• Der de der!

    geen 008 - kopie.JPG

    On était à la mi-mars mais si je voulais rentrer l'auto au garage, il fallait encore une fois déblayer de la neige.
    Admirez, en haut de la photo, l'ustensile ad hoc et la première bande dégagée.
    Et en bas, les traces de mes pas.

    geen 007 (2) - kopie.JPG

    Un beau soleil printanier mettait du coeur à l'ouvrage et faisait disparaître les dernières traces de neige, là où la pelle était passée. Le plus gros du travail était fait et l'auto, qui attendait trois kilomètres plus loin, devait probablement déjà sentir l'écurie...

    geen 009 - kopie.JPG

    Bientôt, il ne restait plus que quelques mètres carrés. Il était temps, parce que le dos faisait mal.

    ***

    C'est alors que le ciel s'assombrit

    geen 010 - kopie.JPG

    et que tout un nuages de gros flocons anéantit les efforts fournis.

    Non, le 13 mars, ce n'était pas la der de der... loin s'en faut!
    Mais j'ai été têtue: je n'ai plus voulu reprendre la pelle en main
    Langue tirée

    ***

    C'est en pensant à ça que je me réjouis à l'idée d'habiter en ville, l'hiver prochain, où je n'aurai que le trottoir à déblayer Sourire

     

  • Z comme ZEN

    Laisse l'Adrienne s'affairer, rentrer des bûches, sortir les cendres, casser du petit bois, froisser du papier journal, préparer le feu, balayer ...

    Nous on est zen

    zen maart 2013 (2).JPG

    que ce soit à l'étage inférieur

    zen maart 2013.JPG

    ou à l'étage supérieur

    ZEN

  • Y comme Yvonne

    La dernière carte qu'Yvonne a envoyée au camp de Beverloo doit avoir été écrite les jours précédant le dimanche 26 avril 1925, date de la mort de sa belle-mère, puisqu'elle y dit ceci:

    Mon chéri

    J'espère que quand cette carte te parviendra, tu auras déjà reçu l'express qu'ils ont envoyé de l'atelier pour dire que Maman est très malade. Donc j'attends de t'envoyer une lettre en espérant qu'on te donnera ton congé. Alors réponds-moi immédiatement.

    Mille baisers de ta petite qui pense à toi à chaque minute du jour et qui t'aime tant.

    Yvonne

    yvonne,lettre,histoire

    yvonne,lettre,histoire

    ***

    Ce dimanche 26 avril 1925 décédaient d'autres femmes de tous âges, de toutes conditions et de tous pays, Lucy Gréterin, Marie-Joséphine Barbin, Margarita Caro, Joséphine Bellier de Villentroy, Marie Catherineau et la bien-nommée Filippina Delamorte.
    Merci à Geneanet Clin d'œil

    ***

    Point final le mois prochain.
    J'ai épuisé mes archives familiales
    Clin d'œil

  • X c'est l'inconnu

    Depuis que le hasard des voies aériennes une veille de Noël l’avait fait arriver au royaume de Belgique – pays qu’il aurait été incapable de situer correctement sur une carte jusqu’à ce qu’il en voie une à Anvers dans le bureau des douanes, jaunie, racornie et visiblement d’un âge plus que vénérable – depuis le 24 décembre, donc, Muanza subissait le froid et la grisaille de l’hiver.

    Le gel qui l’avait saisi à sa descente d’avion, le vent glacial qui lui piquait la peau, il avait du mal à s’y habituer. Au bout de trois semaines, il en était déjà à abhorrer cette saison froide et inhospitalière. Fort heureusement, il n’avait pas encore été malade, même quand chacun, dans son étage du Petit-Château, toussait et crachotait, subissait les petites fièvres grippales et les gros rhumes carabinés.

    Pays inconnu, hiver inconnu, et un jour de janvier, l’émotion intense de sa première neige. Muanza riait comme un enfant, voulait courir, toucher, palper, tournoyer avec les flocons, les bras levés dans un geste théâtral d’abandon. Il s’émerveillait de ce qui représentait une énigme de plus. Les abords un peu tristes du Petit-Château étaient métamorphosés, la circulation moins dense, les sons adoucis, les arbres féeriques et le noyer planté à l’arrière du bâtiment était plus majestueux que jamais.

    fiction,bruxelles,belgique,désir d'histoires
    noisetiers et frênes, janvier 2013

    Atuahene avait déjà assisté à cette féerie fin novembre et prenait des airs blasés. Les plaisirs de la neige, c’était pour les enfants. Il ne quitta pas son écran et ses films porno. Tamerlan préférait de toute façon les flammes d’un bon feu et Xian ne voulut pas lui confier sa précieuse petite fille, préférant la garder au chaud dans son lit que la laisser sortir faire un bonhomme de neige.

    Mais on eut beaucoup de mal à empêcher ce fou de Kendu d’aller danser sur sa corniche…

     

    fiction, Bruxelles, Belgique, désir d'histoires
    écrit pour Désir d'histoires n°96
    http://desirdhistoires.wordpress.com/2013/03/26/des-mots-une-histoire-96/
    les mots imposés étaient
    vénérable – noyer (arbre) – grisaille – théâtral – royaume – malade – arriver – énigme – abhorrer

     


  • W comme wagon de train

    Foulard en coton indien imprimé rose - à pois pour elle, à petits motifs pour lui - pantalon beige multipoches, sweat marine, coupe-vent, bottines de marcheur et chacun un gros sac au dos: ils attrapent le train de justesse en ahanant et s'affalent sur le siège en exhalant un:

    - Ah dis donc! c'était la partie la plus dure de tout le voyage!

    Je leur souris. Trente-six heures qu'ils sont sur le chemin du retour après un trekking en Thailande, où il faisait 40°: c'est ce qu'elle raconte à au moins quatre ou cinq interlocuteurs différents, de conversation téléphonique en conversation téléphonique, ce qui lui prend presque une heure de trajet.

