• Dernière application

    Une des dernières applications de nos fameux réseaux sociaux devrait nous permettre de sélectionner nos voisins d'avion. Je lis que la KLM offrira ce service dès 2012 (mais sans doute pas encore tout de suite demain Langue tirée).

    Ce futur service doit permettre de choisir son siège "en fonction d'intérêts communs ou de relations d'affaires", en regardant le profil des voyageurs sur un réseau social que je ne nommerai pas (LOL, il s'agit bien sûr de fb et de Linkedin).

    Moi, il me semble que je préférerais laisser cela au hasard. Les seules fois où mon voisin d'avion m'a vraiment gênée, c'est quand c'était quelqu'un pour qui les sièges n'étaient absolument pas adaptés à sa corpulence, de sorte qu'il avait besoin de la moitié du mien... et de mes côtes pour y loger son coude.

    Par contre, j'aimerais bien sélectionner celui qui sera assis derrière moi! Mais je ne pense pas que je pourrai déduire de son profil fb si oui ou non il a l'intention de bourrer mon siège de coups de pieds...

    Bref, tout ceci pour vous dire que ce matin je prends l'avion Cool

    Feliz año nuevo!

    voyage, espagne

    Pelayo en 2009

    voyage, espagne
    à Malaga le 30 décembre 2009

  • Z comme zèle

    Les zélés Immortels sont arrivés à la lettre Q et ont décidé d'accepter les mots suivants:

    aérosol, ailier, autoradio, avant-centre, biathlon/décathlon, bibliobus, billetterie, biodégradable, calculette, compactage/compacter, culturisme/culturiste, discothèque/discographie, dopage/doper, estivant, -ante, euphorisant, -ante, extraverti, -ie, finaliste, frustrant, -ante, gélule, hypermarché, informel, -elle, interclasse, jardinerie, jetable, laborantin, -ine, lampe-tempête, maquettiste, maquisard, maraîchage, marathon, margottage, marginalement, marginalisation, marginaliser, marquage, marque-page, marketing, martèlement, mascara, masochisme, massicoter, masticage, m’as-tu-vu, materner, mathusalem, matraquage, matricide, mature, maximal, -ale, maximiser, mazouter, mécénat, médicaliser, melba, mémorisable, mémoriser, menotter, mensualisation, mensualiser, mentholé, -ée, mercatique, merguez, métré, métro, microfilm, optimal, -ale, optimiser, parka, pastis, patchwork, patronyme, paysager, -ère, paysagé, pénaliser, penalty, pénibilité, pense-bête, pérenniser, périphérique, permissif, -ive, pesticide, philatélie, photocopie, photomaton, photomontage, phréatique, piano-bar, piratage, plagiste, politisation, politiser, porte-à-porte, polluant, -ante, pollueur, -euse, pontage, poster, prêt-à-porter

    pour ce qui concerne les mots "d'usage courant" et

    barbant, -te, bêtisier, bigleux, -euse, carambouille ou , carambouillage/carambouilleur, -euse, copinage, déboussoler, entourlouper/entourloupette, gamberger, grenouilleur, -euse, jeunot, -otte, lèche-bottes, lèche-vitrines, lève-tard/lève-tôt

    pour ce qui est des mots familiers.

    Je constate que la plupart de ces mots se trouvent déjà dans un vieux petit Robert (édition 1973).

    Soit, no comment.

    Il s'agit donc du troisième tome de la neuvième édition du Dictionnaire de l'Académie française (De Maquereau à Quotité), édité à la Librairie Arthème Fayard et l'Imprimerie nationale, disponible en librairie au prix de 75 €.

    Si vous désirez découvrir les mots vulgaires et argotiques désormais immortalisés, cliquez sur le lien Cool http://www.academie-francaise.fr/actualites/index.html

    Mais tout de même... Je n'ose imaginer comment se déroulent leurs débats!

  • Y comme Yvonne

    « Sois gentil, ne fais pas ta mauvaise tête, – avait dit Yvonne, – c’est tout de même mon amie... Elle a l’air tout à fait folle ces jours–ci. Elle ne se remet pas de toute cette histoire. Jamais plus tu n’acceptes de la voir, et moi, je disparais sous prétexte de faire mes devoirs de vacances. Alors elle reste seule à ronger son frein. Elle se fait des idées. Elle est triste. Elle a des crises de nerfs... Ne dis pas que tu as promis à ta maman... Je sais bien que tu t’en fiches, moi. »

    Elle avait très mauvaise mine, Suzanne. C’était clair qu’elle avait pleuré et Pascal se sentit coupable. Était–ce vraiment à cause de lui ? Et si pas à cause de lui, à cause de qui ?

    C’était naturellement Yvonne qui trimbalait leur déjeuner, comme toujours.

    Ils passèrent à travers les champs cultivés […] Des papillons volaient partout.

    Suzanne était redevenue muette et triste. Qu’est–ce qu’elle avait tout de même ? On était ensemble, on se promenait.

    « Maman, – dit–elle soudain, – a tout le temps la migraine ces temps–ci... »

    Comme si elle voulait par là excuser son air préoccupé.

    « Bon, – répondit Yvonne, – mais ce matin elle est sortie avec Jockey et la petite voiture...

    – Pourvu qu’elle n’aille pas avoir un accident !... – dit Pascal. – Mon papa ne serait pas là cette fois... »

    Il s’arrêta. Il venait de faire une gaffe. Deux gaffes même.

    « Oh, elle est prudente maintenant ! » reprit précipitamment Yvonne, et elle embrassa Suzanne, comme pour la rassurer. « Laisse, – murmura l’autre en la repoussant. – Il fait trop chaud... »

    Ce soleil et cette poussière ! Yvonne s’était mis un mouchoir sur la nuque sous son chapeau. « Oh, tiens, Pascal, tu peux bien porter notre déjeuner... après tout, tu es l’homme ! » Elle fit une petite grimace qui signifiait : après ce compliment–là si tu refuses...

    « Bon, bon, – dit Pascal, – c’est toujours comme ça avec les filles... Donne–le, ton balluchon ! »

    Yvonne partit en courant. « J’arrive la première à la chapelle ! » Suzanne et Pascal se regardèrent. Ils ne relevèrent pas le défi. Ils marchèrent un instant silencieux, puis Pascal murmura : « Suzanne ! »

    Elle ne répondit pas. Elle levait le nez en l’air.

    «Suzanne ?

    – Quoi ? dit–elle.

    – Pourquoi me boudes–tu ? »

    […]

    « Parce que tu as été dans la grange avec Yvonne...

    – Par exemple !

    – Ne mens pas : elle me l’a dit... »

    C’était la chapelle miraculeuse.

    […]

    « On s’arrête ? – dit Pascal.

    – Pour quoi faire ? – répondit Suzanne.

    – Pour rien... »

    Yvonne s’était mise à chanter. Elle avait une jolie voix juste, et elle aimait les romances. Les paroles profanes semblèrent effaroucher les oiseaux de ce lieu sacré. Une grande pie s’envola lourdement, Pascal sentit la profanation.

    « Yvonne ! Tais–toi... Respecte l’église ! »

    Cela provoqua chez elle un fou rire et un accès nouveau du style ouah-ouah ; elle se mit à sauter sur un pied derrière les arbres, poursuivie par Pascal, en agitant de côté ses grandes boucles blondes comme des oreilles d’âne.

    [...]

    Elle [Suzanne] se mit à leur courir après. Elle passa devant la grange fermée. Eux, tournaient autour. Zut, elle a accroché sa robe à un vieux clou rouillé. Pendant qu’elle la dégage, qu’est–ce qui lui prend ? Est–ce son cœur qui s’arrête ? Elle s’écarte d’un coup de la grange, elle en regarde la porte avec des yeux immenses.

    « Suzanne ! Suzanne ! »

    Pascal a attrapé Yvonne. Maintenant on peut s’en aller. Mais Suzanne est là, immobile. Elle a perçu quelque chose dans l’ombre de la chapelle en arrière. « Faut–il que j’aille te chercher, Suzanne ! » Non, non. Elle vient, elle vient. Vite, partons, partons.

    « Quelle drôle de fille, cette Suzanne ! » dit Pascal à Yvonne, maintenant qu’ils courent derrière elle.

    Ils n’ont pas vu, derrière la chapelle, Jockey attaché à un anneau du mur, qui gratte le sol avec son sabot.

