• Dernière promenade à Ostende

    Oostende juli 2011 007 - kopie.JPG

    Ce n'est pas parce que le temps est gris à l'intérieur du pays qu'il l'est aussi à la côte.
    Comme le répétait souvent ma belle-mère: à Ostende, il ne pleut jamais! les nuages sont emportés par le vent et la pluie tombe un peu plus loin Clin d'œil
    Malheureusement, son message n'est pas parvenu aux foules, qui étaient donc restées dans un Bruxelles sans doute fort gris en cette belle journée ostendaise ensoleillée...

    Oostende juli 2011 009 - kopie.JPG

    La température de l'eau était identique à celle de l'air: on a donc moins froid dans l'eau qu'en dehors de l'eau (tous les Ostendais vous le diront)

    Oostende juli 2011 012 - kopie.JPG

    les jolies dunes de Bredene

    Oostende juli 2011 013 - kopie.JPG

    Oostende juli 2011 015 - kopie.JPG

    ah! j'aime la mer Cool

  • Z comme Zedda

    - Maestro Zedda è presente questa sera! annonce fièrement le directeur de ce cycle de conférences philologiques auxquelles j'étais allée à Pesaro.

    Maestro Zedda, mais qui est ce monsieur? me demandai-je...

    Ce soir-là, il s'agissait de philologie musicale et de la question de "la version authentique" du Barbier de Séville de Rossini. Un des problèmes étant, par exemple, que Rossini lui-même a produit de nombreuses variantes ou adapté livret et partition aux circonstances. Comme tant d'autres compositeurs, me direz-vous.

    J'appris que maestro Zedda est l'auteur de la première édition critique du manuscrit de Rossini, publié en 1968. Vous comprendrez donc qu'il n'est plus tout jeune. J'appris aussi que c'est son édition qui a été mise en scène par Jean-Pierre Ponnelle en 1969 et - tenez-vous bien - que c'est cette mise en scène de Ponnelle qu'on joue encore aujourd'hui à la Scala de Milan. Je plains les Milanais comme j'ai plaint les Véronais à qui on sert du Zeffirelli depuis quarante ans... Mais sans doute qu'il n'y a que des touristes de passage et que les amateurs d'opéra et de créativité viennent à la Monnaie Langue tirée

    Rentrée chez moi, j'ai fait mes recherches avec mon ami g**gl*. Maestro Alberto Zedda est spécialiste de Rossini, lié à l'académie rossinienne de Pesaro et né en 1928. Mais apparemment toujours actif. Ci-dessous, un lien vers un article fort élogieux pour une de ses prestations au Vlaamse Opera en décembre dernier:

    http://www.rtbf.be/culture/scenes/%C2%AB-ssemiramide-%C2%BB-voix-ravageuses-decor-ravage-zedda-super-maestro/

    Faudra-t-il que je prenne aussi un abonnement au Vlaamse Opera?

    Clin d'œil

    "Begin maar te sparen"(1), aurait dit ma grand-mère Adrienne...

    Et justement, pour la saison à venir, il y a un opéra de Rossini au programme, Il viaggio a Reims, avec au pupitre maestro Alberto Zedda!

    http://vlaamseopera.be/nl#!/seizoen-2011-2012/il-viaggio-a-reims?mode=overlay

    ***

    (1) commence par épargner

  • Y comme Yvonne

    « Je vous vois ! Je vous vois ! » crie à tout hasard Yvonne sur la terrasse. « Elle ne voit rien du tout, – ricane Pascal. – Nous allons bien nous moquer d’elle. »

    Suzanne frémit. Il a touché du premier coup à ses plus mauvais sentiments. Elle est heureuse. Il la comprend. « Oui, – dit–elle, – nous serons horribles avec Yvonne... »

    Louis Aragon, Les voyageurs de l'impériale, Folio n°120

  • X, l'incognito

    Je ne sais pas comment font ceux qui mènent une double vie: moi, je n'arrive pas à me déplacer sans qu'il y en ait des témoins.

    Que j'aille à Courtrai, à Gand, à Ostende, à Bruxelles ou même à Paris, je croise un(e) collègue, le mari d'une amie, un(e) ancien(ne) élève, un neveu ou une nièce et même un jour l'ex-femme de mon frère, qui habite pourtant à 850 km de chez moi.

    En racontant la chose dimanche dernier à ma carissima nipotina, je me suis rendu compte de la simplicité de l'explication à donner à ce phénomène: c'est que je voyage en train.

    Les gares, les quais, les wagons de train sont donc à éviter si on veut voyager incognito.

    Ce qui, heureusement, n'est pas mon cas Cool

    voyage,hasard,wagon de train

    Ostende, le week-end dernier

  • W comme wagon de train

    Oui, il y a encore des certitudes. Des choses immuables et par là même rassurantes.

    Ainsi, je vous le dis, il est toujours "pericoloso sporgersi" quand on est dans un wagon de train italien. En tout cas, dans un de ces wagons qui roulent sur la ligne Ancona-Pesaro.

    Voilà qui aurait plu à mon père, dont c'était l'une des trois phrases qu'il connaissait dans cette langue. Les deux autres étant "La donna è mobile" et "Se non è vero, è ben trovato".

    C'est surtout cette dernière qu'il utilisait fréquemment et je crois bien que j'ai hérité de son scepticisme Cool

    wagon de train,père,voyage,italie,pesaro

    le train quitte la gare de Falconara Marittima et va tout le temps longer la côte: il y aura de quoi se rincer l'oeil car c'est sur ces blocs de pierre entre la voie ferrée et la mer que des messieurs entretiennent leur bronzage intégralLangue tirée

  • V comme voyage

    Un de mes lecteurs, qui se reconnaîtra et que probablement certains d'entre vous reconnaîtront également, a déjà écrit plusieurs fois que s'il ne tenait qu'à lui, il ne partirait jamais en voyage et que s'il le faisait malgré tout, c'était uniquement pour faire plaisir à son épouse. J'y reconnais la sagesse de ma grand-mère Adrienne...

    Quant à moi, je ne suis pas de cette essence, et je ressens un grand besoin, de temps à autre, d'aller voir ailleurs: d'autres horizons, d'autres cuisines, d'autres odeurs, d'autres expériences...

    J'aime aussi retourner dans un endroit que j'ai déjà visité, j'aime le rendre encore un peu plus "mien" et éprouver le plaisir de la reconnaissance: se reconnaître dans un dédale de rues, retrouver l'ambiance d'un bar, le goût d'un plat. Un sourire, une voix, un accent.

    Aussi ai-je été fort heureuse de lire ces mêmes sentiments dans un extrait de texte de Nicolas Bouvier donné au bac de français en juin dernier aux lycéens de Washington:

    http://www.rochambeau.org/enseignement/examens/bac/bac2011/sujets.html

    La fin du jour est silencieuse. On a parlé son saoul en déjeunant. Porté par le chant du moteur et le défilement du paysage, le flux du voyage vous traverse, et vous éclaircit la tête. Des idées qu'on hébergeait sans raison vous quittent; d'autres au contraire s'ajustent et se font à vous comme les pierres au lit d'un torrent. Aucun besoin d'intervenir; la route travaille pour vous. On souhaiterait qu'elle s'étende ainsi, en dispensant ses bons offices, non seulement jusqu'à l'extrémité de l'Inde, mais plus loin encore, jusqu'à la mort.

