• V comme vachement belle!

    Vachement belle

     

    On a chanté les Armoricaines,
    Leurs petits pis, leurs petits veaux
    On a chanté cette Vosgienne
    Qui fut la marraine
    D’un fier taureau.
    On prétend que les Béarnaises,
    Filles du sud, ont le sang chaud
    Et bien que les Charolaises
    Soient aussi à l’aise
    Dans le Monde Nouveau,

    On oublie tout,
    Sous le beau ciel de Waterloo
    On devient fou,
    Au son des rythmes ossobuco...

     

    Vache.jpg

    © crédit photo : Toncrate


    Le seul désir qui vous entraîne
    Dès qu'on a quitté le plateau,
    C'est de goûter une semaine
    L'aventure morne plaine
    Au soleil de Waterloo...

    écrit pour les Impromptus littéraires

    pour les petits jeunes qui ne connaîtraient pas, l'original est ici: http://www.dailymotion.com/video/x26chu_mariano-luis-le-chanteur-de-mexico_music

  • T comme Trop is te veel

    Madame aime beaucoup ses élèves, c'est vrai.

    Elle va les applaudir quand ils jouent au théâtre, courent un cross, récitent des poèmes.

    Elle est présente quand ils dansent, jouent du piano ou de l'accordéon.

    Elle va même écouter ceux qui jouent de la flûte Langue tirée (1)

    Elle achète des gaufres à ceux qui sont scouts (2), des bougies, des cartes de soutien, des billets de tombola.

    ***

    Mais qu'on se le dise: elle n'ira pas à un débat organisé par un parti qu'elle exècre.

    Même si une toute charmante ancienne élève est dans le panel pour un parti que Madame exècre moins.

    Même si on lui fait le coup du chantage affectif.

    NON ELLE N'IRA PAS!

    Point final.

    ***

    Point final?

    Le lendemain matin, Madame a mauvaise conscience.

    Mais elle est tout de même contente que sur les photos du débat, on ne la verra pas Cool

    ***

    (1) depuis que Madame sait que c'était l'instrument que son copain Mozart aimait le moins, elle est presque fière de le dire. Presque.

    (2) alors qu'elle ne mange pas de gaufres...

  • Stupeur et tremblements

    Faites-moi plaisir et courez lire Pénélope Jolicoeur...

    Ne cherchez pas, c'est ici: http://www.penelope-jolicoeur.com/2013/11/prends-cinq-minutes-et-signe-copain-.html

    Merci!

  • 22 novembre

    Gemma s’est attelée à la tâche avec ardeur : oui, elle prouvera que Muanza n’est pas un réfugié économique, il n’a jamais connu le spectre de la faim. L’aisance de sa famille était telle qu’il pouvait se permettre de ne pas aimer le poulet, sa mère lui préparait un autre plat chaque fois qu’il y avait de la volaille au menu.

    Gemma a fait de Muanza « son » cas comme si leur sort était lié. D’ailleurs, dans son esprit, il l’est déjà et elle se rend compte qu’elle préférerait – et de loin – à la position du lotus, celle du missionnaire. Elle a beau brûler de l’encens et relire son recueil de haïkus japonais du 17e siècle, elle n’est plus jamais zen.

    Elle l’a inscrit à des cours de français et Muanza apprend docilement les adjectifs numéraux cardinaux et ordinaux. Le soir, ils s’entraînent ensemble à l’aide d’un annuaire téléphonique. Ils conjuguent les verbes en –er et révisent du vocabulaire...

    Mais le terme fatidique approche, et dans un laps de temps assez réduit (court ou long, dans ce cas-ci, ça ne veut plus rien dire) la lettre tombera dans la boîte du Petit-Château. Où dans un jargon à peine compréhensible, même pour un francophone, on lui signifiera probablement la date à laquelle il devra avoir quitté le territoire belge.

    muanza,désir d'histoires,jeu,fiction

    esprit – spectre – terme – date – ordinal – position – lotus – zen – japonais – haïku – court – long
    étaient les mots imposés pour ce Désir d'histoires n°118 

     

    muanza,désir d'histoires,jeu,fiction


  • R comme recette

    C’est un dimanche de gélive et de brouillamini ? Vous n’avez pas envie de sortir de vos sphincters mais vous avez six tortionnaires à nourrir ? Videz donc les restes de vos abbatiales, sortez vos fonds de communards et vous aurez de facto un plat festif et original.

    Dans votre plus grande tarasque, mélangez un demi-kilo de verroterie avec quelques pincées de lapilli. Farcissez-en autant d’appeaux qu’il y a de convives. Si nécessaire, mouillez avec un peu de licorne. Tout dépend de la qualité de votre verroterie, bien sûr.

    Faites revenir à feu doux les appeaux farcis. Compter environ une demi-heure.

    Pendant ce temps, à l’aide de votre ubiquité, préparez le moirage qui accompagnera vos appeaux de manière originale et astucieuse. Un peu de crème, de beurre ou de lait de soja, juste assez de rogue (c’est selon votre goût personnel) et le tour est joué.

    Servez bien chaud avec une salade verte.

