• Dernière neige?

    En la voyant tomber, un jour à gros flocons, un autre en fin rideau blanc, je me suis prise à rêver que c'était la dernière neige que je voyais ici et que l'hiver prochain, je serais dans "ma" petite maison en ville.

    Oui, c'est bien joli tout ça

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    à condition de pouvoir rester tranquillement chez soi au chaud.

    D'ailleurs cette année-ci on en a tant eu que même les élèves en ont marre de se lancer des boules de neige

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    et préfèrent rentrer pour se coller aux radiateurs.

    Sur mon chemin vers l'arrêt du bus au village, je salue en passant mon ami le poney

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    mais la dernière fois il avait pris son air résigné et n'a plus bougé une patte, speculoos ou pas.

    Et quand le chat Pipo, qui a tellement la bougeotte, a disparu sous plus de quinze centimètres de neige

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    je me suit dit que si je le revoyais vivant je l'appellerais François Paradis Langue tirée

  • Dernier arrêt

    - Et si on l’envoyait tout de suite au Petit-Château ? proposa l’employée numéro un à l‘employé numéro deux.

    Petit château ? se dit Muanza. Ils m’envoient dans un petit château ?

    Lui qui comme opposant au régime avait expérimenté la prison dans toute son horreur se voyait déjà dans un de ces jolis palais européens qu’il avait vus en photo sur un vieux calendrier. Une image en particulier lui revenait en mémoire, d’une vaste demeure aux multiples tourelles avec des toits d’ardoises, d’innombrables fenêtres à petits carreaux et un immense parc du plus joli vert.

    - Tu ne crois pas que ça va finir par nous créer des ennuis, si on les refile tous au Petit-Château sans examiner sérieusement leur dossier ? Tu connais les consignes…
    - Comment ça sans examiner leur dossier ? fit l’employée numéro un en prenant un air outré. Cet homme nous a dit son histoire, on a vérifié tous ses papiers, maintenant c’est à eux de voir pour la suite. Ça ne nous concerne plus !
    - Oui, au fait, pourquoi pas… tu as sans doute raison. Et d’ailleurs avec les fêtes qui approchent, c’est la meilleure solution.

    Ils n’allaient pas s’encombrer d’un réfugié à la veille du réveillon, tout de même.

    Muanza se taisait et attendait, sans bien comprendre. Mais il commençait à deviner que ce nom de « Petit-Château » n’était peut-être pas à prendre au pied de la lettre.

    Bah, se dit-il, on verra bien. De toute façon, vu les circonstances, je n’ai pas le choix.

    - Bon, fit l’employée numéro un en se tournant vers lui. Voilà un billet de train pour Bruxelles et l’adresse où vous devez vous rendre avant huit heures ce soir. Ils seront prévenus de votre arrivée. Au revoir, monsieur… euh… Muanza.
    - Au revoir, madame Josiane, répondit Muanza après un rapide coup d’œil à son badge, et merci beaucoup.

    Ben oui, se dit-il avec malice, si elle m’appelle par mon prénom, pourquoi je ne ferais pas pareil ?

    Méritait-elle ce merci ? Il n’aurait osé le jurer.

    Dans la froide nuit de décembre qui tombait déjà, il se rendit vers la gare.

    - On aurait peut-être dû lui donner une écharpe, dit l’employé numéro deux.
    - Bah ! c’est résistant, ces gars-là, fit Josiane.

     

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    écrit pour Désir d'histoires n°90
    http://desirdhistoires.wordpress.com/2013/01/30/liste-des-mots-68/
    les mots imposés étaient:
    créer - palais - concerner - multiples - croire - pourquoi - tous - circonstance - expérimenter - madame

    Ce texte fait suite au précédent
    http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2013/01/24/t-comme-tarmac.html


  • Z comme Zinneke

    A la bibliothèque, j'ai trouvé un livre qui s'appelle Bruxelles sentimental. Il est écrit par Jean-Paul Raemdonck, illustré de tableaux de Didier Van der Noot et a paru aux éditions Bernard Gilson en 2005.

    On en parle ici: http://www.lalibre.be/culture/livres/article/214397/un-bruxelles-sentimental.html

    Il est conçu comme un abécédaire, un Abécédaire sentimental. Ce qui me va très bien Clin d'œil

    A la lettre Z, page 182, on peut lire ceci:

    Z comme zapping. Lettre en coup de fouet, comme si on était tenu d'atteindre le bout de l'alphabet, mais les mots en z se bousculent au dictionnaire du terroir.

    Ils s'y bousculent, en effet, vu que ce terroir est flamand, qui ne manque pas de mots en z.

    Bruxelles la zappée. Elle a connu tout le monde dans l'Histoire. Diable merci nous sommes tous des zinnekes, bâtardisés, mélangés. Si les villes arboraient une lettre comme elles s'identifient par un emblème, les Bruxellois pourraient se doter de tee-shirts frappés d'un grand Z sur fond de leurs couleurs, vert d'un côté, rouge de l'autre [...]

    Suivent alors, après le zinneke cité, la zwanze, les zots (fous), les zatlaps (grands buveurs), les zievereers (raconteurs de "carabistouilles" Langue tirée) et autres zieverderaa..

    Mots en z indispensables car aussi intraduisibles que le kot ou le gezellig auxquels j'ai déjà consacré un billet.

    kot: http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2010/07/13/k-comme-kot.html

    lecture,bruxelles,flamand,traduction

    image prise sur le site de l'artiste http://www.didiervandernoot.be/fr/biblio

  • Y comme Yvonne

    Quand je parle de la petite Yvonne, j'ai l'impression de ne raconter que des choses tristes.

    Le 25 mars 1934, Yvonne donne naissance à son quatrième enfant. Elle a eu deux garçons, puis deux filles.

    Douze jours plus tard, elle meurt.

    La première petite fille meurt en janvier de l'année suivante, victime d'une épidémie de fièvre. C'est en tout cas ce que mon père a cru se rappeler des explications qu'il avait reçues. Il se souvenait qu'une équipe sanitaire était venue pour désinfecter la maison après sa mort. Elle n'avait que quatre ans.

