• Dernières tentations

    Mercredi 28 mars:

    Sortir de la gare Centrale et passer par la galerie de la Reine. Entrer dans la librairie Tropismes. En faire l'inventaire complet. Y acheter Les Lettres de la Marquise de Sévigné. Penser à Marine et à sa liseuse Bisou

    Passer devant de nombreux chocolatiers aux alléchantes vitrines. Essayer de ne pas s'arrêter devant celle de Neuhaus. Sourire aux touristes qui se bousculent pour photographier les lapins, les poussins et les oeufs en chocolat. Espérer que ma visiteuse du week-end m'en apportera: on approche de Pâques, c'est de saison, tout de même Langue tirée

    Entrer consciencieusement dans presque tous les magasins de la rue Neuve. En ressortir aussi vite. S'astreindre à faire le tour complet du premier étage de l'Inno, palper un tas de robes, n'en essayer aucune. Y trouver toujours quelque chose à redire: trop synthétique, trop criarde, trop terne, trop courte, trop longue, trop décolletée, trop chère.

    Monter jusqu'à la Fnac. Résister à l'appel de nombreux livres, des fauteuils moelleux, du cappuccino et de la tarte au chocolat.

    Chercher un petit bistro sympa du côté de la gare du Nord. Ne pas en trouver. Manger un sandwich assise au soleil comme toutes les familles de sans papiers qui attendent là de pouvoir s'installer à l'intérieur pour la nuit.

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    pas un seul bistrot, rien que des bureaux

    Observer les petits garçons bruns aux pantalons sales qui jouent à cache-cache sur l'esplanade. Lire la première lettre du volume: elle date de 1652, Marie de Rabutin-Chantal a 26 ans et est déjà veuve. Son fringant marquis est mort l'année d'avant en duellant pour sa maîtresse, madame de Gondran.

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    Se demander quel avenir attend le petit garçon brun qui met les mains devant les yeux pour compter dans une langue inconnue, puis qui s'élance à la recherche des autres.

    Se diriger presque à regret vers le lieu de rendez-vous des blogueurs de chez skynet.

  • Z comme Zorro

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    Les maisons ressemblent aux haciendas de la série télévisée. Certaines cumulent la "couleur locale" avec un portail à clocheton et un imposant escalier d'honneur recouvert de céramiques à motifs bleus.

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    Derrière les palmiers et les grilles de fer forgé, vous soupçonnez la présence d'une belle doña en mantille.

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    Sur la plaza inondée de soleil, vous vous attendez à voir apparaître le sergent Garcia, la main au ceinturon.

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    Cette porte de bois cache sûrement un discret Bernardo. Et là-haut sur la colline, Zorro fera se cabrer Tornado au milieu des rochers.

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    !Adios, muchachos!

    Pour les amateurs, ici Guy Williams devient don Diego de la Vega: http://www.youtube.com/watch?NR=1&feature=endscreen&v=MlBDWwt38C0

    et ici don Diego de la Vega devient Zorro: http://www.youtube.com/watch?v=L9X92nDYahw

  • Y comme Yvonne

    Sept et neuf ans, c'est l'âge qu'avaient les fils de la petite Yvonne quand elle est morte.

    Les garçons devenus grands avaient décidé qu'en hommage à leur mère morte ils donneraient son prénom à leur premier fils: il s'appellerait Yves.

    Quand première belle-fille se trouva enceinte, elle était sûre que le bébé serait du sexe masculin, tellement sûre qu'elle n'avait même pas pensé à chercher un autre prénom. Elle aurait un fils qui s'appellerait Yves.

    Malheureusement, son premier enfant ne fut pas un garçon.

    Quand première belle-fille se trouva enceinte une deuxième fois, elle ne décida rien à l'avance. On verrait bien à la naissance.

    Mais elle eut un fils cette fois-là et elle décida de ne pas l'appeler Yves.

    ***

    Deuxième belle-fille était d'accord, elle aussi, pour appeler son premier fils Yves.

    Mais la première fois qu'elle accoucha, ce fut d'une petite fille.

    La deuxième fois, elle eut un fils.

    Pour qui elle choisit un autre prénom.

    ***

    Vous comprenez quelque chose, vous, à cette histoire?

  • Rencontre X

    Ce soir, c'est moi qui participerai à une rencontre X

    ***

    Je me suis laissé convaincre par Julie-des-blogs pour assister à une petite réunion de blogueurs à Bruxelles.

    J'aurais bien aimé savoir à l'avance qui j'y rencontrerais - y aurait-il parmi eux des gens dont je connais déjà le blog? et si non, je serais allée le voir, pour savoir à qui j'aurais affaire - mais Julie-des-blogs s'est montrée inflexible:

    - C'est une surprise!

    Puis elle me dit encore:

    - C’est juste un drink avec plein de gens sympas :-)

    Bon, me suis-je dit, allons-y... au pire, ça me fera tout de même deux ou trois billets pour mon blog Langue tirée

    Et au mieux... Y serez-vous, Anne-Marie, Apolline, Lara, Marc, Marcelle... ?

    Voilà qui serait formidable!

  • W comme wagon de train

    - Vous avez un goût très sûr pour vous habiller, lui souffla-t-il en se penchant légèrement vers elle dès qu'ils furent seuls tous les deux dans le salon du petit déjeuner.

    Elle ouvrit des yeux étonnés. Le regarda. Bien sûr, elle avait remarqué qu'il l'observait depuis un bon moment et qu'il la suivait du regard chaque fois qu'elle se levait pour aller chercher une tasse de thé ou un petit pain au chocolat. Alors elle lui dit simplement:

    - Merci.

    - Ce n'est pas dans mes habitudes, lui dit-il, de faire des compliments aux femmes.

    Ele esquissa un petit sourire qu'il prit sans doute pour une marque d'incrédulité.

