• Z comme Ze Plomb'

    Jed Martin a des problèmes de chauffage et d'autres, tout à fait existentiels. Il n'en fallait pas tant pour me le rendre sympathique.

    Au début de l'histoire, il essaie "en vain, une dizaine de fois, de joindre Ze Plomb' " (p.13) mais ça ne lui apporte que "Skyrock comme musique de mise en attente". (1) Et ses efforts pour terminer son ultime tableau, "Damien Hirst et Jeff Koons se partageant le marché de l'art", ne le satisfont pas.

    J'ai aimé lire ce parcours d'artiste et cette vie d'un homme qui m'a un peu fait penser à l'Etranger de Camus. Il semble n'avoir aucune prise sur les événements, n'avoir pas de véritable volonté propre (2) et être incapable d'entretenir des relations amicales ou amoureuses. Il est seul, s'en rend compte, n'en souffre pas et pourtant il n'est pas misanthrope.

    Je n'avais encore lu aucun livre de cet auteur parce que j'évite en général tout ce qui est hypermédiatisé, mais j'ai trouvé ici de belles pages sur les rapports entre le personnage principal et son père, ou entre Houellebecq et son chien.

    Car l'auteur s'est mis lui-même dans le livre. Son nom apparaît déjà à la page 23: on va demander à Houellebecq d'écrire le catalogue pour l'exposition de Jed Martin. (3). Bon, je n'aime pas trop ça, tout comme je ne l'appréciais pas chez Jacqueline Harpmann qu'elle apparaisse à un moment donné dans à peu près tous ses livres.

    Que dire encore sur ce roman, sans en dévoiler tout le contenu et sans retomber dans ce que tout le monde aura déjà lu ou entendu dans la presse? Comme cette accusation de plagiat, par exemple. Je ne vais pas vérifier dans quelle mesure certains passages seraient pompés de wikipedia ou d'ailleurs (4). Par contre, quand j'ai un effet de "déjà lu" je me demande toujours s'il est fortuit ou non.

    Ainsi par exemple, l'établissement et la firme Dignitas m'ont tout de suite fait penser au Thanatos Palace Hôtel d'André Maurois, vu qu'il s'agit d'exactement la même idée: si tu en as assez de ta vie, pour une raison ou une autre, tu les contactes et ils t'arrangent à prix d'or une "belle mort" par euthanasie.

    Pour le reste, il y a une divagation sur la beauté des seins siliconés et des vacheries à l'égard de vedettes françaises (m'en f..., je vis sans télé, alors je ne les connais même pas Langue tirée) mais je suppose que c'est la marque de fabrique de l'auteur?

    houellebecq.jpg
    image prise chez l'éditeur A vue d'oeil
    http://www.avuedoeil.fr/avo3/livres/livre.php?item=27456&cat=litterature&url=418&rg=87

     ***

    (1) Il se retrouve donc avec 3° dans son appartement, exactement comme dans ma chambre et ma salle de bains, à l'époque de ma lecture. Inutile de préciser que cela crée un lien Langue tirée

    (2) un peu comme Meursault qui dit qu'on ne change jamais de vie, alors que son patron lui propose une situation à Paris.

    (3) "C'est un bon auteur, il me semble. C'est agréable à lire, et il a une vision assez juste de la société." dit le père de Jed Martin (p.23)

    (4) l'auteur s'en explique ici et prend Perec comme références, alors...  Cool
    http://www.dailymotion.com/video/xepkd8_houellebecq-repond-aux-accusations_creation#.UXKFyUrXr_g

  • Y comme yachtman

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    http://filamots.wordpress.com/2013/04/28/ecriture-7-defi-en-image-28-avril-05-mai-2013/

    Debout à l'arrière du bateau, dans un contrapposto de statue antique, son torse viril exposé au soleil, il tient la main gauche solidement appuyée sur la barre.

    Dans la main droite, il a un livre ouvert qu'il regarde attentivement. Il est soigneusement recouvert de plastique noir. Il ne faudrait pas que la blonde vénus en bikini qui est alanguie en face de lui sur le pont ait le moindre soupçon.

    Il lui a fait croire qu’il lit Keats. John Keats. Alors chaque soir elle lui demande de réciter un poème en guise de préliminaires.

    Mais en réalité, il ne lit pas du tout Keats.

    Voilà pourquoi il y a cette couverture noire :

    Le yachting pour les nuls.

     

  • X c'est l'inconnu

    Cette histoire écrite dans la magie de cet hiver-là...

    Cette histoire écrite dans la magie de cet hiver-là, je ne sais pas si je vais l’envoyer à un éditeur.

    Souviens-toi. Souviens-toi de ce froid intense, de cette neige tombée abondamment, semaine après semaine. Nous ne sortions plus guère. Pourquoi l’aurions-nous fait, d’ailleurs ? Nous préférions rester le plus longtemps possible ensemble au coin du feu. J’écrivais. Je te faisais la lecture. Tu approuvais, tu commentais. Tu avais comme toujours une si juste vision des choses…

    Mais cette histoire-là, non vraiment je ne sais pas si je vais l’envoyer à mon éditeur.

    Tu n’es plus là pour me lire.

    ***

    écrit pour

    http://mandrine6.wordpress.com/2013/04/27/la-magie-des-mots-n11/#comments

    l'incipit "Cette histoire écrite dans la magie de cet hiver-là" était imposé

  • W comme wagon de train

    Ils n'ont pas encore douze ans et une valise dans laquelle ils entreraient facilement. Ils font de gros efforts, à trois, pour les hisser au-dessus de leur tête et les déposer dans les porte-bagages. Quand les énormes sacs de voyage leur sont retombés une ou deux fois dessus, quelqu'un se lève pour leur prêter main-forte.

    - De mama's, dit l'un des gamins avec un grand sérieux, die geven ons altijd veel te veel dingen mee...