    Louis Aragon, Les voyageurs de l'impériale, Folio n°120

  • rencontre X

    Daniel avait rendez-vous avec Carine à dix-neuf heures au restaurant Hémisphères, derrière la Monnaie.

    Comme à son habitude, il fut ponctuel. La table était réservée, on la lui montra, il s'y installa. Il s'offrit un apéritif. Pourquoi attendre? Et puis, il fallait bien se donner une contenance... et du courage.

    Au bout de vingt longues minutes, il montrait de plus en plus de signes d'impatience, regardait nerveusement la porte chaque fois qu'elle s'ouvrait, n'osait plus toucher à son apéritif qui serait bientôt bu.

    Il finit par sortir son portable:

    - Allô? Carine? C'est Daniel ici hein...
    - ...
    - Oui, j'y suis déjà. Et toi, où es-tu?
    - ...
    - Ah bon! à tout de suite, alors...

    Et il rempocha son portable, l'air mi-rasséréné, mi-agacé.

    Dix minutes plus tard, Carine entra. Il comprit tout de suite que c'était elle, à sa façon de rester plantée là, à attendre qu'un serveur vienne la sauver. Elle avait ces mêmes boucles noires que sur la photo. Mais qu'est-ce qu'elle était grande!

    Le garçon lui désigna le haut des marches et le coin où Daniel était installé. Elle monta. Ils s'embrassèrent sur les deux joues. Carine s'excusa de son retard. Il fit de son mieux pour la mettre à l'aise - l'essentiel était qu'elle fût là, n'est-ce pas? et puis avec tout ce trafic qu'il y avait à l'approche des fêtes... - mais on sentait clairement qu'elle venait de perdre quelques points.

    Ensuite, elle aggrava son cas en lui posant une question qui le fit bondir. Elle essaya de se justifier mais ils n'étaient visiblement pas du même avis:

    - Mais si, dit-il, il y a sur le Net un tas de gens qui veulent avant tout de l'argent! Ce sont ceux qui te demandent dès le premier contact combien tu gagnes.

    ***

    A la table d'à côté, Adrienne finissait sa tajine de kefta de poisson. Il était l'heure d'aller voir Cendrillon à la Monnaie. Elle se demanda ce que ferait Carine ce soir-là, quand sonnerait minuit, et si le prince l'inviterait une deuxième fois...

  • Wagon de train

    C'est dans un wagon de train entre chez moi et Bruxelles que je trouve la réponse (définitive? on peut rêver Langue tirée) à un de mes questionnements:

    "Je n'envie pas les faiseurs d'histoires, ces maîtres en abîme que l'on nomme romanciers. Je n'ai pas la prétention d'inventer des héroïnes invisibles qui ne sont souvent que papiers et chimères, chair évoquée à défaut de la chair. Je me sens bien plus aujourd'hui ce ramasseur d'images qui aime se distraire de toute diffraction des gens dans la lumière."

    Carl Norac, Métropolitaines, L'Escampette, 2003

    Alors j'ai suivi son exemple et "croqué" deux héroïnes assises en face de moi dans le wagon de train:

    Il y a longtemps qu'elle ne s'est plus lavé les cheveux. Ils sont gris et auraient besoin d'une coupe. Mais elle a abandonné tout effort d'élégance, enveloppée dans un long pull informe et large comme une canadienne à deux places. Il est d'une couleur bleuâtre qui ne l'avantage guère. Grosses chaussures, pantalon noir à pattes d'éléphant, et suspendue derrière elle, une parka beige un peu défraîchie contre laquelle elle se blottit. Sur ses genoux, elle tient un foulard rose vif à petits motifs fleuris, seule note un peu joyeuse dans cet ensemble triste.
    Derrière ses lunettes, elle ferme de temps en temps les yeux. Puis les ouvre, me regarde, ou observe ce que fait la fillette de la dame d'à côté. Sans sourire.
    Jamais elle n'a ni un mot ni un regard pour l'homme en face d'elle.

    Elle a les cheveux qui lui tombent sur les épaules, séparés par une raie médiane. Dix centimètres de blondeur extrême, puis dix centimètres d'indécision, et trois centimètres franchement très bruns, comme ses yeux et ses épais sourcils. Elle est jeune. De la pochette sur ses genoux, elle sort d'abord un portable blanc pour annoncer où elle est ("je suis dans le train") puis une petite tablette pour regarder des photos. Dans l'oreille droite, elle a un écouteur relié à sa petite boîte à musiques. De l'autre oreille, elle écoute le babil de sa petite fille...
    Enfin, je suppose.

    Je suis descendue à la gare Centrale, toute pensive.

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    galerie de la Reine, ciel bleu de fin décembre 2011

  • V comme Venise (4)

    "- On n'a pas le droit, quand on est à Venise, de s'en aller sans l'avoir visitée! soupirait maman. Une telle occasion ne se retrouvera peut-être jamais! Il suffirait de changer la date des billets...
    - Je sais quelques mots d'italien, précisa Mlle Boileau. Si vous voulez, monsieur, je peux très bien aller discuter à la gare, tâcher d'arranger les choses...
    Mais "monsieur" fut intraitable. Ayant épuisé tous ses arguments, maman se résigna. Pourtant, elle suggéra qu'à titre de "compensation" nous nous rendions à la gare non dans un de ces canots à moteur rapides et bruyants, qui fendent l'eau avec insolence, mais dans une idyllique gondole. Papa sourit avec mansuétude, sous sa courte moustache, à cette manifestation d'un romantisme désuet chez son épouse. Mais elle avait un si joli regard qu'il céda:
    - Seulement, dit-il, je crois que nous sommes trop nombreux et que nous avons trop de bagages pour une seule gondole. Nous en prendrons deux, par précaution."

    Henri Troyat, Le fils du satrape, Grasset 1998, pages 14-15.

     

    Venise août 2011 009 - kopie.JPG

    la maison des gondoliers est en bois et de nombreux chapeaux y sont accrochés; des gondoles sont en attente de réparation

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    à 07.30 h., le trafic est déjà intense mais les gondoles sont encore au repos

    Venise août 2011 032 - kopie.JPG

    pour aller à la gare en gondole par le canal Grande, on passe sous le ponte Rialto Cool

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    et quand on voit les vaporetti qui accostent d'une rive à l'autre, les gondoles qui promènent les touristes, les nombreux canots à moteur de toutes les tailles, les taxis qui filent en tous sens, on se demande comment il est possible qu'il n'y ait pas davantage d'"accidents de canaux" Langue tirée

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    comme ici, à l'embarcadère de san Zaccaria

  • U comme Urbi et orbi

    Autour de la table rectangulaire nappée de ce damas blanc bien empesé qu'on ne sortait que deux fois l'an, il y avait le père, la mère, le grand-père, la grand-mère, le petit frère et elle.

    Sauf que le père n'était jamais assis avec eux, vu que c'était lui qui faisait la cuisine et que ça lui coupait l'appétit tellement il était nerveux pour la réussite et la succession de ses petits plats, qu'il tenait à servir lui-même, et sur l'assiette s'il vous plaît, joliment présentée, de la première entrée jusqu'à la dernière sauce crème aux champignons. Après, il pouvait se reposer. Aux longs repas de famille, il ne mangeait finalement qu'un peu de fromage et de dessert - car il ne s'occupait pas de pâtisserie - et demandait plusieurs fois pour chacun de ses plats "Est-ce que c'est bon?"... On ne le rassurait jamais assez.

    Le grand-père trônait en bout de table. Il s'y trouvait souvent presque seul, avec les deux bougies et les trois branches de houx, parce que la grand-mère, qui cédait sa cuisine pour l'occasion, ne pouvait s'empêcher d'y faire des aller-retour. Pour rien, d'ailleurs, car c'était la gamine qui assistait le chef aux fourneaux, aidait à servir, débarrassait et faisait la vaisselle.

    Le petit frère était généralement collé à la télé, dans l'autre pièce. Pour ces repas de fête nappés de damas blanc bien empesé, on ouvrait la salle à manger d'apparat. Il fallait constamment rappeler le petit frère à table, il fallait beaucoup insister et ça énervait le grand-père qui estimait qu'un enfant devait obéir au doigt et à l'oeil. Bien se tenir à table. Finir son assiette. Ne pas parler devant les grandes personnes sauf si on l'interrogeait. Et ne pas quitter la table sans permission. Mais il se gardait de tout commentaire parce que sa fille était fort chatouilleuse sur ce sujet...

