• Le dernier est le millième mais le millième n'est pas le dernier

    Chers lecteurs

    Le billet d'aujourd'hui - merci les statistiques, car comme le savait si bien le petit Prince, "les grandes personnes aiment les chiffres" - ce billet d'aujourd'hui, disais-je, est le millième que je publie sur ce blog.

    Je l'ai commencé fin mars 2008 et j'y ai publié quasiment un billet par jour, sauf un petit passage à vide en mars-avril 2009. Sans cela, si je compte bien, en trois ans j'aurais atteint le chiffre de 1095 billets. Il y en aura donc un peu moins, d'ici le 27 mars prochain nous serons au numéro 1058, à condition bien sûr de garder le rythme et d'avoir le loisir, la santé et l'inspiration Cool

    Les premiers temps, j'ai surtout eu l'impression de "parler dans le vide" ou de m'écrire à moi-même, et puis finalement vous êtes arrivés... je ne sais même pas comment!

    Et maintenant, ce sont vos commentaires qui me donnent l'envie de continuer. Aussi est-ce vous, chers lecteurs, que je remercie à l'occasion de ce millième billet.

    Au plaisir de vous lire, que ce soit ici ou "chez vous" Sourire

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    j'ai trouvé une photo qui symbolise bien mon blog Clin d'œil
    elle a été prise lors d'une promenade dans les environs de Malaga

     

  • Z comme zoologie

    Vive la nature!

    Voilà, se dit-il, nous y sommes. Quel endroit de rêve ! Quel calme ! Quelle beauté ! Quel bonheur que de tels endroits préservés existent encore dans notre pays…

    La construction récente, luxueuse, et les parterres manucurés ne cadraient pas tout à fait dans le paysage. Il sonna à la porte qui s’ouvrit à l’instant : on l’attendait, visiblement.

    - Ah ! vous êtes là, dit madame. Je vais tout de suite vous montrer de quoi il s’agit.

    Elle l’emmena derrière la maison. Là s’étendait un magnifique étang.

    - Quel beau plan d’eau vous avez là, dit-il.

    On voyait aisément qu’elle avait l’habitude de recevoir des compliments pour ce lieu exceptionnel où elle avait le privilège de vivre.

    - Ici, dit-elle, tout est absolument naturel ! pas de bâche, pas de béton. Le terrain est argileux et c’est une source qui alimente le plan d’eau.
    - C’est absolument magnifique, dit-il encore, laissant errer son regard au-delà de l’étang, vers l’orée du bois où les étourneaux commençaient leurs grands vols de rassemblement pour la nuit.
    - Pour la végétation aussi, ajouta-t-elle, sachant qu’elle avait affaire à un connaisseur. Autour de l’étang, nous n’avons planté que des espèces indigènes. Et voyez la qualité de l’eau…
    - En effet, dit-il. Mais alors, le problème pour lequel vous m’avez fait venir…
    - Mon mari et moi, répondit-elle, nous aimerions nous débarrasser des grenouilles. A la saison des amours, elles font trop de bruit. Ça nous empêche de dormir !

     

    Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages.
    Tant de citadins veulent jouir de la nature ,
    Et vivre en plein bois ou dans  coin d’air pur,
    Mais ils oublient qu’il y a aussi les ramages.
     

     

    texte écrit pour le défi du samedi n° 133

  • Y comme Yvonne

    Je demande pardon aux Yvonne passées, présentes et à venir, mais ces jours-ci je n'ai pas le coeur à l'ouvrage.

    Alors c'est peut-être le moment de retourner lire le billet sur Yvonne Jospa (http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2010/11/27/y-comme-yvonne.html) et d'écouter cette magnifique interviewde Paule Renard-Andriesse, ici:

    http://www.lemonde.fr/shoah-les-derniers-temoins-raconten...

    Un grand merci à Pivoine, comme je l'écrivais déjà en novembre, qui m'a mise sur la piste de ces grandes dames.

  • V comme vacances

    J'ai l'impression que si on veut un petit hôtel pas cher pour l'été, en Italie, il faut réserver sa chambre au plus tard début janvier.

    Je croyais pourtant que les Marches, ce n'était pas si couru... c'est d'ailleurs pour cette raison, parmi quelques autres, que j'avais choisi cette province.

    Et puis quand le 15 janvier j'ai cherché un logement bon marché, j'ai pu réserver la toute dernière "chambre simple" Sourire

    Ah! je sens que ce petit voyage aura un fort goût de Daninos... vous vous souvenez de ses tribulations à l'hôtel "simple mais confortable" avec sa "poire de l'électricité", son "eau chaude qui coule froide" et sa femme de chambre "trop occupée pour vous répondre"?

    Ah! les chouettes billets que ça me fera Sourire

    ***

    Pour les fans de Daninos, voici l'extrait, légèrement simplifié, car je le faisais lire à des élèves à l'époque où je donnais cours aux 14-15 ans:

    Pierre Daninos : Tout Sonia : Hôtel simple mais confortable

    Notre hôtel n'est pas un de ces colosses classés en catégorie supérieure. On dit qu'il est "simple mais confortable", un peu comme on dit d'une femme: "Ce n'est pas une Vénus, mais elle a de beaux yeux". Dans les deux cas, vous êtes un homme averti.

    Il y a peut-être des gens assez heureux d'arriver à l'hôtel "simple mais confortable", l'année où tout y marche simplement et confortablement. Moi non. Je n'ai aucune chance. L'an dernier, il y avait un excellent chef, tellement bon que le "Carlton" l'a pris pour lui cette année. Le tennis est en friche: on doit le refaire l'an prochain. La pelouse n'est pas tondue: avec l'été, les jardiniers ont trop de travail. Les armoires grincent. L'eau chaude coule froide.

    Couché sur le lit simple mais non confortable de notre chambre minuscule, j'entends Sonia se plaindre (c'est pourtant elle qui a choisi) qu'il n'y a "rien, mais rien" pour pendre ses affaires.

    Pendant ce temps-là, j'ai trouvé une poire pour ma soif: la "poire" de l'électricité: une grosse poire blanche qui pend, sans doute depuis 1900, à la tête du lit tout blanc. Une poire à deux boutons qui commande à la fois la lumière et la camériste. Ce qui fait qu'on ne sait jamais très bien si l'on va sonner l'électricité ou allumer la femme de chambre. Le problème est vite résolu: la femme de chambre, trop occupée pour vous répondre, vous laisse seul avec l'électricité. Un coup: le plafonnier. Un autre: la veilleuse. Un troisième: la lampe de toilette sans veilleuse ni plafonnier. Assez amusant les premiers temps, puis fatigant.