    La deuxième petite fille meurt en 1943, le jour de ses neuf ans.

    Elle était dans la même classe que ma mère qui se souvient d'être allée à son enterrement. Elle avait un problème cardiaque, une de ces petites choses qui se règlent fort bien de nos jours mais qui l'avait empêchée d'être toujours présente à l'école.

    Voici sa première lettre de nouvel an et fort probablement aussi sa dernière, vu ses nombreuses absences scolaires durant l'année 1942-43. Elle est datée du premier janvier 1942:

    yvonne,lettre

    yvonne,lettre

    Pour ceux qui veulent en savoir plus sur la tradition de la lettre de nouvel an dans nos contrées, j'en parlais ici http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2009/01/01/le-premier-janvier-on-lit-sa-lettre-de-nouvel-an.html à une époque où personne ne me lisait Clin d'œil

    ***

    Ce même premier janvier 1942, des personnalités autrement plus importantes que la petite J*** mettaient également leur nom au bas d'un document, La Déclaration des Nations Unies.
    http://www.un.org/fr/aboutun/history/declaration.shtml

    ***

    Le mois prochain, pas de 29, donc rendez-vous en mars pour une dernière carte d'Yvonne.
    Après, on passera à autre chose, j'ai épuisé le sujet Langue tirée

  • X comme xa xa xa xa xa

    - Xa xa xa xa xa

    Voilà ce qu'écrit ma collègue grecque sur fb.

    C'est tout de même mieux que le hébreu:

    - khakhakhakhakha

    Et plus compréhensible que le chinois:

    - 哈哈哈哈哈

    Heureusement, le "propre de l'homme" ne divise pas Flamands et francophones: c'est

    - Ha ha ha ha ha

    de part et d'autre de la frontière linguistique Cool

  • W comme wagon de train

    Ils regardaient vaguement par la fenêtre, lui installé dans le sens de la marche, comme moi, et elle lui faisant face, de sorte que je pouvais bien voir son visage encore fort juvénile dans ce miroir qu'est très souvent une vitre de train.

    Elle avait les cheveux noirs bien lissés vers l'arrière et retenus en un solide petit chignon, une grosse écharpe beige enroulée au moins cinq fois autour du cou et les mains dans les poches de son manteau.

    De temps en temps, ils échangeaient quelques paroles. Lui toujours d'un ton calme et posé et elle un peu nerveusement, ses petits sourcils froncés et le menton levé. Pas une seule fois je ne l'ai vue sourire. Puis chacun reprenait la contemplation du paysage, lui un peu affaissé sur sa banquette, les jambes étendues, et elle le dos bien droit.

    Elle pouvait avoir tout au plus seize ou dix-sept ans et lui une ou deux années de plus. Elle serrait son gros sac contre elle et lui manipulait sans cesse son portable. Il me semblait qu'ils étaient frère et soeur.

    Je ne comprenais rien à ce qu'ils se disaient. Alors j'ai supposé que c'était de l'arabe, ou du berbère.

    En arrivant à Bruxelles, le garçon a pointé le palais de justice du doigt et a dit:

    - Weuk izda? (1)

    Ce que je croyais être de l'arabe ou du berbère, c'était tout simplement le patois de la région d'Ypres Langue tirée

    ***

    (1) C'est quoi, ça?

  • V comme voeux

    Chers élèves de mon cœur (boum boum)

    A l’occasion de cette nouvelle année (tsoin tsoin)
    Je tiens à vous présenter mes meilleurs vœux (bla bla bla bla)

    Que 2013 soit pour vous Ouaaahhh !
    Sans snif sans atchoum
    Sans gnagna sans beurk
    Pleine de hahaha et de hihihi
    Une année qui clac et qui clap
    Une année miam miam et smack
    Pleine de vlan et de vroum vroum
    Et de tagada boum boum !

    Votre prof de français (cocorico)

    Raide Dingue-Dong

    ***

    le défi 229 nous demandait de formuler des voeux sous forme d'onomatopées...

  • U comme utopie urbaine

    "Place Rogier. D'un côté la bonne rénovation du Bon Marché; de l'autre, sur le coin Adolphe Max, le véritable immeuble de boulevard, l'hôtel du Dôme. Entre les deux, immeuble ou simple mur à trous, la banque Fortis.

    Un hélicoptère attire les regards, il vient faire du sur-place au-dessus de la façade, une interminable toile noire est accrochée sous l'appareil, comme un parasol replié lesté de filins. Sur le toit du bâtiment, des hommes de Clean Peace en salopettes bleu pâle étendent la toile sur l'immeuble pendant qu'on évacue le personnel joyeusement affolé.

    L'hélicoptère revient deux mois plus tard, enlève la toile couleur de prestidigitateur. L'immeuble a disparu. Le grand voile noir s'éloigne et s'arrête cette fois au-dessus du n°4 de la place De Brouckère, estropiée par un immeuble de coin à la beauté de parking. La peur descend en certains lieux sur la ville."

    Jean-Paul Raemdonck, Bruxelles sentimental, éd. Bernard Gilson 2005, page 167

    bruxelles,lecture

    Alors pour que vous puissiez en juger vous-mêmes: ci-dessus, "la bonne rénovation du Bon Marché" et ci-dessous "le véritable immeuble de boulevard, l'hôtel du Dôme. Entre les deux, immeuble ou simple mur à trous, la banque Fortis." Les photos ont été prises début janvier un peu avant neuf heures du matin. Je n'ai pas pris le temps d'aller photographier le n°4 de la place De Brouckère
    Langue tirée

    bruxelles,lecture

  • T comme tarmac

    Quand Muanza débarqua sur le tarmac de l’aéroport d’Anvers, laissant derrière lui l’implacable soleil africain, il se prit à murmurer une furtive oraison : que lui réservait ce pays d’hiver, de froid et de neige qu’il voyait pour la première fois ? Il n’y était pas venu poursuivre le mythe de l’Occident où tout va forcément mieux qu’ailleurs, mais pour échapper aux guerres et aux exactions.

