• Derniers et dernières

    Tout changement de saisons amène son lot de "dernières fois". Ainsi nous avons pris une dernière fois le thé dehors... et mangé les dernières pralines (merci aux généreux donateurs Bisou)

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    C'est aussi l'heure des dernières récoltes au potager, bientôt sans doute la roquette et le cerfeuil souffriront des premières gelées nocturnes

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    Vu l'extrême clémence de ce mois d'octobre finissant, il y a encore de nombreuses roses

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    La nature nous offre ses dernières extravagances

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    Mais pour ce qui est des feuilles mortes, le travail ne fait que commencer Langue tirée

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    Je vous souhaite à tous un très bel automne!

  • Z comme zéro

    Vous avez sûrement aussi de ces ami(e)s qui vous envoient plus ou moins régulièrement des présentations powerpoint sur des sujets divers. Parfois le but est de bien gentiment vous remonter le moral, parfois c'est pour vous convaincre des beautés d'un pays, d'une saison ou de la nature, parfois c'est pour vous apprendre des choses.

    Mercredi dernier, une amie m'en a envoyé un pour m'expliquer l'origine arabe de nos chiffres. Très bien. De un à neuf? Pour la graphie, d'accord! Mais jusqu'au zéro? Il me vient un gros doute.

    Cap sur le world wide web où je trouve ceci à propos de l'invention du zéro:

    "Du seul point de vue mathématique, il est intéressant de rappeler que la naissance du zéro ne s'est pas faite en une fois. Le zéro est une création collective mondiale, fruit de nombreux inventeurs éparpillés sur tous les continents, et pour la plupart anonymes."

    Dans cette "création collective mondiale", on retrouve les Babyloniens (de qui les Chinois l'ont probablement repris) et les Mayas. Ensuite vient l'Inde:

    "Au carrefour de différentes civilisations avancées, l'Inde bénéficie de toutes les connaissances élaborées autour d'elle. Sa numération mise au point entre le IIème siècle av JC et le IVème siècle, est, au graphisme près, celle dont l'occident va hériter quelques sept siècles plus tard grâce à l'entremise de la civilisation arabo-musulmane. Les savants indiens ont été les premiers à adopter le "bon" nombre de symboles de base : Si le 1 décalé d'un cran vaut 10, alors il faut neuf symboles distincts pour les nombres intermédiaires, neuf dessins bien différents les uns des autres et en plus, évidemment, un dernier chiffre pour marquer l'absence de quantité d'un certain rang, le zéro.

    Le voici enfin, ce 0 magique qui, lié à la numération de position, permet de se libérer des chiffres romains avec lesquels même l'addition était compliquée. L'écriture des nombres devient alors peu encombrante, sans équivoque et la voie est ouverte aux nombres négatifs."

    La civilisation arabe nous a donné l'écriture de ces chiffres mais l'Occident a encore dû attendre jusqu'au 12e siècle avant d'utiliser le zéro... Je me demande bien comment on faisait du calcul mental, des multiplications ou des divisions, sans zéro...

    http://www.france-examen.com/salle-des-profs-mathematiques-zero-17914.html

    Ah! et puis une dernière petite chose trouvée en cherchant l'origine du zéro: il a failli s'appeler "zéfiro" Cool

    En voilà un joli nom, n'est-ce pas?

  • Y comme Yvonne

    « Mon petit Pascal... Qu’est–ce que ça me fait que tu aies un an de moins que moi ? C’est bon pour Suzanne, ces idées–là ! Écoute, personne ne m’aime, moi. C’est pour ça que je fais rire... » Elle fit une affreuse grimace, qui le glaça, et reprit : « Mais toi, tu n’aimes pas mes singeries...

    « Je ne sais pas, moi, qu’est–ce que tu veux que j’en pense ! »

    Hypocrite. Elle, tranquillisée, continuait : « Je n’aime pas Suzanne... C’est elle qui est folle, pas moi... Moi, je fais la folle, mais elle, elle est folle ! » Elle secoua la tête.

    « Tu crois ? » dit Pascal. Et Yvonne, sérieuse :

    « C’est une fille affreuse, affreuse... Et capable de tout... »

    Il y eut un long silence, puis Pascal découvrit que c’était Yvonne et non Suzanne qui jouait du Chopin au salon, le matin. Cela le plongea dans la stupeur. Il cherchait à caresser Yvonne, à la façon que Suzanne lui avait apprise. Yvonne se mit soudain à pleurer.

    Louis Aragon, Les voyageurs de l'impériale, Folio n°120

  • X comme rien du tout

    Je voulais vous parler de plein de choses... de ceci, par exemple, http://www.standaard.be/artikel/detail.aspx?artikelid=GBD3HII4O&_section=60682888&utm_source=standaard&utm_medium=newsletter&utm_campaign=middagmail) et puis le temps m'a encore manqué.

    Ce matin en effeuillant le calendrier, je comprends le lien avec ma situation: aujourd'hui nous fêtons Simon et Jude, patrons des causes désespérées.

    Alors inutile de me dire que ça ira mieux demain Clin d'œil

  • W comme Wangari Maathai...

    ... ou W comme wagon de train pour l'éternité.

    Wangari Maathai, décédée le mois dernier à Nairobi, est une femme pour qui j'éprouve une véritable admiration.

    Ce n'est que fin 2004 que j'ai su qui elle était, grâce à son prix Nobel. Depuis, chaque fois que je lis un article la concernant, je ne peux que me sentir toute petite devant une aussi grande dame, son engagement et son courage.

