• Z comme ziezo!

    Ziezo!

    Voilà ce qu'on dit en néerlandais quand on a mené une chose à bien, grande ou petite, quelle qu'elle soit: "Ziezo!"

    "Ziezo!" (prononcez 'zizo'), l'année scolaire se termine aujourd'hui, nos élèves reçoivent leur carnet de notes, cet après-midi nous avons encore un entretien avec les parents et ce soir nous disons adieu à quelques collègues qui prennent leur retraite.

    ***

    Ziezo, c'est aussi le nom d'une méthode d'apprentissage du néerlandais que je vous laisse découvrir ici: http://www.e-ziezo.be/

    Ceux qui aimeraient rafraîchir leurs connaissances scolaires peuvent s'essayer à ce petit travail de vacances et explorer le module 5 du manuel: http://www.editionserasme.be/Images/MicroSites/Ziezo_promo/ZIEZO1_CAH_M05_ES2125.pdf 

    Bon amusement!

    Et quand vous aurez terminé, faites-le-moi savoir par un petit "ziezo!" Langue tirée

  • Y comme Yvonne

    « Ici... », souffle Suzanne. Elle a choisi le coin le plus sombre, derrière le fourrage, une espèce de lit de déchets, contre le mur de pierres inégales. Ils se tapissent. Pascal veut parler. Elle fait chut. Elle se presse contre lui. Comme le cœur lui bat ! C’est fait comment un cœur de fille ? « Yvonne ne nous trouvera jamais ici.... murmure–t–elle. Et puis on peut sauter dans l’écurie. » Pascal, gagné par le chuchotement, répond sur le même ton. Ou du moins il le croit. Car Suzanne lui met le doigt sur les lèvres. Un doigt petit et trembleur.

    « Mais de quoi as–tu peur ? » demande–t–il. Elle met sa joue contre la sienne. « De tout, – dit–elle, – de tout... Est–ce que tu n’aimes pas avoir peur ? »

    Pascal n’aime pas avoir peur. Il ne déteste pas faire peur, ça non. Elle a une joue très douce, Suzanne, et elle sent bizarrement. « Peur de quoi ? répète–t–il. D’être attrapé ? D’Yvonne ? On ne peut pas avoir peur d’Yvonne. Et si on est pris, eh bien, on est pris ! »

    Suzanne secoue sa tête, ses cheveux légers passent sur le visage de Pascal « Ne dis pas ça... On ne sera pas pris... Il ne faut pas qu’on soit pris ... Yvonne ne viendra jamais ici...

    – Tu y as bien pensé, toi...

    - Oui, mais Yvonne... Écoute ... C’est ici que j’étais cachée avec elle...

    – C’est justement. J’ai juré. Alors Yvonne... nous cherchera partout ailleurs, jamais ici... »

    C’est ficelle, c’est traître, les filles. Elle a juré et rien de plus pressé. Il rit. « Ne ris pas ! On pourrait t’entendre... Je sais ce que tu penses. C’est mal, quand on a juré ... Mais je voulais être seule avec toi, vraiment seule... »

    Les deux jambes noires repliées tentent ses doigts ; des bas avec des côtes, et la jupe un peu s’écarte, et on voit comment les bas sont attachés, et un morceau blanc au-dessus d’eux. « Laisse, – dit–elle, – tu vas déchirer mon pantalon... »Il retire sa main, cette fois. Il n’a pas douze ans.

    Au-dehors la voix d’Yvonne. « Qu’elle nous trouve, tu seras jolie ! » dit Pascal avec tout ce qui lui reste du sentiment de l’honneur. Suzanne répète les yeux fermés : « Elle ne nous cherchera pas ici... Jamais... Je connais Yvonne. » La voix s’éloigne.

    Louis Aragon, Les voyageurs de l'impériale, Folio n°120

  • X comme l'inconnu: pari sur le futur

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    Vous ne voyez "rien" sur la photo et c'est normal: l'essentiel est invisible pour les yeux Rigolant

    L'essentiel, ce ne sont pas ces branches, ces tiges, ces feuilles... mais ce qui est caché au coeur du petit buisson de lonicera nitida, au centre à l'arrière-plan.

    La photo est prise depuis mon bureau, depuis ma place derrière l'écran de l'ordi. Par la fenêtre qui me fait face, je vois les prés, les champs, la route qui mène jusqu'à la maison. Et ceci.

    Car ici, dans ce buisson, au sec et à l'abri des regards, un couple de grives se construit un nid. Je les observe en évitant de les déranger. Dans un incessant va et vient, ils apportent des brindilles, des herbes sèches, de la mousse.

    Véritable pari sur le futur: le nid résistera-t-il aux intempéries? à l'intervention malencontreuse de l'homme? aux prédateurs?

    Des enfants passent et s'amusent à tout frapper avec des bâtons...

    Mes voisins se font sans cesse livrer du matériel de construction par des camions trop larges pour le chemin: ils écrasent le talus, cassent des branches....

    ***

    Des grives construisent un nid dans le buisson sous ma fenêtre et mon coeur tremble déjà en pensant à tous les dangers qui les guettent et contre lesquels moi aussi je me sens impuissante...

  • W comme wagon de train

    scène 1: au guichet

    Une dame arrive en courant, sort son portefeuille. L'employé est au téléphone: à l'autre bout du fil, quelqu'un parle longuement. L'employé hoche la tête et fait de temps en temps:

    - Oui... oui, oui... je comprends... oui, bien sûr, ... mais justement... c'est pour ça que je voulais t'appeler... oui... et bien oui, je me suis dit, voilà, je vais l'appeler... oui, allez, bon courage... ah oui, la vie... oui oui je comprends tout à fait... c'est pour ça que je me suis dit: je vais l'appeler... oui allez, et bon courage, hein!

    Au bout d'une dizaine de minutes, il raccroche et se tourne vers la dame qui lui sourit:

    - Vous comprenez, c'est un ancien collègue...

    - Et il est très malade?

    - Il vient de perdre son fils dans un accident de voiture...

    scène 2: sur le quai

    Munie de son billet, la dame va s'asseoir à côté d'une autre qui est en train de lire son journal d'un air agacé et indigné.

    - Ah ben ça c'est le comble!

    - ... ?

    - Vous avez vu ça? A Molenbeek, les agents de police devront respecter le ramadan!

    - Je suppose que ça concerne uniquement les policiers musulmans...

    - Non non!!! tout le monde! Regardez vous-même!!!

    La dame lit par politesse. Heureusement, le train entre en gare.

    scène 3: dans le train

    La dame a sorti ses copies et son stylo rouge. Au dernier arrêt avant Bruxelles monte un jeune couple avec une petite fille de deux ans. C'est un train à deux étages et ils montent au second étage.

    Le père: Installe-toi, je vais chercher le reste.

    Il remonte avec deux gros sacs à dos.

    La mère: Tu prends la poussette aussi?

    Le père: Oui, oui, j'y retourne!

    Il remonte avec la poussette et un petit lit démontable. La porte est automatique et se referme avant qu'il ait le temps de ramasser ce qu'il a déposé pour avoir une main libre et ouvrir la porte. Ce petit jeu se répète jusqu'à ce que la dame se lève pour l'aider.

    La mère: Tout est là?

    Le père: Presque!

    Il remonte avec un grand sac thermos, deux sacs de courses et le matelas du lit démontable.

    Le père: Voilà, tout est là!

    La mère (à l'enfant): Tu vois, on est dans le train. Et quand il s'arrêtera, on sera à Bruxelles. Et là, on va prendre un autre train.

    A l'arrivée à Bruxelles, la dame leur propose son aide pour le déménagement. Puis elle leur dit:

    - Vous avez bien du courage de prendre le train avec tout ça!

    Mais en fait, le fond de sa pensée, c'était: Vous aurez bien besoin d'encore quelques mains secourables si vous voulez arriver à bon port, à l'aller comme au retour Clin d'œil

    ***

    Il y a eu une série d'émissions sur la chaîne flamande qui s'appelaient: Het leven zoals het is (La vie comme elle est). La caméra a suivi ainsi la vie sur un camping, ou dans un hôpital pour enfants. Ou dans un commissariat. Ou à l'aéroport de Zaventem.

    La vie, la mort, et tout ce qu'il y a entre: le samedi 18 juin, en une heure de train, j'ai vu Het leven zoals het is.

     

     

     


  • V comme Viens voir la mer...

     Viens voir la mer…

    - Viens, petit. Viens voir la mer. Tu sais, la mer, je t’ai raconté, tu te souviens ? Avec le sable et la plage et de l’eau jusqu’au bout de l’horizon ? Et l’odeur… et le bruit… et l’écume des vagues ?

    Tiens, petit, regarde, tu la vois, la mer, là-bas, au loin ?

    Attends, je vais te mettre sur mes épaules, tu verras mieux. Là-bas, tu vois ?

    - Tu y es déjà allé, toi, papa, jusque là-bas ?