    En faisant quelques pas, il réveilla la douleur dans sa jambe. La blessure était laide et se refermait mal. Dans son vêtement trop léger, il se traîna jusqu’à l’aérogare pour y récupérer son bagage. Dans le grand hall, d’énormes affiches vantaient de grosses cylindrées, d’immenses piscines, des banques aux noms ronflants… Tout était rutilant, tout respirait le luxe et la vie facile.

    Il avait l’estomac noué et dans la gorge lui restait encore le goût aigre du mauvais café qu’on lui avait servi à bord, peu après que l’avion s’était élevé au-dessus du continent  africain. Les formalités duraient, augmentant son mal-être.

    En quittant l’aérogare, il vit tout à coup le magnifique arc-en-ciel qui s’étendait tel un serpent géant entre la terre et le soleil.

    - Voilà qui devrait être de bon augure, se dit Muanza en inspirant l’air frais de cette matinée aux allures printanières.

    Car son nom signifiait ‘arc-en-ciel ‘ et il était un symbole de paix.

    ***

    écrit pour Désir d'histoires 89 sur base de 13 mots imposés: piscine – implacable – serpent – réveiller – débarquer – jambe – aigre – échapper – guerre – furtif – oraison – s’élever – mythe
    http://desirdhistoires.wordpress.com/2013/01/22/des-mots-une-histoire-89/#more-6837

     

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  • Stupeur et tremblements chez Stefy

    Elle s'appelle Stefania Rossini et a un blog, http://natural-mente-stefy.blogspot.be/

    Elle a écrit un livre dont le titre est Vivere in cinque con cinque euro al giorno, donc vivre à cinq pour cinq euro par jour.

    Moi qui vis seule, me dis-je, voyons si j'y arrive.

    Alors l'autre soir, je me fais le repas le plus frugal possible, deux tranches de pain "maison" (1), un bout de fromage, une petite salade et une pomme comme dessert...

    Me voilà déjà à quasiment cinq euros (2) - à condition de boire de l'eau du robinet - et je n'ai pris qu'un seul repas.

    Stefy, pour la même somme, en offre trois ou même quatre à son homme et à ses trois enfants, fait tout l'entretien de la maison, la lessive, les déplacements... tout, vous dis-je!

    Chapeau, madame Langue tirée

    ***

    (1) calculer à combien me reviennent deux tranches d'un pain fait maison est un exercice beaucoup trop compliqué pour moi

    (2) ah ben oui, c'était du fromage "appellation contrôlée" et un "chicon" de pleine terre, pas fûtée, l'Adrienne! et en plus elle s'est servi un verre de bon vin...

  • 22 classiques

    Voici 22 petites phrases qui ont fait leur chemin jusqu'à nous. Des collègues profs de lettres en font collection à l'usage des lycéens...

    Choisissez celle sur laquelle vous vous endormirez ce soir Langue tirée

    Je vous les livre dans un ordre plus ou moins chronologique:

     

    1.Socrate: Connais-toi toi-même 

    2.Juvénal: Un esprit sain dans un corps sain 

    3.Térence, Heautontimoroumenos: Je suis un homme. Et rien de ce qui est humain ne m’est étranger 

    4.Plaute, Erasme, Montaigne, Francis Bacon, Hobbes...: L’homme est un loup pour l’homme

    5.Rabelais, Gargantua: Le rire est le propre de l’homme 

    6.Rabelais: Science sans conscience n’est que ruine de l’âme

    7.Montaigne: Une tête bien faite plutôt qu’une tête bien pleine

    8.Montaigne: parce que c’était lui, parce que c’était moi

    9.Pascal: Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point 

    10.Pascal: L’homme n’est ni ange ni bête, et le malheur veut que celui qui veut faire l’ange fait la bête 

    11.Pascal (et ma mère): Le moi est haïssable 

    12.Pascal: L’homme est un roseau pensant. (et il ajoute: le plus faible de la nature. Mais... il y a un mais Langue tirée)

    13.Boileau: Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement 

    14.La Fontaine, Les animaux malades de la peste: Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

    15.Shakespeare, Hamlet: Etre ou ne pas être, telle est la question

    16.Voltaire, Candide: Tout est au mieux [dans le meilleur des mondes possibles]

    17.Voltaire, Candide: Il faut cultiver notre jardin 

    18.Montesquieu: Comment peut-on être Persan ? 

    19.Beaumarchais: Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus

    20.Saint-Exupéry, Le petit Prince : L'important est invisible pour les yeux

    21.Saint-Exupéry, Terre des hommes: C’est un peu, dans chacun de ces hommes, Mozart assassiné

    22.Claude Lévi-Strauss: Le barbare, c’est d’abord celui qui croit à la barbarie

  • R comme recette

    Quand par un dimanche sombre et froid vous vous traînez de l'ordi à l'ordi comme une âme en peine, préparez-vous donc un potting. Soyez-en sûr, ça vous ravigorera et vous avez certainement tous les ingrédients sous la main.

    Je vous explique.

    Le potting est une de ces recettes d'autrefois qui permet de réutiliser les restes. Dans ce cas-ci, du vieux pain.

    J'avais deux cents grammes de petits bouts de pain sec que je conservais pour en faire de la chapelure. Je les ai passés au mixer et j'y ai ajouté trois décilitres de lait, une grosse cuillerée de miel, un oeuf, de la cannelle et... cent grammes de pépites de chocolat noir Callebaut Cool

    Comme j'étais pressée, j'ai mis la pâte obtenue au micro-ondes pour quelques minutes et hop, c'était prêt à être dégusté. C'était tellement bon que je n'ai pas eu le temps de prendre une photo Langue tirée

    Pour ceux qui souhaiteraient réaliser la recette dans toute son authenticité, je vous donne les proportions:

    pour 400 gr de vieux pain, il vous faut

    6 dl de lait
    150 gr de sucre brun
    2 ou 3 oeufs

    traditionnellement, on y ajoute des raisins secs et de la cannelle. Et on enfourne une heure à 180°

    Comme je n'aime pas les raisins secs, j'y ai mis du chocolat. Mais on peut y mettre ce qu'on veut, des pommes, des poires ou des scoubidous.