    Restent les gens. Il y a des gens charmants dans les hôtels quand on arrive. Ce sont, hélas ! très souvent ceux qui s'en vont deux jours plus tard. Demeurent les autres. Je me suis souvent demandé si c'est précisément parce que les premiers partent qu'ils semblent plus sympathiques. Ou si c'est parce que les seconds restent et qu'ils ont les meilleures tables (près des fenêtres), les meilleures chambres (avec balcon), les plats avant vous (et plus abondants), qu'ils paraissent si antipathiques. Quel casse-tête !

     

  • U comme Ultime

    Une dernière fois, aller le voir.
    Une dernière fois, lui tenir la main.
    Une dernière fois, lui parler.
    Une dernière fois, l'embrasser.

    Mais il est loin déjà, très loin.
    Ce qu'on lui donne pour calmer sa souffrance l'envoie loin avant l'heure, très loin de nous.

    Mais on lui tient la main et on lui parle.
    On aime croire qu'il sent, qu'il entend, qu'il perçoit notre présence à ses côtés.
    Peut-être qu'on se leurre, mais on a envie d'être leurré.

    Sa femme et lui étaient les meilleurs amis de mes parents. Leurs uniques amis, en fait.
    Je les voyais chaque semaine, un dimanche chez eux, l'autre dimanche chez mes parents.
    Nous étions de toutes leurs fêtes de famille comme eux des nôtres.

    Il faudra que je lui consacre un "Je me souviens..."
    C'est lui, la Peugeot 304, 404, 504, ... dont je parlais il y a quelques jours (http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2011/01/07/p-comme-perec-sur-l-invitation-de-coumarine.html)

    Il était le grand rire, le grand entrain, le grand appétit de vivre.
    Puis en moins de deux mois un cancer le tue

     

    le vendredi 21 janvier 2011

     

  • T comme thalassa! thalassa!

    L'amour de la mer, l'excitation au moment de la (re)voir, le bonheur de l'entendre et de la sentir, tout ça me fait crier "Thalassa! thalassa!" comme Xenophon et ses soldats en vue de la mer Noire.

    Cet hiver, je l'ai vue de loin, la mer, mais tout de même avec un grand plaisir

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    Elle est retrouvée.
    Quoi ? - L’Eternité.
    C’est la mer allée
    Avec le soleil.

    Arthur Rimbaud, L'Eternité, première strophe (Derniers vers)

     

  • Stupeur et tremblements de prof (bis)

    Mercredi dernier, le journal De Standaard faisait mention, une fois de plus, des chiffres alarmants dont j'avais déjà parlé ici en juin 2008 (voir: http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2008/06/23/stupeur-et-tremblements-de-prof.html)

    En 2008 il s'agissait d'un jeune prof sur quatre, en 2010 plus d'un sur trois quitte l'enseignement dans les 5 premières années de sa carrière.

    Mis en cause cette fois-ci, le manque de sécurité du travail que plus rien ne vient compenser: il est bien fini le temps où on était nommé après deux ou trois ans, par contre, on demande aux profs d'être très flexibles au niveau des horaires, très à l'écoute des parents, la charge administrative devient de plus en plus lourde et la discipline de moins en moins évidente.

    Sans parler de l'escouade d'inspecteurs qui vient semer la terreur dans votre école en moyenne une fois tous les six ans et dont l'unique tâche semble être de réussir à trouver le(s) point(s) faible(s) de l'établissement...

    J'en reparlerai peut-être, le vol de gerfauts s'abat sur notre charnier la semaine prochaine.

    ***

    Pour ceux qui lisent le néerlandais, l'articulet du Standaard du 19 janvier est ici: http://www.standaard.be/artikel/detail.aspx?artikelid=DMF20110119_019&_section=60682888&utm_source=standaard&utm_medium=newsletter&utm_campaign=middagmail)

    Et notre ministre? Il va se pencher sur la question et enquêter sur les causes du problème...Incertain

     

  • samedi 22 janvier

    Journée marathon d'entretiens parents-professeurs (ou comment appelle-t-on cela dans le monde francophone? chez moi on dit "oudercontact")

    Personnellement, j'aime beaucoup ces entretiens. Je crois en leur utilité, pour l'élève, pour ses parents et pour le prof Cool

    Et si je devais en dresser une typologie, il me semble que j'arriverais facilement à une vingtaine...

    1.il y a les parents du bon élève: ils viennent à deux, tout souriants et s'installent le dos bien calé contre le dossier de leur chaise. Ils ont l'habitude des louanges mais tiennent à les entendre encore et encore. Ils vont chez tous les profs et repartent heureux et fiers, en serrant des mains à droite et à gauche. Je crois même qu'ils bombent un peu le torse.

    2.il y a les parents divorcés qui sont tellement en guerre entre eux qu'il faut faire très attention de les faire venir à des heures de distance et agir avec chacun des deux comme s'il était le seul et unique parent de l'enfant.

    3.il y a les parents divorcés qui font l'effort de venir ensemble. Souvent, la mère a sur les genoux un petit bout très remuant et très gâté, qui a entre dix et quinze ans de moins que "le grand" pour lequel elle vient me voir.

    4.il y a le papa qui vient seul et qui s'adresse à vous comme si vous aviez gardé les cochons ensemble:
    - Et à part ça, vous, ça va?
    - Euh... excusez-moi, mais... qu'est-ce que vous voulez dire?... est-ce qu'on se connaît?

    5.parce que parfois il y a un papa qui a connu mon frère, au temps de sa folle jeunesse... ce qui fait que je continue d'apprendre des choses...

    6.et que parfois c'est une maman qui me dit qu'elle a connu mon frère... là ça peut devenir gênant, car si je dis "connu" il faut l'entendre au sens biblique...

    7.ou alors je découvre à l'entretien que la maman a été en classe avec moi! c'est arrivé une paire de fois Rigolant

    8.il y a les parents wallons ou d'origine étrangère qui ont besoin de moi pour faire l'interprète quand ils doivent rencontrer les profs de leurs enfants. La traduction est un exercice très délicat et il s'agit en effet beaucoup plus d'"interprétation" que de traduction littérale...

    9.il y a les parents dont j'ai eu un aîné et qui viennent me dire bonjour et me donner des nouvelles. J'aime ça.

    10.il y a des parents qui, au lieu de parler de l'enfant que j'ai en classe, n'arrêtent pas de parler d'un autre, soit pour s'en vanter, soit pour s'en plaindre. Alors constamment je dois leur dire: "Bon, revenons à X***. C'est pour lui (elle) que nous sommes là, n'est-ce pas?" et je leur fais un grand sourire pour me faire pardonner.