    - Moi non, petit, mais demande à Papy, tu verras, il te racontera des histoires que son grand-père lui racontait, comment il s’était baigné dans la mer et qu’il jouait au ballon avec ses copains sur la plage. Demande-lui, tu verras.

    - Et là, papa, sur la pancarte, c’est quoi ?

    - Ah ! là…

    Il est marqué : « Danger !! mines !! »

    Tu vois, c’est pour ça qu’il y a du barbelé partout, tu comprends ?

    Allez, viens, on rentre à la maison…

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    écrit pour le défi 154

     


  • U comme Universalis

    Homo universalis, voilà la qualité requise du bon prof Sourire

    Je m'explique en vous donnant d'abord cette question d'une collègue française:

    Vous êtes sans doute au courant (conseils d'enseignement, par exemple) de la Quinzaine du développement durable qui nous attend à la rentrée prochaine*.
    Question : comment peut-on contribuer en tant que professeur de lettres et, si possible, sans sacrifier notre matière ?
    *il s'agissait de la rentrée de septembre 2007
     

    Alors une autre a répondu, dans le genre comico-excédé:

    Excellente question !
    Je ne sais absolument pas ! mais je vais songer sérieusement à organiser l'année scolaire prochaine par tranches:
     
    - deux semaines projet éducation sexualité
    - trois semaines développement durable 
    - deux heures lettre de Guy Môquet*
    - une semaine préparation Assr avec la lecture des journaux et accidentés de la route, voir s'ils comprennent bien que des gens meurent ! 
    - deux semaines pour la citoyenneté
    - deux semaines pour la presse
    - une "semaine de la poésie"
    - deux semaines prévention drogues diverses 
    - une semaine éducation alimentation
    - Une semaine sur le respect , (c'est pas bien de pas être respectueux mais de toutes les façons tu n'auras que peu de sanctions !) Peut-être à placer en début d'année celle-ci .. (soyons pédagogue)
     
    Si on ajoute les épreuves communes et autres brevets blancs ça devrait tenir l'année.

    *la lecture de cette lettre le 22 octobre venait d'être imposée en France

    Et je dois vous avouer que ce n'est pas mieux en Belgique. J'ai l'impression depuis longtemps que l'école doit faire tout le travail éducatif. Or chacun sait que cela ne peut que rester lettre morte si toute la société - y compris les parents - n'y participent pas ou si peu.
    A quoi sert, par exemple, que nous leur parlions de diététique et de bonnes habitudes alimentaires, si à la maison plus aucun repas n'est pris ensemble et si chacun va se servir à n'importe quel moment de ce qu'il veut dans le frigo? Si une mère félicite sa fille anorexique d'avoir perdu un kilo et ne s'étonne pas qu'elle se contente de trois fraises au petit déjeuner et de quelques asperges au repas de midi?

    Et ce n'est qu'un exemple.

    Pareil pour tout le reste, que ce soit développement durable, prévention alcool, code de la route ou n'importe quoi d'autre.

    Mais à chaque problème, tous, toute la société pointera le doigt vers l'école, vers les profs.

    ***

    Et l'homo universalis (LOL) qui vous parle remplit quasiment les deux dernières années du secondaire avec ceci:

    - apprendre à apprendre
    - filles/garçons, tous égaux?
    - esprit critique, es-tu là?
    - à la découverte de Paris
    - petite philosophie du bonheur
    - comment faire le bon choix pour les études supérieures?
    - gastronomie et éducation
    - les comportements à risques
    - l'Europe
    - la spirale de la violence

    ce qui ne l'empêche pas de se demander constamment: est-ce que je fais bien tout ce qui est en mon pouvoir?

  • T comme test

    Avez-vous jamais entendu pareille idiotie?

    Le test de la page 99!

    Un magazine que je croyais sérieux (mais que je ne nommerai pas hahaha) relaie l'info et y soumet un ouvrage qui vient de paraître: en effet, le test de la page 99 devrait pouvoir nous dire si une oeuvre littéraire vaut la peine d'être lue ou non. Une méthode qui serait bien plus performante que nos petits "trucs" habituels, comme la lecture de l'incipit et de la quatrième de couverture.

    D'accord, nos méthodes ont leurs limites, elles aussi, mais sûrement pas tant que ce test de la page 99.

    Non mais!

    Si vous voulez essayer, c'est là: http://page99test.com/#

    Je vous laisse juge de la valeur des arguments utilisés:

    For decades, readers have used the Page 99 Test to judge the writing of a book before buying it. That's the idea here... Why Page 99, Not Page 1? Because it's arbitrary. It's rarely as worked on as the elements we usually judge a book by.

    Alors, juste pour le plaisir, et pour terminer sur une note moins GRRR, je vais vous offrir un bout de la page 99 de La maladie de Sachs dans l'édition P.O.L. de 1998:

    Elles sont drôles, les femmes, toutes pareilles avec leurs enfants, avec leurs parents, toujours le même combat, la même inquiétude, la même angoisse qu'on ne leur ait pas tout dit, elles sentent bien que ça ne va pas, elles le sentent dans leur chair, et elles ont beau n'avoir que leur intuition à se mettre sous la dent, va que je te tourne ça dans tous les sens, on va bien finir par lui trouver quelque chose de grave, Qu'est-ce que vous en pensez, Docteur?
     Le mal de tête et la fièvre ça serait pas la méningite? La fièvre et le mal de ventre ça serait pas l'appendicite? Le mal de ventre et les vomissements ça serait pas l'occlusion intestinale? Les vomissements et le mal de tête ça serait pas la tumeur au cerveau? La douleur au coeur ça serait pas l'infarctus?

    Et ça, ce sont les peurs avouées, les peurs articulées, les peurs imaginables.
    Mais il y a les autres, les peurs oubliées, ancestrales, transmises sans mot dire de grand-mère en belle-fille au-dessus du lit où se tord le petit (ou le vieux) avec ses 40°, sa toux, sa pâleur, sa torpeur, sa langue rôtie, sa jaunisse, ses gémissements, ses plaintes.

    Qu'est-ce que vous en dites?

  • Stupeur et tremblements pour la culture

    Faire toujours plus avec toujours moins, ce n'est pas que dans l'enseignement qu'on est confronté à ce problème ces 30 dernières années, c'est dans tout ce qui touche à la culture: on est obligé de déployer des trésors d'ingéniosité et de faire appel à beaucoup de bénévolat si on veut continuer à réaliser des choses.

    Appelons ça le miracle de la culture.

    Ce miracle a lieu tous les jours dans nos écoles, où des profs sont dans leur classe avant, entre et après les cours, pour donner des explications à ceux qui n'ont pas compris, ou qui ont été malades; où ils organisent des activités diverses. Où ils essaient d'"allumer ce feu" dont parlait Montaigne.

    Ce miracle a lieu tous les jours dans des endroits comme la Monnaie, où on crée, où on peaufine, où on essaie de répondre quotidiennement à la question que posait Ernst Krenek en 1936: "Ist Oper heute noch möglich?"

    ***

    Pour essayer de répondre à la question de Krenek, on peut aller voir ici:  http://www.opera-europa.org/view.asp?id=1114

    Et l'opinion des jeunes est là: http://www.opera-europa.org/view.asp?id=1116

    ***

    Ma "question existentielle" du mois de janvier était Kan kunst de wereld redden? On est bien loin, aujourd'hui, de l'optimisme affiché par Dostoievski dans Les frères Karamazov: "L'art sauvera le monde".

    On constate qu'au manque de moyens financiers s'ajoute le doute. Voyez la conférence de l'Unesco en 2009, qui titrait un défaitiste Que peut encore l'art?

    On peut lire les résultats de la réflexion ici: http://portal.unesco.org/culture/fr/ev.php-URL_ID=40576&URL_DO=DO_TOPIC&URL_SECTION=201.html

    ***

    Enfin, troisième point: l'opéra est un art du spectacle, ce qui veut dire que chaque représentation est unique mais passagère. Comment garder la trace de l'éphémère?

    Parmi les choses qu'on ne rencontre pas dans la nature, mais seulement dans le monde fabriqué par l'homme, on distingue entre objets d'usage et oeuvres d'art ; tous deux possèdent une certaine permanence qui va de la durée ordinaire à une immortalité potentielle dans le cas de l'oeuvre d'art. En tant que tels, ils se distinguent d'une part des produits de consommation, dont la durée au monde excède à peine le temps nécessaire à les préparer, et d'autre part, des produits de l'action, cornme1es événements, les actes et les mots, tous en eux-mêmes si transitoires qu'ils survivraient à peine à l'heure ou au jour où ils apparaissent au monde, s'ils n'étaient conservés d'abord par la mémoire de l'homme, qui les tisse en récits, et puis par ses facultés de fabrication. Du point de vue de la durée pure, les oeuvres d'art sont clairement supérieures à toutes les autres choses; comme elles durent plus longtemps au monde que n'importe quoi d'autre, elles sont les plus mondaines des choses. Davantage, elles sont les seules choses à n'avoir aucune fonction dans le processus vital de la société; à proprement parler, elles ne sont pas fabriquées pour les hommes, mais pour le monde, qui est destiné à survivre à la vie limitée des mortels, au va-et-vient des générations. Non seulement elles ne sont pas consommées comme des biens de consommation, ni usées comme des objets d'usage: mais elles sont délibérément écartées des procès de consommation et d'utilisation, et isolées loin de la sphère des nécessités de la vie humaine.

