• Derniers endroits préservés

    Même dans une ville comme Paris, on peut trouver encore quelques endroits qui ont été comme miraculeusement préservés.

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    Voyez par exemple cette petite maison recouverte de lierre, un peu perdue entre les grands immeubles, avec au loin les tours de la Défense... De la rue, il est impossible de la voir: elle est cachée par un bâtiment.

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    Ou voyez cet autre exemple du "Pour vivre heureux, vivons caché": toute petite maison branlante et grande verrière, quartier de Montparnasse...

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    ainsi que d'autres, du même acabit, en enfilade derrière quelques arbres... On semble être loin des grands boulevards, pourtant ils sont juste à côté!

    Merci à Caro de m'avoir fait découvrir ces dernières petites merveilles parisiennes Bisou

  • Z comme zéro

     Les zéros

    - Ce sont des zéros grecs, dit-il avec une belle assurance.

    Et non, il ne parlait pas de la situation économique à Athènes. Mais d’Ulysse et de Jason.

    Pourtant, toute la classe avait bien ri le jour où Madame avait expliqué la différence entre un h muet et un h aspiré en prenant précisément ce mot-là pour exemple… Oh non ! ça ne leur arriverait pas, à eux, de faire une erreur aussi idiote ! Hahaha, Madame, c'est trop drôle ce que vous nous dites là!

    Mais voilà…

    C’est qu’en fin d’année scolaire, les zéros sont un peu fatigués Clin d'œil, se dit Madame en retenant un léger soupir.

    écrit pour le Défi du samedi n°198

     

     

  • Y comme Yvonne

    Mon cher amour

    Je t'écris encore cette petite carte parce que demain c'est samedi (1) et que je n'aurai pas beaucoup de temps.
    Papa vient de rentrer et il dit que maman est un peu malade. (2)

    Mon amour écris-moi quelques mots sur ta vie dans le camp.

    Doux baisers de ta petite Yvonne

    N'oublie pas de m'envoyer des cartes du camp.

    yvonne,lettre

    (1) on peut donc en conclure que cette carte a été écrite le vendredi 17 avril 1925
    (2) Yvonne parle ici de ses beaux-parents. Son propre père était décédé quand elle avait 15 ans.

    yvonne,lettre

    On peut voir qu'elle avait d'abord écrit "ziek" (malade) puis qu'elle l'a barré et réécrit "een weinig ziek" (un peu malade) pour ne pas trop alarmer son mari. Pourtant c'était alarmant, la maman est décédée peu après, le 26 avril, ce qui a permis à mon grand-père de rentrer un peu plus tôt de son camp de Beverloo, afin d'assister à l'enterrement de sa mère.

    ***

    Et pendant que la petite Yvonne était fort occupée, le lendemain samedi 18 avril, l'Eglise de son côté l'était tout autant: en vue de la béatification de Bernadette Soubirous, son corps était exhumé une troisième fois pour y prélever quelques "reliques" avant de l'exposer dans un cercueil de verre.

    ***

    Le mois prochain, une carte illustrée pour faire plaisir à Yvonne, qui le lui a demandé Clin d'œil

  • La fiction, c'est le X

    Ecrire de la fiction suppose la création d'un personnage.

    Alors allons-y, créons et appelons-le X puisqu'il nous est encore inconnu.

    Et puis tiens, prenons un homme, ça nous changera des Adrienne, des Yvonne ou du moi si haïssable.

    Quel âge? La quarantaine bien entamée mais qui se soigne. Taille moyenne. Se laisse pousser un peu de barbe. Sensible à la mode. Ne boit pas, ne fume pas. Estime qu'il a assez guindaillé pendant sa jeunesse. Tient à préserver son "capital-santé".

    Marié, deux enfants. Des garçons aussi (évitons les Yvonne, les Adrienne etc.)

    Travaille en milieu hospitalier comme aide-soignant dans un chef-lieu de département. A fait avant ça un tas d'autres choses: a vendu des glaces, des montres, des voitures (évitons le métier de prof).

    Fait du VTT et du foot. Aimerait que ses fils fassent du VTT et du foot. Malheureusement l'aîné fait du rugby et le cadet du divan-télé.

    Passe ses vacances sur la Côte d'Azur parce que madame n'aime que se faire bronzer. Lui sue et souffre sur son VTT. L'aîné mène sa propre vie, ailleurs. Le cadet s'ennuie.

    ...

    ?

    Incertain

    Mais que voulez-vous que je raconte sur ce type?

  • W comme wagon de train

    Il s'est assis en tailleur à même le sol sur le quai de la gare. Il est plongé dans sa musique, sa cigarette et son raide-boule (1).

    Il a des dreadlocks blonds, un sweat rouge à capuche sous sa veste de cuir noir et un jean tout neuf qui n'est pas passé par les mains de travailleurs turcs silicosés. (2)

    Quand le train entre en gare, je le perds de vue. Je vais m'asseoir en face d'une jeune femme noire. Elle est de toute beauté. Pourtant, elle s'est complètement rasé la tête.

    Elle va jusqu'à Luxembourg mais n'a ni billet de train ni argent liquide sur elle pour s'en acheter un à bord. Sa carte de crédit, sans doute trop exotique, n'est pas acceptée par la machine du contrôleur.

    J'admire la patience et la gentillesse de ce brave homme qui s'échine à trouver la meilleure solution possible pour elle, alors qu'elle est en faute, et de plus qu'il le fait avec la meilleure volonté du monde dans une langue qui n'est pas la sienne...

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    sur la photo il faudrait essayer de repérer la tige florale de ce laiteron: elle pousse à l'horizontale, le seul moyen pour ne pas être étêtée et perdre ainsi toutes ses chances de semer sa graine Cool

     ***

    (1) ah non! jamais je ne ferai la pub de ce breuvage Langue tirée

    (2) www.solsoc.be/IMG/pdf/Dossier_de_presse_jeans.pdf 

  • V comme vietato!

    A l'entrée du parc de la Villa Celimontana, un grand panneau marque tout ce qui est interdit.

    Sous le mot "VIETATO" on énumère toute une série de choses soigneusement numérotées de 1 à 7

    Par exemple, il est interdit de jouer au ballon; deux gamins disputent âprement une partie de foot.

    Il est interdit aux voitures de circuler dans le parc; j'en ai déjà vu passer deux, très certainement des autorizzati...

    Plus loin, d'autres panneaux et d'autres interdits.

    Près d'une large vasque est affiché qu'il est interdit de donner du pain aux poissons. Je ne suis pas allée voir ce que les deux enfants penchés au bord de l'eau étaient en train de faire.

    Sous les grands pins, près des jeux d'enfants, un homme traîne un poney qui traîne une petite voiture qui traîne deux autres poneys montés par un petit garçon et une petite fille.

    Sur la voiture, un panonceau: il est interdit de donner à manger aux cavallucci.

    Au moins, ça vous a appris un nouveau mot: vous supposez que cavalluccio, petit cheval, mot par lequel on désigne généralement l'hippocampe, veut aussi dire poney.