    Le dernier coup de fil passé, elle se tourne vers moi:

    - Trente-six heures qu'on est en route!
    - Oui, j'ai entendu, lui dis-je.
    - On revient de Thailande.

    J'acquiesce: ça aussi, je l'ai entendu, malgré la lecture (passionnante) de l'Antimanuel de philosophie de Michel Onfray. C'est qu'elle parlait bien fort, dans son portable, même si lui, de temps à autre, essayait de lui faire baisser le volume.

    La Thailande, c'est formidable, mais elle me conseille plutôt le Vietnam, qu'ils ont traversé l'an dernier. J'en prends bonne note (LOL)

    Ils ont entre 60 et 70 ans et j'espère que je pourrai encore voyager comme eux quand j'aurai leur âge.

    Ils descendent du train avec moi: le week-end, la ligne est coupée pour cause de travaux. Ils devront prendre un bus puis un autre train encore avant d'arriver chez eux. Deux heures supplémentaires! Quelle aubaine pour les coups de fil qu'elle donnera de son salon:

    - Trente-huit heures qu'on a été en route!

  • V comme volets

    Dans la maison de tante Fé, les propriétaires précédents ont fait une buanderie-débarras de sa minuscule cuisine. De la pièce attenante, ils ont fait un salon, avec de la moquette blanc cassé pour cacher le vieux carrelage jaune et vert.

    Entre les deux, ceci:

    maart 2013 (2).JPG

    D'accord, ça m'a déjà beaucoup fait rigoler
    mais je crois tout de même que je ferai remplacer le chambranle troué
    et que j'y ferai mettre une vraie porte
    ne serait-ce que pour atténuer le bruit du lave-linge
    Incertain

  • U comme usant

    Dimanche matin, un titre de journal attire mon attention:

    Les Belges fuient massivement à l'étranger!

    Un nouvel exode? C'est la guerre? C'est la peur du séparatisme? La crainte du fisc?

    Non.

    C'est tout simplement la énième variation sur le même thème: le froid, la neige, l'hiver qui dure depuis trop longtemps et les gens qui en ont marre... Alors, paraît-il, ils prennent d'assaut les agences de voyages et bouclent vite vite leurs valises pour des destinations plus ensoleillées. Parmi les favorites, la Turquie, l'Egypte, les îles Canaries. Des avions supplémentaires ont dû être affrétés et tout affiche complet.

    http://www.standaard.be/artikel/detail.aspx?artikelid=DMF20130323_00515458&_section=60682888&utm_source=standaard&utm_medium=newsletter&utm_campaign=ochtendupdate

    Mais moi je sais bien que ça ne peut pas durer et vous verrez, encore une semaine de froid exceptionnel, de neige et de blizzard et après nous aurons des vacances de Pâques avec terrasses fleuries, parasols et sandalettes...

    Je m'en suis acheté une paire. Rouges Cool

    hiver,printemps,actualité

  • T comme to-do-list

    En février, en faisant un peu de rangement sur mon bureau (ouhahahaha) j'ai retrouvé la liste des choses à faire pendant les vacances de Pâques.

    Pâques 2012, s'entend.

    Deux colonnes, une pour les travaux extérieurs et une pour l'intérieur.

    februari.JPG

    L'an dernier, j'avais barré au stylo rouge ce qui avait été réalisé: fort peu de choses du côté gauche (à l'intérieur, je n'avais rien fait sauf casser des noix) vu que j'avais passé mon temps à gratter la mousse de la terrasse et de l'allée du garage, et aussi tondu la pelouse, nettoyé les corniches et les caniveaux, coupé du bois, taillé les rosiers et arraché des ronces.

    Il faudra donc que cette année à Pâques je me concentre sur la colonne de gauche.

    Je crois qu'en politique on appelle ça un plan pluriannuel Langue tirée

  • Stupeur et tremblements de prof (bis)

    "Qui veut être professeur?" titrait le site La vie moderne en décembre dernier, en réponse à une campagne de recrutement. Voir http://www.laviemoderne.net/clapotis/035-qui-veut-etre-professeur.html (merci gballand!)

    Au même moment paraissaient chez nous aussi de nouveaux chiffres alarmants concernant la pénurie de profs: déjà très réelle aujourd'hui pour certaines matières (langues vivantes, économie, maths...), elle ne fera que s'aggraver, nous dit-on, pour atteindre dans quelques années le déficit ahurissant de 20 000 profs.

    Voilà des années qu'on nous le dit et l'écrit, comme dans cet extrait d'un article de 2008:

    Ondertussen is het ook duidelijk geworden dat Vlaanderen kampt met een lerarentekort in het secundair onderwijs. Dat heeft ongetwijfeld te maken met het feit dat het economisch goed gaat met Vlaanderen. Wanneer dat het geval is, zijn er veel minder mensen die voor een onderwijsloopbaan kiezen. Wellicht zal deze keuze ook te maken hebben met de onzekerheid van een onderwijsloopbaan.
    Maar het zou fout èn hypocriet zijn om alleen hiernaar te verwijzen. Zou het niet kunnen dat de leerlingen van nu niet meer kiezen voor een job in het onderwijs omdat ze -als de beste ervaringsdeskundigen- beseffen dat zulke job heel wat energie vergt van wie ze uitoefent? Omdat ze dag na dag vaststellen dat leraars alle moeite van de wereld moeten doen om de interesse van hun leerlingen op te wekken? Omdat de job van leraar stilaan verschuift naar de job van welzijnswerker? Omdat van het onderwijs verwacht wordt dat het alle maatschappelijke problemen van vandaag oplost met de middelen van eergisteren?

    Jos Van der Hoeven, Brandpunt, mars 2008

    Je vous le traduis:

    Entre-temps, il est clair que la Flandre aussi est confrontée à un manque de profs dans le secondaire. Sans doute parce que la Flandre se porte bien, économiquement. Dans ce cas, il y a moins de gens qui se tournent vers l'enseignement.
    Mais ce serait erroné et hypocrite de ne référer qu'à cette unique cause. Ne se pourrait-il pas que les élèves ne choisissent plus l'enseignement parce qu'ils sont bien placés pour savoir que ce métier demande beaucoup d'énergie? que les profs doivent faire des efforts énormes pour intéresser leur public? que ce job ressemble de plus en plus à celui d'assistant social? qu'on attend de l'école qu'elle résolve tous les problèmes d'aujourd'hui avec les moyens d'avant-hier?

