• Z comme Zulma

    C'était au début des années 80, donc bien avant l'ère du numérique et nous n'avions même pas d'appareil photo digne de ce nom quand Zulma est entrée dans notre vie.

    Mon facétieux beau-père avait bien préparé son coup: il a déposé entre mes mains une adorable petite tigresse grise et a expliqué à l'homme-de-ma-vie qu'il l'avait gardée spécialement pour lui.

    Les pourparlers ont été fort courts: à tous mes arguments contre l'adoption d'un chat, j'ai eu l'opposition de deux hommes farouchement décidés, l'un à se débarrasser d'une petite bête devenue encombrante, l'autre à montrer qu'il était le maître dans son jeune ménage... et tombant ainsi dans le piège tendu (facétieux et malin, mon beau-père Langue tirée)

    Ce soir-là, nous sommes donc revenus d'Ostende avec une passagère de plus dans la voiture. Mon beau-père l'avait mise dans une boîte en carton où elle n'est pas restée dix minutes: à l'arrivée, nous avons eu beaucoup de mal à la retrouver, tapie sous un des sièges dans le coin le plus inaccessible.

    A la maison, rien n'était prévu pour accueillir un chat: nous n'avions ni un bac pour ses besoins, ni de la nourriture. Je ne me souviens plus comment nous avons résolu ces problèmes en attendant de trouver un magasin ouvert.

    Zulma a vécu chez nous toute sa vie de chat, d'abord trois ans en ville, où elle ne faisait pas la joie de certains de nos voisins, car c'est dans leur jardin qu'elle allait gratter la terre, puis à la campagne.

    Je me souviens qu'elle avait l'oreille musicale. Quand elle "dormait" dans son panier, elle se redressait dès qu'elle entendait une fausse note. Aucun de ses descendants chats qui ont accompagné notre vie après elle n'avaient cette particularité.

    Si je me souviens d'elle aujourd'hui, c'est parce qu'à la xe génération sont enfin nés des chatons qui lui ressemblent, petit tigre gris ou petite tigresse grise. 

    Je crois que je l'appellerai Zêta.

    Parce qu'il sera le dernier.

     

    chat


  • Y vomme Yvonne

    Beverloo, le 16 avril 1925

    Ma bien-aimée,

    Je me dépêche de t'envoyer ces quelques lignes pour te dire que je suis bien arrivé, que je me porte bien, et j'espère que toi aussi tu vas bien.
    Nous sommes arrivés à T*** à neuf heures du matin et nous en sommes repartis à huit heures du soir pour aller à Beverloo, où nous sommes arrivés à cinq heures ce matin.
    Il fait froid.
    Je n'ai pas d'autres nouvelles, ma chère petite femme, sinon que je suis caporal.
    Garde le courage comme moi et tout ça sera vite passé et nous serons réunis pour toujours.

    Ton mari qui t'est tout dévoué

    ***

    Voici mon adresse:
    3e chasseurs à pied, 1er bat. 2e comp.
    Camp de Beverloo

    Je t'envoie mille et mille baisers de loin

    ivonne - kopie.JPG

    Yvonne était mariée depuis un an et était enceinte de son premier bébé quand mon grand-père le chapelier a été rappelé sous les drapeaux et obligé de passer quelques semaines au camp de Beverloo. Ils s'écrivaient une lettre par jour et s'envoyaient des cartes postales avec des mots d'amour...
    Je crois qu'avec cette première lettre, je vais commencer une série: on continue le mois prochain avec une carte d'Yvonne ?

    ***

    Et ce jour-là ailleurs dans le monde, des terroristes étaient au travail: le jeudi 16 avril 1925, à l'heure où mon grand-père écrit cette lettre, le dôme de la cathédrale de Sofia explose et retombe sur la foule venue à l'enterrement d'un général assassiné par les bolcheviks lors d'un autre attentat deux jours avant. Ils faisaient ainsi coup double. Dans la cathédrale, il y eut environ cent cinquante morts et 500 blessés, mais pas le roi Boris III, la cible principale, vu qu'il est arrivé en retard à la cérémonie.

  • XXX ou XX ?

    Elle m'envoie un message et au lieu d'y mettre sa signature elle écrit:

    XX

    Tiens, me dis-je.

    D'habitude elle signe en mettant:

    XXX

    Elle est si malheureuse, me dis-je encore, qu'elle n'a plus la force que de me faire deux bisous au lieu des trois habituels.

    C'est sûr, elle ne va pas bien.

    Espérons que les prochains messages ne se terminent pas par

    X

    Si ça arrivait, il faudrait que je saute dans ma voiture pour faire vite les cent kilomètres qui nous séparent et la serrer contre mon coeur.

    Parce que les gros câlins virtuels, c'est sûrement moins efficace que les vrais.

  • Wagon de train

    Quatre dames d'un âge qu'on appelle certain, quatre vélos, quatre gros sacs au dos, huit sacoches de vélo. Ce sont de ces fortes femmes qui balancent les lourdes sacoches dans les espaces prévus, au-dessus de leur tête, à bout de bras. J'admire des femmes comme ça. Ça rigole, ça parle fort, ça vit.

    A côté de moi, un homme à la peau très noire lit un manuel d'apprentissage de l'anglais tout en écoutant de la musique que ma grand-mère appelait "kerdjing kerdjing". Le niveau sonore est plus que dommageable pour les oreilles. Les siennes et les miennes.

    En face, une dame avec un siège spécial pour le dos qu'elle a sorti d'un grand sac en plastique. Va-t-elle trimbaler ça toute la journée à Bruxelles aussi? L'homme à côté d'elle regarde dans le vague et se contente de faire "Mmm" à tout ce qu'elle dit. Elle parle si bas que je me demande s'il entend ce qu'elle lui raconte.

    Un couple avec un bébé de deux semaines pour qui son père a ce regard mi-étonné, mi-amoureux qu'on voit parfois chez les nouveaux papas et qui les rend presque plus attendrissants que leur poupon. Surtout que celui-ci en a marre d'être dans les bras de sa maman et qu'il crie de toute la force de ses petits poumons (et de ses cordes vocales! si je faisais pareil pendant cinq minutes, je me péterais les miennes. Définitivement). Ça rend le papa un peu nerveux et il n'arrête pas de donner des conseils à sa compagne. Mais jamais ce ne sera lui qui prendra la petite dans les bras.