    Mais vous ne pouvez vous empêcher de penser à l'école et à son règlement... et au danger qu'il y a à énumérer des interdits. Car jamais vous ne pouvez les énumérer tous (1) et si vous interdisez, vous vous obligez à contrôler et à sanctionner, sinon tout interdit reste lettre morte.

    Comme au parc de la Villa Celimontana Sourire

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    (1) comme le faisait remarquer un élève en lisant une lettre destinée aux parents et rappelant quelques interdits lors d'une sortie scolaire: "Et la drogue, ce n'est pas interdit?"
    En effet, nous avions omis de mentionner la drogue... nous interdisions uniquement l'alcool et les cigarettes Langue tirée

  • U comme "uniti o divisi"

    Les points communs les plus profonds, on les a parfois avec celui qui a l'air le plus différent de nous.

    Prenez David, à peine 18 ans, natif de Barcelone. En moi, très probablement, il voit le vieux prof à lunettes, qui aime lire (quelle idée!) et visiter des musées (sûrement sombres et poussiéreux). Lui, ce qu'il aime faire à Rome, c'est sortir jusqu'au petit matin dans le quartier du Trastevere et boire juste assez pour se sentir léger et audacieux avec les filles. Il est comme la plupart de mes élèves: il manque de confiance en lui.

    Mais le mercredi matin, Marco nous demande de travailler par paire et il m'associe au jeune garçon. Dans une liste, nous devons choisir quelle citation nous plaît le plus, d'abord séparément, puis comparer et discuter de nos choix respectifs.

    Dans tous les autres duos, Marco avait réussi son coup: les avis étaient partagés et chacun devait essayer de convaincre son partenaire. Chez nous, non: nous avions sélectionné la même phrase et qui plus est, pour les mêmes raisons.

    Noi uomini possiamo essere uniti o divisi dalle parole: sta a noi scegliere. (1)

    Lui comme Catalan, moi comme Flamande, nous pensions tous les deux à notre situation politique et culturelle, à cette poussée nationaliste qui fait considérer à certains que la langue, c'est tout ce qui fait l'identité, que parler celle de l'autre, c'est trahir et que par conséquent nos langues nous divisent au lieu de nous unir dans le dialogue.

    Et le jeune David de conclure avec moi: c'est à nous de décider si nous entrons dans ce jeu (dangereux)... ou pas. Puis tout content il annonce à Marco:

    - Nous avons choisi la même phrase et nous sommes d'accord sur tout!

    ***

    (1) Nous pouvons être unis ou divisés par les mots: c'est à nous de choisir.

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    au cas où certains auraient un doute: non, les musées de Rome ne sont ni sombres, ni poussiéreux Clin d'œil
    (photos prises en descendant l'escalier monumental du palazzo Braschi)
    premier et deuxième étage

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    l'escalier est assez large pour que j'y passe avec ma mazda sans déranger les piétons éventuels de part et d'autre

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    rez-de-chaussée et premier étage

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    et tout en bas veille un Zeus tonnant (le tonnerre a un peu souffert...)

  • T comme treize et trente

    Tôt ou tard, ses invités finissent toujours par lui poser la même question:

    - Ça fait longtemps que tu vis ici?

    C'est une question qu'elle-même n'a jamais posée à personne. Aussi ne comprend-elle pas pourquoi on la lui pose ni quel intérêt sa réponse peut avoir.

    À chaque fois elle est obligée de forcer sa paresse intellectuelle pour faire un peu de calcul mental, ce qui n'a jamais été son occupation favorite:

    - L'an prochain, dit-elle après un instant de réflexion, ça fera tout juste trente ans.
    - Trente ans! s'exclame son interlocutrice.

    Quelle que soit la réponse, éminemment évolutive au fil du temps, elle reçoit toujours cette exclamation. Là non plus, elle n'a jamais compris pourquoi.

    Cependant, cette question l'amène généralement à des réflexions (très intimes) sur l'appartenance à un lieu ou sur un point d'ancrage en tel ou tel endroit de notre planète. Alors que ce ne sont que très aléatoires loteries.

    Trente ans bientôt qu'elle vit là sans être de là. Sans connaître grand monde dans ce village à deux kilomètres de sa maison. Trente ans à s'entendre dire, chaque fois qu'elle ouvre la bouche face à un autochtone:

    - Vous, vous n'êtes pas d'ici!

    En effet, elle n'est pas d'ici. Son berceau s'est trouvé treize kilomètres plus à l'est. Treize kilomètres qui font toute une différence que trente ans de vie ne changent pas et que trente années supplémentaires ne changeraient pas non plus.

    Tandis que dans sa ville natale, treize kilomètres plus à l'est, alors qu'elle n'y a vécu qu'à peine dix-huit ans, elle a toujours été et sera jusqu'à sa mort, quoi qu'elle fasse, où qu'elle aille, entièrement et pleinement "chez elle".

    Grâce à sa parfaite maîtrise de la prononciation locale du [R] et de quelques voyelles Langue tirée.

    Mais dans sa ville natale, avec ses 24000 habitants, ses plus de cent nationalités diverses et ses teints du blanc laiteux jusqu'au brun le plus chocolat fondant à 99% de cacao, il y a bien longtemps qu'on ne dit plus aux gens:

    - Vous, vous n'êtes pas d'ici!

    flandre,flamand

    le village, vu de chez moi

  • Stupeur et tremblements de mémoire d'éléphant

    Le troisième jour à Rome, je prends à droite quand il faut prendre à gauche, je confonds la Polonaise et la Kazakh, je lui parle avec chaleur de ma visite à Cracovie et de mes élèves polonais...

    Bientôt je ne saurai plus où j'habite Langue tirée

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    ici habite la famille Martini, de la série télévisée Un medico in famiglia (toutes ces photos ont été prises à Cinecittà)

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    et juste à côté, deux autres protagonistes de la série Rigolant

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    et pour ne plus se perdre, voici le plan de leur petite ville imaginaire, Poggiofiorito

  • 22 choses à faire pour passer le temps dans un aéroport

    Zaventem, premier juillet 2012

    1.au lieu de se précipiter, faire du trajet entre l'entrée et le lieu de l'embarquement une longue promenade de badaud

    2.choisir la plus grande librairie et feuilleter tous les magazines et livres qui vous intéressent; en ressortir tout naturellement avec le dernier numéro du Magazine Littéraire consacré à l'éloge du voyage

    3.s'offrir un cappuccino chez Rouge: il coûte 3,90 € mais les sièges sont moelleux et on vous le sert avec un gros beignet

    4.profiter des soldes pour oser entrer dans les boutiques de luxe; ne rien acheter

    5.pousser le vice jusqu'à essayer "just for the fun" un jean blanc Armani et être heureuse de constater qu'avec votre mètre soixante-cinq, le pantacourt prend des allures de "tu vas aux fraises?" ou "tu as de l'eau dans ta cave?"

    6.chercher une baraquette où on vend des fruits; voilà ce qui vous prendra le plus de temps et ne vous coûtera rien: vous n'en trouverez pas

    7.entrer dans un magasin de chaussures et essayer des modèles de star; faire tomber une pile de boîtes, tout soigneusement remettre en place

    8.observer les gens, source inépuisable d'émerveillement

    9.écouter toutes les langues autour de vous et essayer de les identifier

    10.tenter de joindre votre mère au téléphone; elle n'est pas chez elle et son portable n'est pas allumé, pourtant la veille encore elle vous avait bien redit de noter son nouveau numéro, "comme ça tu pourras me contacter si tu veux"...