     

    N.B. : Comme il m’en restait quelques gouttes, j’ai ajouté une larme de sialagogue, mais on peut très bien s’en passer.

    ***

     

    écrit pour les Poudreurs d'escampette 185 avec les mots imposés: lapilli - gélive - de facto - licorne - sialagogue - tarasque - communard – brouillamini - appeau - abbatiale - moirage - sphincter - verroterie - tortionnaire - ubiquité - rogue

  • Le bilan du 20

    Pour que le 20 novembre ne soit plus un triste anniversaire d'une époque révolue et d'une porte qui se ferme, l'Adrienne a décidé de choisir ce jour pour aller s'inscrire officiellement dans sa nouvelle ville.

    Ainsi, le 20 novembre sera l'anniversaire d'une époque nouvelle et d'une porte qui s'ouvre.

    D'ailleurs, c'est ce soir qu'on les livre Langue tirée

    Les portes pour les toilettes et pour le "kot".

    augustus 2013 (24) - kopie.JPG

    le kot

    september 2013 (5) - kopie.JPG

    les toilettes


  • Question existentielle

    Comment s'exprimer si on n'a pas les mots?
    Si on n'est pas capable de mettre en paroles ce qu'on pense ou ressent?


    "Quel est ton sentiment après cet entretien avec ton professeur principal?" demande Madame à un jeune en dernière année professionnelle d'électricité. Mais en le regardant elle se demande s'il comprend la question. En tout cas, il cherche longuement ses mots pour y répondre.

    Souvent Madame est confrontée à ce problème. "Je sais quoi dire, mais je ne sais pas comment le dire", lui répond-on parfois. Et non, elle ne s'amène pas avec Boileau, ça ne les aiderait pas. Au contraire.

    Alors elle reformule ses questions.
    Parfois même elle propose des pistes de réponses.

    Oui parfois Madame suggère: est-ce parce que... ou est-ce plutôt parce que... est-ce que c'est plus comme ceci... ou plus comme cela... Mais c'est dangereux de proposer des réponses ou des explications, de faire des suggestions. Car comment savoir si l'élève en manque de mots ne dit pas "oui, c'est ça!" pour se débarrasser de la question et de la réponse qu'il n'arrive pas à formuler lui-même?

    ***

    Et Madame, qu'aurait-elle fait, ces sept dernières années, si elle n'avait pas eu les mots pour s'exprimer?

    Elle aurait fait comme cet autre élève en manque de mots. Dernière année de professionnelle Bureau: "Moi, je ne me laisse pas faire. Si on me cherche, on me trouve", dit-il.

    Sûr, elle aurait fait comme lui et utilisé la violence.

    Mais contre elle-même.

    ***

    Alors merci, amis blogueurs, les anciens, les nouveaux, les fidèles, les coups de vent, les comiques, les sérieux, les spirituels, les érudits, les doux, les discrets, les gentils... Merci à tous de lire et de commenter mes mots.

  • P comme parodies et pastiches

    L’automne est bleu comme le cuivre

    Dans la casserole cuisent aussi doux qu’une moquette

    Des pieds de porcs incongrus  tel  le sparadrap sur mes sourcils

    Parfois la vie est synonyme d’affichage publicitaire

    Parfois elle est juste un peu surréaliste

    Jamais une erreur les mots ne mentent pas.

    ***

     

    Casserole - cuivre - bleu -  automne - affichage – pied - synonyme – moquette - sparadrap - sourcil étaient les mots imposés pour ce logorallye d'écriture créative.

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  • O comme ô les beaux jours!

    Ils arriveraient un soir. Ils auraient un peu peur, un peu froid. Ils seraient un peu perdus. Ici, chez moi, ils seraient rassurés et pourraient se réchauffer, se restaurer. Ils recevraient ce que j’ai de meilleur.

    Je leur montrerais la chambre. Le grand lit. Les jouets. Le radiateur serait branché, les rideaux tirés. Ils n’auraient pas assez d’yeux pour tout découvrir. Ce serait merveilleux de les voir s’acclimater, petit à petit. Nous nous mettrions ensemble à jouer et à nous découvrir.

    Le ménage aurait bien sûr été fait à fond, pour ne laisser aucune trace, aucune odeur des précédents.

    Je serais très patient. J’ai tout mon temps.

    Plus jamais ils ne sortiront d’ici.

    ***

     Tentative d'approche

    Ecrire un texte de cœur au conditionnel décrivant la projection d’une rencontre. Rencontre un peu inespérée dont on va mettre en place les conditions. Le conditionnel permet à l’imagination de s’emballer et se joue de la difficulté de la rencontre. Le narrateur peut avoir n’importe quel âge n’importe où. On est dans la projection de la rencontre mais pas nécessairement dans le registre amoureux. (Poudreurs d'escampette 187)

    ***

     

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    Tentative d'approche...

     

    trio (6).jpg

    mais mon duo comique reste méfiant Langue tirée

  • L comme lune de miel

    Entre la maison de tante Fé et sa nouvelle habitante, c'est la lune de miel.

    Comme entre les amoureux de fraîche date, la nouvelle habitante trouve tout absolument charmant. Jusqu'aux plus gros défauts.