    D'ailleurs elle, que fait-elle? Elle ne fait rien. Elle se tient bien droite les coudes près du corps et les mains posées sur la table. Elle parle. Elle commande à sa fille, à son mari et à sa mère.

    C'est ainsi qu'on prend conscience, dès ses huit ans, des ordres hiérarchiques.

  • T comme téléphone

    Mes "fidèles" connaissent sans doute déjà ma téléphonophobie. Il m'est arrivé - je l'avoue - de ne pas décrocher quand on m'appelle. Et quand je dois appeler moi-même, il me faut une longue préparation mentale, comme pour le sportif de haut niveau avant l'exploit.

    Et je ne parle pas de mon portable, qui n'est jamais allumé. Ce n'est pas moi que vous verrez fourrager dans mon sac quand au théâtre ou au cinéma on vous demande d'éteindre votre GSM Clin d'œil

    Au cours de la période d'examens, il m'est arrivé d'être chez moi l'après-midi et de recevoir un coup de fil. Avant 17.00 h., c'est-à-dire pendant les heures payantes, ce ne peut être que pour une raison professionnelle, il faut donc que je décroche. Ma directrice a sans doute un truc à me dire? Mes autres - rares - correspondants attendent le soir ou m'envoient un mail.

    Mais le coup de fil qui m'a le plus fait rire, c'était celui de monsieur Louis:

    - Allô?

    - Bonjour! c'est monsieur Louis avec vous, le producteur des vins de Bordeaux, me dit une voix d'homme avec un fort accent étranger qui n'avait rien, mais alors rien à voir avec aucun vignoble français.

    ***

    Quoique... rassurez-moi: monsieur de Rothschild, comment s'exprime-t-il?

  • Stupeur et tremblements socratiques

    "Gnôthi seauton", disait Socrate, et vu que je crois en la valeur de ses méthodes, j'ai fait réfléchir mes élèves de Terminale à propos de la connaissance de soi. Le but était qu'ils s'interrogent sur leurs goûts, leurs intérêts, leurs compétences, leurs capacités, leurs valeurs, en vue du choix qu'ils ont à faire pour les études supérieures.

    Voulez-vous que je vous dise? Ils sont émouvants d'honnêteté Innocent

    "Le problème avec moi, c'est que j'ai les compétences mais que je n'ai pas envie d'étudier", m'écrit un garçon qui a probablement entendu maintes et maintes fois cette petite phrase à un entretien parents-professeurs.

    "La plus grande valeur que je recherche dans mon futur travail, c'est d'avoir du temps libre", m'écrit une fille. Parce qu'elle en aura besoin pour s'occuper de son mari et de ses enfants. Elle sait déjà qu'elle aura tout ça: une maison, un mari, deux enfants.

    "Ce n'est pas mon but de devenir vieux", me dit un troisième. Heureusement, je vois dans la suite de son texte qu'il a encore un programme assez chargé à réaliser avant de passer l'arme à gauche: longues études, expériences diverses dans le domaine artistique, tour du monde, philosophie, psychologie, ... d'ici là, il aura sans doute eu le temps de changer d'avis.

    "Il est aussi important de connaître nos désirs de fêter ou de sortir avec des amis, ainsi on peut mieux choisir la ville où on va étudier". Soupir... Nos villes universitaires ne sont pas très éloignées et beaucoup de jeunes les choisissent uniquement en fonction des copains...

    Enfin, un dernier exemple de mûre réflexion: "Je dois encore réfléchir à deux choses: est-ce que je vais m'acheter une petite voiture ou est-ce que je vais louer un studio?" Le train et le "kot" qui consistait en une simple chambre avec les toilettes et la douche en commun pour tout l'étage, c'est vraiment du passé bien révolu!

    ***

    Mais rassurez-vous, les quarante autres n'ont dit que des choses bien sensées et bien profondes Sourire

  • 22 incipits, 22 lieux (suite)

    On joue comme le 22 du mois dernier? Voici des débuts de romans classés par ordre alphabétique de leur auteur. Ils ont de nouveau été choisis parce qu'ils évoquent chaque fois un lieu.

    Pour ceux qui n'ont pas envie de se casser la tête Clin d'œil j'ai mis les titres des oeuvres en bas de page. Dans le désordre, évidemment, ou plutôt dans l'ordre alphabétique... on ne se refait pas Langue tirée

    ***

    L... La magnificence et la galanterie n'ont jamais paru en France avec tant d'éclat que dans les dernières années du règne de Henri second.

    M... La Brigade Ecossaise fit disputer ses championnats de boxe dans une belle grange flamande voisine de Poperinghe.

    N... Le moyen le plus eficace d'apprendre le japonais me parut d'enseigner le français. Au supermarché, je laissai une petite annonce: "Cours particuliers de français, prix intéressant". Le téléphone sonna le soir même. Rendez-vous fut pris pour le lendemain, dans un café d'Omote-Sando.

    O... Ce matin-là elle m'a demandé de mettre mon doigt sur la ficelle très fort, pendant qu'elle faisait le nœud pour tenir bien serrées les pattes du poulet. J'ai appuyé de toutes mes forces, et on aurait dit que mon doigt était cassé au bout. C'est très dur de le retirer juste quand elle a fini le nœud, il ne faut pas que le doigt reste prisonnier de la ficelle, et il ne faut pas non plus le retirer trop vite et que les pattes mortes du poulet mort se relâchent d'un seul coup. Ma grand-mère met une concentration extrême dans le ficelage du poulet, et moi je n'ai pas le droit à l'erreur : il faut y arriver du premier coup, je ne sais pas pourquoi. " C'est impossible d'être deux dans une cuisine ! " elle me lance quand elle sent que j'hésite un peu, et ça me vexe drôlement, je fais de mon mieux, je peux le jurer.
    Après, elle a allumé le feu de la cuisinière et elle a passé le poulet au-dessus de la flamme. Ça puait. Ça faisait des petits grains noirs sur la peau blanche et molle, je crois que c'est ça qu'on appelle " la chair de poule ", maman le disait quand elle rentrait du cinéma, je me souviens le cinéma lui donnait la chair de poule.
    Moi, c'est de voir ma grand-mère cuisiner qui me donne le frisson. Elle allume le gaz du four et puis au lieu de lancer directement l'allumette, elle prend son temps. C'est un suspense terrible. Je me sens responsable de tout l'immeuble, parfois même je me demande si je ne suis pas complice de cette explosion qui arrivera tôt ou tard, en plein cœur de Nice.

    P... Anton Voyl n'arrivait pas à dormir. Il alluma. Son Jaz marquait minuit vingt. Il poussa un profond soupir, s'assit dans son lit, s'appuyant sur son polochon. (...° Du canal Saint-Martin, un clapotis plaintif signalait un chaland qui passait.

    Q... Certains témoins mentionnent qu'aux derniers jours du procès de Maurice Papon, la police a empêché un clown, un auguste, au demeurant fort mal maquillé et au costume de scène bien dépenaillé, de s'introduire dans la salle d'audience du palais de justice de Bordeaux.

    R... Il y a un peu plus de quatre cents ans, mais il me semble que c'était hier, vivait à Saint-Maur-des-Fossés un curieux bonhomme qui se prétendait prêtre tout en portant la robe et le bonnet des hommes de science (...)

    S... Ils n'avaient pas de folklore de première rencontre. Ils ne s'étaient jamais rencontrés, puisqu'ils s'étaient toujours connus. Simplement, elle était arrivée un peu plus tard que lui, mais c'est à bord de la poussette de maurice, qui trottait déjà, que Zaza avait fait sa première sortie en ville sous le soleil de son premier printemps parisien de petite fille juive polonaise. (...) au 58 de la rue de la Mare, dans le XXe arrondissement de Paris.

    T... Le samedi 20 janvier 1663, vers onze heures du soir, au sortir du Palais-Royal où Monsieur - le frère du roi - donne un grand bal, deux jeunes hommes, suivis par six autres, déboulent dans la rue.

    U... à part Uderzo, je n'ai rien Clin d'œil

    V... Alors que l'horloge de l'hôpital de la Salpêtrière sonnait trois heures du matin, Louis Châgniot, qui dormait seul dans le lit conjugal, fut ébranlé par un grand bruit, semblable à un grondement sismique. Dans son sommeil, il assista à un éboulement prodigieux.

