• Dernier livre lu

    On y apprend que Michel-Ange dort "assis, le dos contre un coussin, parce qu'il a peur de l'image de mort que confère la position allongée." (page 14)

    Que quand il est en colère, il brise des assiettes et des vases. (page 16)

    Qu'il ne se lave jamais. (page 21)

    Qu'il est frugal. (page 27)

    Qu'il n'a jamais été intéressé par la musique ni par la danse. (page 45)

    Qu'il ne boit jamais d'alcool. (page 47)

    Qu'il n'est pas beau, "le front trop haut, le nez tordu, brisé lors d'une rixe de jeunesse, les sourcils trop épais, les oreilles un peu décollées. Il avait sa propre face en horreur, dit-on." (pages 78-79)

    Et ainsi de suite.

    Mais en procédant de la sorte, je vous mets sur une fausse piste: le but de l'auteur n'est pas du tout d'écrire un roman biographique. Il s'agit bel et bien de fiction, même si Mathias Enard s'est appuyé sur une série de documents authentiques, comme il le précise dans une note à la dernière page.

    J'ai été tellement prise par l'histoire que je l'ai lue d'une traite, résistant même à l'envie de prendre un papier et un stylo pour faire quelques annotations en cours de lecture Clin d'œil

    Oui, j'ai été prise par l'histoire, son ambiance, la beauté du style, la description de Constantinople/Istanbul en 1506, la découverte d'un monde nouveau par l'homme et par l'artiste, l'amenant à la découverte de soi, en quelque sorte...

    Un très beau moment de lecture, 152 pages parues en 2010 chez Actes Sud et ayant obtenu le Goncourt des lycéens, comme vous pouvez le voir sur la couverture ci-dessous:

    Enard.jpg

    Mathias Enard, Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants, Actes Sud 2010

     

     

     

  • Z comme Zotjeskleed

    Z comme zotjeskleed et Z comme Zigmund, car c'est en lisant ce billet chez lui (http://le-rhinoceros-regarde-la-lune.over-blog.org/article-les-fesses-a-l-air-et-le-reste-109006400.html) que les souvenirs me sont revenus... et le sentiment de révolte qui les accompagne.

    De quoi s'agit-il?

    De cette chemise entièrement ouverte dans le dos qu'on oblige à porter à de nombreux patients dans nos cliniques et nos hôpitaux et sous laquelle ils sont entièrement nus. La raison en serait qu'en cas de pépin, on ne perd pas de temps à déshabiller le malade.

    Je lis chez Zigmund qu'une pétition lancée en France contre l'obligation de porter cette chemise remporte un tel succès que la Ministre va se pencher sur la question (si j'ose dire).

    Fort bien, me suis-je dit en le lisant, chez nous aussi on pourrait se pencher sur cette question.

    Je me suis tout de suite souvenue de mon grand-père, le premier que j'aie vu avec cette chemise - il faut bien le dire - assez dégradante. J'étais toute jeune à l'époque et je trouvais plutôt gênant de voir mon grand-père quasiment nu. Lui aussi, très probablement, était gêné d'être exposé aux regards de sa fille, de son gendre et de ses petits-enfants.

    Alors il en plaisantait. L'humour a toujours été sa meilleure arme. Il disait en riant qu'on lui avait mis "zijn zotjeskleed":

    - Ziet ge? Ze hebben mij mijn zotjeskleed aangedaan! (1)

    Alors on riait un peu aussi et chacun s'en trouvait un peu moins gêné.

    Quelques années plus tard, c'était le tour de ma grand-mère. La plaisanterie a resservi, avec un brin d'émotion en plus en souvenir du grand-père, qui n'était plus là.

    - Ze hebben mij mijn zotjeskleed aangedaan!

    Alors je riais au dehors et je pleurais en dedans.

    ***

    Non, je ne veux pas qu'on mette "een zotjeskleed" à ceux que j'aime. S'il faut les réanimer, ce sera aussi vite fait avec le pyjama ou la robe de nuit, même si on porte un slip. Je ne crois pas qu'on réanime par les fesses.

    ***

    (1) Vous voyez? Ils m'ont mis ma robe de fou!

  • Y comme Yvonne

    Voici le genre de carte illustrée que les conscrits et autres appelés (ou rappelés, comme mon grand-père) pouvaient acheter au camp de Beverloo pour envoyer à leur épouse ou fiancée:

    yvonne,lettre

    Tout y est: le jeune homme en uniforme de l'armée belge, sa dulcinée, tous deux entourés d'un coeur et de branches fleuries, et en bas le heimat où on retrouvera sa bien-aimée...

    Ce n'est pas très approprié comme paysage quand on sait qu'Yvonne et mon grand-père étaient des enfants de la ville, mais soit, c'est tout de même celle-là que le petit mari d'Yvonne lui a choisie Clin d'œil

    ***

    Au moment où nos deux amoureux s'envoient des cartes kitchissimes, les surréalistes belges correspondent également: http://homepage.mac.com/emmapeel/correspondance/index.html. Voyez par exemple le tract de Paul Nougé paru le 20 avril 1925: http://homepage.mac.com/emmapeel/correspondance/16rouge.html. Bien que j'aie beaucoup d'admiration pour Marcel Mariën et consorts, je ne crois pas que j'échangerais une carte de mon grand-père contre une des leurs Langue tirée

    ***

    Le mois prochain, la réponse à la carte d'Yvonne du vendredi 17 avril, preuve que le courrier était acheminé à destination en un seul jour.

  • Les X, ces célèbres inconnus de la Grand-Place

    Cette Adrienne, grande amoureuse de Bruxelles en général et de la Grand-Place en particulier, ne se lasse pas de la photographier.

    Par contre, elle serait tout à fait incapable de vous dire qui ou quoi est représenté sur ces sculptures et encore moins qui les a réalisées...

    Walrus aout 2012 008 - kopie.JPG

    quelqu'un les a probablement déjà dénombrées et répertoriées

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    les nobles dames, les importants messieurs

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    les grands et les petits
    "toutes nos conditions si disproportionnées à nos yeux" (1)

    Walrus aout 2012 016 - kopie.JPG

    des amoureux qui ne sont pas seuls au monde Clin d'œil

    Walrus aout 2012 024 - kopie.JPG

    ceux qui ont vraiment perdu la tête Langue tirée

    Walrus aout 2012 027 - kopie.JPG

    le haut et le bas du clergé

    Walrus aout 2012 033 - kopie.JPG

    bref, il faudrait une nacelle pour tout examiner à l'aise...
    ou être un pigeon?

    Merci aux amis qui m'ont servi de guide!
    Bisou

     

    (1) Voltaire, Traité sur la Tolérance, chap. XXIII

  • W comme wagon de train

    C'est souvent amusant d'entendre des étrangers s'exprimer sur les Belges et la Belgique.