    Sur le quai, les mamans et les papas, parfois accompagnés d'un petit frère ou d'une petite soeur à l'air un peu perdu, font des saluts que les garçons ne remarquent même pas. Ils s'installent pour le voyage, sortent des paquets de bonbons, discutent comme des grands.

    Quand le train s'ébranle, une grand-mère aux cheveux blancs court le plus longtemps possible en agitant la main.

    Ils seront partis à peine cinq ou six jours pour un camp dans les Ardennes belges et sont entourés d'une petite escouade de moniteurs jeunes, enthousiastes, dynamiques, rigolards.

    - Vous verrez, dit l'un d'eux, là-bas, vous devrez vous débrouiller en français!

    Ils ne savent pas trop s'ils doivent le croire.

    ***

    (1) Les mamans, elles nous mettent toujours beaucoup trop d'affaires

  • V comme votez!

    La nuit, seul dans le noir, Muanza ne dort pas. Dans la touffeur de sa chambre, repoussant les draps, il transpire encore. Un dernier bruit de couloir : c’est Kendu qui rentre de sa sortie nocturne sur les toits.

    Muanza tourne et se retourne dans la moiteur de son lit. Dans sa tête, nuit après nuit, il revoit la suite des évènements qui ont mené à la catastrophe. C’est comme un film qu’il connaît par cœur mais dans lequel l’engrenage fatal continue à dépasser son entendement.

    - Pourquoi ? Pourquoi cet acharnement des autorités contre son frère Baako, puis contre lui ? Comment est-ce que ça a commencé ?

    Là-bas, les deux frères habitaient le même immeuble. Baako travaillait au port et Muanza avait un bon emploi fixe : il était chargé de l’entretien des voitures de la base militaire. Le pays vivait un semblant de paix, sans réels conflits intérieurs, sans problèmes frontaliers. Sous la pression de l’ancien colonisateur et de quelques puissances occidentales, le Président avait accepté l’idée d’un retour de certains partis de l’opposition et de l’organisation d’élections démocratiques.

    Les opposants les plus notoires étaient rentrés d’exil, les uns après les autres, bien décidés à saisir cette opportunité de renverser le pouvoir.

    Mais pour rendre possible une aussi grande entreprise, il fallait envoyer des hommes expliquer partout dans les villages comment voter.

    C’est ainsi que Muanza et son frère se sont retrouvés avec quelques autres dans le coffre d’une jeep, armés d’affiches polycopiées à la hâte, de craies et de solides cartons peints en noir, pour aller montrer à des analphabètes comment émettre leur voix de manière valide.

    écrit pour Désir d'histoires

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    http://desirdhistoires.wordpress.com/2013/04/23/liste-des-mots-76

    les mots imposés étaient sortie – craie – bruit – rendre – commencer – suite – conflit – catastrophe – entendement – repoussant – idée – décider – immeuble – coffre (de voiture)

    ***

    Pour ceux qui voudraient mieux connaître Muanza, suivez le tag Muanza Sourire


  • U comme une ultime enquête

    Un cadavre inconnu trouvé à moitié nu dans un champ de trèfle avec un bâton à ses côtés… Le commissaire Adamsberg, escorté de son fidèle Danglard, n’avait évidemment aucune piste.

    - Je me demande quelle intuition lumineuse il va encore nous sortir de tout ce fatras, se dit-il en pataugeant dans la boue.

    Traînant un mauvais rhume depuis le début de l’hiver, il s’était soigneusement couvert d’un bonnet à pompon et d’une écharpe aux couleurs du PSG, l’équipe préférée de ses fils, ce qui lui donnait l’air encore plus décati que d’habitude. Mais ça faisait bien longtemps qu’il ne se regardait plus dans un miroir, pas même pour se raser ni pour faire un de ses impeccables nœuds de cravate.

    - Danglard ! Vous me suivez ou vous admirez le paysage ?

    En réalité, il regardait plutôt d’un air hagard ses belles chaussures italiennes qu’il était en train de bousiller dans ce champ détrempé. Mais qui aurait pu prédire que ce matin-là, ils allaient devoir quitter Paris ?

    - J’aurais bien besoin d’un petit blanc, se dit-il encore en se hâtant vers le commissaire.

    - Confidence pour confidence, moi aussi je supporterais bien un petit remontant!

    Il ne s’était pas rendu compte qu’il avait parlé tout haut. Mais il comprit la réaction du commissaire dès qu’il se fut assez rapproché du cadavre…

    ***

    écrit pour filamots n° 6
    http://filamots.wordpress.com/2013/04/21/ecriture-6-proposition-du-21-04-au-28-04-2013/
    avec les mots imposés suivants

    filamots4.jpg


  • T comme typologie de profs (1)

    La prof chichiteuse

    Elle arrive sur ses élégants bottillons tout à fait inadaptés à la nature du terrain. Mais c'est la faute du terrain, bien entendu. Quelle idée d'installer un musée au milieu d'un parc.

    Nous avons dix minutes d'avance, donc les portes sont encore fermées.

    - Bruxelles, dit-elle tout fort avec une petite grimace de dégoût, c'est comme la Wallonie. Il faut toujours s'armer de patience. Ici, on n'est pas pressés.

    Aucun de mes collègues flamands ne réagit, ce que j'apprécie. D'ailleurs, les portes s'ouvrent et nous pouvons entrer. Nous lui épargnons nos sarcasmes. Elle se fraie un chemin pour être à l'intérieur parmi les premiers, alors qu'elle était arrivée la dernière.

    Le vestiaire est obligatoire. Mais elle n'a pas envie d'y laisser sa jolie petite veste.

    - Fait-il bien chaud à l'intérieur du musée? demande-t-elle à la dame. Parce que je ne suis que très légèrement vêtue.

    Elle montre sa robe largement décolletée. Pourtant, en cette fin d'octobre le temps est froid et sec. Et il ne me semble pas que la visite matinale d'un musée puisse être confondue avec un cocktail mondain.