    Hannah Arendt, La Crise de la culture, Foilo Essais n°113, 1989

    ***

    Voilà, je pense qu'avec cela la boucle est bouclée: non, l'art ne peut être un bien de consommation comme un autre, non on ne peut pas le laisser entièrement entre les mains des sponsors privés.

    Et l'école non plus.

     

     

  • 22, v'là les perles!

    Que ceux qui y voient de la moquerie teintée de pédantisme passent à autre chose. Que ceux qui y voient le sourire amical et innocent restent:

    voici quelques perles de la session de juin 2011

    Il y a les perles géographiques:

    - L'histoire se passe au Japon, à Hong-Kong.
    - Eric-Emmanuel Schmitt est né en France, donc d'origine belge.

    Il y a les perles homonymiques:

    - J'aime les petits poids!
    - Ils ont 9 heures d'étude avec quelques poses.
    - Je vois un gros en toit! lui dit le vieil homme.
    - Ils démarrent leurs journées sur les chapeaux de roux.

    Il y a celles qui font probablement très mal:

    - L'adversaire doit tousser le sol.

    Il y a toujours le fidèle de La Palice:

    - Un couche-tôt est en forme le matin et est fatigué le soir.

    Et il y a toujours ceux pour qui l'histoire, "c'est pas leur truc":

    - C'est de la Renaissance, donc c'est romantique!

     

     

  • R comme remonter le temps

    En remontant le temps, j’arrive au 15 novembre 2008 et je refuse qu’on arrache mon père à ce lit où il voulait « mourir en paix ». Dans mes rêves de machine à remonter le temps, je commence par ce 15 novembre sombre et froid et les infirmiers venus le chercher avec leur ambulance ne l’emmènent pas contre son gré.

    En remontant le temps, le 27 juin 1992 je ne me laisse pas chasser du mouroir appelé « soins intensifs » où je tiens la main de ma grand-mère Adrienne et où je me figure qu’elle m’entend encore, qu’elle sent la pression de mes doigts et la caresse de ma main sur sa joue ou du peigne dans ses cheveux. Je me moque que l’heure de la visite soit passée depuis longtemps. Je suis indélogeable.

    En remontant le temps, ce fatal 17 avril 1987 je m’arrange pour être sur la route des vacances en Espagne : après la pause pique-nique, ma nièce A*** met sa ceinture de sécurité et sa mère se rend compte qu’elle est trop fatiguée pour prendre le volant. Mon beau-frère qui roule juste derrière ne la verra pas quitter la route et verser dans le ravin. Il ne sera pas veuf ni ses deux fils orphelins.

    Si je remonte encore le temps, mon grand-père ne trébuchera pas sur un cageot placé malencontreusement, il ne tombera pas, ne se cassera pas la rotule, ne devra pas être opéré et ne fera pas d’embolie. Le 25 décembre 1986 ne sera pas notre dernier Noël ensemble.

    Si je remonte encore le temps, le 6 avril 1934 on découvrira à temps qu’Yvonne se vide de son sang après l’accouchement. Aucune voisine bien intentionnée ne devra courir jusqu’au square d’à côté pour annoncer à un enfant de six ans que sa maman est morte. Après leur match de foot, mon père et mon oncle pourront rentrer  goûter et embrasser leur  maman et leur petite sœur.

    Si je remonte le temps, on soignera la petite M*** à temps et on trouvera un spécialiste pour J***, même si elles ont la mauvaise idée d’être malades en pleine guerre. Et le grand-oncle Ivo ne meurt pas « pour la Patrie » fin octobre 1918.

    ***

    Si je pouvais remonter le temps, la terre serait très vite surpeuplée.

    Texte écrit pour le défi 152

  • Le bilan du 20

    Il y a quatre ans exactement jour pour jour, je recevais ce message d'un collègue marocain prof de français. Lassé d'entendre - ou plutôt de lire sur le site d'échanges - des profs de lettres (français) se plaindre des kilomètres qu'ils avaient à faire en cette période de bac, se plaindre des élèves ignares qu'ils avaient à interroger et des liasses de copies ineptes qu'ils avaient à corriger etc. etc., voici ce qu'il répondait:

    "salut à tous les enseignants du monde. Je ne saurai vous décrire ce que j'ai enduré pendant 20 ans en classe. Une fois je me suis posé les questions suivantes: combien de kilomètre j'ai écrit avec la craie? combien de quantité de poussière j'ai inhalée? combien de fois j'ai été parano? combien de fois j'ai été nevrosé? combien de fois j'ai été skizo?
    Croyez-moi mes chers j'ai vécu cela non dans un pays européen mais dans un pays tiermondiste (Maroc); mon pays. Certains collègues se lamentent du nombre de copies, 80 copies !!!;de l'oral !!! ces problèmes nous au Maroc nous ne les vivons pas à ce niveau mais à un autre plus calamiteux plus catastrophique plus absurde. Imaginez on vous donne 4 classes de 42 élèves, on vous demande d'élaborer un projet !,à qui? à des élèves qui ânonnent!!
    D'une autre manière vous êtes appelé à enseigner CANDIDE!!! à des èlèves qui ne savent pas écrire leur nom en Bac!!!.
    Croyez-moi chers collègues, nous les enseignants du monde on est obligé de cohabiter avec LA Névrose !! on ne peut s'en passer !! on nous l'a inoculée dans le sang!! dans l'esprit !! J'ai peur qu'un jour je ne sois appelé à enseigner Candide et Balzac aux vieilles tables de ma classe !!!!
    bon courage chers collègues"

    J'étais contente que ce collègue remette les pendules à l'heure. Mais j'ai toujours conservé ce message et relu avec émotion, car on y sent bien toute la détresse et le découragement.

    Et moi? Je ne me plains pas Sourire

    Vendredi j'ai interrogé une classe de Première (la 5e en Belgique) et j'en suis très satisfaite. D'accord, après-demain j'aurai quelques perles (de culture - LOL) à vous confier, mais qui n'en commet pas? Nous les profs en premier, comme cette jeune collègue d'histoire qui affirmait à sa classe que dans "homophile" homo- vient du latin et veut dire homme...

    Aujourd'hui j'interroge une de mes classes de Terminale (la 6e en Belgique) et je sais à l'avance que ce sera très bien.

    Moi je suis un prof heureux. Année après année.

    Mais là je retourne à mes copies. J'en ai tout de même aussi une centaine qui m'attendent, hahaha.

  • Question existentielle d'identité (meurtrière?)

    Comment vous sentez-vous avant tout: habitant de votre ville? de votre région? de votre pays? Européen? citoyen du monde?

    Pour aborder en classe le thème de l'Europe, j'avais commencé par un petit sondage. La question était fort simple et brûlante d'actualité, vu que nous approchions du terme des douze mois sans qu'un nouveau gouvernement soit formé et qu'on nous abreuvait tous les jours de discours plus pré-électoraux que post-électoraux.

    Mais bref, passons.

    Question fort simple, du moins en apparence, car tout ce qui touche à l'identité est finalement assez complexe.

    Voici donc les résultats pour mes classes de Terminale:

    - 8 se sentent surtout liés à leur ville
    - 11 se sont déclarés Flamands
    - 26 se disent Belges avant tout
    - 4 citoyens européens
    - 4 citoyens du monde

    Sur un total de 53 élèves, car il y avait malheureusement ce jour-là quatre absents.

    Voilà. Je vous laisse juger, peser, analyser et disséquer ces quelques chiffres Clin d'œil

  • P comme parc

    Ici et là, la vue sur le parc englobe un bout de serre ou de bâtiment et on se dit qu'on aimerait bien vivre là... à condition bien sûr d'avoir une armée de jardiniers à disposition Clin d'œil  j'ai déjà le plus grand mal à garder un semblant d'ordre dans ma trentaine d'ares...

    bruxelles,belgique,amitié,jardin

    faudra que je demande à mon amie MC qui habite là...

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    d'une serre à l'autre:

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    pas étonnant que de nombreux visiteurs aient pris ce petit bassin pour la fontaine de Trevi Rigolant

    bruxelles,belgique,amitié,jardin

    moi aussi j'espère bien revenir ici !
    (mais je me répète LOL)

     

     

     

     

     

  • O comme Oye

    Il y a de ces restaurants où l'énoncé du plat prend plus de place que les mets dans votre assiette. Je ne vous apprends rien, probablement, et vous avez peut-être aussi salivé en lisant "La canette de Bresse rôtie, son verjus à la cassonade et aux oranges, servie avec des tagliatelles de courgettes et de poivrons et sa cuisse confite aux céréales caramélisées" ou "la poularde élevée au lait, en cuisson lente à la vapeur de romarin, servie avec un pasticcio de courgettes, broccolis et pignons de pins, sauce aux épices, et sa cuisse confite servie avec la polenta rôtie aux copeaux de jambon de Parme" pour constater que le tout tenait très bien dans un disque de 20 cm de diamètre.

