• Z comme zinne

    Souvent, sur les blogs des uns et des autres, il m'arrive de rencontrer un mot inconnu. Alors je demande.

    Comme le premier septembre, chez Terraterre qui se demandait où était la zinne de ses treize ans: avoir une zinne, lui demandai-je, qu'est-ce que ça veut dire?

    http://terraterre.skyrock.com/3028619290-1er-SEPTEMBRE-2011.html

    Et puis voilà ce qu'on me répond: avoir une zinne": une envie soudaine, irrépressible, irraisonnée mais profonde comme une fulgurance. Mais ça s'écrit plutôt "une zin

    Ah! mais fallait le dire tout de suite que c'était du néerlandais, je n'aurais pas eu besoin de demander des explications Langue tirée

    Car oui, en effet, zin hebben = avoir envie!

    amitié, les joies de l'internet, langue

    Incroyable qu'on emploie ce mot de chez nous jusque dans les Ardennes françaises Cool

  • Y comme Yvonne

    « Jouer à cache-cache, c’est loyal, – dit–il. – Mais ça...

    – Oui, oui, – dit Yvonne, – ce n’est pas de jeu... »

    C’est drôle comme ils ont été tout de suite complices, sans s’être donné le mot. Où va–t–on se cacher pour de vrai maintenant ? « Par ici ! » dit Yvonne, et elle l’entraîne dans une direction qu’il reconnaît. 

    « Jamais... Jamais elle ne viendra nous chercher ici... »

    Ah, par exemple. Il se rappelle : elles se sont juré toutes les deux le secret de cette cachette, et voici que la seconde trahit son serment comme Suzanne.

    On y retrouve l’attrait du péché, le goût de l’interdit :

    « Oh, j’ai attendu si longtemps pour venir ici avec toi... je n’osais pas, j’avais juré... Et puis dès que j’avais juré, j’avais senti que je te mènerais ici... parce que j’avais juré... c’est si bon de manquer à sa parole... le péché... tu n’aimes pas les péchés, toi, Pascal, mon Pascal ? »

    Elle a une poitrine naissante... « Oh ! mon amour, – dit–elle, – comme je t’ai attendu longtemps, longtemps ! »

    Louis Aragon, Les voyageurs de l'impériale, Folio n°120

  • X comme xylologue

    Mais oui! on peut s'instruire en procrastinant sur le web! La peuve: c'est ainsi que j'ai appris un nouveau mot... xylologue.

    Vous connaissez sans doute le xylophone. Et si vous avez du bois de fenêtres à traiter, votre produit s'appelle probablement xylo- ou xyla-quelque-chose. Donc vous avez une petite idée de ce qu'est la spécialité du xylologue.

    Dans beaucoup de nos villes, la grand-place a droit ces dernières années à un "face-lift" (comment dit-on en français?). Alors qu'elles étaient essentiellement devenues de grands parkings, aujourd'hui on les réaménage et on essaie d'en bannir le plus possible les voitures.

    Souvent, en creusant pour faire les travaux, les ouvriers sont confrontés à d'étranges trouvailles qui attirent immédiatement l'attention des archéologues: pans de murs, anciennes fondations, galeries souterraines, restes divers.

    Parfois, il s'agit de restes humains. Ou d'une véritale nécropole.

    C'est alors qu'intervient le xylologue: il est l'archéologue spécialisé dans l'analyse du bois. En particulier, du bois de cercueil.

    Allez voir, c'est ici qu'on vous explique tout:

    http://gaaf.e-monsite.com/rubrique,xylologie,450327.html

    Les fouilles les plus médiatisées l'an dernier ont été celles de la place Foch, à Louvain. Elles n'étaient pas au goût du bourmestre qui craignait la grogne des commerçants situés tout autour.

    Celles avec le plus grand nombre de restes humains ont été faites à Malines: 41 personnes fusillées par l'armée d'occupation française le 23 octobre 1798 y ont été mises au jour cet été:

    mechelen.jpg

     

    Mais c'est à Nivelles que les xylologues ont pu s'en donner à coeur joie:

    http://www.nivelles.be/content/des-decouvertes-exceptionnelles

  • W comme wagon de train

    Les vitres du train sont un miroir dans lequel on voit le reflet de deux tours... je vous laisse deviner lesquelles ou je vous le dis tout de suite?

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    Et à côté, comme dans toutes les gares flamandes, c'est le domaine des vélos...

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    Des grands et des petits, des jeunes et des vieux, des baskets et des souliers bien cirés, il faut de tout pour faire un (bon) train Cool

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  • V comme Venise (1)

    "Habitué à recevoir des couples en voyage de noces, des amants clandestins, des esthètes écumeurs de musées, des touristes pour qui le fin du fin est de visiter le plus de monuments possible en un minimum de temps, le concierge de ce grand hôtel de Venise, que mon père avait choisi sur la recommandation d'un porteur de bagages, dut être désagréablement surpris en voyant débarquer, au mois de mars 1920, dans le hall somptueux du palace, la famille Tarassof au complet, avec ses visages anxieux, ses vêtements défraîchis et ses valises de pauvres aux couvercles consolidés par des ficelles."

    Ainsi commence Le fils du satrape, d'Henri Troyat, et en lisant cet incipit je me demandais dans quelle catégorie je devais nous mettre, ma mère et moi, qui avons passé cinq jours à Venise à la fin du mois d'août: nous n'avons visité aucun musée, sauf Ca'Rezzonico parce que je voulais revoir les petits tableaux de Pietro Longhi, ne sommes entrées dans aucune église, sauf ma mère qui tenait à dépenser des sous pour allumer une fausse bougie.

    Par contre, nous avons passé deux de nos cinq journées à la Biennale d'art moderne Langue tirée

    Venise août 2011 036 - kopie.JPG

    Ca'Rezzonico, depuis le vaporetto

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    le rio di san Barnabà longe Ca'Rezzonico

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    Ca'Rezzonico, depuis le palazzo Malipiero

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    ma mère, assise dans le jardin, Ca'Rezzonico

  • U comme Urbino (suite)

    Que trouve-t-on à l'intérieur du palazzo ducale? De nombreuses oeuvres d'art, bien sûr, mais qu'il est interdit de photographier. Tout ce qu'il y a à voir se trouve ici: http://www.palazzoducaleurbino.it/ ou ici: http://fr.wikipedia.org/wiki/Galleria_Nazionale_delle_Marche

    Par contre, ce que je peux vous offrir, c'est ceci:

    Pesaro 2011 030 - kopie.JPG

    des latrines

    Pesaro 2011 029 - kopie.JPG

    la cour intérieure (cour d'honneur)

    Pesaro 2011 031 - kopie.JPG

    la vue sur la piazza (parking et station des bus)

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    la cour-jardin entre les appartements du duc et ceux de la duchesse

    Pesaro 2011 033 - kopie.JPG

    autrefois une galerie reliait directement leurs appartements

    Pesaro 2011 034 - kopie.JPG

    et pour boucler la boucle commencée par les latrines, voici:

    Pesaro 2011 036 - kopie.JPG

    l'authentique baignoire ducale Cool

     

  • T comme Troy

    Mercredi dernier, Marine n'avait pas envie de rire: le sort réservé à Troy Davis la préoccupait trop. Comme elle voulait savoir ce que les profs et les élèves en pensaient, j'en ai parlé jeudi avec une de mes classes. Justement, il me restait un bon quart d'heure dans un cours où il s'agissait précisément d'apprendre à argumenter et surtout à bien formuler son argumentation.