    - Vraiment je vous assure que mon comportement présent est tout à fait contraire à ma nature. Normalement je garde ces pensées pour moi et jamais je n'aborde une femme inconnue.

    Elle releva les yeux vers lui. Probablement interrogateurs, car il ajouta:

    - Si je fais une exception aujourd'hui, c'est parce que je le pense vraiment. Et je voulais vous le dire. C'est si rare, de nos jours, une femme élégante.

    Elégant, lui l'était certainement, avec sa haute taille, ses cheveux légèrement grisonnants, son costume impeccable, ses mains soignées et sa cravate en soie. Alors pour clore la conversation elle redit une deuxième fois:

    - Merci.

    Et elle le planta là pour se diriger vers la gare.

    ***

    Il y a, paraît-il, des hommes qui ne comprennent pas les femmes.
    Mais il y a , très certainement, des femmes qui ne comprennent pas les hommes Clin d'œil

  • V comme Verlaine ou V comme voleur?

    Samedi dernier j'étais compètement dans l'ambiance

    Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches...

    J'ai dégusté quelques violettes de Parme qui embaument sur la terrasse

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    J'ai eu la surprise de voir déjà les premières fleurs de magnolia soulangeana

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    Puis des bruits de tronçonneuse ont attiré mon attention: deux fermiers étaient en train de couper les branches maîtresses d'un de mes gros frênes, un des vieux arbres qui marquent le coin de la propriété.

    Je vais vers eux, ils me voient et passent tout de suite à l'attaque: cet arbre leur fait de l'ombre, aboient-ils.

    - Fort bien, leur dis-je, mais ça ne vous donne pas le droit de le couper. Vous auriez dû me signaler qu'il vous gênait. Et ça ne vous donne certainement pas le droit d'emporter tout le bois. J'appelle ça du vol.

    Mais ils se sont moqués de moi et ont continué.

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    Les voici repartant, emportant une remorque pleine de bon bois à brûler...

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    me laissant le soin de "nettoyer" la prairie de tout ce qui ne les intéressait pas

    ***

    Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches...

    il ne manque donc plus que les fruits Incertain

    ***

    Pour ceux qui voudraient se rafraîchir la mémoire et relire le poème entier, il est ici: http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/paul_verlaine/green.html

     

  • U comme un lieu

    vive la famille,souvenir d'enfance,nature

    - Tu es raide comme un piquet! lui disait son père.

    Et sa mère s'empressait de vanter la souplesse et l'agilité du petit frère, comme si l'un consolait de l'autre.

    C'est peut-être pour ça que son lieu de prédilection était ce vieil arbre là-bas, derrière la colline et le petit bois. C'était un gros saule au tronc devenu rugueux avec l'âge. Il avait été écimé pendant la majeure partie de sa vie, de sorte qu'il avait développé une grosse "tête" bien accueillante. On aurait même pu s'y asseoir à deux comme elle.

    Chaque fois qu'elle voulait se rendre invisible - et ne plus voir la maison - c'est là qu'elle allait. Elle grimpait dans son arbre et personne ne savait où elle était.

    - Si je restais ici? se disait-elle à chaque fois en humant la douceur du vent et en essayant de distinguer à quel oiseau appartenaient les chants et les sifflements qu'elle entendait.

    Et avec la naïveté des enfants, elle pensait:

    - Jamais on ne me trouverait.

    Mais il y avait toujours une petite faim, une grosse soif, le sentiment du devoir et de l'obéissance, quelque muscle ankylosé et la peur des punitions pour la faire quitter son perchoir et rentrer en courant.

    - Où étais-tu? disait sa mère. Tu n'es jamais là quand on a besoin de toi!

    Puis elle ajoutait:

    - Tiens, prends cette bassine et va cueillir des groseilles au jardin. Il m'en faut trois kilos.

    vive la famille,souvenir d'enfance,nature

  • T comme TAG

    Marcelle aura dû attendre exactement un mois que je réponde à son TAG, parce que je voulais le placer à la lettre T  Clin d'œil

    Voici donc mes réponses à ses dix questions: (pour voir les siennes: http://marcellepaques.skynetblogs.be/archive/2012/02/24/j-ai-ete-taguee.html)

    Un souvenir d'enfance qui te fait encore rire aujourd'hui?

    Bizarrement, mes souvenirs d'enfance ne comportent pas de rires... sauf un!
    Ma grand-mère avait une amie qui s'appelait Yvonne, une très gentille dame qui nous offrait chaque année quelques jolies boules de Noël. Elle avait un fils que j'aimais beaucoup. Il devait avoir 17 ou 18 ans quand moi j'en avais 5 ou 6 mais il me faisait beaucoup rire! Il faisait des grimaces, des blagues, je le trouvais tellement irrésistible que je riais dès que je le voyais...

    - Revois-tu tes copains, copines d'enfance?

    J'ai une amie d'enfance que je vois encore deux fois par an, à l'occasion de nos anniversaires: nous sommes amies depuis la première année de l'école primaire et nous avons toujours gardé le contact.
    J'ai un ami d'enfance qui se vante de m'"avoir vue naître" - il a 16 mois de plus que moi - et avec lequel je suis restée très proche. J'ai la chance que cette amitié homme-femme n'ait jamais été chargée d'ambiguïté :-)

    - Pour toi que représente l'esprit de famille?

    L'esprit de famille, c'est essentiellement une forme de loyauté. Et faire ce qu'on attend de moi.
    Idéalement, la famille devrait être l'entraide, le cocon, le lieu où on se sent bien... mais tel n'est pas mon vécu.

    - Choisir 3 mots

    L'autre jour des élèves de Première (notre 5e) me demandaient ce que je trouvais important, comme qualités dans la vie. Je leur ai énuméré beaucoup beaucoup de choses ;-) alors ils m'ont dit:
    - Oui, d'accord, mais la qualité la plus importante?
    Alors je leur ai dit: être positif. Parce qu'il me semblait que tout le reste en découlait, l'engagement, l'humour, la passion, l'ouverture, ...

