• Dernières nouvelles de Muanza

    Le mois de juin approche et au Petit-Château se prépare une fête pleine d’ambiance et de musique. L’aire de jeux des enfants a été transformée en bateau de pirates et juste à côté quelques Albanaises prépareront des crêpes comme de vraies Bigoudènes. Il y aura un stand de coiffure africaine où on vous enfilera perles et cristaux en fines tresses et en savants chignons. A l’intérieur du polygone formé par les tours se tiendra une exposition photo qui doit montrer les multiples facettes de la vie des réfugiés. Et cette fois, ce sera à travers le prisme de leur propre regard…

    Jusqu’au crépuscule, les visiteurs seront initiés à quelques danses et chants traditionnels. On espère en effet que le soleil sera de la partie.

    - Et pourquoi on ne ferait pas un feu d’artifices en fin de soirée ? avait proposé Bart lors de la première réunion.

    Bart, c’est ce mec baraqué qui est la terreur des petits voyous du centre commercial City2, où il travaille comme vigile, et qui depuis peu est bénévole au Petit-Château… certains se demandent d’ailleurs ce qui l’y a motivé.

    Muanza se tient à l’écart de cette effervescence. Il ne sait ni chanter ni danser. Son principal talent, c’est le foot, mais c’est un talent en déclin : depuis des mois, il n’a pas touché un ballon, pas fait de jogging ni de musculation et pris quelques kilos.

    http://www.fedasil.be/home/nieuws_detail/i/22293

    ***

    écrit pour Désir d'histoires 103 avec les mots imposés 
    pirate – bateau – Bigoudène – crêpe – chignon – perle – cristal – facette – prisme – polygone – soirée – crépuscule – déclin – fin – vigile

    histoire.jpg

    https://desirdhistoires.wordpress.com/2013/05/27/liste-des-mots-81/#comment-15677

     

  • Z comme zut!

    Quelques étages au-dessus du vacarme de la circulation nocturne, sa silhouette nue se détachait telle une gargouille sur le mur de sa chambre à peine éclairée.

    - Zut! s’exclama George, comme chaque soir à peu près à la même heure. Zut et rezut! Pourquoi est-ce qu’elle reste toujours dans ce coin de la pièce?

    Il revérifia la position de sa longue-vue, régla une dernière fois l’objectif de sa caméra. Peine perdue.

    La jolie voisine d’en face s’obstinait à ne pas se montrer devant sa fenêtre.

     

    Un mois entier qu’il payait ce loyer pour rien, à attendre la photo qui ferait de lui un homme riche.

    ***

    écrit pour Mandrine suite à l'incipit imposé: “ Quelques étages au dessus du vacarme de la circulation nocturne, sa silhouette nue se détachait telle une gargouille sur le mur de la chambre à peine éclairée …”

    Elizabeth George, “ Une douce vengeance “

    http://mandrine6.wordpress.com/2013/05/24/la-magie-des-mots-n-12-chez-mamie-mandrine/

  • Y comme Yvonne

     Maternité

    Longuement, Ivonne regardait cette petite merveille. Elle ne se lassait pas de s’émouvoir à la vue de ce petit nez, ces petits doigts, ces petits ongles…

    - Ma petite fille, lui murmurait-elle. Ma petite princesse…

    Elle posa un dernier baiser sur le front du bébé qui s’endormait déjà après la tétée.

    - Tu as raison, lui dit-elle. Faisons une petite sieste, toutes les deux. Ça nous fera du bien.

    Elle se leva pour fermer les rideaux car le soleil brillait fort en cet après-midi d’avril. Par la fenêtre, elle vit sa voisine d’en face qui sortait faire une course. Elles se firent un petit signe amical.

    Puis Ivonne retourna au lit, le sourire aux lèvres. Elle se glissa précautionneusement entre les draps pour ne pas déranger le bébé, tourna la tête vers sa petite fille et ferma les yeux en soupirant de bonheur.

    Elle ne les rouvrit plus jamais.

     

    Mother,-1895.jpg

    http://www.joaquin-sorolla-y-bastida.org/Mother,-1895.html
    texte écrit pour Mil et une pages en août 2012


  • X comme Xavier

    Moi, mon amoureux, c'est Xavier.

    Il ose tout faire, même ce qui est interdit. Comme marcher dans les flaques et mouiller ses chaussures.
    Oui, il ose tout faire, même les choses dangereuses. Comme sucer des stalactites de glace.
    La maîtresse a bien expliqué qu'on ne pouvait pas, qu'elles allaient rester collées à notre langue.

    Alors sur le chemin de la maison, Xavier a dit:
    - Regarde! une grosse stalactite!
    Et quand je l'ai vu la casser et la mettre en bouche, j'ai crié:
    - Tu ne peux pas, Xavier, tu ne peux pas!
    J'avais si peur pour lui.
    Mais lui, il a juste ri. Et il a mis la stalactite dans sa bouche.
    - Elle va rester collée à ta langue! j'ai crié.
    Et bien vous savez quoi? C'est même pas vrai ce qu'elle a dit, la maîtresse!

    Moi, mon amoureux, c'est Xavier.
    Je le regarde tout le temps, quand on est en classe.

    lali 314.jpg
    http://lalitoutsimplement.com/en-vos-mots-314/comment-page-1/#comment-489287

  • W comme wagon de train

    flamand,flandre

    A Hasselt, tout est plus lent.

    C'est en tout cas ce que disent les blagues flamandes sur les habitants de cette région: au Limbourg, on parle en traînant longuement sur la syllabe accentuée.

    La blague la plus classique consiste en deux lignes qui font toujours beaucoup rire les Flamands, à l'exception de mon ex-belle-soeur d'origine limbourgeoise:

    - Quel est l'animal qui a quatre pattes et dont le nom comporte 26 lettres?
    - Hond.

    Hond, c'est-à-dire chien, qu'il faut prononcer en imitant l'accent limbourgeois:

    - Hoooooooooooooooooooooooond...

    A Hasselt, donc, tout est plus lent. C'est sans doute pour cela que le train attend douze minutes en gare avant de continuer vers Diest. 

    flamand, flandre

  • V comme vocabulaire

    Il avait l'esprit alcyonien et défiait les puissances chthoniennes. Malgré les rigueurs hyperboréennes et les parfums génésiques, il vivait dans une béatitude diaprée. Loin des scolies, loin des lemmes et faisant fi des monades.