    Trois jeunes qui sont passés au Q**ck avant de monter dans le train et qui sortent chacun d'un énorme sac en papier brun un tas de petites boites: hamburgers, frites, maxi-sodas, petits raviers de sauce mayonnaise, serviettes en papier, ... je ne crois pas que la planète et leur estomac s'en portent mieux. Des pommes allumettes, une feuille de salade et une rondelle de tomate, ils doivent se dire qu'ils ont pris déjà trois de leurs cinq fruits et légumes du jour.

    Une forte odeur de friture envahit tout le wagon.

    J'ai faim.

  • V comme vieux jours

    Je n'y croyais plus.

    Voilà bien longtemps que je pensais que la chose était impossible. A oublier définitivement... D'ailleurs, c'est ce que je disais et répétais à tout le monde - enfin, à tous ceux qui s'en enquéraient et me demandaient mon avis sur la question - que j'étais bien tranquille et que jamais, jamais plus ça n'arriverait!

    J'en étais tellement sûre...

    Mais voyez ce que valent nos certitudes.

    Car en effet, voilà que la nuit dernière, contre toute attente, malgré son grand âge, chez mama Moussa sont nés des jumeaux!

    Après tous les problèmes qu'elle a eus ces dernières années...

    Vous vous en souvenez? J'en avais déjà parlé longuement en juillet dernier. C'était une histoire à vous mettre le moral à l'envers, à vous faire désespérer de la marâtre nature et à remettre en question toutes vos certitudes Langue tirée

    Vous la trouverez ici : http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2011/07/09/g-comme-gatti.html mais je la déconseille vivement aux âmes sensibles...

    Cependant les voilà, les jumeaux, et bien là! Ils gigotent, ils pleurent, ils tètent, ils dorment, ils sont pleins de vie et mama Moussa est déjà complètement submergée. Elle n'ose pas les quitter une minute et voudrait tout le temps les tenir tout contre elle.

    Ces miracles de la nature qui cette fois-ci lui a été clémente Cool

    Deux petites boules de duvet gris et banc. Cent dix grammes environ chacun.

     

     

    één dag oud 2012 - kopie.JPG

  • U comme: Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras!

    - Si je meurs avant toi, me disait-il, je trouverai un moyen de te faire un signe de l’au-delà.
    - Si je meurs avant toi, lui disais-je, je viendrai te jouer des tours. Ça te fera rire et tu seras tout de suite consolé de ma mort.

    Voilà ce que nous nous disions et nous réfléchissions aux moyens pour atteindre ce but .

    - Si je meurs avant toi, je déplacerai des objets, me dit-il. Toi qui vois toujours tout, tu le remarqueras tout de suite. Ne cherche pas d’explication : ce sera moi.
    - Et si ça t’est impossible ?
    - Je trouverai bien un moyen.

    Car il est l’Homme, toujours si sûr de son fait.

    - Si je meurs avant toi, lui disais-je, je serai toujours là. Je ne te quitterai pas.
    - Je veux y croire, disait-il.

    ***

    Je me demande s’il a déjà pris les mêmes arrangements avec celle qui partage sa vie aujourd’hui.

    écrit pour le défi 190

  • T comme tulipes

    tulipes - kopie.JPG

    Pour la toute première fois de ma vie, ma mère m'a offert des fleurs.

    De wonderen zijn de wereld nog niet uit
    dit le proberbe en néerlandais
    ce qui veut dire

    qu'un miracle est toujours possible

    Sourire

    mere

  • Stupeur et tremblements de blogueuse

    Peut-on demander de l'argent pour ce qu'on publie sur son blog ou sur son site perso?

    Voilà une question que je me pose depuis une quinzaine de jours.

    La première fois que j'ai vu un appel à faire un don en échange du "travail" qu'on fournissait sur son site perso, j'ai été un peu choquée. La personne se plaignait qu'un an de maintenance de son site lui coûtait 172 € et que l'appel aux dons, qui se trouvait dans sa colonne de gauche, n'était pas là juste pour la déco.

    Le premier choc passé, j'ai failli sortir ma carte de crédit, me sentant coupable de "profiter" de billets si généreusement écrits et qui n'avaient reçus en retour de ma part que de simples commentaires... gentils, certes, mais ne permettant pas de mettre du beurre dans les épinards.

    Puis je me suis ravisée, un peu méfiante tout de même devant ce procédé. En effet, n'étions-nous pas tous logés à la même enseigne, tenant un blog ou un site pendant notre temps libre, surtout pour notre plaisir personnel et fort heureux d'y voir venir des lecteurs en nombre? Même si ces lecteurs - je le vois depuis que j'ai installé un compteur - viennent surtout pour s'y servir en résumé de livre, analyse de texte et autres incipits Incertain, sans compter la majeure partie qui vient juste "piquer" une photo.

    De plus, pourquoi aurais-je payé pour des infos compilées d'autres sites et que je trouvais facilement ailleurs, souvent sur des blogs très bien faits et dont peu à peu j'avais appris à connaître et à apprécier le maître ou la maîtresse du lieu?

    Mais il y a une quinzaine de jours, ce même site annonçait qu'au bout de 12 mois d'existence, il cesserait toute activité: malgré deux appels aux dons, l'argent récolté ne suffit pas à payer le montant dû pour l'an prochain.

    Le ton du dernier billet est très amer et culpabilisant pour les "utilisateurs" qui, par leur radinerie, obligent la personne à cesser cette activité dont tous ont pourtant "bien profité"...

    Alors oui, stupeur, perplexité... et tremblements, si c'était ce tour-là que prendrait la blogosphère.

  • Les 22 chants les plus beaux...

    C'est une machine qui se met en route après mille efforts pour la faire marcher - l'étalage de tourne-vis et de clés anglaises en témoigne.

    C'est le silence studieux qui règne dans la classe quand chacun est penché sur sa feuille. Pas de soupirs - ils connaissent la matière. Pas de stylos qui virevoltent entre deux doigts - ils ont de l'inspiration. Pas de bruits de chaises - et quand la fin de l'heure sonnera, ils s'exclameront: "Déjà?"

    C'est le ronron du chat au moment précis où vous vous dites que vous n'avez encore parlé à personne, ce jour-là.
    - Oh! pardon, le chat. Merci d'être là, toi Sourire

    C'est le feu qui crépite enfin après que vous avez gâché trois allumettes géantes.
    C'est le cliquetis de la tôle qui se réchauffe.
    Ce sont les bûches qui roulent dans le brasier, promesse de chaleur bienfaisante.

