• Z comme zut

    - Zut et flûte! ai-je dit tout haut en classe, fâchée contre moi-même parce que fatiguée et pas performante.

    - Oh! Madame! ont fait quelques élèves en prenant un air faussement choqué tout en essayant de se retenir de rire.

    Alors nous avons ri tous ensemble.

    - Et vous, alors, ai-je eu envie de leur rétorquer, avec vos Fuck et Shit et pire encore?

    Mais je me suis tue: l'exemple ne doit-il pas venir d'en haut?

    Langue tirée

  • Y comme Yvonne

    La photo est datée du dimanche 19 avril 1925: Souvenir du Camp de Beverloo, ont-ils écrit à la craie sur une cantine militaire. Puis la date, 19-4-1925. C'est bien pour la postérité, surtout si elle a l'âme d'une archiviste Clin d'œil.

    yvonne,lettre,photo

    Mon grand-père est à gauche sur la photo. Les quatre autres jeunes gens sont des amis de sa ville. Mon père les connaissait tous par leur nom. Le Michel dont il est question dans la lettre du 19 avril (que j'ai publiée ici en septembre) est tout à fait à droite. Il y a aussi deux Gaston et au milieu d'eux, un Edmond Clin d'œil

    ***

    Pendant ce temps-là naissait Jacques Lippe, qui ne manquerait pas de se faire photographier lui non plus, comme on peut le voir ici dans le rôle de monsieur Beulemans (merci à Jeannine du blog http://jardin-du-bonheur.skynetblogs.be/archive/2009/06/20/jacques-lippe.html)

    yvonne,lettre,photo

    ***

    Le mois prochain, une lettre pour Yvonne.

  • X c'est l'inconnu

    En principe, c'est à partir d'aujourd'hui que je peux de nouveau jouir d'une connexion internet chez moi.

    Je me demande si la quinzaine passée me vaudra une réduction sur le prix de la facture...

    ***

    J'ai hâte de vous retrouver tous, de répondre à vos commentaires et d'aller sur votre blog.

    Merci d'avoir continué à réagir!

    les joies de l'internet

    et merci à Zigmund pour ce logo

  • W comme wagon de train

    J'aime, j'aime les gares même la nuit.

    - Oh la la! me dit la dame avec qui j'avais conversé autour d'un verre et de quelques amuse-gueule, oh la la! que je n'aime pas ça!

    ça, c'étaient les gyrophares bleus des voitures de police qu'on avait vues passer déjà une ou deux fois sur le boulevard aux alentours de la gare du Nord.

    - Oh la la, dit-elle encore, je n'aime pas ce quartier, ce n'est pas du tout évident de venir ici la nuit!

    Ce quartier, c'est pourtant celui de bâtiments prestigieux comme celui de notre Ministère de l'enseignement en Communauté flamande où nous avions été réunis pour une formation, un mercredi après-midi.

    Et la nuit? pensai-je, mais il est à peine six heures! D'accord, il fait noir. Mais moi, j'aime les gares, même la nuit, même à Bruxelles. Je n'ai jamais eu peur.

    J'y suis avec trois quarts d'heure d'avance mais ça ne me dérange pas. Je préfère quitter une réception où je n'ai plus rien à faire et m'immerger dans l'univers pluriforme, multicolore, toujours changeant, toujours effervescent d'une gare bruxelloise.

    Trois quarts d'heure d'attente et pas une seule minute d'ennui. Le livre, ce sera pour le trajet. Ici, je n'ai pas assez d'yeux pour tout voir ni d'oreilles pour tout entendre.

    - Le train? m'avait dit une jeune collègue avec ahurissement ce midi-là quand je lui avais annoncé:
    - Faut que j'y aille, sinon je vais rater mon train.
    - Le train? Tu prends le train? Pour aller à Bruxelles?

    Parfois, il est vraiment trop facile de se sentir une extra-terrestre Langue tirée

  • V comme Valéry, Villon et Verlaine

    L'expo que le Musée des Lettres et des Manuscrits consacre à Verlaine est fort intéressante (1), mais elle ne m'a pas fait trouver le personnage plus sympathique. Juste un peu de compréhension pour un homme qui a vécu une enfance qu'un des panneaux décrit comme suit:

    "Comment endormir un enfant lorsqu'il est veillé par les trois foetus de ses frères et soeur qui dorment dans leurs bocaux de verre? Prison de verre et d'alcool. Trois enfants morts-nés conçus par ta mère, Elisa. Trois fausses couches conservées dans l'esprit de vin, rangées dans l'armoire à linge familiale, avec le trousseau de la jeune mariée, ou parfois exposées sur la cheminée familiale ou encore conservées dans le garde-manger."