    Pourtant, la maïeutique gestuelle n'avait aucun secret pour lui. Il l'utilisait uniquement à des fins sotériologiques.

    Qui aurait cru que ce thaumaturge psychopompe était en même temps un tel solipsiste? (1) Et que c'était par entropie et sans autre athanor qu'il vivait pleinement sa nature agonistique, en dépit de la flaccidité de son entourage?

    Avouez qu'il y a là de quoi subsumer le réel!

    ***

    (1) Pas moi, en tout cas Langue tirée

    ***

    délire lexical suite à une lecture de Michel Onfray, La sculpture de soi, Grasset 1993
    la plupart des mots savants utilisés ici se trouvent dans les 40 premières pages...
    sur les 269 que compte l'ouvrage
    Cool

    La_Sculpture_de_soi.jpg

    photo trouvée ici:
    http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Sculpture_de_soi

  • U comme usure

    La maison était entourée de collines au nord, à l’est et au sud. Un petit ruisseau venant de l’est traversait le jardinet où je m’efforçais de faire pousser des pommiers, des poiriers et même des orangers.

    Non pas que le climat soit si clément dans notre Flandre profonde, mais je mettais soigneusement dans des pots de fleurs quelques pépins des fruits que je mangeais. Je les soumettais d’abord à un examen sélectif sévère: étaient-ils bien brillants, bien dodus, parfaitement entiers et sans défauts? Alors seulement ils avaient droit à quelques centimètres de terre, à des arrosages, des désherbages et tout mon amour.

    Chaque midi, après le repas, j’allais scruter mes cultures. Celui qui n’a jamais rien semé ne connaît pas la joie de voir enfin sortir de terre les cotylédons, l’angoisse pour la fonte des semis ou un hiver particulièrement rigoureux, la fierté devant la brindille qui s’élève…

    Puis, invariablement, arrivait le jour où mes cultures étaient dévastées.

    - Qu’est-ce qui est arrivé à mes pommiers? demandai-je à ma grand-mère.

    Car cet été-là, j’en avais trois. Ils avaient déjà atteint la merveilleuse hauteur de presque quinze centimètres. J’étais particulièrement satisfaite de mes plantations, cette année-là, vu que les trois semences du pot avaient germé et bien poussé. J'envisageais précisément de les rempoter.

    - Ces trois petites brindilles? disait ma grand-mère sans se rendre compte de la douleur qu’elle me faisait. Je les ai jetées…

    C'est alors, vers l'âge de 14 ans, que j'ai décidé d'arrêter la fructiculture et de me tourner vers autre chose.

    Ma grand-mère m'avait eue à l'usure Langue tirée

    ***

    “ La maison était entourée de collines au nord, à l’est et au sud. Un petit ruisseau venant de l’est traversait le jardinet …” était proposé comme incipit par Mandrine et vient du livre  Ma famille inoubliable de Fred Chappell

  • T comme tag

    Vous connaissez tous la mode des tags. Celui-ci m'a été envoyé par Olivia (http://desirdhistoires.wordpress.com/2013/05/04/onze-vous-avez-dit-onze/#comment-15018) mais rassurez-vous, je ne vous taguerai pas, je sais que vous n'aimez pas trop ça Clin d'œil

    Voici les consignes d'Olivia:

    Les questions auxquelles mes victimes vont devoir répondre (et qui dit victimes dit questions… sanguinolentes, mouhahahaha <rire diabolique>) (qu’est-ce que je suis drôle) (âmes sensibles, abstenez-vous de lire la suite) (sérieusement, ça peut choquer) (à prendre donc au second degré, merci) :

    1. Aimes-tu les prises de sang ?

    Il y en a qui aiment ça?
    En fait, la fois où j'ai le plus souffert, c'est quand on a fait une prise de sang à mon chat Pipo...

    1. Auteur de polar/thriller/horreur préféré ?

    Horreur et thriller, pas trop mon truc,... Mais j'aime beaucoup Simenon et Steeman (entre Belges, n'est-ce pas, comme tu disais dans ton tag) et Fred Vargas, Sébastien Japrisot ou Didier Daeninckx.

    1. Voudrais-tu connaître le jour de ta mort ?

    Il me semble que oui. Il me semble que ça doit être bien pratique de savoir à quoi s'en tenir et de tout pouvoir régler en fonction de. Je vote pour.

    1. As-tu eu une période « je ne m’habille qu’en noir » ?

    Oh oui! à l'adolescence, comme tout le monde, je suppose... Mais tu ne connais pas encore bien ma mère, Olivia, tu es trop neuve ici: elle me l'a tout simplement interdit. Vers mes 16 ans, je me suis tout de même tricoté un pull noir et acheté un T-shirt noir. Je les ai encore.

    1. Noyade ou pendaison ?

    Ni l'un ni l'autre: j'ai tout ce qu'il faut dans mon jardin (muguet, digitale, etc. si tu veux des tuyaux, il n'y a qu'à demander)

    1. Pourrais-tu correspondre avec un tueur en série emprisonné ?

    J'ai déjà souvent envisagé de correspondre avec des prisonniers. La prison ne révèle jamais pour quelle raison ils sont derrière les barreaux. C'est ce qui m'a retenue de le faire jusqu'à présent. Je n'aimerais pas correspondre avec un violeur de petites filles.

    1. Décapitation ou immolation ?

    Je suis contre la peine de mort, même pour un violeur de petites filles.

    1. Combien de cicatrices as-tu ?

    J'en suis à trois contre une: trois infligées par la médecine et une par moi-même. Ce qui pourrait passer pour un bilan assez positif, en somme, vu le nombre de fois que je me suis coupée ou blessée.

    1. As-tu déjà eu envie de tuer quelqu’un ?

    Oui, hélas. J'ai compris un jour comment il était possible d'en venir au crime alors qu'on a toujours été quelqu'un de très serein et pacifique. Et qu'on est contre la peine de mort (voir plus haut)

    1. L’as-tu fait ? (si tel est le cas, c’est à la police qu’il faut le dire, hein)

    J'ai réussi à me maîtriser. Et je n'avais pas d'arme sous la main Langue tirée

    1. As-tu envie de m’étrangler pour ces questions idiotes (tu peux dire oui) ?

    L'étranglement ne me semble pas la punition la plus appropriée, Olivia. Et puis, laisse-moi y réfléchir (tu sais bien que ce genre de plat se mange froid Langue tirée)

    ***

    voilà voilà
    si ça fait plaisir à quelqu'un de mes lecteurs, qu'il ne se gêne pas pour se servir

  • Stupeur et tremblements

    - Prête-moi tes lunettes! me dit-elle.