    Comme ce jeune couple d'Allemands. Ils sont montés dans le train après moi. En examinant le wagon, le jeune homme dit à sa compagne:

    - Attends, je crois qu'ici on est en première classe...

    Je ne sais pas à quoi il s'attendait dans nos trains belges: il y avait bien longtemps que celui-ci était sorti des usines, trop longtemps pour penser que ce wagon était le summum de notre confort ferroviaire.

    Cependant, je me suis dit "mêlons-nous-en" et je leur ai fait un:

    - Nein!

    Je ne parle pas allemand mais je sais tout de même dire "nein" Langue tirée Et j'ai levé deux doigts à la Churchill pour leur faire comprendre que nous étions en seconde classe.

    Après, je l'ai entendu expliquer à sa copine qu'il y avait deux sortes de Belges, les Wallons qui ne parlent pas du tout allemand et les Flamands qui parlent... une sorte d'allemand.

    J'aurais aimé savoir dans quelle catégorie il m'avait rangée (1) mais je me suis tue. J'ai préféré en rire. Discrètement, bien sûr.

    J'aurais peut-être dû leur suggérer d'aller du côté de Saint-Vith?

    C'est très joli, par là, et il y vit une sorte de Belges qui parlent vraiment allemand Cool

    ***

    (1) c'est encore le coup de Daninos: si vous divisez le monde en deux, vous obtenez forcément une troisième catégorie; dans ce cas-ci, une sorte de Belges qui comprennent l'allemand sans être capables de le parler Clin d'œil

  • V comme Vocation

    Marie-Ange, Catherine, Angélique, Sabine… même si on n’a pas tout à fait huit ans et qu’on s’est quittées la veille, on en a des choses à se dire ! Des choses importantes, pensa la petite en s’approchant du quatuor.

    - Hier on a eu notre première leçon de solfège, annonça Catherine.
    - Et l’an prochain on fera du piano, ajouta Marie-Ange.
    - A l’académie de musique, compléta Sabine.

    Et Angélique opinait à chaque fois pour bien montrer qu’elle faisait partie des initiées.

    La petite ouvrit de grands yeux. C’était un nouveau mot : solfège.
    Et c’étaient des mots magiques et mystérieux : académie de musique.

    - C’est où, l’académie de musique ? demanda-t-elle.
    - Par là, fit Marie-Ange en étendant le bras du côté du centre ville.

    Après l’école, elle n’attendit pas le goûter pour déclarer fièrement :

    - Marie-Ange et Catherine vont au solfège ! Et l’an prochain, elles feront du piano ! Alors moi aussi, j’irai à l’académie de musique ?

    Elle avait confiance : généralement, sa mère faisait comme les mères de Marie-Ange, de Catherine et d’Angélique, qui étaient des dames très comme il faut.

    - On verra ça ce soir avec ton père, dit-elle.

    Le soir, la petite n’avait pas oublié. Elle attendait, avec toute la patience dont elle était capable, que sa mère abordât enfin le sujet. Elle ne le fit qu’au moment où la table était débarrassée :

    - Marie-Ange et Catherine vont à l’école de musique, dit-elle.
    - Moi aussi je voudrais bien y aller, fit la petite en s’agrippant des deux mains à l’accoudoir du fauteuil paternel.
    - Toi ? laissa-t-il tomber vers elle. Qu’est-ce que tu irais y faire ?

    Et il déplia son journal. L’affaire était close. Elle fit cependant une dernière tentative et le pria d’une petite voix :

    - J’aimerais pourtant bien apprendre à jouer du piano…
    - On n’a pas de piano, dit le père.

    Puis il ajouta la petite phrase assassine :

    - Et d’ailleurs, tu chantes faux.

    Plus jamais la petite ne redemanda à faire de la musique.

    Et depuis ce jour-là, quand en classe on entonnait « Il court, il court, le furet » ou « Colchiques dans les prés », elle faisait semblant de chanter : elle bougeait juste les lèvres, de peur de faire entendre une fausse note.

    texte écrit pour Lu si... n°3

  • U comme Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras...

    Si vous cueillez des haricots ou des pois gourmands, Tobie-chien vient vous en prendre, un à un, précieusement et du bout des dents, en toute discrétion.

    Puis vous l'entendez croquer le légume, et revenir à petits pas se servir du suivant.

    Si vous déposez quatre concombres par terre, le temps de refermer la porte de la serre derrière vous, vous n'en trouvez plus que trois: Tobie-chien est déjà là-bas, de l'autre côté du potager, en train de déguster le quatrième.

    Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras, telle est sa devise.

    ***

    Alors si vous ouvrez un pot de peinture et le posez par terre, ...

    vous avez deviné la suite?

    Langue tirée

    Tobie-chien a profité d'un moment d'inadvertance pour en prendre une bonne lampée...

    ce qui fait qu'aujourd'hui, il a quelques poils blancs de plus au menton Rigolant

    Brussel aug 2011 001 - kopie (2).JPG

    la photo date d'avant le délit

     

  • T comme ton sur Thon

    J’ai d’abord cru que je n’avais pas bien entendu :

    - Votre chambre est au 25e étage, me dit Noureddine en me tendant la plaquette de plastique rouge qui doit me servir de clé.
    - Merci, ai-je répondu.

    Ça, c’est tout moi, je dis merci à tout, ou alors je dis pardon, même quand c’est sur MES pieds qu’on marche – ben oui, je n’avais qu’à pas les poser là où un autre voulait mettre les siens. Et justement, j’aurais mieux fait de dire pardon, dans ce cas-ci : « Pardon, à quel étage avez-vous dit ? »

    C’est au pif que j’ai trouvé le couloir aux ascenseurs. Il y en avait quatre. Une porte s’est ouverte. Je suis entrée. J’ai vu un tas de boutons. En effet, ça allait jusqu’au numéro 29, j’avais donc bien compris : ma chambre était au 25e étage. En cours d’ascension, j’ai senti ‘claquer’ mes oreilles comme si j’étais sur une route de montagne.

    A room with a view…

    Je suis tout de suite allée vers la fenêtre et j’ai posé un regard attendri sur Bruxelles-ma-belle. Je me suis dit, en m’attardant longuement à la regarder, qu’elle était bien petite, surtout vue depuis le 25e étage de l’hôtel, puisque de là où on était, près de la place Rogier, je voyais parfaitement trôner la basilique de Koekelberg en face de moi, et briller l’Atomium à ma droite. Tout le côté gauche était malheureusement masqué par des tours.

     bruxelles

     bruxelles

    bruxelles

    - Tiens, me dis-je en reconnaissant les magnifiques bâtiments de Tour&Taxis, si j’avais des jumelles, je pourrais voir les bronzés de Bruxelles-Plage…

    Puis j’ai dû me rendre à l’évidence que tout ce que je regardais avec tant d’attendrissement n’était pas Bruxelles, mais Saint-Josse, Schaarbeek, Laeken, Jette, Ganshoren…

    Ton sur Thon

    J’ai vite compris pourquoi j’avais eu cette chambre d’hôtel à si bon marché : avec l’été, on profite de la baisse d’activité (1) pour réaliser quelques gros travaux. Le bar est fermé, le restaurant aussi. Qu’importe, puisque je ne vais jamais au bar dans les hôtels et que je ne prendrai ici aucun repas. Le petit déjeuner coûte 25€ : je suppose qu’on y sert des blinis au caviar et qu’il y a de la truffe de Richerenches sur les œufs brouillés.