    La dame du vestiaire appelle un responsable à la rescousse. Il confirme: oui, il fait bien chaud dans les salles.

    - Bon, dit-elle avec condescendance, je vous la laisse. Mais si j'ai froid, je reviens la chercher! Je n'ai pas envie d'attraper un rhume par votre faute!

    Et tac tac tac tac tac elle s'éloigne sur ses mignons bottillons légèrement souillés par le sable humide des allées.

  • Stupeur et tremblements gastronomiques

    - Je vais prendre la sole meunière...
    - On n'a plus de grande sole, mais on a des solettes. Sinon, il y a le bar.
    - Oui, j'ai vu. Mais pour le bar, vous demandez un supplément de 3€.
    - ...
    - Alors donnez-moi les solettes.

    On apporte deux petits poissons plats dont la peau a soigneusement été ôtée. Mais il en reste des traces sombres et gélatineuses prouvant bien qu'il ne s'agit pas d'une sole. Les arêtes aussi ont été enlevées. Ces petits filets n'ont pas non plus la texture ferme ni la saveur fine de la sole.

    - Tout va bien? ça vous goûte, Madame? (1)
    - Vous êtes sûr que c'est de la sole?

    Madame s'efforce de dire cela le plus gentiment possible mais la réponse fuse, sèche et arrogante:

    - Je vous ai dit qu'il n'y avait plus de grande sole, que ce seraient des solettes et que sinon il y avait le bar!
    - Ah... vous appelez ça des solettes...

    Madame baisse le nez vers son assiette comme si un ultime examen allait tout à coup révéler la présence de soles.

    - D'ailleurs vous devriez savoir qu'une grande sole coûte facilement 25€! (2)
    - Bon, bon, alors appelons ça des solettes.

    Je me demande s'ils en ont parfois, se dit Madame un peu plus tard en sortant de là et en voyant le tableau noir installé sur le trottoir, mentionnant en grandes lettres le menu avec la sole meunière...

    Mais soit, elle en a vu d'autres... http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2010/04/25/u-comme-un-ver-ca-va.html

    ***

    (1) à cet emploi du verbe 'goûter' le lecteur attentif aura repéré le Belge Clin d'œil

    (2) c'était le prix du menu, avec une petite entrée et un dessert.

  • 22! je vais être en retard pour la noce!

    - Jamais je n’ai vu une petite bête pareille, fit-elle en contemplant la haie de buis d’un air rêveur. Qu’est-ce que c’est ?

    Il était bien en peine de lui répondre et pas seulement à cause du chaos que la charmante, son parfum et sa blondeur causaient dans son cœur enflammé.

    - Euh… une sorte de hanneton, sans doute, émit-il péniblement.

    Il brisa d’une cassure nette la branche où se lovait l’animal dans une sorte d’affreux cocon blanchâtre. Mais sa compagne était décidée à tout trouver féerique :

    - Oh ! que c’est mignon ! fit-elle encore en battant des cils sur le bleu de ses yeux.

    Trois semaines qu’il l’avait rencontrée et déjà une noce se préparait.

    - Le mariage est une loterie, disait sa grand-mère. Quoi qu’on fasse, ce n’est qu’après coup qu’on sait si on a tiré le bon numéro.

    écrit pour filamots avec les mots imposés ci-dessous:

     filamots3.jpg

    http://filamots.wordpress.com/2013/04/14/ecriture-5-proposition-du-14-04-au-21-04-2013/

    mais j'ai un jour de retard, d'où le titre
    Langue tirée


  • R comme RIEN

    Je me souviens qu’on était au début du mois de mai. Le matin, on avait encore besoin d’un pull et d’une veste, mais l’après-midi les températures étaient déjà très clémentes. Même ce jour-là, avec son ciel un peu gris.

    Quand nous sommes sortis du bus pour prendre notre train de banlieue, nous avons vu un homme affalé à terre. Sur le trottoir. Il était dans une pose bizarre, sur le dos, les bras levés. Il avait les yeux fermés et faisait une grimace de douleur.

    Tout le monde l’a vu. Tout le monde le regardait. Mais personne n’a rien fait. On ne s’est pas penché sur lui. On n’a pas dénoué sa cravate. On ne lui a pas adressé la parole. Rien.

    Moi j’étais chargée et très pressée. Comme tout le monde, sans doute. Un ouvrier l’a enjambé en se tenant à l’arbre, juste à côté de lui. J’ai descendu les marches, tête basse. J’avais un dîner à préparer, les enfants à prendre à la crèche.

    Nous n’avons rien fait. Comme s’il ne s’était rien passé.

    Depuis, j’y pense sans cesse.

     rien.jpg

    http://skribanworkshop.wordpress.com/2013/04/14/incident-de-personne/


  • 20 nuances de gris

    Quatrième de couverture

    Au départ, vous avez une salle d’attente, l’heure qui tourne, l’impatience des gens qui comptent les minutes en jouant avec leur téléphone portable, leur frustration quand soudain quelqu’un ne respecte pas l’ordre d’arrivée.

    Dans ce huis-clos se concentrent toutes les émotions : l’angoisse d’une mère ou  le désir d’enfant d’un couple, qui une fois de plus est déçu; la stupeur et l’hébétude devant une de ces gigantesques gifles que la vie nous réserve, tôt ou tard.

    Vingt nuances de gris, dit le titre, mais la liste est infiniment plus longue et c’est au grand galop que l’auteur nous mène, haletants, dans son pandémonium.

    écrit pour

    asphodèle.jpg

    http://leslecturesdasphodele.wordpress.com/2013/04/15/les-plumes-a-theme-7-resultat-de-la-collecte-et-consignes-pour-la-quatrieme-de-couverture/

    les mots imposés étaient : Départ – salle – téléphone– heure – désir – (im)patience – minute– frustration – déçu –enfant – pandémonium – liste – angoisse espoir – stupeur – galop – gifle – gigantesque.