    À mon retour, il s’est trouvé beaucoup de gens qui n'étaient pas partis, pour me dire qu'avec un peu de fantaisie et de concentration ils voyageaient tout aussi bien sans lever le cul de leur chaise. Je les crois volontiers. Ce sont des forts. Pas moi. J'ai trop besoin de cet appoint concret qu'est le déplacement dans l'espace. Heureusement d'ailleurs que le monde s'étend pour les faibles et les supporte, et quand le monde, comme certains soirs sur la route de Macédoine, c'est la lune à main gauche, les flots argentés
    de la Morava à main droite, et la perspective d'aller chercher derrière l'horizon un village où vivre les
    trois prochaines semaines, je suis bien aise de ne pouvoir m'en passer.

    Nicolas BOUVIER, L'Usage du monde, 1963

    bouvier.jpeg

    Je repars le 23 août Cool

  • U comme uno

    Le vendredi soir, c'est "dîner de gala", à l'hôtel. En tout cas, c'est ce qui était affiché et annoncé.

    Drôle de jour, me dis-je, pourquoi le vendredi soir? Mais je comprends le lendemain matin en voyant l'effervescence qui règne dès 6.30 h. et les montagnes de valises qui s'accumulent à l'entrée: pour beaucoup, c'est leur dernière soirée.

    "Dîner de gala", ça veut dire qu'il y a une petite bougie sur la table et qu'on reçoit deux "primi" au lieu d'un seul. De plus, je lis sur le menu qu'il y aura un buffet de desserts. Formidable Clin d'œil

    On a donc eu des moules (huit, exactement, je les ai bien comptées, comme Clément Marot ses quinze jours de Saint-Marry en l'église Saint-Pris), des strigoli con scampi et zucchini avec leur sauce rouge habituelle mais dans laquelle il y avait cette fois, vrai de vrai, quelques petits morceaux de crevette rose et même ici et là un petit dé de courgette (ah, vous ne me croyez pas? j'aurais dû prendre une photo!) et en plat principal du poisson con contorni e verdurine freschi, c'est-à-dire deux tranches d'oignon. (Hélas pour ma crédibilité, pas de photo de ça non plus)

    Puis arrive le buffet de desserts: une macédoine de fruits, des petits (petits petits) pots de crème et un grand gâteau qu'une serveuse était en train de découper en petits losanges.

    - Je voudrais de la macédoine et un petit pot de crème, dis-je au garçon.
    - E l'uno o l'altro, me répond-il sans rire.

    Pesaro 2011 002 - kopie.JPG

    à Pesaro, Le Globe, dans un petit parc face à la mer

  • T comme Test de la page 99

    Je sais, j'ai dit le mois passé que je trouvais ça tout à fait arbitraire (ah bon? j'ai dit idiot? OK) et pourtant je fais une deuxième tentative.

    T comme Tandem de Tentative de Test Clin d'œil

    Je voudrais te rejoindre dans l'idéal d'un art simple, accessible, qui charme d'abord, bouleverse ensuite. Comme toi, je crois que la science, le métier, l'érudition, la virtuosité technique doivent disparaître sous l'apparence d'un naturel aimable. Il nous faut plaire avant tout, mais plaire sans complaire, en fuyant les recettes éprouvées, en refusant de flatter les émotions convenues, en élevant, pas en abaissant. Plaire, c'est-à-dire intéresser, intriguer, soutenir l'attention, donner du plaisir, procurer des émotions, du rire aux larmes en passant par les frissons, emmener loin, ailleurs...

    Je vous le demande: croyez-vous que la page 99 soit plus concluante que l'incipit, s'il s'agit de vous donner une idée si le livre est dans vos cordes et si vous avez envie de le lire?

    Voici l'incipit:

    C'est lui qui a commencé notre correspondance.

    Un jour, pendant l'année de mes quinze ans, il m'a envoyé une musique. Elle a modifié ma vie. Sans elle, je serais mort.

    Depuis, je lui écris souvent, petits mots griffonnés au coin d'une table pendant l'élaboration d'un livre, ou longues missives rédigées la nuit lorsqu'un ciel dépourvu d'étoiles pèse au-dessus de la ville orangée.

    Quand ça lui chante, il me répond, lors d'un concert, dans le hall d'un aéroport, au coin d'une rue, toujours surprenant, toujours fulgurant.

    Eric-Emmanuel Schmitt, Ma vie avec Mozart, Albin Michel 2005

    incipit,littérature,mozart,lecture

  • Stupeur et tremblements de non superstitieuse

    Samedi dernier, je fais à ma mère l'éloge de ma kiné: grâce aux exercices qu'elle m'a appris, et que je fais consciencieusement tous les jours, je n'ai plus eu de gros problèmes de dos depuis un certain temps. Et bien sûr, ai-je ajouté, je fais très attention!

    J'aurais mieux fait d'ajouter le traditionnel "touchons du bois" parce que le lendemain dimanche, le gros problème de dos, je l'ai eu.

    PAF! Attrape ça, ma vieille! (1)

    Et sans que je sache pour quelle raison: je n'avais ni tondu la pelouse, ni trimbalé du bois à brûler, ni bêché le potager; j'étais peut-être restée trop longtemps assise devant mon ordi...

    Alors je vous le demande: faudra-t-il qu'en plus des exercices, j'apprenne à être superstitieuse?

    Que ne ferait-on pas quand on a mal comme ça, n'est-ce pas Incertain

    Même suis même prête à prier sainte Patience! (2)

    ***

    (1) "ma vieille", c'est le petit nom affectueux que nous nous donnions, ma meilleure amie et moi, quand nous avions 14 ou 15 ans...

    (2) "Sainte Patience, priez pour moi!" disait ma mère quand elle estimait qu'elle méritait la palme de cette vertu...

  • 22, je le jure!

    Vous n'allez peut-être pas me croire, ou dire que j'exagère, d'autant plus que j'avais annoncé que j'avais choisi Pesaro pour me reposer - rappelez-vous, mer, plage, bouquin, chaise longue - mais j'ai assisté à 22 concerts et conférences en quatre jours.

    le jeudi 7 juillet

    1.à dix heures, Giuseppe Pucci, sur les mythes fondateurs des cités
    2.à 11.30 h., Gabriele Lolli, sur les Lezioni americane d'Italo Calvino. J'ai acheté le livre.
    3.à quatre heures, Giusto Picone, pour présenter la revue en ligne http://www.dionysusexmachina.it et un livre sur le théâtre classique
    4.à cinq heures, Giovanni Brizzi et ses nouvelles analyses du bas-relief XIII de la colonne antonine
    5.à 21.00 h., concert d'examen final des étudiants au Conservatoire Rossini

    le vendredi 8 juillet

    6.à dix heures, Giulia Benelli, une conférence musicale: comment mettre en mussique les passions et les sentiments
    7.à 11.30 h., Marco Guidi et ses recherches sur Julien l'Apostat. J'ai acheté le livre.
    8.à quatre heures, Monica Longobardi présente ses 'jeux littéraires'
    9.à six heures, Maurizio Bettini et Remo Bodei parlent des mythes
    10.à 21.30 h., Maria Rosaria Valazzi sur le tableau représentant la cité idéale, La città ideale (Luciano laurana)

