• O comme odelette

    Au printemps l'oiseau naît et chante : 
    N'avez-vous pas ouï sa voix ?... 
    Elle est pure, simple et touchante, 
    La voix de l'oiseau — dans les bois !

    Gérard de Nerval, Dans les bois in Odelettes (1853)

     

    okt 2013 (10 kopie).JPG

    recréer sur la fenêtre du bureau
    le décor bucolique qu'on vient de quitter

    Rigolant 

  • N comme nouveau

    La voisine remonte ses volets.

    De l'autre côté de la rue, un invisible roquet aboie.

    Une ambulance passe à grands coups de sirène.

    Le radiateur cliquète et chuinte.

    ***

    Ce sont les nouveaux bruits de la nouvelle maison.

    C'est celui du radiateur qui m'étonne et me réjouit le plus Cool

    ***

    Merci à tous ceux qui ont pris la peine de venir encore commenter un blog au point mort, ça m'a souvent fait plaisir dans les moments difficiles.

    Je crois que j'ai atteint le niveau supérieur de la zénitude Langue tirée vu que j'essaie de me réjouir de chaque avancement au lieu de me lamenter de ce qui n'est pas atteint.

     

    september 2013 (15) - kopie.JPG

    au camping dans la maison
    il n'y a pas de meubles
    le rideau est une feuille de plastique
    mais il y a internet

    Sourire
     

     

    maison a vendre,les joies d'internet

    une petite nappe, une orchidée, un café
    et on est chez soi
     

  • M comme mistigri (3)

    J’ai passé deux ou trois ans dans un entrepôt, toujours recouvert du grand drap noir dont madame De Ruiselede m’avait fait envelopper dès que les gendarmes étaient venus sonner à sa porte avec la triste nouvelle. J’y moisissais l’hiver, me desséchais l’été, je sentais que tout en moi se disloquait et que je ne serais bientôt plus bon à rien.  

    J’étais complètement passé de mode. Plus personne n’avait besoin de candélabres pour éclairer les partitions, l’électricité était présente dans tous les foyers. D’ailleurs, deux des quatre bougeoirs placés au-dessus du clavier avaient souffert du dernier déménagement, qui s’était fait sans le moindre égard pour moi. Ils étaient tout tordus et à moitié arrachés. Je n’avais de toute évidence plus aucune valeur.

    C’est au mois d’octobre que monsieur Soetaert, devenu depuis un artiste célèbre mais dont à l’époque la vogue n’était encore que naissante, est entré dans l’entrepôt. Il était à la recherche de matériau neuf pour ses ready-made. Il était le grand ami de Mesens et de Tzara, fou de musique comme Mesens, mais ça ne l’empêchait pas d’avoir pour moi des projets très peu conventionnels… et pour tout dire, iconoclastes.

    Il m’a fait porter dans son atelier. A ôté les candélabres, dévissé tout ce qui pouvait l’être, récupéré les touches d’ivoire. Mais ce qui l’intéressait, c’était mon cadre. Un beau cadre en fonte, entièrement recouvert de peinture dorée.

    Vous pensez bien que je ne me suis pas rendu sans résistance. Tout mon bois a fait front pendant des heures. Il a finalement dû s’y prendre avec une hache. C’est alors que dans un ultime effort de sa part et de la mienne, je me suis laissé tomber sur lui.

    On a dû l’hospitaliser d’urgence. Son tibia droit, sa rotule gauche et trois doigts de pied ont été retapés tant bien que mal: il n’a plus jamais remarché comme avant.

     

    Mon cadre est resté là, posé contre un mur. Il suffit de l’effleurer pour en tirer de très beaux sons.

    ***

    Troisième partie de la consigne des Poudreurs d'escampette: Mistigri, un objet, trois propriétaires successifs - le sens figuré de mistigri est porte-malheur.