    11.il y a des parents qui profitent de ce qu'ils sont devant moi avec leur enfant pour lui faire des sermons. C'est très gênant. Je me demande toujours pourquoi ils choisissent ce moment-là au lieu de faire ça en famille.

    12.il y a des parents qui rabaissent leur enfant et lui disent des choses très dures. Alors mon coeur saigne et je vais dire tout le bien que moi je pense de lui.

    13.il y a des parents qui font l'éloge de leurs enfants. On sent bien qu'il ne faut pas les contredire. Mais bon, j'essaie un peu, tout de même...

    14.il y a les mamans qui pleurent et qu'il faut consoler

    15.il y a les mamans, et même des papas, qui vous racontent leur vie intime

    16.j'ai eu un jour des parents qui m'ont dit: "Mon fils ne veut pas étudier. Il n'étudie pas. Que comptez-vous y faire?" (wat gaat u daaraan doen?).

    17.il y a les mères qui vous disent: "Moi non plus je n'ai jamais été bonne en français" ou au contraire: "Je ne comprends pas ces mauvais résultats, moi je n'ai jamais eu de problèmes avec le français" comme si la connaissance du français passait par le biberon ou le lait maternel.

    18.il y a ceux qui suivent de si près les études de leur enfant qu'ils savent exactement ce qu'on a lu en classe et dissertent à leur tour sur Montaigne ou Voltaire. Ou émettent des jugements: "Vous faites lire des textes philosophiques!" phrase accompagnée d'un "c'est bien" ou d'un "c'est difficile"

    19.il y a les parents qui se trahissent: "Je n'ai pas bien compris ce texte" Rigolant Il y a même un papa qui, chaque fois qu'il me voit, me demande si je lis encore cette lettre de madame de Sévigné qui lui a causé tant de tracas il y a six ou sept ans...

    20.un jour une mère m'a dit: "Pourquoi vous leur apprenez le subjonctif? ça ne s'emploie plus!". Elle avait lu ça dans un article de journal...

    21.il y a ceux qui disent du mal des profs de français que leur enfant a eus avant moi. Je n'aime pas ça du tout.

    Je pourrais continuer mais je vais m'arrêter à 22: il y a tous ces parents charmants, pleins de bonne volonté, ceux en qui on reconnaît les traits de l'enfant, ceux qui vous demandent si vous êtes contente de leur fils ou fille, ceux qui viennent habillés en cow-boys, ceux qui n'ont pas fait d'études et qui ne savent pas trop ce que c'est, ce que fait leur enfant, à ceux-là et même à tous les autres je dis merci parce que moi, leurs enfants, je les aime.

     

     

  • R comme recette

    Je vais vous raconter les choses dans l'ordre.

    1.le samedi 8 janvier, Joye nous fait part d'une tarte aux oignons soi-disant cramée qui a l'air si appétissante qu'elle me donne l'envie de l'imiter.http://iowagirl.over-blog.com/article-tarte-aux-zoignons-cramee-a-l-iowagirl-64494226-comments.html#anchorComment. Comme j'ai des poireaux au jardin et qu'il a enfin dégelé, ce sera une tarte aux poireaux.

    2.le dimanche 9 janvier, je suis sûre de mon fait, j'ai quatre oeufs à la cave, de la crème et un bloc de parmesan au frigo, je déterre quelques poireaux au potager et pense trouver un rouleau de pâte feuilletée au congélateur... mais il n'y en a plus.

    3.pas de problème, me dis-je, je ferai une pâte brisée; puis de fil en aiguille je décide de la faire à la MAP et même d'utiliser la farine neuf céréales qui sert à faire le pain: 300 gr de farine, 1 dl d'huile et 1dl d'eau, faire tourner la MAP quelques instants, le temps qu'il faut pour avoir une belle boule de pâte qu'on emballe dans un papier film et qu'on laisse reposer au frigo. Les mains comme la cuisine sont restées propres, c'est magnifique!

    4.le soir, quand les poireaux sont fondus, les oeufs et la crème battus, le parmesan grattugiato, je sors ma boule de pâte brisée, la coupe en deux (l'autre moitié ira au congel pour une prochaine occasion), la pose sur le papier pour pâtisserie, mets un papier film dessus et hop, passe le rouleau pour l'étendre à la dimension voulue... sans salir les mains, la cuisine ou le rouleau Cool

     

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    voici le fond de pâte brisée, très foncé vu qu'il est fait avec une farine neuf céréales: on peut y voir les grains de lin, par exemple; je n'ai enlevé le papier film qu'une fois que tout était bien en place dans le moule

     

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    ici la tarte est prête à être enfournée pour environ 35 minutes

     

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    et voilà, Joye, mon four à air plulsé donne lui aussi plus de couleur d'un côté que de l'autre Langue tirée

     

     

  • Le bilan du 20

    Hier après avoir cliqué sur "fermer et enregistrer" je me suis demandé dans quelle mesure l'art et la culture avaient fait partie de ma propre éducation.

    Quand j'avais vingt ans je croyais que "je me faisais" toute seule et que j'étais "moi" par la seule force de ma propre volonté.

    J'avais tort, bien sûr. On traîne tout un passé composé d'une mosaïque de petites choses, de petites phrases, de petites expériences. Sans parler de nos gènes, qui nous offrent aujourd'hui de plus en plus d'excuses pour le moindre de nos défauts Clin d'œil

    Jusqu'à il y a peu, je croyais cependant que ma formation culturelle venait essentiellement de moi-même: je n'ai pas reçu d'éducation musicale, nous n'allions pas au musée en famille, j'ai grandi dans une toute petite ville un peu endormie, mais dès l'adolescence je me suis jetée comme une affamée dans tous ces domaines. A commencer par la lecture, la poésie et la musique dite "classique".

    Or en fermant mon billet sur l'Epicerie des Arts, j'ai pensé à mon père, et à l'étendue de sa culture. Juste un petit exemple: j'étais à table vendredi soir avec des gens cultivés, francophones, et qui ne connaissaient pas la lettre de la marquise de Sévigné sur la mort de Vatel. Je m'en suis étonnée, car c'est par mon père que j'en ai entendu parler. Et j'ai tant d'autres exemples similaires... d'où tenait-il tout cela?