     


  • Le bilan du 20

    Aujourd'hui il y a exactement deux mois que j'ai signé le compromis de vente pour la maison de tante Fé.

    Dès lundi, j'attends un signe du notaire pour pouvoir dire... "ma" maison...

    maart 2013 (12).JPG

    "mon" amiante...
    Incertain

  • Question existentielle

    Où, quand, comment trouver le temps et l'énergie nécessaires pour écrire?

    Je n'y arrive plus.

    Petite pause...

    Merci à ceux qui viennent fidèlement commenter.

  • P comme piano

     piano skriban.jpg

    Léo Rozé©Radio France

    Quand on vint annoncer au maire de Plogoff qu’un piano droit avait été signalé au bord de la falaise entre la pointe du Raz et la pointe du Van, il crut tout de suite à une blague. En effet, on était le premier avril, et l’année d’avant on lui avait fait une farce similaire. Toute la commune (1374 habitants au dernier recensement) s’en gaussait encore. Et probablement jusqu’au Cap Sizun. S’il n’y prenait pas garde, cette fois sa naïveté ferait même les choux gras de la presse locale et il serait obligé de s’exiler à Quimper.

    Il essaya donc de sauver la situation en refilant la blague à une autre victime. Cette fois-ci, on ne l’aurait pas ! Un coup de fil à Cléden-Cap-Sizun, et l’affaire serait réglée avec maestria :

    - Le Guenn ? Il y a un piano sur la falaise près de la pointe du Van. Oui, comme je te le dis. C’est pour un petit fest-noz, ce soir. Tu pourrais y aller voir ? Il a besoin d’être accordé, tu penses bien, les embruns, le transport, tout ça...
    - …
    - Bon, je compte sur toi, hein ?

    Pendant que le maire se frottait les mains avec satisfaction, trouvant son stratagème absolument génial, la nouvelle de ce fest-noz commençait sa propre vie. De sorte que ce soir-là, toute la commune se retrouva sur la falaise.

    Toute la commune (1374 habitants au dernier recensement) et même des familles entières de Cap-Sizun. Sauf monsieur le maire, qui continuait de se dire :

    - Ah ah ah ! on ne me la fera pas deux fois !

    écrit pour http://skribanworkshop.wordpress.com/2013/04/07/le-piano-du-bout-du-monde/

  • O comme offrande

     

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    Je m’appelle Shaya. En 1996, j’ai fait partie des tout derniers bébés adoptés par des familles étrangères avant que le pouvoir birman ne l’interdise totalement. J’ai donc grandi en Europe et je ne connais de mon pays que le peu que nous en savons tous : les dictatures et répressions militaires d’une part et l’opposante nobélisée Aung San Suu Kyi d’autre part.

    L’hiver de 2012, pour mon 17e anniversaire, j’ai enfin pu faire la connaissance de ce merveilleux pays et de l’hospitalité de ses habitants. Ça a été une véritable révélation, un coup de foudre, malgré la barrière de la langue, le manque de confort, l’absence d’internet, du portable ou parfois même de l’électricité.

    Si merveilleux pays qu’on en oublierait presque le régime de fer sous lequel ses habitants doivent vivre.

    Je sais déjà que j’y retournerai, quoi qu’il arrive.

    écrit pour le blog http://amillemains.wordpress.com/

  • N comme neanderthal

    Il y a environ 500 000 ans, cet homme-là vivait dans la vallée de la Meuse, attiré par les silex qu'on y trouvait facilement et par les nombreux troupeaux d'animaux qui y paissaient.

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    Il n'avait pas encore découvert les joies de la couture ni celles du tir à l'arc. Ses vêtements étaient drapés et ficelés autour de son corps et il avait besoin de s'approcher de très près de sa proie pour y enfoncer une pique en bois.

    Mais un beau jour, il disparaît au profit de ce monsieur-ci:

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    Ses vêtement sont bien ajustés et cousus, tout comme la tente en peaux de rennes (principalement) qui lui permet d'établir rapidement un bon campement. Et surtout, ses armes sont plus perfectionnées et portent beaucoup plus loin.

    Le voici accompagné de madame et du petit prince de la toundra:

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    Dans son sac à dos, madame porte des bois de cervidés qui permettront de fabriquer des aiguilles et des harpons.

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    Toutes les explications utiles dans un beau document pdf:  http://www.galloromeinsmuseum.be/images/upload/def_gallogidsfr2010.pdf

    page 10: des chasseurs réfléchis et efficaces (Neanderthal)
    page 16: nos ancêtres et leur tente pour quatre personnes
    page 18: nos ancêtres et leur sagaie qu'ils peuvent propulser jusqu'à 70 mètres

    J'ai trouvé ce voyage dans le temps tout à fait fascinant.

  • M comme magie des mots

    Ma première fois, c’était différent. Je croyais que ce serait atroce, compliqué, sale et gluant.
    Qu’il y aurait du sang partout. Je ne savais pas du tout comment m’y prendre.
    Mon partenaire non plus, d’ailleurs.

    Oui, la première fois, c’était pénible.
    Enfin, surtout pour moi…

    Après, bien sûr, ça s’est amélioré.
    On acquiert une certaine technique, tout de même.
    Petit à petit...

    Mais la première fois, en effet, c'était atroce, compliqué, exactement comme je l'avais craint.
    Et j’ai beaucoup saigné.

     

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    http://www.editions-stock.fr/livre/stock-380628-Les-vaches-de-Staline-hachette.html

    Car en voulant lui ôter le gésier, c’est dans mon propre doigt que je me suis coupée.