    *

    ***

    *

    Adieu Volodia - Effroyables jardins - La disparition - La Princesse de Clèves - La promenade des Russes - Le maître des abeilles - Le Montespan - Le roman de Rabelais - Les silences du Colonel Bramble - Ni d'Eve ni d'Adam

  • R comme rupture

    C'est avec un grand intérêt que j'ai lu le livre de François de Singly, Séparée. Vivre l'expérience de la rupture (Armand Colin, novembre 2011)

    Ayant moi-même vécu cette expérience, il y a exactement cinq ans - et assez douloureusement, faut-il le préciser... - j'ai tout de suite été attirée par le titre et par le fait que l'ouvrage est basé sur les témoignages d'une centaine de femmes: je voulais savoir si je m'y reconnaîtrais.

    En effet, au moment où j'ai dû commencer à annoncer ma propre rupture à mon entourage, ce sont les nombreux témoignages des autres qui m'ont le plus aidée à passer le premier cap. Quand on vit un événement qui bouleverse notre vie, on a généralement tendance à tourner et retourner la chose dans notre tête comme si nous étions la première personne à qui ça arrive. Comme le dit si bien Montherlant dans La Reine morte, "toute femme qui enfante pour la première fois est en effet la première qui met au monde" (Folio n°12 page 140). Je crois que c'est tout à fait comparable, que l'événement soit (très) heureux ou (très) malheureux.

    C'est donc avec une certaine avidité que je me suis jetée sur ce livre. D'ailleurs, j'en ai déjà parlé ici alors que je n'en étais qu'à l'introduction Langue tirée (suivre le tag 'rupture' http://adrienne.skynetblogs.be/tag/rupture)

    Ensuite, moi qui normalement ai un tel respect des livres qu'il est impossible de voir qu'ils sont passés entre mes mains - tranche intacte, pas une tache, pas une feuille écornée, pas une annotation - je n'ai pu résister à la tentation de prendre un crayon et de marquer ici et là dans la marge les passages qui me plaisaient. La première fois je n'en étais qu'à la page 22:

    "Le couple serait victime de la dictature du kleenex, de ce que Zygmunt Bauman nomme la "société liquide". Jeter est une condition nécessaire pour avoir accès aux plaisirs de la nouveauté."

    C'est là que j'ai mis ma première petite flèche au crayon, non que cette formulation - d'ailleurs au conditionnel - soit si transcendante, mais parce que c'est ainsi que je l'avais ressenti, il y a cinq ans: jetée comme un kleenex usagé. L'homme-de-ma-vie était tombé amoureux, amoureux comme un collégien, et il revivait des émois d'adolescent dont il me faisait sa confidente.

    François de Singly distingue trois cas de figure, trois sortes de séparations, chacune faisant l'objet d'un chapitre. C'est au chapitre 3, Premier type de séparation, que mon crayon a été le plus fortement mis à contribution. Je sais donc maintenant de source sûre que je fais partie de ces femmes qui "ont davantage misé sur le 'nous' " et qui ont "du mal à refaire leur vie, la grande partie de leur moi étant devenue conjugale" (page 40):

    "Plus le "je" conjugal est important, plus la séparation est lourde. (...) Elles [ces femmes] sont heureuses de s'être engagées entièrement jusqu'au jour où elles découvrent que leur mari ne s'est engagé que partiellement et qu'il s'est même désengagé." (page 74)

    Heureuse jusqu'au jour où... oui, c'est tout à fait vrai!

    Les citations de témoignages font plaisir: on aime savoir qu'on n'est pas la seule à avoir vécu les choses de cette façon, comme par exemple:

    - "Moi je n'ai jamais rien fait toute seule avec mes copines. Par contre, lui sortait très bien sans moi (...)" (page 77)
    - "Moi j'étais beaucoup plus dans sa famille que lui n'était dans la mienne" (page 77)
    - ou ce mari qui ordonne à sa femme de ne parler à personne de la situation qu'elle vit et exige de continuer la cohabitation avec elle (page 83)
    - et ces femmes se souviennent comme moi "avec précision de la chronologie de la rupture": la date, l'heure, les mots prononcés... (page 85)
    - cette double vie imposée pendant laquelle il faut continuer à lui faire à manger ou son linge (page 86)
    - accepter qu'il parte en vacances avec l'autre et continuer à se taire (page 87)
    - puis ce jour où l'autre "refuse d'être seulement maîtresse" et veut devenir l'épouse (page 87)

    Alors - et c'est ce qui à l'époque m'avait paru vraiment bizarre - "une fois le premier choc passé", on "constate avec surprise que cela a été une délivrance, une liberté retrouvée" (page 87). Moi aussi, comme cette femme qui témoigne, "Petit à petit, j'ai pris conscience que je n'avais plus de repas à préparer, que je pouvais manger à l'heure que je voulais, qu'il n'y avait plus une maîtresse qui appelait, la double vie de mon mari, tout ce que j'avais vécu de contraignant." (page 87)

    Ou comme cette autre qui raconte que "C'était l'ouverture sur une vie plus personnelle, plus culturelle (...) avec des choix que je ferai, avec des envies que je satisferai. J'avais plus de temps pour faire des choses que je n'avais pas faites, et pour voir ma profession d'une autre façon." (page 92)

    C'est vrai, on "a du mal à s'en remettre, ayant conservé peu de ressources et de liens amicaux propres" (page 137): j'ai eu bien de la chance de me retrouver tout de suite entourée de gens dont je ne soupçonnais même pas l'amitié qu'ils avaient pour moi. Je ne pourrai jamais assez les en remercier, ils m'ont sauvée.

    lecture,rupture

    Bon, les cent pages dont je ne dis rien, vous les lirez vous-mêmes, si le coeur vous en dit, je ne vais tout de même pas tout vous dévoiler, n'est-ce pas? Ce livre peut-il plaire à ceux qui n'ont pas vécu de rupture? Je n'en sais rien. Mais ce que je sais, c'est que j'ai déjà deux amies à qui j'en ai parlé et qui veulent absolument le lire aussi.

    Je le mettrai sous leur sapin de Noël pour ses vertus thérapeutiques Langue tirée

    ***

    Les éditions Armand Colin http://www.armand-colin.com/ en partenariat avec News Book http://newsbook.fr/

  • C'est arrivé le 20...

    Le matin du 20 mai, Voeder (1) était sur le pas de sa porte. Pour les voir passer.

    - Ils n’ont pas changé, dit-il en rentrant auprès de sa fille Adrienne, qu’une peur immense taraudait depuis dix jours. L’arrivée dans sa ville de ces hommes du 53e régiment d’infanterie de la Wehrmacht n’était pas de nature à la rassurer.

    - A part qu’ils n’ont plus le casque à pointe, mais sinon, ils sont encore exactement pareils à l’autre fois, ajouta le père.

    Parce que Voeder, né en 1878, pouvait comparer avec ceux qui avaient descendu d’un même pas cette même rue et qui étaient restés quatre ans avant de la remonter dans l’autre sens. Adrienne était alors une petite fille.

    - Ceux-là, conclut-il, m’est d’avis qu’on n’en sera pas vite quittes non plus.

    La veille,  des bombes étaient tombées sur la ville. Pour la deuxième fois. Il y avait eu de nombreux morts et des blessés aussi, bien sûr. Un jeune garçon avait eu la jambe arrachée.

    Depuis dix jours, on voyait passer sur les routes toutes sortes de réfugiés. D’abord il y avait eu les belles automobiles, de plus en plus surchargées, puis les charrettes à bras, les vélos, des gens à pieds, harassés, traînant des enfants, des familles entières, avec le pépé ou la mémé qui ne sait plus marcher et qu’on trimbale Dieu sait comment et pour aller Dieu sait où…

    histoire, Belgique

    Eux aussi avaient pensé partir. Voeder était indécis, mais son beau-fils estimait que c’était la meilleure solution. Il savait ce qui s’était passé dans d’autres villes, ces dix derniers jours. Il ne savait pas tout, mais il en savait assez pour conclure que sa famille serait mieux à l’abri au sud, beaucoup plus au sud.

    - Jamais de la vie ! avait répondu Adrienne ! Jamais de la vie je ne laisserai ma nouvelle machine à coudre aux Allemands !

    Elle était couturière et venait de s’offrir une belle Singer.

    Un produit d’importation directe d’Allemagne !

