• Z comme zéro... pour le prof!

    Elle s'appelle Sylvie. Elle est "Prof de Lettres" quelque part en France. Mais elle ne sait pas accorder le participe passé conjugué avec avoir.

    - J'ai un doute, écrit-elle, concernant l'accord de "pris" dans les phrases suivantes:

    les forces de maintien de la paix ont pris de l'importance / l'importance qu'ont prise les forces de maintien de la paix

    Souvent, quand je lis cette sorte de messages sur la liste des Profs de Lettres, je suis plus qu'étonnée. Ne faut-il donc pas connaître sa grammaire française sur le bout des doigts, quand on est prof de Lettres? et ne dispose-t-on pas de tous les outils adéquats, quand on a un doute?

    Parfois, il m'arrive de répondre. Mais ici je ne l'ai pas fait, me disant qu'il se trouverait bien quelqu'un pour expliquer à Sylvie qu'il s'agit d'un participe conjugué avec l'auxiliaire avoir et que par conséquent l'accord se fait avec le complément d'objet direct s'il se trouve devant le verbe: "Elles ont pris quoi? de l'importance!"

    ***

    Mais ne nous moquons pas de Sylvie. Il y a pire.

    Ecoutons les explications de T***, une autre "Prof de Lettres" quelque part en France:

    "Les règles d'accord sont compliquées... Mais en pratique, et, je crois, en profondeur, la question à se poser est "Qu'est-ce qui est...?" et l'accord se fait tout simplement quand la réponse apparaît à cette étape de la phrase"

    En profondeur, vraiment?!

    Je suppose que vous aurez compris pourquoi je l'ai encore plus anonymée que la première...

    ***

    A mes élèves de 5e (la seconde, en France) qui apprennent le français comme langue étrangère, je demande beaucoup plus que de savoir accorder de 'simples' participes passés conjugués avec avoir... Ils doivent aussi maîtriser un tas de règles effectivement très compliquées, comme les participes des verbes pronominaux ou ceux qui sont suivis d'un infinitif.

    Ils doivent savoir, eux, pourquoi on écrit 'ils se sont plu, ils se sont succédé, ils se sont écrit' ou au contraire 'ils se sont vus, ils se sont embrassés, ils se sont promenés'... Et pourquoi cela doit être 'je les ai vus entrer' mais 'je les ai fait entrer'.

    Alors je leur crie bien haut et bien fort, même si jamais - je l'espère - ils ne passeront par ici:

    Bravo mes petits et bonnes vacances!

  • Y comme Yvonne

    Le 17 avril 1925, Aristide Briand redevient ministre des Affraires Étrangères et mon grand-père écrit à sa petite Yvonne depuis son camp de Beverloo. Mais il n'y a pour le reste aucun rapport entre les deux événements Langue tirée

    Ma bien-aimée

    Je t'envoie très vite encore quelques lignes pour te faire savoir que je commence déjà à m'habituer ici. C'est-à-dire que ça va déjà un peu mieux. (1) Mais vivement que ce soit fini et que nous en soyons débarrassés pour toujours.

    Comme je te l'ai écrit, je suis caporal et c'est "carottier" (2) parce que je n'ai pas de corvées à faire.

    Je ne sais pas encore quel goût aura la soupe mais ça a l'air dégueulasse. (3)

    Comme caporal du premier bataillon des signaleurs, je dois aller avec mes hommes sur la place pour leur faire installer le téléphone et c'est ce que j'ai fait.

    Tu vois, ma bien-aimée, que ma situation n'est pas trop mauvaise, mais ça n'empêche, ce n'est pas être avec toi, ma chère Ivonne.

    Enfin, je suis parmi les plus heureux qui soient, et comme dit le proverbe, "God schept de dag en wij gaan erdoor" (4), parce que de toute façon, il n'y a rien d'autre à faire et on doit toujours s'accommoder des circonstances dans lesquelles on se trouve.

    J'avais dit que j'enverrais une carte à la famille mais je n'en ai pas encore eu le temps jusqu'à présent, vu que si j'en envoie une à quelqu'un, il faut que j'en envoie à tous, donc j'attends d'avoir assez de temps devant moi pour le faire. D'ailleurs, comme tu l'auras vu à mon écriture, je dois vraiment me dépêcher pour t'écrire, mais crois-moi, dès que j'ai une minute, je t'écris, parce que c'est ce qu'il y a de plus important.

    Je vais terminer ici en attendant un (?) (5)

    encore une bonne quinzaine de jours

    ton mari qui t'aime

    X***

    mille baisers de loin et bientôt de près

     

    (1) belle faculté d'adaptation ou tentative de rassurer (à demi) sa bien-aimée: il est arrivé la veille!
    (2) mon grand-père a écrit "dat is een goed karot" (littéralement: c'est une bonne carotte) parce qu'en flamand, un "karottentrekker" désigne celui qui est assez malin pour échapper au travail, aux corvées, à tout ce qui est pénible
    (3) il écrit pendant la pause du repas de midi
    (4) proverbe purement flamand, au sens littéral de "Dieu crée le jour et nous le traversons"; on l'utilise pour inciter à une sagesse un peu fataliste: ne nous faisons pas inutilement des soucis et vivons un jour à la fois
    (5) mot incompréhensible pour moi, peut-être un code amoureux Langue tirée

    ***

    lettre,yvonne

    Le mois prochain, une autre carte d'Yvonne?

  • Facteur X

    Bonne nouvelle pour les amis des arbres: des chercheurs américains ont constaté qu'une plus forte présence d'arbres dans la ville fait fortement baisser le taux de criminalité.

    Je sais que ça pourrait faire rire et tirer toutes sortes de conclusions hâtives et surréalistes... je compte d'ailleurs sur certains de mes lecteurs pour le faire Langue tirée

    Mais revenons à nos chercheurs du Vermont: les zones urbaines où il y a dix pour cent d'arbres de plus connaissent douze pour cent de criminalité en moins (cambriolages, attaques à main armée, fusillades). Si ces arbres sont du domaine public, leur effet positif est encore supérieur.

    Les chiffres sont une chose, leur analyse en est une autre.

    L'article dont je vous mets le lien ci-dessous signale qu'il y a deux ans déjà on était arrivé à la même constatation et que l'hypothèse avancée avait été la suivante: la présence d'une belle rangée de grands arbres indiquerait au cambrioleur potentiel que la rue est bien entretenue et que dans ce quartier il a par conséquent plus de risque de se faire prendre.