    Pour ceux qui voudraient se renseigner, voici un article paru dans Libération à l'occasion de l'obtention du Nobel de la Paix: http://www.liberation.fr/terre/0101504820-wangari-maathai-la-voix-des-forets

    Une interview réalisée en 2009 par Le Point:http://www.lepoint.fr/actualites-societe/2009-04-02/special-vivre-ecolo-wangari-maathai-la-nobel-qui-plante-des-arbres/920/0/331616

    Un des nombreux articles parus à l'occasion de son décès le 25 septembre dernier: http://www.rfi.fr/afrique/20110926-kenya-deces-wangari-maathai-prix-nobel-paix-2004

    Et pour terminer, le site de son oeuvre, une ceinture verte pour la planète: http://www.greenbeltmovement.org/

    "Respect", comme diraient mes élèves...

     

     

  • V comme Venise (2)

    "Notre première escale devait être Venise. Lorsque nous embarquâmes vers cette destination mirifique, ma mère avait un visage illuminé de bonheur. Dans la tragédie de l'exil, il lui semblait que l'Europe victorieuse nous souriait enfin. J'avais sept ans et demi à l'époque et je me souviens de son exaltation quand, blottis sur un "vaporetto", nous découvrîmes la Cité des Doges."

    Henri Troyat, Le fils du satrape, Grasset 1998, pages 10-11

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    Canal Grande, un vaporetto bondé passe devant le palazzo Cavalli Franchetti

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    assise à l'avant dans le vaporetto de la ligne 42, ma mère tombe sous le charme de Venise, elle aussi Cool

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    le vaporetto de la ligne 41 approche de San Marco

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    la mer était un peu agitée Innocent dit la photographe en guise d'excuse pour le flou de la photo

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    et voilà, on ralentit pour l'arrêt à l'embarcadère de San Zaccaria

  • U comme unique

    Lundi matin j'avais fait un effort vestimentaire: pantalon beige, chemisier imprimé rouge et banc, pull beige, écharpe assortie et chaussures à talons.

    En arrivant dans la cour de l'école, je vois le regard de deux ou trois filles se fixer sur le bas de mon pantalon.

    Oui, il est plutôt large.

    Ce n'est qu'alors que je remarque que tous ces jeunes portent un pantalon cigarette ou même carrément moulant-collant.

    Bon, je serai U comme unique... et eux? U comme uniformes Langue tirée

  • T comme Traverse

    Aujourd'hui je vous envoie un lien vers le blog de Daniel Simon.

    Si le coeur vous en dit, vous pourrez y lire une nouvelle...

    http://traverse.unblog.fr/2011/10/24/zero-mort-dans-ne-trouves-tu-pas-que-le-temps-change/

  • Stupeur et tremblements d'une Internet-addict

    Ce n'est pas nouveau, vous aussi avez sûrement déjà entendu plusieurs fois ce cri d'alarme: Internet nous rend bêtes.

    Si j'en parle aujourd'hui, c'est parce que les journaux de la semaine qui vient de se terminer se faisaient l'écho d'une série d'articles là-dessus, tous plus sérieux les uns que les autres.

    La conclusion de plus en plus évidente serait que ces dix dernières années, nos pratiques de lecture sont en train d'évoluer: nous serions de moins en moins capables de nous concentrer sur des textes longs. Nous sommes dans le règne du court, de l'immédiat et de l'efficace.

    C'est ce que j'ai pu constater moi-même en voulant lire cet article-ci: sa longueur m'a rebutée Langue tirée

    http://www.theatlantic.com/magazine/archive/2008/07/is-google-making-us-stupid/6868/

  • 22 stéréotypes

    Demandez à mes élèves de 16 ans s'il y a des différences entre les filles et les garçons. Ils vous diront bien fort que non. Filles, garçons, nous sommes pareils.

    Demandez alors aux garçons s'ils sont contents d'être des garçons ou s'ils aimeraient tout autant être des filles. Posez la même question aux filles. Voilà nos Adam à chercher pourquoi c'est bien d'être un garçon et nos Eve à se demander quels avantages il y a à être une fille.

    Nos Adam n'ont aucun mal à se trouver illico supérieurs: plus forts, plus relax, plus cool. La vie est plus simple quand on est un mec, qu'on n'a pas ses règles, qu'on n'a pas à se soucier de l'opinion des autres, qu'on reçoit plus de liberté de la part des parents.

    Nos Eve cherchent. C'est bien de devenir mère, dit l'une, et ça fait se marrer les garçons. C'est bien de pouvoir se mettre en jupe, dit une autre, et ça fait se marrer toute la classe. Le vendredi d'avant, toutes celles qui avaient une jupe fort courte ont reçu un avertissement de la direction.

    Très vite, on retombe dans les stéréotypes: des filles émotives et des garçons qui se retiennent de pleurer. A elles les interminables bavardages, les journées de shopping et les longues séances dans la salle de bains. A eux les jeux vidéo, le foot à la télé, la vie insouciante.

    Demandez-leur après d'écrire une opinion personnelle au sujet de tout ce qui a été dit en classe et vous verrez qu'ils seront de nouveau unanimes: filles, garçons, nous sommes pareils. Tout le reste, ce sont des clichés qui étaient peut-être valables "dans l'ancien temps" mais certainement plus aujourd'hui.

    Sauf qu'ils ajoutent une dernière petite phrase qui met à plat toutes leurs belles protestations égalitaires:

    Mais c'est bien vrai, dit Eve, que les filles bavardent et jasent tout le temps...