    le samedi 9 juillet

    11.à dix heures, Luciano Canfora et l'enquête quasiment policière sur le faux papyrus d'Artémidore d'Ephèse
    12.à 11.30 h., Fabrizio Bigotti sur la mémoire dans le monde antique
    13.à quatre heures, Andrea Moro, sur le verbe être: Breve storia del verbo essere
    14.à cinq heures, Giovanni Solimine et Gino Roncaglia sur l'avenir (papier ou électronique) du livre
    15.à six heures, Ritanna Armeni présente son livre Parola di Donna, pour lequel elle a choisi l'ordre alphabétique, ben tiens Rigolant
    16.à 21.30 h., Emilio Sala fait une conférence sur le Barbier de Séville (de Rossini, bien sûr Clin d'œil)

    le dimanche 10 juillet

    17.à dix heures, mini-congrès sur le lexique des passions et des arts
    18.à 11.30 h., je voulais aller écouter Madame Storia e lady Scrittura mais le précédent a duré jusqu'à midi
    19.à quatre heures, Pietro Trifone parle de son livre sur l'Italie "désunie" linguistiquement
    20.à cinq heures, Duccio Alessandri présente sa lecture du tableau de Piero delle Francesca, Flagellazione. Une lecture qui est la 42e tentative d'interprétation de ce tableau mystère...
    21.à six heures, Valeria della Valle et Giuseppe Patota présentent leur livre Viva la grammatica
    22.à 21.30 h., documentaire sur la vie de Carlo Bo, rector magnificus de l'université d'Urbino

    L'an prochain, si j'y retourne et si c'est organisé de la même façon, je pourrai aller jusqu'à 24 Cool

  • R comme Rossini

    A Pesaro, tout respire Rossini.

    Tout d'abord, bien entendu, parce qu'on y trouve sa maison natale:

    Pesaro 2011 010 - kopie.JPG

    l'adresse? rue Rossini!

    Sur la grand-place, la piazza del Popolo, le bâtiment des Postes, avec dans la niche de gauche la statue du maestro:

    Pesaro 2011 011 - kopie.JPG

    et le teatro Rossini:

    Pesaro 2011 043 - kopie.JPG

    orné d'affiches pour le festival Rossini

    Il y a bien sûr aussi le Conservatoire Rossini, l'accademia rossiniana, la bibliothèque rossinienne, le bar Rossini,...

    Et à la cathédrale, vous pouvez vous confesser à Rossini!

    Gino Rossini, parrocco.

    Authentique Innocent mais je n'ai pas osé prendre une photo de la plaquette avec son nom.

    Pesaro 2011 020 - kopie.JPG

  • Liste de 20 plaisirs de l'été

    L'idée vient de chez Captaine Lili, mais chez moi bien sûr ce sera alphabétique, je ne connais toujours pas de meilleure façon de classer les choses Clin d'œil

    http://captainelili.blogs.psychologies.com/vivre_avec_et_croire_enco/2011/06/plaisirs-d%C3%A9t%C3%A9.html

    Le bilan du 20 aura donc la forme d'une Liste des plaisirs de l'été. Aujourd'hui la première partie, suite et fin le 20 août:

    A comme achat compulsif d'une robe rouge, achat occasionné par l'ambiance du lieu, le beau temps, l'absence de stress... ou qui sait quoi encore?

    B comme baignade à 7.30 h

    C comme concerts et conférences

    D comme découverte d'un ailleurs

    E comme escapade, évasion du quotidien

    F comme fruits de l'été, melon, pastèque, pêche, abricot, framboise...

    G comme glaces et gelati: nocciola, tiramisù et fior di latte à la gelateria Astra, via Rossini

    H comme hôtel, lieu privilégié d'observation (voir à O)

    I comme Italie, bien sûr, même si j'y vais parfois en d'autres saisons

    J comme jeux interdits: sourire à des inconnus, mouiller sa robe en marchant dans la mer, lire jusqu'à "se fatiguer les yeux"

    bilan, voyage, Italie, Pesaro, amitié

    la plage à 7.30 h.

  • Question existentielle

    J'ai eu beaucoup de chance en décidant de séjourner à Pesaro et en choisissant les dates de ce séjour: je suis arrivée juste à temps pour pouvoir assister à toutes les conférences dans le cadre du Salone della parola qui se tenait du 7 au 10 juillet; le programme est ici http://www.oliveriana.pu.it/index.php?id=20114 et un reportage 'officiel' ici: http://www.youtube.com/watch?v=F8XJsLxc86Y

    J'ai eu du mal à choisir parmi toutes les propositions de conférences qui avaient lieu au même moment. Je ne me suis pas ennuyée une minute, tout était intéressant.

    Mais pourquoi, me suis-je souvent demandé, y a-t-il une si faible audience? Certaines éminentes personnalités ont parlé devant sept, quinze, trente personnes alors qu'il y aurait dû avoir la foule, vu l'intérêt de la chose.

    Pesaro 2011 012 - kopie.JPG

    ma chambrette avec sur le lit, le programme du 'Salone della Parola' et sur la table de nuit un petit livre acheté après être allée écouter son auteur, le journaliste Marco Guidi: Caro agli dei, Giuliano l'Apostata.

  • P comme Proust

    Quand Margotte a proposé de relire Proust, j'ai tout de suite accepté: ça fait très longtemps que je me dis que je devrais m'y mettre.

    Alors j'ai sorti mes exemplaires de la bibliothèque. J'ai constaté qu'il me manquait deux volumes. C'est embêtant, parce que j'ai l'intention de faire 'tout ou rien'.

    Puis j'ai vu cet article de l'Express: Quatre raisons de ne pas lire La Recherche cet été:

    http://www.lexpress.fr/culture/livre/4-raisons-de-ne-pas-lire-la-recherche-de-proust-cet-ete_1011195.html?xtor=EPR-618

    Je sais que "c'est de l'humour..." mais tout de même... Langue tirée

    ***

    Alors, chère Margotte, voici ce que j'ai déjà fait jusqu'à présent:

    1.sortir mes 6 volumes de la bibliothèque
    2.constater que la série est incomplète, garder le premier volume et remettre les autres à leur place, entre l'abbé Prévost et Raymond Queneau
    3.m'installer dans le fauteuil et feuilleter Du côté de chez Swann
    4.constater que la deuxième partie est très annotée au crayon, ce que j'ai dû faire à l'époque où je l'ai lu, en première ou en deuxième année à l'université, je ne sais plus très bien
    5.lire l'incipit: "Longtemps, je me suis couché de bonne heure." et sentir toute la fatigue de la journée me tomber dessus.
    6.refermer le volume en me demandant quand je trouverai le temps de relire "tout ça" d'ici le 23 septembre...

    Lecture commune - Proust.png


  • O comme opéra

    Quand je dis que j'ai appris l'italien grâce à l'opéra, je fais généralement sourire les gens. Ils croient à un trait d'humour.

    Pourtant, c'est vrai.

    C'est souvent grâce à l'opéra que je trouve le mot exact sans devoir le chercher.

    J'étais à Pesaro, via Rossini, où la vue d'une jolie robe rouge en solde m'a décidée à entrer dans un magasin. Elle était juste à ma taille mais il y avait des épingles dans l'ourlet. Grâce à Barberina, dans les Noces de Figaro, j'ai pu tout de suite sortir le mot 'spilla' à la vendeuse Clin d'œil

    http://www.youtube.com/watch?v=pYHwyGDyXxg&feature=related

    Parfois cependant l'opéra peut m'induire en erreur. Comme le jour où j'ai utilisé le mot 'mustacchi', appris dans Cosi fan tutte. Mais aujourd'hui on dit 'baffi' Rigolant

    http://www.youtube.com/watch?v=Pr2LBjN7K10

    voyage,italie,pesaro,italien,opéra,mozart

  • N comme nouilles

    Dans mon enfance, on ne mangeait pas de pâtes. La mode italienne n'était pas encore arrivée dans nos assiettes. Il y avait parfois des vermicelles dans la soupe, ou de ces petites nouilles en forme de lettres - je n'aimais pas la soupe mais j'aimais déjà l'alphabet Clin d'œil. Les macaronis, ma grand-mère les préparait en dessert, avec de la cassonade brune. Jusqu'à ce que mon frère et moi lui fassions découvrir les spaghetti à la bolognaise.