    Bref, ces nourritures plus spirituelles que réelles font qu'une de mes cousines, après avoir dégusté (aidée d'une loupe) cinq plats de cet acabit, était allée assouvir sa faim dans une friterie. Son mari n'aime pas la lecture mais affectionne le steak-frites-mayonaise.

    ***

    Il y a aussi de ces restaurants où l'énoncé du plat prend des allures de poème en prose: tout y est servi sous forme de fleur, nuage, écume, copeaux, pétales, étoiles et autres frissons poétiques. Généralement, on y donne la préférence aux diminutifs: les fèves deviennent des févettes et l'agneau un agnelet.

    Il y a ceux qui tiennent à vous fournir tous les pedigrees: le canard vient de Challans, l'agneau de Pauillac, le boeuf est du Wagyu de Kobe et le homard a nagé dans l'Oosterschelde. Qui vous confient le nom des producteurs de leurs légumes, des affineurs de leurs fromages et du meunier qui a moulu la farine de leurs pains.

    Il y a ceux qui affectionnent la touche d'exotisme, vous obligeant soit à tapoter discrètement votre encyclopédie numérique, soit à demander une foule d'explications au maître d'hôtel, soit à attendre la surprise: que seront ces "graines de nigel"? ce "poivre chiloé" sera-t-il très fort? comment dois-je me représenter ce "rouleau de foie gras façon maki"?

    ***

    Et puis il y a ceux qui cumulent: les diminutifs, les pedigrees, la poésie, l'exotisme... et des croûtons malins en prime. Doublement malins:

    Une jeune poulette de ferme rôtie, gratin d'oignons 'paille' à la carbonara, croûtons malins embeurrés d'une rémoulade de céleri-rave

    Un tartare de tomate romaine au piment doux à l'huile d'olive, Explorateur en mousse crémeuse, croûtons malins de pain de campagne grillé

    et même des fruits fous:

    Dans une barrette au chocolat noir Araguani, les fruits rouges en délire: déclinés en une mousse légère et rafraîchis d'un sorbet aux framboises

    http://www.forgesdupontdoye.com/le-restaurant.php

     ***

    Essayez donc, à l'heure du dîner, quand on vous posera la question: "Chéri(e), qu'est-ce qu'on mange, ce soir?" et tenez-moi au courant du résultat Sourire

     

    envoyé aux Impromptus littéraires pour le thème "Frisson":
    mes frissons à moi sont poético-gastronomiques

  • N comme nature

    Il était une fois une jolie maison dans une verte campagne.

    La dame qui y habitait vivait en parfaite harmonie avec les animaux des bois et des champs. Les écureuils se régalaient de ses noisettes, les pigeons de ses fleurs de petits pois. Les chats et les hérissons se partageaient les croquettes comme elle partageait ses salades et ses radis avec les limaces. Les pucerons et les coccinelles profitaient autant qu'elle de son rosier Fée des Neiges tout comme les cloportes de ses pots de basilic.

    Il était une fois un petit paradis.

    Mais un soir de juin en rentrant chez elle, elle constata que ses quatre baies vitrées ainsi que la terrasse étaient couvertes d'éclaboussures de sang et d'excréments. Quelle bagarre horrible avait donc eu lieu en son absence?
    Les chats plaidèrent non coupables: ils avaient un alibi imparable puisqu'ils avaient choisi ce matin-là de passer la journée enfermés au garage.
    Un chien fou qui aurait joué avec une poule?
    Le renard du bois d'à côté?
    Elle chercha des indices mais ne trouva qu'une petite plume noire...

    Puis en lavant ses vitres vit ceci:

    nature,jardin,ça se passe comme ça

    Il ne s'agissait donc pas d'une bagarre mais d'un oiseau s'attaquant de manière acharnée au mastic le long des vitres.

    Le soir, elle le vit lorsqu'il revint poursuivre sa tâche. Un grand oiseau noir croassant et craillant.

    Que faire pour protéger sa maison contre ses attaques?

    Elle imagina d'abord une rangée de caisses en bois pour protéger le bas, qui avait été le plus gravement atteint, et de coller du plastique sur le reste.
    Mal lui en prit, deux jours plus tard l'animal avait renversé une des caisses et continué son désolant travail.

    Elle consulta tous les magiciens des environs. Tous ils lui souhaitèrent bon courage car ils n'avaient trouvé dans leurs grimoires aucune solution à ce problème. Sauf de passer ses vitres à la chaux, comme on le fait pour les serres, l'été.
    Ils l'aidèrent à accéder jusqu'au grand druide Ornithologix qui lui ôta ses derniers espoirs - sa propre soeur avait eu une mésaventure identique pendant quatre longues années - et lui demanda de le tenir au courant si les solutions qu'elle envisageait s'avéraient efficaces: il lui promit de les noter dans le Grand Livre.

    Elle imagina alors de coller du papier contre ses vitres pour enlever à l'oiseau l'effet de miroir: en s'y voyant, il croyait apercevoir un concurrent et engageait avec lui un duel à mort; ne pouvant l'atteindre, il entreprenait de se creuser un passage vers ce double qui le narguait en l'imitant.

    Elle vécut donc deux jours ainsi: papier blanc, voilages noirs et caisses de vin

    nature,jardin,ça se passe comme ça

    Cela ne gênait pas les chats, les hérissons, les écureuils, les cloportes, les fourmis, mais elle, à l'intérieur, vivait dans la pénombre et était privée de la vue sur son jardin.

    Alors elle imagina ceci:

    nature,jardin,ça se passe comme ça

    Elle enleva le papier de ses vitres, fit passer une corde à linge dans les attaches de la corniche et y suspendit neuf mètres de voilage blanc. Dans le bas, elle refit un écran de caisses en bois.

    Et espéra que ce serait efficace afin que le conte puisse se terminer de la façon traditionnelle:

    "En ze leefde nog lang en gelukkig"

    (elle vécut encore longtemps et heureuse!)

  • M comme merveilles

    J'ai envie de revenir sur ma visite du parc et des serres de Laken. Pour ceux qui auraient raté le début, c'est au L, M, P et V du mois de mai... oups! tant que ça?

    J'aimerais vous montrer trois autres merveilles en continuant mon alphabet dans l'alphabet, puisque sur ce blog c'est ma façon de mettre de l'ordre dans les choses (ce qui serait formidable, c'est que le classement des tonnes de paperasses de mon bureau puisse se faire avec la même déconcertante simplicité Clin d'œil)

    ***

    Trois lettres pour trois fleurs fétiches de ma grand-mère Adrienne:

    F comme Fuchsia; elle en avait deux magnifiques spécimens dont je me demande ce qui leur est arrivé après sa mort:

    bruxelles,belgique,amitié,jardin

    bruxelles,belgique,amitié,jardin

    G comme Glycine, qui est de la couleur favorite de ma grand-mère (et moi je ne peux pas voir une glycine sans avoir envie de la photographier, même si celle-ci, avec tout le soleil qu'on a eu en avril - l'Italie avait vraiment descendu l'Escaut! - était déjà légèrement défleurie)

    bruxelles,belgique,amitié,jardin

    H comme Hortensia; ma grand-mère Adrienne chouchoutait les siens parce qu'ils lui offraient de belles touffes de fleurs pendant tout l'été et l'automne:

    bruxelles,belgique,amitié,jardin

    bruxelles,belgique,amitié,jardin

    rendez-vous est déjà pris avec mon amie MC pour l'année prochaine Cool

     

     

     

     

     

  • L comme longévité

    Je viens d'apprendre qu'un auteur anglo-américain est décédé le 2 juin à l'âge de 101 ans. Bel exemple de longévité, surtout si l'on sait que l'homme s'est éteint paisiblement dans la maison de sa fille.

    Mais là où cette longévité s'avère encore plus intéressante, c'est quand on apprend que cet homme a été publié pour la première fois il y a seulement cinq ans. Oui, vous comptez bien: à l'âge de 96 ans.

    La quarantaine d'autres livres qu'il avait écrits précédemment avaient tous été refusés, par conséquent il les avait presque tous détruits!

    Mais cela ne lui avait apparemment pas ôté l'espoir que le 40e ou le 41e serait accepté, pensant sans doute avec monsieur de la Fontaine que

    Patience et longueur de temps
    Font plus que force ni que rage.

    L'info est ici:   http://www.google.com/hostednews/canadianpress/article/ALeqM5h5GUMFTbRo06A7yPutSrTsr2bj5w?docId=7055336

    ***

    Conclusion: J'AI TOUT MON TEMPS Rigolant

    Car selon mon simulateur de longévité (rappelez-vous mon billet D comme divination), si j'ai 71 % de chance d'atteindre ma 85e année, la possibilité d'arriver à 96 ans reste tout de même de 23 %!