    Les travaux, ça cause pas mal de bruit, mais ça doit surtout déranger Noureddine, qui travaille juste à côté. C’est lui aussi qui attrape toute la poussière, malgré les grands plastiques qui devraient isoler le périmètre des chantiers, et lui encore qui prend l’odeur de peinture et de plâtre dans les narines. Moi, je suis bien à l’abri de mon 25e étage-avec-vue.

    J’ai droit à une heure de wi-fi gratuite. Ne riez pas : dans un palace comme celui-ci, la wi-fi se paie. Et elle se paie cher, presque dix euros par jour (2). Dans notre petit hôtel près de Sienne, elle était gratuite 24 heures sur 24. Mais, dit le papier reçu lors de la réservation, des ordinateurs avec Internet sont disponibles gratuitement au rez-de-chaussée.

    - Parfait, me dis-je, allons voir s’il y a des commentaires chez Adrienne.

    Au rez-de-chaussée, je trouve tout de suite les ordinateurs en question. Par chance, ils sont tous libres. Je m’installe. Puis je comprends. Les ordinateurs marchent parfaitement, mais il n’y a pas de connexion internet.

    A cause des travaux, probablement.

    ***

    (1)    l’activité principale me semble être l’organisation de séminaires (tout frais payés) ou en tout cas l’accueil d’une clientèle internationale en déplacement professionnel

    (2)    pour ce prix-là, je fais un bon repas au restaurant Hémisphères !

  • Stupeur et tremblements d'abécédiste

    Stupeur!

    Stupeur en lisant un matin d'août, au petit déjeuner, sur le blog de François Bon que Philippe Claudel a écrit un abécédaire pour évoquer son enfance et sa jeunesse, Parfums!

    A paraître le 12 septembre: http://www.editions-stock.fr/livre/stock-428444-Parfums-hachette.html

    Re-stupeur en lisant dans l'article de François Bon que lui-même publie son propre Abécédaire du temps qui passe, l'Autobiographie des objets ( http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2783)

    En librairie dès aujourd'hui...

    Me voilà bien Langue tirée

    Heureusement que j'ai commencé début 2008 sinon on pourrait croire que je plagie les grands maîtres.

    Je me demande si je vais continuer cette formule, maintenant qu'elle a été imitée LOL

  • 22 ou l'art de la procrastination

    22,ça se passe comme çaphoto 1

    22 choses qui favorisent la procrastination et retardent ce fabuleux moment où on aura – même si ce n’est que très brièvement – un bureau tout beau tout propre, si bien rangé qu’on pourrait le montrer aux amies de maman sans lui coller la honte de sa vie… et de l'au-delà :

    1.regarder d’un air découragé tout ce bordel et se demander comment on viendra jamais à bout d’un tel chantier

    2.en prendre des photos afin de pouvoir réjouir ses lecteurs d’un avant / après

     22,ça se passe comme çaphoto 2

    3.trouver des trucs dont on avait complètement oublié l’existence ; les manipuler, les admirer, les tourner et les retourner dans tous les sens

    4.buter sur de l’inclassable : je fais quoi de ça ? je le mets où ? ouvrir les armoires et constater qu’elles auraient aussi besoin d’un bon tri

    5.aller chercher une boite au garage pour y mettre les vieux papiers ; arrivée là, ne plus savoir ce qu’on était venue y faire ; faire autre chose (casser du petit bois, donner un coup de brosse, arracher des mauvaises herbes qui poussent entre les dalles de l’allée de garage, …)

    6.avoir une envie soudaine d’un petit café (d’une pomme, d’un litre de thé, d’une plaquette de chocolat, etc.)

    7.faire entrer un chat

    8.vérifier les mails

    9.lire les blagues d’un calendrier de l’année passée

    10.avoir soudainement une idée de billet pour le blog et la noter tout de suite

    11.faire entrer le deuxième chat, laisser sortir le premier (etc.)

    12.retrouver la liste des choses à faire pendant les vacances de Pâques (passées depuis quatre mois): à l’époque déjà on y avait textuellement noté : « bureau opruimen HAHAHA »

     22,ça se passe comme çaphoto 3

    13.tester un tas de stylos pour voir s’ils marchent encore ; en réparer un, en jeter deux

    14.lire les nouvelles sur internet, vérifier s’il y a des commentaires chez Adrienne, y répondre

    15.guetter le facteur et sortir pour recevoir en mains propres (façon de parler, vu la poussière trouvée dans les vieilles paperasses) une lettre pour annoncer que le coût de l’assurance hospitalisation a augmenté et une publicité pour des prêts hypothécaires avec comme argument que c’est bientôt la rentrée des classes !

    16.se décider à classer les petits tas d’extraits de compte dans un classeur (trop petit)

    17.retrouver le CD de l’Arpeggiata et l’écouter sur-le-champ ! chanter à tue-tête : « Bisogna morire »

     22,ça se passe comme çaphoto 4

    18.trouver une pile AAA ; se demander longuement à quoi elle a bien pu servir… changer trois fois d’avis : je la jette, je ne la jette pas, je la jette…

    19.se décider à jeter un vieux magazine (2007) après avoir feuilleté, lu ici et là et fait les mots croisés

    20.se dire qu’on a faim et qu’on a une envie de pâtes ; tout laisser tomber pour s’activer en cuisine ; manger à l’aise

    21.retrouver une liste de bonnes résolutions prises l’été 2009 ; y lire qu’on ne devrait plus passer tout ce temps à jouer des jeux débiles sur internet (genre spider solitaire) ; commencer tout de suite une partie

    22.se dire que ce n’est pââââ bien de rester enfermée toute une journée alors qu’il fait si beau dehors ; aller faire un tour dans les prés et les bois

     22,ça se passe comme çaphoto 5

    photo 1: à côté du bureau, tout ce qu'Adrienne a rapporté de l'école le 30 juin parce que là-bas, son bureau, elle est obligée de le vider complètement chaque été

    photo 2: ça n'en a pas l'air, mais c'est du désordre bien rangé: le tas de factures payées, le cours d'italien, le cours d'espagnol, le travail de traductrice bénévole

    photo 3: ce fouillis, ce sont toutes les idées de billets sur Adrienne

    photo 4: les cours de l'an dernier

    photo 5: à côté des cours, une partie de la pile de livres que je suis en train de lire

    ***

    Cher Zigmund, si tu passes par ici, j'espère qu'après avoir vu tout ça tu considéreras ta table d'un oeil extrêmement bienveillant
    Rigolant


  • R comme relax

    Bruxelles aout 2012 060 - kopie.JPG

    Oui, vous voyez bien: ce sont mes pieds.
    Je suis mollement allongée devant un grand écran.
    Cool

    Bruxelles aout 2012 059 - kopie.JPG

    Voilà les fauteuils, les repose-pieds, les coussins...