    J'ai aussi repensé à deux ou trois moments exceptionnels où nous avons tout de même "goûté" à la culture: il m'a emmenée un jour voir Poil de Carotte, qu'on jouait en plein air dans ma ville. Et un soir de 1980-81 nous sommes allés écouter un concert de Yuzuko Horigome, lauréate du Concours Reine Elisabeth. C'était pour le violon, cette année-là, son instrument préféré. http://www.festivalmusicalp.com/professors/horigome_yuzuko.htm

    Je sais que je devrais clore le passé (I et d'autres amies me l'ont assez dit) mais aujourd'hui je ne peux m'empêcher d'avoir une pensée très émue et très reconnaissante pour mon père.

     

  • Question existentielle: Kan kunst de wereld redden?

     

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    Voici la toute première Epicerie des Arts. Je sais qu'elle a encore l'air bien modeste, mais elle est chaleureuse et accueillante, et c'est bien ce qui compte le plus, n'est-ce pas?

    Vous y trouverez tout ce dont vous avez besoin pour sauver le monde... car on y parle toutes les langues de la terre, et en même temps on n'en parle qu'une seule: celle de la culture.

    L'art peut-il sauver le monde? demandait le slogan d'Anvers capitale culturelle en 1993. Kan kunst de wereld redden?

    Aujourd'hui encore dans ma Flandre (celle que j'aime, pas l'autre) on repose la question et on continue d'y répondre. Comme Kurt Van Eeghem, qui commence son écrit "de troost van het nutteloze" (la consolation de l'inutile), en se demandant qui, en dehors de notre pays, connaîtrait Nicolas Rockox. Pas grand-monde, probablement, et si on se souvient de son nom, c'est parce qu'il est lié à celui de Rubens. Le même sort, dit-il, échoira à tous nos politiciens, même si aujourd'hui ils remplissent les pages de nos journaux beaucoup plus que ne le font nos artistes. Et peut-être que Luc Tuymans, qui a exposé à la Tate Gallery, ou Jan Fabre, qui a fait le Festival d'Avignon, ont plus de chance de passer à la postérité.

    Installons donc partout des Epiceries d'Art, afin que les enfants ne connaissent plus de guerres. Eva Bal fait du théâtre pour enfants et a grandi dans l'immédiat après-guerre. Elle raconte qu'ils manquaient de tout, à la maison, mais que la culture était très importante: http://kurt.cobra.be/2010/06/11/eva-bal/: “als je zo’n oorlog niet meer wilt dan moet je investeren in onderwijs en cultuur…ja…vooral in cultuur”: si tu ne veux plus d'une telle guerre, alors il faut investir dans l'enseignement et la culture, surtout dans la culture...

    Ce monde ne tourne pas très rond, dit Lucas Van Clooster, et surtout dans notre pays, tant de choses vont de travers, http://lucasvanclooster.deredactie.be/2010/05/08/kunst-kan-zelfs-vlaanderen-redden/ mais ce qui m'émeut particulièrement, c'est entendre un étranger parler ma langue ou me trouver dans un musée, très loin de chez moi, et y voir accroché un Bruegel, un Rubens ou un Jordaens.

    "Cultuurberichtgeving is de echte Goed Nieuws-krant. Zelfs als we in de shit zitten, kunnen we naar de sterren kijken. Oscar Wilde wist het al. Kunst kan de wereld redden. Laten we beginnen met Vlaanderen."Oui, la culture peut sauver le monde. Même si nous sommes dans la merde (excusez, Lucas Van Clooster emploie le mot 'shit') on peut regarder les étoiles...

    ... ou aller s'approvisionner à l'Epicerie d'Art.

    L'Epicerie d'Art, c'était le défi 132


  • P comme Perec

    Sur l'invitation de Coumarine... en brun, les citations de Perec, en noir, mes variations sur ses thèmes. Chez Perec, rien de vraiment très intime ni personnel, chez moi... euh... Sourire

    (2) Je me souviens que quand j'avais sept ou huit ans, ma tante avait une Mercedes décapotable bleu ciel et que je m'étonnais qu'on veuille donner de l'argent pour une voiture qui n'avait que deux places. 

    (4) Je me souviens qu'en 1990 nous avons emmené nos amis roumains voir les fêtes au Heysel à l'occasion des 60 ans (et des 40 ans de règne) du roi Baudouin et qu'il faisait un temps magnifique.

    (42) Je me souviens qu'en 1968 je confondais le "Rideau de Fer" avec la "Barrière de Fer", qui était de l'autre côté de la ville où j'habitais, de sorte que je m'attendais à voir des chars russes en allant à la boucherie de l'oncle Marcel, le samedi suivant.

    54 Je me souviens que Voltaire est l'anagramme de Arouet L(e) J(eune) en écrivant V au lieu de U et I au lieu de J.

    (87) Je me souviens que mon père nous a dit un jour qu'il avait eu dans son enfance la toute première édition de Tintin au pays des Soviets mais qu'il l'avait prêtée à un ami qui ne la lui avait jamais rendue.

    (95) Je me souviens que dans les films américains de mon enfance, tout le monde parlait le français, les cow-boys comme les indiens, et que je ne m'en suis étonnée que le jour où j'ai vu un western doublé en allemand. 

    (101) Je me souviens des matchs de tennis auxquels on assistait à la mer avec mon oncle qui était tout émoustillé à l'idée de rencontrer Jacky Brichant.

    105 Je me souviens de "Bébé Cadum".

    (101) Je me souviens que mon père avait un cousin Paul qui avait de splendides moustaches.

    112 Je me souviens que Colette était membre de l'Académie royale de Belgique.

    123 Je me souviens que la violoniste Ginette Neveu est morte dans le même avion que Marcel Cerdan.

    (125) Je me souviens que je me demandais ce que c'était que cette tache sur le front de Gorbatchev.

    (138) Je me souviens que nous avons vu passer une étape du Tour, lors de vacances en France, et que des gens criaient "Allez Eddy" comme des hystériques.

    (145) Je me souviens que j'ai vu le Bal des Sirènes avec Esther Williams et que je me suis demandé comment elle faisait pour pouvoir rester si longtemps sous l'eau sans respirer.

    152 Je me souviens que Warren Beatty est le petit frère de Shirley McLaine.

    (161) Je me souviens que mon grand-père ne ratait aucun film avec Mireille Darc parce qu'il était sûr que tôt ou tard elle s'y promènerait à poil.

    (167) Je me souviens qu'on chantait "Only you" avec les Platters et "Gigi l'Amoroso" avec Dalila.

    (177) Je me souviens que nos profs nous parlaient au moins une fois par an du Spoutnik alors qu'on n'était même pas nées lors de son lancement.