    Verlaine.JPG

    photo prise au musée avec l'accord du personnel Sourire

    Pas tout à fait anormal, donc, si dans une de ses crises d'éthylisme il finit par fracasser les bocaux...

    Dans un des panneaux introductifs à l'expo, on peut aussi lire ceci:

    "Verlaine, comme Villon, nous contraignent enfin à confesser que les écarts de la conduite, la lutte avec la vie dure et incertaine, l’état précaire, les séjours dans les prisons et les hôpitaux, l’ivrognerie habituelle, la fréquentation des bas-fonds, le crime même, ne sont pas du tout incompatibles avec les plus exquises délicatesses de la production poétique. Si j’allais philosopher sur ce point, il faudrait bien marquer ici que le poète n’est pas un être particulièrement social. Dans la mesure où il est poète, il n’entre dans aucune organisation utilitaire."

    Paul Valéry, Villon et Verlaine, Conferencia, 15 avril 1937 (2)

    ***

    (1) L'expo au Musée des Lettres et des Manuscrits http://www.mlmb.be/fr/index.html

    (2) L'article complet de Paul Valéry est en ligne http://www.biblisem.net/etudes/valevill.htm

    en ligne également, l'oeuvre de Verlaine qui a donné son titre à l'expo, Cellulairement http://www.florilege.free.fr/verlaine/cellulairement.html#r7


     

  • U comme une et unique

    Une seule et unique perle parmi la petite centaine de devoirs corrigés ces derniers jours (1) mais je la trouve fort jolie: j'ai une élève qui parle aux objets.

    Voici ce qu'elle m'écrit:

    "Comme je l'ai dit au paravent, je voudrais étudier la psychologie."

    ***

    (1) seul aspect positif à l'absence de connexion internet: les corrections se font sans récré ni interruption d'aucune sorte Cool

  • T comme tout va très bien!

    L'Adrienne, vous le savez, ne se déplace plus qu'en sandales crades.

    Vous savez également qu'elle se promène dans sa ville un oreiller sous le bras.

    Ce que vous ne savez pas, c'est que cette téléphonophobique est privée de téléphone depuis le 15 ou le 16 novembre (elle ne le sait plus très bien). Si vous l'appelez sur son fixe, vous arrivez chez une dame qui habite un autre village et qui s'appelle Leona. Essayez et vous verrez, Leona a déjà l'habitude de recevoir des appels pour l'Adrienne mais s'en accommode fort bien. Prévenir Belgacom? Mais pourquoi donc? (1)

    Ce que vous avez peut-être deviné, c'est que l'Adrienne est aussi privée d'internet. Depuis le 15 ou le 16 novembre, il lui semble que c'était un vendredi, et sa vie de nomade ne l'aide pas à améliorer sa perception déjà fort perturbée, en temps normal, des jours de la semaine (2)

    Ce billet-ci, par exemple, elle est retournée dans son bureau à l'école, un soir tard, pour l'écrire en toute discrétion.

    Elle vient d'apprendre qu'elle disposera à nouveau d'une connexion le 27 novembre à 16.30 h. (3) soit quinze jours après avoir signalé le problème.

    Mais à part ça, tout va très bien Cool Elle réussit déjà à se mettre une goutte dans l'oeil dans devoir se coucher par terre derrière son bureau.

    ***

    (1) aussi, l'Adrienne trouverait formidable qu'un grand nombre de gens appellent Leona et lui fassent un brin de causette Langue tirée

    (2) l'Adrienne, c'est le genre de personne qui se pose la question tous les matins, et souvent deux ou trois fois le reste du temps, "Mais quel jour sommes-nous, aujourd'hui?" 

    (3) admirable de précision et d'efficacité, n'est-ce pas? (sifflement admiratif)

  • Stupeur et tremblements de gagnante

    Une ancienne élève qui tient aujourd'hui un magasin d'opticienne me demande de lui trouver un joli slogan pour son commerce. Ce que je lui offre bien volontiers.

    Ensuite elle décide d'en faire un concours sur fb.

    Voilà que je peux gagner un bon d'achat de 500 € si mon slogan obtient le plus de suffrages.

    C'est le moment où l'Adrienne en moi baisse les bras...

    Non, je ne participe plus, je ne vais même pas cliquer sur le bouton "j'aime" et voter pour mon propre slogan ni rameuter mes "amis" pour le faire.

    ***

    Je reçois un gentil mail personnalisé de la part de Brussels Airlines. Il paraît que j'ai gagné un voyage à New-York. "Cool!" comme disait mon Français de neveu avant même de connaître un vrai mot d'anglais.

    Puis je découvre que pour gagner vraiment ce billet d'avion, il faudrait que je "like" sur leur page fb.