    Quoi qu'il en soit, cela me semble un excellent argument pour convaincre certains insensibles à la beauté des arbres pour les leur faire accepter dans leur rue, malgré l'ombre, les feuilles mortes ou que sais-je encore...

    http://www.knack.be/nieuws/wetenschap/bomen-doen-misdaad-dalen/article-4000121188186.htm?nb-handled=true&utm_medium=Email&utm_source=Newsletter-24/06/2012&utm_campaign=Newsletter-Site-Knack-NL-nl

    nature,actualité

    Personnellement, je n'ai pas attendu cette étude pour adapter mon comportement: là où je vis, il y a tellement d'arbres que je ne ferme même pas ma porte à clé Cool

    nature,actualité

    Mon "îlot sacré", mais sans l'odeur des frites et des moules Langue tirée

  • W comme wagon de train

    Ses cheveux très noirs sont rassemblés en un petit chignon en haut de la tête. Seule une mèche a été coupée et lui tombe un peu sur un oeil. Elle tient le coude gauche appuyé contre le rebord de la fenêtre et dans la main un grand paquet de chips au paprika, mais on remarque surtout la grosse montre en plastique orange autour de son poignet.

    A côté d'elle sont posés deux sacs, l'un est assez usé et rouge bordeaux comme son chemisier aux manches trois quarts. Ses avant-bras sont constellés de petites plaques rougeâtres, comme celles que laissent certaines piqûres d'insectes. L'autre sac est un grand fourre-tout d'un rouge brillant. On y voit un gros pull noir, roulé en boule.

    Elle dévore ses chips en un temps record. Est-ce pour son goûter? Il est quatre heures et demie... Puis elle boit à petites gorgées un grand brick de smoothie au cassis. Ce n'est pas tout ça qui arrangera son embonpoint.

    Elle est jeune, pourtant, et encore aux études. Sur la tablette, elle a étalé une trousse jaune et un gros tas de feuilles de cours. Mais elle ne les regarde pas. Elle semble fixer un point par la fenêtre, sans plus bouger. Je ne sais pas à quoi elle pense, à quoi elle rêve.

    Je viens de voir le film "Couleur de peau: miel". Alors je me demande si elle aussi connaît ce mal-être, ce déracinement de l'enfant coréen adopté, comme Jung dans le film.

    Peut-être que les chips et le smoothie soulagent son vague à l'âme de jeune fille "Couleur de peau: miel", tout comme Jung a trouvé le réconfort dans le dessin?

    http://www.couleurdepeaumiel-lefilm.com/

  • V comme vin... chinois!

    Attention! me prévient la presse italienne, l'index pointé en l'air. Attention, car d'ici 2025, le premier consommateur et producteur de vin au monde, ce sera la Chine.

    Sur une immense étendue de collines chinoises est en train de se constituer le plus grand vignoble au monde, selon le quotidien La Repubblica, relayé ces jours-ci par quelques sites et blogs transalpins.

    Comme on peut s'y attendre, la part de "copillage" est grande, au niveau des cépages mais surtout des étiquettes et des noms. Cependant, le Parti insisterait sur plus de chauvinisme et de couleur locale pour les appellations...

    Pas fous, les Chinois auraient engagé des oenologues européens afin de les aider à garantir un certain niveau de qualité. Qui serait atteint, selon Giuseppe Martelli, le président d'une association d'oenologues, d'ici une dizaine d'années et ferait par conséquent concurrence aux leaders actuels de l'exportation de vin, les Italiens et les Français.

    Sic transit gloria... vini italiani e francesi   Langue tirée

    http://www.report84.it/articoli/prima-pagina/24501-pechino-entro-il-2025-sara-il-primo-consumatore-ma-soprattutto-il-primo-esportatore-mondiale-di-vino

    http://www.liboriobutera.com/2012/06/13/attenzione-il-vino-cinese-invadera-il-mondo/

  • U comme ultime entretien

    L'ultime entretien avec une de mes classes de sixième (la terminale), c'était vendredi dernier, pour l'examen oral.

    Ultime entretien d'autant plus chargé d'émotions que j'ai travaillé deux ans avec cette classe, donc qu'on se connaît bien. Et que moi j'ai eu le temps de m'attacher à chacun d'entre eux Clin d'œil

    Ultime entretien qui m'a permis de leur dire à chacun un petit mot en particulier. Moment précieux pour moi.

    Il y a ceux, très nombreux, que je peux féliciter. Que ce soit pour les progrès qu'ils ont fait en FLE (1) ou au niveau personnel. Ceux qui ont vaincu leur peur de parler en public. Ceux qui ont acquis plus de rigueur ou de méthode au travail. Ceux qui sont passés par des épreuves et les ont surmontées avec courage.

    Il y a ceux, pauvres petits Langue tirée, à qui je me sens en devoir de donner un ultime conseil.

    Et puis, et puis...

    Il y a ceux qui sont tellement gentils qu'ils me font presque pleurer, là, devant eux.

    ***

    Allons, demain soir je les revois une ultime fois pour la proclamation.
    Faut encore que je prépare mon petit discours d'adieu: Ite schola est  Cool

    ***

    (1) français langue étrangère

  • T comme traduttore traditore

    Kertész leszek, fát nevelek, Que fait-elle, la nuque grasse,
    kelő nappal én is kelek, Sur la nappe la tête lasse,
    nem törődök semmi mással, Dans son giron les mains croisées,
    csak a beojtott virággal. Et le couteau bien aiguisé.
       
    Minden beojtott virágom Le couteau de la virago
    kedvesem lesz virágáron, Qui lui tient lieu de belle-mère,
    ha csalán lesz, azt se bánom, Elle s’en ira tout de go,
    igaz lesz majd a virágom. Sans dire adieu à belle-mère.
       
    Tejet iszok és pipázok, Son mari n’est qu’un pauv’pipo,
    jóhíremre jól vigyázok, Un clown triste sous son chapeau,
    nem ér engem veszedelem, Pourquoi donc l’a-t-elle épousé,
    magamat is elültetem. Il n’a jamais su la bai… (1)
       
    Kell ez nagyon, igen nagyon, Ni mal d’amour ni mal de dents,
    napkeleten, napnyugaton – N'ayant ni argent ni enfants –
    ha már elpusztul a világ, Elle quittera ce village,

    legyen a sírjára virág.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    József Attila (1905-1937)

    Tournera sans peur le virage.