    Par contre s'il faut qu'avant cela les maisons d'édition refusent quarante de mes manuscrits, faudra que je commence par en envoyer un Langue tirée

     

     

  • K comme Krapoverie

    Défi krapovien

    Que feriez-vous avec ces neuf prénoms : Josiane, Eliane, Maryvonne, Marie-France, Arlette, Dominique (la femme), Anne-Françoise, Henry et Dominique (l’homme), sachant que ces personne se réunissent hebdomadairement dans une salle nommée « Mandoline » ? Revoici les chapitres 1, 2 et 3 suivis du quatrième, inédit Langue tirée

    ***

    Arlette et Henry sont mariés depuis plus de 40 ans. Ensemble.

    Lui est un gars d’Ostende, élevé au turbot poché sauce hollandaise et au rôti de bœuf en croûte. Elle une fille du Limbourg, là où on a, comme disent les blagues belges, (les vraies, les nôtres) tout récemment encore dégusté un missionnaire.

    Au début de leur mariage, Henry lui pardonnait ses pommes de terre trop cuites, ses légumes à l’eau, sa viande déshydratée et ses sauces … euh … passons, ça vaut mieux.

    Puis ils sont venus s’installer à deux ou trois kilomètres de la maison de ses parents. Arlette et la mère d’Henry ont vite compris, chacune de leur côté, que si elles voulaient sauver ce mariage, il faudrait inculquer à la belle-fille quelques notions culinaires de base.  Arlette a donc appris à cuire un poisson sans qu’il se décompose et à faire un beurre fondu sans le brûler. Et si Henry voulait de la sauce hollandaise ou un beurre blanc, ils allaient tout bonnement manger chez sa mère : Arlette n’en faisait pas un complexe, car elle avait – disait-elle – d’autres qualités.

    Trois enfants sont nés, qu’on a nourris comme on nourrit les enfants, de lait, de tartines, de soupes et de spaghetti bolognaise. Quand Henry réclamait des croquettes aux crevettes, Arlette rétorquait que ce n’était pas avec ça que l’appétit de leurs ados serait satisfait, que de toute façon les crevettes grises étaient hors de prix et qu’elle avait prévu un pot-au-feu.

    ***

    Eliane est née dans une petite ferme du Velay. Josiane est sa sœur cadette et Maryvonne leur aînée. Maryvonne est grande et forte mais les petites sont d’apparence si fragile qu’elles font soupirer leurs père et mère, le soir, quand ils les voient picorer dans leur assiette de soupe au pistou.

    Elles ont connu une enfance dure, avec le travail de la ferme où les bras masculins manquaient. Elles ont quitté l’école à quatorze ans, sans aucune qualification. Elles se sont mariées jeunes, ont eu des enfants.

    Puis Josiane a commencé à avoir des problèmes rénaux. De graves problèmes, qui l’ont menée jusqu’au calvaire de la dialyse de plus en plus fréquente. Au bout de quelques années, il a fallu se rendre à l’évidence : seule une greffe pourrait encore la sauver.

    Comme la liste d’attente était fort longue – et l’état de santé de Josiane fort précaire – c’est la fragile Eliane qui a offert un rein à sa sœur. Il est vrai qu’elles étaient bien compatibles, mais l’opération était tout de même loin d’être évidente.

    Eliane s’est bien remise de l’intervention. Josiane essaie de vivre chaque jour comme s’il était le premier – ou le dernier – et de ne pas trop culpabiliser à chaque signe de rejet de la part de son corps envers ce don qu’on lui a si généreusement fait.

    ***

    - Dominique !!!

    Quelqu’un m’appelle, se dit Dominique. Elle se retourne et lance un « oui ! » en même temps qu’une autre voix, une voix mâle, fait un « Quoi ? » en direction de celui qui a crié son nom.

    C’est comme ça qu’ils se sont rencontrés, Dominique et Dominique, à la soirée organisée par leurs écoles respectives, celle des filles, celle des garçons, pour fêter la fin de leurs études secondaires.

    C’était il y a trente ans. Et depuis trente ans, ils s’amusent chaque fois qu’ils se présentent à quelqu’un et aperçoivent cet instant d’étonnement et d’incompréhension dans les yeux de leur interlocuteur interloqué:

    - Bonjour ! Moi c’est Dominique.
    - Bonjour ! Moi c’est Dominique.
    - ... ?

    Leur prénom les a réunis : ils sont allés à la même ville universitaire, se sont revus, se sont mariés, ont eu deux filles. Aujourd’hui, leur couple bat de l’aile. Avoir un prénom en commun, ce n’est pas un ciment suffisant ni le garant d’une union bien assortie. Elle le trouve pingre, pointilleux, maniaque, vétilleux. Il lui reproche de préférer son travail à son intérieur et de vouloir mener sa vie à sa guise.

    ***

    Le père de Marie-France est chauffeur de poids lourds, mais il s’est mis à boire et a perdu son travail. Depuis, sa mère fait des ménages.

    Une rue plus loin, il y a Anne-Françoise. Elle a une mère au foyer et un père représentant de commerce.

    Elles font route ensemble pour aller à l’école. Chaque midi, Anne-Françoise entre un instant chez Marie-France.  Là, il y a une télé et elle est toujours branchée sur la première chaîne, pour les émissions enfantines. Chez Anne-Françoise, il n’y a pas de télé.

    Au coin de la rue, avant d’entrer à l’école, Marie-France va s’approvisionner au magasin de bonbons : chaque midi elle dispose d’une piécette qui lui permet un grand choix de friandises. Parfois sa maman donne aussi une pièce à Anne-Françoise, qui ne reçoit jamais de bonbons.

    A douze ans, Marie-France est allée dans une école professionnelle : son milieu familial offrait la télé et les bonbons, mais pas des études pour les filles. A seize ans, elle était déjà au travail dans une grande surface.

    A seize ans, Anne-Françoise étudiait le latin et le grec et écrivait de longues lettres hebdomadaires à son amie d’enfance. La télé ou les bonbons n’étaient toujours pas entrés dans son univers familial.

    Elles ont cinquante ans aujourd’hui, se voient deux ou trois fois par an et s’écrivent aux fêtes et aux anniversaires.

    ***

    la suite le 13 du mois prochain

  • J comme Jacqueline Harpman (2)

    "Depuis que je ne sors presque plus je passe beaucoup de temps dans un des fauteuils, à relire les livres. Je ne me suis intéressée que récemment aux préfaces. Les auteurs y parlent volontiers d'eux-mêmes, ils expliquent pour quelles raisons ils ont rédigé l'ouvrage qu'ils proposent. J'en suis surprise: n'était-il donc pas plus évident dans ce monde-là que dans celui où j'ai vécu de transmettre le savoir qu'on a pu acquérir? Ils semblent souvent sentir la nécessité de préciser qu'il n'y a pas d'immodestie dans leur entreprise, qu'on leur a demandé d'écrire et qu'ils ont hésité avant d'y consentir. Comme c'est curieux! Cela donne à penser que les gens n'étaient pas avides de s'instruire et qu'il fallait demander à être excusé de vouloir communiquer ses connaissances."

    Juste après avoir lu L'orage rompu de Jacqueline Harpman (j'en ai parlé au J du mois dernier), j'ai attaqué la lecture de Moi qui n'ai pas connu les hommes, dont je viens de vous donner l'incipit.

    Comme pour ma précédente lecture, ce roman contient plusieurs éléments susceptibles de me faire 'accrocher' dès les premières lignes: un brin de mystère (dans quel monde se trouve donc la narratrice?), la transmission du savoir, et bien sûr les livres, que ce soit leur lecture ou leur rédaction.

    Ce n'est sans doute pas une lecture qui conviendrait à mes élèves, la plupart trouveraient probablement "qu'il ne se passe rien dans ce bouquin" Clin d'œil cependant je ne suis pas du tout d'accord. Il me semble que Jacqueline Harpman réussit ici à nous conter une sorte d'apologue sur notre condition humaine, avec des éléments qui me rappellent l'allégorie de la caverne, tout en réussissant à ménager un suspense assez fort et assez intrigant pour qu'on soit tenté de lire jusqu'au bout.

    Ce que j'ai d'ailleurs fait, et d'une seule traite. Même si on sait dès le début qu'au bout il ne peut y avoir rien d'autre que la mort.

    A ceux qui souhaiteraient lire ce livre, je conseillerais de ne pas lire le quatrième de couverture. C'est aussi pour préserver leur plaisir de la lecture que je n'en dirai pas plus sur le contenu Langue tirée

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    merci à Walrus qui m'a incitée à (re)lire cet auteur

     

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    chez Reka

    http://marecages.be/?p=2738

  • I comme inventaire (avec et sans Prévert)

    Le défi 153 demandait d'utiliser les mots tombolo, tuc, barkhane, kopje, monadnock, podzol et valat dans un contexte "jardinier". C'est le genre de consigne qui réussit (enfin!) à me sortir des "souvenirs d'enfance" et autres "expériences vécues" Clin d'œil

    La recette est simplissime: prenez un "modèle littéraire" qui se prête au jardinage, ajoutez les mots imposés, mélangez bien et servez chaud ou froid.