    C’est vrai que c’est gluant, un poulet fraîchement plumé.

    texte écrit pour Magie des mots n°10
    à l'aide de l'incipit du roman de
    Sofi Oksanen, Les vaches de Staline
    http://mandrine6.wordpress.com/2013/04/07/la-magie-des-mots-n10-chez-mandrine

  • L comme lecture au lard frit et aux légumes

    Peu après le départ de l'homme-de-ma-vie, j'ai eu l'occasion de revoir la maison de ma grand-mère Adrienne. Elle était à vendre et si j'en avais eu la possibilité, je l'aurais achetée tout de suite: dès que j'en ai franchi le seuil, toutes ces années après, la première chose qui m'a frappée, c'était l'odeur.

    La maison avait gardé le parfum de mon enfance.

    Alors vous imaginez avec quelle délectation j'ai lu - que dis-je? humé, dévoré, absorbé - ce livre de Philippe Claudel, Parfums, paru chez Stock en septembre 2012.

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    Délectable et merveilleux de retrouver dans ce livre tant de parfums de mon enfance. Délectable et merveilleux de voir revivre la grand-mère, le boucher du coin, la vieille maison... Quelles émotions à chaque fois!

    Grand-mère achève son oeuvre en festonnant finement avec ses ciseaux noirs de couturière un peu de persil qui chute sur la viande, lui donnant une senteur d'herbe vivante, puis elle me regarde en souriant.

    chapitre Ail, pages 19-20

    Je monte dans les chambres (...). J'ouvre des armoires, découvre des chapeaux melon naphtalinés, des costumes de morts, (...) Les chambres, les greniers, les lieux de hauteur deviennent des thrènes murmurants tandis que la cave (...) est un poème des Enfers. J'y pénètre en tremblant (...) Les casiers qui supportent des bouteilles de vin au col gris et des conserves de légumes disparaissent de même que la voûte de pierre. (...) La caverne me lance son haleine de puits (...). Je frissonne. (...) Mon coeur, petit animal encagé, se cogne à ses barreaux de chair. La cave tente de me charmer avec son sortilège de moisissure et de salpêtre (...)

    chapitre Cave, pages 45-46

    (...) dans les draps frais, le sommeil est un délice car je m'enfonce dans la nuit avec en moi ce parfum de large continent que le tissu tendu s'est pénétré au plein air durant le jour et il me semble respirer, quand mon visage se pose sur le drap (...) les immensités prussienne, russe, mandchoue, mongole et sibérienne (...) Ce n'est pas seulement une odeur de linge lavé, propre, que je hume, mais bien celle d'une géographie de terre et de vent, sauvage et ample, étendue d'une infinité de contes, de fables, de chants, d'images que j'ai lus et regardés, et qui font de moi, sous les toits, dans les premiers pas du sommeil, dans ce lit tendu de ses draps nouveaux que mes grand-mère et grand-tantes ont paré jadis de fleurs, de courbes et d'arabesques avec leurs patientes aiguilles, un voyageur céleste et rassuré, un être vulnérable qui se sait pour un temps entouré et heureux.

    chapitre Draps frais, page 84

    Je pourrais vous recopier encore bien d'autres extraits qui semblent parler de moi: de larges passages du chapitre Ether, où un petit enfant doit subir une opération, d'autres sur l'odeur du foin, et le chapitre Munster où il me suffirait de remplacer munster par maroilles et père par mère.

    Un inventaire alphabétique dans lequel probablement notre génération se reconnaîtra bien, une langue poétique, de l'émotion teintée d'humour... et le droit de tourner un peu plus rapidement ces quelques pages qui ne nous "parlent" pas (la pêche aux poissons de rivière, par exemple)

    J'ai senti l'après-rasage de mon grand-père, l'odeur grasse et poussiéreuse du charbon qu'on vient de livrer, les "fumets de corps négligés" du chou cuit, le tabac de la pipe de mon arrière-grand-père, les graviers du cimetière et les bouquets aux "odeurs de mort végétale", l'odeur des églises, celle de la salle de gymnastique ou celle d'un vieux vêtement.

    Tout est là. Il n'y a rien à ajouter Clin d'œil

  • K comme krom krabijzer

    En philologie romane, nous avions un prof de latin classique qui nous faisait beaucoup rigoler chaque fois qu'il rencontrait le mot "strigilla" dans un texte.

    La toute première fois, il s'était adressé à nous par un:

    - Personne ne sait ce que c'est?

    Nous savions, bien sûr. Qui n'avait pas rencontré ce mot au cours de ses six années de latin dans le secondaire? Mais nous nous sommes tus, le laissant se dépêtrer dans ses explications. Nous n'étions pas encore à l'ère d'internet, où en deux, trois clics on peut afficher une image si une traduction ou une explication ne suffisent pas. Alors il nous mimait le Romain qui, après s'être enduit d'huile, se racle la peau.

    Nous savions, mais nous nous taisions. Non par antipathie, mais parce que pour le reste il n'y avait aucun échange entre lui et nous, aucune interactivité dans ses cours.

    - Het is een soort krom krabijzer, nous expliqua-t-il.

    Une sorte de racloir en fer recourbé, donc.

    L'autre jour, lors de ma visite au musée gallo-romain de Tongres, j'ai eu l'occasion d'en voir quelques-uns, de ces racloirs. J'ai donc beaucoup repensé à ce prof de latin (requiescat in pace) et pris cette photo-souvenir:

    expo,traduction,prof

    sauf que cette strigilla-ci est en terre cuite
    et qu'on traduit le mot par "schraper"
    c'est-à-dire "racloir"
    mais pour moi ça restera toujours
    "een krom krabijzer"
    Langue tirée

    http://www.galloromeinsmuseum.be/expositions_temporaires/les-etrusques---una-storia-particolare

  • J comme j'accuse

    J’accuse cette blancheur d’être un mensonge
    J’accuse la naïveté et la pureté qui ne sont que de façade.

    J’accuse le diablotin sous ses airs angéliques
    J’accuse le fastueux et toutes ses débauches.

    J’accuse l’enfance d’être un temps de malheur
    Je l’accuse de fredonner l’espoir tout en semant le doute.