    C'est bien vrai, dit Adam, que les filles ont moins d'humour...

    C'est bien vrai, dit Eve, que les hommes atteignent plus vite et plus facilement les postes aux plus hauts niveaux...

    C'est bien vrai, dit Adam, qu'un garçon ne peut pas montrer ses sentiments...

    Mais c'est bien vrai, dit Eve, que j'aimerais parfois être un garçon et moins me tracasser pour tout ce qui se passe autour de moi...

  • R comme récession

    Mardi dernier, un ami qui me veut du bien m'a emmenée à une conférence organisée par une banque d'assurances et d'investissements.

    Tiens, tiens, faites-vous en fronçant un sourcil, Adrienne serait-elle une sale capitaliste à l'affût du filon le plus juteux pour ses placements?

    Que nenni, comme dirait Anaïs, notre célibattante namuroise. Cet ami qui me veut du bien voyait là une manière de pallier à ma nullité en macro-économie. Comme en micro-économie, d'ailleurs... (au fait, est-ce que ça existe?)

    Cet hiver, il y aura cinq ans, exactement, que j'ai ouvert un compte en banque à mon nom et que je m'occupe de payer des factures. Auparavant, mes seules notions d'économie se limitaient à l'économie domestique. Economiser, oui, je sais faire: le premier cadeau de mon parrain a été une tire-lire. La pièce de 50 BEF qu'il m'avait offerte avec la tire-lire s'y trouve toujours. Car on peut être à la fois économe et sentimentale Clin d'œil

    Donc mardi dernier, cinq messieurs en costume cravate se sont succédé sur un podium pour expliquer, graphiques colorés à l'appui, où se situe notre économie mondiale en ce moment et combien leurs chefs investisseurs et responsables boursiers respectifs sont performants.

    Bien, bien.

    J'ai même pris des notes. Vu que sur notre siège nous attendaient un bloc et un joli stylo. Offerts par la maison Rothschild.

    ***

    C'est bien, d'avoir des amis qui vous veulent du bien, me suis-je dit en voyant le buffet qui nous attendait à l'issue de la conférence Cool

  • Le bilan du 20

    J'aimerais trouver 20 bonnes raisons de quitter la maison où j'habite et dont je ne possède que la moitié, l'autre appartenant à l'ex-homme-de-ma-vie.

    Malheureusement, je n'arrive qu'à deux:

    1.sortir de l'indivision

    2.ne plus avoir ce grand jardin à entretenir

    Si je tente de lister 20 bonnes raisons de ne pas quitter ma demi-maison, je suis sûre d'arriver facilement à 10.

    Alors c'est simple, me direz-vous: tu restes!

    Oui mais voilà: mon copropriétaire veut vendre...

    Donc je cherche 20 bonnes raisons de partir d'ici Incertain

    ***

    Désolée pour le manque de 'peps' de ce billet...

  • Question existentielle

    Y aura-t-il de la neige à Noël? voilà le plus grand désir, chaque année, de J*** qui vient passer ce moment avec moi.

    Je ne sais pas s'il y aura de la neige, par contre une chose est sûre: il y a déjà de jolies baies sur le houx Langue tirée

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    Mais d'ici Noël, les oiseaux se seront régalés Clin d'œil

  • P comme proverbe

     

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    « L’ennui naquit un jour de l’uniformité », se dit Léo, instituteur à la retraite.

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    Alors il sortit ses couleurs et ses pinceaux, sa scie sauteuse et deux ou trois vestiges de jouets, puis passa un bel après-midi d’automne à faire de cette vilaine boite grisâtre imposée par la Poste un tabernacle digne de recevoir son courrier.

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    Le soir, satisfait de l’œuvre accomplie, il se repassa une vieille cassette avec John Wayne …

    http://www.youtube.com/watch?v=MskUuuxncAo

     

    (participation au défi 163 écrite en pensant à mon grand-père, fan inconditionnel du duo John Ford et John Wayne)


  • O comme onze (4 à 7)

    Il est trop tard pour le challenge proustien de Margotte, mais je continue la série des onze citations de Proust, avec aujourd'hui les numéros 4 à 7 qui parlent de la souffrance.

    Comment Proust peut changer votre vie et plus précisément pour ce billet-ci comment il peut "vous faire réussir vos souffrances". Ne riez pas Rigolant, voyez plutôt l'énumération de ses souffrances morales, réunies par Alain de Botton (coll.10/18, 2003)

    1.la mère juive possessive et interventionniste (les exemples qu'en donne Alain de Botton sont extrêmes et convaincants: celui qui croit avoir une mère possessive et interventionniste n'a qu'à lire et comparer)
    2.des désirs sexuels embarrassants pour l'époque (surtout avec une mère juive etc qui ne rêve que de le voir se marier et demande à ses amis d'arranger des rencontres)
    3.des déceptions amoureuses
    4.souffrir d'un "pessimisme romantique" (je cite) qui fait qu'on a un grand besoin d'amour mais qu'on ne réussit pas à le satisfaire
    5.un échec complet au niveau de la "carrière" (quelle carrière? il n'a même jamais su à quelle carrière se destiner et était convaincu de décevoir fortement son père à rester financièrement dépendant de ses parents)
    6.l'incompréhension de ses amis face à son oeuvre

    Etc., j'abrège, car il me semble qu'on est au niveau de l'intime et que ces exemples suffisent pour convaincre et pour montrer l'auteur de la Recherche sous un jour qui nous le ferait prendre en pitié.