    Or, que répond à cela notre ministre? Travailler plus, plus longtemps, et à des budgets de plus en plus serrés. Le week-end dernier nous étions de nouveau occupés à vendre et à servir de la bouffe et des boissons pour pouvoir offrir un peu de matériel didactique neuf. Vous savez tous ce que ça coûte, un ordi, n'est-ce pas?

    Allez voir les affiches "détournées" chez http://www.laviemoderne.net/clapotis/035-qui-veut-etre-professeur.html, elles illustrent bien le problème.

    Chaque année j'ai des élèves qui veulent devenir enseignants, généralement deux ou trois filles qui rêvent de se trouver devant une classe de maternelle ou de primaire.

    Mais enseigner à des ados ne les fait pas rêver: public trop difficile, me disent-elles.
    Elles me font bien rire Langue tirée

    Quant aux garçons, il y a longtemps qu'ils ont tourné le dos à l'enseignement.

    prof,école,élèves
    mardi 12 mars 2013
    dernières grosses chutes de neige
    même les élèves en ont marre ;-)

  • 22, v'là le chef!

    Le célèbre chef redoubla d’attention en voyant apparaître ce morceau de viande bovine préparée par son second: il était d’une rigueur extrême sur les rôtis, notamment sur la justesse de leur cuisson. Il avait l’opinion bien ancrée que c’était à cela qu’on reconnaissait la force du rôtisseur. Il lui semblait intolérable d’autoriser à servir en salle une pièce de boeuf dont il n’aurait pas dûment vérifié la goutte de jus rosé, lui qui contrôlait même la température de l’eau de cuisson d’un œuf mollet ! 

     

    histoire.jpg

    écrit pour Désir d'histoires n°95
    http://desirdhistoires.wordpress.com/2013/03/19/liste-des-mots-73/


    Les mots imposés étaient célèbre – attention – redoubler – bovin – apparaître – morceau – rigueur – opinion – force – mollet – notamment – intolérable – souhaiter

    Ils ne convenaient pas à l'histoire de Muanza.
    Je me suis efforcée de les garder le plus possible dans l'ordre et d'y ajouter un minimum de mots pour faire sens.


  • R comme réminiscences

    Réminiscence

    Souvenir vague, imprécis, où domine la tonalité affective (petit Robert, page 1508)

    april 2003 - kopie.jpg

    mon père, encore en pleine forme
    il y a exactement dix ans

    ***

    Wat is een vader voor zijn kind?
    Degene die alles kan.
    Mooi tekenen, lekker koken, moeilijke woorden uitleggen, overal zijn weg vinden en met iedereen spreken.

    Wat is een vader nog?
    Degene die de antwoorden geeft en het laatste woord heeft.
    Degene aan wie je raad vraagt, ook al ben je ondertussen zelf vijftig jaar oud.

    Degene wiens goedkeuring zo belangrijk is.

    Mijn vader.
    Telkens men mij zei dat ik op hem leek maakte het mij blij en trots.

  • Le bilan du 20

    Sur le bureau d'Adrienne, à portée de main (gauche), il y a

    le petit Robert

    tous les dictionnaires traducteurs

    des tas de paperasses qu'elle ne peut se résoudre à jeter

    la notice explicative reçue avec la première boîte de pralines Neuhaus

    une latte de 50 cm qu'elle utilise depuis l'école primaire (et sur laquelle, vers l'âge de 14 ou 15 ans, elle a gravé MAKE PEACE NOT WAR)

    le sac gris dans lequel elle transporte son ordinateur, chaque fois que le nomadisme hivernal la prend

    pipo maart 2013 - kopie.JPG

    et c'est là que le chat roux
    qui peut vraiment tout se permettre depuis qu'il est borgne
    vient faire ses siestes
    à portée de main (gauche)

    ***

    mais le nomadisme, c'est fini
    demain c'est le printemps
    Cool

    ***

    et ce soir, un autre bilan!
    ce soir, l'Adrienne fait un rapide aller-retour à la Monnaie
    pour y apprendre quelles sont les oeuvres au programme de la saison prochaine

    Bisou

    car s'il lui reste une dernière folie ce sera bien celle-là

    chat,la monnaie,bruxelles,hiver
    un autre rouquin
    Langue tirée
    détail du décor de Lucrezia Borgia
    photo prise après la représentation au Cirque Royal

  • Question existentielle

    Quand reverrai-je...

    Quand reverrai-je, hélas, de mon petit Paris
    Briller la tour Eiffel, et en quelle saison
    Reverrai-je l'Italie et ses horizons
    Qui me sont source de bonheur jamais tarie?

    Plus me plaît un séjour à New-York ou à Rome,
    Le Colisée, l'arc de Titus et le Forum
    Que d'avoir du marbre ou de la soie sur mes murs;

    Plus les voyages en des pays proches ou lointains,
    Big Apple, Bali, Vésuve ou Mont Palatin,
    Que des meubles design et de riches tentures.

    merci Joachim Bisou

  • P comme peur

    Quand elle était petite, elle aimait beaucoup les chiffres.

    Ceux qu’on récite avec fierté dans les tables de multiplication, six fois sept quarante-deux...

    Ceux qu’on chantonne Un, deux, trois, nous irons au bois.

    Ceux qu’on danse à la corde, 1,2,3,4,5,6,7, Violette à bicyclette.

    Ceux qu’on décompte pour désigner le joueur, Un petit cochon pendu au plafond…

    Ceux qu’on frappe joyeusement du pied en marchant, Un kilomètre à pied, ça use les souliers.

    Mais aujourd’hui, ça a bien changé.