    - Un livre que je n'ai pas aimé

    Impossible à dire... S'il m'arrive de ne pas aimer un livre, j'en arrête la lecture: depuis Daniel Pennac, on sait que c'est un des droits imprescriptibles du lecteur :-)

    - Aurais-tu aimé être Zorro?

    Zorro, ou n'importe quelle bonne fée armée de sa baguette magique, être redresseuse de torts et pourfendeuse de méchants, certainement! Mais c'est mon frère qui a reçu la panoplie de Zorro et je n'ai jamais eu celle de la fée ;-)

    - Aimerais-tu être people ?

    Jamais de la vie! D'ailleurs pourquoi croyez-vous que je tienne tellement à mon anonymat? Langue tirée

    - Quel est l'astre qui t'inspire le plus ?

    Aucun. Je ne suis pas branchée sur les signes du zodiaque. J'aime voir la lune et les étoiles, la nuit. J'aime voir le soleil. Mais j'aime aussi un bel orage ou une forte tempête (surtout si je suis à l'abri dans ma maison). Je ne suis donc pas spécialement inspirée par un astre... Mais j'aime voir un ciel étoilé.

    - Ta boisson préférée ?

    L'eau plate. Je ne connais rien de mieux pour la soif. Parfois je lui préfère le thé, ça réchauffe et on peut l'accompagner de chocolat. Parfois je lui préfère un verre de vin, ça accompagne bien certains mets. J'aime un bon verre de champagne à l'apéritif :-) Mais je suis avant tout une buveuse d'eau. Plate!

    - Que représente pour toi le mot création?

    Une énigme. Crée-t-on quelque chose? Ou refait-on sous une forme plus ou moins différente ce qui a déjà été fait mille fois avant nous?

    ***

    Voili-voilou, chère Marcelle Bisou

    Si parmi mes lecteurs quelqu'un avait envie de répondre à l'une ou l'autre de ces questions, qu'il (ou elle) ne se gêne pas!

    En ce qui me concerna, la dernière question mériterait un billet... Ma mère m'a tellement répété que "Rien ne se crée" qu'il me semble intéressant de voir comment la phrase d'Anaxagore a traversé les siècles pour se retrouver servie à la sauce catholique dans son pensionnat pour jeunes filles de bonne famille.

    blog,amitié,souvenirs d'enfance,vive la famille



  • Stupeur et temblements de blogueuse

    Parfois, il arrive à notre Adrienne - alors que rien ne l'y invite et qu'elle n'est sous l'effet d'aucun psychotrope - d'écrire un texte comme celui-ci:

    Selon certains chercheurs, les nouilles ont meilleur goût si on leur fait écouter les Quatre Saisons de Vivaldi pendant leur cuisson. Ce phénomène s'expliquerait par le profond plaisir ressenti par le grano duro en entendant des sons qui lui rappellent sa pianura padana près de la lagune.

    Voilà pourquoi les recherches vont s'orienter à présent vers l'étude du rapport entre Bach et la bière, Mozart et l'escalope panée, Rossini et le tournedos.

    Elle a donc pensé ouvrir un second blog, dans l'anonymat le plus complet Langue tirée afin de s'y débarrasser de ces gênantes élucubrations.

    Chez Blogger, par exemple.

    Cela lui simplifierait drôlement la vie quand elle veut déposer un commentaire chez un(e) de ses blogami(e)s de Blogger, le matin entre six et sept, et que le temps lui est tellement compté avant de partir à l'école.

    Car chez la plupart, c'est galère de chez galère, et ça ne va pas en s'améliorant: non seulement il faut retaper chaque fois toutes ses coordonnées, mais depuis peu, les chapkas (comment ça s'écrit, ces trucs affreux?) sont devenus encore plus vicieux et chez certains il faut cliquer TROIS FOIS sur publier avant que la chose se fasse.

    Alors vous comprenez, c'est tellement chronophage (ah le vilain mot) que parfois elle y renonce...

    Mais pour les nouilles mélomanes, rien n'est encore décidé Cool

  • 22, v'là le printemps!

    Tout a commencé le 11 mars. C'était un dimanche des familles, le soleil brillait, la campagne environnante nous attirait irrésistiblement avec son ciel bleu, ses chants d'oiseaux et ses petites fleurs. Nous avons fait une bonne quinzaine de kilomètres à travers bois et champs en trimbalant tout un barda de manteaux, d'écharpes et de bonnets devenus tout à coup entièrement hors saison. Nous avons mangé à la terrasse et pris un coup de soleil. Qui donc, en Belgique, prévoirait sa crème facteur 50 le 11 mars?

    La semaine suivante, les premiers garçons en bermudas ont fait leur apparition dans la cour de l'école. A côté de quelques frileuses traînant encore un dernier rhume hivernal, plusieurs filles montraient la quasi intégralité de leurs jambes et de leurs décolletés. On sentait que dans le bureau de la direction et au secrétariat, on allait ressortir la page du règlement interdisant de montrer toute cette peau nue, aussi ravissante et juvénile soit-elle.

    Enfin, en faisant mes courses samedi dernier, je n'ai pu résiter à la tentation de "primevériser" le menu de la semaine. Ce qui fait que ces jours-ci, il n'y a dans mon assiette que des tomates mozzarella et basilic, de l'agneau grillé, du caviar d'aubergines et de la bresaola con rucola e parmeggiano.

    La vie est trop courte pour manger triste Cool

    printemps,école,élèves,gastronomie,nature

  • R comme rare et cher

    Le temps c'est de l'argent, toute sa vie déjà qu'on lui serine cet adage.

    Alors elle saute sur son vélo d'appartement dès qu'elle entend la voix de sa mère au téléphone (1), se brosse les dents en position couchée pour pouvoir faire en même temps ses abdominaux et prend tous ses repas devant l'écran de son ordinateur...

