• Dernière photo de vacances

    Le soleil se lève... sur la rentrée des classes Cool

    Venise août 2011 074 - kopie.JPG

    La dernière photo des vacances 2011, c'était le 27 août, vers six heures trente le matin...
    Et c'était bien, les vacances 2011:
    la rentrée peut arriver
    Sourire

  • Z comme zeugme

    Dans le ciel, les oiseaux tournaient en grappes, en tornades, s’éloignaient et revenaient de plus belle. Les voyageurs, aux alentours de la gare, marchaient le nez en l’air. Il les imita – « If you go to Rome, do as the Romans do », lui répétait sa grand-mère, qui avait logé deux soldats anglais en septembre 44 – et il reçut la fiente en plein front.

    - Disons que ça porte bonheur, pensa-t-il en cherchant vainement un mouchoir.

    Quand le train démarra, il se rendit compte que dans sa hâte de quitter Rome il avait oublié de valider son billet qu’il tenait pourtant en main et sur lequel c’était écrit en toutes lettres : « convalidare prima della partenza ».

    Sur la banquette d’à côté, une mère et sa fille papotaient. Il essaya ses rudiments d’italien pour leur expliquer son problème. La dame se leva et partit à la recherche du contrôleur, ce qui lui prit plus de dix minutes. Ces Italiens et leur indécrottable gentillesse, alors qu’ils sont envahis de touristes, l’étonnaient toujours.

    Le paysage traversé ne ressemblait pas à l’Italie des cartes postales : champs poussiéreux brûlés de soleil, constructions hâtives disséminées dans la campagne, quelques rares arbres, un peu maigres et tordus, ici et là une petite gare délabrée où personne ne montait ni ne descendait. C’était l’heure de la sieste, les gens sensés étaient probablement dans la pénombre de leur chambre ou dans un bureau climatisé.

    Au-dessus des petites plaquettes « E pericoloso sporgersi », toutes les fenêtres à glissière étaient ouvertes : il fallait choisir entre mourir étouffé ou ébouriffé. L’appel d’air était si fort que ses deux compagnes devaient élever la voix pour se faire entendre. Puis leur conversation retomba.

    De temps en temps, il surprenait le regard de la fille qui l’observait à la dérobée. Il se demanda s’il avait encore des traces d’oiseau sur le front et essaya de voir son reflet dans la vitre. Il ne vit que ses yeux un peu fous de bête traquée.

    Ils finirent par arriver dans une gare un peu plus importante où quelques personnes attendaient sur le quai. Il décida de sortir là, espérant qu’il réussirait à se fondre rapidement dans le paysage. Personne ne l’avait vu monter à Termini, il en était persuadé.

    - Ce n’est pas ici, se dit-il en prenant son sac à dos et une profonde inspiration, qu’on me cherchera.

    (texte de fiction n°2)

  • Y comme Yvonne

    Un drôle de sifflement, quelqu’un qui gratte... C’est Yvonne, les yeux brillants. Elle est revenue sur la pointe des pieds. Elle est attifée comme un clown, une mèche blonde rabattue sur le milieu du visage avec le nez pris dedans, elle fait des grimaces de toutes sortes, elle jappe : « Ouah-ouah ! »

    Pascal la regarde d’un air désapprobateur : « Je ne comprends pas pourquoi ça te plaît de te rendre si laide, si laide... »

    – Ouah-ouah, tu m’embêtes. Relève tes cheveux. Tu es laide. »

    Yvonne, au moment où Pascal ne l’attendait plus, a brusquement rejeté ses cheveux en arrière, les tirant très fort. C’est soudain une autre fille et elle regarde le petit garçon avec un air qu’il ne lui connaissait pas.

    « Suzanne te cherche, – murmure–t–il.

    – Elle ne nous trouvera pas. Viens, on va se cacher. On va rire. On va trembler. On va jouer contre elle... »

    Ce n’est pas chic, ça ne se fait pas. Pourtant, comment résister à Yvonne ? Elle est si différente d’elle-même. Elle a cessé d’avoir l’air d’une folle, elle a les lèvres blêmes : « Viens », dit–elle, et elle lui souffle cela près de l’oreille, elle frôle son visage : comme elle a la peau douce.

    Louis Aragon, Les voyageurs de l'impériale, Folio n°120

  • X pour ces belles inconnues

    Lors de ma visite à Meise, j'avais fort à faire avec l'appareil photo, le carnet de notes, le stylo... puis au retour j'ai constaté que je n'avais pas toujours scrupuleusement noté les noms exacts.

    De sorte que j'ai quelques belles inconnues que je vous offre en ce jour X

    bruxelles,nature,jardin,amitié

    je n'ai pas noté le nom des beaux palmiers de l'allée d'accès

    bruxelles,nature,jardin,amitié

    ni celui de ces oies très spéciales

    bruxelles,nature,jardin,amitié

    ni de cet arbre aux drôles de racines

    bruxelles,nature,jardin,amitié

    bruxelles,nature,jardin,amitié

    cette belle inconnue ne portait pas d'étiquette

    bruxelles,nature,jardin,amitié

    enfin, je n'ai pas non plus noté le nom exact de ces magnifiques nénuphars bleus

    ***

    encore merci à Walrus et à Françoise pour toutes ces merveilles qu'ils m'ont fait découvrir!

  • W comme wagon de train

    Il y avait peu de monde, dans ce train du vendredi soir qui revenait de Bruxelles en ce mois d'août. La plupart des navetteurs étaient déjà descendus aux différentes haltes. Peu avant l'arrivée au terminus, il y eut des crachotements dans le micro. Car oui, c'était un vieux train.

    - Mesdames, messieurs, ceci est le dernier voyage de notre machiniste, monsieur D***, qui prend sa retraite. Comme nous en avons l'habitude, nous lui réservons une petite surprise à l'arrivée. Il y aura quelques pétarades, ça fera du bruit et aussi de la fumée, on vous en prévient pour que vous sachiez qu'il n'y a pas de quoi vous inquiéter. Merci de votre attention et bonne soirée!

    Des collègues et amis avaient placé sur les derniers kilomètres de rails quelques "knallers" (je ne connais pas le mot en français) qui produisaient comme un bruit de coup de feu et effectivement un joli nuage de fumée grise Clin d'œil.