    Elle a peur de lire le thermomètre. Peur d’y voir un zéro ou un chiffre en-dessous de zéro. Car il ne fait plus que dix degrés dans la maison, et quatre dans la salle de bains.

    Elle a peur de lire les résultats de l’analyse de sang. Peur d’y voir des nombres trop élevés ou trop bas. Car ce n’est jamais le moment de tomber malade, et aujourd’hui moins que jamais.

    Elle a peur de lire son courrier. Peur d’y voir les montants à payer. Car elle craint de ne plus y arriver, un jour ou l’autre.

     

    Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept,
    Adrienne a fait des dettes !

    écrit pour le défi 237
    thème: la peur des nombres

  • O comme orange

     Cherchez l'erreur

    Mon amie I*** croit très fort aux vertus de l’orange. « Mets de l'orange dans ta vie », me conseille-t- elle un matin où elle porte justement un pyjama de cette teinte.

    « C'est une couleur qui ne me va pas du tout », lui dis-je. « Il me donne une mine blafarde, limite verdâtre. »

    C'est du moins ce qu'il m'avait semblé apercevoir dans le miroir de la salle de bains, il y a une quinzaine d'années, ou peut-être vingt, la première et la dernière fois que j'avais mis un pull orange. Depuis, il dort dans l’armoire. Même les mites n’en veulent pas.

    I*** avait dû fouiller tous les placards de ma cuisine pour dénicher une tasse teintée d’un peu d'orange et y verser le café de son petit déjeuner.

    La veille, à son arrivée, elle m’avait offert un porte-clés. Orange, bien sûr. Mais comme je n'irradiais pas assez de joie de vivre, selon elle, le porte-clés seul ne suffirait pas. Alors ce matin, pour lui faire plaisir, et aussi peut-être un peu comme Niels Bohr, à qui on demandait avec étonnement en voyant le fer à cheval qui était cloué au-dessus de sa porte:

    – Comment ? Un grand scientifique comme toi croit en ce genre de superstitions ?

    Et qui avait répondu :

    – Il paraît que ça aide même si on n’y croit pas…

    Ce matin, donc, "avec son ciel si gris qu'un canal s'est pendu" (1), je ressors de dessous la pile le pull orange. Les mites n'en ont toujours pas voulu. Je m'en suis courageusement revêtue et ne me suis pas regardée dans le miroir.

    Au travail, quelques collègues m’ont complimentée, croyant que j’arborais un vêtement neuf.

    – Il est joli, ton nouveau pull! me dit K***, qui est assise en face de moi.

    – C’est une couleur qui ne me va pas, lui ai-je resservi, comme je venais de le dire aux deux autres juste avant elle.

    – Ah mais si! Si, si! Ça te donne du peps !

    Du « peps » ! Le vilain mot est encore tombé. Comment peut-on, quand on est correctrice et Quality Control Manager, utiliser un mot qui ne se trouve même pas dans le Petit Robert ?

    - Tu trouves ? ai-je demandé d’un air probablement si sceptique qu’elle s’est cru obligée de monter d’une octave dans le registre laudatif :

    – Ab-so-lu-ment ! Tu devrais en porter plus souvent !

    Le reste de la journée, j’étudie l’effet « peps » de mon pull orange sans rien ressentir de particulier.

    – C’est toi, le seul orange qui me donne du « peps », dis-je le soir en retrouvant mon chat Pipo, sa fourrure d’un beau roux fauve et son œil borgne.

    Puis le téléphone sonne.

    – C’est moi, dit mon amie G*** d’une voix méconnaissable.

    Je l’entends prendre son inspiration puis elle me dit :

    – J’ai le cancer du sein.

    Je crois que je vais remettre définitivement ce pull au placard.

    ***

    (1) Merci Jacques Brel, pour ton Plat pays (qui est le mien).

    Texte écrit pour Lu si n°4

  • N comme nez

    La première fois qu'elle s'en était rendu compte, elle avait dix ans.

    En embrassant la grand-tante Léonie, elle avait ressenti un profond malaise causé par une odeur indéfinissable, jamais sentie auparavant. Un peu doucereuse, un peu âcre, avec une pointe d'acidité en finale. Une odeur qui rend triste.

    Cette nuit-là, elle avait rêvé de la mort de la grand-tante.

    Quand on la lui avait annoncée le lendemain, elle n'avait pas été étonnée.

    - Je sais, dit-elle doucement à sa mère. Je l'ai rêvé cette nuit.
    - Allons, allons! la bouscula-t-elle, mais qu'est-ce que tu racontes, encore! ce n'est pas possible!

    Se pouvait-il qu'on rêve d'avoir rêvé quelque chose? se demandait la petite fille.

    En y réfléchissant, elle se sentit coupable. N'était-ce pas de sa faute, si la grand-tante était morte? Et que se passerait-il si elle sentait et rêvait la mort de son papa? Comment s'empêcher de sentir les odeurs? de rêver en dormant?

    Heureusement, elle ne rêva pas la mort de son papa. Un dimanche de l'automne suivant, ce fut celle du chien d'Odilon.

    Et ça, c'était bien fait, parce que c'était un méchant chien, qui voulait toujours lui mordre la jambe et avait même fait un trou dans sa robe.

    Ce qui avait beaucoup fait rire ce sans coeur d'Odilon.

  • M comme Muanza

    Décharger des ballots de vêtements dans une avenue bruxelloise, c’est une activité qui n’empêche pas la tête de penser. Tout en faisant passer les gros paquets de mains en mains, Muanza avait souvent l’esprit ailleurs.

    - Pourquoi tout ça devait-il m’arriver ?

    Voilà la question qui lui revenait sans cesse à l’esprit.

    Là-bas, très loin, dans la grande ville au bord de la rivière, il y avait Rosemonde et ses espérances. Rosemonde et son courage, son esprit d’entreprise. Peu avant les « événements » – il avait toujours du mal à qualifier correctement ce qui lui était arrivé et ce qui l’avait amené en Belgique – elle avait réussi à réunir un petit pécule pour ouvrir un atelier de couture. Elle avait eu un peu d’aide de la famille et le reste avait été accordé par la banque : Rosemonde avait un certain pouvoir de persuasion, se dit Muanza en souriant à cette pensée.