    Et malgré tout ça, elle n'a pas trouvé les trois minutes nécessaires à l'envoi de sa bafouille au défi n°184!

    ***

    (1) si quelqu'un sait comment recharger les batteries du téléphone à la force du pédalier, qu'il me le dise: il y a de ces "conversations" maternelles qui se terminent après le dernier "piiip" avertissant que toute l'énergie a été épuisée ;-)

  • 20 étapes vers le bonheur (3)

    Je continue sur ma lancée à propos du livre The world book of happiness (voir http://www.theworldbookofhappiness.com/) de mon compatriote Leo Bormans et du chemin que le site http://www.plukjegeluk.be/spoor-naar-geluk nous propose pour accéder au bonheur personnel!

    Aujourd'hui, la troisième étape: travaillons à notre pensée positive!

    Et vu l'importance de la chose, nous prendrons le ton du commandement et ne parlerons qu'à l'impératif:

    1.osez faire des fautes
    2.ne vous tracassez pas, ne vous faites pas du mauvais sang, ne ruminez pas de sombres pensées
    3.faites la part des choses! comme disait mon père Clin d'œil (aujourd'hui on emploie le verbe 'relativiser', ce qui est un barbarisme)
    4.posez-vous la question: qu'est-ce qu'il y a eu de positif aujourd'hui?
    5.remplacez "je dois" par "je veux"
    6.soyez content de vous

    Langue tirée

    1.je vé ausez mai sa vas aitre dür
    2.OK, cette nuit, je dors au lieu de cogiter...
    3."demain sera un autre jour", "il faut de tout pour faire un monde", "qui vivra verra", "le verre est à moitié plein", etc.: je commence un stock de petites phrases pour m'y aider...
    4.j'y répondrai ce soir Clin d'œil
    5.je veux corriger des copies!!! je veux faire mon repassage!!! je veux tondre ma pelouse!!!
    6.bravo Adrienne, tu es la meilleure habitante de cette maison! (bon d'accord, tu vis seule)

  • Question existentielle: kan kunst de wereld troosten?

    L'art peut-il consoler le monde?

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    La sculpture de Käthe Kollwitz qui la représente ainsi que son mari, agenouillés dans le cimetière de Vladslo (Dixmude) où est enterré leur fils Peter, a été citée ces jours-ci comme étant un bel exemple de la force consolatrice de l'art.

    Ou comme cette mère, sculptée par Constantin Meunier, qui se penche sur son fils tué par un coup de grisou:

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    La souffrance montrée en peinture, comme ces têtes hurlantes dans Guernica, ou en musique, comme Der Tod und das Mädchen, de Schubert (1), est-elle sublimée par l'art et peut-elle nous consoler si nous la subissons à notre tour?

    Voilà des pensées qui me ramènent à un texte auquel j'avais déjà fait allusion en janvier de l'an dernier (2) et dont je vous donne aujourd'hui un extrait ainsi que ma traduction:

    Kan kunst de wereld redden?
    Misschien, ja, misschien toch wel.
    Ik vind er toch de troost.
    Kunst is namelijk nutteloos. Je kunt er niet van eten, het is geen dak boven je hoofd, je kunt er niet in wokken.
    Nooit hebben we die nutteloze dingen meer nodig gehad dan nu. Een gedicht, een trio van Schubert, een schilderij, een landschap. Het onzegbare.
    Ik zwijg!

    Kurt Van Eeghem, Troost van het nutteloze, 2006

    L'art peut-il sauver le monde?
    Peut-être, oui, peut-être oui tout de même.
    En tout cas moi j'y trouve la consolation.
    En effet, l'art est inutile. On ne peut pas le manger, s'y abriter, y préparer un wok.
    Jamais nous n'avons eu autant besoin de ces choses inutiles qu'aujourd'hui. Un poème, un trio de Schubert, un tableau, un paysage. L'indicible.
    Je me tais!

    Kurt Van Eeghem, La consolation de l'inutile (c'est moi qui traduis)

     

    (1) http://www.youtube.com/watch?v=hCMV0-dulUc
    (2) http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2011/01/19/question-existentielle-kan-kunst-de-wereld-redden.html
    (3) les photos sont de wikimedia commons

  • P comme politique... et arithmétique

    Si au dernier tour des dernières élections, le candidat Sarkozy l'a emporté, c'est vraisemblablement parce qu'une moitié des Français avait voté pour lui.

    Or il m'arrive ceci d'étrange: chaque fois que je rencontre un Français, il m'assure dès le premier quart d'heure de conversation qu'il n'a pas voté Sarko (1). Doublement étrange, vu que je ne lui pose jamais la question de savoir ce qu'il a fait dans l'isoloir: j'estime que ça ne me regarde pas.

    Même situation en Italie où, à l'exemple de mon correspondant romain, on me conjure à l'avance:

    - Surtout, ne parlons pas de politique! (2)

    Et cinq minutes plus tard, l'ami italien aborde tout de même le sujet pour déclarer qu'il n'a pas voté Berlusconi.

    - Mais qui, alors, a voté pour lui?

    C'est la question que je pose à chaque fois.

    - Mon beau-père, m'a-t-on répondu en février dernier.

    - Ma belle-mère, m'a dit un autre.

    ***

    Voilà pourquoi, me suis-je tout à coup souvenue, à la table de mes beaux-parents, la politique était le sujet tabou absolu: le fils aîné votait orange, la fille aînée votait bleu, la troisième jaune, la quatrième et le petit dernier vert.

    vive la famille,france,italie

    Aussi vous comprenez que ça faisait une belle ambiance si par malheur un des enfants ou beaux-enfants, généralement l'aîné ou le plus jeune de mes beaux-fères, désobéissaient à la consigne:

    vive la famille,france,italie

    ***

    (1) Ceux qui l'appellent ainsi sont les plus polis; la plupart emploient pour le désigner des mots infiniment moins flatteurs que rigoureusement ma mère m'a défendu de nommer ici Langue tirée

    (2) j'en ai parlé ici: http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2011/05/16/n-comme-nil-novi-sub-sole.html

    (3) Vous aurez reconnu le dessin de Caran d'Ache sur l'Affaire Dreyfus: Un dîner en famille.