    La semaine dernière, dans mon petit hôtel avec pension complète, c'était des pâtes deux fois par jour. La forme variait, donc les appellations aussi, mais la sauce était immuablement rouge tomate.

    Vous remarquerez que je n'ai pas écrit "aux tomates".

    Premier jour: Sedanini alle canocchie. Les 'canocchie' sont probablement des animaux en voie de disparition: je n'ai pas eu l'occasion de voir à quoi ils ressemblaient.

    Appellations variées mais goût toujours identique, même la fois où c'était pomodoro e basilico, vu qu'il n'y avait pas un gramme de feuille de basilic dans la sauce rouge tomate. Puis il y a eu les 'tortelli', qui étaient une sorte de ravioli, des 'strigoli', des 'farfalline' au saumon... mais où était le saumon? Le jour d'avant, l'énoncé était plus honnête: spaghetti al profumo di granchio car en effet, de crabe il n'y avait que le parfum... à condition d'avoir le nez imaginatif!

    Mezze penne, gnocchi sardi, mezze maniche... tout le catalogue du fournisseur y est passé.

    Et le seul jour où je n'ai pas mangé à l'hôtel, devinez ce que j'ai eu?

    Des pâtes.

    All'amatriciana Langue tirée

    Pesaro 2011 037 - kopie.JPG

    c'était là, le dernier jour, à Urbino, sous la tonnelle chez Franco

  • M comme mer

    Dès que nous étions installés dans l'avion, le pilote nous a accueillis en nous prévenant gentiment que nous aurions un choc en arrivant à Charleroi: il y ferait 22 degrés de moins!

    Nous avions en effet des jours caniculaires en Italie, ils appelaient ça avec leur emphase habituelle "un caldo africano", et précisément en Belgique à notre arrivée il faisait la journée la plus froide de juillet depuis des années.

    Alors dès le lendemain de mon retour, en regardant les photos prises sur l'Adriatique, j'ai de nouveau eu une envie de mer Cool

    Pesaro 2011 003 - kopie.JPG

    avec les jolis bleus

    Pesaro 2011 006 - kopie.JPG

    la transparence de l'eau

    Pesaro 2011 018 - kopie.JPG

    et la plage pour moi seule

    ***

    à condition bien sûr de ne pas regarder de l'autre côté Langue tirée

    voyage, Italie, Pesaro, mer

  • L comme le livre qui a marqué votre enfance

    Le jeu est proposé par Martin Winckler sur son site http://wincklersblog.blogspot.com/: Quel est le livre qui a marqué votre enfance?

    Le mien commençait ainsi:

    Tout était en l'air au château de Fleurville. Camille et Madeleine de Fleurville, Marguerite de Rosbourg et Sophie Fichini, leurs amies, allaient et venaient, montaient et descendaient l'escalier, couraient dans les corridors, sautaient, riaient, criaient, se poussaient. Les deux mamans, Mme de Fleurville et Mme de Rosbourg, souriaient à cette agitation, qu'elles ne partageaient pas, mais qu'elles ne cherchaient pas à calmer; elles étaient assises dans un salon qui donnait sur le chemin d'arrivée. De minute en minute, une des petites filles passait la tête à la porte et demandait: "Eh bien, arrivent-ils?

    - Pas encore, chère petite, répondait une des mamans.

    - Ah! tant mieux, nous n'avons pas encore fini."

    Et elle repartait comme une flèche.

    "Mes amies, ils n'arrivent pas encore; nous avons le temps de tout finir."

    ***

    La lecture m'était interdite, mais un jour une ancienne collègue de ma mère m'a offert toute sa collection de la comtesse de Ségur, parue chez Hachette vers 1930. Cet incipit, que je connaissais par coeur jusqu'à la troisième page, tellement je l'avais lu et relu, est celui des Vacances.

    Je me souviens que dès les premières lignes, j'ai été subjuguée: cette lecture avait pour moi tout du conte de fées sans en être un cependant. J'apprenais beaucoup de choses, et pas seulement du vocabulaire, comme le mot 'vaisseau' ou 'poltron' ou 'brodequins'. Ils ne m'étaient pas très utiles dans la vie courante mais ils m'enchantaient. En particulier, les 'brodequins' de mademoiselle Tourneboule Clin d'œil

    Ce que j'apprenais surtout, c'est qu'il existait des maisons dans lesquelles il était permis de courir. De rire à haute voix. De sauter. Qu'il existait des mamans qui s'adressaient à leur fillette en l'appelant "chère petite". Que parents et enfants faisaient des activités amusantes ensemble. Ils allaient pêcher des écrevisses. Cueillir des fraises des bois. Construire des cabanes.

    Et puis il y a cette merveilleuse histoire du naufrage et comme dans l'Avare de Molière, que je n'ai lu que beaucoup plus tard, bien sûr, toute une famille est à nouveau réunie, madame de Rosbourg et Marguerite retrouvent leur père, capitaine de vaisseau naufragé, et Sophie retrouve son cousin Paul qui a lui aussi été sauvé du naufrage et adopté par le capitaine.

    Je ne me souviens plus si bien du long récit de leur séjour sur l'île (hahaha il faudra que je relise Les vacances pendant les vacances Cool) mais je me souviens que ce livre m'a enchantée et m'a apporté beaucoup d'émotions à chaque fois que je le relisais.

    Je me souviens bien aussi de la fin, absolument digne d'un conte de fée, puisque l'auteur nous rassure en nous disant que chacun des enfants de l'histoire a trouvé l'époux qu'il lui fallait: Sophie épouse Jean, Marguerite épouse Paul et une petite soeur naît encore juste à point chez les de Rosbourg pour devenir l'épouse de Jacques.

    Et Léon le poltron? Il devient glorieux général de l'armée et se retire couvert de panache à l'âge de 40 ans.

    Je me disais que 40 ans, c'était bien vieux Clin d'œil

    lecture,souvenirs d'enfance,vive la famille

    mon exemplaire date de 1930 et est illustré par A. Pécoud

    ***

    C'est après la lecture de ce livre que j'ai pris du papier et un crayon pour me mettre à la rédaction de mon premier manuscrit. Je me suis assez vite rendu compte qu'écrire un livre, c'était un gros gros travail. D'autant plus que c'était moi aussi qui faisais les illustrations Langue tirée

    Son titre: Les vacances.

    Et j'ai fait plus fort que Romain Gary: j'ai signé mon oeuvre

    Comtesse de Ségur née Rostopchine

     

     


  • K comme Krapoverie

    Défi krapovien

    Que feriez-vous avec ces neuf prénoms : Josiane, Eliane, Maryvonne, Marie-France, Arlette, Dominique (la femme), Anne-Françoise, Henry et Dominique (l’homme), sachant que ces personne se réunissent hebdomadairement dans une salle nommée « Mandoline » ? Après les chapitres 1, 2, 3 et 4 vous trouverez le cinquième, inédit Langue tirée

    ***

    Arlette et Henry sont mariés depuis plus de 40 ans. Ensemble.