    C'est la mer et le chant des vagues.

    C'est le bruit si doux du ruisseau qui coule dans le bois.

    C'est le vent quand on est bien emmitouflé pour la promenade ou qu'on est sous la couette avec un bon livre.

    C'est la pluie contre les vitres quand le jardin a soif. C'est l'orage qui éclate dans la touffeur de la canicule.

    C'est le chant des oiseaux dans le petit matin.
    C'est le bonheur de reconnaître une grive.
    C'est repenser au grand-père en entendant un pinson... et attendre la note finale pour savoir si c'est "un flamand" ou "un wallon".

    C'est le souffle du hérisson qui profite de la nuit pour se balader sur la terrasse.

    C'est le bruissement des feuilles quand le voisin arrête enfin sa tronçonneuse.

    C'est le gros bourdon qui s'engouffre dans une fleur en trompette.

    C'est l'auto du facteur quand vous avez du courrier à poster ou des timbres à acheter.

    C'est une voix amie.

    C'est rire de bon coeur.

    C'est un opéra à la Monnaie.

  • R comme répulsion

    Ça commence par une odeur.

    Dès que vous le mettez à bouillir, ses relents de basse fosse envahissent la cuisine et même toute la maison.

    C'est un légume incommodant d'abord pour le nez.

    En fait, il incommode dès qu'on y enfonce un couteau pour le découper: il laisse sur tout ce qu'il touche une teinture bleuâtre. Les doigts, la planche à découper, tout garde comme des traces d'encre fort peu appétissantes.

    Pour ne pas avoir l'odeur, on peut bien sûr le manger cru. Mais son goût nauséeux et sa texture grossière sont désagréables au palais. Il faut alors le découper très finement, le mélanger à plusieurs autres ingrédients et l'arroser d'une bonne quantité de vinaigrette. Le noyer dans la masse, en quelque sorte.

    Cependant, c'est quand il est cuit qu'il est vraiment irrécupérable: rien ne peut l'améliorer ni le masquer, ni l'ajout de vinaigre, ni le sucre, ni la compote de pommes, ni les raisins secs. Ses exhalaisons et le jus bleu dans lequel il baigne détruisent immanquablement le goût de tout ce qu'il touche.

    Un jour, croyant avoir trouvé la recette miracle, je l'ai préparé au vin rouge. C'était infect.

    J'ai beaucoup regretté d'avoir gaspillé une bonne bouteille à la préparation d'un légume aussi pestilentiel que le chou rouge.


  • Le bilan du 20

    - Bientôt les vacances?
    - Alors, ce sont les vacances?
    - Et ces vacances, comment ça se passe?
    - Ce sont déjà de nouveau les vacances?

    Telle est la vie du prof et la quasi unique entrée en matière de ses interlocuteurs, surtout si eux-mêmes sont des femmes au foyer ou des messieurs à la retraite.

    En effet, j'ai eu quinze jours de vacances. Mais à quoi les ai-je utilisés? Comment est-il possible que les jours soient passés sans que j'aie terminé la longue liste des choses à faire?

    Je n'ai pas fait le grand nettoyage des armoires.
    Je n'ai pas fait le grand nettoyage des chambres du haut.
    Je n'ai pas dégivré le frigo.
    Je n'ai pas étudié mon italien.
    Je n'ai pas étudié mon espagnol.
    Je n'ai pas nettoyé le garage.
    Je n'ai pas mis de l'ordre dans le bureau: mais j'ai photographié les couchers de soleil.

    prof,la monnaie,bruxelles,vie quotidienne,jardin,amitié

    J'ai tondu la pelouse: c'est déjà à refaire.
    J'ai nettoyé les corniches: je n'ose pas aller regarder ce qui s'y trouve à nouveau.
    J'ai cassé du petit bois: il en reste de gros tas.
    J'ai taillé les rosiers: il faudrait aussi arracher les orties.
    J'ai passé trois jours à gratter la mousse de la terrasse et de l'allée du garage: ce n'est pas terminé.

    prof,la monnaie,bruxelles,vie quotidienne,jardin,amitié

    J'ai cassé des noix, un bac entier.
    J'ai pensé à mon grand-père et pris la burette à huile: les poignées de porte ne grincent plus.
    J'ai corrigé quatre paquets de copies.
    J'ai préparé des cours pour le troisième trimestre.

    J'ai logé ma carissima nipotina pendant quatre jours.
    Je suis allée chez quelques amis.
    J'ai vu mon frère et son plus jeune fils.

    Nous avons commémoré F***

    J'ai vu la prégénérale d'Orlando à la Monnaie.

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    Alors, bientôt les vacances?
    Langue tirée



  • Question existentielle

    Bonjour madame,

    c'est peut-être une question un peu bizarre, mais je voudrais savoir si c'est un devoir qu'on va utiliser dans la classe, comme lire en haut ou je ne sais pas, parce que je veux écrire quelque chose près de mon coeur et je ne suis pas sûre que je veux que tout le monde sait tout.

    Voilà livré tel quel le premier paragraphe d'un message reçu vendredi dernier d'une de mes élèves de 5e (la Première, en France).

    Je veux écrire quelque chose près de mon coeur... (1)

    C'est bien joli, n'est-ce pas? Vivement lundi et la rentrée, me suis-je dit Cool

    En même temps, ça nous rappelle la question numéro un de tout écrivant: pourquoi est-ce que j'écris? donc qu'est-ce que je choisis d'écrire? et dans quelle mesure vais-je me dévoiler?

    Puis quand elle ajoute:

    Je ne suis pas sûre que je veux que tout le monde sait tout... (2)

    apparaît la deuxième question, tout aussi inévitable que la première: pour qui est-ce que j'écris? puis-je sélectionner mes lecteurs?

    ***

    On est bien sérieux quand on a 17 ans... parfois Clin d'œil

    http://www.youtube.com/watch?v=Ddp1eujPLd8
    Julien chante Arthur

    ***

    (1) j'espère que vous lui pardonnerez cette tournure "peu française" et que vous l'aurez comprise. En néerlandais, nous avons l'expression 'het ligt mij nauw aan het hart', littéralement 'c'est très près de mon coeur', expression qui signifie 'cela m'est très cher' ou 'j'y tiens beaucoup'; elle veut dire qu'elle a envie d'écrire quelque chose d'un peu intime. http://taaladvies.net/taal/advies/vraag/1069/

    (2) j'espère que vous lui pardonnerez aussi l'absence du subjonctif, dont nous ne parlerons 'à fond' que l'an prochain

     

  • P comme Promesse

    C’est à l’âge de cinq ans qu’elle a su de façon définitive que les grandes personnes étaient peu fiables.