    Je les lui tends, mais je sais à l'avance ce qui va suivre:

    - Non, ça ne m'aide pas... Tiens, lis-le, toi!

    Je comprends maintenant pourquoi nous allons toujours au même resto et pourquoi elle prend toujours les mêmes plats, sans ouvrir le menu:

    - Pour moi ce sera des nems et après, le canard à l'orange, comme d'habitude!

    ***

    Non, rassurez-vous, ce n'est pas ce que vous croyez: elle sait lire!

    - Faudra quand même qu'un jour tu te décides à porter des lunettes...
    - Oh! mais j'en ai! j'en ai! 

    Oui, elle a des lunettes. Depuis de très nombreuses années. Quelque part chez elle dans le tiroir d'une commode. Si ses souvenirs sont bons.

    ***

    Comme chaque fois, je suis perplexe. Je ne comprends pas comment elle fait pour se débrouiller avec sa myopie dans la vie courante. Pour être performante au travail. Pour reconnaître les gens dans la rue.

    Mais surtout, surtout - et là je tremble pour elle et pour les autres - comment elle se débrouille au volant de sa voiture?

    - Ah? il y avait une plaque, là? Je ne l'ai pas vue!

    C'est sans doute pour cette raison qu'elle m'a dit un jour:

    - Moi, même quand j'ai la priorité, je ne la prends jamais!

  • 22, v'là Muanza!

    Cette année-là, il y avait encore eu des tempêtes de neige en février et Muanza en avait assez: après l’émerveillement devant les premiers flocons de décembre – les premiers flocons de toute sa vie – il aspirait à un temps plus clément.

    Mais voilà le printemps qui s’annonce et il y a du travail à faire dans les jardins publics. Le service social lui a trouvé un petit boulot au cimetière de Jette.

    Muanza commence à bien connaître la ville et ses transports en commun. Il préfère le tram au métro et prend donc la ligne 51 pour se rendre à son travail.

    Lui qui n’a jamais jardiné de sa vie se retrouve là à ratisser les allées et à sarcler les massifs dans un étrange décor de tombes plus ou moins monumentales et ornées de sculptures diverses: scènes d’affliction infinie, personnages bibliques, pleureuses figées dans des attitudes théâtrales, angelots aux yeux éternellement levés vers le ciel, il y en a pour tous les goûts.

    Tout en travaillant, il ressasse indéfiniment son dernier entretien au Service des Etrangers. Que n’a-t-il ce merveilleux talent de conteur et le bagou de son frère au lieu de bredouiller et de se tasser de plus en plus sur sa chaise, écrasé par le mépris et le doute qu’il lisait dans les regards…

    Le surprenant en plein binage, le chef d’équipe hurle:

    - Mais qui m’a envoyé un phénomène pareil! Le voilà en train de déterrer tous les crocus et d’épargner soigneusement les pissenlits! Mais d’où il sort, celui-là?

    Quoi? se dit Muanza, ces minables petits brins sont précieux et ces belles fleurs jaune d’or sont à jeter?

     

    fiction,désir d'histoires,muanza

    écrit pour Désir d'histoires n°102
    http://desirdhistoires.wordpress.com/2013/05/20/liste-des-mots-80/
    avec les mots imposés suivants:
    talent – surprenant – conteur – phénomène – tempête – personnage – scène – décor – cimetière – éternellement – infini 


  • R comme rides

    - Tu as des rides, là, me dit Arthur, fin diplomate de 13 ans.

    Je ne sais pas exactement vers lesquelles il pointe le doigt, alors je lui réponds:

    - Oh! je sais! j'en ai plein!

    Se rend-il compte tout à coup qu'il pourrait avoir dit une chose déplaisante? Il tourne la tête vers mon frère et me dit:

    - Regarde papa, quelles rides énormes il a sur le front!
    - Hein? quoi? dit mon frère, qui ne suivait pas notre conversation.

    Trois grosses rides traversent toute la largeur de son front, c'est vrai.

    Alors ma mère:

    - Tu vois, Arthur, ce qui arrive quand on fait tout le temps des grimaces? Je lui ai toujours dit qu'il finirait par rester comme ça, un jour! Et bien, c'est fait!

    ***

    N'est-ce pas formidable d'avoir toujours raison?

  • 20 mois

    Vingt mois de plus que moi, voilà ce qui lui permet de claironner à qui veut l'entendre:

    - L'Adrienne? Mais je l'ai vue naître! D'ailleurs, c'est moi qui poussais son landau!

    Enfin, il ne dit pas landau ('kinderwagen'), il dit 'poussette'.

    Mais c'est égal, nos vingt mois d'écart ne me paraissent pas suffisants, alors je ris et je fais semblant de le croire. Puisque ça lui fait plaisir.

    Bien sûr, je pourrais demander à ma mère ce qu'il en est, mais je sais à l'avance ce qu'elle me répéterait: que jamais, au grand jamais elle n'a délégué à quiconque le soin de pousser mon landau.

    Elle aussi je fais semblant de la croire, mais c'est beaucoup plus difficile, vu que j'ai passé les cinq premières années de ma vie chez ma grand-mère Adrienne.

    Laquelle, très certainement, ne m'enroulait pas dans un pagne, quand elle m'emmenait chez sa cousine Jeanne ou Marguerite Langue tirée

    ***

    Ah! il y a des gens qui sont vraiment très forts, pour réécrire l'histoire Innocent

    Mais dans quel but?

  • Q comme questions pour mes champions

     La question est une plante qui fleurit merveilleusement dans le terreau scolaire.

    Il y a les questions Absurdes de la prof (Qui a relu le texte dont nous avons parlé hier ?), ses questions Bêtes (Adèle ? la fille de Victor Hugo ? une chanteuse ?) alors qu’elle se croit la reine des questions de Culture générale (Voltaire, c’est quel siècle ?)