    Vous avez deviné la suite: ça a cessé de m'intéresser. Et pourtant, des amis qui sont allés à New-York et en ont rapporté de magnifiques photos m'ont donné envie de découvrir cette ville.

    Ce sera une des nombreuses choses à faire dans ma prochaine vie.

    Il faudra qu'elle soit longue et prospère Langue tirée

    ***

    Le "réseau social" n'était déjà pas formidablement intéressant, mais j'ai l'impression qu'il devient de plus en plus le lieu de toute la publicité. Le moindre commerçant comme les plus grosses entreprises, chacun y a sa page que les "amis" sont invités à "aimer" en échange de cadeaux divers ou d'affaires en or.

    Je me demande jusqu'à quand je resterai membre de cette baraque...

    L'autre jour, j'y félicitais une ancienne élève pour la naissance de son deuxième bébé. J'avais raté le moment idoine pour le faire, un mois auparavant. J'avais pourtant pu suivre toute l'évolution de sa grossesse, photos à l'appui.

    "Comment est-ce possible!" m'écrit-elle en réponse à mes congratulations, "tout un mois sans aller sur fb!?"

    C'est sûr que c'est étrange, vu le nombre de prix mirobolants qu'on peut y gagner tous les jours Rigolant

  • R comme rions un peu

    Je ne vous l'ai pas encore dit - pour ne pas vous attrister davantage Langue tirée, mais j'ai une inflammation à l'oeil. Ce qui nécessite d'y mettre une goutte de Predmycin toutes les quatre heures.

    A la récré de dix heures, j'étais seule dans notre bureau des coordinatrices. C'était le moment de la petite goutte.

    Quand ma collègue est entrée avec une élève, elles ne m'ont pas vue.

    Elles ne m'ont pas vue parce que j'étais couchée par terre, derrière mon bureau.

    Vous l'avez compris: ce n'est que dans cette position que je suis capable de me mettre plus ou moins efficacement une goutte dans l'oeil.

    Bref, je me suis trouvée devant un cas de conscience: rester couchée en espérant qu'elles continueraient à ne pas me voir... ou me lever comme le pantin qui sort de sa boite et les saluer de mon air le plus innocent.

    C'est cette dernière option que j'ai choisie.

    Je dois à la vérité de dire qu'elles ont tout de même un peu saisi de me voir apparaître tout à coup... et que j'ai bien ri de l'étonnement que j'ai vu sur leur figure à toutes les deux Rigolant

     

  • P comme Purée!

    L'Adrienne, vous le savez, a reçu une éducation très stricte. Une de celles qui laissent des traces indélébiles jusqu'à cinquante ans plus tard... et probablement au-delà Clin d'œil

    Une des conséquences directes les plus fortes en est que jamais au grand jamais on n'entendra l'Adrienne se lâcher à dire un gros mot. Elle a toujours laissé les G...V...D... à d'autres. En cas de grosse contrariété, l'Adrienne arrive tout juste à exhaler un "Purée!".

    Un jour, ça lui est arrivé en classe et ça a beaucoup fait rire ses élèves.

    Alors elle en a profité pour leur expliquer qu'elle préférait dire "Purée" au lieu de putain ou merde.

    En classe, bien sûr, pour des raisons purement pédagogiques, l'Adrienne emploie ces mots-là et même des pires: elle estime qu'il est impératif que ses élèves soient armés pour affronter les jeunes français, les films français et les chansons françaises Langue tirée (1)

    ***

    Ces derniers temps, l'Adrienne a souvent l'occasion de dire "Purée!

    Par exemple en étendant son linge au grenier et qu'elle bute contre le vieil aspirateur. Ou en farfouillant dans son congélateur et qu'un pain de 800 grammes lui tombe sur le pied. Ou en faisant tranquillement sa brasse à la piscine et qu'elle attrape un coup en plein sur l'orteil.

    Car vous le savez tous: il suffit d'avoir un bobo quelque part pour qu'il se rappelle constamment à vous. Ainsi, les coups et les heurts ne sont jamais pour un des neuf autres orteils, sortis indemnes de l'explosion du piano.

    Mais rassurez-vous: l'Adrienne a dû tellement happer l'air pour retrouver la parole et la vue (de trente-six chandelles) qu'elle n'a même pas réussi à sortir un "Purée!"

    ***

    (1) en tout cas de celles que l'Adrienne adore leur faire écouter de sa compil des années 80 de Renaud et qui sont encore bien gentilles comparées à ce qu'on entend parfois aujourd'hui Surpris

  • O comme organisation

    "Viens dormir à l'appartement", me dit ma mère dimanche dernier. "Vu que je n'y serai pas de toute la semaine, il est libre."