    Chacun sait que cette extase ne dure qu'un moment.

    Le jour viendra, très probablement, où la nouvelle habitante sera irritée par le bruit des camions et les tremblements de tous les murs, de tous les meubles, de chaque vitre, à leur passage.

    Mais pour le moment, ça la fait sourire et elle s'endort paisiblement.

    maison a vendre

    Même lessiver le sol est un vrai plaisir (1)

    ***

    (1) je ne vois qu'une seule réaction possible, c'est de lui infliger le même pensum qu'à Charles Bovary: "Vous me copierez vingt fois le verbe Ridiculus sum"... et ce sera amplement mérité
    Langue tirée 

  • K comme nous quittons le K

    Chers amis et sympathisants,

    C'est fini et bien fini: nous avons quitté le K, ma mère et moi!

    Je dois dire que ce n'est pas vraiment à contre-coeur. Ces derniers mois, plus rien n'était comme avant. L'intendance n'était plus ce qu'elle était et l'hébergement était vraiment devenu de plus en plus primitif.

    Ma mère continuait d'espérer un retour à la normale, mais moi j'avais bien senti qu'il ne fallait pas se leurrer. Cet épisode du K était vraiment terminé et j'attendais la suite.

    Qui n'a pas trop tardé à venir.

    D'abord sous la forme d'un grand bac de couleur vive et muni de quatre roulettes. Ce que nous n'avions pas tout de suite remarqué, c'était le couvercle.

    Qui s'est évidemment rabattu sur nous dès que nous nous y étions installés, ne nous doutant de rien. Juste le temps de prendre une photo... et nous étions prisonniers.

    verhuis 1 - kopie.JPG

    Vous remarquerez, chers amis et sympathisants, avec quelle hâte elle l'a prise, cette photo. Nous, nous avions pris la pose, comme d'habitude. Avec peut-être juste un peu plus de mélancolie... Que voulez-vous, une maison presque vide, ça donne le cafard, non?

    Bref, vous devinez la suite: dès qu'elle avait fermé le couvercle, elle a porté le bac jusqu'à sa voiture, l'a posé sur la banquette arrière et vroum! nous voilà partis. En pleine heure de pointe un vendredi soir!

    Vous me connaissez: j'ai chanté toute la route. Chanté, pleuré, crié, gratté pour deux, parce que ma mère, comme d'habitude, m'a laissé faire tout le travail.

    On a fini par s'arrêter quelque part, une heure et demie plus tard. Il tombait des tonnes d'eau et là j'ai bien rigolé vu qu'avec notre couvercle sur la tête, on était au sec.

    Une porte s'est ouverte et alors, ô joie! j'ai reconnu la voix de la nipotina! Qui nous a déposés dans une chambre de grand luxe qu'elle nous avait préparée. Un grand lit douillet, des croquettes bien meilleures que celles de la maison, de l'eau fraîche, un grand bac où gratter à volonté... Je n'en croyais pas mes yeux (enfin, mon oeil unique)

    Nous n'avons pas tout de suite osé nous coucher sur le lit, vu notre éducation si stricte, alors nous sommes allés nous remettre des émotions du voyage dans la boîte qui venait de chez nous. Enfin, du K.

    verhuis 2 - kopie.JPG

    Et vous avez vu? Elle est à côté d'un radiateur! Un radiateur! On ne savait même pas ce que c'était, mais boudiou de boudiou, quelle belle invention!

    Enfin voilà, chers amis et sympathisants, tout ça pour vous dire que désormais, si vous voulez nous voir ou nous écrire, nous sommes à Ostende chez la nipotina.

    Nous vous embrassons, ma mère et moi, et vous remercions de vous être inquiétés pour nous.

    Pipo Rossi

     

     

  • J comme jusqu'où?

    Je me demande jusqu'où ira le politiquement correct... et pourtant je suis très sensible à tout ce qui, de près ou de loin, pourrait ressembler à du racisme.

    Il s'agit de Zwarte Piet. Comme vous pouvez le voir sur la photo ci-dessous (source wikipedia commons), notre saint Nicolas est accompagné d'un homme noir, supposé l'aider à porter les jouets pour les enfants.

    Ces dernières semaines, certains y voient des relents de racisme et de colonialisme et voudraient interdire purement et simplement la tradition du Zwarte Piet.

    Sinterklaas_zwarte_piet.jpg

    Personnellement, je ne vois rien de dégradant à ce personnage et jamais il ne m'a fait penser à un esclave noir... Au contraire, dans toutes les émissions enfantines proposées à l'approche de la Saint-Nicolas, Zwarte Piet joue toujours un rôle très sympathique.