    ***

    Il y a les questions Dérangeantes des élèves (Et vous, Madame, vous en pensez quoi, de ce qu’elle a dit, la directrice ?), les Enfantines et les Existentielles (Mais pourquoi on doit connaître tout ça ? A quoi ça sert dans la vraie vie ?), rarement Faciles (Vous avez déjà fumé, vous, Madame ?)

    Parfois ils se risquent à une question Galante (Vous savez que vous avez de beaux yeux, Madame ?) ou Humoristique (Vous savez comment on appelle monsieur V*d* ?), jamais Idiotes (ça, c’est Madame qui le dit : Posez vos questions, une question idiote, ça n’existe pas !)

    ***

    Et ainsi de suite : au prof les questions Juridiques, Kantiennes, Logiques, Métaphysiques, Neutres, Ouvertes (et si possible Originales), parfois Pièges, parfois Qui tuent, parfois Qui n’attendent pas de réponse et qu’on appelle Rhétoriques.

    La prof bonne poire, qui offre une question Subsidiaire (promesse de points bonus) et des questions Types (pour bien se préparer aux contrôles).

    La prof, toujours à la recherche de la question Ultime qui fera pousser à ses élèves des Oh ! et des Ah ! d’admiration. Toujours à traquer la question trop Vague ou à inventer des Webquests, ces questions d’exploration-du-Ouèbe qui mènent les élèves en droite ligne aux questions X . Ou chez Yves Rocher et ses questionnaires ‘donnez-nous-votre-avis’.

    ***

    Quant à Madame, elle en a bien peur, un jour on l’appellera « Zéro franc » parce que chaque fois qu’elle croit poser une question fort simple, elle l’introduit en disant :

    « Bon, et maintenant la question à zéro franc »


    texte écrit pour le Dictionnaire de Madame de Keravel
    http://kabcdaire.blogspot.be/2013/05/q-comme-questions.html

  • P comme père et poème

    De hand van mijn vader                      La main de mon père

     
    Aan de buitenkant                                  Le revers
    is de hand van mijn vader                        de la main de mon père
    een polderland                                       est un pays de polders 
    met riet en pluimgras                              de roseaux, de pâturins
    blauw gezwollen beken                           de bleus ruisseaux gonflés
    en hier en daar                                       et ici ou là
    verstrooid                                               disséminés
    wat zonnebloemen.                                quelques tournesols.(1)

     
    Aan de binnenkant                                 La paume 
    is de hand van mijn vader                        de la main de mon père
    een stafkaart                                         est une carte d'état-major
    met snelwegen                                      avec des autoroutes
    en wandelpaden.                                   et des sentiers.
    Ik vind er altijd                                       J'y retrouve toujours
    de weg op                                             le chemin
    naar huis.                                             de la maison.


    Armand Van Assche 1940-1990, De zee is een orkest, Altiora Averbode, 1978 (c'est moi qui traduis)
     

    DSC00109 - kopie (2).JPG
    les mains de mon père
    Noël 2003

    (1) zonnebloem peut se traduire littéralement par "fleur de soleil", ce qui permet de mieux comprendre que l'auteur parle des petites taches de vieillesse sur les mains
  • O comme oreillons

    Lundi soir, on prévient Madame que la petite Julie - élève de Terminale, 18 ans en juillet prochain - a les oreillons.

    Madame aime beaucoup la petite Julie, son mètre cinquante toujours monté sur de très hauts talons (mais comment fait-elle pour tenir debout là-dessus?) et ses trente-cinq kilos d'endurance et de ténacité. Petite Julie qui un jour a confié à Madame qu'à chaque 20 du mois, il reste encore dix jours à tirer mais que le portemonnaie parental est vide.

    Petite Julie qui travaille dur chez elle, à l'école et comme 'jobiste' a donc les oreillons.

    - Surtout qu'elle reste chez elle! se fâche la directrice! D'ailleurs elle aurait dû rester chez elle la semaine passée aussi, au lieu de venir contaminer tout le monde!

    Voilà qui fait de la peine à Madame, grande admiratrice de la vaillante petite Julie, venue à l'école cette année avec des béquilles, en chaise roulante, malade... pour rater le moins possible de cours. La petite Julie croit qu'un bon diplôme lui permettra de vivre mieux que ses parents et Madame espère de tout coeur qu'elle pourra réaliser son rêve. La petite Julie veut devenir infirmière accoucheuse.

    Vendredi, les élèves de Terminale font la fête. Bien sûr, la petite Julie aimerait en être. Elle a assez travaillé pour ça. Et puis, elle participe à quelques numéros de danse pour lesquels elle s'est beaucoup entraînée. La fête des Terminales, c'est le top du top de l'année et de toute la carrière en secondaire.

    - Et vendredi, s'énerve la directrice, je ne veux pas la voir ici! C'est bien compris? Je compte sur toi pour le lui dire!

    Madame a l'habitude d'être la messagère des mauvaises nouvelles, cela doit être inscrit quelque part dans ses statuts de coordinatrice. Elle téléphone d'abord à un tas d'instances officielles qui se mettent en branle (oreillons, contagion, garçons, embryons... vous suivez?) puis mardi soir, elle téléphone à la petite Julie pour prendre de ses nouvelles.

    - Elle est vraiment très malade, dit sa maman. Elle dort tout le temps. Et avec les oreillons, on ne peut rien faire, juste attendre que ça passe...

    Madame promet de rappeler jeudi.

    - Vous savez quoi, dit la maman, le médecin a changé d'avis.

    La petite Julie dansera à sa fête, vendredi. Elle n'a pas les oreillons, mais une sinusite Langue tirée

     

  • N comme non-recevoir

    Capturé et enfermé depuis trois jours comme le pire des malfaiteurs, une grave blessure rouge coquelicot sur le dessus de la tête et l’œil droit tuméfié, Muanza ne perçoit plus les images et les sons qu’à travers un épais brouillard. Couché sur le côté, les genoux sous le menton, dans une cellule surchauffée où on se dispute même un cafard ou un peu d’ombre, il sait qu’il est en danger de mort, mais il n’est plus que doute et faiblesse. Il ne sait pas que Rosemonde est en train de remuer ciel et terre pour le sortir de là et qu’elle a payé un avocat pour l’aider à organiser son évasion.

    - Une évasion ? demande un des hommes de l’Office des Étrangers, où Muanza raconte son histoire pour la dixième fois au moins depuis son arrivée en Belgique.