    La proposition était tentante. Surtout que lundi après les cours, il y avait entretien avec les parents, et que rentrer vers vingt heures dans une maison froide n'est pas très engageant... impossible de réchauffer l'atmosphère en si peu de temps.

    Donc lundi matin je suis arrivée à l'école avec tout un barda, sac à dos avec mes affaires pour la nuit et le lendemain, sac en bandoulière avec mon ordinateur portable, dans la main droite le casse-croûte pour la journée et dans l'autre main les gros sacs pour l'école.

    Heureusement, à sept heures et demie du matin, seules les femmes de ménage me voient arriver Langue tirée

    ***

    Première nuit à l'appart: je ne réussis pas à me connecter à Internet et je ne dors que quatre heures: le divan-lit est dur comme une planche et juste à côté cliquète l'ascenseur.

    Mardi soir, je rentre chez moi: il y a mes chats, mon frigo qui est plein de nourriture (celui de ma mère est vide, bien entendu) et ma connexion Internet. Qui m'occupe si tard que je décide de ne pas retourner en villet. Je m'installe un matelas dans le living où j'ai réussi à faire monter la température jusqu'à 15°.

    Evidemment, mes affaires de toilette sont restées à l'appart.

    Je vous épargne la suite de mes déménagements successifs, avec toujours quelque chose qu'on oublie, la voiture qu'il faut garer loin, l'envie d'être ailleurs...

    ***

    Mercredi, huit heures du soir.

    Cette femme qui traverse la place du marché en sandales crades avec un gros oreiller sous le bras et un grand cabas, c'est l'Adrienne.

    Les passants ne savent plus s'ils doivent s'étonner en voyant ses pieds ou son étrange bagage. Mais l'Adrienne marche le sourire aux lèvres: elle est arrivée à un point où elle ne ressent plus aucun souci du qu'en-dira-t'on.

    Ou presque Cool

     

     

     

  • N comme Némésis

    L'Adrienne ne vous a pas encore raconté comment elle s'est fait arnaquer en août.

    En septembre elle vous a mis au courant de ses problèmes de chauffage.

    "Un malheur ne vient jamais seul", a dit sa mère, qui ne vient jamais sans ses proverbes.

    En octobre vous avez su l'explosion de l'orteil.

    "Jamais deux sans trois", a dit sa mère.

    Puis elle a tout de même ajouté: "Il faut espérer que maintenant ce sera tout."

    ***

    Mais depuis, l'Adrienne réfléchit. Elle aimerait bien savoir quand la série a commencé. Alors elle remonte dans le temps. Il y a quatre ans exactement aujourd'hui que son père est décédé. Et dans quatre jours il y aura six ans que l'Homme est parti. Entre-temps, le jardin est redevenu friche et la maison part à la dérive...

    ***

    L'Adrienne alors se souvient de ses cours de grec et de textes qui préconisaient aux mortels de ne pas trop se complaire dans le bonheur terrestre, sous peine d'attirer sur eux la vengeance divine.

    Elle espère qu'au bout de six ans l'Olympe a eu de quoi se repaître et lui laissera un peu de paix.

    Elle espère que la grosse flaque qu'elle a découverte sous le lave-vaisselle n'est pas le signe du tracas suivant

    Avare

    C'est ainsi que petit à petit l'Adrienne apprend à se passer de tout le confort:

    elle finira stylite
    Cool
    et les dieux de l'Olympe lui ficheront la paix

  • M comme mercredi et M***

    Mercredi en fin d'après-midi j'ai rendez-vous avec M*** autour d'un café et d'une pâtisserie.

    J'ai déjà parlé de M*** mais c'était il y a longtemps http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2010/03/01/premier-premiere.html

    Aujourd'hui le bel oiseau a ouvert ses ailes et fait avec succès des études universitaires. Aucun de mes collègues n'y croyait.

    Je suis si fière, si fière d'elle et si heureuse de la revoir... Bisou

    ***

    Parfois, oui parfois je me dis que je fais le plus beau métier du monde.

    J'espère de tout coeur que les trois beurettes que j'ai serrées sur mon coeur en juin dernier suivront le même chemin qu'elle.

  • L comme libres?

    Dimanche dernier sous mon toit (et au coin du feu Clin d'œil) nous étions trois générations de femmes sans homme.

    La plus jeune l'est par choix délibéré, choix qui m'inquiétait quand elle avait vingt ou vingt-cinq ans - j'avais peur qu'un jour vienne où elle le regretterait - mais à propos duquel je suis entièrement rassurée aujourd'hui.

    La plus âgée aurait préféré vieillir aux côtés de son mari, mais il était à peine arrivé à l'âge de la retraite quand la maladie l'a emporté, comme on dit pudiquement.