    Alors je leur ai parlé de Troy Davis, de la peine de mort et je leur ai demandé de me formuler par écrit un avis bien argumenté sur la question.

    C'était prendre un certain risque, car je sais que les jeunes ont souvent des avis très tranchés sur la question. Mais je tombais bien, ils étaient presque tous contre. Voici leurs principaux arguments:

    - Il est incompréhensible que la peine de mort soit encore pratiquée de nos jours: je ne comprends pas comment il est humainement possible d'exécuter un être humain, même s'il a commis un crime.

    - Chacun mérite une deuxième chance et d'abord il faut donner au criminel les moyens de se rendre compte de la gravité de ses actes. Le tuer n'est pas une solution.

    - La peine de mort est tout à fait inacceptable, surtout si on manque de preuves. C'est une grave injustice.

    - La peine de mort est contraire aux droits de l'homme.

    - Une peine doit servir à faire réfléchir le criminel, il faut que ça lui apprenne quelque chose et ça ne s'obtient pas en le tuant.

    Bien sûr, tous mes collègues profs de Lettres vous le diront (1), car le sujet est régulièrement au programme dans les lycées français, il y a toujours des élèves qui sont pour. La lecture de Victor Hugo ou de Beccaria, Voltaire, Rousseau, Camus, Eco, Clavel, Badinter... ne les fait pas changer d'avis. Ils pensent comme Barjavel ou Sardou.

    Moi j'étais bien contente de n'en avoir que deux. Et je sais qu'on pourra en discuter et y réfléchir encore ensemble, calmement:

    - Un assassin n'a plus le droit de vivre, un psychopathe ne changera jamais et les laisser en prison pour le reste de leur vie coûte cher.

    - La peine de mort est justifiée pour les pédophiles et les tueurs en série. Dans ces cas-là, elle devrait être rétablie.

    Voilà, Marine Sourire

    Et tu sais quoi? Une fois de plus, je suis fière d'eux...

     ***

    (1) en voici un témoignage parmi tant d'autres: "j'avais demandé à mes élèves, en guise d'évaluation finale, d'écrire une lettre à un gouverneur d'un Etat américain pratiquant la peine de mort pour lui dire ce qu'ils pensaient de cette pratique.....j'ai eu de drôles de surprises !"

  • Stupeur et tremblements de terrienne

    Mon journal m'apprend laconiquement que cette nuit les restes d'un satellite hors d'usage viendront s'écraser sur la terre. Je constate une fois de plus avec stupeur (et tremblements) que notre espace est une immense poubelle... et la terre un lieu à haut risque.

    Voilà encore quelques centaines de kilos de métal dont on espère qu'ils ne tomberont pas en zone habitée.

    L'Upper Atmosphere Research Satellite (UARS), lancé en septembre 1991, n'est plus utilisé depuis 2005. Son poids total est d'environ 6 tonnes et il fait 10 mètres sur 5.

    Voilà près de 30 ans, me dit le journal, qu'un satellite de cette importance ne s'était plus écrasé sur notre planète. La dernière fois, c'était en 1979: les restes du Skylab sont alors tombés dans l'ouest de l'Australie, où ils n'ont heureusement touché personne.

    L'Europe de l'Ouest fait partie des zones à risque pour la chute de cette nuit, paraît-il.

    Zut, mon testament n'est toujours pas fait Langue tirée

  • 22 raisons de ne pas rire

    Chère Marine

    après avoir lu ton commentaire, mercredi soir, c'est moi qui l'avais, la boule au creux de l'estomac. Et elle ne m'a plus quittée depuis.

    C'est vrai, j'avais mis le lien vers une vidéo "pour rire" le jour de l'exécution d'un condamné à mort très probablement innocent du crime dont on l'accuse.

    Sans doute, le jour était mal choisi.

    Il est vrai aussi que ce jour-là et les précédents, je n'avais moi-même aucune envie de rire. Pourtant j'ai ri. Je crois très fort dans les bienfaits du rire et du sourire.

    Pas envie de rire, tout d'abord parce que ces jours-ci, il y avait l'anniversaire de mon ancien élève: il y a cinq ans qu'il est mort du cancer, forçant à jamais mon admiration pour son courage, sa force de caractère, sa maturité et son immense appétit de vivre.

    Ensuite parce que mille autres tracas, petits et grands, étaient en train de s'accumuler. Il y en a dont je ne parle jamais et dont je continuerai à ne pas parler. J'ai choisi la légèreté et les petits bonheurs.

    Enfin, ce même jour, je m'étais fait agresser physiquement, ici dans ma verte et paisible campagne, par un homme déguisé en vainqueur du tour de France qui estimait apparemment que ma présence sur sa route lui coûterait deux précieuses fractions de seconde au chrono.

    Alors tu comprends que quand un collègue m'a envoyé cette vidéo, je me suis dit que ce 21 septembre, ce serait "R comme rions"

    Je t'embrasse et j'espère que tu vas bien

  • R comme rions un peu...

    Vous voulez savoir ce qui nous fait rigoler, mes collègues profs de français et moi-même, depuis hier soir?

    C'est ici:

    http://www.youtube.com/watch?v=rvdCzohYEy8

  • 20 motivations de la rentrée?

    Il m'arrive de dire à mes élèves, lorsque l'occasion se présente, que je fais le plus beau métier du monde. Le plus beau pour moi, bien évidemment, c'est ce que je me dépêche de préciser: et à eux de trouver quel sera le leur.

    Alors ce soir, en y réfléchissant, je me demande ce qui me motive, moi, dans ce métier...

