• Dernières perles

    Cette semaine, Madame nous a régalés d'un gros test de vocabulaire. Comme je n'avais appris qu'à peu près un mot sur deux, j'ai dû improviser. On ne sait jamais, me suis-je dit, il y aura peut-être quelque chose de bon dans ce que j'écris. Ou alors je réussis à la faire rire, ce sera toujours ça de pris.

    Voyons voir... morue? kèksèksa? 

    Ne mange pas ça! C'est tout morue!

    Ouais, pas mal, pas mal, ça peut passer. Et l'autre mot, c'est quoi? levure? jamais entendu ce mot-là de ma vie!

    Je n'aime pas ce plat, il est trop levure.

    Hop, voilà qui est réglé! Et après, elle demande quoi? blanchisserie? hmmmm...

    La blanchisserie de cette sauce, c'est à cause de la crème fraîche.

    Ah! enfin une question à laquelle je sais répondre: "arrête de dire du mal des autres" c'est "occupe-toi de tes boeufs!". Et celle-là aussi, je sais: "J'ai travaillé pour rien" c'est "J'ai travaillé pour des patates".

    Un petit coup d'oeil chez mon voisin Jason, pour vérifier:

    - Le fromage morue est très bon avec du jambon.
    - Nous avons une belle levure dans le jardin.

    Bon, je crois que je vais garder ce que j'avais mis.

    "C'est un mauvais film"... je l'ai sur le bout de la langue, là... attends, attends... ah! oui! "c'est un chou!"

    Et voilà. Signé Kenneth.

    prof,école,élèves

     

  • Z comme zut!

    Zut trop de boulot

    Zut un pneu crevé 

    Zut le rhume carabiné

    Zut mon Pipo Rossi a disparu depuis la nuit de mardi à mercredi

    vie quotidienne,maison a vendre

    Zut une infiltration d'eau dans les nouvelles toilettes

    Zut le couvreur qui ne tient toujours pas ses (énièmes) promesses

    Zut zut zut

  • Y comme yoga

    Voilà deux ou trois ans qu'elle le dit: c'est grâce à la pratique du yoga qu'elle réussit à rester zen malgré les aléas de sa vie. Problème familiaux, turbulences professionnelles, soucis d'argent... rien ne lui est épargné.

    - Je t'admire, lui dit l'Adrienne, de prendre tout ça avec une telle sérénité.
    - C'est depuis que je fais du yoga, répète-t-elle.

    Alors pendant les vacances de Noël, l'Adrienne enfin convaincue s'est inscrite pour dix cours de yoga. 

    Chaque jeudi soir de ce mois de janvier, elle rassemble les faibles forces qui lui restent après quatre jours d'école et se rend au centre sportif de sa ville. Elle y croise des tas de gens venus faire un vrai sport, ils courent, jouent au foot, au badminton. Ils ont des équipements fluo et du matériel de pro. Dans la fraîcheur de la nuit, ils font du stretching après l'effort.

    L'Adrienne a son manteau de tous les jours et son sac du supermarché. Il contient un petit plaid. Elle arrive la première, comme toujours, et essaie de se montrer bonne élève.

    Ses articulations sont raides, ses muscles tirent, une crampe lui vient dans le pied gauche, son dos refuse de se plier, sa nuque lui fait mal. Quand elle doit rester en équilibre sur une jambe, elle tombe à la renverse. Cinq fois de suite. Elle pouffe de rire mais elle est bien la seule. Elle est toujours à contre-courant pour les expirations et les inspirations. Et quand il faut atteindre ses orteils, elle arrive tout juste aux tibias.

    Au bout de l'heure, pendant l'exercice de relaxation finale, elle doit faire gaffe à ne pas s'endormir.

     ***

    Puis elle quitte le centre. Croise de nouveau un tas de vrais sportifs moulés dans leur jolie tenue fluo. Et se dirige vers sa bagnole en se demandant si tout ça a un sens Cool

  • X c'est l'inconnu

    Vous les voyez arriver à l'âge de douze ans. Ils ont une frimousse rieuse sous de bouclettes blondes ou une tignasse brune, un cartable plus gros qu'eux et une voix d'enfant.

    Il y en a que vous avez inscrits l'été précédent la rentrée et durant toute leur scolarité, vous ne pourrez vous empêcher de suivre leur évolution.

    Vous les croisez dans les couloirs: ils sont bruyants, toujours pressés, toujours en mouvement. Ils ne marchent pas, ils courent et galopent.

    Puis les années passent. Ils changent de coupe de cheveux, leur cartable n'est plus qu'un mince sac contenant le strict minimum, un stylo, trois feuilles. Ils ont une voix d'homme et un air blasé.

    Vous ne les croisez plus dans les couloirs: ils sont agglutinés dans les toilettes ou collés à un radiateur et ne sortent qu'à contre-coeur dans la cour.

    Une grosse moitié d'entre eux finissent par vous avoir comme prof de FLE. Mais comme vous êtes aussi leur coordinatrice, vous devez parfois les sermonner. Ils ont manqué de respect à un jeune prof. Ils ont de mauvais résultats. Ils ont fait une bêtise.

    Chaque année, vous en avez au moins un qui est contre tout. Il n'aime pas le français. Il n'aime pas lire. Il n'aime pas la poésie. Il n'aime pas la grammaire. Il n'aime pas les exercices d'écoute. Il n'aime pas écrire. Il n'aime pas le prof de maths. Il n'aime pas la directrice. Il n'aime pas les menteurs. Il n'aime pas les hypocrites. Il n'aime pas l'autorité. Il n'aime pas l'école.