    Et au milieu il y a moi, dont vous connaissez l'histoire. (1)

    Trois femmes libres, pourrait-on dire.

    Pas dans le sens où l'entend Epictète (2), cependant, car des envies et des désirs, nous en avons encore beaucoup toutes les trois...

    ***

    (1) le plus drôle à ce propos, d'ailleurs, c'est que mes visiteuses ont un lien de parenté avec l'Homme-de-ma-vie, mais pas avec moi Rigolant

    (2) "Le bonheur ne consiste pas à acquérir ni à jouir, mais à ne rien désirer, car il consiste à être libre."

  • K comme karikol

    C'était en septembre sur le blog de Colo. On pouvait y lire:

    Caracol; mínima cinta métrica con que mide el campo Dios.

    Escargot; minime mètre ruban avec quoi Dieu mesure la campagne

    José Carrera Andrade. Poète équatorien 1903-1978

    http://espacesinstants.blogspot.be/2012/09/mesure-medida.html

    Alors j'avais mis en commentaire:

    Il faudra que je fasse une recherche étymologique qui me dira le lien entre l'espagnol "caracol" et le flamand "karikol" pour désigner le même animal, dès qu'il se trouve piqué d'une fourchette en plastique dans une barquette vendue à la kermesse ;-)

    Nous y sommes donc aujourd'hui. En fait, nos karikol sont plutôt des bigorneaux.

    Il semblerait en effet que le mot vient de l'espagnol, comme quelques autres qui m'avaient déjà frappée (toiiiink) dans mon dialecte: ainsi par exemple, nous appelons un merle (mot dérivé du bas latin merulus) 'ne mirlo'.

    Mais là il s'agit de dialectes.

    En néerlandais, il y a peu de mots d'origine espagnole, quelques-uns du domaine culinaire (barbecue, tomaat et patat par exemple) ou militaire (comme embargo ou commando). Les linguistes néerlandais imputent ce peu de succès au fait que l'occupation espagnole, principalement sous le règne de Philippe II, a surtout laissé de mauvais souvenirs Langue tirée

    Pour les mots espagnols en néerlandais, voir l'intéressante étude (en néerlandais) Geleend en uitgeleend - Etymologiebank (à partir de la page 99 ww.etymologiebank.nl/pdf/1998_Sijs.pdf)

  • J comme j'aime, je n'aime pas

    J'aime le soleil qui rend l'eau plus bleue et plus scintillante
    J'aime le soleil dans les yeux quand je nage

    Je n'aime pas cette radio qui hurle et fait résonner de la mauvaise musique
    mais j'ai aimé cette-fois-là où elle passait http://www.youtube.com/watch?v=bNNfAuMq-M0
    et la fois où c'était http://www.youtube.com/watch?v=jGqrvn3q1oo

    J'aime voir les enfants sages ranger les accessoires avec lesquels ils se sont amusés
    J'aime les voir s'amuser avec un papa qui les soulève, les attrape, les porte sur son épaule

    Je n'aime pas les voir courir sans que personne ne les prévienne du risque de chute

    J'aime admirer le plongeon parfait et le crawl impeccable
    J'aime admirer les torses apolliniens Cool

    Je n'aime pas ceux qui bousculent les autres nageurs

    J'aime quand la piscine est encore déserte et la surface de l'eau toute lisse
    J'aime ces moments de sérénité dans l'eau

    Je n'aime pas ceux qui me touchent au passage

    J'aime nager plus vite que les autres
    J'aime voir de très vieilles dames, elles me rassurent sur l'avenir Sourire

    Je n'aime pas que les maîtres nageurs respirent l'ennui dans leur coin

    J'aime voir la patience et l'enthousiasme de ceux qui apprennent à nager aux petits
    J'aime les mamans qui pataugent dans le petit bassin avec leur bébé

    Je n'aime pas ce premier contact froid avec l'eau

    J'aime la douche chaude après la piscine
    J'aime le sèche-cheveux quand le vent souffle froid dehors

    Je n'aime pas quand la caissière nous fait attendre

    J'aime compter mes longueurs en surveillant le chrono
    J'aime trouver de l'inspiration pour un billet tout en nageant

    Je n'aime pas sentir monter la crampe dans le pied

    J'aime quand au bout de 40 minutes je ne sens toujours aucune fatigue
    J'aime améliorer mes chronos Rigolant

    Je n'aime pas me cogner l'orteil contre l'échelle métallique

    Je n'ai pas aimé être privée de piscine pendant une vingtaine de jours

     

     

     

  • I comme inspiration chez Lali

    Depuis toujours, elles étaient rangées dans une petite boite bleue qu’elle avait depuis l’enfance, une boite en bois peint ornée d’un dessin de petit agneau sautillant dans un pré fleuri. Elle l’avait choisie pour les y déposer parce qu’elle était  munie d’une toute petite serrure qu’on ouvrait et fermait avec une minuscule clé à une dent. Clé et serrures tout à fait symboliques, mais tout de même : c’était fermé aux regards indiscrets et ça avait quelque chose de rassurant.