    D'ailleurs, quand j'étais petite, je croyais qu'il était noir à force de passer par les cheminées pleines de suie Langue tirée

    http://www.lesoir.be/351542/article/actualite/monde/2013-10-30/saint-nicolas-et-zwarte-piet-arriveront-amsterdam-malgre-accusations-racisme

    Alors voici la solution proposée:

    sint en piet.jpg

    de regenboog Piet
    (Piet arc-en-ciel)

    http://www.bureaugelijkebehandeling.nl/nieuws/zwarte-piet 

  • I comme impedimenta

    maison à vendre

    Neuf cuillers à café, un mixeur, une machine à pain, trois couteaux à manche en bois, un tube de colle, deux sacs en plastique pleins de sacs en plastique, un tiroir de chaussettes, une tringle à rideaux, une boîte de lessive, six paquets de serviettes en papier, deux couvertures de laine, un petit fauteuil en velours vert, une boîte pleine de dictionnaires, six albums photos, une dizaine de livres de recettes, cinq kilos de farine neuf céréales (entamés), une peau de chamois (neuve), une planche à découper, un dénoyauteur à cerises, deux cadres, un miroir (tacheté), un filtre à café en plastique rouge, une grande boîte de décorations de Noël, du papier à dessin, de la peinture à l'eau, des cintres en bois, une balance, un chandelier avec ses huit bougies, un stephanotis défleuri, neuf vases, deux tiroirs avec des nappes, une série de moules à gâteaux, une brosse en coco, deux tournevis, le vieux portemonnaie de grand-mère Adrienne, un sac plein de lettres d'amour toujours pas brûlées.

    Impedimenta.

    maison à vendre

    septembre 1914, des troupes belges ont repris la ville de Dendermonde aux Allemands; tout ce qu'ils possèdent, ils le portent sur eux, c'est attaché sur leur dos et ça pend à leur cou ou à leur ceinture.

    Impedimenta.

    Et dans les maisons détruites, on ne risque pas de retrouver une nappe ou une couverture de laine. Ni des photos, ni des lettres d'amour.

    http://www.geheugenvannederland.nl/?/en/items/SFA03:SFA002000311

  • H comme humeur du jour

    Il suffit parfois le matin de regarder l’écran où ne s’affichent que des banalités pour ne plus ressentir ni envies, ni besoins. Surtout si dehors le ciel est lourd et gris, le crachin tenace, le brouillard épais. Journaux et magazines en ligne ne montrent que des titres qui se veulent racoleurs mais qu’on découvre si pauvres en contenu. On clique, on zappe, on élimine mais on reste là, devant cet écran, à attendre, à espérer (quoi ?). C’est dimanche, le jour des familles. Et on s’use les yeux, le poignet, le dos, à jouer des jeux débiles, patience ou Spider Solitaire. Parfois on se lève pour se faire un café, un thé, dont on espère tirer énergie et réconfort. Mais même s’il est assorti de chocolat il ne réussit pas à dissiper cette léthargie déprimante, à contrer cette lente et inexorable glissade vers l’improductivité absolue. Et plus l’heure avance, plus on se culpabilise. On aurait pu faire tant de choses, en somme… Quelques longueurs à la piscine communale, du rangement dans la maison, une relecture d’A l’ombre des jeunes filles en fleurs...  Mais il est trop tard pour la piscine, on n’a pas envie de ranger et Marcel Proust peut attendre. C’est comme si l’ordinateur n’avait pas de bouton « off » : on a toutes les peines du monde à le quitter pour aller se coucher.

    Demain, c’est lundi.

    D’autres matins on regarde par la fenêtre et on a envie de tout, soif et faim de maintes choses. Est-ce le soleil ou ce coin de ciel bleu ? On se sent disponible et vivant, tellement vivant ! On veut faire mille activités, on s’éparpille, on est fébrile. On a envie de dispenser du bonheur autour de soi, on irradie, on exulte. On prend des trains, on donne des coups de fil, on voit des amis, on rit. On va au cinéma, au théâtre, à l’opéra. On jardine, on rentre du bois, on chante. On écrit, on lit, on cuisine. On fait une lessive, une vaisselle, un repassage. On tourbillonne dans la maison, on perturbe la sieste des chats, on va marcher dix kilomètres. On prend des photos de chaque arbre, de chaque fleur, de chaque animal. On respire, on bouge, on se démène. On trouve même la force de tondre la pelouse, de corriger cinquante copies, de relire A l’ombre des jeunes filles en fleurs. Et « de l’aube claire jusqu’à la fin du jour », on aime la vie. On va se coucher heureux et serein après avoir contemplé les étoiles. On sent qu’on fera de beaux rêves. On a déjà envie d’être à demain.

     

    Pourtant demain, c’est lundi.

    billet écrit à l'époque de l'autre maison et inspiré par Les poudreurs d'escampette n° 171

  • G comme gare à la littérature de gare

    "Il avait commencé à lire le roman quelques jours auparavant. Il l'abandonna à cause d'affaires urgentes et l'ouvrit de nouveau dans le train, en retournant à sa propriété. Il se laissait lentement intéresser par l'intrigue et le caractère des personnages.

     

    Ce soir là .........."

     

    défi 271.jpg

    Ce soir-là, le style était si lourd que le train dérailla.

    Ce soir-là, les phrases étaient si creuses qu’il tomba dedans.

    Ce soir-là, la psychologie des personnages était si mince qu’on aurait aisément pu s’en rouler une cigarette.

    Ce soir-là, l’intrigue était si transparente que même le vent et la pluie passaient au travers de sa nudité.

    Ce soir-là, les contresens étaient si nombreux qu’il aurait mieux valu lire le roman en commençant par la fin.