    11.essayer de voir le titre ou l'auteur du livre que les gens lisent autour de vous; à ma gauche, The last siege, Constantinople 1453 et à ma droite, Ne vous retournez pas, Maud Tabachnik

    12.vous demander pourquoi l'aéroport préconisait de venir au moins deux heures à l'avance: en ce dimanche après-midi, il fait fort calme

    13.écouter les conversations téléphoniques; difficile de faire autrement, même en se bouchant les oreilles

    14.admirer la vue sur les gros-gros-zavions

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    15.lire; ce qui prend trois fois plus de temps que normalement, à cause des cris d'enfants, des appels répétés pour d'autres vols, des sonneries diverses de téléphone (très en vogue actuellement, la sonnerie qui ressemble à celle qu'émettaient les vieux appareils en bakélite noir dans les films américains des années 40)

    16.penser à vos blogamis en feuilletant le Magazine Littéraire: l'éditorial consacré à Proust vous fait sourire et penser à ceux qui l'ont dévoré avec passion (et même fait le pèlerinage à Combray) et ceux qui ne sont jamais venus au bout du premier volume; page 7 une pub pour les (très onéreux) ateliers d'écriture de la NRF; page 9 un article en clin d'oeil à Nuages, Utopie et uchronie Clin d'œil

    17.méditer un instant sur la citation de Charles Dantzig trouvée en page 29: "Ah, les blogs. Pour l'écrivain, les blogs sont un assèchement de la littérature. Aucun travail de forme."

    18.enlever la veste, enlever l'écharpe, remettre la veste, remettre l'écharpe... (ad libitum): la climatisation est un brin trop fraîche...

    19.balancer entre le dédsir de bouger encore un peu avant les deux heures d'avion et l'envie de rester tranquillement assise avec le permis d'embarquer tout près en main

    20.tant qu'à faire, commencer à s'exercer à parler la langue du pays où on va et se faire de grandes conversations dans la tête

    21.prendre papier et stylo et faire la liste des 22 choses à faire pour passer le temps dans un aéroport

    22.constater que tout à coup tout le monde se lève pour faire la queue; rester encore un peu assise et s'offrir une dernière fois le luxe de se laver abondamment les mains aux toilettes...

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    et tout ça pour avoir A room with a view Cool

  • R comme rions-en (si possible)

    - Regardez! s'écrie toute contente Paula-la-Polonaise, en arrivant au cours un matin. Regardez le beau sac que je me suis acheté en venant ici! Vingt euros!

    Elle sort un grand fourre-tout beige d'un sac en plastique. Les yeux brillants, les mains fébriles, le sourire aux lèvres: ça doit être ça, la shoppingmania Clin d'œil

    - C'est du vrai cuir?

    ça, c'est moi et mes questions idiotes Langue tirée

    - M'en f...! répond Paula. Cuir ou plastique, je le trouve beau. Et je m'en f... si c'est un sac volé, ajoute-t-elle d'un ton de défi, alors que personne ne lui demande rien. Je l'ai vu, il m'a plu, il n'était qu'à vingt euros et je l'ai acheté, voilà!

    Dix minutes plus tard, la même Paula dira des choses terribles sur tous ces étrangers qui viennent dérégler l'économie européenne.

    - Nous les Polonais, dit-elle en élevant la voix, nous allons jusqu'en Irlande pour travailler dans le bâtiment, parce que les Irlandais, ils ne veulent pas faire ce travail!

    Je n'ai pas voulu lui répondre que c'était surtout une question de coût de la main-d'oeuvre, et que tous ces braves travailleurs polonais, en Belgique aussi, avaient été mis au travail par des firmes qui évitaient ainsi de payer tout ce que normalement il faut payer comme charges sociales etc. etc.

    Et hier? qu'a-t-elle fait hier, veut savoir Marco après la pause.

    - Hier? J'ai fait du shopping. Je me suis acheté deux paires de chaussures et une robe. Regardez!

    Et elle lève une jambe pour montrer un pied chaussé d'une sandale à talon vertigineux.

    Je n'ai pas voulu non plus lui demander si c'était en faisant le maçon en Irlande que son père pouvait lui permettre d'assouvir sa shoppingmania à Rome...

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    Personnellement, je n'ai pas été tentée par des sacs, des robes ou des chaussures, mais par ce bel athlète pour mon jardin Langue tirée
    je pourrais l'attifer comme notre Manneken Pis et aujourd'hui, pour notre fête nationale, lui faire tenir un drapeau tricolore
    (photo prise dans les musées du Vatican)

  • Le bilan du 20

    20 heures de cours d'italien répartis sur cinq jours

    20 cappuccino, douze au petit déjeuner et huit "entre les heures"

    20 billets sur Rome, quatorze déjà publiés en comptant celui-ci, six encore à venir

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    et 20 photos prises sur le Monte Mario
    (rapport avec la lecture d'Alexis Curvers, Tempo di Roma, voir ici: http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2011/12/28/c-comme-curvers.html)

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    mais rassurez-vous, je ne vous en mettrai ici que trois Clin d'œil

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    "ce patelin qu'on aperçoit dans le fond", c'est Rome Cool

     

     

  • Question existentielle: fait-on pitié à être seule à table?

    C'était le titre d'un article publié par le magazine Knack en mai dernier. Une journaliste avait enquêté et payé de sa personne en faisant le test elle-même: s'attabler seule dans un restaurant. (1)

    Pour se donner du courage, elle avait commencé par un self et emporté assez de gadgets électroniques pour avoir l'air très occupée. A son grand étonnement, personne ne l'avait regardée comme une bête curieuse.

    Alors elle s'était enhardie et de fil en aiguille était allée seule dans un "vrai" restaurant... pour constater qu'il y avait d'autres personnes seules à table et que ça n'avait en fait rien de "zielig", contrairement à ce que tout un chacun semble croire.

    J'y pensais alors que je m'apprêtais à déguster mon premier repas romain. J'avais été accueillie comme si j'étais une invitée de marque et comme je refusais de prendre un dessert, on m'a apporté toute une assiette de cantucci. Le lendemain, on me reconnaissait, on ne me donnait même plus la carte et on me demandait ce qui me ferait plaisir: une belle tagliata de boeuf avec des funghi porcini? Parfait!

    Puis j'ai changé de quartier. Pour environ le même résultat.

    J'avais presque terminé ma bagarre avec une pomme quand le serveur, n'en pouvant plus de curiosité, s'approche d'un air décidé et me dit:

    - Vous êtes à Rome pour une convention, Madame?
    - Une convention?

    Je lui fais bêtement écho; il me surprend avec cette question et j'ai les doigts un peu poisseux (c'est une pomme fort juteuse Cool) (2)

    - Oui... pour la Commission européenne, peut-être?

    J'ai été désolée de le décevoir, et même s'il aurait été facile de lui faire croire n'importe quoi, j'ai ri en lui disant:

    - Non, non! je ne suis que touriste!