    « C’est sacré, une promesse », disait sa mère, qui aimait à répéter « Chose promise, chose due », surtout quand elle parlait à papa et qu’elle s’énervait un peu. Et les promesses à tenir ne manquaient pas.

    Dans la petite maison du haut de la ville, il y avait la grand-mère à qui il fallait promettre de manger sa soupe et de ne jamais rien accepter d’un monsieur, surtout pas s’il offrait des bonbons. Et le grand-père qui voulait qu’elle finisse son assiette, même ce qu’elle n’aimait pas, et en silence s’il vous plaît.

    Dans la grande maison du bas de la ville, il y avait l’autre grand-mère, à qui il fallait promettre de ne toucher à rien et de ne pas se montrer au magasin quand il y avait des clients. Des messieurs qui venaient acheter un chapeau ou une casquette et qui étaient peut-être de ceux dont on ne peut rien accepter, et surtout pas des bonbons ?

    Heureusement, il y avait l’autre grand-père, celui qui se promenait tout le temps en blouse grise, la faisait rire et lui offrait parfois une orangette en chocolat.

    - Tu as été bien sage ? disait-il en riant. Alors prends-toi une orangette. Mais ne dis rien à grand-mère !

    Et elle promettait.

    Ça ne lui coûtait aucun effort de ne rien dire à la grand-mère qui lui faisait toujours un peu peur, avec son air sévère, son bureau, son téléphone et son grand plumeau pour faire les poussières.

    Puis une semaine s’est passée sans qu’elle voie le joyeux grand-père et sa blouse grise. Elle s’en inquiétait :

    - Il est où grand-père ?
    - Il est à l’hôpital. Il est malade.
    - Je veux le voir !

    Elle avait osé dire le mot interdit : « je veux ! ». Elle avait même osé insister. Alors les grandes personnes avaient fait la promesse :

    - D’accord, on t’emmènera le voir.
    - Quand ?
    - Dès qu’il ira un peu mieux.

    Elle y a cru deux jours. Puis elle a commencé à se méfier et fronçait ses petits sourcils :

    - Quand c’est qu’on ira le voir, grand-père ?
    - Quand il ira mieux, on te l’a déjà dit !

    Il est mort le lundi d’après.

    Depuis ce jour-là, elle sait que les grandes personnes sont peu fiables. Aussi, quand aux Pâques suivantes sa mère lui a dit, avant de disparaître dans un sombre confessionnal : « Attends-moi là bien sagement, je reviens tout de suite ! » elle n’a pas eu confiance dans la suite des événements. Pourtant elle a chuchoté :

    - Tu me le promets ?

    Et elle a attendu sagement sur une mauvaise chaise de paille qui lui faisait de vilaines stries dans la peau.

    écrit pour Lu Si... numéro 2, mars 2012

  • O comme ô Bouteille!

    Il est quelques-unes de ces rares "dives bouteilles" que l'homme-de-ma-vie m'avait laissées il y a cinq ans (et demi Clin d'œil) que je n'ai jamais osé remonter de la cave: soit parce que le vin aurait un goût aussi passé que les années, soit que j'attendais la bonne occasion pour le déguster.

    Ou alors il n'en restait qu'un unique exemplaire et je me disais que ça ne suffirait pas pour mes dîneurs... donc je remontais de la cave celles qui allaient encore par deux.

    C'est pour cela qu'il me restait un Chambolle-Musigny 1er cru de 1995 d'un vigneron dont à l'époque on disait beaucoup de bien http://www.domainethierrymortet.fr/pressbook/tn/Guide%20Hachette%20des%20vins%202002%20%282%29.JPG.html. Je ne sais pas ce qu'il en est aujourd'hui, voilà bien longtemps que je n'ai plus eu un guide Hachette ou un Gault&Millau en main, pour ne citer que ces deux-là.

    Voici la bouteille en question, avec le site du vigneron sur l'écran de mon ordi.

    vin

    Je l'ai remontée de la cave avec tous les égards, ouverte avec doigté - le bouchon était de belle qualité et en parfait état - j'ai sorti mes plus beaux verres, bien ronds, bien larges, se rétrécissant un peu vers le haut, je les ai avinés dans les règles de l'art, mais hélas, je n'ai pas retrouvé grand-chose de la somptueuse cuvée promise et bien entendu les nuances de cassis frais et de cerise se sont évaporées dans la poussière des ans.

    Je la bois religieusement quand même, regrettant à chaque gorgée de ne pas l'avoir ouverte plus tôt!

    ***

    Pour ceux que ça intéresse, voici ce que dit le guide Hachette à propos du cru 2008:

    "Thierry Mortet est l'un des vignerons de référence sur ce climat situé en dessous du village, dans un secteur auquel Clive Coates, l'écrivain britannique, prête la réputation d'être un peu plus riche en argile et donc de donner des vins plus musculeux et aux arômes plus cuits que les autres. Ici, on sent le cassis au nez, la réglisse en bouche, et l'on apprécie la richesse du palais, la rondeur des tanins et la finale tout en longueur. À déguster dans trois ans."

    Trois ans, hahahaha... je préfère ne pas calculer l'âge de ma dive bouteille, mais comme aurait dit mon père, il y a belle lurette qu'elle a fait sa communion solennelle Langue tirée

    ***

    O Bouteille,
    Pleine toute
    De mystères,
    D'une oreille
    Je t'écoute :
    Ne diffère,
    Et le mot profère
    Auquel pend mon cœur
    En la tant divine liqueur,
    Qui est dedans tes flancs reclose,
    Bacchus, qui fut d'Inde vainqueur,
    Tient toute vérité enclose.
    Vin tant divin, loin de toi est forclose
    Tout mensonge et toute tromperie.
    En joie soit l'âme de Noach close,
    Lequel de toi nous fit la tempérie.
    Sonne le beau mot, je t'en prie,
    Qui me doit ôter de misère.
    Ainsi ne se perde une goutte
    De toi, soit blanche ou soit vermeille.
    O Bouteille,
    Pleine toute
    De mystères,
    D'une oreille
    Je t'écoute :
    Ne diffère.