  • O comme onze vues

    Je l'ai déjà dit, pendant mes promenades dans les montagnes autour de Malaga, chaque paysage, chaque sous-bois, chaque arbre me semblait si beau qu'il fallait que je le prenne en photo.

    Alors pour ceux qui aiment ça, voici onze vues:

    1.ici et là, une oliveraie dans la montagne

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    2.les "palmitos" sont la "mauvaise herbe" du coin

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    3.le terrain de jeu des chasseurs

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    4.j'ai toujours l'impression qu'on construit partout

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    5.parfois il n'y a plus de sentier et il faut escalader des rochers

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    6.une brume entoure la montagne à six heures du soir

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    7.le chemin des chasseurs

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    8.mais que la montagne est belle (bis... ou ter? Langue tirée)

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    9.le terrain de jeu des jeunes

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    10.mais que la montagne est belle! (quater, comique de répétition ou radotage? Cool)

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    11.et quand on est du bon côté, on peut voir Malaga et la mer...

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  • N comme neige ou néant

    On nous dit que le chauffeur ne roulait pas trop vite.

    On nous dit que tous les enfants avaient bien leur ceinture de sécurité.

    On nous dit que les sièges devaient pouvoir supporter une traction de 1000 kilos.

    On nous dit que des parents ont dû attendre deux jours avant de savoir si leur enfant était parmi les vivants ou les morts.

    On nous dit que des policiers doivent garder la porte de l'école primaire de Lommel ou de Heverlee: des journalistes étrangers cherchent par tous les moyens à s'y introduire pour pousser leur micro sous le nez des enfants...

    ***

    On me dit qu'à Lommel Michel, un ami d'enfance, et sa femme se portent bien. Ainsi que leurs deux petits.

    On me dit qu'à Heverlee, ma nièce F*** peut encore serrer son casse-cou sur son coeur.

    On me dit qu'à Louvain, mon neveu P*** pourra continuer à faire de la peinture, de la pâte à crêpes et des cabanes dans les arbres avec ses deux pirates.

    ***

    Aujourd'hui à onze heures nous ferons une minute de silence. Une minute pour l'éternité et le néant.

  • M comme Mozart

    Quitter la maison vers les sept heures du matin avec la tête pleine des soucis qui vous attendent à l'école. Avoir mal dormi, trop peu surtout, et un mal de tête qui vous empêche de voir clair.

    Pourtant, la campagne est si belle, au lever du jour...

    Mais dès le premier tournant, une musique s'élève, divine - n'ayons pas peur des mots Cool - et ces merveilleux sons qui sortent de votre autoradio vous réconcilient avec le monde, la vie, le travail et ses soucis.

    Votre tête fait déjà moins mal, vous redressez le dos, vous souriez.

    Voilà bien longtemps que vous vous dites que vous étiez la toute première à avoir eu l'idée d'écrire Ma vie avec Mozart, mais que malheureusement, un certain Eric-Emmanuel l'a concrétisée avant vous Langue tirée

    ***

    Ce matin-là, mon ami Mozart, par le biais de radio Klara, m'envoyait son message de douceur, d'harmonie et de beauté. Il s'agissait de sa Gran Partita (KV 361) que vous pouvez entendre ici dans une excellente version de Frans Brüggen: http://www.youtube.com/watch?v=RrLplgSCkO0

  • L comme liseuse

    Jusqu'à il y a un mois ou deux à peine, le mot "une liseuse" évoquait pour moi un vêtement.

    Ma mère avait une liseuse en tricot rose tendre qui se fermait par un ruban. Rose aussi. Elle la porte sur les premières photos prises à la maternité après la naissance de mon frère. Il faut dire qu'on était en avril (ne te découvre pas d'un fil) et que la liseuse était sans doute une façon élégante de ne pas se montrer dans une tenue trop "déshabillée" pour la photo et la postérité.

    Mais depuis un mois ou deux, j'ai appris que c'était aussi le mot pour désigner une sorte d'e-book.

    Je me demande donc si les Français du nord, du sud, les Belges et les Québécois adopteront pour une fois le même vocable Cool

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    Une lectrice en liseuse. Laine et modèle de la marque Bergers Cathares.
    Pour la lectrice en liseuse lisant une liseuse, il faudra attendre encore un peu...

  • K comme kiné

    C'est bien, d'avoir un médecin qui a enfin découvert les vertus bienfaisantes d'une bonne séance de kiné. Même s'il a fallu, pour qu'il en arrive à cette conclusion, qu'il ait lui-même souffert du dos. Autrefois, il vous disait: "Les séances de kiné, ça fait surtout du bien au porte-monnaie du kiné." Mais votre médecin n'est pas un imbécile, il a changé d'avis.

    C'est bien, d'avoir une kiné qui vous a stimulée à reprendre le sport et vous a appris de si bons exercices que vous pourriez très bien continuer à les faire chez vous et ne plus avoir besoin de ses services... sauf qu'elle vous fait également de si divins massages que vous avez envie de vous endormir là, dans son cabinet... et de vous faire dorloter une heure ou deux.

    Mais ce qui serait vraiment bien, c'est que vous trouviez le temps de vous y rendre, dans ce cabinet des délices, entre les exigences de l'agenda de la kiné - et de ses nombreux patients - et les exigences du vôtre - et de vos nombreuses obligations diverses.

    ***

    "Ce qui est rare, est cher", proposait le défi du samedi d'il y a une quinzaine de jours.
    Très juste! Le temps libre est une denrée si rare que je n'ai même pas trouvé l'opportunité d'envoyer quelques lignes Incertain et si chère qu'aucun magasin ne vous en propose.