    Alors dites-moi: "zielig"?

    Ce qui serait "zielig", ce serait de rester chez soi sous prétexte qu'on n'a personne pour nous accompagner.

    ***

    (1) Dans le titre et dans l'article, on utilisait le mot "zielig" qui se traduit par "seul et triste et malheureux à faire pitié" (à rapprocher de l'expression en français: comme une âme en peine)

    (2) j'ai du mal à réfléchir quand j'ai les doigts poisseux Langue tirée

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    il sera bien temps d'être seule et zielig quand je serai morte Langue tirée
    (photo prise aux musées du Vatican)

  • P comme ponctuel

    Le premier jour, Cristina m'annonce:

    - Aujourd'hui nous ne commencerons pas à l'heure parce que je dois tester le niveau des nouveaux étudiants...

    D'accord, je peux la comprendre, mais les nouveaux n'ont-ils pas fait comme moi et ne sont-ils pas arrivés bien à l'avance afin que cette sélection puisse se faire avant le cours? Ils sont tous là dans la cour intérieure du palazzo, personne ne parlant à personne, un peu perdus, en attente... et pour la plupart d'entre eux l'évaluation sera vite faite: ils savent à peine dire "Ciao!"

    Par contre la pause commence à l'heure Langue tirée

    Après la pause, changement de prof mais pas changement dans la ponctualité.

    Le lendemain, le surlendemain, toute la semaine, même jeu:

    - C'est l'heure, affirme Marco alors que la montre marque déjà 09.37 h., nous allons commencer.

    Puis il disparaît: il doit encore aller faire des photocopies, ou prendre un lecteur CD, ou aller chercher une chaise. Mais le mal n'est pas si grand: autour de la table, notre langue commune pour les échanges d'impressions - depuis la Russie et le Kazakhstan jusqu'aux Etats-Unis et au Brésil - c'est l'italien.

    ***

    Dans le couloir, ce cadre est accroché. Il dit ironiquement que l'Européen idéal devrait être...

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    mais moi je dirais: ponctuel comme un Italien Cool

    ***

    Mon amie MC, qui est Wallonne, ne serait pas d'accord: ce qu'elle voit dans mon désir de ponctualité, c'est "que je suis Flamande"...

    Ainsi, on est toujours l'étrange étranger de quelqu'un, même de son plus proche voisin!

    Langue tirée

  • O comme omnem orbem obsident...

    Elles sont partout.

    Elles sont des centaines, des milliers.

    A chaque coin de rue, sur les toits, près des portails. Que le bâtiment soit officiel, privé, commercial ou religieux.

    Elles sont toujours dirigées vers vous qui passez innocemment.

    Certains disent qu'elles leur donnent un sentiment de sécurité.

    Moi elles me font l'effet contraire.

    Je me sens surveillée, épiée, elles me mettent mal à l'aise: je me demande qui surveille qui...

    Y a-t-il vraiment des gens qui doivent passer le plus clair de leurs jours devant des écrans ou ces caméras ne sont-elles là que pour tromper le monde?

    Filment-elles vraiment? et si oui, que fait-on de ces images? combien de temps sont-elles conservées?

    Je n'ai que des questions et aucune réponse.

    Mais une chose est sûre: quelle que soit leur utilité, quel que soit leur usage, ceux qui ont vendu et installé ces appareils ont fait de bonnes affaires...

    http://roma.goturismo.it/turismo/lazio/roma/comune/web_cam/diretta/telecamera/foto/immagini/webcam.htm

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    juste deux exemples, pris dans la même rue, de maisons voisines

  • N comme neuf

    Neuf mètres: c'est le diamètre de l'ouverture dans la coupole du Panthéon (1), merveille unique de l'architecture romaine, surtout si l'on sait combien de siècles il a fallu avant qu'on soit à nouveau capables de réaliser un tel exploit... et si l'on pense aux moyens techniques de l'époque!

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    magie de cet oeil qui laisse entrer la lumière du soleil, permettant ainsi de "lire l'heure"
    mercredi 4 juillet un peu avant 17.00 h.

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    samedi 7 juillet un peu après 09.00 h.
    le carrelage sent bon l'eau savonneuse

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    j'aime en faire le tour, y entrer et m'y asseoir un moment en me démontant le cou pour ne voir que la coupole parce que les "arrangements" baroques (?) apportés par l'église me font mal aux yeux
    (même si c'est grâce à cette récupération qu'il a pu être conservé)

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    et chaque fois que je suis à Rome je le photographie de tous les côtés Bisou

    c'est un de ces lieux qui m'émeuvent

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    (1) neuf mètres, disait l'affichage à l'intérieur du Panthéon; 8,7 mètres, dit wikipédia... http://fr.wikipedia.org/wiki/Panth%C3%A9on_%28Rome%29

  • M comme mosaïque

    Emile

    Honteux! Oui, il se sentait honteux.

    Planté sur le trottoir devant sa porte, il regardait d'un air indécis l'amoncellement de cartons et de sacs qui attendaient le passage des éboueurs.

    Si Germaine savait! Elle en mourrait une seconde fois!

    Mais personne n'en voulait, de ses broderies au point de croix. Alors il en avait rempli trois cartons et cinq sacs poubelles.

    Parmi les vieilleries qu'il avait remuées au grenier, il avait retrouvé un vieux diabolo. Il le donnerait à son petit-fils, à sa prochaine visite.

    Cette pensée le rasséréna et le tira vers l'avenir. Allons, il fallait rentrer. C'était décidé, les napperons, les serviettes et les tableautins finiraient à la déchetterie.

    - Le passé, c'est le passé! se dit-il en refermant la porte derrière lui.

    Lucie

    J'avais déjà le téléphone en main pour t'appeler et t'annoncer la nouvelle quand j'ai entendu la sonnette. C'était le gamin de mon frère. Il avait l'air tout heureux, le pauvre petit, et sans même prendre le temps de me dire bonjour il m'a lancé:

    - Tante Lucie! Devine ce que j'ai derrière le dos!

    C'était un diabolo. Le vieux diabolo de quand on était gosses, Bernard et moi.

    Pauvre Bernard... Comme d'habitude, il sera le dernier à savoir!

    Bernard

    J'étais en train de biner les poireaux quand j'ai trouvé le diabolo que le gamin avait perdu l'autre jour et qui lui avait coûté tant de larmes. Je l'ai fourré dans ma poche et j'ai poursuivi mon travail.

    Puis je l'ai vue elle, au bord de la pelouse, en tenue de sortie. Pour la première fois de sa vie, elle avait mis du rouge à lèvres. Je m'en suis étonné, bien sûr. Mais au moment où j'ai voulu ouvrir la bouche pour lui en faire la remarque, j'ai vu qu'elle tenait le tuyau d'arrosage bien serré dans ses deux mains. Elle a prestement donné un demi-tour à l'embout et l'eau a giclé sur moi.

    - Je n'y crois pas...

    Voilà tout ce que j'ai réussi à dire. J'étais tout dégoulinant.

    Mais elle était déjà loin.

    Daisy

    Oui, elle était stupide. Et alors? Quelle importance? Et peut-être même assez moche, il en était d'accord. Mais au moins elle ne lui ferait pas de misères.