    A l’ironie de sa voix en lui posant cette question, il fait de nouveau ressentir à Muanza ce désagréable signal d’alarme : il sait que son histoire doit sembler incroyable à ces messieurs-dames chargés d’évaluer la recevabilité de sa demande d’asile.

    Et celui-là en particulier, avec sa courte barbe grise de professeur des collèges, le genre d’homme à aimer s’entendre disserter infiniment sur la métaphysique de l’âme, la pipe au bec et les lunettes sur le bout du nez. Oui, celui-là en particulier semble avoir pour tactique de se moquer de tout ce que Muanza leur raconte.

    Puis, avec cet odieux petit sourire en coin, en se calant confortablement dans sa chaise à accoudoirs, il insiste encore :

    - Une évasion, hein ? Je serais bien curieux de savoir comment elle s’y est prise, votre épouse…

    ***

    http://desirdhistoires.wordpress.com/2013/05/13/liste-des-mots-79/#comments

     

    Ecrit pour Désir d'histoires n°101 avec les mots imposés suivants: capturer - image - son - évasion - alarme - danger - rouge - coquelicot - mesdames - messieurs - homme - faiblesse - âme - gris(e) - ombre - doute - métaphysique - collège - professeur

     

    Toujours en panne d'ordi donc encore sans logo, désolée, Olivia...

  • M comme musique, maestro!

    défi232.jpg

    Quand le vieux Maestro quitta la scène définitivement
    toutes les notes de musique
    qui avaient empli l'espace
    et charmé tant d'auditeurs
    prirent les couleurs de l'arc-en-ciel
    et retombèrent doucement
    en virevoltant:
    frémissement lumineux
    pour un ultime hommage

    ***

    texte écrit pour le défi 232
    et puis pas envoyé
    heureusement, d'ailleurs
    car là où je croyais voir des notes de musique
    et un homme qui quitte une salle par une porte
    la plupart des participants ont vu des spermatozoïdes
    Langue tirée

  • L comme lettres

    lali315.jpg

    Trois cent quinze. 315.
    Elle les avait bien comptés.
    Trois cent quinze feuillets de tous les formats, couverts de cette petite écriture fine à l’encre noire et qui se terminaient tous par « Je t’aime, ma Butterfly »

    Trois cent quinze mois qu’elle ne se coupait plus les cheveux et qu’elle attendait son retour.

    ***

    écrit pour http://lalitoutsimplement.com/en-vos-mots-315/

  • K comme kyrie eleison

    C'était lundi dernier. En rentrant dans notre bureau de coordination, après mes cours, je trouve un feuillet gribouillé par une des secrétaires. Mme K*** a cherché à me joindre par téléphone et souhaiterait que je la rappelle.

    J'ai le fils de Mme K*** en classe. Grand gamin de 17 ans bourré de talents mais qui se contente de vivoter. Il fera des efforts plus tard, un jour, peut-être. Alors Mme K*** s'inquiète:

    - Vous comprenez, je voudrais pouvoir l'aider, me dit-elle.

    L'aider. Encore une maman qui croit qu'on peut obliger quelqu'un à étudier. Qui se sent responsable de son échec ou de sa réussite. Qui voudrait lui faire réciter ses leçons, comme s'il avait huit ans.

    - Je comprends, lui dis-je. Mais peut-être que ce serait mieux qu'on se voie, au lieu d'en parler au téléphone?

    Elle accepte avec joie. Rendez-vous est pris pour mercredi après-midi. Je suggère que son fils l'accompagne. Elle trouve que c'est une bonne idée.

     ***

    Le mercredi, Mme K*** et son fils sont à l'heure au rendez-vous. Nous nous installons.

    Nous faisons le point. Nous analysons quelques-uns de ses contrôles. Nous feuilletons ses notes de cours.

    - Tu vois, lui dis-je, en classe tu suis parfaitement, tu es toujours parmi les premiers à avoir compris et dès qu'une question nécessite de l'intelligence, tu es capable de la résoudre. Après, ce qui te manque, c'est le travail à la maison: apprendre du vocabulaire, apprendre des conjugaisons... Pour tes maths et tes sciences, c'est exactement pareil: tu as tout le talent qu'il faut. Il ne te manque qu'un peu d'ambition, un peu d'envie de bien savoir, de connaître la matière plus à fond.

    Nous sommes terriblement d'accord.

    Puis Mme K*** me dit:

    - Vous comprenez, dans ma situation...

    Et elle pleure. Les presque deux mètres du fils se tassent un peu plus sur la chaise. Lui aussi pleure.

    - Je comprends, dis-je doucement. Je connais votre situation. Mais ne vous inquiétez pas. C'est quelqu'un de bien, votre fils. Il est en train de devenir adulte. Il faut juste lui laisser un peu de temps. 

    Oui mais voilà, du temps, ils n'en ont plus guère. Mme K*** se meurt.

  • J comme jonque

    - Quel tableau de famille idyllique, pensa-t-elle, pour celui qui ne nous verrait que de l’extérieur !

    En ce dimanche de début mai, trois corbeaux tournoyaient dans le couchant en se donnant de furieux coups d’ailes. Un des trois était un intrus, sans doute.

    - Messagers de mauvais augure, se dit-elle.

    Mais le malheur venait de s'abattre sur la maison. Que pouvait-il lui arriver de pire ?

    A proximité de son fauteuil en osier, son fils cadet chatouillait le chien. Elle reposa un instant ses ciseaux de brodeuse pour le contempler avec émoi.

    - Mon petit… mon tout petit… Pourquoi ? Pourquoi lui ?

    Ce n’était jamais le chien qui se fatiguait le premier, il agitait frénétiquement une de ses pattes arrière et poussait de petits geignements d’aise, avec par moments sa voix presque humaine qui faisait dire à sa fille qu’il vocalisait avec autant de talent que tante Jeanne.

    Le jour prenait fin et la température avait brusquement baissé de quelques degrés. Elle frissonna et se demanda s’il ne fallait pas allumer l’âtre. Il lui restait encore trois ou quatre bûches.

    Fils aîné avait fini de coller ses timbres congolais dans son troisième album et avait pris le journal de la veille.

    - Bateau à voiles d’Extrême-Orient! lança-t-il. En six lettres. C’est quoi, maman ?