    Et quand j’ai fini d’accuser la terre entière
    J’accuse la flaque de me mouiller les pieds.

     

    asphodèle.jpg

    écrit pour Asphodèle
    http://leslecturesdasphodele.wordpress.com/2013/04/08/les-plumes-a-theme-6-resultats-de-la-collecte-pour-innocence/

    les mots imposés étaient
    Blancheur – doute – débauche – enfance – pureté – accuser – angélique – temps – diablotin – naïveté – mensonge – fredonner – fastueux – flaque

  • I comme inspiration chez Lali

    Lali310.jpg

    Sur le quai mouillé, le train en provenance de Londres arriva dans un grand bruit de ferraille, de crissements de freins et de gros nuages de vapeur. Allan enfonça encore plus son chapeau sur les yeux et fit semblant de s’intéresser à un des magazines du kiosque. Il s’agissait de voir sans être vu.

    A côté de lui, un jeune garçon et son chien tendaient tous les deux le cou vers les wagons d’où on voyait déjà apparaître le contrôleur balançant sa lanterne. Le chien était sagement assis et trempé jusqu’aux os.

    Il y avait peu de monde, en ce début de soirée froide et humide, mais Allan espéra que la grisaille, la vapeur et les fumées grises et noires suffiraient à le cacher aux regards.

    Texte écrit pour Lali 310 http://lalitoutsimplement.com/en-vos-mots-310/

  • H comme Hermès

    - Tu n’as pas faim, ma cocotte ? fit-il tout en surveillant une BMW dans son rétroviseur.
    - Tu sais bien que je suis malade, en voiture… alors ne me parle pas de manger !
    - Il y a un Courte-Paille dans cinq kilomètres, je propose qu’on s’y arrête, qu’en dis-tu ?
    - D’accord, au moins ça me permettra de me dégourdir un peu les jambes…

    Elle aimait le regarder conduire, cependant. Toujours élégant, jusque dans ses gestes, mélangeant subtilement les styles : il lui causait encore souvent le même choc au creux du ventre, comme ce premier soir où ils avaient rendez-vous au pied de la tour. Elle était arrivée tellement en avance qu’elle avait eu le temps de compter toutes les fleurs roses des liserons. Hermès…

    - C’est quoi, ça, pour un prénom ? avait demandé sa mère, qui s’attendait peut-être à lui voir des ailes d’oiseau aux chevilles, comme au messager de la mythologie grecque, enfanté en secret par Maia.

    - A propos d’enfant, commença-t-elle…

    Puis elle se tut. Elle eut un nouveau haut-le-cœur qu’elle pourrait mettre sur le compte de la voiture. Il était trop tôt pour parler de l’enfant.

     

    filamots2.png

    écrit pour filamots
    http://filamots.wordpress.com/2013/04/07/ecriture-4-proposition-du-07-04-au-14-04-2013/


  • G comme gare au loup!

    Voilà bien longtemps déjà que je pense qu'il faudrait réécrire les contes de notre enfance pour en bannir toutes ces cruches de princesses juste bonnes à se mettre bêtement dans des situations impossibles puis à attendre qu'un charmant jeune homme vienne les tirer d'affaire.

    Comme cette idiote de Blanche Neige, "qui accepte la première pomme venue" (1) alors qu'on l'avait bien mise en garde encore le matin même et qu'elle savait pertinemment que sa belle-mère voulait la tuer.

    Mais il faudrait aussi s'occuper de la réhabilitation d'un autre personnage crucial de notre littérature enfantine: le loup.

    En effet, depuis la mi-janvier on nous annonce que bientôt le loup refera son apparition dans nos contrées.

    Et j'aimerais bien qu'il ne soit pas reçu à coups de fusil, de pièges coupe-pattes et autres remèdes exterminateurs.

    On en parle ici: http://www.demorgen.be/dm/nl/5381/Dieren/article/detail/1569112/2013/01/26/Natuurexperts-kijken-uit-naar-terug-komst-van-wolf.dhtml et un site a été créé pour lui faire bon accueil, www.welkomwolf.be, ce qui veut dire littéralement "bienvenue au loup".

    ***

    contes,nature,femme
    http://www.lafeltrinelli.it/products/9788807809613/Dalla_parte_delle_bambine/Elena_Gianini_Belotti.html

    (1) Il y a quarante ans déjà, Elena Belotti l'écrivait dans son "Du côté des petites filles" (publié en 1973 chez Feltrinelli sous le titre "Dalla parte delle bambine")

    Cappuccetto Rosso è la storia di una bambina al limite dell'insufficienza mentale che viene mandata da una madre irresponsabile per cupi boschi infestati da lupi per portare alla nonna malata panierini colmi di ciambelle. Con simili presupposti, la sua fine non stupisce affatto. Ma tanta storditezza, che non sarebbe mai stata attribuita a un maschio, riposa sulla fiducia che si trova sempre nel posto giusto al momento giusto un cacciatore coraggioso e pieno di acume pronto a salvare dal  lupo nonna e nipote.

    Le petit Chaperon rouge est l'histoire d'une fillette à la limite de la débilité mentale qui est envoyée par une mère irresponsable dans des bois sombres infestés de loups pour porter à sa grand-mère malade des petits paniers pleins de galettes. Avec de telles prémisses, sa fin n'étonne guère. Mais tant d'étourderie, qui ne serait jamais attribuée à un garçon, repose sur la confiance qu'il se trouvera toujours au bon endroit et au bon moment un chasseur courageux et plein d'initiative, prêt à sauver du loup la grand-mère et la petite-fille.