    Petit bilan:

    1. les bons élèves, ceux qui vous donnent le sentiment qu'ils progressent si bien grâce à la qualité de votre enseignement (LOL) alors qu'ils sont tout simplement brillants

    2.les mauvais élèves, ceux qui constituent un véritable défi, ceux pour qui ils faut se réinventer, ceux qui donnent, en fin de compte, une satisfaction d'autant plus grande que la tâche a été plus rude

    3.les gentils élèves, qui vous disent bonjour, au revoir, merci, qui vous souhaitent un bon week-end, qui vous sourient, vous envoient des mails, vous tiennent au courant de leur vie après avoir quitté l'école

    4.les élèves au grand complet, pour les échanges,les discussions et les rigolades

    5.les élèves et le bonheur que j'ai à les voir évoluer, grandir, se surpasser

    6.les collègues qui deviennent des amis

    7.les collègues sérieux, compétents, qui font bien leur boulot, sur qui on peut compter. Si, si, il y en a Clin d'œil

    8.la matière que j'enseigne et que j'aime: j'aime les langues

    9.le français langue étrangère est une matière qui me permet d'être créative

    10.une matière qui me permet de parler de poésie et de littérature

    11.une matière qui me permet d'organiser des débats

    12.une matière qui m'offre de jolies perles: "les voyelles et les consoles", par exemple, ou "l'institutrice que j'ai eue en maternité"

    ...

    je n'arriverai pas à 20 mais ça ne fait rien

    Je fais quand même le plus beau métier du monde Cool

  • Question existentielle

    Avez-vous le sens de l'orientation?

    Ilias a le sens de l’orientation.

    Après deux années dans le général, il est allé suivre une formation sportive. Maintenant il a décidé de venir en professionnelle. Electricité.
    - Pourquoi l’électricité ? je lui demande.
    Il hausse les épaules. Faut bien faire quelque chose, en attendant d’avoir dix-huit ans et le droit d’être vautré dans un fauteuil toute la journée, comme son frère.

    Marie a le sens de l’orientation.

    Elle a fait deux ans de technique puis une formation de mode. Aujourd’hui elle s’est inscrite en informatique. Mais elle n’aime pas travailler à l’ordinateur.
    - Tu es tout de même un peu motivée ? je lui demande.
    Elle prend son air le plus bougon et dit avec hargne en regardant sa mère :
    - Je veux faire de la photographie mais il paraît que ça coûte trop cher.

    Driss a le sens de l’orientation.

    Il a fait du latin. Des maths. Des sciences. Il est revenu au latin. Il est revenu aux maths. 
    - Tu es satisfait de ton parcours ?  je lui demande.
    Alors il se lance dans des explications très compliquées d’où il ressort que la seule chose qui l’intéresse, c’est la philosophie.
    Mais il n’a toujours pas de cours de philosophie.

    Voilà ce que c’est que de voyager sans boussole sur la mer immense du savoir Langue tirée

    défi,prof,école,élèves

     Texte écrit pour le défi 159

    les noms, bien sûr, sont fictifs... mais seulement les noms Clin d'œil

  • P comme Proust... mais chez les autres!

    Je l'ai déjà dit des tas de fois, ma lecture de la Recherche n'avance pas, mais chaque livre pris en main me parle du petit Marcel.

    Chez Marine, j'ai lu les premiers chapitres de La fin des temps (Haruki Murakami, Seuil, collection Points n°828, 2001) Voici ce qu'on y trouve page 19:

    - Proust, fit-elle en me regardant.
    Elle n'avait pas exactement prononcé "Proust", mais il me semblait que ses lèvres avaient formé ce mot (...). Proust?
    - Marcel Proust? demandai-je.
    Elle me jeta un regard étonné avant de répéter "Proust".

    J'ai lu aussi Claudie Gallay, Seule Venise, éd. du Rouergue, coll. Babel, 2004:

    Les salons du Florian. Banquettes de velours rouge. Petites tables en marbre blanc. Avec la vue sur San Marco.
    - Il me faut la table sous le Chinois, je demande.
    Le serveur a l'habitude. Il m'accompagne.
    - Vous avez de la chance, il n'y a personne.
    Un salon. Une table avec le tableau au-dessus. Je regarde le tableau. Le prince (1) m'a expliqué. C'est à cause de Barrès, de Proust. Ils se donnaient rendez-vous ici, sous le Chinois. Et ils parlaient. Des après-midi entiers. (p.77)

    Lecture commune - Proust.png

    - Hemingway venait là (2) lui aussi. Et puis Barrès, Proust, Morand...
    On revient à cela, toujours, immanquablement.
    - Vous les aimez tant que ça tous ces gens?
    - Je les aime, oui.
    - Tellement?
    - Tellement.
    - Et vous venez là parce qu'ils y sont venus? Les livres ne suffisent pas?
    - C'est la vie qui ne suffit pas. (p.157)

    Car en effet, ce genre de pèlerinage n'aurait pas plu à Proust, qui condamnait cette "idolâtrie" (je cite) envers un artiste qu'on admire. Voir à ce sujet le chapitre 9 du livre d'Alain de Botton, Comment laisser tomber un livre. Mais qu'on se rassure si on a fait le voyage jusqu'à Illiers-Combray, personnellement je rêve de refaire les voyages de Montaigne ou de Stendhal... en Italie Cool

    ***

    (1) un vieux prince russe en exil qui vit dans la même pension vénitienne que la narratrice... bientôt les auteurs de romans devront trouver autre chose, je crois que les dernières victimes princières survivantes de la révolution de 1917 doivent se faire de plus en plus rares...
    (2) à Venise, au Harry's Bar, of course Clin d'œil

  • O comme onze (2 et 3)

    Ou Comment Proust peut changer votre vie, d'Alain de Botton, collection 10/18, 2003.

    Aujourd'hui deux extraits sur la lecture et l'universalité de la nature humaine, qui fait qu'on peut se sentir bien, c'est-à-dire moins seul et à l'aise partout:

    "Esthétiquement, le nombre des types humains est trop restreint pour qu'on n'ait pas bien souvent, dans quelque endroit qu'on aille, la joie de revoir des gens de connaissance."

    Quoique je ne comprenne pas bien la joie qu'il y aurait à rencontrer une madame Verdurin Incertain
    Sauf en lecture, bien entendu.

    La lecture nous fait aussi rencontrer des réflexions que nous avions eues nous-mêmes, ou nous procurer d'agréables "Aha-Erlebnis":

    "Si nous lisons le chef-d'oeuvre nouveau d'un homme de génie, nous y retrouvons avec plaisir toutes celles de nos réflexions que nous avions méprisées, des gaietés, des tristesses que nous avions contenues, tout un monde de sentiments dédaignés par nous et dont le livre où nous les rencontrons nous apprend subitement la valeur."