    A l'arrêt, un petit attroupement endimanché attendait monsieur D*** à sa descente du train. L'ambiance était d'une amicale exubérance: on sentait bien que la soirée serait festive et arrosée!

    J'ai quitté la gare le coeur léger et le sourire aux lèvres.

     

  • V comme vive les langues!

    - Excuse-me, next stop is La Ferté? demande une Anglaise en montant dans le TER Le Mans-Paris.
    - Je ne peux pas vous aider, je ne comprends pas la langue, répond sèchement la dame à qui elle s'est adressée.

    150 000 ans de langage humain mais encore tant de mauvaise volonté pour se comprendre.

  • U comme Urbino

    Petit "reportage" photo des beautés d'Urbino:

    Pesaro 2011 024 - kopie.JPG

    l'entrée de la ville, quand on arrive en bus

    Pesaro 2011 025 - kopie.JPG

    l'imposant palazzo ducale

    Pesaro 2011 026 - kopie.JPG

    la façade du palazzo ducale

    Pesaro 2011 027 - kopie.JPG

    Pesaro 2011 028 - kopie.JPG

    à côté du palazzo, la cathédrale

    Pesaro 2011 038 - kopie.JPG

    la maison natale du peintre Raphaël (rue Raffaello, bien sûr)

    Pesaro 2011 039 - kopie.JPG

    vue sur Urbino depuis le Parco della Resistenza (près de la Fortezza Albonoz)

    Pesaro 2011 040 - kopie.JPG

    fin de la promenade: on redescend vers la station des bus

    Pesaro 2011 041 - kopie.JPG

    ***

    et le mois prochain, on rentre dans le palazzo Sourire

     

  • T comme Tram 94

    Le tram, c'est mieux que le métro. C'est ce que j'ai découvert ce mois-ci. D'accord, ça va moins vite. Mais on a le paysage... On peut observer la vie, les maisons, les commerces. Ainsi, près du cimetière de Jette, j'ai vu un Boulanger qui était pharmacien(1).

    Et puis, si ça va moins vite, on a plus de temps pour observer les gens. Ou pour entendre leurs conversations téléphoniques, car le trajet en tram est vraisemblablement un temps de pause-téléphone!

    Bien sûr, sur la ligne 94 on téléphone plus en lingala, en arabe, en turc, en russe ou en polonais. Mais tout de même, de temps à autre, c'est en français ou en néerlandais:

    - une jeune fille à un copain: Ah! tu sais, j'ai réussi mon examen d'oenologie!

    - une femme à une amie: Bon, c'est décidé, on va mettre la maison de maman en vente...

    - une autre femme: Fais attention, elle est en train de manipuler tout le monde!

    - une femme à sa fille: Bonsoir chérie, je suis dans le tram, je serai à la maison dans une vingtaine de minutes.

    ***

    Si vous prenez le tram 94, vous traversez Bruxelles dans toute son authenticité et dans toute sa variété, du plus huppé au plus populaire: allez donc voir le cadre avec la liste des stations Clin d'œil http://fr.wikipedia.org/wiki/Ligne_94_du_tram_de_Bruxelles

    Brussel aug 2011 030 - kopie.JPG

    à la station Bockstael, il est toujours exactement midi Clin d'œil

    ***

    (1) Ce qui me fait penser qu'à La Ferté (72), j'ai vu un Boucher qui était boulanger-pâtissier.

  • Stupeur et tremblements

    La sieste de Salomé

    Le restaurant était quasiment vide. Seule une table était occupée. Un homme, une femme. Elle portait un voile gris piqué de fils d’argent. Lui téléphonait régulièrement et en oubliait de manger. Il avait devant lui trois téléphones portables et un ventre proéminent. Jérôme l’observait depuis le début et se demandait à quelles sortes de trafics il s’occupait.

    La femme s’est levée lentement et s’est dirigée vers le comptoir en redressant la tête et sur la musique qui flottait, elle s’est mise à danser…

    - Il y a des femmes qui feraient vraiment n’importe quoi pour attirer l’attention d’un homme, se dit amèrement Jérôme en faisant semblant d’essuyer quelques verres.

    Il poussa un profond soupir, se demandant ce qu’il devrait faire si cette Salomé se mettait à ôter ses voiles. Il ne se sentait nullement la vocation d’un Jean-Baptiste.

    Elle avait le geste gracieux, depuis la pointe de ses pieds qu’on voyait apparaître dessous sa robe. Le regard de Jérôme suivait le balancement de ses hanches, la taille qu’il devinait fine sous le vêtement ample, le pli du coude, les bracelets qui cliquetaient légèrement sous la manche, les ongles bien soignés.

    - Ce n’est pas Noémie qui ferait ça pour moi, se répétait Jérôme, qui ne savait plus s’il devait admirer ou mépriser cette jeune femme : était-elle d’une extrême audace ou d’une servilité totale face à son abonné au téléphone ? Puis il se corrigea mentalement :
    - Ce n’est pas Noémie qui aurait fait ça pour moi.
    Et le verre qu’il essuyait machinalement depuis cinq minutes se brisa entre ses doigts. Un peu de sang coulait du gras de son pouce. Trois mois déjà que son cœur saignait bien davantage, et sans sparadrap.

    A sa table, l’homme n’avait même pas levé les yeux. Il prenait de temps en temps une cuillerée de pois chiches dans sa harira au mouton, surveillait ses trois portables, puis brusquement les empocha, jeta quelques billets sur la table, se tamponna la moustache et sortit en renversant sa chaise.

    Ce n’est qu’au bruit que fit la chaise en tombant que la jeune femme se figea. Elle arrêta la musique d’un geste sec. Jérôme, qui se léchait le pouce en pensant à ses peines de cœur, se dirigea lentement vers la table pour ramasser l’argent.

    Quand la porte se fut refermée derrière l’homme aux portables, la jeune femme éclata d’un grand rire – que Jérôme, éberlué, crut reconnaître.

    Tout comme il reconnut, dès qu’elle ôta son voile, sa blondeur et la courbe attendrissante de sa nuque.
    - Va donc fermer cette porte à clé, grand nigaud, qu’on puisse monter chez toi.

    texte de fiction n° 5

  • 22 mots

    EXERCICE PRATIQUE

    Repérez chez les personnes qui vous entourent les détails physiques ou vestimentaires qui peuvent transmettre des informations autres, et en une phrase de vingt-deux mots décrivez à la fois leur physique, leur activité professionnelle, leur passé et leur cadre de vie.