    Ensuite, Alain de Botton énumère les maladies, donc les souffrances physiques:

    1.un asthme terrible depuis l'âge de 10 ans
    2.la nécessité d'un régime alimentaire strict et d'heures strictes pour les repas
    3.des problèmes chroniques de digestion et de constipation
    4.une peau extrêmement sensible (pour les détails, voir Alain de Botton)
    5.toujours froid, toujours une toux pénible
    6.les problèmes ci-dessus expliquent l'impossibilité de voyager mais aussi les insomnies; de plus, il est très sensible aux bruits

    Etc. Et dire que son frère Robert était une force de la nature!

    Proust est donc bien placé pour nous aider à supporter nos propres bobos. Il écrit:

    "(...) le mal seul fait remarquer et apprendre et permet de décomposer les mécanismes que sans cela on ne connaîtrait pas. Un homme qui chaque soir tombe comme une masse dans son lit et ne vit plus jusqu'au moment de s'éveiller et de se lever, cet homme-là songera-t-il jamais à faire, sinon de grandes découvertes, au moins de petites remarques sur le sommeil? A peine sait-il s'il dort. Un peu d'insomnie n'est pas inutile pour apprécier le sommeil, projeter quelque lumière dans cette nuit. Une mémoire sans défaillance n'est pas un très puissant excitateur à étudier les phénomènes de mémoire."

    Voilà comment ce pauvre Marcel se console: je dors mal, ma mémoire est défectueuse, mais ça me donne à réfléchir sur les mécanismes du sommeil et de la mémoire. Je devrais moi aussi essayer de voir les choses ainsi, quoique, en voyant le réveil qui marque quatre heures du matin, je ne réussis qu'à penser qu'il faut que je me lève bientôt pour une journée d'école... où il vaut mieux être en pleine possession de ses moyens physiques et intellectuels Clin d'œil

    Et pour en finir sur le chapitre de la souffrance, une dernière citation de Proust, à laquelle je vous propose de réfléchir:

    "Tout l'art de vivre, c'est de nous servir des personnes qui nous font souffrir."

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    je sais que la date limite est dépassée, mais je remets le logo parce que je le trouve joli Sourire
    bien qu'ici il eût mieux valu mettre le fameux portrait de Proust alité en robe de chambre

  • N comme néerlandais

    L'orthographe du néerlandais a ses difficultés propres, comme la plupart des langues. Il n'y a guère que celles qu'on écrit plus ou moins phonétiquement qui échappent à cet écueil.

    Ainsi, par exemple, un même son peut avoir plusieurs graphies différentes. Pour moi, le plus difficile, ce sont les très nombreux mots composés qui s'écrivent soit avec trait d'union, soit en un mot, avec ou sans -n- entre les deux.

    L'orthographe est considérée comme une chose très importante et nombreux sont les passionnés qui potassent "le petit livre vert" (het groene boekje), notre bible du bien écrire.

    Vous ne serez donc pas étonnés d'apprendre que la Flandre et les Pays-Bas organisent eux aussi chaque année une "grande dictée" à laquelle participent des amateurs passionnés et des vedettes de toutes sortes. Les premières places sont âprement disputées entre les Flamands et les Hollandais Langue tirée. Le zéro faute est une mission impossible: seul un Flamand y a réussi jusqu'à ce jour. C'était en 2002.

    Mais le véritable cauchemar du prof et de l'élève, du journaliste et du lecteur, du directeur et des secrétaires, c'est la fameuse "dt-fout" dans les terminaisons des verbes.

    A ce propos, une récente enquête nous apprend que les enfants de 12 ans réussissent mieux ce test que les jeunes de 18 ans: à l'école primaire, ils y sont entraînés intensivement; au niveau du secondaire, on considère que c'est acquis... ce qui fait que cette connaissance se perd.

    A mon avis, il en serait de même si on testait la connaissance des fractions ou des tables de multiplication... mais soit.

    Pour ceux qui voudraient se tester en "dt-fouten", c'est ici: http://www.standaard.be/extra/dt?_section=60682888&utm_source=standaard&utm_medium=newsletter&utm_campaign=weekly

    Et pour ceux qui veulent se préparer à la "grande dictée" de l'année 2011: il vous reste deux mois Clin d'œil

    http://grootdictee.nps.nl/page/home

  • M comme Moustaki

    Hier un titre de l'Express a attiré mon attention parce qu'il comportait le nom de Georges Moustaki, quelqu'un dont j'avais tellement aimé les chansons et le look déjà grisonnant à l'époque où j'avais entre 14 et 16 ans...

    Ce titre disait de lui qu'il "était définitivement incapable de chanter". En soi, ça ne devrait pas être si étonnant: rares sont ceux dont la voix et les capacités physiques sont encore suffisamment au top à 77 ans pour se produire sur scène. J'en connais même quelques-uns qui auraient mieux fait de s'arrêter de chanter bien avant d'avoir atteint cet âge-là!

    J'ai donc lu l'article avec intérêt. Il m'a laissée sur ma faim mais présentait un lien vers celui-ci, qui est à sa source et donne l'interview la plus récente du chanteur: http://www.la-croix.com/Culture-Loisirs/Culture/Musique/Georges-Moustaki-La-maladie-a-fait-naitre-de-nouvelles-nostalgies-_NG_-2011-10-13-722781

    Je l'ai trouvé touchant.

    ***

    "Quelle chanson de Moustaki retiendrez-vous?", demande l'Express en fin d'article...