    Ainsi, notre ami Marcel boucle très modestement mon billet du jour: puisque c'est lui, l'"homme de génie" dont "nous lisons le chef-d'oeuvre" pour y découvrir la valeur de sentiments et de pensées que nous avions eus.

    littérature, lecture, amitié

     

  • N comme nationalité et nationalisme

    Mercredi dernier, 11.30 h. Le soleil entre à flots dans la classe. Le ciel est d'un bleu parfait. Les estomacs commencent à gargouiller.

    Nous faisons des exercices oraux pour revoir quelques points de grammaire: l'article, les possessifs, les prépositions devant les noms géographiques. Alors nous parlons des pays qui nous font rêver, de ceux où nous sommes allés, de ceux où nous aimerions aller, de ceux que nous connaissons. Ou le contraire de tout ça.

    - Moi je suis originaire de Tunisie, me dit une jeune beauté brune qu'en France on appellerait une beurette.

    Voilà ce que c'est que d'enseigner dans sa propre ville: je connais sa mère, son père, ses soeurs, ses oncles, ses tantes, ses cousins, ses cousines, leur voisin et son jardin. Alors j'essaie de lui faire rectifier le tir:

    - Tu veux dire que ta famille est d'origine tunisienne...

    Car je connais aussi l'histoire du grand-père, le premier Tunisien de la ville, arrivé comme très jeune homme au tout début des années soixante pour travailler en usine, puis la venue de l'épouse. Et de tous les enfants nés sur le sol belge.

    Mais elle me réplique du tac au tac:

    - Non, non, je suis Tunisienne. Ce sont mes racines.

    Alors qu'elle est Belge, bien sûr, tout comme sa mère, son père, ses soeurs, ses oncles, ses tantes, ses cousins, ses cousines, leur voisin et son jardin.

    ***

    Vous voulez que je vous dise? Elle m'inquiète un peu, ma jolie beurette, ...

    ***

    J'ai aussi dans la classe - ou j'en ai eu ces dernières années - des Polonais, des Russes, des Serbes. Des Grecs, des Albanais, des Kirghizes. Des Congolais, des Italiens, des Portugais. Des Biélorusses. Deux citoyens américains. Et j'en oublie. Tous de "deuxième génération" mais se déclarant Belges. Le "heimat", c'était juste bon, à la limite, pour aller voir les grands-parents restés là-bas.

    Ils n'avaient pas, eux, de problèmes de racines.

  • M comme murs et murmures

    Murmures

    Ô saisons, ô châteaux
    Quel mur est sans défauts ?
    Berlin, Hadrien,
    fondations, lamentations,
    illusions.

    À pied, à vélo,
    à Grammont, à Jéricho,
    en Bretagne, en Sologne,
    murs d’escalade
    ou de façade.

    Les fleurs, le son,
    tout lui est bon.
    Le feu, le verre,
    la pierre, la terre,
    la brique ou l’Atlantique.

    C’est bien la pire peine
    de ne savoir pourquoi
    sans ‘je t’aime’ et sans haine
    mon cœur a tant de peine.

     

    defi, pastiche

    Merci à Rimbaud et à Verlaine
    Texte écrit pour le défi 157

  • L comme Longue Liste

    C'était dimanche soir et j'avais du vague à l'âme. Pourtant, j'avais quasiment terminé toute ma longue Liste-de-choses-à-faire-le-week-end, toutes ces choses qui s'accumulent pendant la semaine ou qu'on n'a le temps de faire que le samedi et le dimanche.

    Ce qui fait que samedi, au lieu d'aller me promener sous le beau soleil dans la ville en fête - oui, il y avait fête dans la ville où j'enseigne et il faisait très chaud - j'ai ramassé et décortiqué une caisse de noisettes, travaillé au potager, tondu la pelouse, corrigé des devoirs.

    Dimanche, au lieu d'aller visiter quelque monument à la Journée du Patrimoine, j'ai fait du pain, scié des bûches, rentré du bois, passé la boue de la bagnole au k*rch*r, nettoyé la maison, fait des vaisselles, corrigé un autre paquet de devoirs.

    Et bien vous savez quoi? Le soir, au lieu de me laisser tomber dans le divan avec un bon roman et la satisfaction du devoir accompli, je me suis mise à écrire ce billet: j'avais "la saudade". Comme Célestine!

    http://celestinetroussecotte.blogspot.com/2011/09/sensations.html

    Je reprends donc son excellente définition: "Un mélange étrange de mélancolie, de tristesse, de rêverie et d'insatisfaction non définie."

    ***

    Et le week-end prochain? Je ne fais rien. Je vais à la mer Cool

    Oostende juli 2011 020 - kopie.JPG

  • K comme Kyrie Eleison

    La femme parlait comme une enfant et ses enfants la reprenaient patiemment. Une phrase après l'autre, un mot après l'autre. Des siècles pour une conversation, sans cesse avortée, sans cesse recommencée. Elle avait des visions, des rêves éveillés. Elle redevenait la petite fille qu’elle avait été aux yeux de son père. Elle était belle d’une beauté gratuite, offerte et sans raison.

    Parfois, elle avait des sursauts de présence. Alors tout à coup elle retrouvait son regard d’avant et apostrophait son aîné d’un :

    - André ! c’est notre André qui est là !

    Et on voyait le bonheur dans ses yeux.

    Parfois, elle se taisait et elle pleurait doucement. Ses enfants l'accompagnaient en se tenant les mains.

    - Elle se rend compte, pensait la cadette. Elle sait. Elle connaît son mal.

    Parfois elle disait :

    - Vous êtes bien gentils, tous, mais maintenant je voudrais rentrer chez moi.
    - C’est ici, chez toi, répondait doucement le second, celui qui avait le cœur tendre.
    - Oh non, faisait-elle en secouant la tête. Je vais rentrer à la maison. On m’attend.

    Trente ans déjà que plus personne ne l’attendait à la maison. D’ailleurs il avait fallu la vendre, pour payer la maison de retraite.

    - Ne vous dérangez pas, disait-elle, mais il faut que j’y aille. Je vais prendre le bus.

    De sa vie jamais elle n’était montée dans un bus. Sauf une fois, en 1957, quand elle avait fait un voyage en autocar pour aller à Lourdes. Longtemps elle avait gardé la photo de groupe dans un cadre en métal orné d’une rose. Elle aimait beaucoup les photos : aux murs, des agrandissements, sur les meubles, la cheminée, la télé, des petits portraits. Mais maintenant, les photos, ça ne lui disait plus rien. Elle ne reconnaissait plus ses petits-enfants.

    Elle était devenue petit oiseau, petit grillon, petite ombre aux mains usées. Ses enfants essayaient de lui faire manger un peu de crème à la vanille, un quart de tartine au fromage. Elle mâchait et remâchait la même petite bouchée de pain pendant un quart d’heure, déglutissait avec peine.