    Ce n'est pas moi qui le dis, je l'ai trouvé sur le site http://www.enviedecrire.com/premier-roman-quelle-information-donner-et-a-quel-moment-laure-pecher/

    Le modèle à suivre, selon le site, c'est par exemple un auteur comme Steinbeck:

    Montrer plutôt qu’expliquer

    Au début des Raisins de la colère, Steinbeck décrit ainsi le chauffeur routier qui emmène Joad à bord de son camion: « Il avait le visage sanguin et ses yeux bleus étaient longs et étroits d’avoir cligné à la vive lumière des routes. » L’exploit d’une telle phrase saute aux yeux. En quelques mots, et par le biais d’un détail physique, l’auteur nous livre une vie et un décor. La foule d’informations contenues ici est impressionnante. Une phrase de vingt-deux mots pour décrire le physique d’un homme, son métier, son passé, son environnement. C’est à cela, entre autres, qu’on reconnaît un grand auteur : quelques mots et un être, un paysage, un univers prend vie.

    Alors tous à vos plumes Clin d'œil

    Moi en tout cas je suis ravie de ce chiffre de 22 qui correspond à l'organisation de mon blog. Et ravie par ce jeu vu que j'aime la concision et évite de gâcher trois mots quand on peut le dire en un seul. Alors voilà ma première tentative, la description en 22 mots est placée en retrait:

    C'est avec un certain ahurissement que j'écoutais ce vieil homme me parler de ma grand-mère Adrienne:

    "Je l'ai toujours beaucoup admirée. Grande, mince, élégante au bras de son mari. A la fois inaccessible et pourtant si simple."

    Assise à côté de moi, Adrienne se taisait mais elle avait les yeux qui se plissaient de joie.

  • R comme ramage (et plumage)

    Ah! on peut dire qu'ils s'y connaissent, les Italiens, en belles paroles. Jugez-en vous-mêmes.

    Scène 1:

    On est à la plage; un très vieux monsieur marchant péniblement en s'aidant de deux cannes croise un couple âgé lors de la promenade matinale.

    - E sempre più difficile non innamorarsi di Lei, Signora! (1) s'écrie le vieux monsieur, avançant une main pour s'emparer des doigts de la vieille dame.

    Scène 2:

    - E un onore! s'exclame la conférencière en s'avançant les deux mains en avant pour accueillir une dame venue l'écouter.
    - E un dovere! (2) répond la dame en lui offrant une froide accolade.

    Scène 3:

    Dans un genre tout différent. Nous sommes à l'hôtel, le matin tôt, au petit déjeuner. C'est l'heure de Mario, le barista qui est aussi vieux que ses clients. Tout le monde le connaît et lui fait la causette.

    - Fa un caldo da morire! (3) dit un vieux monsieur qui promène un sérieux embonpoint et une assiette chargée de douceurs. Dites-nous, Mario, il va encore faire aussi chaud aujourd'hui?

    Il faut savoir que cette semaine-là, une vague de chaleur caniculaire s'était abattue sur la côte Adriatique.

    - Bèh! répond Mario. Qu'est-ce que ça peut vous faire, à vous? Puisque c'est juste pour rester toute la journée couché sous votre parasol! Et basta!

    Et bien vous savez quoi? ça a jeté comme un froid Cool

    ***

    voyage,italie,italien

    un des nombreux joujoux pour adultes, sur la plage de Pesaro: les fauteuils flottants

    ***

    (1) Il est de plus en plus difficile de ne pas tomber amoureux de vous, Madame!

    (2) C'est un honneur! - C'est un devoir!

    (3) Il fait chaud à en mourir!

  • 20 petits plaisirs de l'été (suite)

    L comme librairies. Il y fait toujours meilleur que dehors, qu'il pleuve ou qu'il fase chaud, on peut s'y asseoir et bien sûr il y a une orgie de livres. Parfois on peut même y boire un café Sourire

    M comme mer. La sentir, la voir, marcher et nager dans le plus enivrant des paysages (si on s'en tient au côté de la mer, évidemment Langue tirée)

    O comme observer les gens à la Sophie Calle. On enregistre juste, on essaie de ne pas juger.

    P comme piscine. L'été, la piscine communale est accessible l'après-midi et il y a très peu de monde.

    R comme repos sans remords (ou presque... car il y a toute une éducation à refaire)

    S comme soleil. Même s'il faut s'enduire de numéro 50 et même si c'est bien joli aussi la lumière froide de l'hiver...

    T comme temps. Temps de lire, de voir des amis, de se poser toutes les questions existentielles Clin d'œil

    U comme Urbino et ses merveilles. Je dois encore en parler.

    V comme voyage. Les vacances sont toujours trop courtes, ce qui permet de garder ce goût de l'"encore". C'est bien, de ne pas être blasé, hahaha.

    W comme wagon de train. Autres lieux, autres trains, autres gens... mêmes discours: "allô? oui c'est moi! je suis dans le train"

    Les dix premiers et le lien vers le blog de Captaine Lili sont ici: http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2011/07/14/liste-de-20-plaisirs-de-l-ete.html

    Brussel aug 2011 028 - kopie.JPG

    Vous voyez l'arc-en-ciel dans cette photo du jet d'eau au jardin du Botanique?
    C'est un beau résumé des petits plaisirs de l'été...

  • Question existentielle

    La question du mois est un brin frivole - après tout, ce sont les vacances, non? Cool - et m'est inspirée par Margotte: "Quelle femme de la Renaissance êtes-vous au fond de vous-même?"

    Car oui, c'est apparemment une histoire de femmes.

    Et oui, cela suppose qu'au fond de vous sommeille une femme de la Renaissance. Car je serais plutôt une Christine de Pisan, née un siècle avant:

    Seulette suis et seulette veux être,
    Seulette m'a mon doux ami laissée,
    Seulette suis, sans compagnon ni maître,
    Seulette suis, dolente et courroucée,
    Seulette suis en langueur mésaisée,
    Seulette suis plus que nulle égarée,
    Seulette suis sans ami demeurée.