    Sans aucune originalité, pour moi ce sera le Métèque. Pour ceux qui veulent chanter en choeur avec moi le pâtre grec, c'est ici: http://www.youtube.com/watch?v=F108veDL4i0


    Cool

    Je n'avais que peu d'argent de poche et n'ai acheté que peu de disques, mais parmi les trois ou quatre que je me suis offerts il y a un 33 tours de Georges Moustaki. Faudra que je le sorte de sa boîte au grenier et que je vérifie si le tourne-disques fonctionne encore Langue tirée



  • L comme locutions... belges!

    En allant sur le site éducatif de TV5 monde, je suis arrivée sur une "exploitation pédagogique" pour 15 expressions imagées belges.

    J'ai ainsi appris que le verbe "guindailler" n'était pas utilisé en France pour "faire la fête". Et que si je dis à un Français qu'il joue avec mes pieds, il ne me comprendra pas Langue tirée

    Par contre - comme d'habitude! - les traductions ou références au néerlandais sont plus qu'approximatives... (soupir)

    Pour ceux qui souhaiteraient comprendre les Bruxellois quand ils disent que c'est le copain qui a de jolies crolles qui fera le bob mais qu'il fait un peu trop de son nez, c'est ici: http://www.tv5.org/cms/chaine-francophone/lf/Tous-les-dossiers-et-les-publications-LF/Les-expressions-imagees-belges/p-14598-Expressions-imagees-belges.htm

  • K comme krapoverie

     

    Défi krapovien

    Que feriez-vous avec ces neuf prénoms : Josiane, Eliane, Maryvonne, Marie-France, Arlette, Dominique (la femme), Anne-Françoise, Henry et Dominique (l’homme), sachant que ces personne se réunissent hebdomadairement dans une salle nommée « Mandoline » ?

    ***

    Il est plus que temps de reprendre cette histoire restée en rade en juillet dernier Incertain Pour ceux qui ont raté le début, il est ici: http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2011/07/13/k-comme-krapoverie1.html

    ***

    Dominique en a marre: elle ne voit plus son mari que le dimanche - et encore, à condition d'aller le chercher derrière son journal ou de faire écran à la télé. Elle en a marre de ses exigences de petit potentat et de ses constantes récriminations. Sur la température du café matinal, la fréquence du lavage des carreaux, la moindre dépense domestique.

    Dimanche dernier, entre le reportage sur le basket et les compte-rendu des matchs de foot, elle le lui a dit. Mais il s'est contenté de hausser les épaules et d'augmenter le volume du téléviseur.

    - Si c'est comme ça que tu le prends, lui a-t-elle jeté avant de quitter le salon, tu vas voir!

    Elle a entassé les vêtements des filles et les siens dans sa petite voiture, pris les cartables, quelques jouets, et est allée s'installer chez son père. Pas folle, elle a gardé les clés de la maison et emporté tous les papiers importants. Sans doute son coup était-il légèrement prémédité...

    Aux deux petites elle a expliqué qu'elles passeraient une semaine chez grand-papa. Elle leur a présenté la chose comme s'il s'agissait de vacances à la campagne. En réalité, elle n'avait pas la moindre envie de rentrer chez elle, ni dans une semaine, ni dans un mois, ni jamais. La coupe était pleine.

    Cependant, dès le premier soir, au moment du coucher, elle pensa à Dominique: que faisait-il? comment se débrouillerait-il? Elle espérait à la fois qu'il s'inquiéterait, qu'elle lui manquerait, qu'il souffrirait... et qu'il agirait.

    C'est ainsi que trois semaines plus tard, Dominique et Dominique se sont retrouvés à la Mandoline.

  • J comme Jacqueline Harpman (6)

    J'avais décidé de poursuivre l'exploration des romans de Jacqueline Harpman par La dormition des amants parce que celui-ci me semblait d'une nature complètement différente.

    En effet, il s'annonce comme un roman historique dont le narrateur est un eunuque (1) qui raconte sa vie auprès de l'infante Maria-Conception de los Lloros, fille de Carlos, roi d'Espagne.

    J'aime beaucoup l'Histoire, aussi me suis-je plu à entrer dans ce récit. Mais il n'a d'historique que l'apparence: Jacqueline Harpman s'est amusée, j'ai l'impression.

    Elle nous parle d'une cour d'Espagne, d'une cour de France, qu'on peut situer au 17e siècle grâce à quelques allusions historiques: on est après Henri IV et avant la révocation de l'Edit de Nantes. Mais l'historicité s'arrête là. Les princes et les rois dont elle parle sont tous fictifs. Son propos est beaucoup plus utopique qu'historique et elle réussit à nous faire rêver à une Europe qui aurait été unie trois siècles avant la création de l'Union...

    Au début, on constate une véritable recherche dans le style pour "faire 17e siècle", aucun détail ne cloche, puis tout à coup apparaissent dans le récit des éléments qui ne peuvent être que voulus par l'auteur et qui sont complètement anachroniques: une duchesse de Guermantes (2), une madame des Tournelles, une référence à un roman de Stendhal, une citation de Napoléon, ... Oui, Jacqueline Harpman a dû s'amuser à écrire ce livre.

    Et comme dans les précédents, elle n'a pas résisté à l'envie de jouer les Hitchcock et de s'y nommer elle-même:

    - Comment t'appelles-tu?
    - Harpman.

    Jacqueline Harpman, La dormition des amants, LdeP 30079, page 310

    littérature,belgique,lecture,belge

    (1) vous comprendrez que j'ai eu le sourire aux lèvres en trouvant le commentaire de Biscuter qualifiant de "castratrice" la plume de Jacqueline Harpman, précisément au moment où je commençais la lecture de ce livre-ci Sourire Qu'il soit encore remercié pour une si juste remarque!