    ***

    (1) Voeder est le mot en dialecte flamand pour désigner le père ; on prononce ‘voudeur’ avec l’accent tonique sur la première syllabe


  • Question existentielle d'hypermnésique

    Pour ceux qui ont l'envie d'écrire, les occasions sur le Net ne manquent pas. Comme je suis toujours à la recherche d'idées intéressantes, j'avais tout de suite été attirée par l'annonce suivante vue sur le site News Book le 19 octobre dernier: du 3 au 17 novembre : exercice d’écriture d’une dizaine de lignes sur le thème « Quelle est votre madeleine de Proust ? » http://newsbook.fr/concours-proust/

    J'ai pris bonne note de l'événement et j'ai immédiatement commencé à y réfléchir. Une dizaine de lignes, ce n'était vraiment pas la mer à boire, je trouverais bien le temps, pensais-je, de jeter quelque chose sur le papier (virtuel).

    Finalement, je n'ai rien écrit du tout: je n'ai pas réussi à mettre le doigt sur ce qui était - pour moi - le déclencheur de la mémoire, pour la simple raison qu'il n'y en a pas un, mais une multiplicité apparemment infinie.

    Jusqu'à présent, chaque consigne d'écriture, que ce soit au Défi du samedi ou ailleurs, a été prétexte à dévider de l'autobiographique. Et ça m'embête, de ne pas pouvoir sortir de là. Pourtant, j'ai tout essayé: mais même en pastichant Voyelles de Rimbaud, je parle encore de ma grand-mère Adrienne.

    Peut-être devrais-je consulter Langue tirée

    Cet été, dans un vain espoir de guérison, j'ai participé à un stage d'écriture fictionnelle. Je ne vous dis pas le mal que j'ai eu, vous avez pu lire mes écrits ici, signés du mot "fiction". En fait, c'est de la fiction "fabriquée" avec une mosaïque de souvenirs, car ce sont les seules idées qui me viennent. Quand je m'en suis confessée à notre meneur de jeu il m'a absoute en me disant: "Ça ne fait rien, toi seule sais que c'est autobiographique, le lecteur ne le sait pas."

    Ça ne m'a pas vraiment convaincue... Incertain

    Alors en novembre, je me suis acheté le livre d'Eva Kavian, Ecrire et faire écrire. Manuel pratique d'écriture. (éd. De Boeck Duculot, 2010). En le feuilletant, je tombe sur le mot "burette", que je n'avais plus utilisé depuis 1987. Si vous ne connaissez pas la suite, je suppose que vous la devinez... http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2011/11/25/u-comme-universelle-panacee.html

    Finalement, mercredi dernier, dans une ultime tentative d'échapper à ma fatalité Rigolant, je me suis inscrite sur un nouveau site d'écriture. Vu qu'à chaque consigne il faut se projeter dans un autre temps et un autre lieu, j'espère bien cette fois arriver à écrire de la fiction...

    ***

    Et vous, quelle est votre madeleine de Proust?

     

  • P comme perles

    Les perles sont au correcteur ce qu'est le sourire offert au malade ou la tape amicale sur l'épaule du copain qui se laisse un peu aller: on se redresse, on rit, on respire, on reprend courage pour la suite.

    Voilà pourquoi la récolte des perles ne se fait jamais dans un but de moquerie: la perle, comme son nom l'indique, est précieuse. Et souvent le fruit de toute une culture Sourire

    La culture du dictionnaire ou comment bien l'utiliser:

    - C'est là que la chaussure me serre le pied! (*)

    La culture des verbes ou comment bien conjuguer:

    - Rien n'émeute cette fille

    La culture du surréalisme:

    - Epelle ne prend pas deux l

    La culture du mot juste:

    - Il tombe des flacons de neige

    Bref, vous l'aurez compris, et comme le dit si bien un de mes élèves: "Les études stipulent le reste de ta vie!"

    ***

    (*) en néerlandais on dit "waar het schoentje wringt" pour dire "voilà où le bât blesse"

  • O comme onze fois Proust

    Aujourd'hui, un onzième et donc dernier extrait du livre d'Alain de Botton qui se termine par un chapitre sur Proust et la lecture.

    Proust est un grand lecteur, qui considère la relation aux livres comme une relation d'amitié véritable, car sans faux semblants ni hypocrisie: on prend le livre et on le quitte comme on en a envie, sans faire de manières. Le livre ne vous reprochera pas que vous le laissiez tomber ou que vous le délaissiez pour autre chose Langue tirée

    Cependant, il ne faut pas non plus demander à un livre ce qu'il ne peut nous donner.

    Je ferai court aujourd'hui car il y a de quoi réfléchir longuement sur ce petit extrait de la plume de l'ami Marcel:

    "C'est donner un trop grand rôle à ce qui n'est qu'une incitation d'en faire une discipline. La lecture est au seuil de la vie spirituelle; elle peut nous y introduire: elle ne la constitue pas."

    Le livre ne remplace pas la réflexion. Merci Marcel Cool

    lecture,littérature,amitié

    ... et encore un grand merci à Margotte pour son initiative proustienne de l'été dernier!

  • N comme n'importe quoi

    Je ne sais pas ce qui m'a pris de feuilleter dans les publicités qu'on reçoit avant les fêtes, je n'ai besoin de rien et normalement je n'y jette même pas un coup d'oeil. D'habitude, tout ça disparaît instantanément dans le bac à papier. Mais depuis que j'ai une nouvelle factrice, je dois faire très attention: elle "emballe" le courrier entre les pages publicitaires, ce qui m'oblige à faire un dépouillement complet.

    C'est ainsi qu'à l'heure du thé, mercredi après-midi, je me suis retrouvée à tourner les pages d'un folder (*) d'une grande surface spécialisée en alimentaire.

    Il serait intéressant de comparer les offres de nos supermarchés 2011 à celles d'il y a quelques années. Il me semble qu'en peu de temps nous avons évolué du traditionnel vers l'exotique puis de plus en plus vers le "n'importe quoi".

    On retrouve donc toujours les grands classiques, champagne, huîtres, foie gras, homard, dinde. A leurs côtés, les produits méditerranéens et exotiques ont droit à tout autant de place, sinon plus: la cuisine de nos vacances en Italie, Espagne, Portugal, Grèce, Turquie, Maroc... se retrouve dans nos assiettes de Noël aussi, ainsi que les sushi et autres dim sum. Je constate qu'il faut être un connaisseur pour s'y retrouver en japonais dans le texte: uramaki, chumaki, onigiri chuka wakame et j'en passe. Je ne saurais pas ce que je mange Incertain

    Et comme il faut apparemment toujours proposer des nouveautés, on en arrive au grand "n'importe quoi". Comme ces "cocktail pearls" au goût de citron qu'on voudrait nous faire servir avec des huîtres. La barbe à papa vendue en petit seau de plastique. Le gin bleu de Bombay. Ou le fromage de chèvre au cuberdon.

    Et ils appellent ça une exclusivité Langue tirée

    ***

    (*) je ne sais pas comment vous appelez en France ces petits journaux publicitaires des supermarchés

  • M comme Moussa

    C'est le moment d'apporter un brin de sérénité... c'est probablement dans ce but que les chats ont été créés Langue tirée

    014 - kopie-13nov11.JPG

    Normalement, mama Moussa et son fils Pipo réussissent à se caser dans tous les formats de boites ou de caisses

    chats

    même s'il faut y laisser un certain confort

    chats

    Ils se tiennent au chaud et ils me font rire

    chats

    et ils trouvent toujours "un arrangement" Cool

  • L comme Lettre à Henriette

    Chère Henriette

    Il y a quelque chose que je ne comprends pas et que j'aimerais que tu m'expliques.

    Dans chacune de mes lettres, je te suggère de mettre un mot de ta main lorsque tu me réponds. Chaque fois je t'assure que même un mot en adja me ferait plaisir et que je suis prête à apprendre tous les mots que tu me diras.

    Il se peut que tu ne saches pas quoi me dire - j'ai des élèves qui eux aussi manquent parfois d'inspiration, à ce qu'ils me disent Clin d'œil - mais dans ce cas ne pourrais-tu pas au moins signer toi-même ces quelques phrases que tes traducteurs attitrés me font parvenir?

    Je pensais que depuis le temps qu'on me dit que tu vas à l'école - plus de deux ans déjà! - tu devais avoir appris à écrire ton nom. Je sais que tu parles l'adja et que sans doute on ne t'apprendra le français que dans quelques années. Donc je comprends qu'on ait encore besoin des services de Nestor, Josué et Théodore. Mais pas pour noter ton joli prénom au bas de la page, il me semble? Tu as vu que Josué a écrit "Anriette"?