  • Le bilan du 20

    Liste de choses toutes plus triviales les unes que les autres qu'il m'est impossible de faire avec une tendinite à l'avant-bras gauche:

    couper la viande, manger avec un couteau et une fourchette

    remplir la théière au robinet

    me brosser les dents

    ouvrir ou fermer un vêtement dans le dos

    soulever une tasse de thé, sauf si elle est vide

    saisir une bouteille d'eau, dévisser le capuchon, verser un verre

    idem pour la bouteille de vin et son bouchon

    touiller la pâte à brownies ou celle du gâteau au chocolat

    soulever une casserole

    sortir un litre de lait du frigo, un paquet de farine de l'armoire

    tourner au volant de la voiture

    faire les lits

    me moucher le nez

    et autres trivialités Langue tirée

    ***

    Qu'est-ce que ça aurait donné si j'avais été une vraie gauchère?

    Heureusement, c'est passé!

  • Question existentielle

    Elle est grande et belle
    mais elle n'a pas encore tout à fait dix-sept ans.

    Elle a les plus beaux yeux du monde, les lèvres bien dessinées, un petit nez droit sous un front lisse
    mais elle est désespérée.

    Elle s'était annoncée par un "Madame, est-ce que je pourrais vous parler?"
    mais à peine étions-nous assises qu'elle se met à pleurer:

    - J'ai peur d'être enceinte...

    ***

    Voilà pourquoi madame, hier midi, est entrée chez sa pharmacienne préférée et lui a dit:

    - Ne ris pas: il me faut un test de prédiction de grossesse.

    Mais la pharmacienne a ri, bien sûr, et madame aussi.

    ***

    Une heure plus tard, alors que les élèves et les profs étaient tous en classe et les secrétaires au secrétariat, madame était dans les toilettes avec une jeunesse tellement overstressed qu'elle en était incapable de lire le mode d'emploi ou de compter les minutes.

    Le test était négatif. Alors madame a eu droit au plus gros des câlins.
    Mais elle a tout de même arrangé un rendez-vous avec un médecin pour lundi.

     

  • P comme Petrus

    Il s'appuie à mains jointes sur le manche d'un outil.

    Il a de grandes oreilles décollées, un long nez, un menton pointu et deux larges rides au coin de la bouche. Pourtant, il n'est sûrement pas vieux. Il a le cheveu bien brun et bien dru, coupé court.

    A voir son cou mince et son torse étroit, on pourrait le prendre pour un gringalet. Mais les mains fortes font deviner que sous la veste bleu sombre se cache un corps sec, dur et musclé.

    Il ne sourit pas mais attend, paisiblement, que le peintre en ait fini avec son portrait.

    ***

    Boer Petrus (le fermier Petrus), tableau peint en 1938 et appartenant à la collection Van Hyfte. Vous pouvez voir cette oeuvre de Constant Permeke à 04'03" http://www.bozar.be/tv.php?vId=6891&cId=9529&wId=1758&mId=15093

    ***

    Vous avez jusqu'à dimanche pour vous dépêcher d'aller voir cette excellente rétrospective de l'expressionniste flamand né en 1886 et décédé en 1952.

    Tania en parle très bien ici http://textespretextes.blogs.lalibre.be/tag/permeke et de plus, c'est illustré Cool

  • O comme opéra

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    la Monnaie
    hiver 2012-2013
    Bisou
    j'aime j'aime Bruxelles

  • N comme neige

    Vendredi en début d'après-midi, les premiers flocons sont tombés. Comme je tourne le dos à la fenêtre, je ne l'avais pas remarqué, quand tout à coup ma collègue K a levé le nez de son ordi et s'est exclamée:

    - Kijk! Het sneeuwt! (1)

    Car qu'on ait dix, vingt, quarante ou quatre-vings ans, voir la neige tomber nous arrache à chaque fois ce cri. Et chacun admire le spectacle. (2)

    Entre-temps toute la pelouse autour de l'école était déjà bien blanche.

    - Faut que je rentre avec force provisions, me dis-je, pour tenir sur mes cîmes jusqu'à lundi.

    ***

    Sur le chemin du retour, à mesure que je m'approchais de mon "berg" (3) le paysage devenait de plus en plus blanc. Dans un des petits virages, la neige mélangée à la boue m'a même légèrement fait perdre le contrôle et j'ai réalisé un beau glissando qui aurait pu mal se terminer (4).

    Quand j'ai finalement rentré la voiture, elle était recouverte d'une couche épaisse que je n'ai pas pris la peine d'enlever parce que de gros flocons continuaient à tomber. Tant pis pour les flaques dans le garage. Le temps de vider la boîte aux lettres j'étais transformée en bonhomme de neige:

    - J'ai bien fait de ne pas m'attarder, pensai-je. D'ici peu le chemin sera impraticable.

    ***

    Quelques heures plus tard, tout avait fondu.

    C'est ce qu'on appelle Much ado about nothing Clin d'œil

    ***

    (1) Regarde! Il neige!

    (2) Je fais le même coup à mes élèves: "Oh! regardez! il neige!" Je leur laisse le temps d'admirer et de commenter puis on reprend le travail Langue tirée

    (3) ma "montagne", nom donné à nos taupinières flamandes dont la plus élevée culmine à 150 mètres au-dessus du niveau de la mer

    (4) heureusement, j'ai épuisé tout mon capital négatif en 2012 Cool

    nature,hiver,expert

    la neige du surlendemain dimanche 13 janvier
    photos prises vers 08.30 h.
    ci-dessus côté rue, ci-dessous côté jardin

    nature,hiver,expert

  • M comme Madeleine, chapitre 5

     5

    Le dimanche soir, Adrienne avait troqué sa jolie robe abricot et ses bas de soie pour la blouse de coton et les petites mules qu’elle portait habituellement chez elle. Sur le petit banc devant la maison, avec l’amie Madeleine qui était venue aux nouvelles, ça riait et ça parlotait, tantôt à voix haute et claire, en s’esclaffant bien fort, parfois tout bas à petits rires contenus.