    Cependant, en voyant cette question j'ai tout de suite pensé à Louise Labé. Sommeille-t-elle en moi? Sûrement pas, mais depuis l'âge de 16 ans j'admire son savoir-faire et son audace:

    Baise m'encor, rebaise moy et baise :
    Donne m'en un de tes plus savoureus,
    Donne m'en un de tes plus amoureus :
    Je t'en rendray quatre plus chaus que braise.

    premier quatrain du sonnet XVIII

    C'est toujours l'oeil pétillant que je fais lire ça à mes élèves, pauvres choux Clin d'œil
    Et qui ne se reconnaîtrait pas dans ceci:

    Je vis, je meurs : je me brule et me noye.
    J'ay chaut estreme en endurant froidure :
    La vie m'est et trop molle et trop dure.
    J'ay grans ennuis entremeslez de joye :

    premier quatrain du sonnet VIII

    Allez, hop, tous chez Louise, c'est un ordre Langue tirée http://www2.ac-lyon.fr/enseigne/lettres/louise/index2.html

    Margotte répond ici à la question: http://bruitdespages.blogspot.com/2011/08/le-tag-de-la-renaissance.html

    littérature,lecture,amitié,école,élèves,prof

    détail d'une gravure de 1555, donc du vivant de Louise, par Pierre Woeiriot (1532-1596)

  • P comme Proust

    Vu que je n'avance pas dans ma (re)lecture de la Recherche, je vous offrirai, pour satisfaire au challenge proustien de Margotte - qui se termine déjà en septembre -, quelques extraits de ce que d'autres ont écrit sur lui.

    Toutes les excuses sont bonnes - si d'autres l'ont dit, n'est-ce pas? - pour déclarer que:

    "Le malheur, c'est qu'il faut que les gens soient très malades ou se cassent une jambe pour avoir le temps de lire La Recherche." (Robert Proust, frère de l'auteur et chirurgien comme leur père)

    A quoi Alain de Botton ajoute:

    "Et allongés dans leur lit, un membre fraîchement emprisonné de plâtre ou le poumon rongé par un bacille tuberculeux, ils se trouvent confrontés à une autre gageure devant la longueur de chacune des phrases aux constructions serpentines, dont la plus étendue, située dans le cinquième volume, couvrirait près de quatre mètres dans une taille de caractère normale, et s'enroulerait dix-sept fois autour de la base d'une bouteille de vin."

    Ce qui me fait penser à ces "chenilles" au crochet qu'on faisait à l'école primaire et dont on avait effectivement entouré une bouteille de vin pour la fête des pères. Sauf que la bouteille était vide... Mais ne nous éloignons pas du sujet.

    "Cher ami (écrit Alfred Humblet à Louis de Robert) je suis peut-être bouché à l'émeri, mais je ne puis comprendre qu'un monsieur puisse employer trente pages à décrire comment il se tourne et retourne dans son lit avant de trouver le sommeil."

    Certains répondront: essayez donc d'en faire autant!
    D'autres, comme moi, sont heureux d'avoir lu Pennac et ses "droits imprescriptibles du lecteur". Depuis cette lecture, j'ose me permetre de tourner des pages sans les avoir lues. Jamais sans remords, et ça me coûte un effort inoui, mais parfois j'y arrive.
    Avec Proust, j'y suis arrivée Langue tirée

    "Au bout des sept cent douze pages de ce manuscrit, après d'infinies désolations d'être noyé dans d'insondables développements et de crispantes impatiences de ne pouvoir jamais remonter à la surface, on n'a aucune notion de ce dont il s'agit." (Jacques Madeleine)

    Voilà pourquoi les Monty Python ont organisé leur "Grand Prix d'Angleterre de résumé de Proust": vous avez 15 secondes pour synthétiser les sept volumes. Avis aux amateurs.

    Lecture commune - Proust.png

     

  • O comme onze

    ou Comment Proust peut changer votre vie, titre d'un livre d'Alain de Botton que j'ai lu avec grand plaisir et intérêt!

    Une première citation de Proust sur une série de onze. Celle-ci a pour but de vous aider à aimer la vie (d')aujourd'hui:

    "Je crois que la vie nous paraîtrait brusquement délicieuse, si nous étions menacés de mourir comme vous le dites. Songez, en effet, combien de projets, de voyages, d'amours, d'études, elle - notre vie - tient en dissolution, invisibles à notre paresse qui, sûre de l'avenir, les ajourne sans cesse.

    Mais que tout cela risque d'être à jamais impossible, comme cela redeviendrait beau! Ah! si seulement le cataclysme n'a pas lieu cette fois, nous ne manquerions pas de visiter les nouvelles salles du Louvre, de nous jeter aux pieds de Mlle X..., de visiter les Indes. Le cataclysme n'a pas lieu, nous ne faisons rien de tout cela, car nous nous trouvons replacés au sein de la vie normale, où la négligence émousse le désir. Et pourtant nous n'aurions pas dû avoir besoin du cataclysme pour aimer aujourd'hui la vie. Il aurait suffi de penser que nous sommes des humains et que ce soir peut venir la mort."

    Vous m'objecterez peut-être que ce brave Marcel n'a été ni le seul, ni le premier à émettre ce genre de réflexions philosophiques mais il m'a plu, ce jour-là, d'être rappelée à l'idée du Carpe diem, que j'oubliais un peu... jusqu'à en perdre le sommeil.

    Alors oui, j'ai accepté que Proust change ma vie en me faisant penser à autre chose qu'à mes soucis grands et petits auxquels un cataclysme, me disais-je, viendrait bien à point pour y mettre fin... mais il me reste encore les Indes à voir Langue tirée

    Lecture commune - Proust.png



  • N comme nationalisme

    J'ai beaucoup ri, en entendant cette citation de Massimo D'Azeglio (1798-1866) lors d'une de mes conférences "pésariennes" (je garde le mot, il m'est utile):

    "I più pericolosi nemici degli italiani sono gli italiani stessi"

    C'était à propos de ce livre-ci, qui parle de l'Italie "désunie" dans son langage, où les locutions, expressions, comparaisons toutes plus négatives les unes que les autres servent à désigner celui qui habite la ville d'à côté, le village d'en face, la région limitrophe: http://www.corriere.it/unita-italia-150/recensioni/10_dicembre_21/trifone-storia-linguistica-italia-disunita_adbc5cda-0d0b-11e0-a1b6-00144f02aabc.shtml

    Donc, "les ennemis les plus dangereux des Italiens sont les Italiens eux-mêmes." Petite phrase qui vous rappellera peut-être la célèbre citation de Voltaire: "Mon Dieu, gardez-moi de mes amis! quant à mes ennemis, je m'en charge!"