    C'est à la salle 3 du cinéma Galeries (http://www.galeries.be/), où je suis allée voir le très beau film, Un monde sans femmes, de Guillaume Brac, précédé par un excellent court-métrage du même G. Brac, Le Naufragé.

    http://www.lexpress.fr/culture/cinema/cinq-raisons-de-voir-un-monde-sans-femmes_1078844.html
    http://www.critikat.com/Le-Naufrage-Un-monde-sans-femmes.html

    Par contre, dans la salle 3, c'était un monde sans hommes...
    Peut-être étaient-ils rebutés par le titre? Rigolant

  • Le bilan du 20

    Il est déjà l'heure du bilan de l'été 2012, vu qu'à partir d'aujourd'hui je me reconcentre sur l'école...

    On ne retiendra que le positif, c'est-à-dire:

    - Avoir des amis autour de la table ou m'asseoir à la table d'amis

    - Devoir faire subir une opération à l'oeil de mon chat Pipo qui se porte bien et est éperdu de reconnaissance Langue tirée

    - Italianiser en Toscane avec ma mère

    - Jouer les touristes dans mon propre pays et y découvrir des beautés inconnues (merci les amis de m'avoir fait rater le motocross d'à côté Bisou)

    - Lire, lire, lire

    - Mettre à jour les liens vers les blogamis (il était temps!)

    - Nettoyer un tiers de bureau (ne poussez pas, j'ai encore dix jours avant le premier septembre)

    - Procrastiner sans (trop) culpabiliser

    - Robinsonner sur mon îlot vert pendant que mes uniques voisins sont en vacances

    - Tondre la pelouse pour la 6e fois à la mi-août (un record personnel absolu, ce sera difficile de faire mieux l'an prochain)

    - Voir des blogamis à Paris (merci Caro Bisou)

    Je ne me plains pas, je suis prête pour la rentrée Cool

    bilan,vie quotidienne

    Bruxelles caniculaire vendredi 17 août 2012

  • Question existentielle

    Il faudra que quelqu'un m'explique la contradiction:

    Bruxelles aout 2012 021 - kopie.JPG

    "Y a pas plus simple" titre un des trente ouvrages disposés sur ce présentoir de la Fnac...

    Ah oui vraiment?

    Alors pourquoi y consacrer tout ce papier?

    ***

    Déjà que je ne lis pas le mode d'emploi de mon appareil photo Langue tirée qu'irais-je faire de coûteux bouquins - gros et pesants comme des annuaires de téléphone - qui tenteraient de m'apprendre comment utiliser un iPad ou un iPhone?

    Je préfère admirer en silence ceux qui savent Cool
    Ma grand-mère Adrienne appelait ça "stelen met de ogen" (voler avec les yeux): c'est-à-dire apprendre en observant les autres...

  • P comme prénom

    Il y a ceux qui sont très pour http://www.excessif.com/cinema/critique-le-prenom-7073188-760.html , il y a ceux qui sont très contre http://www.lesinrocks.com/cinema/films-a-l-affiche/le-prenom/ et d'un extrême à l'autre, toute la gammme, si vous le désirez, se trouve ici: http://www.allocine.fr/film/fichefilm-188448/critiques/presse/

    Je suis allée le voir sans avoir lu aucune critique, pour ne pas me laisser influencer, la salle était presque vide - normal, pour quand moi j'y vais, le film est en fin de parcours et tout le monde l'a déjà vu - et j'ai tout de même pas mal rigolé Sourire

    Le début du film a un petit air d'Amélie Poulain mais on entre très vite dans le huis clos: normal, puisque c'est l'adaptation d'une pièce de théâtre qui réunit quatre ou cinq personnes autour d'un repas. Il y a bien quelques flash-backs, mais ils ne sont que l'illustration visuelle de ce qu'un des personnages raconte.

    On rigole, il y a des réparties drôles, on est dans une sorte de vaudeville, mais en même temps ça grince un peu, voire beaucoup, à certains moments. Heureusement, comme il était marqué "comédie", au moment où on prend peur que tout explose définitivement entre les personnages, on se rassure en se disant que ça ne peut que bien se terminer Langue tirée

    La fin, bof, elle n'est pas si importante, finalement... et sans doute oubliera-t-on très vite tout ça! mais on aura tout de même passé un bon moment Cool

  • O comme ode

    Ode (1)

    J'avais un jardin plein de roses
    Qui début juin étaient écloses.
    Elles se coloraient au soleil
    Et embaumaient à la vêprée.
    Qu'elles fussent blanches ou pourprées
    Je les aimais d'un amour pareil.

    Las! Aujourd'hui en cet espace
    J'ai bien abandonné la place
    Et tous les travaux laissé choir
    Laissant faire Dame Nature
    Qui pour les roses est assez dure
    Puisqu'elles se fanent le soir.

    Pourtant elles étaient mignonnes:
    J'imagine qu'elles fleuronnent
    Et charment dans la nouveauté
    De leur première jeunesse...
    Mais mon jardin en sa vieillesse
    A perdu toutes ses beautés. (2)

    juni 2010 002 - kopie (2).JPG

    je ne vous montre pas l'état actuel (snif)

    ***

    (1) ode calquée sur le modèle de l'Ode à Cassandre, de Ronsard: j'ai gardé la forme en octosyllabes et les mots à la rime. Exercice facile et amusant, que je vous recommande Cool

    (2) bon, d'accord, là j'exagère: j'ai de magnifiques orties plus grandes que moi et des ronces qui me donneront peut-être quelques fruits...

  • N comme neuf

    Faire une chose qu'on n'a pas encore faite.

    Par exemple aller à la Bibliothèque nationale, faire le tour du rez-de-chaussée (belle expo sur le livre depuis l'origine de l'écriture), monter tous les étages à pied (au troisième, émouvante petite expo Henri Bauchau), jusqu'au dernier...

    et y admirer la vue sur Bruxelles:

    Bruxelles aout 2012 047 - kopie.JPG

    à gauche, Koekelberg, au centre, la flèche de l'hôtel de ville, sur la Grand-Place
    (photo prise depuis le 5e étage, à la cafétéria)
    On dirait que Bruxelles est continuellement en chantier, difficile de faire une photo sans qu'il y ait une ou deux grues...