    Puis arrive le vendredi et il sort de votre cours en vous disant:

    - Au revoir, Madame, bon week-end!

    Et vous en êtes toute chose... 

     

  • W comme wagon de train

    - Madame, on est où, ici?
    - A Courtrai.
    - Oh!!! Faut qu'on descende!

    Quatre gamines de peut-être quatorze ans se mettent à rassembler fébrilement leurs pulls, manteaux, écharpes, sacs, portables et autres Ipods pour sauter hors du train in extremis. Au moment où la première bondit sur le quai, on entend le sifflement qui annonce la fermeture des portes.

    Je me demande pourquoi elles ont attendu que je sois montée dans ce train pour s'inquiéter de l'endroit où elles se trouvaient: elles auraient pu poser leur question à la jeune fille aux oreillettes, sur la banquette d'à côté, ou au jeune homme brun qui s'ennuyait à regarder par la fenêtre.

    Ce doit être ma tête de prof, me dis-je.

    Car on aime bien avoir une explication à tout.

  • V comme voyant rouge

    Le voyant rouge

    Il regarde tourner le tambour de la machine. Derrière le hublot, les jeans sombres, le drap blanc, les slips, les serviettes, les T-shirts, les chaussettes, tout ça flotte dans une eau mousseuse, se mélange, se retourne, dans un ronron monotone. Il n’a pas la moindre idée du temps que ça prendra et n’a rien prévu, ni journal, ni magazine, ni musique.

    Quand il est arrivé là en début d’après-midi, il y avait déjà une dame assise sur un des sièges en plastique orange, lisant un épais volume pendant que deux machines tournaient. Il a été un peu gêné de déballer son linge sale. Elle lui a souri.

    - On s’y fait vite, vous savez.
    - Euh… à quoi ?
    - C’est votre première fois ?

    En fait, c’était même la première fois qu’il mettrait un lave-linge en route. Ça devait sauter aux yeux. Elle a posé son livre et s’est levée pour l’aider.

    - Vous avez bien lu les étiquettes ?
    - Les étiquettes ?
    - Oui, sur les vêtements. Pour savoir si on peut les laver, et à quelle température.

    Il s’est mis à tripoter ses chaussettes sales. D’étiquettes, point.

    - Pour les chaussettes, je vous conseillerais 30°. Pour les jeans aussi. Mais c’est mieux de les retourner.
    - Les retourner ?
    - Et puis de vider les poches, aussi. Tenez… On dirait qu’il y a une lettre dans celle-ci.

    C’est elle, finalement, qui a tout fait, la poudre à mettre, les boutons à tourner et à enfoncer. Un voyant rouge s’allume.

    - Voilà ! Vous appuyez là en fin de cycle pour l’ouverture de la porte. Vous saurez, la prochaine fois ? Sinon, il faut revenir le samedi à la même heure qu’aujourd’hui.

    ***

    Il regarde le hublot et ce voyant rouge. La pensée d’Alice le traverse, ses paroles prophétiques. Exactement ce qu’avait dit sa mère, quelques années auparavant. Elles ne s’aimaient pas, les deux femmes de sa vie, mais elles avaient tant de choses en commun. Non, il ne leur donnerait pas raison. Il saurait se débrouiller seul.

     

    Le regard fixé sur ce voyant rouge, avec dans les mains la lettre d’Artan, il a enfin pris sa décision. Plus rien ne le retient ici. Bientôt, il fixera un autre voyant rouge, celui d’un studio d’enregistrement londonien.

    ***

     

    fiction,jeu,écritoire

    http://zoom.nl/foto/1164391/overig/wasserette.html

    pour l'écritoire de Lise
    janvier 2014
    http://ecritoire-lise-genz.com/ 

  • U comme une fois (la Belgique)

    Selon le Huffington Post, il y aurait treize bonnes raisons culinaires de venir dans notre petite Belgique.

    Vous pouvez les découvrir ici:

    http://www.huffingtonpost.com/2014/01/21/belgian-cuisine-food_n_4617498.html?ncid=edlinkusaolp00000009

    Mon propre trio gagnant, c'est chocolat (bien sûr), crevettes grises et chicons au gratin.

    Et en numéro quatre, le waterzooi :-)

    Après, je quitte la liste pour retourner dans les recettes de ma grand-mère, lapin à la bière, tarte au riz, chou blanc aux lardons Cool

    Bon appétit!

  • T comme tout va mal

    - J’ai la ferme intention de lui dire la vérité. Sans me chercher d’excuses. De la leur dire à tous. Et s’il le faut, je demande ma mutation, j’oublie mes desiderata… mais il faut qu’il sache !

    Furtivement, Gemma jette un regard par la porte qu’elle tient entrebâillée et appelle de tous ses vœux la possibilité d’avoir enfin une conversation cœur à cœur avec Muanza, sans plus devoir lui cacher ses sentiments.

    Pourquoi n’y aurait-il pas de place dans ce melting-pot bruxellois pour un émigré tel que lui ? Pourquoi serait-il condamné à devenir un clandestin de plus ? Il pourra suivre des cours du soir, apprendre le français, faire un stage chez un garagiste…

    Elle sait qu’elle prend ses rêves pour une réalité. Elle sait qu’elle fausse les données. Elle sait que Muanza est marié.

    Elle sait que son souhait est de faire venir sa femme en Belgique.

    - Mais peut-on s’empêcher d’espérer ?

