo Torres http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMEve?codeEve=815
    et ici le site de la maison d'étudiants à Leuven http://torres.studentenweb.org/index.php?option=com_frontpage&Itemid=1

  • F comme Francis mon coiffeur philosophe

    J'ai dû retourner chez mon coiffeur philosophe un peu trop rapidement à mon goût, c'est-à-dire deux mois à peine après ma précédente visite.

    Francis se refuse à me faire la "coupe vacances" ultra-courte que je lui demande pourtant chaque année. Il ne dit pas non, mais il fait une grimace. Une grimace que je vois dans le miroir - même sans mes lunettes de myope - une grimace qui veut dire qu'il est d'accord pour me couper les cheveux mais qu'il ne faut pas trop demander non plus à un artiste capillaire.

    "Les affaires, c'est comme les brouettes", disait mon grand-père chaque année quand nous allions manger du gibier dans les Ardennes et que nous passions devant un établissement qui s'appelait "Ma Brouette" - "Les affaires, c'est comme les brouettes: quand on ne les pousse pas, elles s'arrêtent."

    Donc mes cheveux poussent et ainsi je pousse les affaires de Francis qui à son tour pousse à sa brouette en refusant de couper mes cheveux aussi court que je les voudrais. CQFD.

    Bref, j'ai dû retourner chez lui à la veille de la rentrée, souriant à l'avance au tour que prendrait inévitablement notre conversation:

    - Alors, bientôt finies, les vacances?

    ou sa variante:

    - Alors, bientôt l'école, de nouveau?

    et la question subsidiaire:

    - Vous êtes prête?

    Alors que voulez-vous je lui ai dit ce qu'il aime entendre ;-) que deux mois de vacances, c'est beaucoup trop long, que j'étais fin prête depuis une quinzaine de jours, impatiente et joyeuse de partir au combat, et même pas besoin de potion magique.

    Juste d'une bonne coupe de cheveux. Tu ne me les ferais pas un peu plus courts, cette fois, Francis?

    Alors il m'a refait sa grimace.

    Et moi à la maison j'ai commis le sacrilège: j'ai pris des ciseaux et retaillé un peu ma frange, qui ici et là me retombait déjà dans les yeux trois jours plus tard.

  • Les 7 vies de mes chats

    Aujourd'hui le chat Pipo dans toute sa gloire dominicale et respirant la satisfaction du devoir accompli. Six kilos de chat roux contre un grand chien fou, mais il n'a pas cédé un pouce de terrain à l'envahisseur. Et il n'a même pas dû élever la voix.

    Seulement, après coup, il avait besoin d'un moment de détente. Et de l'approbation de sa concierge.

    Il a encore un peu l'oeil mauvais du fier-à-bras qui vient de mettre l'ennemi en déroute.

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    Il est bien vrai qu'on peut toujours compter sur les chats pour nous faire rire de leurs poses et des endroits improbables où ils élisent domicile, le temps d'une petite sieste ou de la méditation.
  • E comme école à domicile

    Environ 900 petits Flamands en âge scolaire ne vont pas à l'école: ils restent chez eux et c'est maman (le plus souvent) qui s'occupe de leur formation. Ils sont 295 au niveau du primaire et 615 au niveau du secondaire.

    Voilà ce que je lis dans le magazine Klasse de ce mois de septembre, le mensuel de l'enseignement en Flandre.

    Pourquoi certains parents préfèrent-ils garder leur enfant à la maison au lieu de l'envoyer à l'école? Une maman interviewée qui fait la classe à ses quatre enfants explique que c'est pour pouvoir les suivre de plus près!? Que ça lui permet de mieux connaître ses enfants!? Que ça la rend très fière de leur avoir appris à lire et à écrire...

    Donc le fait-elle pour eux... ou pour elle?

    Au plus j'y pense, au plus je me pose des questions: les amis? les contacts sociaux? la compétence du "parent-prof" dans toutes les matières du programme? le rythme de vie et l'organisation du travail... ?

    Et après? car il faudra bien, un jour ou l'autre, que ces enfants fassent des études supérieures? qu'ils fonctionnent dans la société?

    Plus loin dans l'article, je vois d'autres statistiques: 58 % des enfants qui sont scolarisés à la maison ont déjà pris au moins une année de retard et seulement 39 % des jeunes de 12 à 18 ans ont participé aux examens organisés par l'Etat, que seulement 10 % des inscrits ont réussi... Ou si vous préférez d'autres chiffres: sur les 615 élèves au niveau du secondaire, 239 se sont inscrits aux examens et 24 les ont réussis.

    Ce qui veut dire - entre autres choses - que la majorité d'entre eux risque de ne jamais obtenir de diplôme de l'enseignement secondaire.

    Et ce n'est pas, j'ose le croire, ce que veulent leurs parents?

    Bon, je sais, il y a plus d'un million d'écoliers en Flandre, donc pourquoi je m'inquiéterais pour ces 900? Mais tout de même...

    Pour ceux qui maîtrisent le néerlandais, on peut lire l'article en ligne ici http://www.klasse.be/leraren/archief.php?id=14287

     

  • D comme déclaration pléonastique

    Mais plus personne plus personne
    ne se servira de mon coeur à moi
    ni de ta voix à toi qui résonne
    dans mon oreille et mon corps à moi

    Claude Roy, dernière strophe du poème Les autres étés, Poésies, 1970, Gallimard

     

  • C comme citation

    "Ce qu'on appelle l'usure des sentiments, c'est l'usure de soi qu'on rejette sur l'autre."