    - Je n’ai plus faim. J’ai assez mangé.
    - Mais tu n’as encore rien mangé, aujourd’hui, maman…
    - Oh si ! je cuisine tous les jours, des pommes de terre, des légumes…

    Deux ans bientôt qu’elle ne cuisinait plus. Au début, on trouvait le frigo complètement vide ou contenant juste un steak avarié. Ah ! ils avaient dû bien rigoler, les commerçants de sa rue, à la voir courir en pantoufles acheter le troisième steak de la journée. Ils ont su, eux, avant tout le monde. Avant la famille. Mais ils se sont tus.

    - Je m’en veux, pensait la cadette. Je m’en veux de ne pas avoir compris dès le début. Elle le savait, elle, que ça allait lui arriver. Elle le savait depuis toujours.

    Elle avait vu l’inexorable avancée de la déchéance chez sa propre mère, qui ne reconnaissait plus ses filles et leur disait :

    - Vous êtes de bien braves petites, de venir comme ça nettoyer chez moi…

    Alors elle n’avait cessé de supplier son médecin, ses enfants, maintes et maintes fois, que le jour où ça lui arriverait à elle aussi, ils lui permettraient de mourir. Mais les lois sont mal faites et il lui fallait souffrir jusqu’au bout.

    Sur ses bras, sur ses poignets devenus tout minces, de grandes taches bleuâtres. La nuit, on l’attache dans son lit.

    - Elle pourrait tomber et se faire mal, dit l’infirmière.

    texte écrit en souvenir affectueux de Maria

  • J comme Jacqueline Harpman (5)

    Un voyage en voiture qu'on ne peut poursuivre, un personnage qui devient le narrateur et qui dévoile peu à peu tout ce qu'il sait sur une famille, une maison qui sort du commun par son architecture, une "matriarche" obligée de vendre un à un ses objets de valeur, une fidèle servante appelée Madeleine, qui poursuit son travail même quand on ne peut plus lui payer ses gages et qui devient peu à peu l'égale de sa patronne, ... au plus j'avançais dans l'histoire, au plus j'avais l'impression que Jacqueline Harpman se répétait d'un livre à l'autre. Et je ne peux supposer que ce ne soit pas sciemment.

    J'avais à peine commencé la lecture du Bonheur dans le crime que j'étais déjà frappée par une foule de similitudes avec celui que je venais de terminer (voir au J du mois dernier, En toute impunité). A commencer par des détails, comme ce secrétaire de Serrurier-Bovy qu'on va vendre très cher et en dernier lieu, la présence d'un araucaria dans le jardin ou le fait qu'une dame "récupère" son nom de famille en épousant un homme qui porte le même.

    Oui, cela m'a gênée.

    Surtout que le titre et le texte en exergue réfèrent à Barbey d'Aurevilly et que j'aurais préféré que l'auteur s'en tienne à ce parallélisme-là. Car il est bien présent, celui-là aussi. Cependant je ne vous en ferai pas le détail, il y a peut-être des gens qui veulent le découvrir eux-mêmes à la lecture Sourire

    harpman5.gif

    lecture,littérature,belgique,belge

    chez Reka

    http://marecages.be/?p=2738

  • I comme invitation

    Vendredi soir, j'ai enfin osé retirer les 9 mètres de voilage que j'avais suspendus devant les fenêtres de la terrasse: septembre étant arrivé, je me suis dit que les corneilles seraient peut-être moins agressives et qu'elles laisseraient mes vitres en paix.

    Aussitôt le voilage déposé à terre, le temps de replacer l'échelle au garage et voilà que les chats de la maison y voient une invitation:

    001 - kopie.JPG

    Puis le samedi matin, c'est le soleil qui a enfin de nouveau pu s'inviter à l'intérieur, d'où il avait été banni depuis le mois de juin:

    002 - kopie.JPG

    et ça me fait tout bizarre d'avoir récupéré la vue complète sur le jardin Sourire

    D'où une invitation à tondre la pelouse, corvée des corvées, mais qu'est-ce que je suis contente de pouvoir admirer l'oeuvre accomplie, même si, avec l'état spongieux du terrain, la machine a laissé de lourdes traces...

    jardin,chats,vie quotidienne

    ne dirait-on pas que je fais une pub Langue tirée

  • H comme hasard

    Les hasards de la Toile m'ont fait arriver ce matin sur le site de l'Institut polonais de Paris où je suis tombée en arrêt devant le nom de Marcel Proust.

    Encore lui, me direz-vous, ce n'est pas "h comme hasard" mais "h comme hantise" Langue tirée

    Vous me comprendrez peut-être quand vous aurez lu ceci (que j'ai repris du site, voir le lien au-dessous):

    Après la déportation par les Russes de quatre mille officiers polonais dans le camp de Starobielsk, d’octobre 1939 jusqu’au printemps 1940, quatre cents d’entre eux furent déplacés à Griaziowietz : ils furent les seuls à échapper au massacre de Katyn.
    Afin de surmonter leur abattement et leur angoisse, ils imaginèrent de se donner mutuellement des cours ou des conférences.
    Tandis que d’autres parlaient d’histoire, de science ou d’alpinisme, Joseph Czapski fit une série d’exposés sur la littérature française. Comme une mise en abyme, la remémoration de La Recherche du temps perdu par un prisonnier de guerre gravement malade, sans livres ni documents à sa disposition, est elle-même une véritable création, et d’autant plus que Czapski n’est ni philosophe (il s’en excuse) ni critique professionnel (il en surclasse plus d’un...), mais lecteur et artiste, qui met en valeur la nouveauté de la phrase et de la forme proustienne, tout en ramenant son théâtre prodigieux à la filiation de Saint-Simon et de Balzac.

    Un lecteur qui n’a jamais lu Proust découvrira, dans ce livre miraculeusement arraché à la déchéance, un chemin tracé vers un auteur qu’on a dit, à tort, réservé aux élites ou entaché de snobisme mondain.
    Livre à la fois émouvant et pénétrant, Proust contre la déchéance est constitué de causeries improvisées entre 1941 et 1942 par le peintre polonais Joseph Czapski, devant ses camarades prisonniers du camp soviétique de Griaziowietz.

    PROUST CONTRE LA DÉCHÉANCE, Joseph Czapski, Editions Noir sur Blanc                                           
    16 € / 150 pages

    http://www.institutpolonais.fr/#/event/380

    Et voici un extrait du livre, dont justement Florizelle parle aussi ce matin, et que j'ai trouvé chez elle (voir le lien à côté, Le Divan Fumoir Bohémien:

    "Dans une petite salle bondée, chacun de nous parlait de ce dont il se souvenait le mieux. Je vois encore mes camarades entassés sous les portraits de Marx, Engels et Lénine. Je pensais alors avec émotion à Proust, dans sa chambre surchauffée, aux murs de liège, qui serait bien étonné et touché peut-être de savoir que vingt ans après sa mort des prisonniers polonais, après une journée entière passée dans la neige et le froid, écoutaient avec un intérêt intense l'histoire de la duchesse de Guermantes, la mort de Bergotte et tout ce dont je pouvais me souvenir de ce monde de découvertes psychologiques précieuses et de beauté littéraire.