     ***

    écrit pour Désir d'histoires 123

    histoire.jpg

    avec les mots imposés
    souhait – vœux –
    mutation – émigrer – desideratum – melting-pot – cours – fausser - furtivement - cacher - clandestin

     et la consigne facultative : commencer votre texte par "J’ai la ferme intention de lui dire la vérité. Sans me chercher d’excuses."

  • T comme tag bavard

     

    tag-bavard.png

    1Lorsque tu apprendras que tu as été désigné, te réjouir tu devras. Danser la gigue et arborer le logo de ce tag sur ton blog tu feras. 

    La gigue se danse ici: http://www.youtube.com/watch?v=XlaPoiyR-Dc

    Me réjouir? Ma réaction a plutôt été de l'étonnement. Jamais de la vie je n'ai été une grande bavarde, ni à l'école, ni dans ma vie privée. Je suis généralement celle qui écoute. Mais qu'à cela ne tienne Clin d'œil

    2. Pour remercier celui qui t’a désigné, un petit texte tu rédigeras

    Je remercie Ceriat (http://ceriat.wordpress.com/2014/01/09/je-suis-une-bavarde-et-conviviale-et-alors/) qui a vu en moi la bavarde qui n'attendait qu'à s'exprimer, mais qui attendait l'invention des blogs pour pouvoir s'épancher par écrit. Et pour connaître en plus l'ivresse d'être lue et commentée. Merci à vous tous qui passez par ici et laissez votre grain de sel. Chaque grain compte. Tous différents, tous uniques et tous goûtés avec plaisir. 

    3Puis, les 10 internautes les plus bavards sur ton blog tu nommeras. 

    Je ne dispose pas d'outils statistiques suffisamment développés pour pouvoir faire le top 10 des commentateurs les plus fidèles, mais en introduisant vos noms dans le moteur de recherche j'ai fini par obtenir quelques résultats de savants calculs, que je vous livre ici. Les chiffres sont déjà datés au moment où vous lisez ceci, j'ai fait mes multiplications et mes additions un vendredi soir, le 10 janvier.

    Le gagnant est Walrus: 1532 commentaires

    En numéro deux, Berthoise, avec 952 commentaires

    Médaille de bronze, Anémone, 589 commentaires

    Pivoine 
    est quatrième avec 503 commentaires

    En cinq, 
    Margotte, avec 491 commentaires

    Numéro six,
     Caro et ses 459 commentaires

    Latil est septième avec 445 commentaires

    Joe Krapov huitième avec 396 commentaires

    En neuvième position, gballand avec 358 commentaires

    Et numéro dix, Elisabeth Hugen, 334 commentaires

    Après viennent Célestine (279), Lulu (246), Mme Chapeau (210), Captaine Lili (206), Tania (160), Lara (149), Colo (147), Coumarine (146), Jaku (138), Marcelle Pâques (132), et Zigmund (122)

    Merci à vous tous, ceux qui sont là depuis longtemps et ceux qui sont nouveaux Sourire

    4Les prévenir (sur leur blog) de ton méfait tu devras

    Vous tous qui êtes nommés ici, je ne vous préviendrai pas mais vous êtes invités à faire ce tag si cela vous fait plaisir.

    5. Faire ce tag UNE SEULE FOIS tu pourras

    Voilà qui me semble l'évidence même Cool

  • Stupeur et tremblements

    J'en ai déjà parlé ici mais chaque fois que je lis un article là-dessus, la même stupeur et les mêmes tremblements d'indignation me poussent à écrire un billet sur le sujet.

    Il s'agit des prénoms que certains choisissent pour leur enfant.

    Un blog hollandais (1) recense en ce début d'année les noms les plus bizarres qui ont été choisis en 2013.

    D'accord, aux Pays-Bas on est presque entièrement libre d'appeler son enfant comme on le souhaite, sans le "garde-fou" d'aucune loi, comme c'est le cas chez nous où la limite à ne pas franchir est le prénom qui pourrait être jugé ridicule ou dégradant pour l'enfant. Apparemment, l'an dernier, on l'a souvent franchie chez nous aussi, cette limite. Je sais que cela tient à l'impression personnelle, mais il faut croire que les fonctionnaires de l'état-civil n'ont pas la même idée que moi sur ce qui est dégradant ou ridicule.

    Il faudra qu'on m'explique qui - mais QUI? - a l'idée d'appeler son fils "Perdant" (Loezer), "Echarde" (Splinter) ou "Radote" (Bazel)? d'appeler sa fille "Le Paysan" (Den Boer), "Kabine" (Cabine) ou "Tonnelle" (Prieel)?

    Tout comme il y avait déjà les noms de vedettes du petit et du grand écran, il y a aussi ceux du peintre préféré de papa et maman: Cézanne pour la fille, Rembrandt pour le garçon. De leur marque de voiture préférée. Sans s'inquiéter que "Rover" en néerlandais veut dire 'voleur', 'brigand'. De leur Etat ou politicien préféré. Dakota (fille) et Ohio (garçon), par exemple. Ou un Abraham Lincoln.

    La liste est longue, beaucoup trop longue, et ahurissante.

    Bref, vous aimeriez vous appeler "Déjà" ou "Divine Wonder", Mesdames? "IJzer" (fer) ou "Rits" (fermeture éclair), Messieurs?

    ***

    La liste hollandaise se termine par "Zjay-driënne".

    Mais c'est un garçon Langue tirée

    ***

    (1) Maarten Van der Meer, www.vernoeming.nl, la liste pour la Flandre est ici: http://www.vernoeming.nl/bizarre-vlaamse-voornamen-2013  et celle pour les Pays-Bas est là: http://www.vernoeming.nl/bizarste-kindernamen-2013

  • 22 choses...