    François Rabelais, Cinquième livre, 1546

  • N comme nationalisme

    C'est une tablée bien d'accord sur un point: le nationalisme, c'est mal. Très mal. Au passage, quelques politiciens français se font agonir. Puis une dame me dit:

    - Je ne sais pas pour vous, en Belgique c'est peut-être différent? Mais nous les Français nous ne nous sentons pas du tout Européens! Nous nous sentons à 100% Français!

    Voilà qui m'épate toujours, les gens qui parlent avec une telle assurance des sentiments et opinions de 60 millions d'autres. On attendait d'ailleurs la même compétence de ma part:

    - Est-ce que les Belges se sentent Européens?

    Je réfléchissais à ma réponse, essayant de me rappeler les "statistiques" auxquelles nous étions arrivés l'an dernier après une petite enquête dans mes classes de Terminale... mais je n'ai pas eu à répondre, tous les Français autour de la table avaient plein de choses à dire sur le sujet.

    Et ils étaient de nouveau tous d'accord: la France, c'est quand même ce qu'il y a de mieux! Aucun autre pays n'a son niveau de culture! Personne au monde n'atteint ce degré de supériorité!

    Il me semblait entendre les politiciens agonis. Mais sans doute était-ce une question de vocabulaire Langue tirée

    ***

    Ne m'en veuillez pas, amis français, si je raconte cette petite anecdote...
    Nous avons tous nos contradictions
    Bisou
    et j'attends vos réactions à celle-ci!

     

  • M comme monstre

    kokostaart april 2012 - kopie.JPG

    Deux fois par an, les parents d'un de mes anciens élèves réunissent la famille et les amis de sa classe. Six ans déjà qu'un foudroyant cancer l'a emporté.

    Ses anciens condisciples sont aujourd'hui de jeunes adultes de 24 à 25 ans, deux sont mariés et ont un enfant, la plupart sont déjà au travail, quelques-uns terminent leurs études de médecine... Un collègue et moi sommes également toujours de la partie.

    Année après année, cette réunion garde son caractère émouvant. J'ai déjà parlé de tout ça ici à plusieurs reprises. J'ai déjà expliqué comment cette mort en trop m'a définitivement fâchée : je suis restée dans la phase deux du deuil, celle de la colère.

    Deux fois par an, je propose de préparer quelque chose pour l'occasion. Parfois, la maman me demande d'apporter des amuse-gueule, parfois le dessert. Comme c'était le cas hier.

    J'ai donc fait une tarte géante à la noix de coco et mon collègue, fin pâtissier, a apporté un autre dessert. Nous mangeons ensemble, nous parlons de lui, ses amis parlent d'eux, nous voyons grandir ses cousins et vieillir ses grands-parents.

    Nous sommes liés par quelque chose de très spécial et d'assez unique.

    kokostaart2 - april 2012 - kopie.JPG

    http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2008/05/08/f-comme.html

    J'espère qu'il est là-bas, quelque part, sur son astéroïde B 615

  • Lettre de Gargantua à son fils Pantagruel

    [...] Que diray je? Les femmes et les filles ont aspiré à ceste louange et manne céleste de bonne doctrine. Tant y a que en l'eage où je suis, j'ay esté contrainct de apprendre les lettres Grecques, lesquelles je n'avoys contemné (1) comme Caton (2), mais je n'avoys eu loysir de comprendre en mon jeune eage. Et voluntiers me délecte à lire les Moraulx de Plutarche, les beaulx Dialogues de Platon, les Monumens de Pausanias et Antiquitez de Atheneus, attendant l'heure qu'il plaira à Dieu, mon créateur me appeller, et commander yssir de ceste terre.

    Parquoy (3), mon filz, je te admoneste que employe ta jeunesse à bien profiter en estudes et en vertus. Tu es à Paris, tu as ton précepteur Epistémon, dont l'un par vives et vocables instructions (4), l'aultre par louables exemples, te peut endoctriner. J'entens et veulx que tu aprenes les langues parfaictement: premierement la Grecque, comme le veult Quintilian, secondement, la Latine, et puis l'Hébraïcque pour les sainctes lettres, et la Chaldaïcque et Arabicque pareillement; et que tu formes ton stille, quand à la grecque, à l'imitation de Platon; quand à la Latine, de Cicéron. Qu'il n'y ait hystoire que tu ne tienne en mémoire présente, à quoy te aydera la Cosmographie (5) de ceulx qui en ont escript.

    Des ars libéraux, Géométrie, Arisméticque et Musicque, je t'en donnay quelque goust quand tu estoys encores petit, en l'eage de cinq à six ans; poursuys la reste, et de Astronomie saiche en tous les canons; laisse moy l'Astrologie divinatrice, et l'art de Lullius, comme abuz et vanitez (6).
    Du droit civil, je veulx que tu saiche par cueur les beaulx textes, et me les confère avecques philosophie.

    Et quand à la congnoissance des faictz de nature, je veulx que tu te y adonne curieusement : qu'il n'y ayt mer, rivière, ny fontaine, dont tu ne congnoisse les poissons; tous les oyseaulx de l'air, tous les arbres, arbustes et fructices (7) des forestz, toutes les herbes de la terre, tous les métaulx cachez au ventre des abysmes, les pierreries de tout Orient et Midy, rien ne te soit incongneu.

    Puis songneusement revisite les livres des médicins Grecz, Arabes et Latins, sans contemner (1) les Thalmudistes et Cabalistes, et, par fréquentes anatomies, acquiers toy parfaicte congnoissance de l'aultre monde, qui est l'homme. Et, par lesquelles heures du jour, commence à visiter les sainctes lettres, premièrement, en Grec le Nouveau Testament et Epistres des Apostres, et puis, en Hébrieu, le Vieux Testament.

    Somme, que je voy un abysme de science. Car, doresnavant que tu deviens homme et te fais grand, il te fauldra yssir de cette tranquillité et repos d'estude, et apprendre la chevalerie et les armes, pour défendre ma maison, et nos amys secourir en tous leurs affaires (8), contre les assaulx des malfaisans. Et veulx que, de brief (9), tu essaye combien tu as proffité, ce que tu ne pourras mieulx faire, que tenent conclusions (10) en tout sçavoir, publiquement, envers tous et contre tous, et hantant les gens lettrez qui sont tant à Paris comme ailleurs.