    (2) mais n'ayez crainte, je ne remettrai pas notre Marcel sur le tapis - LOL, le pauvre!

  • I comme Ite missa est

    C'est en passant par mes petites routes de campagne un dimanche matin, n'importe lequel, que vous comprendrez comme moi pourquoi les Flamands autrefois si pieux ont déserté la messe dominicale (1): ils sont sur les routes.

    A suer en jogging ou en maillot de coureur. A se surpasser. A expi(r)er.

    Sur toutes les petites routes de campagne, vous les rencontrerez: les clubs entiers de "start-to-run", les hordes de cyclotouristes, les bandes de motards, les troupeaux de cavaliers.

    Car de nos jours, le dimanche matin, par chez nous, on se rassemble pour communier dans le sport.

    ***

    Et toi, Adrienne, qu'est-ce qui te jette sur les routes, le dimanche matin? se demande ici mon lectorat toujours attentif et fûté Bisou

    Et bien moi, je vais à la piscine... en essayant, en ce jour du Seigneur, de ne pas maudire tous ces sportifs qui dévalent mes sinueuses petites routes de campagne et risquent à tout moment de se retrouver sur mon capot...

    ***

    (1) voir l'enquête réalisée par le journal Le Soir en janvier 2010: http://archives.lesoir.be/jesus-crise-les-resultats-de-notre-sondage-sondage-excl_t-20100123-00T0C5.html

    vie quotidienne,ça se passe comme ça,belgique

    Le dimanche matin, il y a aussi ceux qui jouent à la guerre, mais ceux-là ne se trouvent pas sur mon chemin vers la piscine Clin d'œil

  • H comme humeur automnale

    C'était dimanche, il pleuvait, j'avais des tonnes de corrections à faire et pas la moindre envie de m'y mettre.

    Et même plus un carré de chocolat dans mes armoires pour me remonter le moral.

    Or voilà que le bruit se répand de plus en plus que le chocolat sera bientôt(1) aussi rare et aussi cher que le caviar:

    "Chocolade wordt delicatesse als kaviaar"

    titrait le très sérieux magazine MO* déjà en novembre 2010.

    Pourquoi? à cause des évolutions climatiques et économiques et d'une demande constamment à la hausse, vu qu'aujourd'hui l'Inde ou la Chine découvrent aussi les délices chocolatés.

    http://www.mo.be/artikel/chocolade-wordt-delicatesse-als-kaviaar

     

    (1) bientôt, ça veut dire d'ici quelques décennies; donc avec un peu de chance je serai morte de vieillesse avant de succomber au manque de théobromine, d'amphétamine, de phényléthylamine et de tryptophane  Innocent

  • G comme gare, gare, garez-vous!

    Dimanche dernier, je suis sortie faire une petite balade pour photographier les diverses plaques qui fleurissent façades et jardins des environs.

    Il y a ceux qui veulent signaler au passant que leur allée de garage est une voie sans issue réservée à la circulation locale:

    002 - kopie.JPG

    Ceux qui tiennent à nous prévenir que leur chat va traverser derrière le tournant:

    004 - kopie.JPG

    Ou qu'ils vont sortir leur véhicule du garage:

    005 - kopie.JPG

    Puis il y a ceux qui ne tolèrent pas qu'on se gare devant la fenêtre de leur chambre:

    008 - kopie.JPG

    ou le long du mur de leur jardin:

    009 - kopie.JPG

    Il faut croire qu'on aime tellement les touristes qu'on préfère les envoyer dans les champs:

    ça se passe comme ça,nature

    Enfin, celle qui me fait le plus rire, c'est celle-ci:

    001 - kopie.JPG

    On peut y lire "rustplaats", ce qui veut dire "endroit où se reposer", mais chaque matin quand je passe devant j'ai envie de sortir mon gros marqueur noir pour en faire "laatste rustplaats"...

    ... ce qui veut dire "dernière demeure" Innocent

  • F comme Flandrien

    Parmi les nombreuses choses qui m'échappent complètement, il y a la mythologie qui se forge autour de certains événements sportifs. Mythologie et nationalisme vont de pair, ici aussi.

    Chez nous, par exemple, une telle mythologie s'est créée autour du tour de Flandre: de Ronde van Vlaanderen. Ses vainqueurs (flamands) sont appelés "Flandriens", ce qui est un grand titre honorifique. Le Flandrien entre dans la mythologie du Flamand dur à l'ouvrage, qui va tout donner pour gagner, qui ira jusqu'au bout de ses ressources physiques et mentales pour atteindre le premier la ligne d'arrivée.

    De préférence en grimpant les pavés du mur de Grammont, après être tombé et s'être vaillamment relevé trois fois malgré un poignet ou une clavicule cassés et en s'écroulant raide mort en descendant de son vélo pour aller sur le podium.

    Car ce n'est qu'en tombant raide mort qu'on peut prouver qu'on est allé au bout de ses ressources physiques et mentales, n'est-ce pas?

    ***

    Mais pourquoi je vous raconte tout ça?