    Chère Henriette, il faut que je te dise une dernière chose: je suis découragée. Que veux-tu que je fasse d'une phrase comme "Salue les parents et amis de Belgique" ou "Bien des choses à toi et la famille"? Est-ainsi que parle une petite fille de dix ans? Pourquoi ne réponds-tu pas à mes questions sur ta vie, sur ton école?

    J'aimerais tellement comprendre et savoir ce qui se passe vraiment là-bas, dans ton village au coeur du Bénin...

    Je t'embrasse et je continue d'espérer qu'un jour nous arriverons à un véritable échange Bisou

     

    ***

    J'ai commencé, donc je continue...
    Mais le moins que je puisse dire
    c'est que mes échanges avec Plan International
    ne se situent pas au niveau optimal...
    Si j'en parle ouvertement aujourd'hui
    c'est dans l'espoir de recevoir des commentaires qui m'aideront...

     

  • K comme krapoverie

    Défi krapovien - Chapitre 8

    Que feriez-vous avec ces neuf prénoms : Josiane, Eliane, Maryvonne, Marie-France, Arlette, Dominique (la femme), Anne-Françoise, Henry et Dominique (l’homme), sachant que ces personne se réunissent hebdomadairement dans une salle nommée « Mandoline » ?

    ***

    Pour ceux qui ont raté le début, il est ici: http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2011/07/13/k-comme-krapoverie1.html (chapitres 1 à 5). Pour voir les chapitres 6 et 7, cliquez sur la lettre K dans la colonne ici à côté, à droite Sourire

    ***

    On aurait pu croire que tout les séparerait, leur histoire familiale, leur éducation, leur scolarité, leur métier étaient si différents, mais leur amitié a survécu à tout. Et leur parcours de vie, finalement, a été étrangement similaire.

    Toutes les deux se sont mariées très jeunes, ont eu un fils dès l'année suivante, ont travaillé dur, ont dû supporter l'infidélité de leur mari. Toutes les deux ont fini par s'en lasser et se sont retrouvées seules. D'abord Marie-France, puis cinq ans plus tard Anne-Françoise. Ça les a encore rapprochées.

    Nées la même année, habitant dans la même ville, elles continuaient de vivre les mêmes choses au même moment: le départ des enfants, la vieillesse et la maladie des parents. Là aussi Marie-France avait fait la première l'expérience douloureuse du décès de son père, puis Anne-Françoise avait perdu le sien. Les mamans souffraient de maux divers mais avaient l'étoffe de centenaires, tout le monde le leur disait. Ça ne les empêchait pas d'exiger une présence constante.

    Le fils de Marie-France était parti pour la capitale et les enfants d'Anne-Françoise, au hasard de leurs études, s'étaient tous retrouvés à l'étranger: son fils était devenu sinologue et était resté en Chine après y avoir passé un an en fin d'études, sa fille aînée exerçait l'audiologie dans des orphelinats de Colombie et sa cadette terminait ses études d'histoire de l'art en Italie. Tout ça était bel et bien, mais le nid était fort vide et les soirées parfois moroses.

    - Ça ne te dirait pas d'aller avec moi à la Mandoline? avait demandé Anne-Françoise à plusieurs reprises. Mais chaque fois Marie-France avait refusé: d'abord sous prétexte que son fils habitait encore chez elle, puis parce qu'elle n'en voyait pas l'utilité:

    - Je vis toute seule, maintenant, disait-elle sans la moindre logique dans ses arguments, alors pourquoi est-ce que j'irais là-bas?

    Mais la dernière fois qu'Anne-Françoise en avait parlé, elle avait été moins catégorique dans son refus.

    - Il y a de l'espoir, se dit Anne-Françoise en rentrant chez elle ce soir-là, il y a de l'espoir. Je sens que la prochaine fois, elle dira oui.


  • J comme Jacqueline Harpman (8)

    J'en vois qui froncent les sourcils: "Encore? Je croyais qu'on en avait fini avec cette série?"

    Et bien non, il faut encore que je vous parle de L'Apparition des esprits (éd. Ancrage, 1999), le tout premier roman écrit par Jacqueline Harpman, si j'en crois la postface, mais dont Juillard avait retardé l'édition à cause de la parution - et du succès - de Bonjour Tristesse auquel ce livre-ci ressemblait trop, apparemment, par son thème et par la jeunesse de son auteure... Enfin bref, il avait été mis "au frigo" pour une simple question de marketing.

    J'en dirai deux choses: d'abord que le personnage de Maurice Alker qui apparaît ici reviendra plus tard dans Orlanda, dont je parlais à la lettre J du mois dernier. Ensuite, il faut préciser aussi que Jacqueline Harpman a "remanié" son oeuvre de jeunesse... mais je ne sais pas dans quelle mesure.

    Avis donc aux amateurs de Sagan: il y aurait lieu de faire un petit test comparatif Clin d'œil

  • I comme indignez-vous!

    J'ai fait lire à mes élèves de sixteen going on seventeen (http://www.youtube.com/watch?v=qbMcEbJ9J8Q&feature=related) un article sur les Indignados / Indignés puis je leur ai demandé de mettre sur papier - en maximum cinq phrases - ce qui les indigne, eux...

    Chaque fois que je donne un exercice de ce genre, je suis très curieuse de lire leurs écrits et en même temps je sais que je recevrai une foule de réponses "attendues". Or, j'aime qu'ils me surprennent Clin d'œil

    Quels sont les sujets d'indignation de mes sixteen going on seventeen, cuvée 2011-2012?

    Ils se situent dans trois grands domaines:

    1.la politique belge: les querelles entre politiciens flamands et wallons, le manque de respect de la part du parti séparatiste flamand pour notre nouveau premier ministre, qu'il ait fallu plus de 500 jours pour former un gouvernement et que dans l'hémicycle nos politiciens aient surtout l'air d'être occupés avec leur GSM...

    2.l'environnement, les changements climatiques, l'énergie nucléaire: ils s'indignent que ces sujets semblent indigner très peu de gens...

    3.les injustices sociales: la pauvreté chez nous et ailleurs, les inégalités sociales, la discrimination des homosexuels...

    Heureusement pour la correctrice, il y a toujours le comique de service. Cette année, c'est un grand gaillard qui m'écrit ceci:

    "Ce qui m'indigne, c'est le temps qu'on doit passer à étudier des examens au lieu de pouvoir le passer en famille ou entre amis."

    On ne peut pas lui donner tout à fait tort, n'est-ce pas?

  • H comme hasard

    C'était un mardi comme un autre.

    A midi trente, les repas sont avalés, Nathalie et ses deux collègues remettent tout en ordre au réfectoire. Comme d'habitude, on pourrait nourrir une centaine de Biafrais avec les restes des plats et des assiettes.

    Le dessert n'a pas eu de succès: le mardi, c'est le jour du fruit. Les élèves préfèrent les gaufres de Liège et les tartelettes à la frangipane, mais on continue à leur offrir une pomme, une poire ou un kiwi le mardi. Il en reste toujours un bac entier qu'on va ensuite déposer dans la salle des profs. Faisant partie de la génération qui a sans doute le mieux intégré le message des cinq fruits et légumes par jour, les profs font rapidement disparaître tout ça dans la profondeur de leur cartable ou le dégustent sur place. Chacun sait que dans ce métier, on a besoin de vitamines Clin d'œil

    Quand les vaisselles sont faites, les chaises rangées, les tables nettoyées, le sol lessivé, Nathalie peut rentrer chez elle. Mais comme il lui reste un peu de temps avant d'aller chercher sa cadette à l'école primaire, elle passe par le secrétariat, qu'elle trouve vide. Il sera bientôt trois heures et tout le personnel est apparemment encore à la pause café.

    Tout le monde, sauf Lucie qu'elle n'avait d'abord pas remarquée et qu'elle voit tout à coup s'écrouler et tomber. Elle se précipite pour essayer de briser sa chute et l'aider à se relever mais sent tout de suite qu'une chose grave est arrivée.

    - Au secours! au secours! il est arrivé quelque chose à Lucie!

    Il y a eu alors une succession incroyable d'actes justes, précis et quasiment miraculeux: une secrétaire accourue a commencé les massages cardiaques, une collègue savait que le jeune remplaçant du prof de gym faisait son cours dans la salle numéro 1 et qu'il savait faire lui aussi les massages cardiaques, un petit stagiaire est arrivé au même moment, à eux trois ils se sont relayés pendant une vingtaine de minutes, s'encourageant mutuellement, en attendant l'arrivée de l'ambulance.