    (187) Je me souviens qu'à 18 ou 19 ans mon frère était tellement fan de Patrick Dewaere qu'il s'était fait permanenter pour avoir des bouclettes et qu'il s'était laissé pousser le même genre de moustaches.

    196 Je me souviens que Marina Vlady est la soeur d'Odile Versois.

    210 Je me souviens que Fausto Coppi avait une amie que l'on appelait "la Dame blanche"

    (211) Je me souviens que j'avais douze ans quand j'ai découvert le Nutella chez une amie. Chez nous c'étaient de grands pots de Kwatta, bien moins chers, mais sans noisettes.

    (230) Je me souviens que mon père racontait qu'à la fin de la guerre, une balle allemande avait fait voler en éclats la vitre de la chapellerie familiale.

    (242) Je me souviens qu'il me racontait aussi qu'en mai 1940, alors que toute la famille était fin prête pour partir en exode, son père avait brusquement changé d'avis et décidé de rester: mon père en avait été fort déçu, il avait déjà son sac au dos avec le saucisson pour le pique-nique.

    (259) Je me souviens que Charles de Gaulle a été pour moi un nom de rue avant d'être celui d'un homme politique.

    265 Je me souviens de Lee Harvey Oswald.

    (282) Je me souviens que Maurice Chevalier chantait en roulant les R et que je ne comprenais pas pourquoi, vu qu'il n'était pas Flamand.

    (291) Je me souviens que quand il était petit , mon frère aimait les films de Jerry Lewis et Dean Martin, et encore plus ceux avec les Charlots.

    (301) Je me souviens que Sidney Bechet jouait Petite Fleur.

    313 Je me souviens de Bourvil.
    Je me souviens d'un sketch de Bourvil dans lequel il répétait plusieurs fois en conclusion de chaque paragraphe de sa pseudo-conférence: "L'alcool,non, l'eau férrugineuse, oui!"  

    (329) Je me souviens que dans Le Ménage de Caroline (Michel de Ghelderode) je jouais le rôle de Colombine mais que mes parents ne s'étaient même pas dérangés pour venir me voir.

    (346) Je me souviens que des Provençaux avaient dit à mon père que le meilleur pastis était le Casanis, donc pour lui c'était "un Casanis, sinon rien".

    (363) Je me souviens du film de Kubrick, A Clockwork Orange, qui m'a causé des cauchemars pendant de longues années.

    (364) Je me souviens de ma joie quand une amie de ma mère m'avait offert toute sa collection de la Comtesse de Ségur.

    (382) Je me souviens des peintures d'Emile Claus qui avaient été exposées à Ostende.

    (416) Je me souviens que les meilleurs amis de mes parents avaient une "Peugeot" et que je me demandais où ça allait finir parce qu'à chaque nouvel achat le chiffre augmentait: 304, 404, 504... mais alors ils sont passés à Mazda.

    (451) Je me souviens d'Orson Welles quand il dit "Rosebud..." dans le film Citizen Kane.

    469 Je me souviens de Brigitte Bardot quand elle chantait Sidonie a plus d'un amant, Moi je ne crains personne en Harley-Davidson ou La fin de l'été

    A la demande de l'auteur, l'éditeur a laissé à la suite de cet ouvrage quelques pages blanches sur lesquelles le lecteur pourra noter les "Je me souviens" que la lecture de ceux-ci aura, espérons-le, suscités.

  • O comme oubli

    - J'ai trouvé ce que j'ai comme problème! me dit le mari de ma grande amie K***

    Il passe la main sous son pull pour extirper un petit papier de la pochette de sa chemise. Il me le tend. Il y a un mot griffonné dessus que je déchiffre lentement:

    - Prosopagnosie...

    Je le regarde en attendant la suite.

    - Tu vois moi quand je suis dans la rue, ça peut très bien arriver que je te rencontre et que je ne te reconnaisse pas: ça s'appelle la prosopagnosie, ne pas reconnaître les visages...

    Tout content qu'il était, disait-il, de pouvoir donner un nom à cette "déficience".

    - Et oublier le nom des gens, lui dis-je, ça s'appelle comment?

    Parce que moi, je retiens bien les visages, mais avec ma centaine d'élèves par an, et ma longue carrière, ça ne s'arrange pas pour retenir les noms. Il m'arrive même d'en avoir oublié quelques-uns après quinze jours de vacances...

    Mais il ne le savait pas, alors j'ai proposé qu'on baptise ma déficience du nom d'"onomagnosie".

    - Excusez-moi, dirai-je à mes élèves dont j'ai oublié le nom, je souffre d'onomaglosie.

    Et puis il faudra que je leur explique, pour pas qu'ils croient que c'est un truc contagieux.

    ***

    Moi je pense plutôt que si le mari de mon amie K*** ne reconnaît pas les gens dans la rue, c'est parce qu'il a la tête ailleurs, mais soit Sourire

    ***

    Puis en rentrant chez moi j'ai découvert que j'avais oublié mon peigne à la piscine. Que j'avais oublié d'éteindre les lumignons en partant le matin. Que j'avais oublié d'acheter des flocons d'avoine. Que j'avais oublié de passer à la poste chercher un envoi recommandé.

    Et ça, à votre avis, ça s'appelle comment?

     

  • N comme nature, nature...

    Ce billet est réservé uniquement à ceux qui sont émus par une première fleur d'amandier

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    par la vue d'un petit citron

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    ou d'un sous-bois

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  • M comme moloch

    Votre enfant a reçu en cadeau un "Jeu de mots". MAIS ..... Il n'y avait pas de règle du jeu dans le coffret. A vous d'inventer la règle du jeu puis de la mettre en application en utilisant les 10 mots proposés.
    Voilà ce que nous demandait le défi 131.

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    C’est Walrus qui débloqua la situation en faisant une première proposition:

    - Barrons tous les mots qui ont entre eux un point commun. Le gagnant sera celui qui en gardera le moins à la fin.

    Et il en fit immédiatement une brillante démonstration, barrant les trois mots en –ion (qui de plus sont tous féminins), les trois noms propres (qui de plus relèvent tous de mythologies), les deux mots possédant une famille avec verbe et adjectif et même les deux derniers, l’otage et le rez-de-chaussée,  vu qu’ils étaient totalement sans famille et tous les deux masculins.