    Bref, j'ai bien ri, parce que dans le contexte de la conférence il s'agissait surtout d'une sorte de plainte à propos des Italiens, qui ne seraient pas assez fiers de l'être... et ça m'a rappelé un manuel de français que j'ai utilisé au début de ma carrière, manuel écrit par des Français et dans lequel il y avait un texte du même genre: les Français manquaient de fierté nationale et faisaient trop d'autocritique (no comment Rigolant)

    Voilà donc, me dis-je, un de ces lieux communs qu'on retrouve apparemment dans de nombreuses nations européennes. En Belgique nous croyons généralement être les seuls à souffrir de cet excès de modestie.

    Figurez-vous que même les Flamands estiment qu'ils manquent de fierté nationaliste Langue tirée

  • M comme musique en littérature

    D'une pierre deux coups, ou plutôt d'un billet deux "challenges" de blogs: la musique en littérature, c'est le challenge proposé ici par Anne http://desmotsetdesnotes.over-blog.com/article-un-challenge-sur-la-musique-76599980.html et une (re)lecture de Marcel Proust, challenge proposé par Margotte http://bruitdespages.blogspot.com/2011/06/flanerie-proustienne-commune.html

    Proust et la musique, c'est une telle évidence que je ne parlerai ni de ses descriptions de soirées à l'opéra, ni de sa "petite phrase de Vinteuil" ni de tout ce qui est déjà tellement connu.

    Mais en relisant Du côté de Guermantes I, j'ai été frappée par le nombre, la variété et surtout le contexte inattendu de ses comparaisons et autres métaphores musicales:

    "- La duchesse doit être alliancée avec tout ça, dit Françoise en reprenant la conversation aux Guermantes de la rue de la Chaise, comme on recommence un morceau à l'andante." (p. 21, Folio n° 900)

    "Françoise, son valet de pied, le maître d'hôtel entendaient les coups de sonnette non comme un appel et sans songer à venir, mais pourtant comme les premiers sons des instruments qui s'accordent quand un concert va bientôt commencer (...)" (p. 31)

    Mais sans doute que cet aspect-là de son oeuvre a déjà été disséqué et longuement commenté, lui aussi.
    J'en resterai donc là...
    D'autant plus qu'après des semaines de "lecture proustienne", je ne suis toujours qu'à la page 80Clin d'œil

    Proust2.png

    littérature,musique,amitié

     


  • L comme liste

    Voici la liste des passions, selon Descartes:

    ART. 53. L’admiration.

    ART. 54. L’estime et le mépris, la générosité ou l’orgueil, et l’humilité ou la bassesse.

    ART. 55. La vénération et le dédain.

    ART. 56. L’amour et la haine.

    ART. 57. Le désir.

    ART. 58. L’espérance, la crainte, la jalousie, la sécurité et le désespoir.

    ART. 59. L’irrésolution, le courage, la hardiesse, l’émulation, la lâcheté et l’épouvante.

    ART. 60. Le remords.

    ART. 61. La joie et la tristesse.

    ART. 62. La moquerie, l’envie, la pitié.

    ART. 63. La satisfaction de soi-même et le repentir.

    ART. 64. La faveur et la reconnaissance.

    ART. 65. L’indignation et la colère.

    ART. 66. La gloire et la honte.

    ART. 67. Le dégoût, le regret et l’allégresse.

    (...)

    ART. 69. Qu’il n’y a que six passions primitives.

    Mais le nombre de celles qui sont simples et primitives n’est pas fort grand. Car, en faisant une revue sur toutes celles que j’ai dénombrées, on peut aisément remarquer qu’il n’y en a que six qui soient telles ; à savoir : l’admiration, l’amour, la haine, le désir, la joie et la tristesse ; et que toutes les autres sont composées de quelques-unes de ces six, ou bien en sont des espèces. C’est pourquoi, afin que leur multitude n’embarrasse point les lecteurs, je traiterai ici séparément des six primitives ; et par après je ferai voir en quelle façon toutes les autres en tirent leur origine.

    René Descartes, Le Traité des passions
    (c'est moi qui souligne en gras)

    On le trouve facilement en ligne, par exemple on peut le lire ici: http://actuphilo.com/la-classe-virtuelle-de-philosophie/ressources/descartes-le-traite-des-passions-1ere-partie/

     

    On pourrait s'amuser à illustrer chacune de ces "passions" d'une petite histoire, mais ce sera pour une autre fois... d'ailleurs, la lettre B manquerait à mon alphabet Langue tirée

     

  • K comme K-Nal

    Notre ami Walrus en a déjà parlé, à Bruxelles on baptise ou rebaptise lieux, monuments, événements selon la logique suivante:

    - un nom français rappellerait trop douloureusement à la partie néerlandophone du pays la lente mais sûre et quasi complète francisation de sa capitale
    - un nom bilingue ne correspondrait pas aux exigences du marketing moderne qui veut du court, percutant et surtout international.

    Alors on règle cela par quelques moyens divers.


    La solution numéro 1, c'est le langage SMS: vous connaissiez déjà BOZAR (palais des Beaux-Arts / paleis voor Schone Kunsten).
    Aujourd'hui, suite à mes trajets avec le tram 94, je peux vous apprendre K-nal.

    Allez voir le lieu, il est ici: http://www.k-nal.be/

    Et le festival de l'été 2011 est ici: http://www.knalfestival.com/

  • J comme Jacqueline Harpman (4)

    Que faut-il penser d'un auteur qui ne résiste pas à la tentation de paraître dans ses propres livres, soit comme personnage, soit pour nommer et même commenter quelques-unes de ses oeuvres?

    Je me suis posé une première fois cette question avec étonnement en lisant La plage d'Ostende:

    "Un soir, Jacqueline Harpman, qui était bonne fille, trouva le moyen de l'emmener dans sa chambre et de la maquiller. Elle reparut le teint bien égalisé, le regard animé par un peu de rimmel, presque belle: pas tout à fait, elle gardait l'air timide et le maintien emprunté."