    Biancaneve è anche lei una stolida ochetta che accetta la prima mela che le viene offerta, per quanto sia stata severamente ammonita di non fidarsi di nessuno. Quando i sette nani accettano di ospitarla, i ruoli si ricompongono: loro andranno a lavorare, ma lei gli terrà la casa in ordine, rammenderà, scoperà, cucinerà, aspetterà il loro ritorno. Anche lei vive con la testa nel sacco, l'unica qualità che le si riconosce è la bellezza ma, visto che essere belli è un dono di natura nel quale la volontà di un individuo c'entra ben poco, anche questo non le fa molto onore. Riesce sempre a mettersi negli impicci, ma per tirarla fuori deve, como sempre, intervenire un uomo, il Principe Azzurro, che regolarmente la sposerà.

    Blanche-Neige est elle aussi une stupide petite oie qui accepte la première pomme offerte, alors qu'on l'avait sévèrement admonestée de ne se fier à personne. Quand les sept nains acceptent de la loger, les rôles se remettent en place: eux iront travailler et elle s'occupera du ménage, ravaudera, balaiera, cuisinera, attendra leur retour. Elle aussi vit sans réfléchir, l'unique qualité qu'on lui reconnaisse est la beauté, mais vu que c'est un don de la nature dans lequel la volonté de l'individu entre à peine, cela ne lui fait pas vraiment honneur. Elle réussit toujours à se mettre dans le pétrin et pour l'en sortir, comme toujours, un homme doit intervenir, le Prince Charmant, qui bien sûr l'épousera.

    (c'est moi qui ai joué au traduttore traditore Incertain)

    ***

    contes,nature,femme
    http://www.welkomwolf.be/node/238


  • F comme filamots

    - Et moi je te dis que nous avons fait fausse route! lui cria-t-elle pour la troisième fois. Normalement, le cratère devrait se trouver à notre droite, vers l’est, au-delà des collines. Mais là on ne le voit plus ! Ce n’est pas normal.
    - Fais-moi donc un peu confiance, pour une fois, lui répondait-il invariablement. D’ailleurs, depuis quand est-ce que ce sont les femmes qui ont le sens de l’orientation ? Hein ?

    Ils étaient arrivés dans l’île aux papillons depuis la veille. Ils y avaient loué un meublé, s’étaient approvisionnés dès la descente du bateau dans les petits commerces le long de l’artère principale, celle qui relie le port à l’autre bout de l’île.

    Le lendemain, ils avaient prévu une première excursion d’une journée. Ils étaient partis de bon matin, heureux et excités comme des gosses en voyage scolaire. Il faut dire que c’étaient des décors de rêve : une végétation magnifique sur fond de mer, le cratère majestueux, au loin, et partout des milliers d’arbustes en fleurs et leurs nuées de papillons. Martial n’arrêtait pas de prendre des photos et Aline, qui continuait d’avancer, le perdait souvent de vue.

    - Martial ! fit-elle tout à coup dans un hoquet d’horreur.

    Elle avait juste eu le temps de le voir disparaître dans une fissure du terrain, comme avalé par le flanc de la montagne.

    fila.jpg

    http://filamots.wordpress.com/2013/03/31/ecriture-3-proposition-du-31-03-au-07-04-2013

     

     

  • 7 raisons d'aller à Liège

    La ville est belle, les gens y sont gentils, on y mange bien.

    La gare est magnifique, la vie culturelle intense, les petits commerces de qualité.

    Et puis il y a la Meuse, large et puissante.

    ***

    J'aime Liège. Il y a bien longtemps que je n'y étais plus venue. J'y suis pour une nuit.

    J'ai préféré loger ici plutôt qu'à Tongres... mais chut, ne le dites à personne Cool

    Bon dimanche à vous tous!

  • E comme Etrusques et E comme Exmoor

    Que ne ferait-on pas pour échapper à une maison où le bois à brûler est plus vite terminé que l'hiver?

    On passe le week-end chez sa carissima nipotina.

    Puis on prendra le train pour l'autre côté de la Belgique: lundi on ira voir l'expo à Tongres, sur les Etrusques.

    Le site du musée: http://www.galloromeinsmuseum.be/expositions_temporaires/les-etrusques---una-storia-particolare

    Un bon article et quatre photos: http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=DMF20130316_00283068&pid=1742077

    Alors pendant tout ce temps-là, on sera au chaud mais déconnectée.

    ***

    flandre,expo

    chez les poneys Exmoor de notre petite réserve naturelle, le printemps est arrivé au tout début d'avril
    Bisou
    voici la première photo de la maman et du bébé

    Bon week-end et à mardi!

  • D comme détonateur

    Même après les faits, en analysant à froid l’enchaînement des événements, il avait été impossible de déterminer ce qui en avait été le détonateur. Bien sûr, en voyant les flammes sortir du troisième étage, on avait tout de suite pensé à Tamerlan et à son habitude de jouer avec le feu. Ou à Kendu, le danseur des corniches, qui avait peut-être allumé une cigarette. En principe, il était interdit de fumer dans les chambres.

    Accident ou crime ? Face à cette question, la population du Petit-Château était divisée en deux camps. Dans sa déposition, le directeur avait insisté sur tous les points qui indiquaient le simple accident :

    - Ce n’est pas la première fois, conclut-il, et ce ne sera pas la dernière, que quelqu’un bravera l’interdit et fumera dans sa chambre ou sur la corniche. Vous le savez aussi bien que moi combien de fois les pompiers ont déjà dû venir ici ! Pas besoin de faire des exercices d’évacuation, tous les deux ou trois mois l’alarme se met en marche et les gens suivent bien tranquillement les flèches vers les escaliers de secours…

    Mais Muanza savait. Déjà la nuit d’avant, il n’avait pas fermé l’œil. Dans leur aile au troisième étage, chacun savait mais personne n’aimait en parler. C’est à peine s’ils effleuraient le sujet entre eux, tellement il leur était pénible. Tellement il leur faisait peur à tous :

    - La demande d’asile de Tamerlan a été refusée. Il sera expulsé vers la Russie.

    « Pacifiée », la Tchétchénie… C’est ce qu’avait déclaré l’interprète : « pacifiée ».