    Elle avait trouvé un petit local dans une rue passante et il avait suffi de quelques coups de peinture : Rosemonde s’était installée.  Du matin au soir, elle cousait des jupes, des pagnes, des boubous sur une vieille Singer en fonte.

    C’est peu après qu’on avait reçu l’annonce de la mort de son frère aîné. « Phlébotomie suicidaire », avait déclaré le médecin. Ils avaient dû chercher le sens de ce mot au dictionnaire. Mais ils n’étaient pas dupes : Baako ne s’était pas ouvert les veines lui-même. Cette mort était la conséquence de son engagement politique et Muanza savait très bien qu’il serait le suivant.

    Comment détourner de lui l’attention de la police ? comment « disparaître » sans disparaître vraiment ?

     

    désir d'histoires, fiction
    écrit pour Désir d'histoires n°94
    http://desirdhistoires.wordpress.com/2013/03/12/liste-des-mots-72/
    les mots imposés étaient: espérances – peinture – jupe – rivière – conséquence – dupe – détourner – phlébotomie – avenue – banque – sans

     


  • L comme lecture... imposée

    Villa Giudita et autres nouvelles. Voilà où le malentendu a commencé : avec ces deux premiers mots du titre, que je croyais pouvoir mettre à la lettre V de mon Dictionnaire amoureux de l’Italie : V comme Villa Giudita…

    A la réception de l’ouvrage, j’ai découvert neuf nouvelles. Celle du titre est la troisième, mais déjà pendant la lecture de la première, j’ai eu envie de décrocher. Pourquoi ? Pour un tas de raisons : maladresses dans l’histoire racontée, style incohérent, fautes de langue, de grammaire, d’orthographe, erreurs typographiques même !

    Ce qui fait que dès la première page, je me suis demandé qui corrigeait les épreuves, chez Persée. Ne serait-ce que pour avoir un peu de continuité dans le choix des majuscules ou des minuscules et des tirets ou des traits d’union.

    Que faut-il penser, par exemple, d’un « auss’ils » (page 57), de « quelqu’un t’as fait ça » (page 85), de tous ces accords d’adjectifs, de verbes ou de participes qui ne sont pas faits correctement? D’erreurs dans le vocabulaire, comme le mot « antre », qui est systématiquement utilisé au féminin (« cette même antre », page 98).

    Mais j’ai continué ma lecture : en échange du livre, Babelio attend ma chronique dans les 30 jours. Et au fil de ma lecture, je me demande comment je ferai pour qu’elle ne soit pas trop destructrice. Car enfin, ce monsieur José Wolfer y a mis son cœur et son temps, je suppose.

    J’ai donc fini par tout lire. Ça a pris du temps. Ça m’a donné peu de plaisir. Je cherchais le fil conducteur, je ne l’ai pas trouvé. On y voyage beaucoup : Grande-Bretagne, Italie, Grèce, Bosnie, Australie. D’autres sont des souvenirs d’enfance (le village, l’école) ou se passent au début du 20e siècle.

    Le communiqué de presse qui était joint à l’envoi du livre parle de « pages émouvantes, poétiques, drôles, toujours étonnantes ». J’espère pour l’auteur que d’autres lecteurs y trouveront tout ça.

  • K comme keyword activity

    Les profs de langue rivalisent d'idées toutes plus neuves et plus originales les unes que les autres quand il s'agit de donner à leurs élèves un travail d'écriture. Ne serait-ce que pour éviter le copié-collé d'internet.

    Malgré tout, en allant voir la "keyword activity" de ce blog, je tombe de temps en temps sur une recherche signée potache.

    Par exemple en février il y avait ceci, qui venait du Maroc:

    - A l'occasion d'un voyage en train ou en autocar, tu regardes défiler à travers la vitre...

    En mars, une consigne similaire a été donnée en Tunisie:

    - En train... Rédige cette histoire en décrivant le train de l'intérieur et les paysages que tu as vus.

    Le potache qui se respecte n'introduit pas de mots clés. Il note carrément toute la consigne. Souvent agrémentée d'une ou deux fôtes d'ortaugraf. Mais fautes ou pas, il arrive sur un de mes billets 'Wagon de train', et chaque fois je me demande s'il a pu lui être de quelque utilité.

    Ou encore:

    - Raconte un souvenir d'enfance humoristique...

    J'avais déjà souvent rencontré le classique "Raconte un souvenir d'enfance" mais ces dernières semaines, les profs ont apparemment envie qu'on les fasse rire. Sans doute à cause de la longueur de l'hiver.

    Un prof qui a demandé "Je suis optimiste parce que..." lira sans doute des choses que j'ai écrites en décembre dernier (o comme optimisme).

    Mais le plus fort, c'est celui-ci:

    - Ecrivez une tirade du pied selon le modèle de la tirade du nez

    Je me demande s'ils ont osé se servir chez moi: http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2012/10/22/22-ou-la-tirade-du-pied.html

    Je parle au pluriel, parce qu'ils étaient trois sur le coup. C'était peut-être un travail de groupe? Langue tirée

  • J comme jeu du dictionnaire

    Prendre 5 mots au hasard dans le dictionnaire et écrire un début d'histoire de 15 lignes.

    Voilà ce que disait la consigne. J'ai ouvert mon Robert et mis le doigt sur quelques mots pris ici et là. Ce qui a donné: diamant - faisceau - lésiner - omniprésent - revigorer

    Dans le faisceau des phares, il n'apercevait plus qu'un rideau de pluie, des trombes d'eau qui se déversaient sans discontinuer et que les essuie-glace ne parvenaient plus à évacuer assez rapidement.

    Poursuivre la route dans ces conditions était dangereux, mais il pensait au petit diamant dans son joli boîtier tapissé de velours bleu qu'il ne pouvait s'empêcher de tâter prestement au fond de sa poche, de temps en temps, comme pour s'assurer qu'il était toujours là.