    - Tu sais ce qui m’a frappée en tout premier lieu, chez lui ? fait Adrienne qui ne peut s’empêcher de rire en y repensant.
    - Ben, non, comment veux-tu que je le sache ?

    Madeleine rit à l’avance.

    - Ses guêtres !
    - Ses guêtres ? Il portait des guêtres ?
    - Oui ! des guêtres blanches !
    - Ça alors ! voilà qui ne viendrait pas à l’idée de mon Gustave !

    Car Madeleine, depuis que son forgeron lui avait chatouillé le coin de la bouche avec sa moustache et comprimé la poitrine en la serrant un peu trop fort contre lui, l’appelait « mon Gustave » et se voyait déjà berçant leur premier-né. Qui serait un fils, bien entendu.

    - Et alors il est venu comme ça tout de suite t’inviter à danser ?
    - J’ai à peine eu le temps de m’asseoir et il était devant moi… Tu vois le genre ? « Mademoiselle, me ferez-vous l’honneur de m’accorder cette danse ? Avec la permission de madame votre mère, bien sûr ! »
    - Ah ! il connaît son monde, celui-là ! Et ta mère, qu’est-ce qu’elle a dit ?
    - Qu’est-ce que tu veux qu’elle dise ? Elle n’avait aucune raison de refuser. Alors elle a incliné la tête, tu vois, pour montrer qu’elle était d’accord… et je l’ai suivi vers la piste de danse.
    - Et alors ? comment c’était ? Il danse bien ? Qu’est-ce qu’il t’a dit ?

    Adrienne riait, le rose aux joues.

    - Arrête, ça fait trop de questions en même temps !
    - Mais raconte ! Tu me fais mourir d’impatience !
    - Il danse bien, oui, enfin c’est-à-dire qu’il valse bien. Sans doute que c’est la seule chose qu’il sait bien faire, il ne m’a invitée que pour les valses. J’ai aussi dansé la polka avec Père. Puis l’accordéoniste n’a pratiquement plus joué que des valses et on n’a plus quitté la piste, Maurice et moi.
    - Mais vous avez parlé, tout de même ? Qu’est-ce qu’il a dit ?
    - Oh… des banalités… le beau temps, ma jolie robe, qu’il ne m’avait encore jamais vue à aucun bal… des choses comme ça.
    - C’est tout ?

    Madeleine semblait déçue. Mais Adrienne, pour la première fois de sa vie, n’avait pas envie de tout confier à son amie. Elle voulait garder ses premiers émois encore un peu pour elle seule, au fond de son cœur, avant de les partager avec qui que ce soit. Même avec Madeleine, la confidente de toujours.

    - Et tu le revois quand ?
    - Je ne sais pas, fit Adrienne.
    - Ça alors ! redit Madeleine pour la troisième fois au moins ce soir-là. Tu ne sais même pas quand tu le reverras ?

    Mais elle avait parlé trop fort et attiré Céleste qui s’encadra dans l’embrasure de la porte et dit :

    - Il se fait tard. Il est temps de rentrer. Bonsoir, Madeleine.

  • L comme loquacité

    Il y en a qui murmurent aux oreilles des chevaux
    il y en a qui parlent chat
    qui hurlent avec les loups
    qui roucoulent
    qui bêlent
    qui aboient
    qui rugissent
    qui glapissent
    qui sifflent comme ces serpents sur vos têtes…

    Et puis il y a moi
    qui discute avec mes meubles
    pour savoir où je les mettrai
    dans ma nouvelle maison
    s’ils veulent bien m’y suivre…

    Mais ils me répondent
    par cet assourdissant silence
    du chêne mort.

    écrit pour le défi n°227, Faites parler un meuble de votre maison

  • K comme Katharina

    J'ai toujours de grands retards de lecture et quand il m'arrive de lire un best-seller, c'est longtemps après le reste du monde.

    C'est ainsi que ces derniers jours j'ai finalement eu l'occasion de lire:

    Tante Anna est morte à seize ans d'une pneumonie qui n'a pas guéri parce que la malade avait le coeur brisé et qu'on ne connaissait pas encore la pénicilline. La mort survint un jour de juillet, en fin d'après-midi. Et l'instant d'après, quand Bertha, la soeur cadette d'Anna, se précipita en larmes dans le jardin, elle constata qu'avec le dernier souffle rauque d'Anna toutes les groseilles rouges étaient devenues blanches.

     
    de Katharina Hagena, Le goût des pépins de pomme, éd. Anne Carrière, 2010, chapitre 1 (incipit)

    Ce petit brin de "réalisme magique" (?) réapparaît une ou deux fois dans le livre mais ne m'a pas du tout convaincue. On est loin, bien loin des spécialistes du genre, qu'ils soient flamands ou sud-américains.

    J'ai aussi largement profité de la permission accordée par Pennac de sauter des pages Langue tirée. C'était souvent fort répétitif.

    Bref, je l'ai lu jusqu'au bout, mais sans enthousiasme.

    Pourtant ça avait l'air prometteur: une vieille demeure pleine de souvenirs de la grand-mère et des autres femmes de la famille, des retrouvailles avec l'enfance et le passé, les "secrets de famille"...

    Mais c'était "bof".

    Il y a des pommes plus savoureuses et moi, les pépins, je ne les mange pas Langue tirée

    lecture,littérature



  • J comme je n'aime pas le T

     Bonne année, bonne sans T !

    J’ai ma belle robe blanche, mes souliers vernis, mon pull avec les broderies bleues.

    Je me coiffe avec soin, je noue un joli ruban dans mes cheveux, je prends le mignon sac à main rouge que j’ai reçu d’elle pour mon neuvième anniversaire.

    Aujourd’hui premier janvier, le jour des vœux à la marraine, je suis un peu nerveuse à cause de ce poème que je lui ai préparé pour lui dire la bonne année. Il faudra le lui lire en présence de la famille réunie.