    Traduction d'Adrienne

    qui demande bien pardon

    aux magyarophones

    de s'être amusée ici

    à du n'importe quoi Cool

    (1) mot que mon éducation très stricte

    m'interdit d'utiliser... mais la rime peut

    vous aider Langue tirée



  • Stupeur et tremblements du samedi

    Des chiffres qui m'ont vraiment frappée de stupeur: chaque année en Belgique 133 enfants en moyenne sont enlevés par un de leurs parents et emmenés à l'étranger. Ce qui équivaut à un enlèvement d'enfant tous les trois jours, dit l'article...

    http://www.knack.be/nieuws/belgie/jaarlijks-133-kinderen-ontvoerd-door-familielid/article-4000090989681.htm?nb-handled=true&utm_medium=Email&utm_source=Newsletter-06/05/2012&utm_campaign=Newsletter-Site-Knack-NL-nl

    Il m'est arrivé de voir des reportages sur la question. Généralement on y voit une maman sans nouvelles de ses petits qui lui ont été enlevés par un ex-mari du genre intégriste islamiste qui séquestre sa progéniture au fin fond du Maroc.

    Mais selon l'article, les pays vers lesquels ces enfants sont emmenés sont surtout nos plus proches voisins: en premier lieu, la France, les Pays-Bas et l'Allemagne. Ensuite viennent la Roumanie, le Canada, l'Espagne, la Pologne et les Etats-Unis.

    Autres chiffres à faire trembler dans leur chaumière les mamans (ou les papas) concernés: dans un cas sur quatre seulement le parent revient en Belgique avec ses enfants et un cas sur quatre se règle devant le tribunal.

    L'article ne dit pas combien de parents restent sans nouvelles... et sans enfant.

  • 22 odeurs que j'aime

    J'aime l'odeur du foin. L'odeur de l'herbe coupée quand la pelouse est fraîchement tondue. L'odeur des arbres de la forêt. L'odeur de la terre mouillée et des feuilles mortes qu'on soulève en marchant. L'odeur du feu de bois et des différentes essences d'arbre.

    J'aime l'odeur du bébé. Son odeur de propre et de savonnette. L'odeur parfois douce, parfois sûrette, quand il a un peu vomi. J'aime même l'odeur du bébé dont le lange est à changer.

    J'aime l'odeur des fleurs, celles qui embaument au printemps, narcisses, muguets, lilas... Celles qui parfument nos étés, roses, lys, chèvrefeuille...

    J'aime l'odeur du linge frais, le lit garni de nouveaux draps, la serviette éponge qui a séché au grand air. Je me souviens des mouchois délicatement parfumés de mon grand-père et du plaisir que j'avais à ouvrir le tiroir où ils étaient rangés.

    J'aimais profondément l'odeur de l'homme-de-ma-vie. C'est sans doute ce qu'on appelle les phéromones Clin d'œil

    J'aime l'odeur des rues de Bruxelles, à la rue Neuve les effluves des gaufres caramélisées, dans la galerie de la Reine les portes ouvertes qui exhalent leurs parfums de chocolat et dans l'îlot sacré les frites, les moules et toutes les cuisines du monde.

    J'aime reconnaître chaque maison à son odeur. Il y a celles qui sentent bon. Hélas, il y a aussi celles qui sentent mauvais Langue tirée. Il y a celles qui ne sentent ni bon ni mauvais mais où on se sent mal tout de même. Je n'ai jamais aimé l'odeur de la maison de mes parents mais je me souviens avec nostalgie de l'odeur de la maison de ma grand-mère Adrienne: j'y entrais chaque fois en inspirant à pleines narines.

     

    Jeudi il y aura 20 ans qu'elle est morte.

  • R comme relation mère-fille

    Il était venu avec son épouse. Ou était-ce elle qui l'avait accompagné? En tout cas, ils étaient venus à deux. Mais ils n'avaient pas tenu à s'asseoir côte à côte, bien qu'on le leur ait offert. Ils se sont installés en vis-à-vis.

    Il suffisait que Monsieur fouille dans sa poche intérieure pour que Madame, aussitôt, lui tende un stylo. Par-dessus les tables placées en grand carré, donc autant dire mission impossible. Et inutile, puisque Monsieur avait effectivement un stylo dans sa poche.

    On se demandait ce qu'ils étaient venus faire, ils savaient déjà tout sur George Sand et connaissaient leur Berry sur le bout des doigts. Aussi leur arrivait-il de vouloir corriger la conférencière. Qui, heureusement, était bien documentée. Mieux qu'eux, effectivement Langue tirée

    Quand Monsieur émettait une opinion, Madame complétait, précisait, corrigeait au besoin. Et vice-versa.

    Sauf une fois. Une seule fois.

    La conférencière parlait de la relation conflictuelle entre George Sand et sa fille Solange, alors que son fils Maurice était son enfant chéri. On pouvait voir, lettres à l'appui, que la mère avait des mots très durs pour Solange alors que ses quelques missives à Maurice étaient empreintes de la plus grande tendresse et de la plus grande indulgence.

    - C'était un peu une relation en dents de scie, conclut la conférencière.

    - Toutes les relations mère-fille sont conflictuelles, décréta le petit monsieur, c'est bien connu!

    Il se fit alors un grand silence dans notre petite assemblée composée essentiellement de femmes. Personne ne releva le propos, pas même Madame.

    Ce qui porte tout de même à réfléchir Langue tirée

    - Je vous laisse la responsabilité de vos propos, finit par dire la conférencière en souriant diplomatiquement.

    Puis elle reprit le fil de son exposé.

    Elle aurait pu, cependant, très facilement lui clouer le bec: une de ses prochaines conférences portera sur la correspondance entre Colette, sa mère Sido, et sa Bel-Gazou chérie, qui montre bien l'immense amour qui réunissait ces deux générations de mères et de filles.

  • Le bilan du 20 sous forme d'inventaire...

    Avec la saison des examens refleurit l'inventaire à la Prévert  Cool

    Aujourd'hui, petite liste des candidats de Terminale (notre 6e année) qui ont eu à écrire un texte argumentatif:

    - ceux qui ont peur de manquer d'inspiration et me demandent s'ils peuvent combiner plusieurs titres

    - ceux qui ne trouvent pas le mot qu'ils cherchent dans le dictionnaire (1)

    - ceux qui vous appellent à tout bout de champ à leur table pour vous faire confirmer que le mot qu'ils ont trouvé dans le dictionnaire est bien celui qui convient dans leur phrase

    - celui dont le portable se met à vibrer exactement au moment où vous êtes penchée sur lui pour répondre à sa énième question (2)

    - ceux qui vous demandent des mots qui ne se trouvent effectivement dans aucun dictionnaire Incertain (3)

    - celle qui vous demande si elle a le droit d'inventer!