    Tout le monde se rendit compte qu’à ce jeu-là, Walrus serait toujours gagnant . Aussi, chacun se mit à proposer des règlements dans sa propre spécialité, comme d’utiliser les dix mots piochés pour en faire l’histoire la plus poupounesque possible, le poème le plus délicieusement lorrainien, la chanson la plus joyeuse, le récit le plus Tendreman soft spice…

    On n’écouta même pas les propositions de Joe Krapov, vu que de toute façon il aurait été le gagnant dans toutes les catégories. Map, Venise et Vanina avaient pensé à une sorte de Pictionary photographique, Pivoine avait déjà un Delly en tête et Sebarjo des haïkus. Il lui en vint d’ailleurs spontanément deux :

    Masque de Moloch
    En suspension d’Atlante
    Cyclope en otage

    Au rez-de-chaussée
    Intuition d’étudiant
    Otage du masque

    Et vu qu’il venait de terminer la lecture de Cien años de soledad, il leur donna même une structure cyclique, ainsi que chacun put le constater.

    - Bon, tout ça ne nous avance pas trop, fit Walrus. Qui a d’autres idées ?
    - Transposer le tout en argot des banlieues ? fit Vegas, qui n’avouera jamais que Cobra le Cynique, c’est lui. Et si vous ne me croyez pas, la preuve est là
    http://www.dictionnairedelazone.fr
    - On pioche dix cartes et on doit les utiliser dans  une histoire avec les mots ‘queue’ et ‘culotte’, proposa B*** (qui préfère rester anonymes, vu son boulot d’institutrice)
    - Moi, dit Captaine Lili, je formerais deux équipes avec onze mots et on ferait un match poético-verbal !

    Mais on ne lui demanda pas d’expliquer son propos : le docteur Zigmund avait enfin débarrassé sa table de sa comptabilité, de sa nappe flashy antitaches et des reliefs du réveillon et mis la main sur le règlement.

    Qui était d’une si navrante banalité qu’on regretta de l’avoir retrouvé…

    (à suivre…)

     

     

  • L comme Lorraine

    Avec la permission de Lorraine, je répéterai ici ce qu'elle a écrit (voir http://chaloupe.canalblog.com/archives/2011/01/04/20035701.html#comments): "Tous les arbres sont sacrés"

    Car pendant qu'elle l'écrivait, moi je photographiais

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    un vénérable olivier sacré

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    un majestueux pin sacré

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    le plein soleil sur un citronnier sacré

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    de très symboliques palmiers doublement sacrés car menacés par de mortelles petites bêtes

     

    ***

     

    ah oui, j'aime les arbres
    et pas le son de la tronçonneuse le soir au fond des bois
    (ni le son du cor, d'ailleurs)

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  • K comme KAAS

    Mon dictionnaire néerlandais-espagnol est un pur produit batave.

    A "kaas" vous ne trouverez que "Edammer kaas", queso de bola et "Goudse kaas", queso de Gouda.

    Par contre, vous y trouverez "kaaskop", pudiquement traduit par holandès cuadrato... Hollandais carré?

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    Je croyais y trouver aussi "Belgenmop" (blague belge), mais il n'y est pas... et je ne sais pas trop ce que je dois en conclure Langue tirée

     

  • J comme je parle... itagnol!

    La langue que je maîtrisais le mieux, à Malaga, c'était l'itagnol.

    Pour ceux qui ne sauraient pas ce que c'est, ça ressemble très fort à l'espalien. A s'y méprendre, même.

    Cane devient perro, dopo se dit después et mattina mañana. En itagnol.

    En espalien, comer c'est mangiare, olvidar dimenticare et la cama il letto. Ou le contraire.

    Molto mucho, la tarde la sera, lunedì lunes, gennaio enero, pazzo loco. Ou tonto. Ou bobo.

     

    ***

     

    Et quand le dernier soir j'ai sorti une belle phrase, c'était du Averell Dalton:

    - Cuando se come aquí?

     

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    sauf qu'il ne s'agissait pas de tortillas mais de paella Rigolant

     

     

     

  • I et le goût du détail

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  • H comme Heureux qui comme Ulysse...

    Heureux qui, comme Ulysse, pensais-je entre deux petits sommes réparateurs, a fait un beau voyage,
    Ou comme celle qui est venue à Malaga,
    Et puis est retournée, pleine de méditations,
    Vivre entre son ordi et son poêle à bois !

    I avait dû le sentir, car le lendemain de ce jour-là elle m'a posé la question:

    - Depuis combien de temps est-ce que tu es en train de penser à rentrer chez toi?
    - Depuis hier.

    Non pas que j'aie follement envie de rentrer, mais il vient un moment où je pense

    Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
    Fumer la cheminée, et en quelle saison
    Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
    Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?

    En réalité, ce sont d'abord les vers de Ronsard qui me sont venus à l'esprit:

    Quand je suis vingt ou trente mois
    Sans retourner en Vendômois,
    Plein de pensées vagabondes,
    Plein d'un remords et d'un souci,
    Aux rochers je me plains ainsi,
    Aux bois, aux antres et aux ondes.

    Et je me disais que je ne pourrais pas rester vingt ou trente mois éloignée de chez moi.

    Mais en fait, je n'en sais rien, je ne l'ai encore jamais essayé.

     

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  • G comme Gabriel García

    L'ami G*** a suivi des cours d'espagnol pendant plusieurs années. Alors après avoir lu Cien años de soledad, il me l'a prêté.

    Vu que le bouquin fait cinq cents pages, c'était le livre idéal à emporter pour le voyage à Malaga: une heure de train par ci, une heure de train par là, des attentes dans un aéroport, des trajets de plus de deux heures et demie d'avion... à mon arrivée, j'avais lu trois des vingt chapitres. Et fait une bonne dizaine de mots croisés arrachés au journal De Standaard des derniers jours, de peur d'avoir fini le livre avant l'heure.

    Puis le matin, en attendant que la maison se réveille - le rythme espagnol n'est pas le mien, quelques efforts que je fasse pour m'acclimater, on a vu d'ailleurs les résultats que ça a donnés hahaha - le matin donc, disais-je, je lisais encore un chapitre. Enfin, les deux ou trois premiers matins, rappelez-vous mon billet d'hier...

    Me restent à lire encore aujourd'hui les quatre derniers chapitres et je ne sais pas quand j'en trouverai le temps. Mais je retiens tout de même déjà deux phrases. Toutes les deux tombées de la bouche de la "mère fondatrice", Ursula: comme elle, au fur et à mesure que j'avance dans l'histoire j'ai l'impression que "es como si el mundo estuviera dando vueltas" tellement les évènements s'y répètent (presque autant que les prénoms des personnages, ce qui n'est pas peu dire)

    Et puis cette autre, à méditer: "el secreto de una buena vejez no es otra cosa que un pacto honrado con la soledad" (p.242-243 ed. Bolsillo, 2006)

    "Le secret d'une bonne vieillesse n'est rien d'autre qu'un pacte honorable avec la solitude"

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  • F comme faible femme

    "Frailty, thy name is woman"

    Le prof d'anglais que nous avions en dernière année déclamait son Hamlet avec emphase. Arrivé à cette phrase, il s'arrête et nous regarde. Nous, que des filles. De faibles femmes.