    A neuf ans, je manque d’assurance. Mais j’y parle de mon amour pour elle, de ma reconnaissance, j’y fais des promesses, je m’engage : je serai sage, appliquée, pieuse, soumise. Ma voix ne faiblira pas, du moins je l’espère.

    Comme chaque année, je sais qu’elle sera heureuse de ma naïve bafouille… Je le vois à ses yeux, à son sourire, je le sens à ses câlins, à ses baisers.

    Bien sûr, je formule aussi des vœux de bonne sans T

    Mais même sans ça, je sais qu’après je recevrai un beau cadeau.

    Le même chaque année.

    Vous devinez quoi ?

    écrit pour les Impromptus littéraires.
    La lettre T était interdite.

  • I comme inspiration chez Lali

    Hortense n'eut même pas besoin de sonner à la porte, Marguerite la guettait et lui ouvrit bien largement le battant dès qu'elle entendit le déclic de l'ascenseur.

    - Entre vite, lui chuchota-t-elle. Agathe est à la salle de bains, elle en a au moins pour une heure, on sera bien tranquilles.

    Hortense la suivit dans le salon. Elle fut étonnée de voir que la table et les chaises étaient surchargées de livres et ne sut où déposer son bouquet de tulipes et ses boîtes de gâteaux et de chocolats.

    D'une main preste, Marguerite souleva un pan de la lourde nappe rose festonnée qui traînait jusque sur la moquette.

    - Qu'en penses-tu? fit-elle à Hortense avec une excitation toute juvénile dans la voix.

    C'est ainsi qu'elles prirent le thé, en étouffant leurs rires pour ne pas alerter Agathe, qui n'aurait pas vu d'un bon oeil que sa mère et sa tante s'empiffrent de toutes ces sucreries formellement interdites par leur médecin.

    - On n'a pas tous les jours quatre-vingts ans, conclut Hortense en chantonnant.

    http://www.youtube.com/watch?v=BsKTLQdMl24

     

    lali299.jpghttp://lalitoutsimplement.com/en-vos-mots-299/

  • H comme histoire

    Histoire iatrophobique

    - Ça ne va pas fort, on dirait ? Tu n’es vraiment pas en mesure de travailler, à ce que je vois ! Alors pour une fois, si tu écoutais mes conseils, hein ?

    Je déteste quand Annabelle prend ses airs de petite maman.

    - Et cette vilaine toux ? Depuis combien de temps elle dure ? Tu devrais te soigner, ma vieille !

    Ma vieille ! Ma vieille ? Moins vieille qu’elle, en tout cas !

    - Attends, je vais te donner un de mes comprimés. C’est radical contre les maux de tête ! Tu verras, dans un quart d’heure tu te sentiras déjà beaucoup mieux ! Sûr et certain !

    Mais fiche-moi la paix ! Va, circule, laisse-moi respirer…

    - Tu sais, j’en ai parlé à Isabelle. Elle pense aussi que tu devrais aller voir un autre médecin.

    Ah bon ? Isabelle aussi ? Mais c’est une véritable conspiration !

    - Allez, montre-toi un peu plus docile, sois un peu plus souple, pour une fois…

    Souple, moi ? Raide comme un piquet et fière de l’être !

    ***

    Mais ce jour-là, allez savoir pourquoi, je me suis laissé border comme un enfant, j’ai pris tous les cachets qu’on m’a donnés et j’ai même accepté de voir un médecin.

    Iatropho… quoi ?

     

    histoire.jpg

    texte écrit pour Désir d'histoires http://desirdhistoires.wordpress.com/tag/des-mots-une-histoire/

  • G comme Gaston, Arthur et Maurice... chapitre 4

     4

    Maurice était accoudé à la buvette avec ses deux inséparables : lui, Arthur et Gaston écumaient toutes les fêtes et reluquaient les filles. Ils faisaient danser les plus jolies, leur contaient parfois fleurette, leur pinçaient un peu la taille – ils voyaient tout de suite lesquelles aimaient ça, se laissaient faire, et étaient prêtes à leur accorder plus. Ils en profitaient chaque fois qu’ils le pouvaient. A vingt ans, ils avaient bien le temps avant d’être sages et de se ranger.

    Ils se roulaient des cigarettes en se partageant un peu de tabac, rassemblaient leur menue monnaie pour se payer une autre bière. Parfois la fille ou la femme derrière le comptoir les avait à la bonne et en plus de leur laisser voir les profondeurs de son décolleté,  leur offrait un verre. Il y a de ces natures généreuses de leur corps et de leur cœur pour les ouvriers endimanchés et à la moustache toute neuve.

    A force de traîner chaque dimanche là où on dansait, ils avaient fini par connaître à peu près tout le monde. Il y avait des filles avec lesquelles il valait mieux ne plus se montrer, sous peine de se voir coller un contrat de mariage ou même un marmot dans les bras, d’autres dont on avait épuisé toutes les ressources et celles qui n’intéressent personne, que leur père et mère emmènent de bal en bal dans l’espoir de leur trouver un mari.

    Maurice venait d’allumer sa troisième cigarette quand il vit arriver Adrienne, encadrée par ses deux parents : le père, un homme très grand, plutôt maigre, avec une belle moustache, un costume trois pièces finement rayé et une chaîne de montre en or ; la mère, petite femme un peu trop forte, se tenant bien droite, serrée dans un corset et dans une robe noire descendant jusqu’à terre et fermée sous le menton par un grand camée. Entre les deux, une jeune fille élancée, de grands yeux, une jolie bouche, et de lourds cheveux noirs dans un chignon qui s’affaissait déjà un peu sous sa capeline et d’où s’échappaient quelques boucles sur la nuque. Une jeune fille élégante dans une fine robe de couleur abricot, des bas de soie et des chaussures à petit talon.

    - Voilà une nouvelle, fit Maurice en poussant du coude le copain Arthur qui mettait justement son verre à la bouche.

    Arthur et Gaston la détaillèrent à leur tour.

    - Elle a de jolies jambes, fit Arthur.
    - Pas touche ! siffla Maurice à qui cette remarque déplaisait. C’est moi qui l’ai vue le premier ! Elle est à moi !