    La joie de participer à un effort intellectuel qui nous donnait une preuve que nous sommes encore capables de penser et de réagir à des choses de l'esprit n'ayant rien de ocmmun avec notre réalité d'alors nous colorait en rose ces heures passées dans la grande salle à manger de l'ex-couvent, cette étrange école buissonnière où nous revivions un monde qui nous semblait alors perdu pour nous pour toujours. "

    ***

    Alors qu'irais-je me faire du souci pour une pelouse pas tondue, des corniches à nettoyer, des dossiers à mettre en ordre et du temps qui manque pour tout?

    litterature,hasard,les joies de l'internet

     

  • G comme go girl, go!

    Le jour où moi aussi j'écrirai un livre avec comme titre "Absolument dé-bor-dée", ce ne sera pas de la piquette Langue tirée

    ***

    Je finirai par croire que les élèves attendent avec impatience la rentrée des classes pour qu'on s'occupe de leurs problèmes. Petits et grands.

    Et je me demande comment ils font, pendant ces deux longs mois de vacances, pour se passer de nos services... Clin d'œil

    ***

    Mais le titre que j'ai choisi ne concerne pas que moi.

    Je le dédie à toutes les jeunes filles à qui leurs propres parents refusent l'obtention d'un diplôme pour les marier de force.

    Je me sens impuissante, furieuse et consternée.

  • F comme Francis, mon coiffeur-philosophe

    L'école venait de recommencer et j'avais les cheveux dans les yeux, il était donc plus que temps de retourner chez mon coiffeur-philosophe.

    Après les formalités d'usage - soupirs en examinant le cas désespéré que je suis apparemment et questions d'introduction sur la fin des vacances et la reprise des cours - comme la conversation tombait, il m'a fait part de sa connaissance de l'Egypte. Car c'est là qu'il ira, en novembre prochain.

    L'Egypte, me dit-il, exerçait déjà une fascination sur lui quand il était petit et qu'il découvrait des images de pyramides et de pharaons.

    - A l'époque, ajouta-t-il, je ne croyais pas du tout qu'un jour il me serait possible de voir tout ça "en vrai". Mais voilà, les voyages se sont démocratisés, il est devenu accessible à un plus grand nombre de gens de prendre l'avion, alors ma femme et moi nous allons chaque année en Egypte.

    Chaque année, depuis trois ans.

    - Vu que je peux me le permettre, a-t-il dit de son air le plus modeste.

    C'est rare, qu'un "travailleur indépendant", qu'un "petit commerçant", avoue qu'il est bien à l'aise financièrement. Les murs du fisc ont des oreilles.

    - La première fois, bien sûr, on a fait une croisière sur le Nil.
    - Bien sûr, fis-je, comme si j'y connaissais quelque chose en planification de voyages égyptiens.

    Alors j'ai eu droit à tous les détails, les monuments visités, l'ambiance à bord et l'âge du capitaine. Puis il m'a fait le reportage du deuxième séjour, avec d'autres musées, d'autres lieux, d'autres monuments. Dont il avait oublié les noms, mais qu'importe... Et pendant qu'il raconte, il reste les ciseaux en l'air. Que voulez-vous, c'est un homme Clin d'œil.

    - Mais maintenant qu'on a déjà tout vu, on y va pour le soleil.

    Regard étonné de ma part: si c'est pour le soleil, il y a, me semble-t-il, d'autres destinations? Mais je me tais, pour qu'il continue à manier ses ciseaux. Je n'ai pas de temps à perdre, j'ai un blog à alimenter, moi Clin d'œil.

    - Et quand vous rentrez et qu'ici c'est l'hiver, le choc n'est pas trop grand? ai-je fini par demander, parce qu'il faut être polie et montrer tout de même un minimum d'intérêt.
    - Oh non! dit-il. Ce soleil dont on a profité me garde en forme pour toute la mauvaise saison.
    - ... ?
    - On fait du reiki, ma femme et moi.
    - Ah! fais-je.

    Je n'ai pas voulu lui demander de m'expliquer le rapport, sinon je serais encore prisonnière de son fauteuil et du grand tablier noir dans lequel il m'emballe.

    ***

    Mais dites-moi, n'ai-je pas une chance immense, d'avoir un coiffeur philosophe reiki?
    Je sais déjà de quoi nous parlerons, quand j'y retournerai en décembre et qu'il sera tout bronzé et plein d'énergie Cool

  • 7 motivations

    Vous allez peut-être me déclarer folle, ou sadique, mais j'ai déjà fait écrire à mes élèves de Terminale un premier texte argumentatif: je voulais savoir ce qui les motivait pour apprendre Sourire

    Je vous laisserai choisir la plus belle, la plus drôle, la plus émouvante ou la plus bizarre parmi leurs nombreuses motivations, dont je vous livre textuellement quelques exemples ci-dessous:

    1.les "donnant-donnant":

    - Mes parents sont plus flexibles si j'ai de bons résultats.
    - J'ai un compromis avec ma mère: si j'ai de bons points, mon amoureux peut venir avec nous en vacances.
    - Quand ma mère m'interdit quelque chose, je lui dis: "Mais j'ai de bonnes notes!" Et parfois, ça marche.

    2.les hypermotivés Langue tirée:

    - Ce qui me motive, ce sont surtout les vacances
    - Travailler est beaucoup plus fatigant qu'étudier.
    - Mon grand-père m'a dit qu'on ne vit qu'une fois et qu'on ne doit pas être trop sérieux: je ne veux pas regretter plus tard de ne pas m'être assez amusé dans ma vie.

    3.les orgueilleux (comme dirait ma mère):

    - Il y a le plaisir de montrer aux autres ce qu'on sait et de savoir plus qu'eux.
    - Mon ego surdimentionné!
    - Ce n'est pas gai d'être stupide dans un monde de gens intelligents.

    4.les gentils:

    - Rien n'est plus important que de voir la fierté dans les yeux de mon père.
    - Je ne veux pas décevoir mes parents: leur déception est une punition plus grave que de m'interdire des choses.
    - C'est agréable de rentrer à la maison avec un beau bulletin et de voir que les parents sont heureux.

    5.les responsables:

    - Je trouve que je dois vraiment mériter mes vacances.
    - Je veux être un bon exemple pour mes soeurs.
    - Je suis perfectionniste, je ne veux rien faire à moitié.