    L'hôpital est dans la même rue, mais à trois heures de l'après-midi, toute la circulation autour de l'école est bouchée par les nombreux parents et grands-parents venus chercher les enfants à la sortie. De ces parents et grands-parents qui font fi de toutes les règles et qui se fâchent quand on ose leur dire qu'ils sont mal garés, alors qu'on le leur dit pour la sécurité de leurs propres enfants et qu'il y a un parking énorme juste à côté.

    Vingt minutes de massages cardiaques, qu'on a poursuivis avec l'aide des ambulanciers, puis les électrochocs: le coeur de Lucie s'est remis à battre. L'ambulance a pu refaire le chemin en sens inverse, avec encore plus de difficulté vu le nombre croissant de voitures aux approches de la sonnerie de fin des cours.

    Au bout de cinq jours de coma plus ou moins artificiel, Lucie a ouvert les yeux.

    - Apportez-moi mon ordinateur portable, a-t-elle dit à son frère, j'ai des trucs à faire pour l'école.

    ***

    histoire véridique arrivée le mardi 22 novembre 2011 : seuls les prénoms ont été changés

  • G comme générale

    J'ai eu l'occasion d'assister samedi dernier à une répétition générale de l'opéra qui sera présenté en première ce soir: Cendrillon, de Jules Massenet... et j'en suis sortie enchantée!

    J'ai tout aimé: la mise en scène qui allie beaucoup d'humour à la féerie du conte de fée, tout droit sorti du livre de Charles Perrault illustré par Gustave Doré; la prestation des choristes qui ont de véritables petits rôles types à jouer et à danser; la voix magnifique d'Anne-Catherine Gillet dans le rôle titre...

    Mais j'arrête là mon énumération des beautés de ce spectacle, dès lundi les journalistes spécialisés en parleront mieux que moi.

    Bien sûr, il s'agissait d'une prégénérale, donc ici et là il y a eu une interruption pour régler un détail du décor. Aussi, je me réjouis de pouvoir y retourner le 17 décembre pour voir un spectacle bien huilé et parfait jusque dans ses moindres détails, comme on en a l'habitude à la Monnaie Cool

    Voir un opéra, je considère que c'est un privilège. Le voir deux fois, c'est le nirvana Sourire

    opéra,bruxelles,la monnaie

    l'épisode de l'essayage de la petite pantoufle de verre, par Gustave Doré: "Approchant la pantoufle de son petit pied, il vit qu'elle y entrait sans peine & qu'elle lui était juste comme de cire."

    ***

    L'interview avec le metteur en scène, Laurent Pelly: http://www.lamonnaie.be/fr/mymm/article/30/

    Tous les renseignements ici: http://www.lamonnaie.be/fr/opera/146/&utm_source=La+Monnaie&utm_medium=email&utm_campaign=D%C3%A9cembre+%C3%A0+la+Monnaie+!

    Pour ceux qui voudraient relire le conte dans la version de Perrault: http://fr.wikisource.org/wiki/Cendrillon_%28Perrault%29

    Enfin, quelques morceaux d'anthologie:

    - une publicité Chevrolet de 1936, A coach for Cinderella http://www.youtube.com/watch?v=rMDh5Ln5J_0 et une de 1937, A ride for Cinderella http://www.youtube.com/watch?v=ssvsVIHkGC0

    - un court métrage de Méliès http://video.google.com/videoplay?docid=3563531842208195735

    - et pour ceux qui comme moi aiment Tex Avery, voici son dessin animé Swing shift Cinderella: http://www.dailymotion.com/video/x3sxba_tex-avery-mgm-1945-swing-shift-cind_fun

    opéra,bruxelles,la monnaie

    l'affiche de l'année de création: 1899

  • F comme fil de soi

    Un fil de Soi, ce n'est pas une faute d'orthographe Langue tirée mais c'est une expression utilisée par François de Singly dans le livre que je suis en train de lire, Séparée, dont je parlais déjà lundi dernier à la lettre D comme Déconjugalisation.

    "Le degré de douleur associé au divorce est variable. Mais ce qui change peu, en revanche, c'est ce souci de soi, posé dès le départ ou découvert ensuite, par les personnes séparées. Si, à certains moments, la fatigue d'être soi est éprouvée, à d'autres moments - au moins aussi importants dans l'expérience personnelle - la peur de ne plus être soi surgit."

    François de Singly, Séparée, éd. Armand Colin, 2011, page 13

    Le livre est basé sur une centaine de témoignages de femmes qui racontent "comment elles se sont, volontairement ou non, libérées de la dimension identitaire "femme de", comment elles ont recomposé, plus ou moins aisément, leur identité."

    J'étais une "femme de".

    Je ne sais pas si, fin 2006, la lecture de ce livre m'aurait aidée. Mais je sais qu'aujourd'hui je veux vraiment le lire. Même si à plusieurs reprises déjà je me suis déclarée "guérie", je ne sais pas si j'en aurai jamais terminé avec la réflexion et les analyses de ce qui m'est arrivé.

    J'ai l'impression que "Vivre l'expérience de la rupture" m'incitera à m'épancher ici sur mon propre vécu. Je compte sur vous, amis lecteurs, pour me prévenir gentiment si ça devient lassant ou gênant...

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  • 7 préférées

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    http://www.neuhaus.be/fr/chocolat/pralines/ganache/jean.asp

     

     

     

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     http://www.neuhaus.be/fr/chocolat/pralines/ganache/suzanne.aspx

     

     

     

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    http://www.neuhaus.be/fr/chocolat/pralines/ganache/violetta.aspx

     

     

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    http://www.neuhaus.be/fr/chocolat/pralines/ganache/art-nouveau.aspx

     

     

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    http://www.neuhaus.be/fr/chocolat/pralines/ganache/criollo.aspx

     

     

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    http://www.neuhaus.be/fr/chocolat/pralines/ganache/passion-ganache-am%C3%A8re.aspx

     

     

     

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    http://www.neuhaus.be/fr/chocolat/pralines/gianduja/summum.aspx

     

     

     

     

    Seulement sept... parce qu'il faut bien s'arrêter quelque part et qu'on est le sept du mois Langue tirée.

    La plus enivrante - et pourtant sans alcool - est Violetta.

    Longue vie aux amis qui vous offrent des gâteries que vous n'avez jamais l'idée d'acheter pour vous-même Bisou

     

  • E comme examens

    En Belgique, avant les vacances de Noël, les écoliers du secondaire ont des examens sur toutes les matières. Nous allons donc dès après-demain traquer le copion planqué dans les plis d'une écharpe, d'une jupe, d'un grand col, collé sous une latte, caché dans le paquet de mouchoirs en papier, enroulé dans le corps du stylo à bille. Nous allons surveiller les mains qui vont sous le banc pour y tripoter la blackberry qu'on n'aura pas remise à l'entrée de la salle. Nous allons veiller à ce que les têtes et les regards ne soient tournés que vers la propre feuille. Tendre l'oreille au moindre chuchotis. Ouvrir l'oeil. Patrouiller. Rien dans les mains, rien dans les poches.

    C'est de bonne guerre.

    La semaine dernière, nous avons aussi eu nos examens en cours du soir. Nous étions entre adultes. Nous suivons ces cours pour notre plaisir. Nous savons que chacun réussira. Rien ne dépend de nos résultats, ni promotion, ni récompense, ni sanction. Pas de carnet de notes à faire signer par les parents, pas de remontrances, pas de risque d'échec ni de redoublement, pas de menaces contre notre argent de poche ou notre cadeau de Noël.

    Et pourtant croyez-moi, presque tous ont triché honteusement. La plupart avaient fait leur texte (expression écrite) chez eux et le recopiaient tranquillement. Deux cursistes se sont mises l'une à côté de l'autre et se sont "entraidées" pour les questions de vocabulaire, de compréhension orale ou écrite. Deux ou trois autres ne se sont pas gênés pour se faire aider par le prof. Vragen staat vrij, dit-on en néerlandais, "on est libre de demander": si on refuse de répondre, c'est tant pis, si on vous répond, c'est tant mieux, vous n'avez donc rien à perdre et tout à gagner. Ils y ont gagné: le prof leur a soufflé la réponse demandée.

    Mais comme adulte en cours du soir "italien pour le plaisir", qui a-t-on dupé, en agissant ainsi, si ce n'est soi-même?