  • J comme journée de la femme

    Je suis désolée de voir, d'entendre et de lire que ça fait sourire certains...

    Je suis encore plus désolée de voir et d'entendre combien c'est un problème, même dans ma petite ville de ma petite province de mon petit pays où pourtant la couverture sociale est si bien organisée: oui, c'est encore trop souvent un problème d'être née fille.

    Justement, jeudi dernier, comme c'était la journée de la femme, je ne pouvais que faire le lien entre la date du jour et les différents cas que j'ai eus à traiter. Ils n'étaient pas neufs, bien sûr, mais précisément ce jour-là ils ont fait venir en moi un peu de colère.

    Si vous êtes prof et que vous constatez que Cindy est encore absente ou que Kimberly n'a toujours pas remis son devoir, vous pouvez vous énerver, sévir, coller des zéros, donner une troisième ou une quinzième chance. Vous n'êtes pas supposé savoir ce que Cindy, Kimberly, ou tant d'autres, vivent au quotidien dans ce lieu qu'on appelle "le foyer familial" et qui devrait être l'endroit où elles trouvent la paix et la sécurité.

    Mais souvent, les Cindy et les Kimberly ne trouvent la paix et la sécurité qu'à l'école.

    La maman de Kimberly est décédée il y a trois ans. Son père se laisse aller (euphémisme) et son frère fait les quatre cents coups (autre euphémisme). Kimberly travaille pour pouvoir joindre les deux bouts, fait les courses, la cuisine, tous les travaux ménagers. L'école, c'est quand elle a le temps et la santé. Parce que parfois il n'y a même pas l'argent pour payer une consultation chez le médecin. Le père et le frère ne manquent de rien, je vous rassure. Kimberly y veille.

    Cindy est une cendrillon pour sa maman, son beau-père, ses petits frères et soeurs. Parfois une Cindy se fait battre. Parfois une Cindy se fait violer. J'ai longtemps cru qu'il existait des lieux où l'on pouvait illico mettre en sécurité les petites cendrillons mais je me trompais. Les procédures sont lourdes, les places rares et la famille sacro-sainte. Souvent la courageuse petite se retrouve dans une situation pire qu'avant: on ne l'y reprendra pas à deux fois, à confier sa misère à une instance supposée la protéger.

    Et puis il y a quelques beurettes. Enfermées dans le carcan, étouffées sous l'éteignoir des règles et tabous, annihilées.

    Mon coeur a saigné jeudi dernier.

     

  • I comme inspiration chez Lali (3)

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    Son magazine préféré avait été formel: pour réveiller la libido après 30 ans de mariage, les dessous noirs s’imposaient, ainsi que les jarretelles. Rouges, de préférence.


    Elle fit donc les acquisitions nécessaires.


    Et pour mettre toutes les chances de son côté, elle s’était procuré un exemplaire du Kama Sutra qu’elle feuilletait en l’attendant.


    L’Homme serait bien surpris, en rentrant, de la trouver accroupie sur la moquette verte du salon, au lieu d’être en train de tourner dans ses casseroles, comme tous les autres soirs…


    tableau de Catherine Ducreux pris chez Lali dans sa rubrique "En vos mots" n°235 http://lali.toutsimplement.be/en-vos-mots-235/

  • H comme humanisme

    Il y a de ces discours qui me font mal. Et puis il y a Montaigne:

    "Non parce que Socrates l'a dict, mais parce qu'en verité c'est mon humeur, et à l'aventure non sans quelque excez, j'estime tous les hommes mes compatriotes (...)"

    Deux siècles avant Voltaire, sur cette même page, je lis la suite:

    "Les cognoissances toutes neuves et toutes miennes me semblent bien valoir ces autres communes et fortuites cognoissances du voisinage. (...) Nature nous a mis au monde libres et desliez; nous nous emprisonnons en certains destroits; (...)"

    Montaigne, Essais, livre 3, chapitre IX, page 186 (éd. GF 212)

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  • G comme Gibraltar

    La première fois que l'idée est lancée, elle semble faire l'unanimité.

    Il faut dire que ce soir-là, ceux qui aiment ça (c'est-à-dire tout le monde en dehors de moi) avaient bu du whisky et du rhum rapportés de là-bas, et que ça leur avait donné des idées.

    Y*** avait encore ajouté l'argument du prix des cigarettes, emportant ainsi l'adhésion définitive de tous les fumeurs de la tablée.

    Chacun s'était mis à rêver de voir le continent africain presque à portée de main. Certains se faisaient un peu peur avec des histoires de grands singes habitant sur le rocher et se promenant en ville. Les imaginations travaillaient.

    Le lendemain, les avis étaient déjà plus partagés:

    - Gibraltar, dit quelqu'un, ce n'est bon que pour le shopping!

    Je décidai donc de ne pas accompagner. Une autre aussi se désista: Gibraltar, elle y était déjà allée, et pour avoir une belle vue sur l'Afrique, il valait mieux aller à Tarifa.

    Le surlendemain, même les fumeurs et les buveurs de rhum et de whisky avaient perdu leur motivation. Il n'était plus question que de problèmes de parking et de queues à la frontière. Et le tabac, finalement, n'était pas fort cher en Espagne non plus:

    - D'ailleurs, dit un autre, j'essaie de fumer moins.

    Quand je les ai quittés pour aller faire un tour dans la montagne, ils ne savaient toujours pas à combien ils iraient ni où. Le chauffeur de la voiture s'est refait un énième café:

    - On partira quand mon café est bu, dit-il.
    - Moi je dois encore prendre une douche, dit une autre.

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    Je ne sais pas à quelle heure ils sont partis, finalement,

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    mais en marchant j'ai beaucoup pensé à Jean Ferrat:

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    que la montagne est belle!