    Nous voyons bien que son oeil nous scrute et qu'il attend nos réactions. Mais nous regardons ailleurs. Toutes. Nous ne l'aimons pas assez pour avoir envie de discuter avec lui.

    Cependant la petite phrase nous reste sur l'estomac. Et nous aimons un peu moins Shakespeare à cause d'elle.

    L'année d'avant, notre prof d'anglais était une jeune femme enthousiaste. Elle avait si bien réussi à nous passionner pour la tirade de Mark Antony que je l'avais apprise par coeur: "Friends, Romans, countrymen, lend me your ears. I come to bury Caesar, not to praise him." etc.

    Et puis à Malaga, la fatigue accumulée ou que sais-je d'autre a eu raison de moi et je suis restée couchée presque trois jours entiers, complètement vaincue par un état de faiblesse générale.

    Entre deux petits sommes, j'ai beaucoup repensé à cette phrase: "Frailty, thy name is woman"

     

    ***

     

    Un superbe Marlon Brando dans le rôle de Mark Antony: http://www.youtube.com/watch?v=esUMvBL3gnY&feature=related et Richard Burton completely miscast comme Hamlet, à mon avis: http://www.youtube.com/watch?v=Xu3jGvttlLs

     

  • Les 7 vies de mes chats

    La fonction première de mes chats, c'est de me faire rire.

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    Non, ce n'est pas moi qui leur ai demandé de poser pour la photo.

     

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    Ils ont un peu tâtonné avant de trouver la position idéale. Quelques blocs de bois les gênaient.

     

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    Et puis voilà.

     

     

     

  • E comme expédition

    Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué, telle a été ma devise pour le voyage à Malaga.

    Quitter la maison vers 14.00 h. et d'abord marcher deux kilomètres dans la neige (les roulettes de la valise ne sont par conséquent d'aucune utilité)

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    Arriver à l'auto, enlever une couche de neige à la voiture et une couche de vêtements à la promeneuse, puis échanger les bottes contre des chaussures. La voiture, qui attendait au village depuis une paire de jours, veut bien démarrer à la seconde tentative.

     

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    Aller jusqu'à la gare, prendre de train de Bruxelles puis un autre pour Charleroi. Entre-temps il fait nuit noire.

     

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    Attendre le bus qui va à l'aéroport. Il y en a un par demi-heure. Bien évidemment, on rate d'une minute le précédent et on regrette de n'avoir pas pu prendre son deuxième manteau ;-)

    Passer des tas de contrôles et monter dans l'avion. Atterrir à Malaga. Il est minuit. Compter sur le bon coeur de l'amie: elle vient vous chercher en voiture et vous conduit chez elle.

    Mais le lendemain, on a enfin "a room with a view"

     

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    encore merci à toi, I Bisou

     

  • D comme dingue dingue dong de ce défi

    Si tout se passe bien je retrouve mon ordi aujourd'hui, alors voici mes derniers dingues dingues dong du défi 129 Rigolant

    avec un grand merci à Queneau et ses Exercices de style!

    Haïku

    Au supermarché
    Me laissant passer devant
    Elle eut cet affront

    Vers libres 

    Emportés par la foule
    Ce jour-là au super U
    Mon unique article et moi
    En bout de file.

    Une charmante vieille dame
    Au chariot surchargé
    Se tourne vers moi,
    Et me déclare :

     « Passez donc devant»
    A quoi je rétorque
    Une goujaterie
    Qui me cause encore des remords

     

    Antonymique

    Il n’y avait vraiment pas un chat dans l’épicerie du coin !

    Mes nombreux achats à bout de bras, je m’avance vers la caisse.

    Un affreux jojo qui me suit me bouscule pour passer devant avec son unique babiole..

    Sans se tourner vers moi, il lance : « j' passe devant, j’ai  qu’un truc… »

    A quoi je vitupère : « Dis donc Eugène, si  tu avais voulu être le premier, tu n’avais qu’à pas te lever si tard ! »

    Ses fesses ! J’en ai encore des envies …

     

  • C comme continuons le combat

     

    Analyse logique (WAL+RUS=Walrus) 

    le supermarché
    la foule
    un unique article
    le bout de la file
    une  charmante vieille dame
    son chariot surchargé
    son offre
    Passez devant
    ma réponse
    me lever plus tôt
    sa tête !
    mes remords …

     

    Alors (alors WALRUS) 

    Alors c’est vraiment la foule dans le supermarché !
    Alors avec mon unique article sous le bras, je me colle en bout de file.
    Alors une charmante vieille dame me précède.
    Alors elle  pousse à grand peine un chariot surchargé.
    Alors elle se tourne vers moi.
    Alors elle déclare : «, Vous n’avez qu’un article, alors passez donc devant moi … »
    Alors je rétorque : «Chère Madame, si  j’avais voulu me trouver devant vous, alors je me serais levé plus tôt !»
    Alors sa tête !

    Alors j’en ai encore des remords …
    Alors… ça alors !

    Parties du discours (GREVISSUS)

    Articles : la, le, un, des

    Substantifs : foule, supermarché, article, bras, bout, file, dame, peine, chariot, Madame, tête, remords

    Adjectifs : ce, mon,  unique, charmante, vieille, grand, surchargé, chère, sa

    Verbes : être, se coller, précéder, pousser, se tourner, déclarer, passer, avoir, rétorquer, vouloir, se trouver, se lever

    Pronoms : je, qui, me, moi, elle, vous, quoi, en

    Adverbes : vraiment, ne que, plus, tôt, encore

    Prépositions : dans, sous, en, de, à, vers, devant,

    Conjonctions : donc, si 

  • B comme belote et rebelote

    ajouter des couleurs

    L’arc-en-ciel (WALRose)

    C’est vraiment la foule bigarrée dans le supermarché!

    Mon tube de rouge dans mes mains aux ongles nacrés, je me colle en bout de file.

    Devant moi, une charmante vieille dame toute de rose vêtue pousse à grand peine un chariot surchargé.