    En réponse à une suggestion de Joe Krapov,
    voici 22 choses que l'Adrienne n'a jamais faites:

    Appuyer sur l'accélérateur au-delà de 150 km/h.

    Boire au point d'en être saoule

    Classer un papier dès la minute où elle le reçoit

    Dépenser plus d'argent qu'elle n'en a

    Ecrire une tragédie en vers

    Fêter le nouvel an chinois

    Grandir au-delà du mètre soixante-cinq

    Habiller un mort

    Injurier quelqu'un (même si elle en a parfois eu envie)

    Jongler

    Kidnapper quelqu'un

    Lire Kafka

    Mener un attelage

    Nourrir un animal dans un zoo ou dans un parc

    Oublier l'anniversaire de ses proches

    Publier un livre

    Quitter une chambre d'hôtel sans y avoir mis de l'ordre

    Ramener des amis au foyer parental

    Sauter à l'élastique du haut d'un pont (ou sauter en parachute)

    Traire une vache, une chèvre, une brebis...

    Utiliser un PC Mac

    Visiter les Etats-Unis, l'Afrique, l'Inde, la Chine, le Japon, etc. etc.

    ***

    Heureusement que le W est la 23e lettre
    sinon je devais passer au néerlandais

    Langue tirée

     

     

     

  • R comme retour de manivelle

    - Je n'ai pas pris de rendez-vous avec vous, parce que nous nous sommes vues fin décembre, pour C***. Mais je viens quand même vous faire un petit bonjour. Je ne vous dérange pas?
    - Pas du tout, je vous en prie, asseyez-vous!

    Nous parlons de choses et d'autres. De C***, principalement, sa fille aînée, qui a de grosses difficultés dans à peu près toutes les matières, et surtout chez moi, en FLE. Il faut savoir que ces quatre dernières années, elle les a passées dans des écoles en Californie et en Chine...

    - Mais dites-moi, ces élèves qui ont chahuté le prof de néerlandais... C*** me dit qu'elle n'en fait pas partie.
    - Ah...

    Me voilà bien embêtée.

    - Elle en fait partie? Elle m'a assuré que non!
    - Et bien c'est-à-dire qu'elle est même parmi les meneurs...

    ***

    Et c'est ainsi qu'on rend une maman malheureuse. Fâchée et déçue.

  • 20 fois je me souviens...

    Je me souviens des rideaux de velours vert dans Autant en emporte le vent.

    Je me souviens de Pimprenelle et Nicolas, de Nounours et Bonne nuit les petits.

    Je me souviens des cadeaux Bonux et de ceux des stations essence Esso.

    Je me souviens que Fernand Raynaud est mort dans un accident de voiture.

    Je me souviens que le premier enfant d’origine maghrébine arrivé à l’école s’appelait Gamoudi et que le premier enfant d’origine italienne s’appelait Pertosa.

    Je me souviens que Fra Martino, dormi tu ? est l’équivalent de Frère Jacques, dormez-vous ?

    Je me souviens de « c’est aujourd’hui dimanche » et de tout le texte des Roses blanches.

    Je me souviens que l’indicatif de l’émission radiophonique pour les agriculteurs était un passage de la Pastorale de Beethoven.

    Je me souviens de John Wayne, de ses Winchester et de ses étoiles de shérif.

    Je me souviens de Jacques Martin qui asticotait les petits enfants pour leur faire dire des choses qui feraient rire et pleurer le public.

    Je me souviens du saut à ski le premier janvier à Garmisch-Partenkirchen et des concerts de nouvel an à Vienne.

    Je me souviens des gros pots jaunes à motifs bruns de pâte à tartiner Choco Kwatta  et de la poudre chocolatée de Nesquick.

    Je me souviens des poêles de Louvain.

    Je me souviens de toilettes qui étaient un simple trou malodorant recouvert d'une planche.

    Je me souviens que le photographe avait les bouts des doigts jaune brun à cause des produits qu’il utilisait pour développer ses photos.

    Je me souviens des paquets de tabac de la Semois et des cigarettes Belga.

    Je me souviens de la machine à coudre Singer (de 1938), de l’horloge Westminster, des fauteuils « relax » en skaï bleu, du poêle à charbon Ciney, du moulin à café avec son petit tiroir et sa manivelle.

    Je me souviens de l’odeur du Pétrole Hahn, du rouge à lèvres Rouge baiser, de la poudre de talc et du savon Sunlight.

    Je me souviens que monsieur Redon, de l’Hôtel Redon à Saint-Jean-le-Thomas, se mettait en colère quand on évoquait devant lui l’omelette de la mère Poulard : « C’est du vent ! C’est du vent ! Je vais vous en faire, moi, de l’omelette de la mère Poulard ! »

    Je me souviens de l’Hillman noire aux fauteuils rouges et de la Vauxhall grise.

    ***

    à la manière de Georges Perec

  • Question existentielle

    - Et toi, Sofie, tu as lu le texte?
    - Oui! Je l'ai même lu deux fois!
    - Très bien! Et dis-moi, qu'est-ce que tu as compris?
    - J'ai compris qu'il y avait un problème avec le rôti et qu'à la fin il se suicide.
    - Très juste! Et toi Alana? tu as encore compris autre chose?
    - Pfff... il y avait aussi un problème avec le poisson?
    - En effet! Et c'était quoi, exactement, ce problème? Oui, Aaron?
    - Il n'y en a que deux petites caisses?
    - C'est ça, deux charges de poisson... Il y a encore quelqu'un qui peut ajouter quelque chose? Wouter?
    - Le feu d'artifice était un peu raté...
    - Oui, à cause de quoi? Thijs?
    - Il y avait trop de nuages.
    - Exactement. Mais dites-moi, tout ça, est-ce que c'est la faute de Vatel? Lieselot?
    - Ben... il aurait peut-être dû écouter la météo?