    Les deux premières années, il avait fallu très souvent ouvrir et fermer la petite boite et à l’intérieur le petit tas grossissait. Bientôt, se dit-elle, il n’y aurait plus de place.

    Puis elle dut de moins en moins souvent ouvrir et fermer la petite boite qui finit tout de même par être bien pleine. Elle la cacha tout en haut de l’armoire de la salle de bains, derrière une pile de serviettes. Là, elle en était sûre, personne ne la chercherait jamais.

    Pendant trente ans, elle prit bien soin de la petite boite bleue. Il lui arrivait de monter sur un escabeau pour s’assurer qu’elle y était encore. Elle sortait la petite clé d’une autre cachette, ouvrait la boite bleue, palpait doucement son contenu, le sourire aux lèvres, puis la refermait et la rangeait.

    Mais un jour, ni la boite ni son contenu n’eurent plus aucune raison d’être. Elle décida qu’il fallait s’en débarrasser. Transvasa le contenu de la boite bleue dans un réceptacle moins précieux à son cœur. Pensa le brûler. Hésita. En parla à une amie. Qui fut catégorique : il fallait jeter tout ça aux oubliettes ! Elle se laissa convaincre. L’emporta chez l’amie, à plus de cinq cents kilomètres, pour s’en débarrasser le plus loin possible du lieu de leur histoire. Ne jeta rien, finalement. Rapporta le tout chez elle.

    Elle a juste jeté les rubans.

     

    Lali289.jpg

    oeuvre de Henry Hutt, voir http://lalitoutsimplement.com/en-vos-mots-289/

  • H comme histoire d'O.

    Il fait déjà nuit quand on sonne. Je m'extrais de mon fauteuil. C'est ma voisine qui vient aux nouvelles:

    - Alors? me fait-elle en regardant mes pieds. Comment ça va? Basiel m'a dit que ce n'était pas beau à voir...
    - Oui, dis-je, j'ai trouvé Basiel bien courageux.

    C'est vrai: ce gamin avait réussi à réprimer toute l'horreur qu'il ressentait en faisant juste un long "Aaarrrghhh"

    - Mais à propos, me dit-elle, est-ce que je ne t'ai jamais raconté ce qui m'est arrivé à moi?
    - Ah non, je ne crois pas, lui dis-je.

    Suit alors une longue, très longue histoire, de haie qu'on veut tailler, de taille-haie électrique qu'on manie avec enthousiasme, de grands gestes circulaires, vers le haut, vers le bas - le tout mimé devant moi pour une meilleure compréhension de la chose - et puis paf! le bout de l'orteil qu'on a coupé, qu'on récupère tout sale un peu plus loin, qu'on dépose sur une petite boîte de soupe surgelée, le mari qu'on appelle, qui vous conduit aux urgences pendant que vous avez le pied qui saigne abondamment et dans les mains le petit pot de soupe surgelée avec le précieux bout d'orteil dessus...

    ... et qu'aux urgences, à votre grand effarement, on jette immédiatement à la poubelle!

    Bref, la voisine et moi nous rions beaucoup, car je connais la fin de l'histoire:

    - Et tu sais, me dit-elle, mon orteil a parfaitement repoussé! Il n'y manque rien!

    ***

    C'est incroyable le nombre d'histoires d'orteil que j'entends ces temps-ci Langue tirée

  • G comme gezellig

    - Madame, comment est-ce qu'on dit "gezellig" en français?

    Voilà une question qui embête Madame au moins une fois par an et par classe, ce qui fait qu'elle connaît presque par coeur les nombreuses traductions proposées par son dictionnaire. Alors Madame répond:

    - Et bien, ça dépend du contexte... mais en fait il n'y a pas d'équivalent parfait en français. (1)

    Alors on cherche ensemble si c'est plutôt "gezellig in de omgang" (une personne agréable, charmante, sympathique), "het ergens gezellig vinden" (un lieu accueillant, convivial, plaisant, une bonne ambiance) ou "een gezellige manier van zijn" (d'un abord facile, gentil, sociable).

    Mais Madame sait à l'avance que l'élève fera la moue pour chaque traduction proposée... et il (ou elle) aura raison, rien ne traduit de manière parfaite son "gezellig" parce qu'il englobe beaucoup plus qu'une seule idée.