    Mais parce que, selon le saige Salomon, Sapience n'entre poinct en âme malivole (11) et science sans conscience n'est que ruine de l'âme (12), il te convient servir, aymer et craindre Dieu, et en luy mettre toutes tes pensées et tout ton espoir; et, par foy formée de charité, estre à luy adjoinct, en sorte que jamais n'en soys desamparé par péché. Aye suspectz les abus du monde; ne mets ton cueur à vanité (13): car ceste vie est transitoire, mais la parole de Dieu demeure éternellement. Soys serviable à tous tes prochains et les ayme comme toy mesmes. Révère tes précepteurs, fuis les compaignies des gens esquelz tu ne veulx point resembler, et, les grâces que Dieu te a données, icelles ne reçoipz en vain. Et quand tu congnoistras que auras tout le sçavoir de par delà acquis, retourne vers moy, affin que je te voye et donne ma bénédiction devant que mourir.

    Mon filz, la paix et grâce de Nostre Seigneur soit avecques toy. Amen.

    De Utopie, ce dix septiesme jour du moys de mars,

    Ton père,

    Gargantua.

    François Rabelais, Pantagruel, Folio 387

    (1) méprisé
    (2) Caton l'Ancien, adversaire de l'hellénisme, a appris le grec à l'âge de 80 ans
    (3) c'est pourquoi
    (4) instructions orales
    (5) géographie
    (6) refus du statut de vraie science à l'astrologie et à l'alchimie
    (7) buissons
    (8) embarras, difficultés
    (9) bientôt
    (10) soutenant des thèses
    (11) âme qui veut le mal
    (12) selon mon édition, cet adage était déjà courant chez les scolastiques, avant Rabelais
    (13) ne t'applique pas à des choses vaines

    ***

    J'aime beaucoup cette lettre - dont je vous ai retranscrit ici la seconde moité - parce qu'elle résume de belle façon les principes de l'humanisme et qu'il m'aurait bien plu, à moi aussi, de suivre textuellement tous ces apprentissages - peut-être avec la dissection de cadavres en moins Clin d'œil

  • K comme kesketufé

    - Kesketufé?
    - Ben tu vois: je lis.
    - Kesketuli?
    - La comtesse de Ségur. Les vacances.
    - Cébo?
    - Tu veux que je lise à haute voix?

    "Depuis deux jours il faisait un vent terrible; tout le monde avait l'air inquiet; ni le Capitaine ni le Normand ne s'occupaient plus de Paul ni de moi; maman me tenait près d'elle; ma tante d'Aubert gardait aussi Paul, quand tout à coup j'entendis un craquement affreux, et en même temps il y eut une secousse si forte, que nous tombâmes tous à la renverse. Puis..."


    - Joue avec moi!
    - Non, pas maintenant. Je lis.
    - Joue avec moi!!!

    Alors on entend crier de la cuisine:

    - Laisse ce livre et va jouer avec ton petit frère!

    ***

    Ecrit chez Lali http://lalitoutsimplement.com/en-vos-mots-258/ pour ce tableau d'Aneth Huyette-Patay:

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  • J comme...

     El Delaissado

     

    Je suis le ténébreux jardin inconsolé
    - Mon capitaine a le dos démoli -
    Mon seul Pommier est mort et les geais consternés
    Portent le Soleil noir de la Mélancolie.

     

    Dans la nuit du roncier toi qui m’as fignolé
    Rends-moi ma clématite et mes fleurs si jolies
    Les roses plaisaient tant à mon cœur désolé
    Et le chèvrefeuille qui au coudrier s’allie.

     

    Suis-je friche ou prairie ? Orties, prêles et mourons ?
    Mes haies sont rouges encor de la honte et la peine
    J’ai rêvé sous le ciel à l’ombre des frênes.


    Et j’ai vingt fois vainqueur traversé l’Achéron
    Insufflant du courage à celle qui me fait
    Espérant pour elle une baguette de fée.


    Je demande bien pardon à Gérard, mais vraiment! parodier ou pasticher son Desdichado, je connais peu d'exercices plus amusants Rigolant

    Et pour le titre, vous l'aurez deviné, c'est J comme Jardin, ce pauvre Délaissado à qui je me suis identifiée, en le regardant un matin, le temps d'un sonnet...

  • I comme inspiration (pascale) chez Lali (4)

    fiction,les joies de l'internet,peinture

    Haïku

    Le dos bien calé
    contre mon Jeannot Lapin
    lire avec les doigts

    tableau de Manabu Kubota pris chez Lali dans sa rubrique "Envos mots" n°211
    http://lali.toutsimplement.be/en-vos-mots-24-avril/

  • H comme Heureux événement

    Il a d'abord fallu évincer un rival.
    Puis il a fallu trouver le bon endroit pour s'installer.
    Tout ça a pris du temps et beaucoup d'énergie.

    Alors maintenant, il se repose.
    Du matin jusqu'au soir, jour après jour, il est là.

    Sur la même branche.

    Dans l'attente de l'heureux événement.

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    Le jeudi matin, quand je me suis enfin décidée à le photographier, j'ai eu peur de m'approcher

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    Le voici sur sa branche préférée, vendredi matin

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    L'y voici encore dimanche soir, posant pour la photographe

  • G comme Grignan

    Dès les premières lettres de la Marquise à sa fille j'ai eu envie d'entendre sa voix à elle, la belle Françoise qui a causé tant de douleur à sa mère en suivant son époux dans sa lointaine Provence.

    Malheureusement, il semblerait que celle-ci a détruit toute cette partie de la correspondance pour ne conserver que les lettres de sa mère.

    Quel dommage! me dis-je au fil de ma lecture.

    Et parfois, ou même souvent, l'envie me vient de les imaginer, ces lettres de madame de Grignan, et de les écrire moi-même Langue tirée

    Le 6 février 1671, deux jours après le départ de sa fille, madame de Sévigné lui écrit ceci:

    "Ma douleur serait bien médiocre si je pouvais vous la dépeindre; je ne l'entreprendrai pas aussi. J'ai beau chercher ma chère fille, je ne la trouve plus, et tous les pas qu'elle fait l'éloignent de moi. Je m'en allai donc à Sainte-Marie, toujours pleurant et toujours mourant: il me semblait qu'on m'arrachait le coeur et l'âme (...); j'y passai jusqu'à cinq heures sans cesser de sangloter: toutes mes pensées me faisaient mourir. (...) mais en entrant ici, bon Dieu! comprenez-vous bien ce que je sentis en montant ce degré? (...) Comprenez-vous bien tout ce que je souffris? Les réveils de la nuit ont été noirs, et le matin je n'étais point avancée d'un pas pour le repos de mon esprit."

    pages 69 et 70 de mon édition GF 282

    Que répondre à une mère qui ne se satisfait pas d'une "médiocre douleur"?
    Qui ne veut pas "entreprendre de la dépeindre" mais qui ne fait que ça dans toute sa lettre... ainsi que dans toutes les autres?
    Qui vous reproche de ne pas assez étaler la vôtre, de douleur, et qui, si vous en parlez avec les termes qui lui plaisent, vous reproche d'avoir préféré suivre un époux au lieu de rester près d'elle?