    Ce soir-là , les ficelles étaient si grosses qu’elles auraient pu servir à remorquer le Costa Concordia jusqu’au port de Gênes.

    Ce soir-là, le dénouement était tellement tiré par les cheveux qu’il était content d’avoir gardé son chapeau sur la tête.

    C’est ainsi qu’un soir un train fut englouti par le néant de la littérature.

    ***

    écrit pour le Défi du samedi 271

    En réalité, il s'agit de l'incipit d'une nouvelle de Cortazar, La continuité des parcs, qu'on peut trouver ici à la page 6:
    https://www.google.be/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=11&ved=0CC4QFjAAOAo&url=http%3A%2F%2Flewebpedagogique.com%2Fmrneveux%2Ffiles%2F2013%2F09%2FNouvelles-%25C3%25A0-chute-%25C3%25A0-lire-en-cursive.docx&ei=cat6UtCBHoaJ7Aa644CQCg&usg=AFQjCNEdEAV8Yv4f-YtGov3CDGp3KSFEQg&sig2=toE24w69iF3FZ5O7CjxyYw&bvm=bv.55980276,d.ZG4

     

  • F comme Félix

    Carissima nipotina,

    J’espère que le train de Zaventem était bien à l’heure, que la distance en avion ne t’a pas paru trop longue et que tu n’as rencontré aucune difficulté à trouver ton hôtesse. Venise, même avec une bonne carte, est labyrinthique !

    Comme promis, je t’envoie ce courrier pour te tenir au courant de ma vie avec ton chat Rigolant Je peux te dire que ce perpétuel excité m’en fait voir de toutes les couleurs et que notre relation connaît des hauts et des bas ;-)

    Les hauts concernent principalement tes garnitures de cheminées qui ont dès le premier jour perdu tout leur assortiment de vases et de petits pots. Mais rassure-toi, ils ne sont pas tous cassés Cool

    Les bas, ce sont tout d’abord les deux ou trois endroits où le papier peint n’est plus qu’un souvenir effiloché. Et aussi le revêtement de sol en liège qui a subi une petite inondation – tu te souviendras que les vases étaient pleins d’eau ?

    Bref, c’est la toute grande forme, aucun essoufflement du côté du chat, malgré ses bonds de pantin désarticulé. Puis, tout à coup, quand il semble avoir disparu et que je m’en inquiète, je le retrouve sur le haut des coussins, l’air innocent, pétrifié par le sommeil.

     fiction,chat

    Felix qui potuit rerum cognoscere causas...

    Dans ma prochaine lettre, je te raconterai sa tentative d’évasion. Ratée, mais il est si malin que la prochaine fois sera peut-être la bonne Langue tirée Par contre, une autre évasion est parfaitement réussie : celle du canari. Je n’en ai retrouvé que quelques plumes. 

    Je me réjouis déjà de notre futur échange épistolaire et te souhaite de te trouver un amoureux made in Italy car il n’y a rien de tel qu’une bonne petite liaison pour apprendre une nouvelle langue Bisou

    Baci ed abbraci 

    Zia Adriana

    fiction, chat

    écrit pour les Plumes d'Asphodèle n°16
    avec les mots imposés

    plume, épistolaire, échange, relation, courrier, essoufflement, assortiment, liaison, amoureux, carte, rencontrer, lettre, souvenir, distance, train, couleur, pétrifier, pantin, perpétuel. 

  • 7 différences (1)

    Autrefois, quand on sonnait ou frappait à ma porte le soir tard, c'était un des fils des voisins pour me demander si j'avais encore un oeuf, le lait ou le beurre qui manquait à la réalisation immédiate de leur envie de gaufres ou de crêpes.

    Aujourd'hui, quand on sonne ou frappe à ma porte le soir tard, et que je vais (bêtement) ouvrir, je me trouve devant un monstre grimaçant à tête de mort.

    Un mort qui pousse encore des cris.

    Ça s'appelle Halloween. 

  • E comme emménager

    nettoyer vérifier essayer changer aménager signer attendre imaginer inventer investir décider ployer plier courber gainer équiper dénuder fendre tourner retourner battre marmonner foncer pétrir axer protéger bâcher gâcher arracher trancher brancher cacher déclencher actionner installer bricoler encoller casser lacer passer tasser entasser repasser polir consolider enfoncer cheviller accrocher ranger scier fixer punaiser marquer noter calculer grimper métrer maîtriser voir arpenter peser de tout son poids enduire poncer peindre frotter gratter connecter grimper trébucher enjamber égarer retrouver farfouiller peigner la girafe brosser mastiquer dégarnir camoufler mastiquer ajuster aller et venir lustrer laisser sécher admirer s’étonner s’énerver s’impatienter surseoir apprécier additionner intercaler sceller clouer visser boulonner coudre s’accroupir se jucher se morfondre centrer accéder laver lessiver évaluer compter sourire soutenir soustraire multiplier croquer le marmot esquisser acheter acquérir recevoir ramener déballer défaire border encadrer sertir observer considérer rêver fixer creuser essuyer les plâtres camper approfondir hausser se procurer s’asseoir s’adosser s’arc-bouter rincer déboucher compléter classer balayer soupirer siffler en travaillant humecter s’enticher arracher afficher coller jurer insister tracer poncer brosser peindre creuser brancher allumer amorcer souder se courber déclouer aiguiser viser musarder diminuer soutenir agiter avant de s’en servir affûter s’extasier fignoler bâcler racler dépoussiérer manœuvrer pulvériser équilibrer vérifier humecter tamponner vider concasser esquisser expliquer hausser les épaules emmancher diviser marcher de long en large faire tendre minuter juxtaposer rapprocher assortir blanchir laquer reboucher isoler jauger épingler ranger badigeonner accrocher recommencer intercaler étaler laver chercher entrer souffler
    s’installer
    habiter
    vivre