  • F comme francophonie

    J'étais avec des amis français. De temps en temps, ils utilisaient un mot qui réveillait en moi le prof-de-FLE-en vacances - être prof, et surtout de FLE, c'est 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, même quand on est en vacances: il y a toujours une idée à prendre, une brochure qui pourrait servir de "matériel didactique", un mot intéressant à noter...

    Les hommes discutaient de tondeuses à gazon. En entendant le mot "autotractée", je me suis levée pour aller chercher mon petit carnet. Voilà un mot qu'il faut que je retienne, leur dis-je, et j'y notai:

    zelftrekkend: autotractée

    Mais cela déclencha une petite discussion entre eux:

    - Non, me dit un autre, ce n'est pas autotractée qu'il faut noter, c'est autoportée!

    Je notai donc les deux mots. Au lieu d'être devenue plus savante, j'avais un doute de plus Langue tirée

    ***

    Puis le soir il fut question de bois, de chauffage, de feu ouvert. Je dis que dans la maison d'I il y avait une cassette. Mais personne ne réagit à ce mot. Je compris pourquoi le lendemain, quand quelqu'un parla d'un insert...

    Voilà qui m'a laissée perplexe.

    Que par le passé, nous ayons utilisé des mots différents et que nous continuions à les utiliser chacun de notre côté, d'accord, c'est une donnée historique. Je garde mes torchons pour torchonner, mes essuies pour essuyer, mes septante/nonante pour compter...

    Mais que pour un produit aussi récent on n'ait pas le même mot, ça me dépasse, je ne comprends pas!

    Si quelqu'un a une bonne explication, qu'il me la donne, j'aimerais beaucoup qu'on m'éclaire!

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  • Les 7 oeuvres de miséricorde

    "Connaissez-vous les 7 oeuvres de miséricorde?" nous demande la formatrice.

    Et nous voilà tous à réfléchir, petit groupe de profs et coordinateurs venus des quatre coins de la Flandre pour participer à une session intitulée "activerende werkvormen" (1). Et en effet, nous étions tout de suite très actifs et commencions à énumérer:

    - Donner à manger à ceux qui ont faim, commença quelqu'un.
    - Donner à boire à ceux qui ont soif, dis-je en l'honneur de mon grand-père qui aimait répéter, quand il nous servait du vin, "de dorstigen lessen is een werk van barmhartigheid". (2)
    - Vêtir ceux qui sont nus...
    - Soigner les malades...

    La formatrice comptait sur ses doigts en souriant à nos efforts de mémoire:

    - En voilà déjà quatre, dit-elle pour nous encourager à continuer à remuer nos souvenirs.
    - Rendre visite aux prisonniers, dis-je, parce que cette petite phrase de l'évangile de Mathieu m'a toujours intriguée et j'ai déjà envisagé de suivre son injonction Clin d'œil

    Puis comme plus rien ne venait et que tout profs que nous étions, nous commencions à nous comporter comme des élèves dissipés et à rigoler entre nous ("Plus personne ne connaît ça de nos jours hahaha" - "ça date de mon catéchisme, ça fait loin hahaha"), la formatrice nous donna les deux réponses manquantes:

    - Ensevelir les morts...
    - Ah oui, bien sûr!
    - Et accueillir l'étranger...

    Silence dans la classe...

    - Ne trouverz-vous pas bizarre, conclut-elle, que ce soit précisément celui-là qu'on ait oublié?

     ***

    (1) méthode pour rendre tous les élèves "actifs" en classe
    (2) Abreuver les assoiffés est une oeuvre de miséricorde

  • E comme escrivaillerie

    Lire Montaigne, c'est s'exposer à s'écrier au moins trois fois par page:

    Mais c'est de moi qu'il parle!

    Tout en sachant que plus de 400 ans se sont écoulés entre son vécu et le vôtre Langue tirée

    Mais vous tous qui tenez un blog, que pensez-vous de ceci:

    "L'escrivaillerie semble estre quelque simptome d'un siecle desbordé. Quand escrivismes nous tant que depuis que nous sommes en trouble?"

    Michel de Montaigne, Essais, livre III, chapitre IX, pages 159-160 (éd. GF 212)

    N'y voyez-vous pas tout comme moi une réponse à la question qui fleurit tôt ou tard sur nos blogs: pourquoi est-ce que j'écris? pourquoi est-ce que je tiens un blog?

    Parce que je suis en trouble Cool

    Puis, quelques phrases plus loin, une autre réponse. Voyons si comme moi, vous jouissez de chaque mot Bisou:

    "Outre ce, (...) cet embesoingnement oisif naist de ce que chacun se prent lachement à l'office de sa vacation et s'en desbauche."

    Michel de Montaigne, Essais, livre III, chapitre IX, page 160 (éd. GF 212)

    lecture,littérature,blog,montaigne

    Pour lui, je pourrais monopoliser la lettre M de tous les mois à venir et ne plus m'embesoingner oisivement qu'à des débauches de M comme Montaigne et moi Clin d'œil mais alors que faire des débauches de M comme mer, M comme Malaga, M comme musique,... qui attendent sagement dans ma boite à idées?

     

  • D comme dimanche

    Il fait un temps splendide. La veille au soir, les quatre amis ont décidé de faire une grande excursion pour visiter les villages de montagne et de pousser jusqu'à Ronda.

    Fort bien.

    Mais à 11.30 h., on fait encore la queue pour prendre une douche matinale, on se refait encore un café, on introduit encore une belle tranche dans le grille-pain, on sort fumer une cigarette...

    Au cas où il me serait resté un doute: je ne suis décidément pas faite pour voyager en groupe. Je ne suis jamais au rythme des autres.

    Puis, au moment où je pénètre dans "ma" forêt pour une promenade en solitaire, je me rends compte qu'on est dimanche en Espagne: des chiens aboient, des hommes crient, des coups de feu éclatent. Dans les montagnes autour de Malaga, la saison de la chasse, c'est tous les dimanches. Le jour du Seigneur est celui des seigneurs de la guerre.