    ***

    - Je suppose que vous savez, dans l'histoire de la littérature, à partir de quel siècle on a déjà vraiment beaucoup de documents écrits? Vous avez dû voir ça au cours de néerlandais? Et c'est pareil pour toutes nos langues européennes, donc pour la littérature française aussi... Quelqu'un a une idée?
    - 15e?
    - Non, avant.
    - 14e?
    - Non, encore avant.
    - 13e?
    - Bon, OK, on ne va pas continuer le compte à rebours... Depuis la fin du 11e siècle. Mais évidemment, ça ne veut pas dire qu'il n'y avait pas de littérature avant le 11e siècle. Quoi, par exemple?
    - ...
    - A votre avis, qu'est-ce qui existait déjà? quelles formes d'art? Oui, Kwinten?
    - On jouait du tam-tam?
    - Et toi, Femke, tu penses quoi?
    - On faisait des peintures sur les murs des grottes?

    ***

    Alors que fait Madame? Dans la classe de Lieselot, elle raconte que la télé n'est apparue dans la plupart des foyers qu'aux alentours de 1960. Et que la radio était déjà là un peu avant.

    - Ah oui! s'écrie Charlotte! C'est vrai! Ma grand-mère m'a dit qu'elle n'avait pas de télé quand elle était petite!

    Et dans la classe de Kwinten, Madame raconte qu'on jouait de la musique, bien sûr, mais qu'on disposait déjà de bien d'autres instruments que le tam-tam et elle leur conseille vivement d'aller faire un tour au MIM à Bruxelles http://www.mim.be/fr/architecture

    ***

    La question existentielle est la suivante: comment leur donner - ne serait-ce qu'un tout petit peu - une vue un peu plus claire sur ce qu'est réellement l'histoire? sur l'évolution de la vie quotidienne au fil des siècles?

  • P comme parodies et pastiches

     miletune47.JPG

    http://miletune.over-blog.com/2013/11/sujet-semaine-47.html


    Ballade des (in)vendus

     

    Frères humains qui passez par ici
    Arrêtez-vous, admirez-nous aussi,
    Car, si pitié de nous pauvres avez,
    Vous sortirez votre portemonnaie.
    Vous nous voyez ci attachés aux pieds
    Et notre chair qui est trop peu 
    nourrie,

    Nous fait dans le dos de drôles de plis,
    Nos pieds nus sous des pantalons trop courts.
    De notre mal personne ne s'en rie :
    Mais priez Dieu que tous nous veuillent un jour!

  • O comme Oremus

    Comment aurait-il pu prévoir quel serait son sort, lui qui vivait toujours à visage découvert, lui qui croyait que son emploi au sein de l’armée le mettait à l’abri de la comédie des faux-semblants, de la farandole des mensonges déguisés en vérités, du bal des grimaces et de l’hypocrisie ?

    Croyait-il vraiment pouvoir unir encore longtemps ce qu’il croyait être le meilleur de deux mondes, d’un côté son travail de mécanicien à l’armée et de l’autre sa vie de famille avec Rosemonde, sa machine à coudre, et leur petit garçon ? Vie sans mystère d’un homme qui croit ne rien devoir dissimuler, rien celer, et dont l’unique satisfaction est de contempler ce petit bonheur, à la tombée du jour, assis devant sa porte, sous le manguier aux fleurs jaune crème, comme de longues plumes pailletées qui embaument l’air du soir.

    Comment aurait-il pu prévoir que l’homme au pouvoir, ce monstre aux pieds d’argile, voyant s’approcher le moment des élections, prendrait peur. Peur de l’usure du pouvoir. Peur de l’issue du scrutin.

    Alors on a recours aux vieilles méthodes qui ont fait leurs preuves : enlèvements, incarcérations, disparitions, assassinats… sous d’habiles camouflages, bien entendu.

    D’abord Baako, le frère aîné. Puis Muanza.

     muanza,jeu,fiction

    http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Mango_flower.jpg

    écrit pour les Plumes d'Asphodèle n°20
    avec les mots imposés:

    Visage, camouflage, armée, plume, jaune, déguiser, bal, argile, mensonge, embaumer, comédie, celer, mystère, pailleté, crème, farandole, grimace, hypocrisie, dissimuler, unir, usure, unique. 

     muanza,jeu,fiction

    pour ceux qui ne sauraient pas ce qui est arrivé à Baako, c'est ici
    http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2013/03/15/m-comme-muanza.html

    pour ceux qui veulent tout savoir sur Muanza, suivre le tag 'muanza'
    Cool 

  • N comme NON, pas contents les parents!

    - Allô, madame la coordinatrice? Ici la maman de X
    - Bonjour, Madame!
    - Je suppose que vous devinez pourquoi je vous appelle?
    - Vous voulez sans doute parler de LA Lettre?

    Une classe de première (la cinquième en Belgique) a chahuté le prof de néerlandais, au trimestre dernier. De sorte que ce jeune homme est allé voir ailleurs si c'était mieux. Il est remplacé ce trimestre-ci par une petite jeunesse avec laquelle ces chers enfants pensaient poursuivre leurs activités (ou plutôt leur non-activité).