    Georges Perec, Espèces d'espaces, éd. Galilée, 1974

    maison a vendre,poesie,litterature

    déménagement, première partie:
    la penderie, le bureau, les fauteuils, la chambre d'amis
    (la deuxième partie sera probablement pour la fin de ce mois) 

    Perec l'a très justement dit: après qu'on a à peu près tout rangé et qu'on a pu "s'installer habiter vivre"
    il faut chercher chercher chercher
    Cool 

  • D comme de drie gapers

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    Ostende, derniers jours d'octobre.
    De drie gapers, littéralement 'les trois bâilleurs', pour les trois ouvertures.
    Celle du milieu a été refermée pour pouvoir ériger la statue de Léopold II

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    Sortir de la bibliothèque, traverser la grande route, les rails du tram, longer le Thermae Palace, la piscine, puis avoir cette ouverture sur la mer par les "drie gapers", même s'ils ne sont plus que deux. 

    La vendeuse de glaces a fermé sa baraquette. Fin octobre, elle doit penser que ça ne vaut plus le coup. Pourtant les passants sont nombreux et ils sont nombreux à lécher des cornets. Plus loin à droite, sur la digue, un glacier artisanal fait des affaires. Avoir envie de se mettre dans la file.

    En cette fin d'après-midi, trouver en condensé tout ce qui fait l'essence d'une ville balnéaire comme celle-ci. Des enfants et des jeunes en cuistax, des couples en balade, avec ou sans chien, et tous les bancs au soleil occupés.

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    Dans le ciel bleu, deux cerfs-volants. Sur la plage, d'autres promeneurs et quelques surfeurs. L'air est étrangement doux.

    Après avoir suivi la digue jusqu'au casino, entrer dans la ville, ses rues commerçantes et sa foule à la fièvre acheteuse. Sur la Wapenplein, une kermesse est installée. Chevaux de bois, pêche aux petits canards, mais les smoutebollen d'autrefois sont remplacés par des churros. Musiques diverses et odeurs de friture, de gaufres et de chocolat. Passer à côté d'un Neuhaus sans lui offrir un regard.

    Repasser devant le bassin du Mercator déguisé en bateau de pirates. Traverser les routes à forte circulation, les rails du tram et retrouver enfin le grand parc et ses chants d'oiseaux. Cueillir un peu d'herbe pour le chat.

    Arriver au Conterdam. Longer les maisons décorées de têtes de morts, de sorcières, d'araignées géantes. Ouvrir la porte avec mille précautions de peur que le chat ne s'échappe. La refermer vivement.

    S'apprêter à passer une soirée animée.

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  • C comme c'est la vie!

    - Arthur, me dit ma mère comme si son petit-fils n'était pas assis entre nous deux, la lecture ce n'est vraiment pas son truc.

    - Pas vrai! s'exclame-t-il. J'aime lire!

    - Ah non, réplique-t-elle d'un ton sans appel. Et ce livre que tu dois lire pour lundi? Ça n'avance pas du tout!

    - Ben quoi? Il me reste trois jours et à peine trente pages, ça fait dix pages par jour!

    Dix pages par jour, me dis-je, mais comment fait-on pour s'arrêter toutes les dix pages et reprendre le lendemain?

    - Ça ne semble pas te passionner, cette lecture, lui dis-je, si tu peux t'arrêter de lire au bout de dix pages...

    - C'est de la lecture imposée, répond-il. La lecture imposée, ça ne me passionne jamais.

    vive la famille,prof,école,élèves,lecture

    qui dit passion, dit Louise Labé

    Cool

    je crois que je vais devoir INTERDIRE la lecture de livres français à mes élèves

  • B comme blues

    « Pendant presque vingt ans, j’avais exercé ce métier avec passion. Maintenant, je le sais, j’étais bien plus heureuse avec mes élèves durant toutes ces années que chez moi, face à mon mari (…). Chaque matin je m’empressais de quitter l’appartement, toute au plaisir de retrouver mes quatre murs couverts d’immenses photos et de cartes géographiques aux couleurs délavées. Les vacances scolaires me paraissaient interminables, surtout l’été qui me laissait à bout de souffle et d’ennui.