    Il l'avait entraînée vers la clairière de leur jeunesse, il lui avait sauté dessus, comme ce jour lointain de ses quinze ans. Ils avaient roulé par terre. Il s'était dépêtré de son caleçon, d'une seule main, toujours aussi malhabile qu'autrefois. Il lui avait quasiment arraché ses vêtements. Elle se laissait faire, pourtant...

    Du pantalon descendu jusqu'à ses chevilles s'est échappé le diabolo de son fils.

     

  • L comme Lettre

    Nous venons, écrivains, peintres, sculpteurs, architectes, amateurs passionnés de la beauté jusqu'ici intacte de Paris, protester de toutes nos forces, de toute notre indignation, au nom du goût français méconnu, au nom de l'art et de l'histoire française menacés, contre l'érection, en plein cœur de notre capitale, de l'inutile et monstrueuse tour Eiffel que la malignité publique, souvent empreinte de bon sens et d'esprit de justice a déjà baptisée du nom de Tour de Babel.
    Sans tomber dans l'exaltation du chauvinisme, nous avons le droit de proclamer bien haut que Paris est la ville sans rivale dans le monde. Au dessus de ses rues, de ses boulevards élargis le long de ses quais admirables, au milieu de ses magnifiques promenades, surgissent les plus nobles monuments que le genre humain ait enfantés.
    L'âme de la France, créatrice de chefs-d'œuvre, resplendit parmi cette floraison auguste de pierres. L'Italie, l'Allemagne, les Flandres, si fières, à juste titre, de leurs héritages artistiques, ne possèdent rien qui soit comparable, aux nôtres et, de tous les coins de l'univers, Paris s'attire la curiosité et l'admiration.
    Allons-nous donc laisser profaner tout cela ?
    La ville de Paris va-t-elle donc s'associer plus longtemps aux baroques, aux mercantiles imaginations d'un constructeur de machines, pour s'enlaidir irréparablement et se déshonorer ?
    Car la tour Eiffel, dont la commerciale Amérique ne voudrait pas c'est, n'en doutez pas, le déshonneur de Paris ! Chacun le sait, chacun le dit, chacun s'en afflige profondément, et nous ne sommes qu'un faible écho de l'opinion universelle et légitimement alarmée.
    Enfin, lorsque les étrangers viendront visiter notre Exposition, ils s'écrieront étonnés : " Quoi ! C'est cette horreur que les Français ont trouvée pour nous donner une idée de leur goût si vanté ? " Ils auraient raison de se moquer de nous, parce que le Paris des gothiques sublimes, le Paris de Jean Goujon, de Germain Pilon, de Puget de Rude de Barye, etc. sera devenu le Paris de M. Eiffel.
    II suffit d'ailleurs, pour se rendre compte de ce que nous avançons, de se figurer une tour vertigineusement ridicule, dominant Paris, ainsi qu'une noire et gigantesque cheminée d'usine, écrasant de sa masse barbare : Notre-Dame la Sainte-Chapelle, la tour Saint-Jacques, le Louvre, le dôme des Invalides, l'Arc de triomphe, tous nos monuments humiliés, toutes nos architectures rapetissées, qui disparaîtront dans ce rêve stupéfiant. Et pendant vingt ans, nous verrons s'allonger sur la ville entière, frémissante encore du génie de tant de siècles, comme une tache d'encre, l'ombre odieuse de l'odieuse colonne de tôle boulonnée.
    C'est à vous qui aimez tant Paris, qui l'avez tant embelli, qui l'avez tant de fois protégé contre les dévastations administratives et le vandalisme des entreprises industrielles, qu'appartient l'honneur de le défendre une fois de plus.
    Nous nous remettons à vous du soin de plaider la cause de Paris, sachant que vous y dépenserez toute l'énergie, toute l'éloquence que doit inspirer à un artiste tel que vous l'amour de ce qui est beau, de ce qui est grand, de ce qui est juste... Et si notre cri d'alarme n'est pas entendu, si nos raisons ne sont pas écoutées, si Paris s'obstine dans l'idée de déshonorer Paris, nous aurons du moins, vous et nous, fait entendre une protestation qui honore.

    Lettre ouverte adressée à Monsieur Alphand, Directeur général des travaux de l’exposition, signée par Victorien Sardou, Alexandre Dumas, François Coppée, Leconte de Lisle, Guy de Maupassant, Sully Prudhomme, etc., publiée dans "  Le Temps " le 4 février 1887.

    ***

    Il me semble que je ne pouvais rien trouver de plus approprié en ce 14 juillet, d'autant plus que le week-end prochain, je serai à Paris Cool

  • K comme Kazachstan

    Natalyia est à Rome depuis longtemps mais en dehors de son trajet de métro quotidien, elle est perdue.

    Le vendredi, jour de la grève du métro et des bus, elle me demande si elle peut m'accompagner à pied. Elle a peur de se perdre.

    Chaque matin, à la question du prof: "Qu'avez-vous fait hier après les cours?" elle répond la même chose: "Rien de spécial. Je suis retournée à la maison."

    Elle loge chez des amis italiens.

    - Pourquoi tu t'exprimes si peu en classe? je lui demande pendant qu'on fait nos cinq kilomètres à pied.
    - Tous ces sujets ne m'intéressent pas, dit-elle. La culture, la musique, le cinéma, les livres...

    Je n'ai pas insisté. Ce jour-là, nous avions parlé de l'immigration, elle n'avait pas ouvert la bouche non plus et pourtant la discussion avait été rude. La Russe Irina et la Polonaise Paula s'étaient exprimées très violemment contre tous ces immigrés qui avaient, selon elles, envahi l'Europe.

    - Je suis allée à Londres, dit Irina, et l'Angleterre n'est plus l'Angleterre!

    Ce qui m'a semblé un peu risible. D'abord parce qu'à l'âge qu'elle a - pas 25 ans - avec quelle Angleterre peut-elle comparer? Et si celle qu'elle a vue ne correspondait pas à l'idée qu'elle s'en faisait, ne serait-ce pas plutôt dû aux clichés qu'elle avait en tête? Qu'a-t-elle donc vu, à Londres, sinon une ville cosmopolite?

    Mais le plus comique, c'est qu'Irina elle-même veut émigrer: elle brigue un poste de professeur dans une université européenne.

    Elle apportera donc une touche slave dans la belle (mono)culture du pays où elle s'établira Langue tirée

    ***

    Alors avec Natalyia, sur le chemin du retour, nous avons parlé des steppes et du pétrole de son pays, le Kazakhstan. Où elle aimerait devenir prof d'italien.