    Jacqueline Harpman, La plage d'Ostende, LdeP 9587, page 219

    Dans En toute impunité, que j'ai lu par la suite, le narrateur achète un de ses livres - même si c'est par méprise, il avait vu le titre Le bonheur dans le crime et avait pensé qu'il s'agissait de la nouvelle de Barbey d'Aurevilly:

    "(...) je m'étais contenté de passer cinq minutes dans une librairie encore ouverte où j'avais vu un titre alléchant: Le bonheur dans le crime. Il y avait longtemps que je n'avais pas relu l'admirable nouvelle de Barbey d'Aurevilly, j'avais donc acheté le livre (...)"

    Jacqueline Harpman, En toute impunité, Grasset, 2005, page 13

    "Je me mis au lit et, comme je ne m'endors jamais sans lire un moment, j'ouvris mon Barbey d'Aurevilly. Je compris dès les premières lignes que je ne serais pas en compagnie de Hauteclaire et Savigny: quel usurpateur sans vergogne s'était permis de s'approprier le titre de ce chef-d'oeuvre pour sa consommation personnelle?"

    Jacqueline Harpman, En toute impunité, Grasset, 2005, page 18

    Plus loin, il découvre dans la maison où il loge d'autres livres du même écrivain:

    "Je voulus reprendre le faux Bonheur dans le crime que j'avais acheté la veille, mais, malgré la meilleure volonté du monde de ma part et un style acceptable de la part de l'auteur, j'avais le rythme forcené de Barbey dans l'oreille et je ne tins pas jusqu'à la deuxième page. Je pensai aux livres que j'avais aidé à déplacer. (...) Je crus voir un Orlando, qui me fit penser que je fréquentais trop peu Virginia Woolf et le pris: non! c'était un Orlanda, et du même auteur sans vergogne qui, vraiment! n'avait pas d'inspiration pour ses titres s'il lui fallait toujours reprendre ceux des autres!"

    Jacqueline Harpman, En toute impunité, Grasset, 2005, page 58-59

    Et dans l'excipit la boucle est bouclée quand après avoir relu la nouvelle de Barbey d'Aurevilly (qu'il avait dans sa bibliothèque!) il se dit qu'il devrait lire cet ouvrage qu'il a acheté par erreur:

    "Il faudrait peut-être que je me décide à lire cet autre Bonheur dans le crime, que j'ai acheté le soir où je suis tombé en panne tout près de la Diguière."

    Jacqueline Harpman, En toute impunité, Grasset, 2005, page 285

    lecture,littérature,belgique,belge,incipit

    Mais à part ce jeu un peu narcissique, que peut-on dire à propos du livre?

    Qu'il s'agit en effet d'un "bonheur dans le crime" et qu'on le devine dès l'incipit:

    "Il y a toujours dans les passions une sorte de naïveté qui surprend. L'amant qui va au crime est étonné qu'on ne le comprenne pas, il voudrait même qu'on l'approuve. (...) il ne sent pas qu'il soit coupable.
    Aussi lui semble-t-il naturel de n'être jamais soupçonné et de suivre le cours tranquille d'une vie apparemment innocente."

    Jacqueline Harpman, En toute impunité, Grasset, 2005, page 11

    Ce n'est donc pas l'histoire criminelle ni le suspense qui intéressent l'auteur, mais sans aucun doute les réflexions que cela pourra susciter chez le lecteur après qu'il aura terminé sa lecture: qui est coupable? qui est innocent? qu'est-ce que l'hypocrisie? quelle place occupe dans notre vie la possession d'une maison? d'où vient cette sorte de fascination? jusqu'où peut mener ce genre de folie? qu'aurais-je fait à la place des personnages? et à la place du narrateur?

    Ce livre-là, je l'ai lu d'une traite: ça doit être bon signe Sourire

    Et le prochain, il faudra bien que ce soit Le bonheur dans le crime, non?

    Merci Walrus!

    lecture,littérature,belgique,belge,incipit

    chez Reka

    http://marecages.be/?p=2738

     

  • I comme importune

    La bibliothèque était fermée, il pleuvait. J’ai couru jusqu’au café le plus proche. La musique était grinçante, le poste mal réglé sans doute. La serveuse s’est adressée à moi avec lassitude. Ça m’a émue plus que je ne m’y attendais : elle me faisait penser à mon amie K*** qui écrit un livre sur la condition des femmes africaines. Une œuvre qu’elle ne cesse d’enrichir de l’expérience de toutes les femmes qu’elle rencontre et qu’elle promet de me faire lire depuis au moins cinq ans.

    - Vous voulez quoi, Madame ?

    C’était une grosse noire un peu nasillarde comme on en voit dans les histoires de jazz. Elle s’est dirigée vers le comptoir en traînant ses savates.

    La journée commençait bien, j’étais ailleurs, dans l’odeur des beignets et de l’huile de palme. Il en faut moins que ça pour vous couper l’appétit, surtout si vous avez mangé des spaghetti bolognaise juste avant.

    - Vous voulez quoi, Madame ? a-t-elle répété d’une voix encore plus lasse, en s’appuyant d’une main sur la table.
    Pas très nette, la table. Elle y a passé un chiffon grisâtre.
    - Un café, s’il vous plaît.

    Voilà le genre d’endroit où je devrais amener la grand-tante Léonie. Les traces de verres sur la table et les couches de poussière sur les miroirs devenus opaques seraient difficiles à dater, même pour un œil expert comme celui de la grand-tante Léonie qui, juste pour vous donner un exemple, passe son steak sous le robinet et l’éponge soigneusement entre deux torchons fraîchement lavés, amidonnés et repassés avant de le faire frire à la poêle.

    Les savates se sont traînées jusqu’au comptoir pour y mettre en branle de quoi me confectionner un café.

    Des savates comme celles-là, ces jambes lourdes, ce gros corps enveloppé de mètres de tissu criard, pas très frais, toute cette lassitude d’une vie, je les ai déjà vus. Et puis, un soir de fête, c’est une autre femme qui apparaît, maquillée avec art, coiffée d’un joli boubou, brillante sous l’or cliquetant de ses bijoux, le geste gracieux, les ongles faits, le sourire éclatant, le regard vif.