    Mais la direction a tenu à y mettre le holà et a envoyé une lettre aux parents.

    Malheureusemment, le ton de la lettre est si comminatoire que Madame, depuis vendredi dernier, passe son temps en diplomatie de haut vol.

    - Je n'accepterai jamais, dit la maman de X, que mon fils soit puni pour les autres!
    - Votre fils n'a rien à craindre, Madame! Soyez tranquille, nous, les profs, nous connaissons nos élèves. Si votre fils se conduit bien, ce n'est pas lui qui sera puni. Avec cette lettre, la direction veut informer tous les parents sur ce qui s'est passé et annoncer les mesures qui sont prises en cas de nouveaux problèmes...

    Quand la maman de X est un peu calmée, elle dit encore:

    - Vous savez qu'ils avaient un travail à remettre après les vacances? Mon fils est un des seuls à l'avoir fait. Ce serait bien que la nouvelle prof le sache et que ceux qui ne l'ont pas fait soient sanctionnés! Mais surtout, ne dites à personne que l'information vient de moi!
    - Soyez tranquille, Madame. Je m'en occupe personnellement.

     ***

    - Allô, madame la coordinatrice? Ici la maman de Y.
    - Bonjour Madame!
    - Ecoutez, j'ai demandé à ce qu'on me passe la direction, mais c'est vers vous qu'on me dirige...
    - Je vous écoute...
    - Je suis outrée! Scandalisée! Révoltée! Vous savez sans doute pourquoi?
    - J'imagine que vous voulez parler de LA Lettre?
    - Evidemment! Je l'ai lue au moins dix fois. Mais vous, vous l'avez lue?
    - Oui, bien sûr, j'en ai pris connaissance.

    Madame peut difficilement dire que cette lettre est nulle, que toutes les menaces qui y sont proférées resteront sans doute lettre morte, que c'est un bel exemple de "paniekvoetbal" et que le risque est grand que cela n'aidera pas du tout la jeune collègue.

    Bref, quand la maman de Y est un peu calmée, il est l'heure d'écouter celle de Z.


    ***

    Et samedi, Madame a une journée d'entretien parents-professeurs.
    Devinez de quoi elle parlera avec la maman de F, de C, de L, ...

    Langue tirée

    Tout l'alphabet va y passer
    Bref, Madame se fait tellement de soucis que mercredi matin elle a quitté la maison en oubliant ses tartines et en laissant les lumières allumées... 

    ***

    - Depuis que j'ai lu cette lettre, me dit l'élève Y au bout d'un gros quart d'heure de discussion, je n'ai plus aucun respect pour la directrice.
    - OK, conclut Madame, mais tu n'es pas obligé de le lui montrer...

    Ouf! il rit. C'est gagné, se dit Madame. Au suivant!

  • M comme Marguerite

    Nous vivions au numéro 16 d’une rue tranquille qui faisait le lien entre une des artères principales de la ville et les chemins qui mènent à la campagne et aux bosquets, là-haut, où il y a une chapelle, lieu d’un pèlerinage très local.

    A notre gauche vivaient Albert et Julia, qui me paraissaient être les gens les plus vieux du monde, alors qu’ils n’avaient pas soixante ans. Chaque samedi, Albert astiquait sa belle voiture noire – qui n’en avait nul besoin – et chaque dimanche Julia allait à la première messe, coiffée d’un chapeau à voilette et d’un tailleur sombre.

    A notre droite, sur le coin, vivaient Rachel et un autre Albert à propos desquels on chuchotait qu’ils n’étaient même pas mariés. Je ne comprenais pas comment une telle chose était possible et je m’attendais à tout moment à ce que la police vienne les arrêter. C’est peu de dire que je ne savais rien du monde.

    En face, c’était le portillon du jardin de ma grand-mère. L’entrée principale était du côté de la grand-route, mais là on n’ouvrait la porte que le premier dimanche de la kermesse d’été, pour voir passer les processions et tout leur folklore, et le jour de l’an, pour recevoir quelques parentes éloignées venant présenter leurs vœux, si éloignées qu’elles ne savaient pas que chacun, chez ma grand-mère, entrait chez elle sans façon par la porte du jardin. Sauf cousine Marguerite, celle qui était fan de Nelson Eddy : comme elle habitait un peu plus haut dans la rue et qu’elle n’avait pas envie de faire le tour du pâté de maisons, elle sonnait et ma grand-mère allait ouvrir en disant :

    - Ça, ce ne peut être que Marguerite !

    Et c’était elle, avec dans son sac à main, à part sa lourde clé et un mouchoir, quelques bonbons à l’emballage usé dont elle m’en offrait un. Je ne les aimais pas mais je me sentais obligée de les accepter. Elle en prenait toujours un elle-même, après le café et les biscuits de ma grand-mère.

     

    - C’est tellement bon, disait-elle en mâchouillant un gros caramel, que ça ne peut pas faire de tort.

    ***

    à la manière de Perec, W ou le souvenir d'enfance, p 71-72 : "Nous vivions à Paris, dans le 20ème arrondissement, rue Vilin : c’est une petite rue qui part de la rue des Couronnes, et qui monte, en esquissant vaguement la forme d’un S, jusqu’à des escaliers abrupts"

  • L comme lettres

    "Songez donc que jamais, vous entendez bien, jamais une femme ne brûle, ne déchire, ne détruit les lettres où on lui dit qu'elle est aimée. Toute notre vie est là, tout notre espoir, toute notre attente, tout notre rêve. Ces petits papiers, qui portent notre nom et nous caressent avec de douces choses, sont des reliques, et nous adorons les chapelles, nous autres, surtout les chapelles dont nous sommes les saintes. Nos lettres d'amour, ce sont nos titres de beauté, nos titres de grâce et de séduction, notre orgueil intime de femmes, ce sont les trésors de notre coeur. Non, non, jamais une femme ne détruit ces archives secrètes et délicieuses de sa vie."