    Bruxelles aout 2012 048 - kopie.JPG

    au loin, l'Atomium
    Cette photo-ci et la dernière ont été prises depuis le dernier étage (6e)

    Bruxelles aout 2012 049 - kopie.JPG

    Je crois bien que je retournerai à l'Albertine, ce ne sera plus neuf, mais il y a aussi du plaisir à refaire une chose qu'on a déjà faite Langue tirée
    Et puis, j'ai vu qu'il y avait un patio de verdure où on pouvait s'installer tranquillement avec un livre...
    http://www.kbr.be/accueil_fr.html

  • M comme mendiants

    Ils sont partout, ils sont nombreux et ils sont très divers, les mendiants de Rome.

    On en trouve dans toutes les positions, comme cette grande femme noire que je croisais plusieurs fois par jour rue Gioberti, à côté de la gare Termini, et qui passe ses journées couchée de tout son long sur le trottoir, avec deux ou trois bouteilles d'un litre de bière à côté d'elle.

    Plus loin dans la rue, à l'entrée du supermarché, un vieil homme pieds nus assis sur un casier en plastique rouge. Il a deux valises pour ses affaires et un tapis pour la nuit. Quand je passais le matin, il dormait encore. Le reste du temps, il fumait, le regard au loin.

    Ils ont toutes les couleurs de l'univers et tous les âges de la vie.

    Parfois même, ils assurent un intérim, comme cet homme dans le couloir du métro qui tenait une pancarte rédigée entièrement au féminin... (1)

    A San Pietro, ils sont à genoux, les mains croisées entourées d'un chapelet et leur sébile est enveloppée d'images pieuses.

    Ce sont probablement les places les plus chères... Derrière moi, une femme se penche vers un jeune mendiant qui semble abîmé dans la prière:

    - Buona sera, lui dit-elle en laissant tomber une lourde pièce dans son gobelet orné de photos de saintes religieuses et de padre Pio. And God bless you!

    domenica 021 - kopie.JPG

    vue sur Rome et sur san Pietro depuis le Monte Mario

    Dernièrement, mon journal proposait un petit test pour voir "si on était un enfant de la ville". Une des cinq questions était: "Vous voyez un mendiant. Lui donnez-vous de l'argent?"

    Si la réponse était "oui", c'est qu'on n'était pas un enfant de la ville...

    Il y a de quoi réfléchir, il me semble. Et pas seulement sur la valeur de ce genre de test!

    ***

    (1) sono povera, sono malata (etc.)

  • Lettres d'une mère à sa fille

    Ma mignonne chérie, j'ai bien lu ta lettre. J'espère que tu m'écriras aussi souvent que ton frère, puisque tu sais écrire de manière à te faire comprendre. Je t'enverrai tout ce que tu m'as demandé; je te prie d'être bien sage, d'écouter ton petit frère, et d'être sûre qu'il t'aime autant que je t'aime, et que quand il te défend une chose, c'est pour ton bien. Je serai bientôt près de vous, et nous ferons les vendanges ensemble. Adieu, mon gros pigeon, je t'embrasse un million de fois.

    Lettre de George Sand à sa fille Solange (7 ans) en 1835. En 1836, elle obtiendra la séparation d'avec son mari et récupérera Nohant.

    Tu m'écris une petite lettre passablement bête. Je ne crois pas à ce grand ennui qui t'accable, et dont tu ne penses pas un mot. C'est un genre de pensionnaire, que je connais. A mon couvent, on disait de même; et, quand je sortais, je m'ennuyais encore plus de ne rien faire. D'ailleurs, comme on peut toujours échapper à l'ennui en travaillant, je te conseille de te désennuyer toi-même. Pour moi, cela ne m'attendrit pas; et, comme les personnes ennuyées sont toujours ennuyeuses, quand tu voudras que j'aille te voir, tu feras bien de ne pas user de ce moyen-là. [...] Je ne peux pas te donner un trousseau assez considérable pour satisfaire tes goûts d'élégance. Tu auras la bonté de te contenter de changer comme les autres deux fois par semaine. Quand tu auras perdu ta coquetterie, je te laisserai faire comme tu voudras. Mais maintenant tu en abuserais, et tu deviendrais dix fois plus absurde que tu n'es, en fait de toilette, ce qui ne serait pas peu dire. Là-dessus, j'ai bien l'honneur de te saluer. Si tu ne sors pas dimanche, j'irai te voir; mais j'espère bien que tu ne te mettras pas dans ce cas-là, et que j'aurai le plaisir de t'embrasser à la maison. Bonjour, ma grosse. Tâche de ne pas te casser la mâchoire à force de bâiller, de ne pas perdre l'appétit et le sommeil à force de t'ennuyer. Jusqu'à présent ta figure ne me donne pas beaucoup d'inquiétude. Ton frère t'embrasse, et Pistolet te donne la patte.

    Lettre du 14 mai 1841. Solange a donc 13 ans.

    Qu'en pensez-vous?

    Je la trouve très dure. Mais ces deux lettres sont un bel exemple de leur "relation en dents de scie", il me semble...


  • K comme kiné

    Je devais avoir sept ou huit ans quand une "visite médicale" (1) signala à mes parents mon manque de souffle inquiétant. C'est ainsi que j'eus droit, pendant des années, à une séance hebdomadaire de kiné. (2)

    Au début, il venait à domicile et je faisais mes abdo couchée sur le tapis du salon. Il me tenait les pieds tout en conversant avec ma mère. (3)

    Il ne fut pas long à comprendre ce qu'il fallait dire pour plaire à la maîtresse de maison:

    - Celui-là, fit-il en désignant mon petit frère, alors âgé de trois ans, et qui s'amusait à se rouler par terre à mes côtés, celui-là, il n'aura jamais besoin de kiné!

    C'est une histoire que ma mère se plaît encore à raconter aujourd'hui Clin d'œil

    Ce qu'elle ne mentionne jamais, c'est que mon frère, très grand sportif, fait de la kiné depuis quasiment toute sa vie, à cause de ses nombreuses blessures dues à ses prestations de footballeur amateur.

    ***

    (1) c'est ainsi qu'on appelait cette après-midi que nous passions chaque année avec toute la classe dans un centre médical où nous devions nous mettre en slip et chemisette, faire pipi dans un tout petit pot et passer toutes sortes de tests auprès d'une infirmière et d'un médecin; c'est là aussi qu'à 14 ans on a découvert ma myopie

    (2) à ce propos, j'en profite pour signaler que je n'ai jamais compris comment des exercices pour les abdominaux auraient pu me faire venir plus de souffle... mais je ne vais pas me plaindre: si je n'ai toujours pas de souffle, au moins j'ai des abdo Langue tirée

    (3) pendant ce temps il oubliait de compter (était-ce jusqu'à 20 ou jusqu'à 30, je ne sais plus) et moi je continuais et je continuais mes abdo avec l'énergie du désespoir Clin d'œil!

  • J comme japonaiseries et J comme John Staples

    Elles sont trois et très probablement japonaises, à voir le soin extrême qu'elles portent à la blancheur de leur peau: parapluie noir, manches longues, gants. Avec 36°C à l'ombre...