    Mais sans la culture, les livres, la musique, le cinéma... et toutes ces choses qui ne l'intéressent pas Cool

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Kazakhstan

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    la Feltrinelli sur le Largo Torre Argentina, où vendredi après-midi entre 15.00 et 17.00 h j'ai lu Io e te, un chouette petit livre de Niccolò Ammaniti, le dos bien calé dans un bon fauteuil à dossier droit Sourire http://www.lepoint.fr/cinema/bertolucci-fidele-a-ammaniti-24-05-2012-1464781_35.php

  • J comme Jour 4

    Le quatrième jour, tu as trouvé tous tes repères: un bar où prendre un excellent cappuccino, un resto sympa où manger plein de fruits et de bons légumes pour pas cher, une supérette à côté de chez toi; tu t'y retrouves dans les trajets avec les lignes de bus, tu n'as presque plus besoin de ton plan de Rome, tu commences à bien connaître les autres cursistes - même si tu as toujours beaucoup de mal à comprendre l'italien avec l'accent anglo-saxon de Zach ou avec l'accent croate de Maya - mais voilà qu'on t'apporte un formulaire d'évaluation, te rappelant ainsi que tu t'en vas le lendemain.

    Alors à la dernière question: "Qu'as-tu pensé de ce cours?" tu réponds: "J'aimerais bien rester tout un mois... au moins!"

    venerdì 064 - kopie.JPG

    vendredi soir, pont Vittorio Emanuele II

  • I comme I Bersaglieri

    La scène se passe en 1905.

    Le clairon sonne le réveil mais les portes des chambrées sont fermées à clé: i bersaglieri doivent sortir dans la cour pour l'appel du matin en se laissant glisser le long de cordes qu'ils jettent par les fenêtres.

    Ensuite, après qu'ils ont rapidement avalé leur petit déjeuner (qui était liquide... soupe ou café? allez savoir) le documentaire nous les montre en train de faire leur gym matinale. Habillés de pied en cap avec la calotte et sa "floche" comme on dit chez nous, ils font toutes sortes d'acrobaties, y compris le saut à la perche.

    Autre spécialité: monter et démonter le campement en un temps record. C'est d'un comique inouï de les voir se démener avec le casque à longues plumes noires sur la tête et leur jaquette à boutons dorés.

    Au combat, bien évidemment, ils sont toujours en première ligne. C'est ce que dit le film. Armés d'un long fusil (modèle 1905, je vous le rappelle) et coiffés de leurs plumes, ils montent à l'assaut d'une colline ou la dévalent en courant, précédés de leur officier qui brandit un sabre (et a de jolies moustaches).

    En 1905, ils ont l'armement de pointe: la mitraillette. Quatre chevaux sont nécessaires pour le transport de ces fleurs de la modernité qu'il faut encore monter sur place. Ce qui prend un peu plus de temps que d'établir et de replier le campement.

    "Cuore e gambe d'acciaio", la troupe défile devant quelques villageois dans un paysage désolé.

    Retour dans le camp pour un flash mob avant la lettre: couchés sur le sol, ils forment avec leur corps les deux mots: I BERSAGLIERI.

    Pour former le I il faut trois hommes.

    ***

    Ce petit film de 1905 (de la Cineteca di Bologna) est projeté dans le cadre d'une exposition dans le monument à Vittorio Emanuele II

    Tout sur I Bersaglieri ici, sonnerie au clairon comprise: http://www.bersaglieri.net/default.aspx?s=1&l=1

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    de la terrasse, magnifique vue sur Rome (avec au loin la coupole de Saint-Pierre)

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    le mercato di Traiano

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    et jusqu'au Colisée...

  • H comme hargneux

    J'ai déjà assez répété ici la gentillesse des Romains pour que plus personne n'en doute. Dès que vous remettez les pieds pour la deuxième fois dans un endroit, on vous y reçoit comme si vous étiez la reine d'Angleterre (pourtant vous n'avez pas de chapeau Langue tirée) et le garçon qui vous voit vous bagarrer avec une pomme et un couteau vous apporte immédiatement un instrument plus adéquat (vous vous demandez d'ailleurs d'où il le sort, il est long, fin, parfait pour trancher et épépiner).

    Bref, ils sont d'une courtoisie sans faille et pleins de prévenance.

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    Cependant, je dois à la vérité de faire une exception: les bus. Leurs chauffeurs et leurs utilisateurs.

    D'accord, ils sont plus que bondés - on se demande parfois comment on va faire pour "absorber" encore les deux ou trois personnes qui veulent monter - d'accord, il y fait un caldo da morire - 37° le matin Clin d'œil - d'accord, la circulation est folle et le pavé de Rome, en très mauvais état, vous secoue et vous jette les uns sur les autres...

    Mais est-ce une raison pour que le chauffeur aboie de ne pas vous appuyer contre sa porte de verre?

    Est-ce une raison pour ne plus jamais céder sa précieuse place assise aux gens visiblement très âgés?

    Est-ce une raison pour se coller à vous du haut en bas et respirer vos cheveux?

    ***

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    stazione Termini: le bus à côté du nôtre est déjà plus qu'à moitié plein, il sera bondé au moment du départ et dès l'arrêt suivant des tas de gens devront encore s'y ajouter

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    en théorie, il peut contenir une centaine de personnes debout ...

    ***

    - L'ho preso! L'ho preso! (1) chantonne un petit garçon en se précipitant sur le seul siège libre. 

    La mémé octogénaire (2), le vieux grand-père, une femme et son bébé... ils n'ont qu'à rester debout et s'accrocher à une barre. Personne ne dispute sa place au gamin triomphant.

    ***

    Vendredi, c'était la grève des transports publics: les bus ne roulaient pas, le métro s'est arrêté. Vous avez donc fait cinq kilomètres à pied pour aller au cours.

    - Ils font la grève un vendredi sur deux, dit Cristina, notre prof de la première heure.

    Puis elle nous explique qu'ils sont toujours sous le même contrat qu'il y a des années, avec le même salaire inchangé, et que pour beaucoup d'entre eux la situation est devenue fort précaire.

    Alors je me dis que c'est sans doute pour ça, qu'ils sont si hargneux...

    ***

    (1) Je l'ai pris! (il parlait du siège libre, bien sûr, un posto libero Clin d'œil)

    (2) mais sans doute considère-t-il, tout comme ma mère, qu'à quatre-vingts ans, on n'est pas vieux!

  • G comme gelati

    Demain je quitte Rome, il est donc plus que temps de parler de glaces...

    Le gelato italien se porte bien, paraît-il: tout d'abord, parce qu'il s'enrichit chaque année de nouveaux goûts, comme celui qui a la saveur du pain, le parfum du safran ou qui allie la framboise et le romarin, la mûre et la lavande. Sans compter toutes les glaces salées, au fromage de chèvre, au parmesan, à l'artichaut.

    Ensuite, par le nombre toujours croissant des gelaterie et de leur chiffre d'affaire: elles seraient 36 000 pour un business de 2,5 milliards d'euro, soit une augmentation de 7 % par an.

    Enfin, la variété des goûts offerts - au niveau national - dépasserait les six cents...

    Moi, devant le comptoir frigo de la gelateria artigianale du coin, il y a déjà tant de choses que j'aime qu'il faudrait que je reste six semaines Cool

    Nocciola, stracciatella, fior di latte, mascarpone? Melon, papaye, abricot? Pêche, figues, chocolat noir?

    http://www.gelato.it/petrini/index1.htm

    "Nella capitale Mauro Petrini presenta, invece il cioccolato in tutte le sue declinazioni: da quelli di origine unica ai cioccolati speziati, dal peperoncino all’anice stellato, sino al gusto Bombay, con pepe rosa, zenzero e chiodi di garofano. Accanto a questi i gelati al liquore e l’ultima trovata: il gelato “vin santo e cantucci” in vetrina accanto al gelato croccante, ossia torrone e mandorle, e al gusto meringa. “A Roma - fa sapere Petrini - i gusti tipici sono lo zabaione e la crema, e proprio la crema, insieme al cioccolato e alla nocciola, è il gusto più amato e consumato”."