    - celui qui écrit: "Je vais conclure brièvement" puis qui noircit encore une dizaine de lignes

    - celle à qui les deux heures et demie prévues ne suffisent pas et qui vous occupe encore de midi à une heure avant de mettre le point final à son texte. Entretemps, vous mourez de faim, de soif et vous devriez de toute urgence aller aux toilettes (4)

    - celui qui n'a pas terminé dans les temps et prend rendez-vous avec vous pour la pause déjeuner du lundi suivant (5)

    - celui qui vous met un petit P.S. pour vous dire: "Si vous trouvez ça intéressant, je connais encore beaucoup d'articles et de documentaires sur le cannabis". En effet, dans son texte il argumente qu'il est pour la légalisation du cannabis, "mais un article de 300 mots est trop court pour un sujet si difficile et si tabou", conclut-il.

    - celui qui se prend pour Mozart et ne fait pas de brouillon Langue tirée

    - celui qui vous écrit deux textes: un qui doit servir d'examen d'expression écrite et un autre dans lequel il précise, développe, disserte sur quelques points de détail auxquels il tient absolument. Après avoir griffonné encore trois autres pages, il écrit: "Madame, veuillez me parler de ça à l'examen oral, parce qu'il y a une sorte de stupidité dedans. Il faut que je vous explique."
    Madame sait déjà qu'à l'examen oral (après-demain) elle manquera de temps pour parler avec lui de tout ce dont ils ont encore à discuter tous les deux Langue tirée (6)

    ***

    (1) effectivement, il y a encore des élèves qui, en fin de secondaire, ne savent pas chercher efficacement un mot dans un dico

    (2) ce qui vous oblige à sévir et à confisquer l'objet du délit

    (3) comme celui qui voulait argumenter au sujet des OGM, par exemple: "Je ne trouve pas le mot proefveld", me dit-il

    (4) mais un prof dans l'exercice de ses fonctions n'est pas un être humain comme un autre, tout le monde vous le dira

    (5) évidemment, vous acceptez, même s'il y a de sa faute: il a passé deux heures à tout rédiger en néerlandais et doit donc encore tout traduire en français...

    (6) le lecteur attentif aura reconnu ici un de mes élèves friandises Bisou

  • Questions existentielles

    Je vous le demande tout bonnement:

    Y a-t-il une limite d'âge pour commencer un nouveau sport?

    Ou est-on vraiment vieux le jour où on déclare à tort et à travers "ce c'est plus de mon âge" (1)

    Voilà une des questions que je me pose ces jours-ci, étant libérée de mes cours d'italien et d'espagnol et ayant par conséquent du temps de reste un jour sur deux, pendant que sèchent les maillots de bain et les serviettes.

    Ou au contraire cette envie indique-t-elle qu'on est en pleine midlife crisis?

    Comme ces quadragénaires qui décident tout à coup de s'offrir une grosse moto... J'en ai eu trois exemples parmi mes collègues. Ce qui a fait dire à l'épouse de l'un d'entre eux qu'elle préférait ça à une maîtresse.(2)

    Mais vous pensez bien que ce n'est pas la moto qui m'intéresse...

    Ce que je voudrais réussir à faire, dans mes vieux jours Langue tirée, c'est courir cinq kilomètres. Pour pouvoir participer au cross de l'école, en septembre prochain.

    Est-ce bien raisonnable?

    Sûrement non. Je n'ai jamais couru de ma vie. J'ai un dos dont les vertèbres tiennent ensemble par la force de l'habitude - et parfois il y en a une qui tente de s'échapper...

    Cependant, depuis dix jours, je m'entraîne.

    Et vous savez quoi? C'est addictif!

    Me voilà bien Clin d'œil

    ***

    (1) notez que je précise "à tort et à travers", il ne s'agit pas de la question de savoir si je vais me promener en ville en mini-jupe ni de faire un bébé après 50 ans Langue tirée

    (2) jusqu'au jour où il s'est cassé la figure dans un tournant et qu'un camion lui a passé dessus

  • P comme paquet cadeau

    Mardi dernier, en rentrant chez moi, je trouve une boite devant ma porte de garage. Elle contient un assortiment de six bouteilles de vin. Et un petit mot. Quoique celui-ci ne soit pas nécessaire pour savoir qui est le généreux donateur Clin d'œil

    - Voici avec un peu de retard, m'écrit-il, un cadeau pour ton anniversaire.

    Fort bien. J'accepte avec joie et ça me fait vraiment plaisir qu'il ait eu ce geste.

    Malheureusement, comme à son habitude, il ne peut s'empêcher, quand il vous fait une fleur, de vous la jeter à la figure. Aussi ajoute-t-il:

    - Je ne peux accepter l'idée que tu t'approvisionnes en vin chez C*lr**t...!

    ***

    Le même soir, penchée sur mon ordi, je lui envoie un message pour le remercier de son cadeau surprise. Et je le rassure: pour mes commandes de vin, je n'ai qu'une seule adresse, la sienne.

    Je reçois aussitôt une réponse. Il est bien content, m'écrit-il, que le carton n'ait pas disparu avant que je ne rentre. Il me dit qu'il a aussi eu l'occasion d'admirer Zeta et Jones, qui se sont facilement laissé approcher. Il suppose que c'est parce que je m'en occupe beaucoup... Puis il ajoute:

    - Par contre, il faudra tout doucement débroussailler, on commence à avoir l’impression de passer à travers une forêt vierge pour arriver à la maison !

    ***

    Je vais vous dire un grand secret: j'ai osé lui répondre ceci:

    - Tu viens débroussailler quand tu veux ;-)

    Et ça m'a beaucoup fait rire. Vraiment beaucoup Rigolant

    En revanche, lui n'a pas apprécié:

    - Mais ce n’est pas moi qui y habite …

    Il a donc fallu que je redouble d'audace:

    - Très juste! alors no comment, je fais ce que je peux...même si je peux peu.

    ***

    N'est-ce pas qu'il est fait d'un mélange bizarre, l'ex-homme-de-ma-vie?
  • O comme On est très sérieux quand on a 17 ans!

    Elle commence par s'excuser de ne pas m'écrire en français. C'est qu'il ne s'agit pas des cours ni de l'école, mais d'une chose qu'elle aurait trop de mal à expliquer dans une langue étrangère.

    Elle m'écrit qu'elle a un problème. C'est-à-dire qu'une amie a un problème.

    Elle m'écrit qu'elle ne sait plus quoi faire. Et qu'elle est la seule à qui l'amie se soit confiée. Donc la seule qui puisse l'aider.

    Elle m'écrit qu'elle se sent très coupable à l'idée de trahir la confiance de son amie en me révélant de quoi il s'agit. Mais elle ne voit plus d'autre solution.