    Elles sont très jeunes et se tiennent par le coude, un vague sourire aux lèvres. Elles marchent à petits pas précieux, comme si elles avaient peur d'utiliser leurs pieds.

    Qu'elles tiennent d'ailleurs toutes les trois un peu en dedans, comme cette poupée que j'avais étant petite et avec laquelle il était interdit de jouer.

    sabato 002 - kopie.JPG

    photo prise piazza Navona, vers les neuf heures du matin
    avec la fontaine de Bernini et Sant'Agnese in Agone
    copyright Adrienne

    ***

    Depuis le palazzo Braschi, on a une belle vue sur cette piazza mais si ce n'était l'occasion unique de voir le Caravaggio de Messine, La résurrection de Lazare, que l'on vient de restaurer à Rome, je ne l'aurais pas visité.

    Dans le coin d'une des pièces en enfilade, un grand portrait en pied de John Staples, riche Irlandais du 18e siècle - mais protestant et membre du Parlement anglais. Il s'est fait immortaliser par le peintre Pompeo Girolamo Batoni, un spécialiste du genre, né à Lucca en 1708 et mort à Rome en 1787, fortune faite grâce aux touristes de l'époque.

    Exactement comme aujourd'hui, sur cette même piazza Navona, on peut se faire croquer le portrait en quelques minutes par d'autres spécialistes du genre...

    Oui, vous l'avez dit, nil novi sub sole Cool

    On peut voir ici le portrait en question: http://www.flickr.com/photos/renzodionigi/4160188091/

    Et ici la preuve que monsieur Batoni faisait du travail en série (voir par exemple les poses identiques ou le chien fidèle levant la tête vers le maître qui s'appuie sur une oeuvre choisie de la Rome antique qu'il est venu visiter: http://www.google.fr/search?hl=fr&biw=1280&bih=707&q=piazza+navona+sant+agnese+agone&bav=on.2,or.r_gc.r_pw.r_qf.,cf.osb&um=1&ie=UTF-8&tbm=isch&source=og&sa=N&tab=wi&ei=yPEDUOqaJ46AhQea8Mz0Bw#um=1&hl=fr&tbm=isch&sa=1&q=pompeo+girolamo+batoni+portrait&oq=pompeo+girolamo+batoni+portrait&gs_l=img.3...95396.98585.2.100527.9.9.0.0.0.0.146.1198.0j9.9.0...0.0...1c.0hvwMg-1pvI&pbx=1&bav=on.2,or.r_gc.r_pw.r_qf.,cf.osb&fp=dcb8ad580e0c93a7&biw=1280&bih=707

    rome,italie,voyage,peinture

    le Caravaggio avant restauration, photo de wikipedia commons
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Michelangelo_Caravaggio_006.jpg

  • I comme inspiration chez Lali (7)

     NISHINAKA-Jeff.jpg

    Il tape comme un forcené, la machine cliquète et tressaute, la table gémit et ballotte.
    Les feuilles volent, il oublie de les numéroter, il n’a pas le temps de les classer, il ne prend pas la peine de se relire.
    Le café refroidit, la pipe s’éteint, pas le temps de boire, pas le temps de la rallumer.
    Huit jours: voilà le délai qu’il se donne pour taper son manuscrit.
    Huit jours marqués en bleu sur un calendrier.

    ***

    Ecrit pour http://lalitoutsimplement.com/category/en-vos-mots-262/ en m'inspirant de l'expo qui avait été consacrée à Georges Simenon au Musée des Lettres et des Manuscrits (http://www.mlmb.be/)

  • H comme hommage

    Nous l’avions trouvé grâce à une amie de ma mère qui l’appelait saint Antoine sous prétexte qu’il en avait une effigie sur sa cheminée. Il habitait notre rue et pourtant jamais nous n’avions soupçonné qu’il y avait là, derrière ces petites fenêtres voilées de blanc, l’échoppe d’un cordonnier.

    Dès qu’on poussait la porte, l’odeur de vieux cuir et de pieds nous prenait. Par terre, toutes les chaussures étaient alignées dans un ordre connu de lui seul, sans distinction visible pour nous entre les réparées et celles à réparer. Jamais il ne devait chercher, il repérait avant nous celles que nous lui avions apportées trois jours plus tôt.

    Trois jours, c’est tout ce qu’il lui fallait pour remettre à neuf, coller, clouer, cirer, lustrer. Il nous les rendait comme neuves pour seulement trois francs six sous. Quand j’ai voulu recoller moi-même un bout de semelle, j’ai payé plus cher le petit tube de colle que si j’avais confié le tout à saint Antoine. Mais il venait de fermer sa boutique pour toujours.

    Je le regrette encore aujourd’hui : pour la qualité de son travail, pour son infinie gentillesse et pour sa sagesse. Un jour que je poussais sa porte avec la troisième paire de chaussures à ressemeler en trois semaines, je lui ai dit en riant:

    - Hé oui, c’est encore moi ! Mon mari use vraiment beaucoup ses chaussures !

    - Ce serait bien pire, m’a-t-il répondu, s’il ne les usait plus.

    texte écrit pour le défi 206

     

    amitié,ca se passe comme ca,defi

    le "Toontje" de ma grand-mère Adrienne


  • G comme grève?

    Je sais que ça peut paraître incroyable mais voilà: en ce temps de vacances, je n'ai pas trouvé les minutes nécessaires pour vous faire un billet.

    Non, ce n'est pas la grève chez Adrienne...

    Je vous dis bonne journée et à demain!

  • F comme fiction des plus fictives... ou pas

     A une passante

    « J’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais. »

    Je sortais du Musée des Lettres et des Manuscrits et comme à mon habitude, j’avais pris quelques notes ou fait quelques observations diverses:

    Si j’étais poète, dit Sacha Guitry à Yvonne Printemps, je t’écrirais en vers.
    J’aurais aimé être Leonardo,
    dit Romain Gary en réponse au questionnaire de Proust, s’il n’avait pas été pédéraste.
    Si je m’appelais Auguste Poulet-Malassis,
    me dis-je, j’en aurais probablement souffert.
    Si j’étais Rubens, je signerais mes lettres italiennes par Pietro Paulo.

    Puis, pour une raison que j’ignore, je me suis souvenue de l’été de mes huit ans. Nous avions logé à l’hôtel de la Plage, chez monsieur et madame Redon. Ma grande amie était leur chienne Gita, qui me suivait partout. Ça doit être un véritable symptôme de dégénérescence mentale de ne plus savoir comment s’appelle l’auteur que je suis en train de lire mais de me rappeler tout à coup une foule de détails sur l’été de mes huit ans. Et de me souvenir de Rémy, qui avait deux ans de plus que moi, les cheveux plus blonds, plus bouclés, les yeux plus bleus et tout le prestige du petit Parisien.

    Si j’allais en Normandie, me dis-je, je retournerais à Saint-Jean-le-Thomas.
     - Si un jour il fait mauvais, dit mon père, nous irons visiter le Mont-Saint-Michel.