    Maupassant, Nos lettres, première publication dans Le Gaulois du 29 février 1888
    http://maupassant.free.fr/textes/lettres.html

    Voilà un homme qui avait tout compris Langue tirée 

    En d'autres mots: je ne me suis toujours pas débarrassée de ces fameuses lettres dont j'ai déjà parlé ici (mais zou? mais zou? impossible de le retrouver) et qui ont passé plus d'un an dans ma voiture, que j'ai emportées au fin fond de la France et de l'Espagne dans le but de m'en défaire et que j'ai toujours rapportées chez moi. 

    En ce moment, je me demande si je vais leur faire franchir le seuil de la maison de tante Fé Incertain



  • K comme koffiemadam

    C'était dimanche dernier. Le journal titrait "Het einde van de koffiemadam." (1)

    Dans les bureaux et les administrations, dit l'article, il n'y a plus de place pour des gens sans diplôme. Même ceux qui ont le niveau de l'enseignement secondaire disparaissent. A peine a-t-on encore besoin d'un peu de personnel d'entretien. Austérité et efficacité obligent.

    Pourtant, ces gens existent. Qu'en fera notre société? 

    ***

    Attendez... laissez-moi deviner...

    Mais oui! bien sûr! on demandera ça aux profs!

    Yaka leur donner une baguette magique "teamteaching" ou "différentiation" et leur ordonner de faire de tous les enfants des futurs travailleurs surdiplômés, hypercompétents et performants! (2)

    ***

    Ce même dimanche, chez ma Tantine pour lui souhaiter la bonne année. Elle me parle de ses cinq petits-enfants. Pas de leur santé. Pas de leurs loisirs. De leurs prestations à l'école. Des trois enfants de sa fille, qui sont particulièrement doués. Mais ils le doivent bien: chez leurs grands-parents paternels, à chaque réunion de famille, c'est le concours entre les frères à qui aura le rejeton avec le meilleur carnet de notes.

    - Surtout, lui dit sa petite-fille de huit ans (et déjà en 3e primaire), ne me demande RIEN à propos de l'école! Papa, il n'y a que ça qui l'intéresse. Et après il téléphone à Mémé pour tout lui raconter. J'en ai marre!

    ***

    koffie.gif

    (1) traduction presque littérale: la fin de la dame qui vous apporte le café  http://www.demorgen.be/dm/nl/996/Economie/article/detail/1768234/2014/01/05/Het-einde-van-de-koffiemadam.dhtml

    (2) http://www.klasse.be/leraren/41893/ons-onderwijs-is-niet-klaar-voor-de-21ste-eeuw/

  • J comme je me souviens

    Je me souviens des dimanches de mon enfance, avec les amis de mes parents. Un dimanche chez eux, un dimanche chez nous. Un réveillon de nouvel an chez eux, puis un chez nous. Et toutes les fêtes de famille dont nous étions aussi, les uns et les autres.

    Je me souviens de l'amie Ghislaine, qui était si frileuse qu'elle avait tout le temps peur que nous ayons froid.

    Je me souviens que j'avais à peine plus de dix ans quand elle m'a prêté une paire de ses pantoufles et qu'elles m'allaient fort bien: elle avait des pieds d'enfant.

    Je me souviens que quand l'ami José racontait des blagues, elle riait peu, sans doute les avait-elle déjà très souvent entendues, mais elle nous observait pour voir si nous, nous riions. Alors elle riait de nous voir rire.

    Je me souviens de ses vêtements qu'elle achetait toujours dans la même boutique et qu'elle prenait toujours trop grands; ils la faisaient paraître bien enrobée, tailleurs épais sous lesquels elle portait un cardigan, le tout avec de larges épaulettes, doubles boutonnages, lavallières, plis et replis, alors qu'elle était toute menue.

    Je me souviens que jamais elle n'élevait la voix pour se faire obéir de ses fils. 

    Je me souviens qu'avec l'ami José, c'était toujours elle qui avait le dernier mot. En toute douceur et discrétion.

    Je me souviens de sa minuscule cuisine où nul ne pouvait entrer, sauf moi quand je l'aidais à débarrasser. Mais jamais elle n'a permis que j'y fasse une vaisselle.

    Je me souviens que je me suis dit que ce monde était mal fait: elle aurait voulu avoir une fille qu'elle aurait appelée Christine et ma mère voulait des fils.

     ***

    ci-dessous le lien où je parle de l'ami José

    http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2011/02/06/j-comme-jose-et-j-comme-je-me-souviens.html

    ***

    Et aujourd'hui je suis révoltée et bouillante de colère qu'une personne comme elle, en pleine possession de ses moyens intellectuels, soit reléguée à la va-vite dans une "maison de repos" sans même avoir été consultée.

    - J'aurais mieux fait de mourir, me dit-elle.

  • I comme inspiration chez Lali

    lali 346.jpg

    http://lalitoutsimplement.com/en-vos-mots-346/#comment-494004

    La guerre était finie depuis un an, mais chez le petit Léon, c’était encore le pain noir et les rutabagas. Et quand on était malade, on n’allait pas chez le médecin: on passait chez monsieur Albert, le pharmacien de la rue Haute. Il vous posait son diagnostic sans demander d’argent et vous fabriquait sur place la potion ou le comprimé salvateurs.