    ***

    Aujourd'hui que Madame cherche une maison, c'est elle qui fait la moue. Car devinez quel mot revient toujours dans la bouche des agents immobiliers quand ils veulent lui vanter un logis?

    Exactement! "Gezellig".

    Alors Madame a chaque fois envie de demander:

    - Aha, gezellig... mais dans quel sens l'entendez-vous? "gezellig klein" (si petit qu'il faut choisir si on mettra un fauteuil ou une table dans la pièce), "gezellig donker" (si sombre qu'il faudra allumer en plein jour) ou "gezellig ouderwets" (si vieillot qu'on semble catapulté dans l'immédiat après-guerre)?

    ***

    N'empêche. Madame est impatiente de voir la prochaine maison qui est sur sa liste.

    On lui a certifié trois fois qu'elle était absolument "gezellig" Cool

     ***

    (1) le lecteur attentif aura remarqué que Madame n'hésite pas à employer des mots que ses élèves ne connaissent pas mais dont elle se dit qu'ils devineront le sens... Parfois Madame oublie comment elle-même s'énervait chaque fois que la prof de sixième disait: "C'est une chose que je ne tolérerai pas!" et que personne dans la classe ne savait ce que voulait dire "tolérer"

  • F comme frère

    - Vous vous ressemblez de plus en plus, me dit-elle. Vous vivez si loin l'un de l'autre, et sans le savoir vous faites tout pareil. Vous faites le même genre de remarques. Vous avez les mêmes idées sur un tas de choses. Les mêmes opinions en politique. C'est incroyable.

    Elle énumère nos ressemblances. Moi, je souris et mentalement je fais la liste de nos différences Langue tirée

    - Vraiment, me dit-elle encore, c'est frappant!

    Parfois j'ai l'impression qu'elle veut se convaincre elle-même.

    - Je ne l'aurais jamais cru, avant... dit-elle alors en guise de conclusion.

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  • 7 photos d'arbres du parc Sobieski

    Parce que je les aime
    Parce qu'ils me rappellent de beaux souvenirs de l'été dernier
    Parce que bientôt la plupart auront l'air tout morts et que j'aspire déjà à les voir reverdir

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    pour ceux qui veulent en savoir plus sur le parc Sobieski, c'est ici
    http://www.villedurable.be/espaces-verts/le-parc-sobieski

  • E comme erreur numéro un, erreur numéro deux, erreur numéro trois, ...

    "Les dix erreurs à ne pas commettre", titrait l'article (1).

    Vous pensez bien que je me suis empressée de le télécharger et d'en faire une lecture attentive... pour constater que dans ma recherche de LA maison de mes rêves, les erreurs, je les cumule!

    Ainsi, j'ai déjà tout bon (ou tout faux) avec les trois premières règles:

    Erreur numéro un: je suis pressée de trouver.

    Quand j'ai commencé à chercher activement, fin septembre, je pensais trouver dans le mois. Hahaha, elle est impayable, cette Adrienne! Depuis, évidemment, je me suis calmée. Non, je n'ai pas déménagé pendant le congé de la Toussaint (LOL). Je sais déjà que je ne déménagerai pas non plus pendant les vacances de Noël. Février? Bof! Pâques? J'aimerais mieux passer quelques jours en Italie Cool. Grandes vacances? C'est dans huit mois...

    Erreur numéro deux: je suis trop exigeante.

    Pensez donc: pour un petit budget, l'Adrienne veut le centre ville ET un jardinet, tout le confort d'une cuisine et d'une salle de bains, l'électricité aux normes, du double vitrage, un toit isolé en bon état... et même du chauffage! On a enfermé des moins fous que ça!

    Erreur numéro trois: je raie, je barre, je biffe, je supprime de ma liste sur de mauvaises bases.

    Je vous explique: selon l'article, il n'est pas bien de ne plus prendre une maison en considération parce qu'elle n'est pas située là où vous le désirez, de rayer cette autre de votre liste parce qu'elle n'a ni cuisine, ni salle de bains, de rejeter cette troisième parce qu'elle n'a qu'une minuscule petite cour tristounette et un escalier casse-pattes, etc.

    Après, ça devient un peu répétitif. Ou contradictoire. Parce que si la règle numéro un demande de ne pas se mettre la pression, la septième et la dixième vous incitent à trancher sans tergiverser, tarder, hésiter ni consulter le ban et l'arrière-ban de la famille.

    Normal, si on veut arriver à dix règles quand on n'en a finalement qu'une: ne soyez pas trop exigeant! Alors que moi je pensais que l'achat d'une maison était une affaire d'Etat, le deal du siècle, et qu'un engagement sur vingt ans, c'est-à-dire pour le reste de ma vie, requérait un maximum de circonspection.