    Entendu dans une interview d'Alexandre Jardin par Brice Depasse, Livre de bord n° 39, sur le site Plaisir de lire (voir mes liens ci-contre)

    J'espère de tout coeur que la chose n'arrivera pas à ma cousine S*** qui se marie aujourd'hui à onze heures.

    famille 001.JPG
    1938
    les noces d'or des parents de mon grand-père
    vous reconnaîtrez ma grand-mère Adrienne en haut à gauche et ma mère, presque 5 ans, à son grand noeud blanc dans les cheveux
  • B comme blog

    Désolée pour la piètre "note" de ce jour, mais me voici déjà débordée!

    Ben mince, c'était bien la peine de me faire un bureau si beau si propre :-)

    Mais voilà, en plus du déferlement de la vague scolaire, un ami me demande de traduire une lettre, une amie me demande de traduire un CV, tout ça est évidemment des plus urgents... et comment dire non à des amis?

    A demain pour un "vrai" billet?

     

  • Adrienne en septembre

    Chaque année, au début du mois de septembre, la grande question qui occupait ma grand-mère Adrienne était: quand est-ce que ce sera le moment d'allumer le poêle?

    Elle avait un "feu continu" au charbon, de la marque Ciney, bon gros poêle de fonte noire qui répandait une douce chaleur dans la maison, faisait siffler la bouilloire pour le café et réchauffait un reste de soupe. Elle le laissait s'éteindre aux premiers vrais beaux jours de mai et le rallumait en septembre, dès que le temps virait à l'automne.

    Car si on l'allumait trop tôt, on était obligés de vivre avec les portes ouvertes. Le feu continu, ça ne s'allume pas pour le laisser s'éteindre trois jours plus tard, et septembre peut nous réserver de très belles journées encore.

    Mais les petits matins pouvaient être frisquets. Alors elle nous demandait d'écouter encore plus attentivement que de coutume la météo d'Armand Pien pour finalement ne se fier qu'à ses propres impressions.

    Allumer le feu en septembre, c'était tout un rituel et une responsabilité. Un savant dosage. Ni trop de papier, ni trop peu. Ce qu'il faut de petit bois. Puis savoir attendre le moment exact pour faire couler à l'intérieur de la bête déjà ronronnante la bonne quantité de charbon. Ouvrir et fermer la clé à propos. J'admirais son savoir-faire. Si tout se passait bien, ma grand-mère Adrienne était repartie pour huit ou neuf mois à pelleter de l'anthracite.

    Puis mon grand-père et mes parents rentraient de voyage et selon la météo belge du moment, la première phrase était:

    - Tiens, le feu brûle déjà ici? de ce petit air du vacancier qui a eu du grand beau temps là où il était.

    Alors ma grand-mère devait expliquer que oui, la température matinale avait nécessité cette décision; ou bien:

    - Tiens, tu n'as pas encore allumé le feu cette année?

    et alors on pouvait se vanter un peu nous aussi que ben oui, il avait fait beau, en Belgique, pendant qu'eux étaient en Bretagne, en Alsace, ou en Bourgogne.

    Et les petits-enfants d'aujourd'hui? Ils doivent se fabriquer d'autres souvenirs d'enfance, car leur grand-mère ne doit même plus tourner le bouton du thermostat, c'est la domotique qui s'en occupe. 

     

    poele.jpg
    voici le modèle le plus ressemblant que j'ai trouvé dans les petites annonces sur Internet; on en demande 300 €

    Pour vivre ici

    Je fis un feu, l'azur m'ayant abandonné,
    Un feu pour être son ami,
    Un feu pour m'introduire dans la nuit d'hiver,
    Un feu pour vivre mieux.

    Je lui donnai ce que le jour m'avait donné:
    Les forêts, les buissons, les champs de blé, les vignes,
    Les nids et leurs oiseaux, les maisons et leurs clés,
    Les insectes, les fleurs, les fourrures, les fêtes.

    Je vécus au seul bruit des flammes crépitantes,
    Au seul parfum de leur chaleur;
    J'étais comme un bateau coulant dans l'eau fermée,
    Comme un mort je n'avais qu'un unique élément.

    Paul ELUARD, Le Livre ouvert I 1938-1940 (1940)
    (poème composé en 1918) http://wheatoncollege.edu/academic/academicdept/French/ViveVoix/Resources/pourvivreici.html

  • Premier septembre

    Le premier septembre, c'est la Saint-Gilles. L'an dernier, j'avais un Gilles en classe, le plus gentil garçon de la terre. Il y a deux ou trois ans, j'en ai eu un autre, un grand matheux basketteur. Un autre plus ancien encore est déjà marié et père de famille. Ça ne nous rajeunit pas, aurait dit mon père.

    Le premier septembre, c'est Deň Ústavy Slovenskej republiky. Ça vous en bouche un coin, aurait dit mon père, qui n'était jamais à court d'expressions. Mais rassurez-vous, je tiens toute ma science de mon calendrier "Le semeur", éditions Strobbe à Izegem. Il s'agit tout simplement du "Jour de la Constitution de la République slovaque".

    Saint Gilles, ermite du VIIe siècle, est le patron des infirmes et des mendiants, dit mon calendrier. Des cancéreux, des estropiés, des femmes stériles, des enfants atteints de convulsions, des dépressifs, dit wikipédia. N'en jetez plus, la cour est pleine, aurait dit mon père.

    Saint-Gilles, c'est aussi une commune de Bruxelles. La Slovaquie, c'est aussi la patrie de la soprano Edita Gruberova. Et le premier septembre, c'est aussi le premier jour des classes en Flandre.

    Sauf pour moi. Mon année scolaire a déjà commencé le lundi 16 août à 09.27 h. exactement.
    Avec un coup de fil de ma directrice. 
    La maison ne recule devant aucun sacrifice, aurait dit mon père. Cool

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    vue sur Saint-Gilles depuis la porte de Hal