    A-t-on le droit d'être heureuse loin d'elle et de le lui dire?

  • F comme fusion

    Si j'étais un métal, je n'entrerais jamais en fusion, parce que j'ai peur des flammes et je ne supporte pas la chaleur.

    Cool

    Si j'étais un métal, je n'aurais pas envie d'être coulée, laminée, violentée par des machines bruyantes et fumeuses, lourdes et malodorantes.

    Déçu

    Si j'étais un métal, je résisterais à tout... et ne serais donc utile à rien.
    On ne ferait de moi ni des ponts, ni des canons.

    Langue tirée

  • 7 fois la flore

    Retour à Malaga, le temps de quelques photos de mes amis les arbres Rigolant

    1.à fleurs roses

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    2.à fruits jaunes

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    3.à palmes

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    4.à pommes

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    5.à fruits oranges

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    6.à feuilles mortes

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    7.à bouteille d'eau

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  • E comme écheveau

    C'étaient des laines grises, bleu marine ou vert bouteille. On les conservait dans des boîtes au grenier, bien emballées dans des sacs en plastique contre les mites.

    On en faisait des pulls. Des cardigans torsadés, des cols roulés qui grattent, des pulls en V aux points compliqués. Jamais des aiguilles supérieures à du 2,5, jamais de jersey ni de point mousse: on n'aimait pas la facilité.

    Puis les tricots devenus trop petits ou un peu usés aux coudes étaient complètement défaits. On couchait une chaise sur la table et autour de ses deux pieds on moulinait de grands écheveaux. Une fois lavés et séchés, les écheveaux devaient être rebobinés.

    Des heures... des heures que la petite devait rester assise les deux bras tendus - ni trop tendus, ni trop peu - pendant que sa mère refaisait passer les écheveaux à l'état de pelotes. Parfois ils étaient trop emmêlés et il fallait rester debout. Mais être attentive tout le temps, suivre du regard le fil qui passe continuellement de la main droite à la main gauche, ne laisser s'échapper aucun des autres, suivre légèrement le mouvement avec les bras.

    Des heures... des heures à avoir mal au dos, mal aux bras, mal partout et le nez qui chatouille de toutes ces poussières de laine... alors qu'il est interdit de bouger.

    souvenir d'enfance,défi,vive la famille

    texte inspiré par cette photo (beaucoup trop colorée Clin d'œil) proposée au défi 186...
    mais pas prêt dans les temps

  • D comme désolée

    Hier, au lieu de vous préparer un billet, j'ai passé la journée avec les amis G&J et leur chien Tobie.

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    voici Tobie

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    et le voici attendant G&J
    (la casquette sert à se protéger du soleil mais moi je préfère ça: Cool)

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    n'est-ce pas que ça en valait la peine?
    Clin d'œil
    à demain!

  • C comme carissima nipotina

    Elle utilise plus d'un rouleau de papier toilette par jour. Elle squatte mon ordinateur. Elle n'aime pas la marche, la natation, le soleil. Elle a un régime alimentaire très particulier. Elle regarde la télé jusqu'à pas d'heure. Elle a horreur de la langue française.

    Mais elle est ma carissima nipotina Bisou

    Cent fois par jour elle ouvre et ferme inlassablement la porte pour mes chats. Elle me raconte sa vie. Elle est entière. Elle est fidèle. Elle est sensible. Elle dit les choses comme elle les pense. Elle m'accepte comme je suis. Elle est toujours présente si ses frère et soeurs ont besoin d'aide. Elle se donne sans compter à son travail.

    Elle souffre d'un burn-out.

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  • B comme bruits

    La nuit, quand toute la maison dort, le plancher se libère des vieux bruits de pas qui lui reviennent en mémoire.

    Il y a le pas un peu lourd et traînant de Jean-Baptiste, celui qui est revenu de la guerre de 14.
    Ceux de sa femme, qui avait eu la bonté de l'attendre quatre ans.
    Ceux de leurs cinq enfants. L'aîné qui n'avait pas voulu suivre les traces de son père, à qui il ressemblait pourtant tellement. Les filles qui s'étaient toutes dépêchées de s'installer très vite ailleurs, dans des villes. Même la cadette, sa préférée, était partie loin. L'avait-elle assez regretté, d'ailleurs!
    Et puis l'autre fils, celui dont on ne parlait plus jamais en sa présence.

    Sabots, chaussons, bottines cloutées, chaussures de ville au cuir qui craque...

    La nuit, quand toute la maison dort, elle entend parler le plancher.

  • Adrienne et son cabinet de curiosités (4)

    Puis un jour il arrivait que, pour une raison ou une autre, la grand-mère dût aller au grenier. C’était pour la petite une occasion à ne pas manquer, car sans l’aide d’un adulte, le grenier était inaccessible : en haut de l’escalier qui y menait, il fallait avoir la force de soulever la lourde porte qui fermait l’ouverture dans le plancher et l’attacher solidement par une courroie.

    Le grenier, c’était vraiment son expédition in terra incognita. La grand-mère passait devant et la petite suivait, le cœur battant et la tête pleine de recommandations de prudence. Le vent soufflait légèrement par les tuiles du toit et un faible jour entrait par une seule lucarne. On y respirait un peu de poussière soulevée par la trappe mais aussi d’autres odeurs, de vieux meubles, de papier journal et de haricots secs. Surtout l’été, quand il faisait fort chaud.

    C’était là qu’on mettait à sécher les gousses, bien étalées à terre sur un plastique et que la récolte d’oignons et d’échalotes pendait en grappes à un fil tendu entre les poutres. Ici et là, une vieille bassine placée judicieusement devait recueillir l’eau de pluie, si une forte tempête faisait s’insinuer quelques gouttes entre les tuiles. Après un orage, il fallait toujours que quelqu’un montât au grenier pour vérifier si tout était resté sec, les haricots, le plancher et les vieux meubles.