    ***

    On est bien sérieux quand on a 17 ans... et on est confronté de plus en plus jeune à des problèmes d'adulte...

    Mais à l'adulte, on ne se confie le plus souvent qu'en tout dernier recours.

     

     

     

  • N comme No time to waste

    La table est en pagaille. On ne voit plus le bureau sous l'amoncellement des paperasses. Sur le bar, les petits tas de copies à corriger sont bien rangés côte à côte. D'autres viendront s'y ajouter dès lundi.

    La vaisselle n'est pas faite. Le linge n'est pas repassé. L'aspirateur restera bien planqué. Les bottes devraient être cirées et rangées.

    L'herbe n'est pas tondue. Les ronces sont gagnantes. Les rangs de poireaux devraient être binés. Le talus débroussaillé.

    Mais la maîtresse du logis s'offre une journée à Bruxelles Cool

    Autrefois ma mère aurait dit:

    - Ce n'est pas ainsi que je t'ai élevée!

    Aujourd'hui, je parie qu'elle me dirait:

    - Tu as bien raison! Profites-en!

    Quoique... par mesure de sécurité, je préfère ne pas le lui demander Langue tirée

    vie quotidienne,prof,bruxelles,jardin

    photo prise en août 2011

  • M comme musée

    La dernière fois qu’Adrienne a emmené ses classes au musée, Kevin en avait fait le tour en un quart d’heure :

    - Il n’y a rien à voir ! lui a-t-il déclaré.

    Benjamin trouvait que ça ne valait pas le coup de faire tout ce trajet en bus pour voir « ça » et Cindy aurait préféré profiter de sa présence dans la grande ville pour faire du shopping.

    Trois heures plus tard, alors qu’elle commence à envisager un retour sans lui, réapparaît enfin Henri, que deux copains partis à sa recherche ont enfin retrouvé :

    - C’est déjà l’heure de partir ? lui demande-t-il tout étonné. Mais je n’ai pas encore tout vu !

    ***

    Petit inventaire à la Prévert, sauce Sempé et Goscinny:

    La visite du musée

    Quand on emmène ses classes au musée, quel que soit l’âge des élèves, on a

    - les Alceste qui mangent tout le temps et qui ont leur sac bourré de victuailles

    - les Geoffroy qui ont un papa très riche : ils trimbalent tous leurs gadgets électroniques dont un seul coûte plus que votre salaire mensuel

    - les Clotaire, qui espèrent qu’ils ne seront pas interrogés après l’excursion

    - les Eudes, qui souffrent d’une overdose de testostérone et semblent montés sur piles

    - les Joachim, qui s’attirent des ennuis

    - les Rufus, qui ricanent devant tous les nus

    - les Maixent, qui courent plus vite que tout le monde et sont les rois de la visite éclair

    - les Nicolas, qui aiment bien leur maîtresse et lui promettent de bien se tenir… mais qui aiment aussi tellement rigoler !

    - et les Agnan, qui font scrupuleusement tout ce qu’on leur demande, écoutent attentivement et ont même de quoi prendre des notes.

    Comme le dit le petit Nicolas après sa visite au musée de peintures : « C’est dommage que la maîtresse, qui est pourtant gentille, ne veuille pas le faire plus souvent. »

    écrit pour le Défi du samedi n° 194

    defi,prof,eleves

    Pour la vraie visite du musée de peintures avec la classe du petit Nicolas, il faut aller lire ici (à la page 43 des Récrés du petit Nicolas, mais vous pouvez aussi tout lire, bien sûr Langue tirée) http://www.scribd.com/doc/81861649/Sempe-Goscinny-Petit-Nicolas-1961-Les-recres-du-petit-Nicolas

  • L comme Lettre à Lou

    QUATRE jours mon amour pas de lettre de toi           
    Le jour n’existe plus le soleil s’est noyé
    La caserne est changée en maison de l’effroi
    Et je suis triste ainsi qu’un cheval convoyé

    Que t’est-il arrivé souffres-tu ma chérie             
    Pleures-tu Tu m’avais bien promis de m’écrire
    Lance ta lettre obus de ton artillerie
    Qui doit me redonner la vie et le sourire

    Huit fois déjà le vaguemestre a répondu
    "Pas de lettres pour vous" Et j’ai presque pleuré
    Et je cherche au quartier ce joli chien perdu
    Que nous vîmes ensemble ô mon cœur adoré

    En souvenir de toi longtemps je le caresse
    Je crois qu’il se souvient du jour où nous le vîmes
    Car il me lèche et me regarde avec tendresse
    Et c’est le seul ami que je connaisse à Nîmes

    Sans nouvelles de toi je suis désespéré
    Que fais-tu Je voudrais une lettre demain
    Le jour s’est assombri qu’il devienne doré
    Et tristement ma Lou je te baise la main

    Guillaume Apollinaire, Poèmes à Lou,1915

    ***

    Où l'on voit qu'il n'y a pas que la Marquise qui se plaigne de ne pas recevoir de lettres de sa "chère bonne" aussi souvent qu'elle le voudrait Clin d'œil

  • K comme kerdju!

    KANIKOULI (russe) : congés scolaires, de « canicule » — La chose étonnante est qu’il ne s’agit pas seulement des congés d’été. On parlera ainsi de kanikouli pour les vacances de Noël à Novosibirsk, où les températures avoisinent les -50°C.

    Franck Resplandy, My rendez-vous with a femme fatale, trouvé chez Lali et qui m'a inspiré cette suite:

    KAPUTT (allemand) : La célèbre fontaine de Trevi, où on ramasse - paraît-il - environ 2000 € de menue monnaie par semaine, a été si gravement endommagée par les fortes gelées hivernales que des morceaux mesurant jusqu'à 8 cm tombent par terre. Trouvé hier dans mon journal qui relayait l'agence italienne ANSA et The Telegraph. Je suis allée trois fois à Rome mais suis toujours restée loin de la foule compacte autour de la fontaine, je n'ai donc pas de photo à vous offrir avant qu'on emballe le monument pour restauration.

    KILO (grec) : "Mais tu as maigri!" s'exclame cet ancien collègue rencontré par hasard au chevet d'une amie hospitalisée. Voilà la première chose, me dis-je, qu'un homme que je n'ai plus revu depuis 12 ans trouve à me dire... Et la même semaine, le mari d'une amie me dit: "Tu as un peu grossi, c'est bien, ça te rend plus sexy." N'importe quoi!