    Tournant vers moi ses yeux violets, elle déclare en secouant ses bouclettes blanches: « Passez donc devant moi, vous n’avez qu’un tube de rouge… »

    A quoi je rétorque : « Chère Madame, si  j’avais voulu me trouver devant vous, je me serais habillée en bleu ! »

    Sa tête cramoisie! J’en ai encore de noirs remords …

    ajouter des chiffres et autres détails

    Précisions (mammifère marin de la famille des odobaenidés)

    Il y avait vraiment 537 personnes dans le supermarché Heldaize de la rue de la Sablière!

    Mon unique article à 0,99 € sous le bras, je me colle en bout des 3 mètres de file à la caisse numéro 5 où attendent déjà quatre autres clients.

    Devant moi une dame âgée de 77 ans et mesurant 1,62 m pour 56 kilos pousse à grand peine un chariot surchargé de victuailles pour son réveillon de Noël avec ses deux fils, ses brus et ses cinq petits-enfants.

    Au bout de deux minutes et trente secondes, elle se tourne vers moi et déclare : « Passez donc devant moi, vous n’avez qu’un article à 0,99 € … »

    A quoi je rétorque en 23 mots: « Chère Madame, si j’avais voulu me trouver devant vous, je me serais levé à six heures au lieu de six heures trente ! »

    Sa tête ! J’en ai encore des remords dix jours plus tard…

    ajouter des interrogations

    Ignorance (WALRUS ???)

    Je ne sais pas pourquoi il y avait  la foule dans le supermarché ! Je ne sais plus pourquoi j’y étais allé… pour un unique article ? Je me suis probablement collé en bout de file. Selon toute logique.

    Était-ce une  vieille dame devant moi ? Comment voulez-vous que je sache ce qu’elle avait dans son chariot ! Je ne m’intéresse pas au chariot des autres, moi ! Bon, c’est possible qu’elle m’ait proposé de passer devant elle. Et moi je lui aurais rétorqué quoi ? « Chère Madame, si  j’avais voulu me trouver devant vous, je me serais levé plus tôt ! » Je lui aurais dit ça ? Mais jamais de la vie ! Je m’en souviendrais, tout de même ! Quoi, sa tête ? qu’est-ce qu’elle a sa tête ? Comment ça, je devrais avoir des remords ? … Mais puisque je vous dis que toute cette histoire ne me dit rien !

  • Adrienne est déchaînée

    le texte de Walrus se prêtait admirablement à cet exercice-ci, vu qu'il contenait déjà pas mal d'exclamations:

    Surprises ! (WALRUS !!!)

    C’est vraiment la foule dans le supermarché !

    Mon unique article sous le bras, je me colle en bout de file !

    Oh ! la charmante vieille dame qui me précède ! Mon Dieu, comme elle  pousse à grand peine un chariot surchargé !

    Se tournant vers moi, elle s’écrie : « Passez donc devant moi ! Que vois-je, vous n’avez qu’un … ! »

    A quoi je m’exclame : « Chère Madame ! si  j’avais voulu me trouver devant vous, je me serais levé plus tôt ! »

    Sa tête ! J’en ai encore des remords ! …

    qu'on pouvait s'imaginer que Walrus l'avait rêvé

    Rêve (si Walrus m'était conté...)

    Il me semblait que c’était  vraiment la foule dans le supermarché… Je passais là, je crois bien que je n’avais qu’un unique article sous le bras, et que je me suis collé en bout de file.

    Qui me précédait ? Une charmante vieille dame ? Ne poussait-elle pas à grand peine un chariot surchargé ?

    J’ai souvenance qu’en se tournant vers moi, elle déclara : « Passez donc devant moi, vous n’avez qu’un … »

    Je ne me souviens plus du mot qu’elle utilisa mais je lui rétorquai : « Chère Madame, si  j’avais voulu me trouver devant vous, je me serais levé plus tôt ! »

    Sa tête ! C’est le poids des remords qui m’a réveillé …

    ou qu'on pouvait le mettre au futur:

    Pronostication (je WALRUSserai)

    En cette veille de fête, ce sera vraiment la foule dans le supermarché !

    Mon unique article sous le bras, je me collerai en bout de file.

    La charmante vieille dame qui me précèdera poussera à grand peine un chariot surchargé.

    Se tournant vers moi, elle déclarera : « Passez donc devant moi, vous n’avez qu’un … »

    A quoi je rétorquerai : « Chère Madame, si  j’avais voulu me trouver devant vous, je me serais levé plus tôt ! »

    Sa tête ! J’en garderai toujours des remords …

     

  • Les premières élucubrations de 2011

    L'exercice numéro un consiste en l'ajout de synonymes:

    Inventaire (MORSE ou VACHE MARINE) 

    C’est vraiment la foule, la multitude, l’affluence dans le supermarché, grand magasin, bazar ! 

    Mon unique article, achat, objet de commerce sous le bras, entre les mains, dans un sachet,  je me colle en bout de file, de queue, de rangée.

    La charmante, séduisante, piquante vieille dame qui me précède pousse à grand peine, effort, tour de rein  un chariot surchargé, lourd, trop plein.

    Se tournant vers moi, elle déclare, affirme et propose : « Passez donc devant moi, vous n’avez qu’un … »

    A quoi je rétorque, réplique et réponds : « Chère Madame, si  j’avais voulu me trouver devant vous, je me serais levé plus tôt ! »

    Sa tête, tronche, bobine ! J’en ai encore des remords, regrets et repentirs …

     

    Exercice numéro deux: "Va, je ne te hais point!"

    Litote

    Il y avait un peu de monde dans le supermarché !

    Mon unique article sous le bras, je me collai en bout de file.

    La charmante dame qui me précédait et qui n’était plus toute jeune, poussait avec quelque effort un chariot qui n’était pas vide.

    Se tournant vers moi, elle déclara : « Passez donc devant moi, vous n’avez qu’un … »

    A quoi je rétorquai : « Chère Madame, si  j’avais voulu me trouver devant vous, je me serais levé moins tard ! »

    Elle me regarda d’une certaine façon qui me donne encore à réfléchir …

    Exercice numéro trois: raconter l'histoire dans l'ordre inversé, donc en commençant par la fin:

    Rétrograde (RUSWAL)

    J’en ai encore des remords quand je pense à la tête de cette dame à qui j’avais rétorqué : « Chère Madame, si  j’avais voulu me trouver devant vous, je me serais levé plus tôt ! » alors qu’elle m’avait déclaré: « Passez donc devant moi, vous n’avez qu’un … » Elle-même, cette charmante vieille dame qui me précédait, poussait à grand peine un chariot surchargé et moi je m’étais collé en bout de file avec mon unique article sous le bras. Or ce jour-là, c’était vraiment la foule dans le supermarché !

     

    Bonne année 2011, chers lecteurs!