    ***

    texte écrit avec les mots imposésfilamots8.jpg

    http://filamots.wordpress.com/2013/05/05/ecriture-8-proposition-du-05-05-au-12-05-2013/

    Bonne fête aux mamans belges
    en ce dimanche 12 mai 
    et aux autres aussi, bien sûr
    Cool
     

  • I comme incipit

    "La jeune fille s'était levée pour saluer sous les bravos et les vivats.

    Le concert était fini. Debout, les auditeurs applaudissaient à tout rompre, criaient "bis", "encore", et refusaient de partir."

    Extrait du livre d'Elise Fischer : "Les alliances de cristal"

     ***

    Dans les coulisses, chacun la repoussait chaque fois sur la scène : Va, va, retournes-y, salue !

    Les organisateurs du concert étaient là aussi, pressants : Tu n’as rien prévu pour un bis ? une petite pièce ? un mouvement, un seul ? un de ceux que tu as joués ?

    La jeune fille était vidée, épuisée, livide. Mais il n’y avait personne pour le remarquer. Ni dans la foule, qui exigeait son petit supplément de plaisir musical, ni derrière les coulisses.

    Celui qui s’était arrogé le rôle d’impresario était le plus acharné : Va donc ! ne te fais pas prier ainsi !

    Cette petite si prometteuse n’allait tout de même pas commencer à faire des caprices de star ? Il espérait beaucoup de cette soirée et voyait déjà deux ou trois articulets élogieux dans la presse. Il y avait des journalistes dans la salle, qu’il avait invités, et qui étaient restés jusqu’à la fin. Bon signe !

    Le lendemain, en effet, on pouvait lire ceci :

    « Jeune virtuose morte sur scène »

    ***

    écrit pour le Défi du samedi de ce jour
    http://samedidefi.canalblog.com/archives/2013/05/04/27074524.html

  • H comme hémorragie

    - Cent !

    La prison, les coups. L’angoisse, la douleur. Muanza souffre dans sa chair mais tente de fixer son attention sur autre chose. Dans sa tête, il compte jusqu’à cent. Il compte et recompte : arrivé à cent, il recommence.

    Il se dit que ce n’est pas en désespérant qu’il survivra. Alors il se concentre sur les chiffres.

    Puis on le rejette dans la promiscuité d’une cellule surpeuplée. Il reste à terre, recroquevillé. Il a la fièvre, il frissonne. Jusqu’où pourra-t-il résister ? Quand aura-t-il atteint ses limites ? Ressemblera-t-il bientôt à un de ceux-là, devenus prêts à tout, et qu’il a vus se jeter sur un insecte, un cafard probablement, pour prestement le mettre en bouche et le croquer ?

    Il rêve vaguement. Il revoit Rosemonde penchée sur sa machine à coudre, son fils accroché à son siège et qui essaye de faire ses premiers pas. Voilà d’où lui vient son désir de vivre, ces pulsions instinctives qui lui font tout subir. L’enfant n’a même pas encore reçu son nom définitif.

    Muanza ne sait plus pourquoi il s’est engagé dans la politique. Rien, dans son éducation, ne l’y préparait. Sa mère l’avait confiée au pasteur, chez qui il n’avait été question que de tenue correcte, de politesse et de la crainte de pécher. Sans doute était-ce un péché, de s’occuper de politique…

    Couché en chien de fusil, il rêve. Il revoit leur minuscule appartement dans ce voisinage sale et bruyant qui dans son souvenir prend tout à coup des allures de jardin d’Éden, d’empyrée. C’était son ciel sur la terre, et il ne le savait pas.

    Un liquide coule doucement dans ses yeux, le long de sa narine, arrive à ses lèvres. C’est du sang.

    ***

    écrit pour http://desirdhistoires.wordpress.com/2013/05/06/liste-des-mots-78/  avec les mots imposés suivants: désir – pulsion – résister – prison – promiscuité – voisinage – désespérant – politique – correct – politesse – éducation – limite – frissonner – chair – croquer – pécher – jardin – empyrée
    Le texte devait commencer par le mot 'cent' et se terminer par le mot 'sang' 

    ***

    Désolée de ne pas mettre le logo
    je ne suis pas sur mon ordi
    qui a rendu l'âme 

     

  • G comme Grenouilles

    La Chine aurait-elle changé? La critique de Mao serait-elle devenue possible?

    Plus j'avançais dans le livre, plus je me posais la question.

    Bien sûr, la critique est voilée: la tante du narrateur est fidèle jusqu'à l'extrême aux édits du Grand Timonier. Personne ne poursuit sa tâche avec autant d'assiduité, traquant les femmes enceintes par tous les moyens, licites et illicites. Les obligeant à l'avortement même quand elles en sont au septième ou huitième mois de la grossesse. Provoquant ainsi la mort de plusieurs d'entre elles. Pour la bonne cause, dit-elle.

    Mais c'est précisément dans la folie de ces excès qu'on peut entrevoir la critique. D'autant plus qu'à la fin de sa vie, la tante est taraudée de remords.

    Par ailleurs, nulle part il n'est question de cet autre problème lié aux lois sur le planning familial et le principe de l'enfant unique: le déficit énorme dans le chiffre des naissances de petites filles...

    Alors critique, oui, mais dans des limites apparemment permises.

    Livre intéressant, pour sa construction ingénieuse et pour l'impressionnante page d'histoire de la Chine rurale. Il a exercé sur moi une sorte de fascination... mais c'est aussi le premier livre traduit du chinois que j'aie lu jusqu'à présent... je ne peux donc pas comparer Cool

    Grenouilles.jpg

     http://www.seuil.com/livre-9782021024005.htm
    Prix Nobel de littérature

  • F comme Francis, coiffeur-philosophe

    - Allô?
    - Bonjour! Adrienne à l'appareil. Est-ce que Francis a pu reprendre ses activités?
    - Oui, oui, tout doucement...
    - Ah! formidable! il me faudrait un rendez-vous pour me couper les cheveux.
    - Jeudi après l'école, ça vous va?
    - Parfait! c'est noté. Alors, bonne soirée et à jeudi!

    ***

    D'une part, il y a l'Adrienne qui, un jour d'avril, s'est brûlé les cheveux sur le front en ouvrant la porte de son poêle à bois, où flambait un bon feu...

    D'autre part, il y a Francis, coiffeur-philosophe, qui en janvier dernier a dû se faire opérer à la hanche et a cessé toute activité pendant trois mois...