    KERDJU (flamand de par chez moi) : juron. Les jurons m'ayant toujours été strictement interdits, en cas de très grosse contrariété je me soulage avec un "purée". "On n'emploie pas le nom de Dieu en vain", disait ma mère d'un air docte, et mon frère rigolait en pointant le doigt vers elle: "Tu l'as dit! tu l'as dit!" - "Quoi?" disait ma mère. - "Nom de Dieu! Nom de Dieu!" répondait-il en se tordant les côtes.

  • J comme japonaiseries

    Bien avant notre Amélie, la Belgique avait déjà compté un premier fou de japonaiseries en la personne de Léopold II. Chez Amélie, ça résulte dans des bouquins, chez Léopold II, dans des bâtiments.

    Je ne ferai pas le guide touristique, si vous voulez tout savoir, il faut aller ici: http://www.kmkg-mrah.be/fr/bienvenue-aux-mus%C3%A9es-dextr%C3%AAme-orient

    Mais j'ai quelques photos Langue tirée prises au fil de la promenade à travers le parc et les serres de Laeken, le soir du 29 avril dernier:

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    Juste avant d'accéder au parc de Laeken, nous avions déjà croisé la chinoiserie:

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    ah! Bruxelles ma belle!
    ah! merci les amis!
    Bisou

     

  • I comme inspiration chez Lali (6)

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    Doucement, la dame bleue pénétra dans la chambre du Hollandais. Cet homme l'intriguait, avec sa blondeur, ses grands rires, son grand nez, ses manières brusques.

    Dans la pénombre, un croissant de lune lui permit de voir le banc. Trois mégots de ses éternelles Van Nelle, qu'il ne fumait jamais qu'à moitié, étaient écrasées dans un cendrier beaucoup trop petit. A côté, un livre était posé. La photo de la couverture fit bondir son coeur: c'était lui! C'était bien lui! avec sa raie sur le côté, ses mèches claires un peu trop longues qui lui cachaient les oreilles et la nuque, ses joues toujours un peu râpeuses... Elle eut envie d'y poser les lèvres.

    En feuilletant le livre, elle découvrit avec regret qu'il était écrit dans une langue qui lui était totalement inconnue. Serait-elle donc venue pour rien? Tous ces risques, les avait-elle pris pour rien?

    tableau de Miriam Slater pris chez Lali dans sa rubrique "En vos mots" n°247
    http://lali.toutsimplement.be/index.php?s=en+vos+mots+247

  • H comme histoire gluante

    J'étais bien tranquille, à l'ombre, en attendant la fraîcheur du soir. Fraîcheur toute relative en cette belle journée déjà très estivale, il est vrai, mais les soirées étaient agréables: ce mois de juin ne connaissait pas encore les moiteurs chaudes ni l'air parfois étouffant qu'on peut avoir même la nuit, au plus fort de l'été.

    Pour le repas du soir, j'avais prévu une petite salade. La laitue était une Grosse blonde paresseuse douce et craquante, avec une pointe d'amertume en finale. L'estragon avait bien poussé et son parfum si fin me ravissait.
    Le persil plat était au mieux de sa forme et les radis grossissaient. Bref, tout baignait.

    C'est à ce moment-là qu'elle est arrivée, avec son mini-sarcloir et son seau aux mauvaises herbes. Elle a soulevé une des tuiles placées là pour empêcher le filet de s'envoler. Le filet, elle le met plus contre les chats qui viennent gratter la terre pour y faire leurs crottes que contre les oiseaux, mais moi ça m'arrange bien. Surtout les tuiles.

    Hélas, en la soulevant elle m'a évidemment tout de suite repérée. Alors, comme elle a horreur de la glu visqueuse que je laisse sur les doigts, elle m'a délicatement prise entre deux outils et est allée me jeter dans le fossé, à cinquante mètres du jardin.

    Il me faudra des jours, - et surtout des nuits, pleines de dangers, avec tous les hérissons qu'elle attire chez elle - des heures et des heures à ramper dans la poussière trop sèche pour ma santé et toute la longueur de la dangereuse terrasse à traverser avant de retrouver les délices de son potager.

  • G comme grands auteurs (ou G comme gageure...)

    - Je n'ai pas lu une seule ligne de Molière, cette année! me dis-je en surveillant une de mes classes occupée à rédiger son "examen d'expression écrite".

    Sur le mur à ma droite, j'ai accroché les portraits des auteurs dont je lis un extrait au cours des deux dernières années du cycle secondaire. Ils sont bien classés dans l'ordre chronologique pour former une frise qui a pour but de mieux permettre aux élèves de situer les uns et les autres, depuis Charles d'Orléans jusqu'à Abdellatif Laâbi.

    C'est ainsi que sous l'affichette "17e siècle", un Molière en perruque sourit d'un air satisfait sous sa fine moustache, entouré par la marquise de Sévigné et Jean de la Fontaine.

    Je sais bien que ce n'est pas ma vocation première, comme prof de FLE, d'enseigner de la littérature ou de l'histoire littéraire. Pourtant, je considère comme un devoir d'instiller au goutte-à-goutte ces quelques textes ou ces quelques auteurs incontournables.

    Mais faire les choix, voilà la véritable gageure!

    Le programme officiel ne s'occupe pas vraiment de littérature: il nous demande surtout de voir du vocabulaire, de la grammaire, et d'exercer les diverses compétences pour amener nos élèves au niveau B1-B2 du CECR (1)

    A ce propos d'ailleurs, j'ai remarqué samedi dernier lors de la présentation des manuels conçus par les éditeurs français, que la littérature n'y avait plus sa place. La BD, les chansons, le cinéma, les magazines "jeunes", voilà ce qui doit représenter aujourd'hui l'aspect culturel de la francophonie... sous prétexte que la "Grande Littérature" n'intéresse pas les ados.

    Ce que je conteste fermement.

    ***

    (1) Cadre européen commun de référence, http://www.coe.int/t/DG4/Portfolio/?L=F&M=/main_pages/levelsf.html

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    voici le portrait en question, peint par Mignard

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Moliere_Mignard.jpg

  • F comme Flamande et frustrée

    Ce titre est à la fois une allusion et une illusion.

    Allusion à notre situation communautaire belgo-belge avec son passé et son présent...

    Illusion parce que ce billet de la Flamande frustrée que je suis n'a finalement pas été écrit.

    Alors on en reparle peut-être le mois prochain? A moins que vous préfériez que je vous raconte ma prochaine visite chez mon coiffeur-philosophe Langue tirée

    Bonne journée à tous!

  • 7 trompe-odeurs

    Répandre une odeur de savonnette sur un certain monsieur que je croise plsieurs fois tous les jours dans les couloirs de l'école

    Répandre une odeur de jeune fille en fleur sur une certaine collègue qui empeste la cigarette

    Répandre une odeur d'authentique cave à vin dans ces chais modernes où tout est béton, aluminium et murs carrelés rutilant de propreté

    Répandre une odeur de sainteté sur tous les Jean Valjean de la planète (bon 150e anniversaire, Les Misérables!)