    Lui est un gars d’Ostende, élevé au turbot poché sauce hollandaise et au rôti de bœuf en croûte. Elle une fille du Limbourg, là où on a, comme disent les blagues belges, (les vraies, les nôtres) tout récemment encore dégusté un missionnaire.

    Au début de leur mariage, Henry lui pardonnait ses pommes de terre trop cuites, ses légumes à l’eau, sa viande déshydratée et ses sauces … euh … passons, ça vaut mieux.

    Puis ils sont venus s’installer à deux ou trois kilomètres de la maison de ses parents. Arlette et la mère d’Henry ont vite compris, chacune de leur côté, que si elles voulaient sauver ce mariage, il faudrait inculquer à la belle-fille quelques notions culinaires de base.  Arlette a donc appris à cuire un poisson sans qu’il se décompose et à faire un beurre fondu sans le brûler. Et si Henry voulait de la sauce hollandaise ou un beurre blanc, ils allaient tout bonnement manger chez sa mère : Arlette n’en faisait pas un complexe, car elle avait – disait-elle – d’autres qualités.

    Trois enfants sont nés, qu’on a nourris comme on nourrit les enfants, de lait, de tartines, de soupes et de spaghetti bolognaise. Quand Henry réclamait des croquettes aux crevettes, Arlette rétorquait que ce n’était pas avec ça que l’appétit de leurs ados serait satisfait, que de toute façon les crevettes grises étaient hors de prix et qu’elle avait prévu un pot-au-feu.

    ***

    Eliane est née dans une petite ferme du Velay. Josiane est sa sœur cadette et Maryvonne leur aînée. Maryvonne est grande et forte mais les petites sont d’apparence si fragile qu’elles font soupirer leurs père et mère, le soir, quand ils les voient picorer dans leur assiette de soupe au pistou.

    Elles ont connu une enfance dure, avec le travail de la ferme où les bras masculins manquaient. Elles ont quitté l’école à quatorze ans, sans aucune qualification. Elles se sont mariées jeunes, ont eu des enfants.

    Puis Josiane a commencé à avoir des problèmes rénaux. De graves problèmes, qui l’ont menée jusqu’au calvaire de la dialyse de plus en plus fréquente. Au bout de quelques années, il a fallu se rendre à l’évidence : seule une greffe pourrait encore la sauver.

    Comme la liste d’attente était fort longue – et l’état de santé de Josiane fort précaire – c’est la fragile Eliane qui a offert un rein à sa sœur. Il est vrai qu’elles étaient bien compatibles, mais l’opération était tout de même loin d’être évidente.

    Eliane s’est bien remise de l’intervention. Josiane essaie de vivre chaque jour comme s’il était le premier – ou le dernier – et de ne pas trop culpabiliser à chaque signe de rejet de la part de son corps envers ce don qu’on lui a si généreusement fait.

    ***

    - Dominique !!!

    Quelqu’un m’appelle, se dit Dominique. Elle se retourne et lance un « oui ! » en même temps qu’une autre voix, une voix mâle, fait un « Quoi ? » en direction de celui qui a crié son nom.

    C’est comme ça qu’ils se sont rencontrés, Dominique et Dominique, à la soirée organisée par leurs écoles respectives, celle des filles, celle des garçons, pour fêter la fin de leurs études secondaires.

    C’était il y a trente ans. Et depuis trente ans, ils s’amusent chaque fois qu’ils se présentent à quelqu’un et aperçoivent cet instant d’étonnement et d’incompréhension dans les yeux de leur interlocuteur interloqué:

    - Bonjour ! Moi c’est Dominique.
    - Bonjour ! Moi c’est Dominique.
    - ... ?

    Leur prénom les a réunis : ils sont allés à la même ville universitaire, se sont revus, se sont mariés, ont eu deux filles. Aujourd’hui, leur couple bat de l’aile. Avoir un prénom en commun, ce n’est pas un ciment suffisant ni le garant d’une union bien assortie. Elle le trouve pingre, pointilleux, maniaque, vétilleux. Il lui reproche de préférer son travail à son intérieur et de vouloir mener sa vie à sa guise.

    ***

    Le père de Marie-France est chauffeur de poids lourds, mais il s’est mis à boire et a perdu son travail. Depuis, sa mère fait des ménages.

    Une rue plus loin, il y a Anne-Françoise. Elle a une mère au foyer et un père représentant de commerce.

    Elles font route ensemble pour aller à l’école. Chaque midi, Anne-Françoise entre un instant chez Marie-France.  Là, il y a une télé et elle est toujours branchée sur la première chaîne, pour les émissions enfantines. Chez Anne-Françoise, il n’y a pas de télé.

    Au coin de la rue, avant d’entrer à l’école, Marie-France va s’approvisionner au magasin de bonbons : chaque midi elle dispose d’une piécette qui lui permet un grand choix de friandises. Parfois sa maman donne aussi une pièce à Anne-Françoise, qui ne reçoit jamais de bonbons.

    A douze ans, Marie-France est allée dans une école professionnelle : son milieu familial offrait la télé et les bonbons, mais pas des études pour les filles. A seize ans, elle était déjà au travail dans une grande surface.

    A seize ans, Anne-Françoise étudiait le latin et le grec et écrivait de longues lettres hebdomadaires à son amie d’enfance. La télé ou les bonbons n’étaient toujours pas entrés dans son univers familial.

    Elles ont cinquante ans aujourd’hui, se voient deux ou trois fois par an et s’écrivent aux fêtes et aux anniversaires.

    ***

    Le fils cadet d’Arlette et Henry, un grand gamin rieur aux yeux bleus et aux boucles blondes, a rencontré Valérie, la plus jeune fille d’Eliane, alors qu’il passait le mois d’août à faire du camping dans le sud de la France.  Il partageait une canadienne avec un copain, Valérie un igloo avec une copine. Vous devinez aisément la suite. A la fin des vacances, ils n’ont plus voulu se quitter.

    Eliane n’était pas follement heureuse du choix de sa cadette : ce grand dadais de Belge, était-ce bien là ce qu’il fallait à sa frondeuse de fille ? Mais il avait rapidement trouvé du travail dans la région et les deux jeunes gens s’étaient mis en ménage.

    Chez Arlette et Henry on était encore moins heureux avec cette histoire d’amour de vacances. Arlette était persuadée que son fils aurait pu faire un bien meilleur choix et surtout une plus belle carrière s’il ne s’était pas toqué de cette dévergondée – pour elle, une jeune fille qui fait du camping avec une copine ne peut être qu’une dévergondée. Et Henry ne se voyait pas faire 900 kilomètres chaque fois que sa femme aurait envie d’embrasser son gamin.

    Aussi, dès que le bébé s’est annoncé, Henry avait déjà quasiment décidé l’achat d’un petit pied-à-terre vellave où ils pourraient passer les mois d’été en famille. La région n’offrait pas de turbot ni de crevettes, mais on y élevait d’excellents veaux « sous la mère » et il y poussait des cèpes et des morilles. Eliane connaissait les bons coins.

    ***

  • J comme Jacqueline Harpman (3)

    Même les blogueurs le savent, et pas seulement les romanciers: la première phrase doit accrocher le lecteur et par conséquent être bien soignée. Comme celle-ci, par exemple:

    "Dès que je le vis, je sus que Léopold Wiesbeck m'appartiendrait. J'avais onze ans, il en avait vingt-cinq."