    Mais, peu à peu, les choses avaient changé. J’avais senti l’écoute se tarir, l’estime diminuer, les critiques s’accumuler. Ce n’était pas contre moi, bien sûr, c’était toute la corporation qui était visée. Les journaux nous traitaient de fainéants, de perpétuels mécontents, de sangsues de la société. On nous accusait de creuser la dette de l’Etat, de produire des générations incultes. Les élèves, baignés dans ce climat toxique, réfutaient le moindre signe d’autorité. » 

    Valérie Tong Cuong, L’atelier des miracles, JC Lattès, 2013, pages 33-34

    Je lis ce passage et il ne me quitte plus. Une seule lecture et il s'est imprégné dans ma mémoire pourtant très faillible. Mentalement, je le réécris pour le faire tout à fait mien. Mais ce n'est qu'une question de détails. Remplacer vingt ans par trente, appartement par maison. 

    A la veille du congé de la Toussaint, un gros titre de journal m'avait choquée: "Leerkrachten hebben weeral vakantie!" (1). Pourtant, en trente ans de carrière j'ai appris à donner sagement raison à ceux qui ne trouvent que ça à me dire ("encore en vacances?" ou sa variante "bientôt les vacances?")

    Cette fois, allez savoir pourquoi, ça ne me faisait pas du tout rigoler. Et pas à cause de la centaine de dissertations, des cinquante tests de grammaire, autant de tests de compréhension écrite et une vingtaine de "travaux de recherche" (une nouveauté Langue tirée) que je m'astreignais à corriger chaque avant-midi de la semaine. 

    Non, pas pour ça. Des préparations, des corrections, il y en a toujours eu, et comme disait joliment l'homme-de-ma-vie, takapa leur donner tout ce travail. 

    Cette fois, le malaise est plus profond et l'extrait ci-dessus le révèle complètement. Enseigner, c'est plus que jamais une bagarre dans un contexte de plus en plus hostile. Et je pèse mes mots.

    Comme l'héroïne du roman de Valérie Tong Cuong, j'ai la chance de travailler dans un lycée "gentil" avec une majorité d'élèves qui veulent arriver à de bons résultats. Mais qu'est-ce que je suis contente d'avoir l'âge que j'ai! Et que je plains mes jeunes collègues, qui doivent sans cesse se justifier devant les parents d'élèves (2) et ont un mal de chien à affermir un tant soit peu leur autorité.

    Le vieux prof (comme moi) traîne sa réputation... Ce n'est pas une chose qui me plaît, j'ai horreur des étiquettes. Mais je peux compter sur ma mère pour me tenir au courant:

    - Ah! il paraît que tu as F*** en classe, la fille de S***, c'est M*** qui me l'a dit. (3) 
    - En effet, j'ai une F*** en cinquième (4) mais je ne savais pas qu'elle était la fille de S*** (5)
    - Et bien ils ont dit qu'avec toi, ça ne rigole pas mais que si on t'a comme prof pendant deux ans, on connaît le français.

    Comment ça avec moi ça ne rigole pas?

    Ça rigole beaucoup, au contraire!

    Puis j'ai réfléchi. C'est vrai que cette année, on n'a pas encore beaucoup rigolé. Relisez donc l'extrait ci-dessus. Cette année, l'ambiance elle est comme ça.

    ***

    (1) les profs ont de nouveau des vacances!

    (2) j'ai connu ça aussi au début de ma carrière, des gens qui trouvaient qu'il ne fallait pas enseigner le subjonctif "parce que ça ne s'utilise plus", que les livres que je faisais lire étaient trop difficiles ("il y a des mots qui ne sont même pas au dictionnaire!") ou que les Flamands ne devaient pas apprendre le français, vu que les Wallons ne faisaient pas l'effort d'apprendre le néerlandais!

    (3) etc etc, avec ma mère chaque histoire devient un foisonnement de noms, de bifurcations et de détails qui n'ont rien à voir avec le fond du sujet.

    (4) la cinquième en Belgique, c'est la classe de Première en France - nous ne comptons pas à l'envers Langue tirée

    (5) je ne demande jamais à mes élèves qui est leur père, leur mère, quelle est leur adresse, la profession de leurs parents et autres détails absolument inutiles pour apprendre à les connaître 

  • Adrienne à Ostende

    Le vent a soufflé en tempête, cette nuit. Elle ne l’a pas entendu – contre toute attente, elle a dormi – mais elle le voit aux branches cassées qui jonchent le sol, obligeant les joggeurs matinaux à quelques sauts d’obstacles. Dans le ciel très bleu moutonnent les derniers nuages rendus phosphorescents par le soleil matinal. L’air est doux.

    Elle a envie d’un café mais n’entre dans aucune brasserie, aucun tea-room : ici il y a trop d’hommes accoudés au bar devant de grands verres de bière, là trop de dames seules ou à roquet, attablées devant un petit noir et une montagne de chantilly.

    Elle est en vacances et elle s’ennuie. Ennui profond malgré le travail rapporté de chez elle, les trois ou quatre romans non lus, les cent cinquante chaînes de télévision, les promenades à faire, la piscine, les musées, la magnifique bibliothèque ouverte de neuf à dix-neuf heures, les parcs et leurs bancs, les cinémas et la vie grouillante du centre ville, ses rues commerçantes et ses soldes de demi-saison.