    Gaston haussa les épaules en se retournant vers la serveuse derrière le bar – il n’aimait que les blondes comme elle, bien en chair – et Arthur eut un petit sourire ironique qu’heureusement Maurice ne vit pas.

    - Tu peux toujours essayer, lui glissa-t-il en reprenant sa bière. Mais à mon avis, elle n’est pas pour toi, cette petite… Tu as vu la mère ?
    - J’ai vu, dit Maurice, qui éteignait soigneusement sa cigarette dans le but de la rallumer après la danse. Justement, ça aussi, ça me plaît. C’est une jeune fille comme il faut, ça nous changera !

    Un rapide regard vers la blancheur de ses guêtres neuves, une main pour vérifier qu’aucun épi ne se rebelle sous la couche de brillantine, deux doigts pour réajuster la cravate, tirer la veste, défroisser le pli du pantalon… et dans sa tête se bousculaient les petites phrases parmi lesquelles il allait devoir choisir la bonne, celle qui lui ouvrirait le cœur de la jeune fille à la robe abricot.

    - J’y vais ! dit-il.

    Sur la petite estrade, l’accordéoniste entamait une valse.

  • F comme Fucking Flanders

    Fucking Flanders, c'est le titre du tableau. Beaucoup de noir entoure du blanc dans un grand cadre noir. Et c'est d'une puissance d'évocation énorme.

    Le peintre, comme à son habitude, n'a pu s'empêcher d'écrire sur certaines toiles. Toujours des messages à faire passer, ce dont il se défend cependant, en disant que le message est qu'il n'y a pas de message.

    Mes oeuvres, écrit-il, "sont radicalement désintéressées du quotidien ainsi que de son spectacle navrant. Autrement dit: - Elles s'en tapent!"

    Ce qui, bien sûr, est l'évidence même. L'oeuvre "s'en tape"... mais pas celui qui la regarde.

    Ainsi moi, par exemple, Fucking Flanders m'aspire vers lui, avec sa blancheur centrale, où je me projette, où je peux imaginer ce que je veux dans le décor familier de quelques taillis et arbustes, à droite et à gauche du tableau.

    Fucking Flanders, c'est mon "odi et amo" à moi aussi.

    Celui du dehors, où entre les taillis et les arbustes, dans la trouée laissée par le peintre, on est venu planter un affreux poteau de béton.

    Celui du dedans, avec tout ce qu'il charrie d'identités meurtrières.

    ***

    Fucking Flanders, le tableau sur la gauche à 06'11" http://www.bozar.be/tv.php?vId=6891&cId=9529&wId=1758&mId=15093

  • 7 manières de faire le vide autour de votre fille

    1.vous n'organisez jamais de goûters d'anniversaires ni d'autres fêtes enfantines

    2.vous l'obligez à refuser les invitations qu'on lui fait

    3.vous ne lui permettez aucune activité en dehors de l'école, ni musique, ni dessin, ni scoutisme, ni sport

    4.vous lui faites porter vos vieux vêtements

    5.à l'âge des soirées et autres surboums, vous lui intimez l'ordre de rentrer à la maison à l'heure où les festivités commencent

    6.si par aventure un jeune homme lui envoie une lettre, vous l'obligez à la lui renvoyer sans même l'ouvrir

    7.à l'université, vous la logez dans un couvent où le couvre-feu est à huit heures du soir

    ***

    Vous voyez comme c'est simple?

    Langue tirée

    ***

    billet inspiré par une remarque d'Anémone le 4 janvier dernier
    Sourire

  • E comme Edmond, chapitre trois

     3

    La sonnerie de fin de journée retentit et la plupart des ouvriers quittèrent immédiatement l’atelier. Le samedi, c’était le jour de la paie. Edmond savait précisément qui irait boire un coup en trop au café et qui rentrerait tout droit chez lui pour confier l’argent de la semaine à sa femme ou à sa mère.

    Il savait aussi, avant même d’aller le vérifier, qui laisserait sa machine bien propre et prête pour reprendre le travail le lundi matin, et chez qui des saletés traîneraient, des fils seraient cassés ou embrouillés, la burette d’huile renversée. Mais il ne pouvait se résoudre à les inscrire sur la liste noire et remettait tout en ordre lui-même avant de quitter l’usine. Le bon contremaître, c’est comme le capitaine d’un vaisseau : il est toujours le dernier à quitter le navire.

    Et puis, Edmond aimait le travail bien fait. Il mettait sa fierté à avoir l’atelier le plus propre de toute la filature et de tout le tissage réunis. Un atelier où son gant de velours était plus efficace pour contenir les belliqueux que la main de fer de certains de ses collègues. Car la révolte grondait, depuis quelque temps. Des pamphlets avaient été collés aux murs de certaines usines, des tracts avaient été distribués, les patrons multipliaient les discours, tantôt lénifiants et empreints de bonhomie, tantôt tonitruants et pleins de menaces. Les élections d’avril n’avaient pas calmé le mouvement ni les revendications.

    Edmond n’aimait pas ça.

    Ce qu’il aimait, c’était rentrer tranquillement chez lui, voir sa fille penchée sur sa machine à coudre, se bourrer une pipe, faire un tour jusqu’à son potager, plus loin dans la rue, et rentrer tranquillement dire à Céleste que les haricots verts sont prêts à être cueillis et mis en pots à stériliser. Et qu’il faudra récolter les oignons et les échalotes avant l’orage.

    Ce qu’il aimait, c’était jouer à la manille le dimanche matin, avec César ou Ernest au Café de la Bascule. On tapait le carton pendant une paire d’heures, on buvait quelques bières, puis on rentrait chez soi où le repas était servi une heure plus tard que d’habitude. Il fallait laisser aux femmes le temps de revenir de la grand-messe.

    Il respira une dernière fois les odeurs mélangées de textile, de poussière, d’huile et de sueur, avant de refermer la porte jusqu’à lundi. Le silence du grand atelier, après le vacarme incessant de la journée, avait quelque chose de reposant et il s’y attardait toujours un moment. Il passa par le bureau, prit son enveloppe, signa le grand registre. Il pouvait rentrer chez lui. Il fut content de sentir une légère brise dans la chaleur du jour puis se dépêcha de rentrer à grandes enjambées. Le potager avait besoin d’eau.