    Cette même femme qui aujourd’hui traîne la savate parce que vous lui demandez un café à l’heure où normalement elle fait sa sieste est alors chaussée de talons aiguilles et investit encore la piste de danse à quatre heures du matin.

    Quand elle m’a apporté le café, la pluie a cessé et la lumière s’est allumée à l’intérieur de la bibliothèque. Je vais être en retard à mon rendez-vous, moi qui arrive partout avec un quart d’heure d’avance. Le café est amer et brûlant. J’aurais dû demander une eau plate.

    La serveuse éteint la radio. Elle ferme la porte derrière moi, retourne la pancarte : « Fermé ».

    Elle va enfin pouvoir la faire, sa sieste.

    texte de fiction n° 3

    fiction

    Schaarbeek, église royale Sainte-Marie, lundi 1er août 2011, vers 17.30 h.


  • H comme Hémisphères

    Ils étaient quatre et fort bruyants dès leur entrée en scène. Deux hommes, deux femmes.

    Ils se sont précipités dans le coin où on peut manger assis dans des fauteuils de velours rouge autour d'une table basse. Ils s'y sont laissé choir sans élégance.

    - C'est comme ça qu'ils mangent, là-bas, a dit une femme, tout fort.

    Là-bas?

    Ils ont commandé des apéritifs. Ce qui n'était pas une mince affaire: un des hommes voulait une chose qui n'était pas sur la carte et ça devenait comique comme l'histoire des croissants chez Fernand Raynaud, il fallait juste remplacer "avec deux croissants" par:

    - Donnez-moi un Ricard.

    Il avait sans doute regardé trop de pub à la télé car il était partisan du "sinon rien" et a eu beaucoup de mal à se décider pour autre chose.

    Puis ils ont étudié la carte pendant un bon quart d'heure, la commentant longuement entre eux, se demandant s'ils commenceraient par du humus libanais ou des somosa indiens. Leurs discours pré-gastronomiques ont parcouru l'Afrique du Nord et la route de la soie, traversé les hauteurs du Népal et les ouragans des Caraïbes.

    Puis quand le garçon est venu prendre les commandes, un homme a dit:

    - Est-ce qu'il y a moyen d'avoir une côte de boeuf?

    ***

    Le site du restaurant Hémisphères: http://www.hemispheres-resto.be/index.html

    Pour les croissants de Fernand Raynaud, c'est ici: http://www.youtube.com/watch?v=hhV9kzF5bzs

  • G comme galerie, graffiti, gratte-ciel et gourmandise

    Quatre en un, aujourd'hui, pour me faire pardonner d'être absente jusqu'à vendredi Cool. Bien sûr, des billets sont prévus, mais je ne pourrai pas me connecter pour répondre à vos commentaires.

    J'étais à Bruxelles la semaine dernière et le hasard de mes balades m'a amenée à cette galerie dont malheureusement, je n'ai pas noté le nom ni l'adresse... mais je suis sûre que l'ami Walrus pourra nous renseigner:

    Brussel aug 2011 007 - kopie.JPG

    Brussel aug 2011 008 - kopie.JPG

    Comme vous pouvez le constater, on y vend des livres Rigolant et c'est un endroit où on peut se perdre de nombreuses heures dans les ouvrages anciens et de seconde main.

    Je me suis aussi beaucoup promenée dans le Jardin Botanique, un autre de ces lieux magiques pour moi qui aime les arbres et à peu près tout ce qui pousse. L'emplacement du Botanique fait aussi sa spécificité: il est coupé en diagonale par la rue Saint-Lazare et enserré de gratte-ciel:

    Brussel aug 2011 020 - kopie.JPG

    Brussel aug 2011 023 - kopie.JPG

    Même derrière ce bel arbre on devine un autre gratte-ciel:

    Brussel aug 2011 021 - kopie.JPG

    Près de la gare Centrale, j'ai photographié ce joli graffiti dans lequel je me suis tout à fait reconnue Langue tirée
    Moi, je suis le Manneken, tout en bas sur son petit nuage, et je vais me faire bouffer par le monstre. Ce jour-là en effet je me suis fait "bouffer par un monstre" (LOL) mais je ne sais pas encore si je vous le raconterai sur ce blog.

    Brussel aug 2011 004 - kopie.JPG

    Enfin, au chapitre de la gourmandise, je mettrai la photo du dessert vite fait aux mûres et à la ricotta dont j'ai donné la recette le 5 août (D comme dessert)

    001 - kopie.JPG

    002 - kopie.JPG

    Bonne semaine à tous!

     

     

  • F comme fraudeurzak

    Fraudeurzak, vous ne trouverez le mot au dictionnaire d'aucune langue. Alors je vous explique Clin d'œil

    En néerlandais, "een zak", c'est un sac, et "fraudeur", pas besoin de traduire, n'est-ce pas?

    Dans la jeunesse de mon arrière-grand-père, on passait nuitamment la frontière française pour frauder du tabac. Il paraît que ça rapportait bien mais que mon arrière-grand-père avait trop la peur du gendarme pour s'adonner à ce passe-temps si lucratif.

    L'expression est restée dans nos dialectes, en tout cas dans le mien: le "fraudeurzak" c'est le grand sac dans lequel on fait disparaître rapidement des choses. Mon grand-père l'employait aussi dans une expression qu'il affectionnait: pour qualifier quelqu'un qui avait grand appétit, il avait coutume de dire qu'il avait "een maag zoals een fraudeurzak", un estomac comme un "fraudeurzak".

    Alors quand j'étais à l'hôtel, à Pesaro, je ne pouvais m'empêcher de sourire et de penser à mon grand-père en voyant certaines mamies, au petit déjeuner, qui glissaient subrepticement des victuailles dans leur fraudeurzak. Pendant que les papies faisaient semblant de regarder ailleurs Langue tirée.

    Ainsi je voyais disparaître des biscotti aux amandes, aux fruits confits, des petits pains avec du fromage, du jambon, ... Pourtant, tous étaient en pension complète et à midi et demi pile, on remangeait.