    Jardiner à la manière de Tardieu

    J’étais en train de biner mes podzol quand le tuc d’à côté est remonté l’allée :

    - Kopje ! me fit-il de loin. Ça va tombolo ?

    - Barkhave ! lui répondis-je en faisant la moue. Les pigeons ont bouffé toutes mes fleurs de podzol !

    - Tu veux que je vienne avec monadnock ? rétorqua-t-il.

    - Tonadnock ? rigolai-je. Ça fait bien trop de bruit ! Pas la peine de rameuter tout le valat !

    - Comme tu voudras, dit-il.

    Il avait l’air un peu déçu que je refuse sa pétoire.

    Jean Tardieu, Un mot pour un autre

    Les enfants naissent dans les choux de Barkhane

    J’étais en train de biner mes choux de Barkhane quand la voisine est arrivée.

    - Bonjour ! me fit-elle de loin. Tu sais que madame Bolo a accouché hier soir ? C’est un fils, Tom.

    - Ah, c’est un joli prénom, dis-je.

    - Ahum, rigola-t-elle, ça a mis en verve les enfants… Tom Bolo, tombola, ton boulot, tu les connais.

    - Oui, répondis-je en souriant, on a déjà eu des histoires avec les Adnock quand leur petite Mona est née, faudrait pas que ça recommence avec les Bolo !

    Jardiner à la manière de Prévert

    Une pierre
    deux maisons en podzol
    trois pelouses bien tondues
    quatre courgettes à arroser

    Un tombolo pour les chats

    Un carré de radis
    deux rangs de fèves
    trois rangs d’oignons

    Un tuc en grosse laine

    Un plant de concombre
    deux noyers barkhave
    trois hérissons

    Un valat que je te pousse

    Un kopje de thé
    deux carrés de chocolat noir
    trois graines de monadnock

    Mais aucun raton laveur

    Jacques Prévert, Inventaire

    Jardiner à la manière de Rimbaud

    C’est un tuc de verdure où chante une podzol
    Accrochant follement aux valats des barkhanes
    D’argent. Où le soleil, de la montagne folle,
    Luit. C’est un petit tuc qui mousse de pivoines.

    Un soldat jeune, kopje ouverte, tête nue,
    Et la nuque baignant dans le frais monadnock,
    Dort. Il est étendu dans l’herbe sous la nue,
    Pâle dans son tombolo, mou comme une loque.

    Arthur Rimbaud, Le dormeur du val

    Et ainsi de suite... 

    Essayez et vous verrez: c'est addictif!

    Mais ça, vous l'aviez déjà compris, n'est-ce pas?Sourire

  • H comme hypocondrie

    Je mange des concombres. Presque tous les jours et avec la peau. Du boeuf anglais. Du poisson au mercure. De la viande aux antibiotiques. Des fromages au lait cru.

    Mes pommes de terre ne sont pas encore transgéniques mais contiennent sûrement - comme tous les autres végétaux - des résidus d'herbicides, d'insecticides, de fongicides... Tout comme le pain que je mange et l'eau que je bois.

    Il y a vingt ans, le vent de Tchernobyl a soufflé sur mes épinards bio. Je les ai dégustés sans états d'âme. Ainsi que les salades, le persil, la ciboulette... Les vents d'aujourd'hui nous apporteraient-ils des relents moins insalubres?

    - Il faut bien mourir de quelque chose, disait mon père quand ma mère lui vantait les qualités anti-cancer des betteraves rouges, un légume qu'il détestait.

    Bien lire les étiquettes. Bannir tous les produits contenant des glutamates, des édulcorants, des colorants de synthèse, des addiditifs. Autrement dit: tout cuisiner soi-même.

    - Mais tu ne sais donc pas, s'était écrié avec dégoût l'homme-de-ma-vie en voyant dans son assiette la jolie petite caille bien dodue et bien dorée que je lui avais préparée avec amour, mais tu ne sais donc pas que ces bêtes sont élevées dans leurs propres excréments?

    Je n'ai jamais pu vérifier ses sources mais je ne lui ai plus jamais préparé de cailles.

    La pollution, elle est d'abord dans nos têtes. Ainsi ma belle-mère ostendaise faisait la moue devant tout poisson d'eau douce ("ça vit dans une eau sale") et n'avait confiance que dans le poisson de mer ("la mer, c'est propre").

    Mundus vult decipi, ergo decipiatur, comme dirait BDW

    Mais ça, c'est une autre histoire...

  • G comme gibier et G comme grand-père!

    Le programme est terminé, l'année scolaire quasiment, je peux donc utiliser les heures qui nous restent pour "exercer les compétences" sans avoir de nouvelle matière à faire ingurgiter.

    Exercer les compétences, ça veut tout simplement dire qu'on a le temps de parler, d'écouter un reportage, de lire un texte juste pour le plaisir.

    Le premier juin, j'avais choisi un article sur la Wallonie, "cette belle inconnue". L'entrée en matière qui s'imposait d'elle-même était la suivante:

    - La Wallonie: à quoi est-ce que ça vous fait penser spontanément?

    Ils me regardent. Certains ont l'air étonnés. D'autres lèvent déjà la main.

    - Non, non, mettez cinq mots sur papier, je vais faire de même... puis on verra ce que ça donne.

    Ils sortent une feuille et se mettent à écrire. J'en vois qui lèchent leur crayon, le regard au plafond, après seulement deux mots. D'autres griffonnent interminablement, visiblement très inspirés. Moi aussi: les Ardennes, mon grand-père, les restaurants, le gibier, la descente de la Lesse en kayak, ...

    Mais vous voulez savoir ce que ça a donné avec mes élèves de Terminale?

    Les premiers mots qui sont sortis "spontanément" concernaient la politique: "séparatisme" et frontière linguistique ainsi que le nom des politiciens wallons dont on parle le plus (Elio di Rupo, Joëlle Milquet, Didier Reynders et l'inévitable Daerden sur qui chacun a vu les effets de l'eau ferrugineuse, merci Youtube)

    Ensuite des noms dans le domaine sportif, Standard de Liège en tête.

    Leurs connaissances de la Wallonie touristique et gastronomique sont assez limitées: le Borinage, Liège (et ses gaufres), les Ardennes (et les restaurants à gibier pour mon grand-père), les camps avec les scouts...
    Une élève a des parents cultivés, ils sont allés au Grand-Hornu et à Villers-la-Ville.

    Quelques-uns ont de la famille en région francophone. A commencer par Y*** mais avec elle, c'est pas de jeu, elle a aussi de la famille en Hollande, en France, en Allemagne, ... Et au Maroc Clin d'œil

    Ce qui nous amène aux gens: les Wallons sont plus gentils, pensent mes élèves, plus sociables. Ils vivent bien, ils sont plus au calme, ont plus d'espace. Les hommes se font la bise, me dit un autre... et on termine ce petit tour d'horizon en rigolant.

    ***

    Après, avec l'article que j'avais choisi, on est un peu sortis des clichés, puisqu'il s'agissait de nouvelles technologies.

    A Mons, I-Movix et ses caméras en "extreme slow motion", à Liège, Deltatec et ses logiciels permettant (entre autres choses) l'arbitrage vidéo et bien sûr le pôle d'entreprises spécialisées dans la technologie de l'espace qui se sont installées autour de l'Euro Space Center de Redu.

    Pour ceux que ça intéresse, il y a ces liens http://www.i-movix.com/ et http://www.deltatec.be/

     ***

    Je ne sais pas si j'aurai réussi à leur donner une vue un peu plus nuancée de nos voisins wallons, mais en tout cas j'aurai essayé Sourire et je suis sûre que la petite Wallonne de la classe l'aura apprécié Bisou

    ***

    Et vous, à quoi pensez-vous "spontanément" à l'évocation du mot Wallonie?

  • F comme filles de France

    La première fois que j'en ai vu une, j'étais assise à la terrasse avec un ami. On avait mangé de la tarte aux cerises. Il faisait très beau. On était bien. On avait fait une longue promenade. Il y avait une bouteille de bulles au frigo.

    L'ami racontait ses déboires avec les femmes. Avec celle qu'il avait épousée, il y a bien longtemps, et avec celle dont il était en train de tomber amoureux. Au plus il me la racontait, au plus il s'en rendait compte.

    - Elle est en train de percer ma carapace, me dit-il tout à coup.

    C'était une sorte de conclusion.

    Je l'écoutais tout en regardant devant moi. Il ne faut pas que le regard gêne les confidences.

    C'est alors que je l'ai vue. Elle passait, innocemment. Puis a disparu d'un seul coup. Un peu plus tard, elle est repassée.

    - Il me semble, dis-je, que j'ai un nid de guêpes, là, entre la corniche et les tuiles.

    ***

    Trois jours plus tard, je me suis enfin décidée à appeler les pompiers. Deux hommes sont arrivés en fin de journée, ont examiné la chose, enfilé leur équipement complet et pris le pulvérisateur géant. En moins de trois minutes, tout était terminé et ça m'a coûté 25 €.