    Répandre une odeur d'embruns (de préférence avec le bruit des vagues en fond sonore) dans ma classe

    Répandre une odeur de chocolat dans la maison... dans l'espoir de cesser d'y être accro.
    Un ancien élève ayant travaillé tout un été dans une chocolaterie m'a dit que ce parfum constant de chocolat lui avait ôté toute envie d'en manger, alors qu'il n'avait qu'à tendre la main pour se servir.

    Le trompe-odeurs, voilà l'invention du siècle!

    Si j'en avais eu l'idée plus tôt, elle m'aurait aussi été utile pour répandre une bonne odeur de dentifrice dans la gueule de mon chien Langue tirée

  • E comme eau

    L'eau ne manquait pas, le 29 avril, lors de notre visite au château et au parc de Groot-Bijgaarden (Grand-Bigard)

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    celle des douves, des cygnes et des oies

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    celle qui sert de miroir aux tours

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    celle qui offre aux cygnes un cadre champêtre à l'abri des touristes

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    celle qui n'est pas prévue mais qui fait la joie des canards

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    celle qui a des airs majestueux

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    celle qui nous fait tout voir en double Clin d'œil

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    celle qui fait apparaître la beauté d'une ramure

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    Bref, l'eau était au rendez-vous ce jour-là!
    Merci aux amis qui ont sorti leur parapluie et sali leurs chaussures pour moi Bisou

  • D comme désolée

    Voilà deux dimanches en suivant que le matin il m'est impossible d'accéder à mon compte skynet. Sans doute doit-on y estimer qu'à six heures tout le monde dort... mais moi généralement c'est le moment où je rédige un ou deux billets: sans cette petite avance prise le week-end, il m'est impossible de tenir le rythme.

    D'ailleurs, c'est inutile de le dire, vous avez pu le constater, c'est la deuxième fois que je vous fais faux bond Langue tirée

    Et hier soir, je n'ai rien écrit non plus, ma visite chez les blogamis s'est arrêtée au J comme Joe Krapov: un extrait du film Daddy Long Legs m'a fait rester sur youtube où j'ai fini par regarder tous les 15 morceaux, c'est-à-dire le film entier.

    Pour constater qu'aujourd'hui, pas plus que lorsque j'étais une jeune fille, je n'arrive à croire en Fred Astaire comme héros romantique. Que ce soit entre les bras de Leslie Caron ou d'une autre.

    Par contre il danse, il joue de la batterie et jongle avec les baguettes Rigolant

    Pour ceux que ça intéresse, ça se trouve facilment sur Youtube, je préfère vous laisser une photo de l'étang d'à côté, qui fourmille de beaucoup plus de vie que n'importe quel film:

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  • C comme coupole

    Pour une raison que j'ignore, lors de ma visite aux serres de Laeken, j'ai apparemment été attirée surtout par les coupoles.

    La preuve par dix:

    bruxelles,belgique,amitié

    d'abord celle qu'on peut voir dès l'entrée

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    la première porte le monogramme de Léopold II

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    la deuxième est peut-être une des plus grandes

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    la même que précédemment

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    vue de l'extérieur (précision inutile Langue tirée)

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    autre précision inutile: le soir tombait...

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    mais ça peut donner de jolis effets

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    les vitres sont devenues des miroirs bleus

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    ambiance réverbère

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    et une dernière grande coupole avant de quitter les serres du château de Laeken et de remercier les amis Bisou

  • B comme belle histoire (à méditer)

    Le consul de Finlande s’en alla dans le Grand Sud montrer à sa femme les beautés du monde. Tôt débarquée de ses contrées lointaines, encore endormie, elle fut menée jusqu’à Marrakech par son mari le diplomate, qui loua une Jeep étincelante d’arrogance. Faisant fi des avis, il s’en fut à midi, sous un soleil de feu. Sur les routes, elle, la belle dame à l’écharpe, Isadora réincarnée, lui, l’aventurier au long cours, l’intraitable des Traités, ils filaient, riant en finlandais, et disant de belles choses, mais un peu méprisantes, un peu condescendantes. Il lui parla de ce peuple attachant, mais parfois gentiment escroc, auquel il ne fallait accorder que le minimum de confiance.

    – Je les connais, ma chère. «Laisse-les parler et n’en fais qu’à ta tête», c’est ma devise.

    Il fit gronder le moteur de la Jeep, pour le plaisir. Sa femme lui demanda si les Marocains se déplaçaient en Jeep, dans le Grand Sud. Il éclata de rire.

    – Mais non, ils vont à pied ou à dos de mule.

    Il lui montra au loin des silhouettes de centaures qui trottinaient à flanc de colline. Vers la fin de la journée, le couple arriva au bord d’un oued, c’est-à-dire qu’ils virent une espèce de ravin qui interrompait la route et les empêchait d’aller plus loin. C’était fâcheux, cet abîme, qu’il allait falloir traverser, d’une façon ou d’une autre. La pente qui y menait était assez rude. Le consul descendit de la voiture et marcha jusqu’au bord du lit sec. Il s’accroupit, tâta le sol puis se releva, un large sourire éclairant sa belle face d’aventurier racé. Il revint en se frottant les mains.

    – Pas de problème, surtout avec un 4x4.

    Il tapota les flancs de sa monture, pas peu fier. Ayant grimpé de nouveau sur son trône, il vit s’approcher un jeune garçon qui lui dit quelque chose dans un mauvais français mâtiné de dialecte berbère, avec forces signes. Le consul secoua la tête, indiquant qu’il ne comprenait pas ce qu’on lui voulait. Un autre garçon accourut, suivi d’un homme très pauvrement vêtu et qui s’appuyait sur une canne, et ils faisaient tous deux de grands gestes.

    – Que nous veulent-ils ?, s’inquiéta la femme du consul.
    – Je crois qu’ils ne veulent pas qu’on traverse ici.
    – Pourquoi ?
    – Je ne sais pas. C’est peut-être un endroit sacré?

    Le diplomate engagea la conversation avec le jeune garçon qui l’avait abordé en premier. Il finit par comprendre que l’autre le mettait en garde contre le fleuve.

    – Quel fleuve ? se demanda le consul.
    – Quel fleuve ? lui demanda sa femme, lorsqu’il eut traduit.