    D'ailleurs, il n'y a qu'à voir quel mal j'ai déjà à m'acheter un vêtement Langue tirée

    ***

    (1) pour ceux qui lisent le néerlandais, c'est là, http://www.century21.be/CENTURY21/Actualiteit.aspx, descendez jusqu'au mois de mai 2012, DE 10 MEEST VOORKOMENDE FOUTEN BIJ HET KOPEN VAN VASTGOED... EN HOE ZE TE VOORKOMEN.

     

  • D comme défi

     

    Silence !

    « Silence ! » nous dit-on dans une bonne demi-douzaine de langues, au moins une fois toutes les cinq minutes.

    « Chut ! » font les gardiens postés aux quatre coins de la salle.

    Mais le murmure de la foule ne s’éteint jamais.

    ***

    Il faut croire qu’à la chapelle Sixtine personne, vraiment personne n’est muet d’admiration.

    texte écrit pour le défi 218, désolée pour ceux qui le liront deux fois

  • C comme conseil...

    ... et C comme Chevillard, voir http://l-autofictif.over-blog.com/article-1725-111969959.html:

    Nous tenons toujours prête pour autrui une philosophie de bon conseil – relativise, temporise, maîtrise –, puis, celle-ci formulée, nous pouvons reprendre notre plainte interrompue.



  • B comme Bruxelles ma belle

    Voilà trop longtemps que je n'ai plus revu Bruxelles ma belle... ces photos datent du mois d'août dernier

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    dans la cour intérieure de l'hôtel de ville

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    maison accolée à l'église Saint-Nicolas

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    "Il faut être résolument moderne", dit l'inscription.
    Je n'ai toujours pas compris son rapport avec le fait divers que la plaque veut commémorer Langue tirée

  • Adrienne et l'autocensure

    L'Adrienne estime qu'elle a assez parlé de ses petits malheurs. Des millions de gens sur cette planète vivent sans chauffage central et sans eau chaude. Et sans blog, en plus Langue tirée

    L'Adrienne ne veut plus parler de sa petite santé. Un orteil en compote, ça fait mal et c'est handicapant, mais ça finit par guérir. Il y a des maux dont on ne guérit pas.

    L'Adrienne ne devrait plus vous parler de l'homme-de-sa-vie: elle ne voudrait pas donner l'impression de lui régler ses comptes. Toute idée de "vengeance" lui est étrangère.

    L'Adrienne envisage de faire disparaître les billets où elle parle de sa mère. Il serait bien temps de lui pardonner et d'appliquer la bonne philosophie de la grand-mère dont elle porte le nom: "Il faut la prendre comme elle est. Elle n'y peut rien si elle est comme ça".

    L'Adrienne n'a plus trop envie de parler de l'école, où pour cinquante minutes de bonheur d'enseigner il y en a cinquante autres à essayer de réparer des dégâts causés par certains collègues. Il faut très peu de mauvais enseignants pour faire d'énormes dégâts.

    L'Adrienne prend bonne note de tous les sujets qui fâchent. Comme elle a un besoin maladif de consensus et d'harmonie autour d'elle, elle se dit qu'il vaut mieux les éviter. Non, elle n'en publiera même pas la longue liste, et pourtant c'est tentant Innocent

    ***

    Alors voilà, à force de s'autocensurer, l'Adrienne n'aura bientôt plus rien à vous raconter Cool

  • Premiers besoins?

    "Après le pain, l'éducation est le premier besoin du peuple." (1)

    C'est Danton qui l'a dit et jusqu'à il y a peu c'était un des rares points sur lesquels je pensais pouvoir être d'accord avec lui. J'offrais cette citation à la sagacité de mes élèves de Terminale et nous en dissertions ensemble.

    Pauvre naïve que j'étais Cool

    Aujourd'hui, je le sais avec certitude:

    "Après le pain, le feu est le premier besoin du peuple." (2)

    Car le plaisir de la lecture ou de la musique se perd un peu quand il ne fait que 13° dans la maison, croyez-moi.

    ***

    (1) selon Wikisaitout, il aurait prononcé cette phrase dans un discours à l'Assemblée le 13 août 1793 (rapporté dans Le Moniteur du 15 août 1793) et on peut la trouver aussi dans Danton : documents authentiques pour servir à l'histoire de la révolution, Alfred Bougeart, éd. Lacroix, 1861, chap. VII, p. 270 (voir http://fr.wikiquote.org/wiki/Georges_Jacques_Danton)

    (2) le pain, bien sûr, c'est une façon de parler; c'est encore meilleur s'il s'agit d'une blanquette de veau préparée par une fine cuisinière... miam Bisou