    Parce que l'autre jour, en faisant ma petite promenade dans le bois, les prés et les champs, j'ai été intriguée par les changements opérés à la petite chapelle au carrefour. Voici en quoi elle a été transformée:

    najaar 2011 018 - kopie.JPG

    en lieu de culte cyclopédique!
    avec peinture murale et marbres gravés à la gloire du Flandrien.

    najaar 2011 019 - kopie.JPG

    Il reste de la place pour 26 noms de vainqueurs...
    alors je vous le demande: que se passera-t-il après 2036?
    Langue tirée

  • 7 travaux dominicaux

    Souvent le dimanche c'est le jour où je dois

    1.faire du pain

    2.vider le poêle de ses cendres

    3.rentrer du bois

    4.ensuite nettoyer, évidemment Clin d'œil

    5.faire tourner le lave-linge et le lave-vaisselle

    6.repasser ce qui attend depuis la dernière fois

    7.corriger des copies

    Pourquoi ne fais-tu pas toutes tes corvées le samedi, me direz-vous. C'est vrai, mais le samedi c'est le jour

    1.des courses

    2.du jardin

    3.du rangement

    4. à 7. Innocent de tout ce qui n'a pas pu se faire pendant la semaine

    Mais attendez, ne me plaignez pas, parfois il y a aussi les plaisirs dominicaux, comme

    1.aller à la piscine

    2.faire le tour du bois, des prés et des champs

    3.cuisiner quelque chose de plus élaboré

    4.recevoir des amis

    5.bouquiner

    6.sortir

    7.euh... Clin d'œil

    najaar 2011 020 - kopie.JPG

    La photo a été prise par un beau dimanche d'automne: ma cheminée ne fumait pas, ce jour-là...
    vous la voyez?
    Bon week-end à tous!

  • E comme exploit

    Trouver ma maison relève de l'exploit. En tout cas, pour ceux qui viennent ici pour la première fois, surtout s'ils font confiance à leur GPS, vu qu'il les envoie généralement de l'autre côté du petit bois et veut leur faire emprunter le chemin forestier où même un VTT a du mal à passer. Ce qui fait que je suis la hantise des livreurs de mazout. J'en ai déjà parlé ici Langue tirée

    beheerswandeling 025 - kopie.JPG

    Mais même pour moi, trouver ma maison relève de l'exploit. Principalement si je m'en éloigne en voiture le week-end.

    En effet, au retour, je suis bloquée par une kermesse (déviation), par une course cycliste (déviation), par un moto-cross (déviation), par une fête de village où tous les chevaux des environs se font bénir par le curé (déviation), ou par n'importe quelle autre manifestation de la liesse populaire qui avait pourtant bien été annoncée par quelque panneau, mais que bien évidemment j'avais complètement oubliée.

    ***

    Cependant qu'on se rassure, il est finalement très simple d'arriver jusqu'ici, il suffit de suivre à la lettre mes limpides indications: à partir de l'église du village, prenez à gauche, puis à droite, puis à gauche. Cool

    nature,ça se passe comme ça,vie quotidienne

  • D comme dictionnaire (suite)

    Suite de mon dictionnaire de la mauvaise humeur, ou des "choses qui font ch...", comme le dit D*** S*** qui travaille à un livre sur le sujet et dont je suis la pâle imitatrice:

    M comme manque: de politesse, de ponctualité, de précision, de sens des responsabilités, de gentillesse, de compréhension, d'humanité, ...

    N comme Nostradamus et toutes les madames Irma de l'histoire de la planète

    O comme odeurs corporelles (sauf celles de l'homme de ma vie quand il était l'homme de ma vie)

    P comme potins.

    Q comme questions indiscrètes.

    R comme rumeurs et légendes urbaines.

    S comme succion et autres bruits de bouche. Ceux que l'on fait en mangeant, en se curant les dents ou quand on n'a pas de dents.

    T comme trémolos dans la voix, larme à l'oeil et démonstrations théâtrales de sentiments.

    U comme uniformes. A chaque tribu son look et son mépris des autres.

    V comme vicissitudes de la vie: tous ces maux qui vous empêchent de fonctionner.

    W comme wallingants et par extension tous ceux qui sont si fiers d'être nés quelque part (voir aussi à la lettre F)

    X ou le porno partout, jusque dans les publicités pour les tout petits.

    Y comme Yver vous n'êtes qu'un vilain quand vous m'obligez à faire des kilomètres dans la neige pour trouver un hypothétique bus et que mon chauffage est en panne.

    Z comme zizanie.

  • C comme canard

     

    En ouvrant la porte de communication vers la salle d’attente, ce lundi en début de soirée, le docteur L*** jeta un œil fatigué vers la rangée de sièges disposés en face de l’étagère aux magazines. Il y avait là déjà cinq personnes : trois habitués et une dame avec un enfant qui toussait. Il leur fit un salut rapide, de la tête, puis dit son rituel :

    - C’est à qui le tour ?

    Il vit que tous les regards convergeaient vers sa gauche : sur le siège du côté de la porte de son cabinet était assis un canard. Un beau spécimen mâle de canard colvert, qui sauta de la chaise en un seul coup d’ailes et s’approcha de lui en se dandinant :

    - C’est à moi !

    Avait-il réellement entendu ces mots ou était-ce le fruit de son imagination ? Le manque de sommeil, la fatigue accumulée de ces longues journées de travail, ces kilomètres de route, ces appels la nuit, tôt ou tard ça se paie, il était bien placé pour le savoir. D’ailleurs, il ne laissait plus à Papelard, son ami et confrère, l’occasion de l’ausculter : il avait trop peur de ce qu’il pourrait entendre.

     Il tenait toujours la porte ouverte en regardant ses patients d’un air un peu hébété mais aucun ne réagissait : seul leur magazine, pourtant vieux de bientôt deux ans, semblait les intéresser, et sur les genoux de sa mère, l’enfant geignait entre deux quintes.