    6.ceux qui voient loin, très loin: la plan carrière à réaliser, la famille à fonder...

    - Je ne veux pas devoir dire à mes enfants plus tard que j'étais un paresseux.
    - J'étudie afin de pouvoir payer tous les frais plus tard, acheter une grande maison, une belle voiture, faire du sport, de beaux voyages...
    - Parce que je veux devenir policier. Vétérinaire. Médecin. Architecte. Psychologue.

    7.ceux qui ont un message à me faire passer:

    - Etudier, c'est le but de la vie. Si tout le monde passait son temps à étudier, le monde serait meilleur.
    - Je vous assure que j'y vais à fond, même si ça ne se voit pas toujours...
    - Personne ne me connaît vraiment: je suis différent de l'image que je donne de moi.

    N'est-ce pas qu'ils sont trop mignons?

    Je les aime déjà Bisou

  • E comme experte

    Voilà bien longtemps que je ne vous ai plus fait goûter aux joies de mes diverses expertises Langue tirée

    Les Anciens qui me lisent se souviendront peut-être que je suis capable de faire du café sans café: il suffit de mettre de l'eau et un filtre, de brancher l'appareil et de laisser le café dans l'armoire.

    C'est ainsi que le week-end dernier, j'ai lavé du linge sans poudre à lessiver. C'est sûrement encore meilleur pour l'environnement qu'un détersif écolo. Et même meilleur pour le linge!

    Sans parler des économies réalisées Langue tirée qui me permettent d'acheter deux fois le même livre. Parce que j'ai oublié que je l'ai déjà.

    Et d'autres broutilles du même genre.

    Mais le week-end dernier, j'ai fait fort.

    J'ai voulu vidanger le puits mais la corde a lâché et la pompe à eau électrique est tombée dedans.

    ***

    Pour ceux qui aiment rigoler, il n'y a qu'à suivre le tag "expert"...

  • D comme dictionnaire

    D*** S*** est en train d'écrire un dictionnaire de la mauvaise humeur qui sera bientôt publié (raison pour laquelle je n'en dis pas plus). Mais cela m'a inspiré le mien Sourire quoique je sois d'une nature plutôt souriante.

    Alors comme le disait D*** S*** lundi dernier, voici "les choses qui font ch...":

    A comme américanisation de notre mode de vie.

    B comme blablabla, blablabla, beaucoup de bruit pour rien.

    C comme crasse. Celle qu'on fait et celle dans laquelle les trois quarts de la planète doivent vivre.

    D comme dévotion. Que ce soit aux dieux du stade ou aux gourous. Il faut raison garder.

    E comme économie. Parce qu'il n'y a apparemment pas de bon système et parce que ce n'est pas mon truc Clin d'œil

    F comme flamingant et par extension tous ceux qui sont si fiers d'être nés quelque part (voir aussi à la lettre W).

    G comme glaçons. Sauf quand je me brûle à mon fer à repasser.

    H comme humidité. La peau qui transpire ou les murs qui suintent.

    I comme indigestion. Trop is teveel (trop c'est trop), de nourriture, de boisson ou de n'importe quoi d'autre.

    J comme jeux de filles, jeux de garçons. Pourquoi tout ce qu'on donne aux enfants doit-il être sexué dès le berceau?

    K comme Kafka et le procès (je me comprends)

    L comme limitation de vitesse: à 30 quand je veux faire du 50, à 50 quand je frise le 70, à 70 quand je dépasse légèrement le 90, à 90 quand je voudrais faire 120...

    mais j'arrête ici de peur de choquer les âmes sensibles Innocent

    La suite le mois prochain!

  • C comme calligraphie chinoise

    En ce début d'année scolaire, mon journal se penche sur l'avenir de la calligraphie chinoise.

    J'apprends ainsi que le ministère chinois de l'Education Nationale s'émeut de la mauvaise influence du langage SMS: les jeunes chattent par clavier interposé et perdent leur dextérité aux pinceaux.

    Dès lors, le ministère imposera au minimum une séance de calligraphie hebdomadaire dans les écoles primaires et offrira cette matière en option dans toutes les écoles secondaires.

    Chaque trait, chaque point, dit l'article, porte un nom et doit être exécuté dans un ordre bien précis.

    http://knack.rnews.be/nl/actualiteit/nieuws/ondertussen/chinese-kalligrafie-lijdt-onder-digitale-tijdperk/article-1195090524731.htm?nb-handled=true&utm_medium=Email&utm_source=Newsletter-28-08-2011

    Tout cela est évidemment très beau, mais je suppose qu'on veut aussi leur enseigner les TICE, l'anglais et un tas de choses toutes plus "utiles" les unes que les autres, et bien évidemment qu'on veut le leur enseigner le plus tôt possible...

    Comme l'écrivait Michel Serres déjà en 1998, tout doit se faire à l'école, où donc, par saturation, cela devient irréalisable.

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    trots = orgueil

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    Les sept péchés capitaux, peintures murales dans le pavillon de la Belgique à la Biennale de Venise, 2011

     

  • B comme bloc

     Un bloc rouge sur la table

    Quand la cloche a sonné pour la deuxième fois, ils étaient tous bien alignés et le prof leur a fait signe d’entrer en classe, deux par deux. Il était seul et le dernier. Il restait une place devant, près de la porte. Il s’y est installé.

    Il avait espéré passer inaperçu, en cette rentrée des classes. Certes, il était nouveau, mais ne serait sûrement pas le seul à venir d’ailleurs. Et si certains se connaissaient d’avant, ce ne serait certainement pas le cas de la majorité d’entre eux. C'est ainsi que sa mère avait tenté de le rassurer, ce matin, en essayant vainement de lui faire une raie sur le côté.

    Mais quand il était arrivé dans la cour, il n’avait vu que des groupes déjà formés et n’avait pas su auquel se joindre. Parmi ces cercles fermés et ces cartables neufs, quels garçons seraient ses nouveaux camarades ? Certains l’avaient regardé d’un drôle d’air. Pourtant, il avait la culotte grise, la chemise blanche, le pull et la cravate aux couleurs de l’école. Et la casquette assortie, que certains portaient avec la visière de côté, en travers de l’oreille droite. C’est bien, la casquette. Ça cache les cheveux. Et un peu l’appréhension qu’on a dans les yeux, aussi.

    En classe, comme il le redoutait, il y a d’abord eu l’appel. Il a essayé de retenir quelques noms. Aucun ne ressemblait au sien, qui venait tout à la fin, évidemment. Il a senti tous ces regards sur lui comme autant de picotements dans le dos et quelques chuchotements ont soulevé comme des vents de tempête dans sa tête. Il aurait voulu être ailleurs, pouvoir revenir en arrière, retrouver ses copains et le sourire bienveillant de Mademoiselle Marie-Paule.