    Alors vous vous imaginez l'effusion des retrouvailles:

    - Bonjour!
    - Bonjour. Vous pouvez vous asseoir là.

    Parmi les six sièges vides, il m'en désigne chaque fois un autre. Puis nous refaisons notre petit cinéma habituel:

    - (soupir) Vous les voulez comment?
    - Oh Francis, je n'y connais rien, vous ferez pour le mieux...
    - Bon... (soupir)

    Puis nous n'avons quasiment plus desserré les dents. Madame Francis est restée là, appuyée contre les lavabos, à faire la conversation. Je crois qu'elle avait été trop longtemps privée de la clientèle de son mari, de sorte qu'elle avait un besoin urgent de s'entretenir avec l'autre cliente, prisonnière de son sèche-cheveux, et qui aurait sûrement préféré lire son magazine Royalty.

    - Ah! mais quel hiver on a eu, hein!
    - ...
    - Et ce n'est pas fini!
    - ...
    - Ah! on en a vraiment marre, hein! Toute cette neige!
    - ...
    - Et dire qu'on parle de réchauffement climatique!
    - ...

    Dans le miroir, Francis et moi, on se fait un petit sourire. Oh, un très petit, très discret sourire Cool. D'ailleurs, il a déjà terminé:

    - C'est bon comme ça?
    - C'est parfait!

    Pendant que je paie, Madame prend un balai pour faire disparaître mes cheveux de son carrelage.

    Je les regarde se rassembler en un petit tas: ça me fait toujours quelque chose de les abandonner là Langue tirée

     

     

     

     

     

  • un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept...

    Vous allez encore me dire que l'Adrienne fait tout à l'envers et sans discernement.

    Mais que voulez-vous... on ne la changera sans doute plus!

    Prenez par exemple ce futur déménagement.

    Voulez-vous que je vous dise quelle est la toute première chose que l'Adrienne a faite en vue de cet évènement?

    descendre du grenier les emballages d'origine de son service de verres en cristal - cadeau de mariage! - et les y replacer soigneusement; puis replacer ces boîtes dans l'armoire

    ***

    Et bien, croyez-le ou pas, le lundi matin elle était si fière de ce premier pas qu'elle en a fait part à V***, sa charmante collègue-amie (1):

    - Tu as passé un bon week-end?
    - Oh oui! j'ai déjà emballé mes verres en cristal!

    Léger étonnement de V***:

    - Tu crois que c'est ça le plus urgent?
    - Ah! je ne sais pas, mais c'est la première idée qui m'est venue!

    ***

    Après quoi, l'Adrienne s'est interrogée sur ce qui serait réellement la première chose à faire... ou la seconde, dans son cas.

    Comme elle passait le week-end suivant avec son amie A***, elle lui a annoncé son opus 2:

    manger peu à peu ce qui se trouve dans le congel et ne plus rien y ajouter

    - Très bonne idée! a fait l'amie.

    L'Adrienne a été bien contente de recevoir cette approbation. Mais une semaine plus tard, devant un congel presque aussi vide que son frigo et n'ayant pas eu le temps de faire des courses, qu'allait-elle manger?

    Par bonheur, les orties avaient bien poussé au jardin Langue tirée (2)

    ***

    (1) que vous pouvez voir ici, dans la nuit du 23 au 24 décembre, veillant à ce que l'Adrienne ait un peu de répit pendant le déluge http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2012/12/25/u-comme-une-chance-de-cocu.html

    (2) j'ai déjà beaucoup parlé de l'utilisation de l'ortie en cuisine, je crois que la dernière fois, c'était ici: http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2010/05/17/o-comme-ortie.html#comments et la toute première fois, c'était là: http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2008/04/01/premiere-recette-a-l-ortie.html

  • E comme épatant!

    Bienvenue dans WordPress! Qu'est-ce que vous avez à dire aujourd'hui?

    Merci de vous inscrire avec WordPress.com - Nous sommes très heureux de vous joindre à notre communauté!

    Vous pourriez encore être ressassant le meilleur moyen de faire des vagues, mais nous avons pensé atteindre au cas où vous avez besoin d'un coup de pouce pour démarrer. Nous savons regarder cet écran blanc peut être un peu écrasante.

    Bon. J'en vois qui froncent les sourcils. Je vous explique.

    Jusqu'à il y a peu, si vous trouviez un blog hébergé par wordpress à votre goût, il était fort simple d'y laisser un commentaire: vous introduisiez dans les cases adéquates votre pseudo, votre adresse mail et le lien vers votre propre blog et le tour était joué. Pas un travail à refaire à chaque fois comme chez blogspot ni à supporter ce vice suprême que sont les capchas.

    Désormais, si vous voulez commentez sur un blog wordpress, vous avez trois possibilités: vous connecter par votre compte fb, twitter ou ... wordpress.

    Motivée par la qualité de certains blogs, je me suis inscrite. Et voilà le résultat.

    Ici, vous allez: Quels changements aimeriez-vous votre blog pour faire dans le monde? Démarrer un blog et dites-nous pourquoi vous êtes ici:

    Découvrez le blog Daily Post. Avec toutes les idées postales , des défis , Et invite la photographie , quelque chose lié pour obtenir votre créativité.

    Considérez-vous poussé! Rendez-vous autour de l'Internet.

    Cependant, impossible de signer un comm en laissant le lien vers un blog qui ne soit pas wordpress. Les blogueurs sont donc condamnés à rester tous dans le même vivier...

    Epatant, non, comme "fenêtre sur le monde"?

    Et vous, vous considérez-vous poussé ?

     

  • D comme dominos

     domino2.jpg

    photo de Michel Hasson © Michel Hasson - libre de droits - http://phototheque.net/Cuba.html

    Quand ils jouaient leurs interminables parties de dominos, tous les quatre sur la petite plaza, chacun avait sa tactique.

    Le vieil Alfredo, par exemple, moustache grise en bataille et petits yeux rieurs qui vous fixaient de sous le bord de son stetson, vous entretenait longuement de ses exploits de jeunesse aux côtés de Fidel. Impossible de déterminer le vrai du faux, l'histoire et la légende s'embellissaient chaque fois de nouveaux détails qu'Alfredo vous contait avec verve en gesticulant avec ses mains de tabaquero.