    001 - kopie.JPG

    - C'est une sorte de guêpes qui viennent de France, me dit l'un des deux hommes, qui avait apparemment la fibre pédagogique. On ne les voit que depuis une paire d'années. Elles sont reconnaissables à leurs pattes arrière qui sont plus longues. Et elles ne font que de tout petits nids de la forme que vous voyez ici.

    Il avait déposé cette merveille de la nature sur la table de jardin. J'en ai donc pris une photo afin que vous puissiez vous aussi profiter de son enseignement et reconnaître ces filles de France le jour où elles chercheront l'asile (politique?) sous votre toit.

    ***

    Et le toit? Il est devenu mortel...

    002 - kopie.JPG

    je crois que je vais essayer d'y passer l'aspirateur... je ne voudrais pas empoisonner tous les insectes du voisinage!

    ***

    Chaque fois que je découvre un nid de guêpes, j'ai ce débat intérieur: vais-je appeler les pompiers ou ont-elles le droit de vivre en paix?

    Malheureusement, le second fils des voisins est allergique à leurs piqûres... alors il me semble que je n'ai pas vraiment le choix...

  • Tag de 7

    Le samedi 21 mai, j'ai reçu un petit mot de Lucie pour me prévenir d'une sorte de jeu sur les blogs, le "Tag de 7". Lucie, vous la connaissez sûrement aussi si vous venez depuis un petit temps chez moi, c'est le blog "Clavier bien tempéré" dont vous pouvez trouver le lien en première place dans la colonne de gauche.

    Ce n'est que la deuxième fois qu'on m'envoie ce genre de défi, et puis, venant de Lucie, n'est-ce pas, ça méritait mon attention. Je lui ai demandé si c'était d'accord pour que j'attende jusqu'au 7 juin, histoire de tomber dans la rubrique ad hoc. Elle était d'accord, donc me voici:

    1- Remercier la personne qui vous a donné ce prix.

    Merci Lucie d'avoir résolu à ma place la question "Que vais-je mettre au numéro 7 du mois de juin"? Bisou

    2- Mettre le logo sur votre blog.






    Vous m'en voyez très honorée Cool

     

    3- Mettre le lien vers la personne qui vous l'a envoyé.

    La page où Lucie répond elle-même au tag de 7 se trouve ici:   http://lucierenaud.blogspot.com/2011/05/tag-de-7.html

    4- Dévoiler 7 choses sur nous.

    Voilà l'étape la plus difficile! Il me semble que petit à petit, j'ai déjà à peu près tout dit de moi sur ce blog.

    1- Dans la rubrique "E comme expert" ou au tag "expert", vous trouverez de nombreux exemples de mes bêtises.

    2- Il y a sûrement un billet parmi mes "souvenirs d'enfance" où j'exprime le regret d'avoir reçu un "non" catégorique et définitif à ma demande, à l'âge de huit ans, de pouvoir suivre des cours de musique.

    3- Je ne me suis jamais considérée comme étant sportive. Pendant toute mon enfance et ma jeunesse, je n'ai pu m'inscrire à aucun club sportif. Cependant je "bouge" plus que la plupart de mes collègues et amies. Rien de glorieux, juste de la marche et de la natation. Et depuis trois ou quatre ans, sur les conseils de la kiné, du vélo d'appartement Clin d'œil et des abdominaux matin et soir. Depuis, j'ai moins de problèmes de dos.

    4- Je ne me suis jamais maquillée ni teint les cheveux et n'ai pas non plus l'intention de le faire. C'est vers l'âge de 35 ans que j'ai définitivement dit adieu aux cheveux longs. Ma coupe courte sèche toute seule et ne nécessite même pas le peigne. De plus, elle me permet de vous parler régulièrement de Francis, mon coiffeur-philosophe  Cool

    5- Je suis nulle en shopping et horrifiée par le prix des vêtements. Je n'ai encore jamais dépensé plus de 65 € pour une paire de chaussures (c'était il y a trois ans - LOL). Par contre je peux facilement m'offrir pour 50 € de livres ou d'achats gastronomiques ou pour 500 € de soirées d'opéra à la Monnaie Sourire

    6- A 16 ans je passais en boucle la neuvième symphonie de Beethoven mais je ne connaissais pas Cat Stevens ni aucune des vedettes qui faisaient la joie de mes copines. A 18 ans, quand j'ai finalement pu aller à une soirée dansante, je suis rentrée au bout de deux heures et je n'ai plus jamais eu le courage de faire une seconde tentative. A 30 ans, toutes mes amies rivalisaient d'élégance et je me promenais encore en jeans et T-shirts comme une étudiante. C'est encore ma tenue préférée aujourd'hui et dans les conversations je ne suis toujours pas au courant des vedettes, qu'elles soient d'hier ou d'aujourd'hui.

    7- Ce n'est que depuis cinq ans que je me sens un peu moins "hors norme". J'ai tout de même fini par rencontrer des gens qui sont un peu comme moi. Il a fallu pour cela qu'arrive ce cataclysme de la séparation d'avec l'homme-de-ma-vie.


    5- Nommer 7 blogs qui devront faire comme vous…
    Je n'ose imposer ce petit jeu à personne. Il y a de mes amis blogueurs à qui cela ne me semble pas convenir: Marine ne parle pas d'elle mais choisit des thèmes pris dans l'actualité, I a un blog d'artiste. D'autres ont un blog de photos ou de poésie. Puis il y a ceux qui l'ont déjà fait ou à qui on l'a déjà proposé. Alors quels noms pourrais-je suggérer?


    Je vous en prie, mesdames et messieurs qui passez par ici, si le coeur vous en dit, allez-y! Et faites-moi savoir que vous aimeriez participer, je mettrai un lien vers votre blog. Venez nombreux Clin d'œil


    6- Mettre le lien des 7 blogs.
    Je le ferai dès que j'aurai des amateurs... Tous les liens sont déjà dans la colonne de gauche.

    7- Prévenir les personnes concernées…
    Je considère que c'est fait.

  • E comme Edmond

    Le billet aurait pu commencer ainsi:

    J'ai bien connu mon arrière-grand-père, puisqu'il a vécu 95 ans.

    Ou plutôt ainsi:

    J'ai bien connu mon arrière-grand-père, puisqu'il vivait avec mes grands-parents et que c'est là que moi aussi j'étais la plupart du temps.

    J'aurais également pu écrire un "J comme Je me souviens", mais la lettre J est prise pour un certain temps par mes lectures de Jacqueline Harpman Clin d'œil:

    Je me souviens que mon arrière-grand-père était assis au coin de la table et qu'il fumait la pipe.
    Je me souviens qu'à l'âge de cinq ans je pouvais passer des heures sur ses genoux. Et même encore après.
    Je me souviens de sa patience à jouer inlassablement aux cartes avec moi: chacun pose une carte, celui qui a la plus élevée empoche les deux et ainsi de suite jusqu'à ce qu'un des joueurs n'ait plus rien.
    Je me souviens de ma fierté quand il me laissait déposer les graines de haricot blanc dans le petit sillon qu'il avait creusé. Je croyais l'aider.

    ***

    Et puis il y a eu le défi 151 dont le titre était: Souvenirs de voyage.

    C’est une vieille photo en noir et blanc, une petite photo de l’après-guerre. Elle a de larges bords blancs et dentelés.

    Ma mère est  une toute jeune fille. Elle est à Knokke-le-Zoute avec ses parents. La famille endimanchée se promène sur la digue. Ma mère sourit entre ses deux parents et on voit qu’ils marchent d’un bon pas.

    Un peu en retrait, on aperçoit une haute silhouette masculine, un homme en costume sombre, et qui ne sourit pas pour la photo. C’est mon arrière-grand-père.

    C’est la première fois qu’il voit la mer.

    ***

    Le voici chez le photographe avec sa femme et sa fille, ma grand-mère Adrienne, peu avant la guerre de 14. Sa femme avait un frère "en Amérique" à qui la famille envoyait une photo tous les cinq ans Sourire

    Adrienne1.jpg_edited.jpg


  • D comme divination

    La semaine dernière, ma banque m'a envoyé un petit courriel. L'entrée en matière était de l'optimisme naïf de celui qui semble avoir découvert la chose de fraîche date: notre durée de vie s'allonge!

    De gemiddelde levensverwachting van de Belg stijgt.

    Voilà qui est fort bien, m'écrivent-ils, nous pourrons donc profiter plus longtemps de la vie!

    Au deuxième paragraphe, les intentions se précisent: ai-je déjà pensé à ma retraite? Suis-je bien en train de la préparer? Et puis surtout: suis-je bien consciente de ce que sera ma situation financière à ce moment-là?

    Weet u hoe uw financiële situatie er na uw pensionering uitziet?

    Bien sûr que non, je cueille les roses de la vie sans me soucier des lendemains qui (dés)enchanteront mes nombreux anniversaires futurs!

    Qu'à cela ne tienne! avec leur simulateur de longue vie (Langer Leven-simulator) je pourrai éclaircir la situation et je saurai enfin à quoi m'en tenir sur mon avenir financier!