    Il se dit qu'en arrivant, il aurait droit à un bon feu de bois, à une douche chaude et revigorante, à un repas fin. Il ne doutait pas un seul instant que Françoise n'aurait pas lésiné sur les soins apportés au dîner un soir comme celui-là...

    Dans l'atmosphère confinée de sa petite Simca, avec le bruit omniprésent de la pluie et des essuie-glace, il essayait de ne pas s'enfoncer dans les ornières, tendu vers le but à atteindre.

    Françoise l'attendait et s'inquiétait sûrement déjà...

  • I comme inspiration chez Lali

    Anne-Lise était la reine du baby-sitting. Chacun en tout cas s'accordait à le dire.

    - Je vous lis une histoire, dit-elle aux deux gamins qu'elle était chargée de garder ce soir-là, et puis au dodo!

    Ainsi fut dit, ainsi fut fait. Ils n'eurent même pas l'idée de protester.

    Mais qui s’endormit? Ce fut Anne-Lise.

    Et pendant qu’elle rêvait de fées et de Princes Charmants, les deux garnements en avaient profité pour redécorer les murs du salon.

    PEZZOTTA-Paola.jpg

    http://lalitoutsimplement.com/en-vos-mots-307/comment-page-1/#comment-488241

  • H comme histoires vécues

    J'ai déjà souvent dit à l'ami G*** qu'il devait rédiger ses mémoires mais comme il ne le fait pas, je vous raconterai deux anecdotes du temps passé Cool

    La première concerne un grand-père de sa femme. Il était fermier, né à la fin du 19e siècle. Un de ces petits fermiers que chez nous on appelle "pachters", ce qui veut dire que la terre qu'ils cultivent ne leur appartient pas.

    Il s'appelait Evariste et avait la passion de la lecture. Comme d'autres dépensaient leur gain au cabaret, lui donnait son dernier sou à l'achat de livres. A tel point qu'il en oubliait le travail et négligeait sa ferme, ses bêtes, ses récoltes. Il avait toujours un livre en route, et ne s'arrachait que difficilement à sa lecture.

    Un jour, il ne réussit plus à payer son dû et perdit sa ferme.

    Mais le seigneur de l'endroit eut pitié de lui, de sa femme et de ses petits enfants: Evariste était un brave homme et son vice bien innocent. Monsieur le comte lui offrit un logement dans son domaine et un poste de garde-chasse.

    J'imagine le grand-père Evariste, couché dans quelque fossé, la fleur au fusil et le nez dans un livre jusqu'à la nuit tombée.

    Les histoires de l'ami G*** sont d'un temps que même moi je n'ai pas connu. D'une époque où en milieu rural on vivait entre le clocher et le château. Au rythme des saisons, de la terre et de son dur labeur. Où on dormait sur des matelas de son. Où on ne mangeait que sa propre récolte. Où une orange était un fruit rare et exotique, réservé à l'enfant le jour de sa fête de Saint-Nicolas.

    ***

    Il y a aussi l'histoire du grand-oncle Albert. Sa soeur était servante chez monsieur le notaire. Il arrivait que le notaire se défasse d'un vêtement qu'il jugeait trop usé et qu'il le donne à sa servante. Pour Albert.

    C'est ainsi qu'un jour le grand-oncle Albert a hérité d'une paire de chaussures.

    Au bout de deux ou trois jours, Albert dit à sa soeur:

    - Je ne sais pas ce que j'ai, je boîte, je me demande bien pourquoi...

    Et il sort de sa démarche claudiquante: tout le monde pense qu'il a dû tomber et se faire mal, un soir qu'il avait bu un coup de trop.

    Ce n'est qu'à la fin de la semaine qu'on a découvert l'explication: monsieur le notaire avait apparemment une jambe plus courte que l'autre, ce qui était savamment compensé et camouflé par le port de chaussures adaptées...

  • G comme Graag Gedaan!

    A la demande d'Euterpe, une traduction d'un poème de Maria Tesselschade Roemers (17e siècle)
    Elle y exprime le pouvoir consolateur de l'écriture de soi.

    Aan mijnheer Hooft, op het overlijden van Mevrouw van Sulecom

    A monsieur Hooft, à l'occasion du décès de madame van Sulecom

    Die als een Baak in zee van droefheid wordt gehouwen,
    geknot van stam en tak, en echter leven moet,
    zendt u dit zwak behulp voor ’t troosteloos gemoed,
    gedompeld in een meer van Baerelijke rouwen.

    Celle qui a été tranchée comme une balise dans une mer de douleur,
    Tronc et branches abattus, et qui pourtant doit vivre,
    Vous envoie ce faible soutien pour l'âme inconsolable,
    Immergée dans une véritable mer de deuil.

    Zegt Vastaard dat hij mocht pampieren raad vertrouwen
    zo d’innerlijke smart zich schriftlijk uiten kon.
    Hij staroog’ in liefs glans als aadlaar in de zon
    en stell’ zijn leed te boek, zo heeft hij ’t niet t’ onthouwen.

    Dites à Vastaard qu'il peut se fier aux conseils du papier
    S'il réussit à exprimer sa douleur par écrit.
    Qu'il contemple le rayonnement de son amour comme un aigle le soleil
    Et qu'il mette sa douleur par écrit, ainsi il ne doit pas l'avoir en tête.

    Pampier was ’t wapentuig waarmee ik heb geweerd
    te willen sterven, eer ’t de Hemel had begeerd,
    daar overwon ik mee, en deed mijn vijand wijken.

    Le papier est l'arme avec laquelle je me suis défendue
    Contre l'envie de mourir avant l'heure,
    Grâce à lui je vainquis et fis reculer mon ennemi.

    Zijn eigen lesse leer’ hem matigen zijn pijn,
    want kwelling op de maat en kan zo fel niet zijn.
    Bezweer hem dat hij zing’ op maatzang droevelijken.

    Que ses propres leçons lui apprennent à tempérer son mal,
    Car le tourment rythmé (par la poésie) ne peut être si vif.
    Conjurez-le de composer sur des mesures tristes.