    Le meuble le plus fascinant était une haute commode en noyer. La fille de grand-mère l’appelait « un semainier » même s’il ne se composait que de six tiroirs. Il avait appartenu à l’arrière-grand-mère mais se faisait lentement ronger par les vers à bois. Le tiroir du bas coinçait si fort qu’on avait fini par casser une de ses poignées. Qu’y rangeait-on ? La petite fille ne l’a jamais su, ce qui ajoutait bien sûr aux mystères du lieu.

    Puis, la grand-mère ayant trouvé ce qu’elle était venue chercher – généralement une pièce de tissu ou une botte d’oignons – on redescendait à reculons.

    Ce genre d’expédition mettait un parfum d’aventure dans le cœur de la petite pour au moins le reste de la journée. A tous ceux qu’elle rencontrerait ce jour-là, elle déclarerait, avec des étoiles dans les yeux :

    - Aujourd’hui nous sommes allées au grenier, grand-mère et moi !

    Et chaque fois elle était étonnée du peu d’effet qu’avait une telle annonce...

    ***

    Si vous pensez qu’il y a abus de subjonctifs imparfaits, vous marquez un point Langue tirée

    Si vous avez hérité d’un semainier à six tiroirs, vous avez un autre point Cool
    (et un point bonus s’il est bouffé des vers)

    Si vous désirez lire le prochain épisode, revenez le 2 mai Incertain

    ***

    Si vous voulez lire les précédents, suivez le tag « cabinet de curiosités »

  • Premier rendez-vous

    D'abord, il y a quelque chose d'impressionnant à pénétrer dans un bâtiment comme celui de Belgacom (1). Vous avez beau vous dire que des centaines de gens le font chaque jour sans avoir le moindre état d'âme: c'est le genre d'endroit où vous vous sentez mal à l'aise.

    A gauche, des serveurs en habit sont au garde-à-vous à côté d'un buffet brillant de tous ses cristaux et ses seaux à champagne. Mais Julie-des-blogs vous prévient tout de suite: il n'est pas pour les amis blogueurs. La précision était inutile, vous l'aviez deviné toute seule Clin d'œil

    Elle est pourtant bien gentille, Julie-des-blogs, et tout à fait naturelle. Un monsieur armé d'un gros appareil photo et qu'elle vous a présenté comme étant Gianni Candido (2) saisit le petit groupe sous toutes les coutures. Ce n'est pas non plus de nature à vous faire sentir à l'aise: voilà bien trente ans que vous savez que la carrière de top model n'est pas faite pour vous.

    Julie emmène tout le monde vers l'atrium, y compris le photographe, qui vous prend de dos et de profil, alors que vous admirez une photo de la Monnaie accrochée au mur. Vous vous dites que vous auriez peut-être dû prendre un peigne pour pouvoir vous recoiffer avant d'entrer Incertain

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    Dans l'atrium, un monsieur de chez S*ms*ng vous attend pour vous faire une démonstration de virtuose de la tablette et du smartphone.

    Vous n'avez pas non plus l'âme d'une virtuose de la tablette. Vous parvenez tout de même à vous connecter à votre propre blog, à votre grand étonnement et à l'ébahissement d'autres blogueurs qui sont - ce ne sera sans doute pas un hasard - plus âgés que vous.

    Une dame qui a un blog cinéma se plaint:

    - Je vais le dire à Julie, je pense arrêter, ça ne vaut plus la peine de continuer, je n'ai plus assez de visiteurs, ce n'est plus motivant...

    Je me demande bien pourquoi dans ce cas elle me refile une carte de visite avec l'adresse de ce blog qu'elle veut arrêter Langue tirée

    Puis je reconnais Anne et José, grâce aux photos qu'ils ont sur leur blog, Les Jardins de Pomone (3). Nous papotons gentiment. Anne et José font du très beau boulot pour promouvoir les légumes anciens, le jardin potager en ville, l'éducation au goût, la sauvegarde de la biodiversité, bref un tas de choses qui me tiennent à coeur. En février 2009, nous avions échangé quelques mails à ce propos.

    Enfin, Julie nous emmène au quinzième étage. Dans une petite salle, tout est prêt pour nous faire un exposé sur les stratégies de Belgacom. Le long du mur, des sandwichs et des boissons nous attendent. J'ai déjà envie de croquer un radis mais je me retiens. Quelques jeunes gens ne résistent pas Clin d'œil

    Le monsieur nous dit qu'il sera bref: on sait ce que ça veut dire... (4)

    Quand nous pouvons enfin disposer de notre temps et faire plus ample connaissance en grignotant un canapé au saumon fumé, pour moi il est déjà l'heure de repartir: j'ai un train à prendre pour m'en retourner dans ma Flandre profonde.

    La gentille Julie doit se déranger pour m'accompagner jusqu'en bas et me laisser sortir à l'aide de son badge-ouvre-portes.

    - Dommage, me dit-elle, que vous ne puissiez pas visiter Belgacom. Il y a ici une magnifique collection d'oeuvres d'art.

    Je n'ose pas lui demander d'où elle tient que je m'intéresse à l'art...

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    dans l'atrium, un banc gravé d'un poème d'une artiste dont je n'ai pas noté le nom - comme de juste, puisqu'elle termine par un "I forget your name"

    ***

    (1) chaque fois que j'emploierai ce mot, je le sais depuis, je serai repérée par les moteurs de recherche de Belgacom et le mot sera listé avec son contexte. Pour voir les bâtiments, c'est ici: http://www.youtube.com/watch?v=mLHUlvS5oPs&feature=related (2'47" de belle musique ;-)) et l'historique-comique est ici: http://www.youtube.com/watch?v=EWdYv2L458w&feature=related

    (2) Gianni Candido a un blog photo - le contraire eût été étonnant, n'est-ce pas Langue tirée - et vous pouvez le voir ici: http://giannicandido.skynetblogs.be/

    (3) ils se trouvent parmi mes favoris tout en haut à gauche sur cette page: http://lesjardinsdepomone.skynetblogs.be/

    (4) il s'agissait de Frédéric Herzeele que vous pouvez voir et entendre ici parler de ping ping (LOL): http://www.youtube.com/watch?v=lVzFdKuAYDM