     

    fiction,désir d'histoires
    écrit pour Désir d'histoires n°97
    http://desirdhistoires.wordpress.com/2013/04/02/liste-des-mots-75/
    Les mots imposés étaient habitude – principe – face – même – population – détonateur – parler – flèche – aimer – déposition – œil – allumer – indiquer – effleurer


  • C comme chat

    Mes chats font tout pour me convaincre de la justesse des propos de Théodore de Banville:

    Prenez deux Chats, l'un vivant dans quelque logis de grande dame ou de poète, sur les moelleux tapis, sur les divans de soie et les coussins armoriés, l'autre étendu sur le carreau rougi, dans un logis de vieille fille pauvre, ou pelotonné dans une loge de portière, eh bien ! tous deux auront au même degré la noblesse, le respect de soi-même, l'élégance à laquelle le Chat ne peut renoncer sans mourir.

    [...]

    Le Chat aime le repos, la volupté, la tranquille joie ; il a ainsi démontré l'absurdité et le néant de l'agitation stérile. Il n'exerce aucune fonction et ne sort de son repos que pour se livrer au bel art de la chasse, montrant ainsi la noblesse de l'oisiveté raffinée et pensive, sans laquelle tous les hommes seraient des casseurs de cailloux.

    On peut lire le texte entier ici: http://www.bmlisieux.com/curiosa/banvil01.htm

    Et pendant que mes chats se reposent élégamment sur le carreau, moi je casse des cailloux Langue tirée

    chats,littérature

    chats,littérature

  • B comme bravo!

    Jeudi dernier, l'Adrienne décide d'aller se renseigner sur les prix des salles de bains. Elle s'en ouvre à gentille collègue S:

    - Oh! mais c'est très cher, là! Pourquoi tu n'irais pas plutôt chez M?

    Ainsi fut dit, ainsi fut fait: après l'école, l'Adrienne saute dans sa bagnole et se met joyeusement en route pour M.

    Après avoir roulé une bonne demi-heure, elle se rend compte qu'elle ne sait pas du tout où se trouve ce magasin. Elle rebrousse chemin. Se console en se disant que ça aura fait du bien à sa batterie.

    Rentrée chez elle, elle allume l'ordi pour vérifier l'adresse.
    Et constate que le jeudi est le jour de fermeture...

    - Alors, demande gentille collègue S le lendemain, tu as trouvé ce que tu voulais, chez M?

    Inutile de dire qu'on a bien rigolé, dans le bureau des coordinatrices.

    ***

    Vendredi dernier, l'Adrienne décide de refaire une deuxième tentative pour aller à M.
    Se trompe de route.
    Encore deux fois.
    Puis rentre chez elle chercher son GPS Langue tirée

    Bravo, l'Adrienne!

    ***

    Pourquoi doit-elle penser tout à coup à Robert, le cousin de sa grand-mère, qui faisait une heure de route pour aller jusqu'à Lille faire ses courses, sous prétexte que l'eau minérale y était moins chère qu'en Belgique?

    maart 2013 (6).JPG
    la salle de bains d'Adrienne:
    le sac à linge et la poubelle ne lui appartiennent pas
    (en fait, rien ne lui appartient déjà Langue tirée)

  • Adrienne et les corps de métier (2)

    Le menuisier PVC

    Veste de tweed, pull de fine laine beige, cheveux châtain clair en brosse et les yeux d'un bleu transparent dans un visage bronzé, il revient sans doute d'une semaine de ski.

    Il s'excuse pour le quart d'heure de retard. Jette un rapide coup d'oeil circulaire. Il mène ses affaires rondement.

    Tout en parlant, il a déjà pris les mesures de la porte d'entrée et de la fenêtre qui donne sur la rue, émis quelques avis, posé les questions nécessaires. Châssis blancs ou en couleur? Quelle part de vitrage, pour la porte?

    Il semble supposer que tout ça est déjà bien clair et bien définitivement arrêté dans la tête de son acheteuse potentielle, ce qui est loin d'être le cas.

    Entre-temps, il a aussi mesuré la porte de derrière, examiné les chambranles - ils sont à remplacer - et visité l'étage. Il est vrai que la maison n'est pas bien grande et qu'il n'y a que six fenêtres au total.

    En partant, il certifie qu'il fera la qualité supérieure pour le prix le plus bas.

    On est bien d'accord qu'il vaut mieux ça que le contraire Langue tirée

    maison a vendre
    à gauche, la porte du kot
    à droite, celle de la cuisine (et qui est à remplacer)
    en haut à gauche la fenêtre de 'ma' chambre et à droite celle de la 'salle de bains'
    photo prise le 29 mars: il avait encore neigé cette nuit-là

    ***

    Dix jours plus tard, une firme concurrente m'envoie un tout jeune homme, grand, mince, brun. Il sonne à dix heures tapantes, comme s'il avait attendu derrière le coin. Je lui fais compliment de sa ponctualité et ça lui fait visiblement plaisir.

    - On fait de son mieux pour respecter nos engagements, me dit-il, d'emblée très commercial.

    Pull noir à col roulé, manteau de laine noire, jeans beige avec un gros ceinturon (il va bien avec ma porte de saloon), dans la main droite une sorte de gros stylo et dans la gauche un téléphone portable. Le gros stylo est en fait son instrument de mesure et son portable lui sert de carnet de notes. Il appartient clairement à une nouvelle génération, qui ne se sert plus d'un crayon ni d'un mètre pliant: un clic, une minuscule lumière rouge et hop, la distance entre les deux murs s'affiche. Du pouce gauche, tip tip tip, il introduit les données dans son téléphone... que je soupçonne peu à peu d'être plus intelligent que lui.

    - Votre offre, me dit-il d'un ton léger, je vous la fais en cinq minutes, c'est l'affaire de rien! Vous pouvez tout de suite venir la voir à la firme, si vous voulez!

    Sans doute est-ce aussi son portable qui s'en occupe Langue tirée.