    ***

    Le mot 'pampier' pour 'papier' m'a d'abord étonnée
    puis je me suis souvenue avec émotion
    que mon arrière-grand-père (°1878)
    disait lui aussi 'pompeer'

    Merci Euterpe
    Sourire

  • F comme femme fatale

    Ce soir, l'Adrienne sera au Cirque Royal pour y assister à une production de la Monnaie, Lucrezia Borgia.

    Petit reportage dans les coulisses de la Monnaie où on s'active pour préparer le spectacle: http://www.lamonnaie.be/fr/mymm/related/event/241/media/1603/Les%20coulisses%20de%20Lucrezia%20Borgia/

    Aucun rapport, bien sûr, avec la journée de la femme... quoique!

    C'est peut-être une occasion de faire la fête (F comme... Cool)

  • F comme fiction

    Trouver du boulot, ce n’était pas trop difficile, du moment qu'on avait du muscle et qu'on était prêt à accepter toutes les conditions. Dans les rues et les boulevards autour du Petit-Château rayonnaient toutes sortes d'individus qui vous embauchaient pour un travail de quelques heures ou de quelques jours.

    Kendu apprit à Muanza à repérer les employeurs, mais c'était plutôt eux qui le repéraient. Dans son vêtement trop mince pour la saison, on sentait à plein nez le nouveau venu fraîchement débarqué de son Afrique natale. Celui qui est jeune et prêt à retrousser ses manches avec courage. Celui qui a envie de quitter au plus tôt la quiétude relative du refuge pour se recréer un foyer et faire venir l’épouse et l’enfant restés là-bas.

    Une fois le travail fait, il fallait parfois rafraîchir la mémoire de l’employeur et tendre la main avec insistance pour recevoir le billet promis.

    C'est avec déplaisir que Muanza se rendit assez vite compte qu'il tournait ainsi dans une économie parallèle où il côtoyait des Russes, des Turcs, des Albanais, tout un petit monde avec lequel on était forcé d'avoir des conversations muettes, l'un ne parlant pas la langue de l'autre. Par quelques gestes, on désignait le travail à faire et on exhibait la récompense de l'effort, généralement pas plus d'un billet de cinq euro.

    Il valait mieux ne pas se poser trop de questions et prendre ce qui se présentait. Le plus souvent, il fallait aider à décharger rapidement des camions. Un jour qu’il s’agissait de lots de vêtements, on lui permit de se servir à sa guise parmi les ballots éventrés: il profita de l’événement pour s’offrir une veste plus chaude, un pull et une cravate.

    - Quelle idée de prendre une cravate ! fit Kendu en rigolant. A quoi ça pourra bien te servir ?
    - Je la trouvais jolie, dit Muanza. C’est important d’avoir quelque chose de joli.
    - Espèce de poète ! s’esclaffa Kendu, qui se tordait de rire.

    Il se fit tant d’hilarité autour de Muanza et de sa « jolie cravate » que tous désormais savaient de qui on parlait quand en braillant l’un ou l’autre interpellait « le Poète »…

     

    histoire.jpg

    écrit pour Désir d'histoires 93
    http://desirdhistoires.wordpress.com/2013/03/05/liste-des-mots-71/
    Les mots imposés étaient
    refuge – travail – plus – mince – prendre – château – muette – événement – fiction – déplaisir – rafraîchir – poète – rayonner – courage


  • 7 signes qui ne trompent pas...

    Dans la prairie en face, les deux petits chevaux se font la course et batifolent.

    Dans les branches devant ma fenêtre, deux mésanges se disputent une troisième.

    Sur la droite, les bourgeons du groseillier à fleurs laissent apparaître quelques pointes de rose.

    Là-bas, le saule est couvert de chatons d'un joli gris duveteux.

    Les premières pousses d'orties et d'égopodes commencent à se montrer.

    Les perce-neige seront bientôt défleuris.

    La jardinière ressent mille petits fourmillements Langue tirée

    Pas de doute possible: le printemps est là!

    nature, jardin, printemps
    et on nous promet de la nouvelle neige pour la semaine prochaine Langue tirée

  • E comme économie

    Il me reste une bonne vingtaine de minutes avant de reprendre le train. Je me dis que c'est le moment de boire un petit café. A côté de la buvette, toutes les tables sont occupées, tous les sièges pris. Sauf un.

    Je demande la permission de m'asseoir. On me l'accorde d'un geste noble.

    Bien sûr, j'avais vu le misérable barda, le chien, puis les ongles noirs, les chaussures trouées...

    Mais je m'installe. Moi aussi j'ai mon barda et des chaussures trouées (1)

    L'homme boit tranquillement une Duvel en lisant un Ciné télé revue. Et pourquoi pas? On peut être sans abri et vérifier ce qui passe à la télé. Je le fais régulièrement, alors que mon raccordement ne fonctionne plus depuis un an. C'est une façon comme une autre de se conforter dans l'idée qu'on ne rate rien, finalement.

    Sa lecture terminée, il se lève pour jeter quelques déchets dans la poubelle à côté, sous l'oeil attentif de son chien. Puis se rassied et entame la lecture du journal Le Soir.

    En commençant par la page 'économie'.

    ***

    bruxelles,wagon de train
    Bruxelles, gare Centrale, mars 2013

    (1) toujours l'histoire de l'orteil Langue tirée qui fait que je passerai sans transition de mes grosses bottines (dont entre-temps le tissu est troué) à des sandales...

  • D comme devinettes

    Devinette numéro 1:

    Un couple de Hollandais: quelle langue parlent-ils entre eux?

    Trop facile! me direz-vous. Hollandais, bien sûr. Et si vous connaissez un peu mieux les Pays-Bas, vous répondrez 'néerlandais'.

    Bravo. Parfait.

    Mais qu'en pense Laurent Gounelle?