    C'est l'incipit de La plage d'Ostende.
    Je viens de le terminer dans son édition en Livre de Poche de 1991.

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    J'avais déjà eu ce livre en main il y a bien longtemps: j'ai toujours aimé la mer, j'avais épousé un Ostendais, ce livre était fait pour moi, pensai-je en le découvrant un jour à la bibliothèque communale. Je m'étais donc assise sur la banquette de bois qui fait face aux rayonnages et j'en avais immédiatement attaqué la lecture. Mais d'Ostende il n'était pas question, ni de mer, ni de plage. Le livre était fort bien écrit, ça oui, mais je l'ai remis à sa place dans les rayons. L'histoire d'amour passion d'une fillette de onze ans ne me convainquait pas.

    Quand je l'ai repris en main récemment, vingt ans après, j'ai tout de suite ressenti cette même impression. Et malgré toutes les critiques dithyrambiques que j'avais lues depuis à son propos, j'ai dû par moments me forcer un peu à en poursuivre la lecture.

    Tout simplement parce que cette narratrice est si loin de moi. Si sûre d'elle, si calculatrice, si affreusement cynique. Elle m'a paru monstrueuse, mais d'une monstruosité qui ne m'a pas fascinée ni intriguée.

    Elle ne m'a rien rappelé de connu, voilà sans doute l'explication?

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    chez Reka

    http://marecages.be/?p=2738

  • I comme Italie

    Cette année, me souvenant de l'état d'épuisement dans lequel j'étais arrivée chez Marine en juillet dernier - ou à Malaga fin décembre! - j'étais bien décidée à prendre des vacances reposantes. Puisque apparemment au bout d'un semestre scolaire je suis tout juste bonne à me coucher et à dormir jour et nuit, autant en tenir compte désormais. Ce seraient des vacances italiennes, mais reposantes.

    C'est pourquoi, quand le mari de mon amie K m'a parlé d'une station balnéaire sur l'Adriatique, après réflexion je me suis dit: "Pourquoi pas?". Il est bien connu que la plage = transat + bouquin. Quoi de plus reposant?

    En tout cas, c'est l'idée que j'en avais.

    Jusqu'à la semaine dernière.

    Il était temps que je me renseigne sur les heures des trains de la maison à Charleroi puis d'Ancona à mon hôtel. Alors tant qu'à faire, voyons un peu ce qu'on pourrait visiter d'intéressant dans le coin...

    Vous devinez la suite.

    Jour 1 les vestiges romains; jour 2 les médiévaux; jour 3 la Renaissance; jour 4 le baroque; jour 5 le musée; jour 6 la pinacothèque; jour 7 ... ah non, pas de jour 7, le jour 7 je suis déjà rentrée chez moi depuis la veille.

    Ben ça ne fait rien, je visiterai la pinacothèque et le musée le même jour Clin d'œil

  • H comme haïku

    C'est mon amie MC qui me l'a envoyé, je vous en donne cet extrait et vous comprendrez:

    Nous aimerions aujourd’hui donner la parole à celles et ceux qui ont signé cet appel (mais aussi qui auraient refusé de le signer). Si vous désirez vous exprimer autour des thématiques "Cultures, Identités et Démocratie" au moyen d'un haïku, d'une seule phrase, d'une citation ou aphorisme, veuillez nous envoyer le fruit de votre expression à appelcetd@gmail.com avant le 10 juillet 2011 au plus tard.

    http://www.cultureetdemocratie.be/fr/axes/politiques_culturelles/actions.html

    Alors voici mes haïkus pour « Privilégier le dialogue, refuser le nationalisme » Clin d'œil

    Nos identités
    ne sont pas innocentes
    mais si meurtrières

    Mon identité
    francophone mais Flamande
    et entre deux chaises

    L'union fait la force
    si je parle quatre langues
    je vis quatre fois

    J'aime le couscous
    les pâtes, la tortilla
    et le bifteck frites

    Je suis et tu hais
    tu es je suis et il hait
    ce monde en est las

     

     

  • G comme gatti

    En allant ouvrir la porte du garage, le matin du premier juillet, je vois madame Moussa bondir d'une boite en carton d'où sortent aussitôt les pépiements et couinements caractéristiques...

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    ... causés par 70 grammes de duvet noir et blanc. Les 60 gr de duvet noir étaient beaucoup plus calmes.

    ***

    Voilà plus de dix ans qu'elle n'avait plus eu de bébé chat et trois ou quatre ans que je ne lui donnais plus sa "pilule", me convainquant naïvement qu'elle avait atteint l'âge de la ménopause...

    Les dernières fois qu'elle avait eu des jeunes, c'était il y a très longtemps, il n'y en avait eu qu'un et il était mort-né ou peu après sa naissance.

    Tous les quatre à six mois, un matou vient pousser la chansonnette (et ses bijoux de famille) mais la chose reste sans suite.

    Son seul succès a été son fils Pipo Rossi, que mes habitués connaissent sûrement Sourire

    Jamais je n'avais remarqué, ces dernières semaines, qu'elle avait un gros ventre; elle est toujours un peu boulotte.

    Les petits trouvés le premier juillet ont peut-être déjà un jour ou deux mais évidemment, avec la fin de l'année scolaire, je n'étais là que pour dormir et donner rapidement une poignée de croquettes à mes félins...

    chats

    J'ai voulu lui offrir une jolie boite bien propre; elle a préféré s'installer au salon dans le bac des bûches.

    ***


    Et maintenant, que vais-je en faire? me dis-je après avoir pris les photos et averti de l'heureux événement quelques amateurs de chats qui avaient tout de suite des noms à proposer...

    Mais le même jour, la petite noire était déjà "ad patres". Pourtant, madame Moussa continue à la déménager du garage au salon, où elle préfère rester pendant la journée quand j'y suis aussi. Elle sait donc compter jusqu'à deux, me dis-je avec admiration. Le soir, nous remisons les deux petits dans la boîte au garage, le mort et le vivant.

    Le surlendemain, quand je lui ouvre ma porte, elle est seule et a l'air désemparée.

    Pendant la nuit, les petits chats, elle les a mangés. D'abord le mort, puis le vivant. Je le sais parce que je ne retrouve pas trace de la petite noire mais tout le train avant de celui qui, "un quart d'heure avant sa mort, était encore en vie".

    ***

    Apparemment, elle aussi s'était posé la question: "Et maintenant, que vais-je en faire?"

     

  • F comme Fano

    - Toi qui aimes l'Italie, me dit le mari de mon amie K*** en janvier dernier, tu devrais aller à Fano.

    Une idée qui lui était venue comme ça, subitement, un vieux souvenir de vacances à eux.

    Fano, jamais entendu parler, je ne savais pas si c'était le nord ou le sud, la mer ou la montagne. Il me dit que c'est sur la côte Adriatique. Aussitôt rentrée chez moi, j'ai donc fait ma petite recherche et pour ceux que ça intéresse, il y a quelques infos ici http://www.turismo.pesarourbino.it/fr/elenco/comuni/fano.html

    J'ai ainsi passé un froid dimanche de neige de ce début d'année à rêver de coucher de soleil sur l'Adriatique et réservé une petite semaine, non pas à Fano où je ne trouvais que des hôtels au-dessus de mes prix, mais dans une autre ville à côté.