    Dans la capitale, Mauro Petrini présente le chocolat dans toutes ses déclinaisons: de ceux d'origine jusqu'aux épicés, depuis le piment jusqu'à l'anis étoilé ou au goût Bombay, au poivre rose, gingembre et clou de girofle. A côté d'eux, les glaces à la liqueur et la dernière invention: la glace au "vin santo e cantucci" (biscuits aux amandes) à côté de la glace croquante, au nougat et aux amandes, et celle au parfum de meringue.
    "A Rome, dit Petrini, les parfums typiques sont le sabayon et la crème, et justement la crème, avec le chocolat et la noisette, sont les parfums les plus appréciés et les plus consommés."

    http://www.winenews.it/i-capolavori-dell-agroalimentare-d-italia/27461/gelato-passione-ditalia-tanti-nuovi-gusti-dal-formaggio-caprino-al-parmigiano-reggiano-dal-vino-al-carciofo-per-una-moda-che-non-passa-mai-a-primavera-7-di-vendite-sul-2011-nelle-36000-gelaterie-del-belpaese

    Alors, qu'est-ce que je vous mets?

    Cool

  • F comme Francis, coiffeur-philosophe

    Francis est un coiffeur-philosophe qui a de la mémoire.

    J'appréhendais un peu la sempiternelle question: "Alors? on est en vacances?" vu que j'avais pris rendez-vous l'après-midi du dernier jour de classe. Mais il a su se montrer à la hauteur de la plus fine diplomatie:

    - Et ces vacances, dites-moi, elles ont commencé ou vous avez encore des choses à faire?

    J'ai donc pu lui expliquer que dès qu'il m'aurait donné ma "coupe vacances romaines", je retournerais à l'école où j'avais encore quelques entretiens parents-professeur.

    Pendant ce temps, comme à son habitude, je le voyais soupirer en triturant mes cheveux avant de se décider à y mettre les ciseaux.

    Alors, pour la première fois, j'ai osé lui en demander l'explication. Même si ça s'annonçait mal:

    - Qu'est-ce qu'il y a, Francis? Je suis un cas si désespéré?
    - Oh oui! me fait-il avec une grande conviction.

    Et dans le miroir, je vois qu'il lève les yeux au ciel...

    - Il me semblait bien que c'était le cas. Vous faites ça chaque fois...

    Mais là il a saisi.

    - Quoi donc?
    - Et bien, soupirer si fort... C'est pour ça que je pense être un cas désespéré.
    - Oh! mais non! je disais ça pour rire!

    Voilà mon Francis bien embêté Langue tirée. Alors il reste là, les deux mains en l'air, avec le peigne et les ciseaux. Il faut donc que je le tire de ce mauvais pas:

    - Mais pourquoi vous soupirez toujours comme ça avant de me couper les cheveux?

    La réponse, chers lecteurs, n'est pas:

    - Vos cheveux sont si beaux que j'ai du mal à me décider à vous les couper!

    Elle n'est pas non plus:

    - Votre présence dans mon salon est un tel enchantement que je veux le faire durer le plus longtemps possible.

    En effet, le tout dure à peine un quart d'heure, soupirs, pourparlers et paiement compris.

    La réponse, la voici:

    - C'est que vos cheveux, ils ne sont ni l'un ni l'autre...
    - ...?
    - Ils sont trop bouclés pour être lisses et trop lisses pour être vraiment bouclés.
    - ...?
    - Je ne peux pas en faire ce que je veux.

    Vous savez quoi? ça m'a rendue toute contente, d'avoir le cheveu rebelle Cool

    - Ah! je comprends... ai-je répondu. Je tiens ça de mon père.

    Lui aussi avait de ces "corniches", comme il disait pour les mèches qui remontaient au lieu de subir la loi de la gravité.

    Et je suis sortie de là toute guillerette.

    Ce qui est tout de même un des buts, avouons-le, d'une visite chez le coiffeur Rigolant

  • 7 comme sette, sette conigliette

    "Sette, sette conigliette..." (1) chante une petite fille en sautillant.

    Quartier San Lorenzo, mardi soir sur la terre. Ici, on est loin du centre touristique et des boutiques de luxe. Ici, on y accède en traversant d'abord le royaume des cartons et des odeurs d'urine.

    Le voyage dans la Rome d'un Moravia de 2012 (2) commence de l'autre côté de la stazione Termini où tout le long du chemin de fer se sont établis en grappes tous les réfugiés et autres précaires de Rome. Il y a d'abord une zone "sous-continent indien", avec ses magasins de saris. Puis celle de l'Afrique noire, dépôt de faux sacs Vuitton compris. (3) Après une rangée d'appartements tristounets, on peut voir un coin avec des tentes et partout des détritus. Et partout des petits groupes d'hommes qui discutent. Et partout l'odeur.

    Mais si on s'engage dans la rue parallèle, on pénètre dans un de ces quartiers où les gens semblent tous se connaître et se saluer par leur prénom et où les petites filles chantent des filastrocche (4) en sautillant. Ici il ne vient pas de touristes, on le sent aux regards qu'on reçoit: "Qui c'est, celle-là? Elle s'est perdue, ou quoi?"

    En retournant vers le centre, on passe par un petit jardin public. Jeux d'enfants dans un coin, grands chiens s'ébattant librement entre les arbres, avec force aboiements. Les quelques bancs qui disposent encore de leurs lattes de bois sont occupés par des hommes de tout âge en qui on reconnaît de loin la misère qui les a jetés là.

    Il est six heures, dans les restaurants du centre c'est le moment de l'aperitivo, sorte de "happy hour" pendant laquelle l'achat d'un verre vous permet de manger à volonté au buffet. Ici, les hommes sommeillent allongés sur des bancs usés qui n'ont même plus une trace de peinture. Et dans la pelouse redevenue sable et poussière, les chiens ont creusé des trous. Deux d'entre eux viennent baver sur mon carnet de notes puis retournent gambader. Trois hibiscus bleus sont en train de mourir de soif.

    Toute la vie humaine est concentrée sur la petite aire des jeux d'enfants; les petits s'amusent à des glissades, les plus grands jouent au ballon pendant que tout autour les mères et les grands-mères surveillent en papotant.

    De l'autre côté, bien séparés par des grillages, les hommes du Circolo Bocciofilo (5) tapent le carton sous la pergola.

    C'était un mardi soir sur la terre. On a retrouvé le monde des touristes aux sons d'une cithare dont un homme jouait à la terrasse d'une pizzeria, espérant sans doute gagner trois francs six sous. Et je devais penser au Roma de Fellini.