    Le narrateur-qui-voulait-être-heureux se promène à Bali et surprend la conversation d'un couple de Hollandais. Aucun problème pour les comprendre ni pour nous restituer textuellement leurs échanges puisque sans aucun doute, ils se parlent en français Langue tirée

    Devinette numéro 2:

    Comment dit-on en anglais: "Revenons à nos moutons"?

    C'est très joli, les expressions idiomatiques, donner sa langue au chat, avoir les yeux plus grands que le ventre, dormir sur ses deux oreilles... mais il est excessivement rare qu'elles se traduisent littéralement d'une langue à l'autre.

    Parfois, une expression se fait adopter ailleurs, comme notre "les doigts dans le nez" qui se dit aujourd'hui en néerlandais aussi (vingers in de neus!) mais jusqu'à présent pour 'revenons à nos moutons' en anglais on dira, au choix, 'back to the topic, the matter, the real subject, the point, the issue, the problem' ou un simple 'but I digress'.

    Pour Laurent Gounelle, le problème de la traduction ne se pose pas. Son narrateur parle anglais avec son gourou-qui-lui-apprendra-à-être-heureux. A un moment donné, ça donne ceci:

    - Revenons à nos moutons... (dit le gourou, qui parle un "anglais parfait", nous précise-t-on)
    - Dessine-m'en un... (répond le narrateur avec un à-propos stupéfiant de non-sens)

    Devinette numéro 3:

    L'Adrienne a-t-elle aimé ce best-seller?

    Non.

    C'est mal écrit.
    C'est plein de clichés.
    C'est plein de bons sentiments à la noix (de coco).
    C'est tuant de simplismes accumulés et servis comme à des demeurés.
    C'est un réchauffé de bouddhisme à la sauce magazine féminin de troisième zone.


  • C comme contrôle de lecture

    Birgit se penche tellement sur sa feuille qu'entre son nez et le banc il ne reste bientôt plus que cinq centimètres. Elle s'applique d'une petite écriture ronde où aucune lettre n'est plus grosse que l'autre. Entre ses ongles laqués de rouge vif, elle tient son stylo bien droit. Elle est l'image même de la concentration.

    Tout en rédigeant ses réponses, Baptiste se parle à lui-même: ses lèvres forment chaque syllabe avant qu'il la couche sur le papier. Madame passe entre les rangs pour s'assurer qu'aucun son ne sort de sa bouche.

    Chaque fois que ses cheveux retombent en rideau, Valérie les relève, les rejette en arrière, les lisse, les ramasse en queue de cheval, les entortille dans la nuque, les relâche. Ils retombent tout aussitôt. Ce n'est qu'au bout de quarante minutes qu'elle finit par les attacher avec un élastique.
    Madame observe ce manège avec une certaine fascination.

    Thomas a fini longtemps avant tout le monde. "Et si tu relisais?", lui suggère Madame. Mais il a un geste fataliste en direction de ses pattes de mouche: il est incapable de les déchiffrer. Madame si, heureusement.

    L'épaule contre le mur et le coude sur la table, le menton soutenu par la main, Jason "réfléchit". Il sèche. Il rêve, le regard au loin. Il soupire. Il souffle. Il souffre la petite souffrance de celui qui n'a lu son livre que par ouï-dire. Chaque fois qu'il sent sur lui le regard de Madame, il prend un air inspiré et se penche sur sa feuille. Mais son stylo reste en l'air. Pendant ce temps-là, Lynn réécrit tout le bouquin.

    - On doit répondre en français? demande Stijn, l'humoriste de service.
    C'est lui qui lève la main pour poser toutes les questions qui lui passent par la tête, celles dont il connaît la réponse ("Est-ce que vous enlevez des points pour les fautes d'orthographe?") et celles auxquelles Madame doit refuser de répondre:

    - Est-ce que c'est suffisant, ça, ou est-ce que je dois écrire plus?
    - Cette question-là, est-ce que ça a un rapport avec la fin du livre?

    Madame retourne donc toutes les cinq à dix minutes se pencher au-dessus de sa feuille. Heureusement, il est assis au premier rang et invariablement elle lui dit en souriant:

    - C'est à toi de voir. C'est toi qui fais le test.

    Mais ça ne le décourage pas: il pourrait choisir comme devise le proverbe "De aanhouder wint", celui qui persévère gagne.

  • B comme Bruxelles et B comme Benoit

    Vendredi dernier, j'ai eu l'occasion - que dis-je? la chance! - de pouvoir assister à la pré-générale du prochain opéra de la Monnaie: La Dispute, une création contemporaine d'après la pièce de Marivaux. La musique est du Belge Benoît Mernier et la mise en scène de Karl-Ernst et Ursel Herrmann, garantie de beauté visuelle, de rêve et de poésie. L'orchestre est dirigé par Patrick Davin, à qui j'ai même entendu parler néerlandais avec les musiciens Sourire

    http://www.lamonnaie.be/fr/opera/242/

    Le public admis à cette pré-générale était un mélange extra: de jeunes lycéens ayant "travaillé sur" Marivaux, comme on dit dans notre jargon, et qui découvraient les lieux, des mamma maghrébines qui ont dû être fort choquées par tout ce "libertinage" montré sur scène, des petits groupes de handicapés ou de personnes (très) âgées à peine mobiles, et un tirage au sort d'"Amis de la Monnaie" qui avaient émis le désir d'être là.

    Tout ce petit monde a donc assisté à une représentation en continu (pas de pause-pipi!) et on n'a entendu ni bavardage ni GSM (ni ronflements, ajouterai-je pour les esprits mal tournés parmi vous, si si je commence à vous connaître Langue tirée), seulement les quelques toux apparemment inévitables dès qu'on rassemble des gens pour un spectacle musical.

    Et nous avons reçu la totale, le plaisir de la musique, le charme de la mise en scène, l'actualité de Beaumarchais: il y avait de quoi régaler les yeux, les oreilles et l'esprit!

    Ah! quel beau moment j'ai passé là!

    ***

    Pas de photo... j'avais mon appareil mais je n'ai pas osé l'utiliser, il faut garder tout le mystère de la représentation jusqu'à la première, qui aura lieu après-demain Cool