    Moi, ça me dépasse complètement, ce genre de comportement. Une fois de plus, je n'ai pas compris. Une fois de plus, je me suis dit que les adultes sont bien pires que les jeunes.

    Qu'est-ce que je suis contente d'être prof dans le secondaire Cool

  • D comme déconjugalisation

    Vous avez vu le titre? François de Singly m'a appris un nouveau mot: dé-con-ju-ga-li-sa-tion!

    Je le cite:

    "Dans une société d'individus, la séparation est une entreprise de sauvegarde de soi, même pour celui ou celle qui la subit. Dans La Première Epouse, l'héroïne de Françoise Chandernagor prend très mal le départ de son mari; elle commence par se sentir perdue, par exemple lorsqu'elle se couche dans leur" lit matrimonial" (...). Dans un premier temps, cette femme est embarrassée de disposer de la totalité de son moi, ayant eu l'habitude de penser d'abord à son mari. Aliénée, elle perçoit la partie d'elle-même à laquelle elle a renoncé comme du linge sale! Cette réappropriation est longue."

    François de Singly, Séparée, éd. Armand Colin, 2011, pages 12-13

    lecture

    Pour la toute première fois depuis que je vais sur le site News Book, http://newsbook.fr/, j'avais réagi à une offre de lecture: avec un tel titre, Séparée, je me disais que ce livre était fait pour moi.

    En néerlandais on appelle ça "een ervaringsdeskundige", quelqu'un qui a l'expérience grâce à son vécu Langue tirée

    Alors voilà, je n'en suis qu'à l'introduction mais je me reconnais tout à fait:

    "Son aveuglement lui interdisait de voir son amputation de moitié. Elle n'emprunte plus les lunettes de son mari pour voir le monde; elle redevient sensible à ses propres sensations."

    François de Singly, Séparée, éd. Armand Colin, 2011, page 13

    Ou comme le dit l'héroïne de La première Epouse chez Françoise Chandernagor:

    "Je peux enfin faire du bien à quelqu'un qui va l'apprécier: moi-même. Jusqu'à présent, je n'ai vécu qu'en vivant pour mon mari."

    Je me demande si, dans son analyse sociologique, François de Singly dira combien de temps il faut, en moyenne, pour atteindre ce stade...

    Moi, il m'aura fallu cinq ans.

  • C comme coupole

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    J'ai voulu montrer les Galeries Lafayette à ma mère, pour le charme rétro de sa coupole avec la verrière.

    Ma mère n'a pas été fort impressionnée: ça lui rappelait l'Innovation d'avant l'incendie du 22 mai 1967 et lui a remis en mémoire quelques anecdotes.

    Comme ce 22 mai 1967 était un "lundi de kermesse" dans notre ville, beaucoup de gens avaient profité de leur jour de congé pour aller à Bruxelles. Et Bruxelles, ça voulait dire la rue Neuve. La rue Neuve, c'était l'Innovation. Et l'heure de midi, le repas au self: c'est là qu'il y a eu le plus de victimes.

    Le bâtiment d'origine était l'oeuvre de l'architecte Horta, un blogueur en parle ici, je ne vais pas répéter ce qu'il écrit, ceux que ça intéresse iront voir: http://bouillondecultures.blogspot.com/2007/05/22-mai-1967-lincendie-de-linnovation.html

    Alors le samedi 26 novembre, avec la foule au dedans et au dehors des Galeries Lafayette, avec un escalator en panne et les ascenseurs devant lesquels les gens faisaient la queue, les passages étroits entre les stands qui permettent à peine de se croiser, nous nous sommes demandé combien de gens trouveraient à temps les sorties et quitteraient vivants tous ces étages encombrés si un incendie survenait.

    Pour nous frayer un chemin du premier étage jusqu'à la rue, il nous a fallu une dizaine de minutes.

  • B comme bouche cousue

    Se taire, voilà une chose qu'elle sait très bien faire.

    Les quelques fois où elle s'est un peu épanchée, elle l'a toujours regretté.
    Tôt ou tard ses pauvres petites confidences ont été colportées, utilisées, déformées.

    On colporte pour se rendre intéressant ou pour se gausser.
    On utilise comme une arme contre elle.
    On déforme dans un but généralement peu louable.

    Se taire, voilà une chose qu'elle sait de mieux en mieux faire.

    Bientôt elle atteindra la perfection: elle sera une tombe.

    pour le défi 169, mais trop tard: "Silence!"

  • A comme Adrienne

    Le cageot

    “Adrienne ne sera pas contente”, se dit-il en s’engageant  avec dextérité dans son garage juste assez grand pour laisser passer son Hillman. « Je suis en retard et elle a prévu du rosbif. S’il est trop cuit, ce sera de ma faute… »

    Les rituels du dimanche avant-midi auxquels il tenait tant exigeaient de lui un timing aussi serré que lorsqu’il était encore directeur de son usine textile : grand-messe à dix heures, dès onze heures débutaient les parties de cartes avec les amis au Canterbury puis à une heure précise il poussait la porte de chez lui et s’installait à table où la soupe était déjà servie : Adrienne savait qu’il la voulait ni trop brûlante ni trop tiède et lui en versait une louche dès qu’elle voyait l’auto tourner dans l’allée.

    Il en avait toujours été ainsi.

    Ce qu’il ne savait pas, en sortant de sa voiture dans l’espace étroit entre la portière et le mur de béton, c’est qu’il avait posé là un cageot, un de ces légers emballages pour le transport des oranges d’Espagne et qu’il ramassait toujours pour les donner à sa fille, s’il en voyait au supermarché: c’était bien pratique pour classer le petit bois et pour le porter à l’intérieur quand son gendre voulait allumer l’âtre. Car depuis qu’il n’était plus directeur d’usine, depuis cet infarctus qui avait changé le cours de sa vie, c’était lui qui faisait les courses.

    Mais ce jour-là, la machine du temps s’enraya une deuxième fois. Sa soupe refroidit dans l’assiette et le rosbif trop cuit ne suscita aucun commentaire. Il trébucha sur le cageot, ne put se relever. Adrienne affolée dut appeler les urgences. On l’emmena dans une grande clinique où on diagnostiqua une rotule brisée. On l’opéra dès le lendemain. Il essaya de prendre son mal en patience et de rester optimiste mais il eut de terribles escarres dont il souffrit beaucoup, malgré tous les soins, coussins et matelas spéciaux. Cependant on lui dit qu’il pourrait rentrer chez lui à Noël. Il n’y avait qu’une  condition : qu’il fasse bien ses exercices de revalidation.

    C’est là qu’il mourut, un 21 décembre, entre les deux barres de métal auxquelles il se tenait en refaisant pour la première fois quelques pas. L’embolie, ça ne pardonne pas.

    ***

    Il suffirait d’une machine à remonter le temps et d’un simple geste : déplacer le cageot d’un demi-mètre.

    ***

    “Adrienne ne sera pas contente”, se dit-il en s’engageant  avec dextérité dans son garage juste assez grand pour laisser passer son Hillman. « Je suis en retard et elle a prévu du rosbif. S’il est trop cuit, ce sera de ma faute… »

    Les rituels du dimanche avant-midi auxquels il tenait tant exigeaient de lui un timing aussi serré que lorsqu’il  était encore directeur de son usine textile : grand-messe à dix heures, dès onze heures débutaient les parties de cartes avec les amis au Canterbury puis à une heure précise il poussait la porte de chez lui et s’installait à table où la soupe était déjà servie : Adrienne savait qu’il la voulait ni trop brûlante ni trop tiède et lui en versait une louche dès qu’elle voyait l’auto tourner dans l’allée.

    Il sortit péniblement de sa voiture entre l’espace trop étroit de la portière et du mur de béton, pensa à sa fille en voyant le cageot qui traînait là depuis la veille, puis se dirigea vers la maison où la soupe fumante l’attendait dans son assiette à la tête de la table, comme au temps des patriarches dont il était bien le dernier.


    "Si c'était à refaire" (Exercice n°21): Tout le monde voudrait revivre un moment pour le modifier, dans un sens ou un autre. La difficulté consiste à choisir lequel. Et comment.

    Contrainte : Ecrire à la troisième personne. Une courte nouvelle de SF dans laquelle un personnage "retourne" dans un moment choisi de son passé et change le déroulement des événements simplement en déplaçant un objet. Il ne peut rien faire d'autre. Il ne peut rien dire d'autre que ce qu'il a déjà dit à ce moment là.
    Il peut seulement déplacer un objet.