    Mais cet été-là, il a fait beau tout le temps. Bien sûr, c’était avant qu'il soit question de réchauffement climatique.

    Nous n’avons donc pas vu le Mont, mais il figurait en bonne place sur toutes les cartes postales que nous avons envoyées aux amis et à la famille.

    Si ma grand-mère Adrienne était encore en vie, je lui écrirais une carte de Paris.
    Elle ne serait pas en vers, puisque j’ai ceci en commun avec Sacha Guitry de ne pas être poète.
    Mais je ferais un effort sur la taille des lettres et sur la calligraphie.
    Les lunettes d’Adrienne n'étaient plus tout à fait adaptées à sa vue.
    - Mais à mon âge, disait-elle, ça ne vaut plus la peine d’en changer.

    Chère Marraine

    Tu avais bien raison : Paris est un lieu de perdition ! La preuve ? J’avais à peine quitté la gare et la rue que je devais prendre était pleine de caberdouches.

    Mais je te rassure : je n’ai fait que passer sans regarder ! Et en tenant bien la main sur mon portefeuille.

    Et puis surtout, comme tu me l’as bien recommandé, je prends soin de rentrer avant la tombée de la nuit et je ne parle pas aux inconnus.

    Surtout pas à celui qui a de jolies bouclettes noires, un beau costume, un violoncelle dans le dos, et qui me crie quand je le dépasse en faisant mon jogging matinal :

    - Vous faites du sport, Mademoiselle ?

    Je me demande bien ce qu’il dirait s’il voyait mon côté face...

    Un jour j’irai revoir ma Normandie, celle des souvenirs de mes huit ans.

    A Saint-Jean-le-Thomas, je ne reconnaîtrai rien. Personne ne se souviendra de Rémy, de la chienne Gita, et peut-être même pas de monsieur et madame Redon. L’hôtel de la Plage n’existe plus. Le village un peu pépère se sera métamorphosé en succursale de Disneyland, où une crêperie presque bretonne côtoiera une pizzéria simili-italienne, où à chaque coin de rue on voudra me vendre des Monts en miniature, de vrais faux pulls de marin et de la barbe à papa rose vif. Il y aura du bruit partout, qu’on qualifiera « d’animation », et sur la plage des jeux pour enfants seront « organisés ».

    Ce ne sera pas le Saint-Jean-le-Thomas de mes huit ans. Mais ça ne fait rien. A marée basse, je traverserai toute la baie. Puis je me laisserai surprendre par le flot qui monte vite et nettoie tout.

    Oui, j’irai revoir ma Normandie.

    http://www.youtube.com/watch?v=XwKpE9e3h-c

     

  • 7 céréales

    - Ton pain, me demande un jour l'ami G*** à brûle-pourpoint, avec quelle sorte de farine tu le fais?
    - Bin... de la farine neuf céréales, lui dis-je.

    Il échange un regard avec sa femme:

    - Tu avais raison, lui fait-il.
    - Bien sûr, répond-elle, je le sais bien que j'avais raison.

    Mon étonnement va grandissant: mais de quoi parlent-ils?

    - Tu vois, me dit-il, de la farine neuf céréales, ce n'est pas possible.
    - Ah?
    - Parce que de céréales, il n'y en a que sept.

    Ils se mettent alors à énumérer en comptant sur les doigts:

    - Le blé, le seigle, l'avoine, l'orge, le millet, ...
    - L'épeautre, dis-je. Et le sarrasin.

    Parce que tout à coup il me venait une grande envie de Bretagne Sourire

    Voilà qui nous en faisait déjà sept.

    - Et le riz, dis-je, ce n'est pas une céréale? Ou le maïs?

    Ils étaient un peu embêtés parce qu'ils se souvenaient avoir appris ce chiffre comme un ukaze, "il y a sept céréales", et voilà que je les faisais douter...

    Alors je n'ai plus rien dit. Je n'ai parlé ni du sorgho, ni du quinoa, ni de toutes ces autres petites graines d'origines diverses. Lesquelles avaient droit à l'appellation céréale?

    Rentrée chez moi, j'apprends dans mon dictionnaire Robert que les céréales sont des graminées. Wikipedia précise qu'en principe on ne parle de céréale au sens strict que s'il s'agit de poacées (ou graminées).

    Le Larousse en ligne en donne huit: "Les céréales sont pour la plupart des graminées cultivées : blé, riz, maïs, orge, avoine, seigle, millet, sorgho"

    Et ma farine neuf céréales, que contient-elle? Je vais vous le dire Langue tirée

    1.du blé (froment) 2.du seigle 3.de l'épeautre 4.du maïs 5.du riz 6.de l'orge 7.du millet 8.du sarrasin mais aussi du soja ainsi que des graines de tournesol et de sésame...

    Ce qui me permet de nous mettre tous d'accord: l'appellation "9 céréales" est tout à fait fantaisiste Cool

  • E comme étrange

    Voulez-vous jouer à un petit jeu?

    087 - kopie.JPG

    c'est quoi, ça?

    ***

    oui, oui, la photo est dans le bon sens Rigolant

  • D comme dimanche en Flandre

    Le dimanche, la Flandre marche, court, joggue, marathonne.

    Le dimanche, la Flandre cyclotouriste, vélocipède, cyclocrosse, vététise.

    Le dimanche, la Flandre motobilise et quadde.

    Le dimanche, la Flandre caracole, galope, mène ses attelages de poneys, de chevaux et de baudets.

    Le dimanche, toute la Flandre est dans ma rue...

    ... ou presque Langue tirée

    Ce dimanche, alors que je suis juste de retour dans mon coin perdu de Flandre, je me rends compte que je n'ai pas encore créé de 'tag' Flandre.

    C'est sûrement symptômatique, mais de quoi?

    nature,flandre

    en voilà un qui n'a ni le problème identitaire ni celui de la bougeotte dominicale Cool

  • C comme cappuccino... et C comme copyright

    En quittant la minuscule gare de San Pietro dans la direction du Vatican, vous trouvez à votre droite le Green Bar, juste à côté d'un petit magasin bio.

    Il est 17.00 h., mais vous demandez tout de même un cappuccino. Comme vous l'a affirmé un jour un barista romain, il n'y a pas d'heure pour le cappuccino, si on aime ça.

    Celui-ci est excellent et ne vous coûte qu'un euro. Accrochée à la caisse, une pétition pour dire que le quartier se sent en danger, à cause du flot de voitures qui sort en trombe du tunnel (1) et se déverse dans la rue au péril des habitants. Il y a déjà une vingtaine de signatures.

    Ici, c'est la suburbia, le bar est vide et il n'y a pas le moindre touriste dans le quartier. Mais 50 mètres plus loin, si vous traversez le carrefour, c'est la foule autour de Saint-Pierre, ses marbres, ses colonnades et sa myriade de petits commerces.