    En cours de route, il repensa brusquement à ce que Céleste lui avait annoncé, la veille au soir. Une véritable nouveauté ! Il n’avait jamais pensé qu’avoir une fille entraînerait ce genre de conséquences mais voilà, Céleste l’avait décidé : le lendemain dimanche, dans l’après-midi, ils emmèneraient Adrienne au bal. Justement, c’était le 26 juillet, le bal de la Sainte-Anne, la patronne des couturières.

    - Au bal ? avait-il dit avec un léger sursaut et des yeux tout ronds d’étonnement – car jamais, jamais Céleste n’avait parlé de bal avant ce jour.
    - Mais bien sûr ! s’était exclamée Céleste, un peu énervée, un peu coupante. Quoi de plus normal ? Tu oublies que ta fille a dix-neuf ans ! Tu veux la garder toujours ici, peut-être ?

    Il avait eu envie de répondre que oui, mais il s’était sagement tu.

    - Un bal, pensa-t-il en poussant le portillon qui séparait la maison de la rue. Enfin, si ça fait plaisir à Adrienne…

  • D comme de l'eau! de l'eau!

    Entendu ce colloque entre touristes bien parisiens :

    — Alors, vous partez ?

    — Mais oui… Nous sommes ici depuis quatre jours, c’est plus qu’il n’en faut pour tout voir (sic).

    — Vous vous êtes bien amusés ?

    — Oh ! ça, non ! Je trouve Venise d’un triste !

    — Vraiment ?

    — Oui… on a tout le temps l’air de se promener dans des inondations.

    Alphonse Allais, Venise, in À l’œil, Flammarion, 1921

    ***

    Texte complet ici: http://fr.wikisource.org/wiki/%C3%80_l%E2%80%99%C5%93il/Venise

    venise,litterature,lecture

    je me demande bien pourquoi, ces derniers temps, il m'est venu des envies de Venise Langue tirée
    (photo prise au printemps de 2006)

  • C comme Céleste, chapitre deux

     2

    Quand Céleste sortit de la torpeur chaude de sa sieste, en cet après-midi de juillet, sa première pensée fut pour sa fille. C’était évidemment très bien de lui avoir évité l’usine et de lui avoir trouvé ce métier qui lui convenait tellement. En effet, on ne pouvait le nier, Adrienne était douée pour la couture, et vous créait de ces modèles qui attirent une clientèle exigeante, mais fortunée. Même une femme aussi peu encline à complimenter devait l’admettre. Oui, c’était véritablement très bien de lui avoir trouvé ce métier dans lequel elle excellait déjà, à 19 ans à peine.

    Mais après ?

    La veille, quand la petite Madeleine était passée les voir, Céleste avait vite compris de quoi les deux jeunes filles s’étaient entretenues, sur le petit banc du jardin. Elle avait vu les joues roses, les yeux plus vifs, entendu les chuchotis, les gloussements étouffés derrière la main. Céleste savait.

    Elle savait aussi que depuis le matin, sa fille avait la tête ailleurs et que les amours de Madeleine lui faisaient pousser des soupirs. Il n’était pas facile de cacher quelque chose à Céleste et il y avait bien longtemps que ni son mari ni sa fille ne cherchaient plus à le faire.

    Elle se leva péniblement, comme toujours. Ce mal qui l’obligeait à se ménager – car une femme comme elle ne se coucherait pas en plein midi si ce n’était sur ordre formel de son médecin – ce mal qui avait déjà emporté trois de ses frères et sœurs, ainsi que sa propre mère, d’ailleurs, ce cœur trop faible pour lui garantir une longue vie l’obligeait à penser dès aujourd’hui à l’établissement de sa fille.

    Voilà la priorité suivante.

    Céleste ouvrit les rideaux et fut contente de sentir l’arôme du café monter jusqu’à sa chambre. Elle se rhabilla de sa longue robe noire, remit sa broche à la fermeture de son col et se recoiffa soigneusement après s’être rafraîchi un peu le visage. Depuis quelque temps, depuis que ce souffle au cœur l’avait mise en alerte, elle ne cessait de réfléchir et de faire le bilan de sa vie. Avait-elle fait les bons choix ? Il lui semblait que oui.

    En accord avec Edmond, son mari, elle avait décidé qu’ils n’auraient qu’un seul enfant. Elle ne voulait pas, comme sa mère et tant d’autres femmes autour d’elle, avoir une dizaine de bouches à nourrir, de filles et de garçons à établir. Un seul enfant, c’était son choix, même s’il avait fallu pour cela se refuser très souvent à son mari. Un seul enfant, et c’était Adrienne, qu’elle avait préservée jusqu’à ce jour, qui ne sortait que pour aller à la messe le dimanche puis prendre le café chez une des nombreuses tantes.

    Il faudrait maintenant lui trouver un bon mari. Et donc commencer par la sortir un peu. Dans le voisinage, elle ne voyait personne à sa convenance : des gagne-petit, des coureurs, des piliers de comptoir… D’autres qui ont encore une mère et des sœurs à charge… Ceux qui sont trop jeunes, ou trop vieux. Ceux qui ne sont pas du même bord et qu’elle soupçonne de sympathiser pour les Rouges…

    Pas un instant Céleste ne doutait de dénicher cet oiseau rare. Il lui fallait juste un peu de temps. Mais l’aurait-elle, ce temps ?

  • B comme Bruxelles

    Le 29 décembre dernier, l'"arbre de Noël" de la Grand-Place était démantelé. Il ne restait plus que sa structure métallique:

    munt (1).JPG

    et j'ai eu l'impression que dans la foule (très compacte), on était déçu...

    Sur quoi allait-on gloser, à présent?

    Langue tirée

    Sur le décor inchangé des galeries?

    munt (2).JPG

    Ou sur le prix du cappuccino au bar de la Monnaie?

    Cool

    munt (4).JPG