    J'irai à Fano à pied, j'adore marcher et en bord de mer c'est encore plus agréable... à condition d'être chapeautée et tartinée de crème solaire n°50 Cool

    Vous jugerez sur photo, à mon retour, des vertus comparées des stations balnéaires sur l'Adriatique (si Dieu le veut, comme disait ma superstitieuse grand-mère Adrienne)

  • Le tag de 7 (bis)

    Il y a de ces petits jeux qui circulent sur les blogs et qu'on doit envoyer à 7 personnes, ce qui fait que ça se démultiplie aussi rapidement que les lettres "à la chaîne" (ou presque Clin d'œil)

    D'abord il y avait eu Lucie, à qui j'ai répondu le mois dernier. C'est ici:http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2011/05/29/tag-de-7.html

    Moi-même je ne l'avais envoyé à personne mais suggéré que s'en serve qui veuille...

    Puis je l'ai reçu de Berthoise, quoique dans une version "allégée". Pour le voir chez elle, c'est ici: http://berthoise.canalblog.com/archives/2011/06/26/21483687.html

    Alors pour Berthoise, de qui je m'inspire très largement, comme vous pouvez le constater si vous allez chez elle pour comparer, voici encore 7 révélations (LOL)

    - J'aime le matin quand j'entends le chant des oiseaux et que je peux me dire avec gratitude: "Encore une nouvelle journée à vivre!"
    - Depuis l'âge de 14 ou 15 ans je fais 1m65 pour 58 kilos. Mais ces dernières années je constate que les deux kilos qui s'ajoutent après une semaine en Italie ne me quittent plus aussi vite qu'autrefois...
    - Cette année, comme toutes les précédentes, je me dis que je devrais profiter des soldes pour m'acheter des chaussures et des vêtements. Puis je me trouve plein d'excuses pour ne pas le faire: trop cher, pas beau, trop synthétique, pas assez équitable etc etc. Alors je ressors de l'armoire une jolie robe que j'ai achetée en 1987 ou 88 et tout le monde m'en complimente - LOL faut pas demander...
    - Plus ça va, plus j'aime ne rien faire. Malheureusement l'école, le grand jardin, la maison, ... ne m'en laissent pas l'occasion.
    - J'aime beaucoup passer quelques heures avec une véritable amie, j'aime beaucoup aussi m'en faire de nouvelles.
    - Je sais lire en musique: tout simplement quand je lis je ne l'entends plus. De même que je ne sens plus la soif, la faim, la fatigue jusqu'à ce que la dernière page soit tournée.
    - Depuis que j'ai installé G**GL* R**D*R je suis avertie dès qu'un nouveau billet paraît sur vos blogs mais comme je suis abonnée à 61 blogs (oui oui soixante et un) je ne commente pas chez tout le monde...
    Voilà pour toi, Berthoise Bisou
  • E comme évasion

    Demain, je m'évade. Je boucle ma valise, je prends l'auto, le train (des trains), le bus (des bus) et l'avion. Tout ça pour passer une semaine en Italie, dans les Marches, sur la côte Adriatique...

    Des billets sont prévus pendant mon absence, demain par exemple je réponds au "tag de 7" de Berthoise, le 12 il y aura encore un livre de Jacqueline Harpman, le 13 la suite des Krapoverie... mais je ne sais pas si j'aurai beaucoup l'occasion de lire et de répondre à vos commentaires ni d'aller sur vos blogs.

    Je n'emporte pas mon PC, je voyage léger Sourire

    A bientôt!

  • D comme Défi du tiroir

    Raconter un tiroir, son contenu et son désordre... Voilà un sujet bien inspirant proposé aux défis (c'était le numéro 155) mais je n'ai pas réussi à envoyer ma participation dans les délais. Alors je vous la donne ici:

    Il était une maison de briques rouges, au toit d'ardoises et aux fenêtres peintes en blanc.

    Au premier étage, une chambre aux murs tapissés de papier peint à fleurs et aux rideaux gris.

    Dans la chambre, à droite en entrant, une commode à trois tiroirs en bois sculpté.

    Dans le tiroir du bas, les souvenirs d'enfance: la tresse encore un peu blonde et qui a été coupée à l'âge de onze ans, les images reçues de son institutrice préférée, les lettres de l'amie de coeur dont la vie l'a séparée, un tas de babioles toutes plus précieuses les unes que les autres et qu'elle ressort les jours de tristesse, un dessin d'une amie, le jeu de cartes du grand-père, la bague d'un cigare du papa, un porte-clé représentant Lucky Luke... et une petite boîte en fer blanc contenant d'autres trésors encore plus infimes.

    Puis un jour elle quitte la maison aux briques rouges pour aller dans une ville universitaire, vide la chambre aux rideaux gris, emporte le contenu des deux tiroirs supérieurs, ceux où il y avait les mouchoirs, les Tshirts, les sous-vêtements et les chaussettes. Elle se dit qu'elle prendra les trésors du troisième tiroir le jour où elle aura un véritable "chez elle".

    Au printemps suivant, la fée du logis passe par là, voit deux tiroirs vides contre un plein, et plein de quoi, je vous le demande! Un paquet de cheveux, quelques vieux papiers, un porte-clé tout défraîchi, une petite boite un peu cabossée... rien qui soit de taille à résister à la tornade du grand nettoyage.

     


  • C comme chatter avec des élèves

    Ils sont bien polis et disent "goedemorgen", le bonjour qu'on souhaite le matin, même s'il est midi passé. Je leur réponds que chez moi il est midi donc "goede middag" (aaahhh je sais, plus prof que ça tu meurs) alors ils s'excusent en disant qu'ils viennent seulement de se lever.

    Ben oui, un jour où il n'y a pas école, pourquoi on se lèverait aux aurores?

    Ils sont bien polis et bien gentils et commencent toujours par me demander comment je vais. S'inquiètent de savoir s'ils ne me manquent pas trop.

    Ben oui, un jour sans eux, c'est long, n'est-ce pas? Et à quoi ça peut bien s'occuper, un prof qui n'a pas classe?

    Ils sont bien gentils et font souvent l'effort de "chatter" en français, ce que j'apprécie, bien sûr. Je les en félicite toujours. Ils font un gros effort sur l'orthographe, la grammaire, la conjugaison puis terminent par un "j'espère qu'il n'y a pas trop de fautes" mais malheureusement mettent des accents à tort et à travers sur le "j'espère"

    Ben oui c'est dur le français.

    Ils sont bien gentils mais évidemment toutes ces politesses ne sont pas pour s'inquiéter de ma santé. Généralement, ils ont une requête à formuler:

    - Excusez-moi de vous déranger mais mon père a oublié d'acheter de l'encre pour l'imprimante, je ne pourrai pas remettre mon devoir.

    Ah! l'envoyer à un copain dont l'imprimante fonctionne, il n'y aurait jamais pensé tout seul, d'accord madame, merci au revoir à demain. Et je ris à l'avance de l'excuse qu'il me servira le lendemain car évidemment le problème n'est pas la mémoire du père Clin d'œil

    - Excusez-moi de vous déranger un dimanche, mais qu'est-ce qu'on doit connaître exactement pour le test de demain? me demande un autre zozo vers les neuf heures du soir alors que justement "le test de demain" c'est un imposant paquet de vocabulaire et de grammaire.