    Ils regardèrent la tranchée qui semblait s’étendre d’est en ouest, du plus loin qu’on pût voir. Elle était sèche, ne charriait rien sinon, peut-être, des souvenirs. Les deux Finlandais, qui venaient d’un pays où l’on trouve mille lacs, se regardèrent.

    – Ces gens se moquent du monde. Je ne vois pas la moindre goutte d’eau, il n’a pas plu depuis des lustres, c’est dans leur tête que coule la rivière. Les malheureux.

    Les deux garçons et le vieil homme restaient debout, silencieux, alignés devant la Jeep, formant une barrière très humble. Le vieillard gardait la bouche ouverte. Elle était entièrement édentée, c’était une sorte de trou rose dans sa face brune. Un léger filet de salive en dégoulinait. Une taie recouvrait son œil gauche. À le regarder, la femme du consul faillit se trouver mal. Elle eut soudain une inspiration.

    – Ils veulent peut-être qu’on passe la nuit ici ? Et si c’était des... des...

    Elle ne trouvait pas ses mots, s’énerva.

    – Enfin, tu vois ce que je veux dire, ils sont sans doute envoyés par le tenancier de l’auberge du village.
    – Ah, des «rabatteurs», tu veux dire.

    Le consul réfléchit un instant puis haussa les épaules. Des rabatteurs ? Pour quelle auberge ? Quel village ? Il n’y avait qu’immensité poussiéreuse à perte de vue. On devinait une ou deux cahutes au loin, faites de boue séchée sans doute ; en tout cas ce n’était pas le genre d’endroit où on loge des chrétiens. Tout cela lui semblait grotesque. On n’oblige pas les gens à faire escale dans des bleds perdus alors qu’ils ont encore toute la journée devant eux. C’en serait fini de sa «moyenne». Pour en avoir le cœur net, il demanda, en français :

    – Y a-t-il un hôtel, ici ?

    Le jeune garçon éclata de rire et les autres l’imitèrent, sans trop savoir pourquoi.

    – Non, il n’y a pas d’hôtel, mais vous pouvez dormir chez nous. À la maison. Vous êtes les bienvenus.

    Le consul traduisit en finlandais à l’usage de sa femme. Elle haussa les épaules.

    – C’est bien ce que je pensais, ils voient des touristes, ils veulent les plumer. Allons-nous-en.

    Elle se rencogna sur son siège et se mit à bouder ostensiblement. Son mari remit la voiture en marche. Les autochtones se remirent à faire de grands signes, de l’espèce “on ne passe pas !”.

    – Allez, c’est bon, poussez-vous, leur cria-t-il. Allez, oust, oust !

    Les deux garçons et le vieillard s’éloignèrent sans insister. La Jeep avança, belle de verre et de métal, lâchant un feulement satisfait. Elle était maintenant au milieu de la tranchée. Le consul apprécia cet instant d’éternité, ce moment précis où l’homme et sa monture savent qu’ils vont triompher de l’obstacle. Il ne restait plus qu’à donner un dernier coup de reins, pour grimper hors de l’ornière. C’est alors qu’il entendit un grondement sourd qui semblait venir de l’est. Il tourna la tête mais ne vit rien. Il remarqua toutefois qu’un mince filet d’eau courait maintenant sous les roues de la Jeep. Le grondement s’amplifia. Le consul tenta d’accélérer mais les roues de la voiture se mirent à patiner. Sa femme se recroquevilla sur son siège, effrayée, sans trop savoir pourquoi. Le bruit s’amplifia. Se tournant vers la gauche, d’où le grondement venait, ils virent un haut mur de boue et d’eau qui se ruait sur eux. Le flot furieux emporta l’homme, la femme et l’équipage. Perchés au plus haut d’une colline, les Berbères virent disparaître cette vague qui venait de loin et qui, d’une seule ruée, mit fin pour toujours au bel allant du consul et de sa femme.

    Fouad Laroui, L'oued et le consul, et autres nouvelles, Flammarion, Etonnants classiques, 1970

    on peut lire la nouvelle ici: http://gallica.bnf.fr/VisuSNE?id=oai_editis.com_9782260018988&r=Maroc&lang=FR

    et ici (en pdf) https://docs.google.com/viewer?a=v&q=cache:gBYlCtRru_gJ:www.edukely.net/doc/ressource/RESSOURCE_L_oued_et_le_consul.pdf+le+consul+de+finlande+s%27en+alla+dans+le+grand+sud&hl=fr&gl=fr&pid=bl&srcid=ADGEESi2-B8kLhEUZCVPH6FP9emgCSV5s1XA7wJaeSSDn2jbMw0tb2p7-PzPK9dyxZUgezpVSNRH_OWLnAgyIdoHLzOJRAd9J5Q8rx1EaL19Jz8YjW-7WVGAr3Y7EA7q2CBV1U5lHHQG&sig=AHIEtbQA7hAb_u32lUOb4EqPQBsV1mhu3g&pli=1

    http://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=le%20consul%20de%20finlande%20s%27en%20alla%20dans%20le%20grand%20sud&source=web&cd=1&sqi=2&ved=0CCEQFjAA&url=http%3A%2F%2Fwww.edukely.net%2Fdoc%2Fressource%2FRESSOURCE_L_oued_et_le_consul.pdf&ei=zxj7TufXOMahOtHroaoG&usg=AFQjCNF6hwTGaVLiMzvJsqU05MWXcCkvfw&sig2=pEsFrgstQZ2lPdnDou_wbA&cad=rja

  • A comme Adrienne

    Le Cabinet de Curiosités est fermé aujourd'hui.

    Adrienne passe la journée à l'Alliance française de Bruxelles pour y découvrir du nouveau matériel didactique made in France Cool

    Bon samedi à tous!

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  • Premières odeurs de vacances

    Je sais que ce n'est encore ni l'été, ni les vacances, mais les premiers effluves annonciateurs m'en sont parvenus Sourire

    D'abord, dans le pré d'à côté, il y a eu la bonne odeur de l'herbe coupée, qui s'est rapidement transformée en inégalables senteurs de foin séché (à quand le parfum de foin séché chez Dior? je crois qu'il m'irait bien ;-))

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    Quelle bonne idée il a eue, le fermier-voleur-de-bois-de-frêne, de laisser l'herbe sécher sur place au lieu de l'emballer immédiatement dans des mètres de plastique blanc!

    L'odeur du foin me rappelle les étés et les vacances de mon enfance: je me demande depuis combien d'années je n'ai plus vu une meule de foin dans le paysage...

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    Depuis fin mai aussi, le jardin est embaumé de roses et de lavande.

    Mes salades fleurent bon l'estragon.

    Et moi la crème solaire n° 50 Cool

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