    Il referma la porte de communication, fit le tour de son bureau pour s’asseoir à sa place et constata que le canard était déjà installé sur le similicuir d’un des deux sièges en face de lui. Avec l’air expectatif du patient qui est prêt à raconter son histoire. En tout cas, c’est ce qu’il crut voir dans la pose de l’oiseau.

    - Que puis-je faire pour vous, demanda-t-il, bien décidé à ne plus s’étonner de rien. Au plus tôt ce canard serait ressorti de son cabinet, au mieux ce serait, pensa-t-il. La lassitude, il en aurait juré, lui donnait des visions.

    - Voilà docteur, fit la bête d’une voix presque humaine. En fait, ce n’est pas pour moi que je suis là, c’est pour mes colocataires. Il faut absolument que vous veniez en consultation à notre domicile. Je vous aurais bien téléphoné, pour ne pas vous faire perdre du temps dans votre cabinet, mais vous comprenez qu’il m’est assez difficile de former les numéros. Pourriez-vous venir lundi matin ? C’est assez urgent.

    http://www.youtube.com/watch?v=QqkysDlOQlc

    texte écrit pour le défi 161 qui stipulait:
    "Vous êtres médecin.
    En ouvrant la porte de votre cabinet,
    vous découvrez que votre prochain patient est un canard savant"

  • B comme bouddhisme

    La lecture de mon journal m'apporte quotidiennement son lot de surprises. Ainsi par exemple, le week-end dernier s'affichait un titre qui a tout de suite attiré mon attention:

    Dalai lama wil misschien niet reïncarneren

    Ce qui veut dire: le Dalaï lama ne veut peut-être pas se réincarner.

    Je ne sais pas où vous en êtes avec la connaissance du bouddhisme tibétain, mais personnellement j'ai été fort étonnée d'apprendre que la réincarnation est un choix:

    "Reïncarnatie moet een vrijwillige keuze blijven, van de persoon in kwestie" (1) a-t-il déclaré.

    Autre sujet de ma stupéfaction: il sait qu'il vivra encore 14 ans, car il a également dit ceci:

    "Pas als ik 90 jaar ben, zal ik andere leiders en aanhangers van het Tibetaanse boeddhisme raadplegen" (2)

    ***

    No comment. Je me retire sur la pointe des pieds, ne sachant trop que penser, et vous laisse le lien vers l'articulet. Il paraît que ces choses peuvent être lues sur son site personnel. Je suis trop perplexe pour réfléchir Incertain

    http://www.standaard.be/artikel/detail.aspx?artikelid=GO43G5BHQ&_section=60682888&utm_source=standaard&utm_medium=newsletter&utm_campaign=middagmail

    ***

    (1) "La réincarnation doit rester un choix que la personne concernée fait de son plein gré"

    (2) "Ce n'est que quand j'aurai atteint l'âge de 90 ans que je consulterai d'autres responsables et fidèles du bouddhisme tibétain."

  • Adrienne et les bêtes

    Ma grand-mère Adrienne avait l'amour des animaux, pour autant qu'ils aient deux ou quatre pattes.

    Dans les années cinquante, elle a eu un petit chien qui, paraît-il, buvait du café au lait bien sucré en dégustant sa part de tarte l'après-midi, tout comme elle, car elle était d'avis que ce qui était bon pour les papilles humaines devait l'être aussi pour lui.

    Avant lui, elle avait eu une poule pondeuse que mon grand-père avait gagnée en jouant aux cartes. L'histoire familiale raconte que, comme elle ne pondait pas, mon grand-père annonça un soir qu'il la tuerait le lendemain:  elle figurerait au menu dominical. Ma grand-mère s'était attachée à cet animal et eut donc avec sa poule une bonne petite conversation, en l'enfermant ce soir-là. Le lendemain, on trouva un premier oeuf, au grand étonnement de mon grand-père qui soupçonna d'abord ma grand-mère de l'avoir placé elle-même dans le nid. Mais les jours suivants, la poule d'Adrienne offrit consciencieusement son oeuf quotidien: ma grand-mère avait su se montrer convaincante Clin d'œil

    ***

    Mon grand-père s'intéressait plus, vous l'aurez compris, à l'aspect gastronomique de nos amies les bêtes. Aussi, dès l'automne venu, il passait régulièrement le vendredi soir chez ses amis chasseurs pour ramener à la maison un lapin de garenne, un de ses plats préférés.

    Lui qui ne faisait rien de rien dans la cuisine ni dans aucune des choses du ménage officiait dans ces occasions-là: dehors, dans la cour, il aiguisait son couteau, dépiautait et dépeçait l'animal. Après quoi, c'était à ma grand-mère d'entrer en action.

    Les morceaux de lapin passaient la journée du samedi et la nuit suivante dans une marinade composée d'un poireau, d'une carotte, d'oignons et de vin rouge. Le dimanche matin, jour des agapes, elle les égouttait soigneusement puis les faisait dorer dans du beurre. Elle cuisait la marinade et la passait au mixer, en rectifiait l'acidité par l'ajout de sucre ou de vinaigre - dans la cuisine de ma grand-mère, on ne pèse ni ne mesure, il faut goûter.

    Le lapin cuisait doucement dans ce jus avec du thym et du laurier jusqu'au retour de mon grand-père qui, après la grand-messe, allait jouer aux cartes avec ses amis. Il fallait juste encore un peu lier la sauce, ce qu'elle faisait avec de la maïzena.

    Souvent elle préparait deux lapins, car comme disait mon grand-père:

    - C'est encore meilleur le lendemain, quand c'est réchauffé!