    Ce soir, il y aura quelques animaux de moins et beaucoup, beaucoup de douilles sur les sentiers forestiers!

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    ici, des douilles vertes, avec leur emballage vide,
    mais il y en avait aussi des bleues, des rouges et des jaunes...
    et malheureusement, ça ne se décompose pas!

  • C comme cousine

    Cousine Sophie l'avait déclaré haut et fort à maintes reprises: le mariage, jamais de la vie! On se portait beaucoup mieux sans ce bout de papier qui coûtait fort cher et ne rapportait rien.

    Alors, quand elle a décidé que W était l'homme de sa vie, ils ont acheté un terrain à l'emplacement idoine et y ont construit une maison avec de la place pour trois enfants. Car c'était ainsi que cousine Sophie l'avait programmé.

    Les trois enfants sont nés, d'abord une fille, selon ses voeux, puis très rapidement deux garçons, selon le souhait de W. Parfait. Vite fait, bien fait.

    Mais voilà qu'un matin, je trouve un faire-part dans ma boîte aux lettres: cousine Sophie, finalement, a décidé de se marier. Avec le père de ses enfants, qui ont l'air ravis de nous annoncer la chose par photo interposée. Fort bien. Allons donc à la noce.

    Quelque six semaines plus tard, je fais la haie avec le reste de la famille et tous les amis devant l'hôtel de ville. Deux limousines arrivent. De la première sort W, la fleur à la boutonnière, le sourire jusqu'aux oreilles, rouge et rasé de près. De l'autre sort une dame que je ne connais pas. Coupe courte et asymétrique, dans un dégradé de roux et de mèches blondes, les pommettes hautes et les joues creuses, fort maquillée, maigre comme un clou.

    La première surprise passée, quelques amies se mettent à crier:

    - Vive la mariée! Vive la mariée!

    Car c'était ma cousine Sophie. Qui avait mis ces six semaines à profit pour faire un make over complet...

    Texte écrit pour les Impromptus littéraires

  • B comme blague blonde

    La scène se passe aux environs de Malaga. Des touristes en balade et lunettes de soleil admirent les énormes propriétés entourées de jardins aux airs tropicaux (et aux airs de prisons bien gardées)

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    En touristes avertis, ils savent que les Espagnols portent deux noms de famille. Ils se souviennent de leurs lectures: prenez Astérix en Hispanie, par exemple, et rappelez-vous Soupalognon y Crouton. D'ailleurs, comment pourraient-ils en douter, ils en reçoivent la confirmation en regardant les sonnettes à l'entrée de ces somptueux domaines:

    - Tiens c'est marrant! On dirait qu'ils sont tous famille, dans ce quartier...
    - Ah oui?
    - Ben oui! ça fait déjà la troisième sonnette sur laquelle il est marqué "Pulse y Espere" (*)
    - ...

    *
    ***
    *

    (*) Appuyez et attendez

  • Adrienne et son cabinet de curiosités (3)

    Dans la petite maison enserrée entre deux autres, quand elle avait fait le tour des trésors du rez-de-chaussée, elle demandait la permission d’aller dans la chambre de l’arrière-grand-père.

    - Fais bien attention dans l’escalier ! recommandait grand-mère, et tiens-toi à la rampe !

    Il fallait le promettre parce que l’escalier était assez raide et les marches très courtes. En fait, la descente était plus dangereuse que la montée, surtout pour la grand-mère, qui ne portait que des petites mules à talon.

    - Tu finiras par te casser une jambe, disait la fille de grand-mère, et ce ne sera que mérité !

    Car la grand-mère était aussi têtue que l’animal qui portait le nom de ses chaussures. Et même si de temps en temps elle se tordait un peu le pied, elle ne voulait rien mettre d’autre que ses petites mules à talon, hiver comme été, pour sortir acheter un pain, pour récurer la cuisine ou pour aller chercher du charbon dans l’appentis.

    La petite montait donc à l’étage en se tenant bien à la rampe.

    Dans la chambre de l’arrière-grand-père, il y avait deux armoires. Une penderie en chêne sculpté, assortie au lit, et où il avait ses vêtements. Ceux de l’hiver étaient protégés par de la ouate thermogène, supposée chasser les mites. Ce n’est pas celle-là qui intéressait l’exploratrice. D’ailleurs, elle n’aimait pas l’odeur de la ouate thermogène.

    L’autre armoire était une sorte de buffet de salle à manger, avec deux portes en bas et deux portes en haut, séparées par un miroir. Sans doute un meuble ayant appartenu à la défunte arrière-grand-mère que même la maman de la petite avait à peine connue puisqu’elle était morte en 1942.

    Devant ce buffet recommençait chaque fois le même rituel : elle s’asseyait par terre et ouvrait d’abord en bas à droite. Un à un, elle sortait les chapeaux, les essayait, faisait parfois quelques mines devant le miroir, puis les remettait bien précautionneusement à leur place exacte.

    Il y en avait de toutes les formes et de toutes les couleurs, en feutre, en crêpe, en paille, en velours,  avec des plumes ou avec une voilette. Elle les reconnaissait pour les avoir vus sur les photos. Le plus amusant était un chapeau plat comme une galette et tout en tissu plissé noir, avec un petit élastique qu’il fallait passer sous le chignon. Mais elle n’avait pas de chignon et grand-mère aussi avait sacrifié le sien, un jour de rébellion qui avait fort fâché le grand-père, paraît-il.

    ***

    Si vous aussi aviez une grand-mère fan de ouate thermogène, vous marquez un point Rigolant

    Si vous avez souri pour l’acte d’émancipation féminine de la grand-mère, vous avez un autre point Bisou

    Si vous désirez continuer l’exploration des trésors, revenez le 2 avril Langue tirée

    ***

    Si vous voulez revoir les précédents, suivez le tag "cabinet de curiosités"