    Ces mêmes mamies, ces mêmes papies, à l'heure du pranzo ou de la cena, se bousculent à l'entrée de la salle de restaurant avant l'ouverture des portes et se jettent sur le buffet d'antipasti comme des affamés. Pas le temps d'aller poser ses affaires à table, d'abord vider celle des hors-d'oeuvre! Ce qui fait que ceux qui attendent cinq minutes parce qu'ils n'ont pas envie de jouer des coudes (moi, par exemple) n'auront plus de haricots verts, ni d'épinards, ni de salade de poulpe, ni de haricots blancs. Mais il restera de la laitue, des tomates et des concombres Clin d'œil

    ça se passe comme ça,souvenir d'enfance,pesaro,italie,voyage

    Pesaro, a room with a view

    ça se passe comme ça,souvenir d'enfance,pesaro,italie,voyage

    Pour la vue sur la mer, il fallait être logé au côté opposé... et payer un supplément, alors qu'avec cette chaleur, on gardait les volets fermés jour et nuit Rigolant

  • 7 raisons de retourner à Pesaro

    Je n'ai rien dû forcer pour cause de "rubrique 7": il y a véritablement sept bonnes raisons de retourner à Pesaro.

    1.sa situation géographique, proche de l'aéroport d'Ancona et de villes d'art intéressantes.

    2.la présence d'une gare de chemin de fer

    3.la mer et la plage de sable fin

    4.ses nombreuses librairies vraiment très accueillantes

    5.début juillet, la possibilité d'assister aux examens des étudiants du Conservatoire et au Salone della Parola

    6.je ne dois plus tester trois bars avant de savoir où boire le meilleur cappuccino; idem pour les gelati Cool

    7.j'ai déjà un bon plan de ville, de sorte qu'en arrivant à la gare, je ne risquerai pas d'être mal informée par les autochtones et qu'on ne me fera pas faire, comme la première fois, un tour de plus d'une heure en traînant ma valise alors que l'hôtel est à 15 minutes en ligne droite...

    voyage,italie,pesaro

    Pesaro, le palazzo ducale

    voyage,italie,pesaro

    Pesaro, le port

    voyage,italie,pesaro

    voyage,italie,pesaro

    Comme disait Lamartine Langue tirée

    Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages, 
    Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
    Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges
    Jeter l'ancre un seul jour ?
  • E comme églises

    Que ferons-nous de nos églises qui se vident?

    Nous en avons déjà recyclé en salle de réunion ou en lieu d'exposition. J'en connais même une qui a été transformée en garage.

    Soit.

    Puis à Pesaro j'ai vu celle-ci:

    Pesaro 2011 009 - kopie.JPG

    Si vous passez par ce portail de l'église San Domenico, vous entrez dans le bâtiment de la Poste.
    Ce qu'on voit, et c'est assez saisissant, surtout la première fois, c'est la machine Postomat...

  • D comme dessert

    Une ancienne élève s'annonce à l'improviste pour le thé, pas le temps d'aller aux courses, voyons ce que nous offrent le frigo, le garde-manger... et la nature!

    Dans la nature, de belles grosses mûres. Dans le frigo, un pot de ricotta, dans le garde-manger, un petit biscuit sec et de la cannelle en poudre.

    On mixe les fruits; ceux qui n'aiment pas les petits pépins peuvent tout passer au tamis mais moi je les ai servis avec les petits pépins. On garde un beau fruit par petit pot pour la présentation.

    On mélange un demi-pot de ricotta avec de la cannelle et on y ajoute un petit biscuit réduit en poudre. Ma vieille moulinette fait encore très bien son office. J'ai mis le petit biscuit de peur que le mélange manque de douceur mais je crois qu'on pourrait même s'en passer.

    On verse de la purée de fruits dans trois petits verres, on y ajoute une cuillerée de ricotta, on remet un peu de fruits, encore un peu de ricotta... et on garnit le dessus d'une belle mûre.

    Et c'est prêt à mettre au frigo en attendant le moment de la dégustation.

    ***

    C'était trop miam! Rigolant La prochaine fois, j'essaierai de penser à faire une photo...

  • C comme...

    C comme Crinum x powellii, une jolie fleur rose qui me rappelle des souvenirs:

    Meise et Walrus juillet 2011 015 - kopie.JPG

    C comme Crambe maritime, une plante intéressante aussi d'un point de vue culinaire:

    Meise et Walrus juillet 2011 019 - kopie.JPG

    et C comme ... Langue tirée ?

    Meise et Walrus juillet 2011 020 - kopie.JPG

    C'était à Meise, le 27 juillet dernier. Nous avons donc vu les papillons bleus du Costa Rica, dont on parle ici: http://www.br.fgov.be/PUBLIC/GENERAL/GENERALFR/index.php

    Mais Meise, ce n'est pas seulement le parc, le jardin botanique, les serres, le plan d'eau.
    C'est aussi C comme Château, le château de Boechout:

    Bruxelles, amitié

    Bruxelles, amitié

    Un grand merci à Walrus et à Françoise, qui m'ont fait découvrir ce lieu magique.

  • B comme Baretto

    Pour découvrir le meilleur cappuccino de Pesaro, il m'a fallu attendre le dimanche. Après en avoir testé trois autres, vu que j'étais là depuis le mercredi après-midi. Le meilleur, le moins cher et le barista le plus humain et vrai: c'est Il Baretto, au numéro 92 de la via Branca.

    Pesaro 2011 023 - kopie.JPG

    La photo est détestable mais le cappuccino est servi dans les règles de l'art, peut être dégusté sur la petite terrasse ombragée et ne coûte qu'un euro dix.

    D'accord, la table était un peu branlante, mais je vous le dis, c'est quand le bar ne paie pas de mine que les gens sont les plus authentiquement gentils. Vous retournez le lendemain, ils vous reconnaissent, vous font 10 cent de réduction et vous offrent un journal à lire.

    Dans la rue d'à côté, un futur Caruso vocalise la fenêtre ouverte.

    Questo è l'Italia Clin d'œil

  • A comme Adrienne

    Petite interview d'Edmonde Charles-Roux à propos de son livre Elle, Adrienne.

    http://www.ina.fr/art-et-culture/litterature/video/I05131489/edmonde-charles-roux-sur-elle-adrienne.fr.html

    Ma grand-mère Adrienne ne détestait pas Proust. Tout simplement, elle ne le connaissait pas.

    Mais elle était très 19e siècle, elle aussi... on pourrait dire ça, en effet, "une héroïne du 19e siècle" Rigolant