     ***

    (1) Sept petits lapins (conigletta est en fait le mot féminin, on l'utilise auss pour les Bunny)

    (2) Alberto Moravia, dans son recueil de nouvelles Racconti Romani, met en scène le petit peuple de la Rome de la première moitié des années cinquante

    (3) Le monde arabe et la Chine se retrouvent plus près du centre, comme j'ai pu le constater en rentrant à l'hôtel

    (4) la filastrocca est une sorte de comptine

    (5) une association d'amateurs de jeux de boules

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    les murailles le long du chemin de fer sont comme une frontière entre deux mondes

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    comme on peut le constater, le stationnement est interdit Langue tirée

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    Huit heures du soir: derrière la muraille, le vacarme des trains qui passent

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    retour vers le centre: j'ai baptisé ces vestiges Finis terrae... turisticae Cool

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    vous voyez la pub de l'hôtel Radisson?

  • E comme experte

    Rentrer comme une grande dans le palazzo situé au numéro 16 de la via Catullo.

    Se faire héler par le portier qui jusque-là fumait tranquillement sa cigarette à l'ombre de l'autre côté de la rue.

    Lui expliquer pleine d'assurance que vous venez pour un corso d'italiano.

    L'entendre vous répondre que dans ce cas-là, il dottore X vous attend sans aucun doute au premier étage.

    Vous rendre compte à ce moment-là que vous deviez être au numéro 16 d'une autre rue pas loin qui porte aussi le nom d'un poète latin Cool

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  • D comme dur dur d'être touriste...

    Il s'appelle Caronte et il vient d'Afrique.

    A cause de lui, les autorités nous conseillent de ne pas sortir entre 11 et 18.00 h.

    De nous habiller léger.

    De boire au moins deux litres d'eau par jour.

    D'éviter toute boisson alcoolisée.

    Et bien sûr de ne sortir qu'avec le chapeau et les lunettes noires.

    Caronte, l'anticyclone africain, déverse ses flots de chaleur sur le Belpaese.

    ***

    Non, je ne vous raconterai pas l'ambiance qui règne dans les bus bondés, ni la moiteur des corps ni leurs odeurs Langue tirée

    Ni la chaleur qu'exhalent les murs, les soupirails où tournent des moteurs, les grilles du métro.

    Ni ces bébés qui ont l'air d'être assommés dans leur poussette, la tête sur le côté, les yeux fermés.

    Je laisse tout ça à votre imagination Cool

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    les couleurs lumineuses à onze heures

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    et presque blanches à 16.00 h.

  • C comme Californie

    Vu que nous sommes "the fourth of July", voilà une nouvelle qui tombe à pic: depuis dimanche dernier, la Californie n'a plus le droit de produire ni de commercialiser le foie gras et les Californiens qui seront pris en flagrant délit de dégustation de cette spécialité française risquent une amende de 1000 $

    L'unique éleveur de bêtes-à-foie-gras de l'Etat de Californie me fait penser à la brave dame qui gavait ses canards mulards dans un village du Sud-Ouest, car il tient le même discours qu'elle: non, un gavage bien fait ne fait pas mal à la bête...

    Pour avoir un avis sur la question, faudrait que je puisse interviewer le canard.

    J'aurais aussi pu appeler ce billet "C comme copillage": en cherchant un article en français sur la question, j'ai constaté que divers sites de journaux et magazines proposaient le même texte, parfois à un ou deux détails près... En voici juste trois exemples parmi d'autres: 

    http://www.lepoint.fr/societe/fin-du-foie-gras-en-californie-la-mort-du-reve-americain-du-fermier-gonzalez-17-06-2012-1474328_23.php

    http://www.lapresse.ca/vivre/cuisine/201206/19/01-4536530-quand-la-fin-du-foie-gras-tue-le-reve-americain.php

    http://www.france-amerique.com/articles/2012/06/18/foie_gras_interdit_en_californie_la_mort_du_reve_americain_du_fermier_gonzalez.html

    Mais le plus beau de tout, dans cet Etat si soucieux de bien-être animal, c'est que la peine de mort n'y est toujours pas abolie pour l'humain.

    Je serais bien curieuse de savoir ce que donnera un referendum à ce sujet en novembre prochain...

  • B comme bonheur...

    Le bonheur d'être là.

    Un bonheur qui vous inonde d'un seul coup. Une sensation très forte, mentale et physique.

    Parce que vous êtes là, assise au bar du premier étage de la libreria Feltrinelli, avec deux nouveaux livres à lire et un bon cappuccino.

    Bonheur de savoir que quoi que vous consommiez, aussi longtemps que vous aurez l'envie de rester, personne ne viendra vous déranger.

    A côté, un vieux monsieur feuillette un gros Corso di Tai Ci illustré par de nombreuses photos démontrant les postures à prendre. En face, un jeune homme mange un tramezzino au jambon en lisant le journal. Plus loin, trois filles bavardent devant un caffé freddo dégusté depuis longtemps. Je fais durer mon cappuccio le plus longtemps possible...

    Etre là. Etre bien. Sourire en lisant les pensées peintes sur les murs. Par exemple celle de l'un des Marx Brothers qui affirme qu'en effet, la télé est très éducative, vu que chaque fois que quelqu'un l'allume, lui se retire dans une autre pièce avec un bon livre...

    Etre bien. Le premier jour à Rome.

    Se dire qu'on reviendra s'asseoir là.

  • Adrienne brocanteuse

    Adrienne s'est essayée à la brocante et autant vous le dire tout de suite: elle n'a pas la fibre commerciale Langue tirée

    ***

    Adrienne qui, il y a à peine huit ou quinze jours, ne savait pas encore que dans une brocante on vend même des choses à 20 eurocent (1);

    Adrienne qui n'a aucune idée de ce que vaut un service à café en fine porcelaine blanche;

    Adrienne qui n'est jamais allée sur une brocante, ni comme acheteuse, ni comme touriste;

    cette Adrienne-là s'était proposée comme aide à sa carissima nipotina, qui participait le dernier dimanche de juin à une brocante organisée dans sa rue, à Ostende.

    En fait de brocante, c'était plutôt un vide-grenier: les gens proposaient leurs vieux lustres, les jouets des enfants devenus grands et autres si nombreux rebuts de notre société de consommation.

    Malheureusement, ce dimanche-là il n'a pratiquement pas arrêté de pleuvoir (2). Les acheteurs n'étaient pas si nombreux. La plupart des riverains n'ont même pas pris la peine d'étaler leur marchandise... ou l'ont remballée au bout de quelques heures.

    Adrienne n'a donc toujours qu'une idée très vague de ce qu'est une brocante.

    Ce qu'elle a surtout vu, c'est que sa carissima nipotina voulait tellement se défaire de ses vieux machins qu'elle a fini par presque tout donner.

    Faut croire qu'elle non plus n'a pas la fibre commerciale Clin d'œil

    2028 - kopie.JPG

    Voici une partie du charmant bric-à-brac de carissima nipotina...

    ***

    (1) n'est-ce pas, Terraterre?

    (2) et pourtant ma belle-mère a toujours dit qu'il ne pleuvait jamais à la côte, que les nuages se déversaient généralement sur l'intérieur du pays et qu'il ne fallait jamais croire les bulletins météo (sauf quand ils disent qu'il fera beau à Ostende)