    ***

    Mais le plus gros de la circulation "chattienne", vu mon job de coördinatrice, a lieu à l'heure du bulletin de fin d'année. Surtout avec des élèves de professionnelle:

    - Il y a ceux qui "stressent à mort" et me demandent ingénument si je ne pourrais pas leur rendre le sommeil en leur faisant quelque révélation sur le résultat des délibérations ou sur le contenu du bulletin. Généralement il s'agit d'un "Kévin" (voir chez  Educator, http://educator.hautetfort.com/) dont le problème est précisément qu'il n'a pas assez "stressé" durant l'année. Mais il jure ses grands dieux que l'an prochain il va se donner à fond. Il l'a promis à son père, à sa mère, à son grand frère. Il va diminuer le foot qui lui prend tout son temps. On va voir ce qu'on va voir. A condition bien sûr qu'il puisse passer dans l'année supérieure Clin d'œil

    - Il y a ceux qui veulent des conseils à propos des "devoirs de vacances" qu'ils ont reçus pour remédier à leurs mauvais résultats et surtout aux lacunes dans leurs connaissances. Ils ont un gros problème. Car voyez-vous, ils seront au Maroc tout le mois de juillet et ils feront un job de vacances tout le mois d'août, vous comprenez, madame?

    - Il y a ceux qui m'expliquent pourquoi ils ont mal travaillé cette année. Un autre Kévin me dit que c'est parce qu'il était le seul garçon de sa classe. Je lui réponds que s'il passe en 6e professionnelle il sera toujours le seul garçon de la classe. Il considère cette remarque comme un trait d'humour:

    "hahaha! non mais madame vous comprenez se que je veux dirE? car imanigez-vous dans une classe avc 4 garçons et vous etess la seul fille"

    D'ailleurs il détient LA solution:

    "oui, mais je vais faire de la pub pour l'école pour que je me retrouve avec au moins un garçon"

    Et bien je vous le dis, là c'est moi qui me marre Rigolant et j'attends déjà le mois de septembre avec impatience pour voir les recrues de mon Kevin...

    C'est tout de même vrai qu'ils me manquent déjà Langue tirée

  • B comme Balzac

    Un auteur flamand et francophile (si, si, ça existe encore Langue tirée) était interviewé récemment sur la chaîne culturelle flamande Klara.

    Balzac étant un de ses auteurs fétiches, alors bien sûr il a reçu la question des "trois livres de Balzac qu'il faut avoir lus".

    Je vous laisse un peu de temps pour proposer vos propres idées, puis je vous dirai quels trois titres il a donnés, d'accord?

  • A comme Adrienne

    Elle exigea qu'il lui décrivît les villas du Prado, pièce par pièce. Mais ce qui l'intéressait n'était pas tant de savoir de quoi elles avaient l'air ces demeures, que de les remettre, en paroles, à son goût.
        Elle les réinstallait.
        "Des commodes dans les salons ? Drôle d'idée.
        - Ce sont des commodes rares, des meubles de musée, Adrienne.
        - Raison de plus pour les utiliser. Et où placer une commode sinon dans une chambre ? Tu ne me feras pas dire le contraire. Dans une chambre à coucher... Ca va de soi."
        Lorsque Serge en arriva aux tapisseries que l'on appelle des verdures, elle demanda :
        "Combien en ont-ils ?
        - Au moins quatre, répondit Serge que cet appétit de précisions étonnait un peu.
        - Si on peut acheter quatre verdures c'est qu'on a de quoi s'offrir une seule et belle tapisserie, éclatante de couleurs, avec un Triomphe, un char, des Rois et des Reines resplendissants, un amoncellement de vaisselle d'or et des vaincus prosternés. Quelque chose de glorieux, de terrible. Enfin... de quoi rêver. Mais des verdures ! Qu'est-ce que c'est que ces décorations au rabais !..."
        Serge allégua le goût des ombrages, des cascades, des tapis d'herbe, des fraîcheurs, Marseille n'offrait rien de tout cela. La ville n'était qu'un grand corps de pierre couché dans le vent. Alors, les verdures, c'était de l'ombre que les Marseillais accrochaient à leurs murs.
        "Tu ne me convaincras pas. Rien ne remplace les plantes. Et ne me parle pas des fleurs artificielles. Il faut laisser ça aux Américains. As-tu jamais tenu une fleur serrée dans ta main, Serge ? Cela m'est arrivé souvent, dans mes moments de solitude : cueillir une fleur et la tenir longtemps. Cette fraîcheur que l'on a dans la paume, c'est la vie. La vie d'une plante. Alors laisse-moi tranquille avec tes verdures. Et tu ne vas pas me dire que tu aimes ça ? Allons... Raconte, encore." [...]
        Serge fit le compte des vitrines. Les maisons de Marseille en étaient pleines. Dans chaque salon une vitrine, avec éclairage indirect et tout.
        "Pour y mettre quoi ? demanda Adrienne.
        - Des faïences, répondit Serge.
        - Des faïences, répéta Adrienne, la voix songeuse. J'ai rien contre. Encore faut-il savoir lesquelles.
        - Des soupières, dit Serge.
        - Une soupière en vitrine, pour quoi faire ? Ces gens sont fous..."
        Elle riait à perdre haleine.
        Serge se souciait très peu des soupières. Mais il se sentit ivre d'orgueil à l'idée que c'était lui qui l'amusait à ce point, lui qui déchaînait ce rire éclatant, alors il parlait d'abondance, discourait, développait, comme si sa vie entière, son avenir, tout son bonheur avait tenu, avec les soupières, dans les vitrines des bourgeois marseillais. Entre deux éclats il plaçait : Décor aux Chinois, ou Décor aux grotesques. Il faisait le savant : "Influence de Berain" ... Il susurrait : "Veuve Perrin" en fermant les yeux, comme s'il avait été brusquement question d'un vin rare. Il disait : "Assiette à la Camargo, cuite au petit feu" et il avançait des lèvres goulues, comme s'il avait été question, non pas d'une faïence, mais de quelque gourmandise dont il se serait délecté. Il répétait au hasard ce que lui avaient appris les dames du Prado, il les singeait.
        Et Adrienne se tordait.
        "Tu ne me diras pas que tes Marseillais ne sont pas des drôles de gens. Une soupière en vitrine. Je n'ai jamais rien entendu de plus drôle. Une soupière... Je te demande un peu ! Alors qu'elle est faite, si belle soit-elle, pour être placée, toute fumante, au centre d'une table et pour servir jusqu'à ce qu'elle casse."
        Là-dessus, elle se mit à vanter la magnificence de certains potages, chauds à la bouche, leur velours, leur parfum qui monte aux narines, le beau geste rond et lent de la main qui mesure, puis qui penche la louche et, dans un bruit de source, emplit l'assiette, elle utilisa en début de phrase des "mon cher" qui laissèrent Serge sans voix : "Ah ! mon cher... Comment te dire ? On m'a appris à respecter le potage. Et pourquoi renoncer à ce qui comble cinq sens à la fois ?" Elle ajouta que les gens bien voulaient à toute force donner dans le distingué, c'est-à-dire l'insipide, le fruit exotique sur force glace pilée, tout ce qu'il y a de malsain, du coup les cuisinières en avaient perdu la main, quant aux maîtres d'hôtel ils en étaient arrivés à ignorer jusqu'à l'usage des soupières et comment s'en étonner, maintenant que les familles plaçaient les chères vieilles choses en vitrine, on n'avait pas idée..."

    Edmonde Charles-Roux, Elle, Adrienne, Grasset, 1971

    ***

    Pour ma grand-mère Adrienne aussi, il était inconcevable qu'une soupière serve au décor. D'ailleurs la soupe était un élément indispensable du repas.

    Et la commode, en effet, n'avait pas sa place au salon, mais dans une chambre.