    Eugenio, sur un signe convenu entre eux, envoyait sa soeur se pavaner nonchalamment le long des échoppes, un peu plus loin. La belle Guadalupe balançait donc avantageusement ses hanches, l'air de rien, et montrait un peu plus qu'un bout d'épaule, ce qui avait toujours l'effet escompté sur les dix-sept ans de Fabio: il ne pouvait plus la quitter des yeux et oubliait complètement la partie qu'il était en train de gagner...

    Texte écrit pour Mil-et-une
    http://miletune.over-blog.com/article-sujet-du-samedi-23-mars-2013-116451924.html

  • C comme chuchotis de chats

     

    Les silencieux bavards

     

    chats 27nov10 - kopie - kopie.JPG

    Mes chats sont de silencieux bavards
    Qui me somment de leur ouvrir la porte
    Me notifient que leur gamelle est vide
    Éructent leur soif et toutes leurs envies

    Cependant ils maîtrisent la nuance
    Et modulent leurs petites phrases
    Selon l’urgence de leurs besoins
    Et la réactivité de leur esclave

    Ils me signifient clairement
    Ce qui leur ferait plaisir
    Croquettes ou câlins
    Et l’endroit précis

    Jamais ils n’oublient
    Jamais ne se résignent
    Et si la parole ne suffit pas
    Ils y ajoutent… la patte

    Car comme disait ma mère
    « Wie niet horen wil moet voelen » (1)

    ***

    écrit pour le défi du samedi n°241
    Et si les chats parlaient...

    (1) « Wie niet horen wil moet voelen » servait à justifier de frapper un enfant, mais c’est un léger détournement du proverbe qui signifie que si on n’écoute pas les bons conseils, on en subira les conséquences.

  • B comme Bon voyage!

    Sa tournée des villages à l’intérieur du pays, aujourd’hui encore – et en dépit de tous les malheurs qui ont suivi – Muanza n’en garde que de bons souvenirs.

    Pourtant, rien n’était simple, dans ce périple : les pistes mal entretenues ou devenues inexistantes, les bourbiers, les pluies torrentielles… Agrippé au coffre de la Jeep, le corps endolori par les longues heures à subir les cahots de la route, chacun était bien content de retrouver le clos d’un village avant que tombe la nuit africaine.

    Alors on arrêtait la Jeep et on sortait de sous la bâche les cartons peints en noir, les affichettes, les craies… ne serait-ce que pour montrer qu’on n’avait pas d’armes et qu’on venait en amis : les craies surtout plaisaient aux enfants, toujours arrivés les premiers autour de la bagnole, et à qui on en offrait quelques-unes.

    Muanza sourit encore en revoyant ces petites scènes qui se rejouaient dans chaque village : la curiosité des enfants, la méfiance des anciens qui les dévisageaient d’un peu plus loin, parfois une dame qui rappelait son petit près d’elle, le jugeant trop téméraire.

    Il fallait alors saluer de la bonne façon, utiliser les formules d’usage, décliner son lignage : on finissait généralement par s’entendre. Un rien, parfois, suffisait à assurer la bonne suite des opérations. Et on était admis dans la petite communauté.

    Le même soir, on était assis autour d’un fufu.

    ***

    Un an et demi plus tard, les élections n’avaient rien changé : le Président les avait gagnées haut la main et l’opposition avait de nouveau été bâillonnée. Les chefs de file ayant retrouvé l’exil d’où ils n’étaient sortis que quelques mois, ce sont les « petits » qui ont écopé.

    D’abord Baako...

    Puis, un soir, on est venu arrêter Muanza. Brutalités policières, bras solidement ligotés, bandeau sur les yeux,… : il a tout subi en espérant qu’on ne s’en prenne pas à Rosemonde ni à leur fils, un bébé de deux ans à peine, qu’elle serrait contre elle à l’étouffer, comme si elle voulait le faire rentrer dans son corps.

     

    fiction,muanza,désir d'histoires
    écrit pour Désir d'histoires 99
    avec les mots imposés
    agripper – retrouver – clos – dame – aujourd’hui – corps – dévisager – rien – bandeau – assurer
    http://desirdhistoires.wordpress.com/2013/04/30/liste-des-mots-77/

     


  • Adrienne et les corps de métier (3)

    Le couvreur-plombier-zingueur

    Avec un homme qui sait faire tant de choses, l'avantage est que vous pouvez lui exposer à la fois vos problèmes de toiture et de salle de bains.

    - Il faudra apporter une échelle, lui dites-vous au téléphone, parce que pour accéder au grenier, il n'y a qu'un trou dans le plafond, au premier étage.

    Puis vous ajoutez, vous montrant d'emblée telle que vous êtes, dans toute votre candeur naïvement idiote:

    - D'ailleurs j'en profiterai pour y monter avec vous, je ne l'ai pas encore vu moi-même...

    Vous sentez la seconde de perplexité au bout du (sans) fil, comme vous l'avez perçue dans le regard de tous ceux à qui vous avez déjà fait le même aveu: oui, vous avez acheté une maison sans être allée voir l'état du toit, de la charpente et du grenier. Vous avez fait confiance à l'agent immobilier quand il vous a certifié que le toit était en bon état. Pour toutes les autres maisons que vous avez visitées, vous avez cependant exigé cette inspection...

    Aussi, ce lundi soir où vous attendez votre homme-orchestre, vous repensez à la petite phrase de votre mère:

    - Tu verras, avec une aussi vieille maison, tu n'auras que des mauvaises surprises!

    ***

    Mais voilà notre homme. Nous montons au premier étage. Il a beaucoup de mal à déployer son échelle qui est entièrement escamotable (chaque barreau s'insère dans le suivant) et à répondre en même temps à de nombreux appels sur son portable.

    Après un dernier effort conjoint des pieds qui poussent, des mains qui tirent et des "han" de bûcheron, l'échelle atteint enfin une hauteur suffisante. Il monte au grenier.

    - La charpente est bonne, dit-il de là-haut.

    Vous m'en voyez fort aise.

    Je monte aussi.

    Et la première chose que je vois, ce sont les trois vieux fils à linge en galvanisé.

    Les fils à linge de tante Fé Cool

    ***

    Depuis, chaque nuit vous pensez à votre grenier. Vous en ferez votre bibliothèque, votre bureau, votre chambre, votre boudoir, votre refuge, votre donjon, vous ne le savez pas encore...

    Mais ce qui est sûr, c'est que vous avez très envie d'en faire quelque chose Sourire