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    bibliothèque d'Ostende, photo prise depuis "het leescafé"

    Le logement lui est offert pour la semaine, avec l’eau, le gaz et l’électricité. Il y a une cuisine équipée, une salle de bains, le chauffage central. Plus de confort qu’elle n’en a chez elle. Pour pas un rond. Heureusement, parce que des ronds, elle n’en a plus.

    C’est pour ça qu’elle n’entre ni dans un bar ni dans une pâtisserie. Le petit noir coûterait trop cher.

    ***

    Une mélancolie lourde et vide la gagne. Est-ce de n’avoir parlé à personne depuis des jours ? Est-ce l’automne et ses feuilles mortes, l’approche de novembre et de ses relents de cimetière ? Elle pense à ses morts et à sa propre finitude.

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    Ostende, Maria-Hendrikapark, que les Ostendais appellent "het bosje", le bosquet

    Dans la rue où elle loge, de nombreuses fenêtres sont décorées de petites sorcières grimaçantes sur leur balai, de fausses toiles d’araignées géantes, de chauves-souris à dentition de vampires, de têtes de mort. Elle se dit qu’elle vit dans un pays où tout fait commerce. D’ailleurs, elle-même s’est offert un Saint-Nicolas en chocolat noir. Avec exactement deux mois d’avance.

    Elle passe devant le plus grand hôpital de la ville. On est en train de lui ajouter toute une aile. Un terrain immense a été déblayé, le trou est creusé, des montagnes de gravats attendent encore une destination.

    Derrière chacune de ces fenêtres, elle devine beaucoup de souffrance et peu de joie. A côté des portes coulissantes, sous un grand abri de verre, quelques personnes fument en silence, chacune dans son coin, avec sa perfusion, son fauteuil roulant ou ses pantoufles.

    Si au moins son spleen pouvait lui inspirer des vers immortels au lieu de lui faire dépenser ses derniers sous à quelques Saint-Nicolas en chocolat noir…

    ***

    En sortant du parc elle trouve enfin un coin où la tondeuse n’a pas millimétré le gazon. Elle cueille précieusement quelques brins d’herbe pour le chat, qui en est friand.

    Le chat, c’est la raison pour laquelle elle se morfond dans ce lieu de villégiature où elle se sent si seule et si déplacée. Il n’a pas cinq mois et ses maîtres sont en vacances au soleil de l’Italie. Il n’y a que deux personnes au monde, lui avait dit la maîtresse de maison, à qui je confierais mon chat et les clés de mon logis. Elle s’en était sentie bêtement flattée.

    Ce chat, c’est un cauchemar. Et pourtant, elle aime les bêtes.

    Il y a une longue liste de ce qu’il peut (à peu près tout) et de ce qu’il ne peut pas (sortir à l’air libre), de ce qu’il doit toujours avoir à disposition pour boire et pour manger, différentes sortes de croquettes, de petites boîtes de pâtée, de mini-flacons de lait pour chats.

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    Si tu pouvais aller lui chercher un peu d’herbe, avait dit la maîtresse de maison, ce serait bien. En effet, dès le départ de ses maîtres, la petite bête s’était empressée de faire une des rares choses interdites: atteindre une plante verte posée très haut pour qu’elle soit hors de son atteinte, essayer d’en grignoter les feuilles et en passant, faire tomber un grand vase de la cheminée.

    Vase cassé, parquet sous une énorme flaque d’eau – mais où sont les serpillières dans cette maison ? – le séjour commençait bien.

    Le chat quant à lui avait découvert un nouveau terrain de jeu, le manteau de cheminée, et de nouveaux jouets. Ce n’était pourtant pas ce qui manquait, le sol était jonché de peluches, de petites balles et de mini-souris grises, du plafond pendaient de longs fils où étaient accrochés toutes sortes de gadgets censés développer sa motricité et de larges rubans moirés tombaient de toutes les poignées de portes comme autant de lianes offertes au petit Tarzan. Mais les minuscules potiches et autres éléments décoratifs étaient devenus le but principal de ses excursions entre deux siestes – car heureusement, il lui arrivait de faire de longues siestes, seuls moments de répit pour la cat-sitter qu’elle était devenue.

     ***

    Tu ne verras pas trace de mon passage, avait-elle assuré à la maîtresse de maison.

    Mais c’était sans compter les activités du chat. Deux heures après le départ de ses maîtres, des serviettes séchaient sur tous les radiateurs, les débris du vase formaient un petit tas près de l’évier de la cuisine – peut-être Madame y tenait-elle et voudrait-elle le recoller ? – les deux cheminées étaient vidées de tout élément décoratif. Le lendemain, en remettant un peu d’ordre, elle vit qu’il avait aussi gratté encore un peu de papier peint et fait un trou dans la moustiquaire de la chambre.


  • Première fois

    Première fois que la lumière fut

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    dans le bureau

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    dans le salon

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    et dans la chambre à coucher

    ***

    Hé oui il faut du temps, du temps... mais peu importe j'ai le reste de la vie

    Clin d'œil

    "Het huis is nooit af"
    dit-on en néerlandais
    et on peut le comprendre aussi au sens littéral, non philosophique
    ("la maison n'est jamais terminée")