    Allons-y donc pour un petit exercice de simulation. Je clique sur le lien offert.

    Première question: combien d'années comptez-vous vivre?

    Bien sûr, ce n'est pas ainsi qu'elle est posée, mais on vous demande tout de même d'évaluer jusqu'à quel âge vous pensez vivre. J'ai donc décidé que je mourrais à 85 ans Sourire. Selon les statistiques, me dit le simulateur, j'ai en effet 71% de chances d'atteindre ma 85e année. Parmi mon ascendance, seul mon arrière-grand-père Edmond a réussi à faire mieux. Mais ma mère a la ferme intention de le surpasser.

    Deuxième question: à quel montant s'élèvent vos épargnes et quel taux de rendement espérez-vous en recevoir?

    Moi qui ne sais même pas quel taux me donne ma banque en ce moment sur mon propre compte! J'aurais dû engager une madame Soleil avant de commencer ce test, c'est clair comme une boule de cristal!

    Par la suite, presque toutes les questions sont du même genre divinatoire, car je ne sais pas non plus à quel âge je pourrai prendre ma retraite ni à quel montant elle s'élèvera. Les réglementations changent chaque année. Sans parler des surprises que nous réservent encore les crises financières européennes ou internationales.

    Conclusion: je complète tout de même des données ici et là, soupesant ma petite bourse, évaluant ma consommation...

    A la dernière page de l'exercice de simulation, on me dit que je pourrais m'en tirer jusque vers 2035 mais que bien sûr j'aurais besoin de conseils avisés de la part de ma prévoyante (et clairvoyante?) banque-extra-lucide.

    Comment n'y avais-je pas pensé moi-même! Langue tirée

  • C comme Chokotoff

    Nous l'appelions Chokotoff parce qu'il portait toujours le même costume brun, hiver comme été, luisant aux coudes à force de s'appuyer à son banc. La cravate aussi était brune.

    Nous étions trop gentilles, jusque dans le choix de nos surnoms pour les profs que nous n'aimions pas. Dans "chokotoff", il y a "tof", ce qui veut dire chouette.

    Il n'était pas chouette. Il était notre prof de néerlandais, d'anglais et d'allemand. Un germaniste, donc. Un misogyne ayant fait presque toute sa carrière dans une école de filles. Aussi ne sortait-il jamais de sa classe pour frayer avec ses collègues. Presque toutes des femmes. Il n'allait jamais dans la salle des profs et à la pause de midi, il mangeait sa tartine enfermé dans son local.

    ***

    Quand le défi 149 a proposé le thème "fragilité", j'ai tout de suite pensé à lui. Voici pourquoi:

    Fragilité

    « Frailty, thy name is woman ! »

    Notre prof d’anglais nous faisait découvrir Hamlet et il tenait visiblement à nous réciter ce passage: il détachait nettement les syllabes en nous regardant droit dans les yeux, l’une après l’autre, un début de sourire sarcastique aux lèvres, attendant nos réactions.

    Nous étions en Terminale et c’était la fin des années 70. A la différence de nos mères, nous voulions avoir un travail ET des bébés. Et voyager. Et faire nos propres choix.

    Nous avions 17 ans et la hâte d’acquérir notre indépendance.

    « Frailty, thy name is woman ! », répéta-t-il  avec encore plus d’insistance. Mais nous gardions le nez dans nos livres. Non, nous ne réagirions pas à cette énième provocation de sa part : nous connaissions son point de vue, il connaissait le nôtre, tout avait déjà été dit :

    « Hahaha ! vous croyez ça ? » s'était-il moqué de nous alors que nous évoquions nos rêves d’avenir…  « Vous verrez, un jour vous serez toutes de braves petites bourgeoises ! »

    ***

    Et pourtant!

    Le plus fragile de l'histoire, c'était probablement lui.

    Lui que j'ai vu pleurer dans son bureau, bien des années plus tard, alors que j'étais devenue sa collègue, que l'école était mixte depuis plusieurs années, et qu'il s'était fait drôlement remettre à sa place par les élèves des années 90.

    Qui n'étaient pas aussi gentils que nous Langue tirée

    chokotoff.gif

    Au cas où il y aurait un copyright, la photo du chokotoff vient de ce site de vente en ligne: http://www.chockies.net/COTE-DOR-Chokotoff-caramel-au-chocolat-25-kg

  • B comme bleu

    C'était samedi soir, aux nouvelles sur la première chaîne flamande. Un reportage montrait les dégâts de la sécheresse et donnait la parole à quelques fermiers, images à l'appui: terre poudreuse, pommes de terre de petit calibre, semis ratés, plantations qu'il est impossible de faire, herbe qui ne pousse pas, bêtes qu'il faut abreuver...

    - Et le maïs! dit un homme. Vous avez vu le maïs? Il est bleu de stress!

    Alors le dimanche matin je suis allée prendre des photos des champs de maïs tout près d'ici.

    010 - kopie.JPG

    beaucoup de feuilles ont des bords bleutés, violets ou rouge brun...
    certaines sont en effet carrément bleues, comme ci-dessous:

    012 - kopie.JPG

    - Il peut pleuvoir, me dit une amie, mais pas dimanche, j'ai un barbecue.

    - Il peut pleuvoir, me dit une autre, mais pas vendredi, les enfants vont en voyage scolaire.

    - Il peut pleuvoir, me dit une collègue, mais pas samedi, on a un mariage.

    etc.

    - Il faudrait qu'il tombe une pluie fine pendant au moins trois jours, avait dit une fermière au JT.

    Je crois bien que le maïs restera bleu.

  • A comme Adrienne

    La société locale avait accueilli Serge en beau parti. On l'invitait le dimanche. Il fréquenta les familles dont les maisons s'alignaient en bordure du Prado et s'appropriaient ce dont Marseille est le plus avare : l'ombre des arbres. [...]
        Un ancien représentant en parfumerie qui avait occasionnellement veillé sur ses intérêts, convoqué en hâte, fut chargé de trouver un logement dans un quartier convenable. Plusieurs solutions avaient été envisagées. Saint-Giniez ? "Trop loin..." La rue Paradis ? "Trop triste..." Du côté de la Préfecture ? "Trop sombre." Adrienne mettait autant de passion à repousser les suggestions qui ne lui convenaient pas que s'il s'était agi de choisir cet appartement pour elle-même.
        A quelques heures de son départ, elle avait arrêté son choix sur deux chambres et une terrasse tout en haut d'une vieille maison de la rue Venture. La concierge accepterait d'autant plus volontiers d'assurer le ménage qu'elle logeait sur le même palier, Marseille offrant, entre autres particularités, celle d'installer ses rares concierges sous les toits.
        "Excellent", dit Adrienne en s'animant.
        Le représentant en parfumerie fit remarquer que la rue n'était guère passante, ce qui permettrait à Serge d'étudier au calme. La faculté où il avait pris ses inscriptions était à quelques minutes de marche. A deux pas aussi la rue Saint-Ferréol, ses élégances , son chemisier bien, et surtout Castelmuro, le seul salon de thé où donner rendez-vous à une demoiselle bien sans la compromettre. Enfin une plaque apposée sur une maison voisine rappelait que Stendhal avait logé rue Venture.
        "Fameux, vraiment fameux...", dit encore Adrienne.
        Elle disait ça sans l'ombre d'ironie. Comme si elle s'apprêtait à gober d'un trait Castelmuro, le chemisier, Stendhal et la concierge.

    Edmonde Charles-Roux, Elle, Adrienne, Grasset, 1971

    ***

    Longtemps mon grand-père a voulu faire construire une maison moderne dans un quartier neuf.
    Mais jamais ma grand-mère Adrienne n'a voulu quitter la maison de son enfance.
    C'est là qu'elle voulait vivre et mourir.

  • Première cause

    "La cause n°1 de décès chez le nouveau-né, c'est le retard de croissance intra-utérin, parce que les femmes boivent, fument, se droguent ou cessent de bouffer. Chez le nourrisson et le petit enfant, c'est l'accident domestique, il est tombé de sa table à langer; chez le grand enfant, c'est l'accident de voiture, on l'avait pas attaché; chez l'adolescent, c'est le suicide, on aurait jamais imaginé.
    Après ça, qui aura le front de dire que le milieu familial, ça n'est pas mortel?"

    Martin Winckler, La maladie de Sachs, P.O.L., 1998, p. 264

    Ames sensibles, ne vous laissez pas influencer par le ton de ce passage, si moi j'ai pu terminer ce livre, tout le monde le peut Clin d'œil

    Et quand je dis "pu terminer", les mots sont inadéquats. Il faudrait dire "lu avec fièvre" (lol, chacun sa maladie).

    Mais ce passage, je voulais le citer, parce qu'il est tellement vrai... dans les statistiques, bien sûr, mais aussi dans notre vécu à nous tous. Dans le mien, en tout cas.

    Une de mes nièces est morte ainsi, éjectée de la voiture familiale, parce que ni son père ni sa mère ne trouvaient la ceinture de sécurité une invention utile.