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    venerdì 002 - kopie.JPG

    écrire sous ces photos qu'elle sont à moi et sous copyright, vous croyez que ça arrêtera quelqu'un de venir ici se servir ? (2)

    ***

    (1) galleria Principe Amedeo di Savoia

    (2) c'est pour cette raison, cher Joe Krapov, que très souvent je laisse cette vilaine date sur mes photos: je me dis que ça les rend moins attirantes pour le "copilleur" Clin d'œil

  • B comme Bis repetita placent

     A night at the Opera (bis)

    - Voilà, dit Stokkie, c’est ici. Je vais vous donner vos billets. On se retrouve dehors, devant l’entrée, après le spectacle.

    Alors nous sommes entrées. Une à une. La salle de concert était plutôt impressionnante : c’était grand, immensément grand, et très moderne. Ici et là, des gens étaient déjà installés, tout endimanchés, les dames permanentées et couvertes de bijoux.

    - Dis donc, tu as vu ? fait Lutgart en m’enfonçant son coude dans les côtes. Il aurait tout de même pu nous prévenir, Stokkie ! De quoi on a l’air avec notre jean et notre T-shirt ?

    C’était la fin des années 70. Nous avions 17 ans et rêvions d’un monde juste. Peace and love, jeans qui s’effilochent, cheveux en bataille, ponchos péruviens et gros sacs de toile. A l’opéra de Berlin.

    - Ouais, rigole Isabella, je te parie qu’elle a un sac en croco, la mémé là-bas.

    Nous étions à cet âge impitoyable où tout fait rire, même et surtout les regards de plus en plus courroucés qui se tournaient vers nous pour nous intimer à plus de retenue.

    Notre groupe avait été dispersé aux quatre coins de l’immense salle, au hasard de la distribution des billets, séparant les inséparables.

    - Regarde, s’exclame Lutgart, Katrien est là-bas !
    - Ohé ! Katrien ! Tu nous vois ? On est ici !

    On se levait, on se faisait de grands saluts, on essayait de crier en chuchotant,  on poussait de petits cris joyeux chaque fois qu’on repérait une copine. Mais on avait fini par y renoncer : le lieu et le public ne semblaient pas se prêter à la rigolade et aux scènes de paquebot en partance pour la traversée de l’Atlantique.

    En bas, dans une sorte de trou, des musiciens en tenue de soirée étaient venus prendre place et de plus en plus de sons discordants envahissaient l’espace. Puis les violons ont joué une petite phrase un peu plus musicale et tout s’est tu. Un monsieur à cheveux blancs et queue-de-pie s’est faufilé entre les pupitres et la foule a applaudi à ses saluts. Il a levé une baguette et dès qu’il l’a agitée, la lumière s’est éteinte et la musique a empli l’espace pour quelques minutes... à l’issue desquelles, à notre grand étonnement, nous étions les seules à applaudir.

    Enfin, le rideau s’est levé. Sur la scène, un homme chantait alors qu’il était poursuivi par une sorte de dragon de carnaval : « Zu Hilfe ! Zu Hilfe ! ». J’ai essayé de suivre l’histoire.

    Le chanteur a fini par s’écrouler par terre, alors que le monstre de carton pâte ne l’avait même pas touché. Puis sont arrivées trois fortes dames armées de lances avec lesquelles elles faisaient mine de frapper le dragon : il s’est immobilisé, la gueule ouverte et la langue pendante. Les dames semblaient se disputer âprement – au lieu de porter secours au malheureux que leurs cris ne réveillaient pas – puis ont disparu aussi vite qu’elles étaient venues… pour laisser la place à un autre personnage carnavalesque déguisé en gros oiseau…

    Mais à partir de là, je n’ai plus rien compris à l’histoire : cette dame scintillante qui vocalisait si merveilleusement, était-elle bonne ou méchante ? Et cette sorte de druide sans faucille, de quel côté était-il ? Pourquoi y avait-il tout à coup trois portes sur la scène ? Qui donc criait « Zurück ! » ? Que faisait là cette malheureuse jeune fille ? Pourquoi son père la laissait-il aux mains de cette brute qui voulait la violer ?

    Quand nous nous sommes retrouvées dehors après le spectacle, nous étions toutes d’accord : le Jesus Christ Superstar qu’on avait vu l’année d’avant à Londres, c’était tout de même largement supérieur à ÇA !

    ÇA ! dont on ne savait même pas comment ça s’appelait ni qui en avait composé la musique.

    ***

    Et pourtant… qui eut cru qu’à peine cinq ans plus tard j’en connaîtrais par cœur plusieurs arias et chanterais avec jubilation :

    Ein Mädchen oder Weibchen
    wünscht Papageno sich !
    O so ein sanftes Täubchen
    wär’ Seligkeit für mich!

    ***

    A la demande des dames de Lu si..., j'ai retravaillé ma première version pour la rendre plus "personnelle" mais je ne sais pas ce que vous en pensez, je préfère toujours la première, que vous trouverez ici: http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2012/07/01/premiere-fois-a-l-opera.html

    J'ai fini par écrire cinq versions de ce texte, travail des plus frustrants, surtout si on ne comprend pas le pourquoi de certaines remarques...

    Finalement, aucune version n'a été retenue.

    Mais rassurez-vous, si "bis repetita placent" vous savez aussi que "ter non licet": je m'en tiendrai donc à ces deux versions et vous épargne les autres Langue tirée

    Mais vous, laquelle trouvez-vous meilleure?

    ***

    Si vous voulez voir une Reine de la Nuit déguisée en éponge, c'est à 26'46": http://www.youtube.com/watch?v=JHMFAjSSIPQ&feature=related

     

  • Adrienne Parisienne

    Adrienne a passé le week-end de sa fête nationale (21 juillet) à Paris.

    Elle a pu y observer qu'un jogging matinal n'est pas une bonne idée: les parcs n'ouvrent généralement pas leurs portes avant neuf heures ou neuf heures et demie, ce qui oblige à ne respirer que des vapeurs d'essence et de mazout:

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    ici l'entrée - bien close - du parc Montsouris

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    Elle a pu y observer que le Musée de la Vie romantique, tout en étant un endroit absolument charmant, fleuri et calme, n'a que peu d'effets positifs sur sa gardienne-chef, qui réussit l'exploit de ne jamais relever les coins de sa bouche. Sans doute n'aime-t-elle pas la musique de Chopin qu'on y passe en boucle...

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    Elle a pu y observer qu'en divers endroits de la capitale française, sous les pavés, c'est toujours la plage...

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    qu'une petite chenille verte s'était perdue dans l'opulente chevelure de Dalida...

    Paris 2012 044 - kopie.JPG

    que les raisins de Montmartre sont trop verts Clin d'œil

    Paris 2012 051 - kopie.JPG

    et que dans les cimetières on ne sait plus quoi inventer pour se démarquer du commun des mortels Langue tirée

    ***

    Encore un grand merci à Caro!