    - Bon, dit le prof, et maintenant nous allons tout de suite commencer l’année par un travail d’expression écrite. Je vais vous demander d’écrire une page pour vous présenter. Prenez votre bloc de cours et votre trousse pendant que je note les consignes au tableau.

    Il y a eu un bref brouhaha de chaises qu’on recule, de sacs et de cartables qu’on ouvre, de matériel tout neuf qu’on fait claquer sur les tables, de tentatives de commentaires échangés.

    - Et en silence, s’il vous plaît ! a fait le prof en se retournant, la craie à la main.

    C’est alors qu’il l’a vue, cette tache rouge de la honte sur le premier banc, près de la porte :

    - Monsieur Zerri, a-t-il dit sèchement et en détachant bien toutes les syllabes, auriez-vous l’obligeance de demander à madame votre mère de vous fournir en matériel scolaire aux couleurs de l’école ? Rangez immédiatement, je vous prie, ce bloc de cours.

    Il y a eu des rires étouffés et il a senti que le quart d’heure de la récré allait être redoutable.

    Ainsi que tout le reste des heures et des jours qui le séparaient du soleil des prochaines grandes vacances.

    texte de fiction n°6

    ***

    J'espère de tout coeur qu'aucun enfant ne connaîtra cette souffrance cette année... au moins dans mon école!

    Bisou

  • Adrienne Marcel

    Ce n'est pas si dur que ça, tout le monde peut le faire, la preuve, c'est que les profs demandent plutôt aux élèves d'être concis et de faire des phrases courtes, se disait Adrienne en ce matin du vendredi deux septembre devant la page blanche et bleue de son blog sur son petit ordinateur à clavier intégré, avec la théière tout près à côté d'elle, pour qu'elle lui donne un peu de sa bonne chaleur, parce qu'il ne faisait plus que 17 degrés dans le bureau, donc ça tombait bien, cette idée de jouer au Marcel et d'écrire une phrase qui pourrait, si on mettait tous les mots bout à bout en Times New Roman point 12, faire le tour d'une bouteille, comme ces chenilles qu'on réalisait au crochet, à l'école primaire, et qu'on collait ensuite tout autour d'un tube en carton, genre support de sopalin ou de papier toilettes, et qui servirait comme cadeau de la fête des mères, un de ces récipients dont la maîtresse prétendait que les mamans lui trouveraient certainement de multiples fonctions, vase pour fleurs en plastique, vide-poches sur le buffet, présentoir à stylos à côté du téléphone ou pot pour les tubes de maquillage à la salle de bains, mais qui finalement ne servait à rien et qui disparaissait rapidement dans la poubelle chez sa propre mère, c'était avant qu'on ait inventé le tri sélectif donc le carton et la chaînette en coton étaient simplement ratatinés pour prendre moins de place et hop, dans le grand bac en métal avec ce couvercle si haut et si lourd qu'à l'époque elle pouvait à peine le soulever - à l'époque de la chaînette au crochet, qu'elle avait huit ans et qu'elle avait tellement fait de son mieux pour qu'aucune maille ne soit plus grosse que l'autre - bref ce matin l'idée tombait très bien, mieux que la gelée de sureau qu'elle a reçue hier d'une amie sous prétexte que les baies avaient été cueillies dans son jardin, belle gelée sombre qu'elle avait estimé devoir mettre sur sa tartine dès le lendemain afin de pouvoir complimenter l'amie sur ses talents de confiturière, mais qui avait tendance à vouloir s'échapper en direction du clavier, sans doute qu'elle en avait trop mis ou que voulant faire trois choses à la fois, comme à son habitude, elle ne tenait pas suffisamment sa tartine à l'horizontale, par contre l'idée tombait à pic étant donné qu'elle avait pensé raconter les matins de début septembre et de rentrée des classes à l'époque où elle logeait chez sa grand-mère Adrienne, puis elle s'était dit qu'elle avait sûrement déjà évoqué tout ça, les fournitures scolaires à acheter d'urgence pour le lendemain alors que les parents sont en voyage et que la grand-mère habite loin de tout et ne roule pas en voiture, le poêle à charbon qu'on doit rallumer parce que l'été est fini et que les matins sont redevenus fort frisquets, surtout dans l'arrière-cuisine qui ne reçoit jamais de soleil et où elle fait un peu semblant de se laver devant le grand évier, oui tout ça elle l'a sûrement déjà raconté, alors comme elle a des insomnies ces jours-ci - car en effet elle pousse le jeu du Marcel assez loin, jusqu'à se tourner et se retourner dans son lit exactement comme lui à la recherche du sommeil perdu - l'idée lui était venue de la phrase qui serait si longue que ses quelques lecteurs, fourbus, harassés, énervés, se demanderaient s'ils en verraient jamais la fin et à quoi tout ça pourrait bien mener, alors voilà où ça mène, à parler d'insomnies et de stress de la rentrée, tiens en voilà un mot idiot, qu'elle n'aime pas et que pourtant elle emploie, comme tout le monde, alors que dans ce cas-ci il s'agit plutôt de nervosité, d'anxiété devant l'inconnu et aussi d'un peu de trac, comme en ont les acteurs avant de monter sur scène, car c'est également cela, le métier de prof, c'est jouer à l'animateur de jeu télévisé, mais sans les caméras de télévision, heureusement, c'est jouer à être le prof, seuls l'étonnement devant certaines réponses des élèves et l'intérêt porté à chacun d'entre eux ne sont pas feints, mais cet air sévère qu'elle prend parfois ne lui est pas naturel, alors très vite elle rit et leur fait un clin d'oeil en leur disant: "Vous avez eu peur, hein?"

  • Première pensée intelligente du mois de septembre

    La première pensée intelligente du mois de septembre est de Pierre Bergounioux, Chasseur à la manque, Le Promeneur, Gallimard, coll. Le cabinet des lettrés:

    "J'essaie de comprendre. Les êtres et les choses, quand ils sont là, on n'y pense pas. Il faut les perdre. Alors ils ne sont plus que par nous et c'est en leur absence qu'ils nous livrent ce qu'on n'a pas vu [...]" (p.16)

    N'est-ce pas que voilà une bien belle pensée intelligente et assez tristement vraie, quoi qu'on fasse?
    Je l'ai trouvée sur le site de Jean-Claude Bourdais, http://www.jcbourdais.net , alors que, bien évidemment, je cherchais tout autre chose Clin d'œil


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    Cependant, moi, à sept heures du matin, j'apprécie tout particulièrement l'absence de touristes et l'absence de chaleur Clin d'œil