    Avec, en prime, quelques bâtons de réglisse ou des pastilles à la menthe.


    Alors, même si petit Léon, depuis le passage des Américains, préférait le chewing-gum à toute autre friandise, il ressortait de la pharmacie à moitié guéri et le sourire aux lèvres.

  • H comme hippologique

    - Bon, dit Ingrid, revenons à nos moutons. S’il vous prend la fantaisie de vouloir dévergonder ce jeune homme, qui suis-je pour vous en empêcher, n’est-ce pas ?

    Toujours en équilibre sur son tabouret de bar, elle croise et recroise ses belles jambes, admire ses nouvelles bottes puis son regard narquois revient se poser sur Gemma, la rebelle qu’elle tient enfin à sa merci.

    - Si j’ai bien compris, jusqu’à présent Muanza s’est surtout occupé de l’entretien des gazons et il lui faudrait un autre boulot en attendant la saison des pâquerettes ?

    Elle est la seule à rire de ce qu’elle estime être un trait d’humour et pour se donner une contenance, arrange une mèche de ses cheveux qui se redresse tout de suite en épi.

    - Je pourrais l’envoyer à la campagne, dit-elle. Vous pourriez le retrouver le week-end dans un grenier à blé… et vous rouler avec lui dans les prés où on a fait les foins…

    Ça la fait tellement rire qu’elle en tombe presque de son tabouret.

     

    - Elles sont belles, vos bottes, dit Gemma, avant de refermer la porte derrière elle. Il ne vous manque que la cravache. Le hennissement, vous maîtrisez déjà bien.

    histoire.jpg

    écrit pour Désir d'histoires n°122
    avec les mots imposés 
    dévergonder - fantaisie - rebelle - mèche - cheveux - épi - blé - pré - pâquerette - gazon - botte – cravache

     

     


  • G comme gendelettre

    La petite fille ne rêve que d’une chose : lire.

    Mais elle vit dans une maison sans livres : la mère estime que la lecture est une occupation oisive et que l’ « oisiveté est la mère de tous les vices. » La petite n’est autorisée qu’à occuper ses loisirs à la couture et au tricot. On n’est jamais trop jeune pour apprendre ces choses-là, quand on naît fille.

    Il n’y a pas de livres de lecture à l’école non plus, mais on y lit des histoires. La petite est fascinée par celles de Delphine et Marinette qui laissent entrer le loup pour jouer avec lui en l’absence des parents. Elle adore la réplique de celui-ci quand on lui reproche d’avoir mangé un agneau :

    - L'agneau que j'ai mangé, dit-il. Lequel ?
    - Comment ? vous en avez donc mangé plusieurs ! s'écria Delphine. Eh bien ! C'est du joli !
    - Mais naturellement que j'en ai mangé plusieurs. Je ne vois pas où est le mal... Vous en mangez bien, vous ! 

    Les copines de la classe sont inscrites dans un lieu enchanteur situé en centre ville, dans un parc près d’un étang à canards : la bibliothèque municipale. Un jour que la maîtresse elle-même a vanté ce haut-lieu de culture, la petite se risque à poser la question à sa mère : pourrait-elle s’y inscrire aussi ?

    On lui répond que ces livres pris en mains par tous sont sales, que ça la rendra malade à cause de tous les microbes cachés entre les pages, aveugle à force de fixer les petites lettres pendant des heures, et complètement vaine au lieu de s’occuper à des choses utiles et productives.

    Pour la première fois de sa vie, elle ne s’arrête pas à ce refus. Elle insiste. Elle revient à charge. Elle argumente. Elle se lavera bien les mains. Elle ne lira pas plus de temps que ce qui lui sera permis, compté. Elle finit par obtenir un « Bon, vas-y ! va t’inscrire ! »

    Elle redescend donc en ville à pied un mercredi après-midi. Deux kilomètres. Entre dans l’impressionnante bâtisse, le cœur palpitant. Annonce à une dame la raison de sa présence. On lui répond :

    - Tu as la permission de tes parents ?
    - Oui bien sûr, dit la petite, pour qui c’est tellement évident qu’elle n’aurait jamais pu franchir ce seuil sans leur consentement.
    - Il me faut une permission écrite, dit la dame.

    La petite refait le chemin en sens inverse, deux kilomètres à pied, le cœur lourd et l’envie de pleurer.

    ***

    Aujourd’hui encore, elle est une assidue de la bibliothèque municipale. Le lieu l’impressionne moins qu’autrefois mais elle continue d’y accéder avec respect et à y garder un silence religieux.

    Elle a dû abandonner le plan initial, qui consistait à lire chaque ouvrage, depuis la lettre A jusqu’à Z.

     

    Aujourd’hui elle sait qu’une vie entière n’y suffirait pas. Et pas seulement parce qu’elle y a commencé trop tard.

  • F comme fenêtres

    Deux fenêtres donnent sur la cour. En face, le mur gris de la maison voisine. A droite, trois portes : celle du kot à charbon, celle des toilettes, celle d’un autre kot où il y a une pompe à bras et où sont rangées les affaires de nettoyage. A gauche, le mur et la fenêtre de la cuisine.

    La cour est pavée, orange. C’est le seul élément vraiment coloré. Par-dessus le mur gris d’en face, on voit un bout de ciel. Parfois, il est bleu.

    La cour est mal orientée : le soleil s’y arrête peu et elle est toujours dans l’ombre. Le long du mur gris, on voit deux cordes à linge. Il ne risque pas de se décolorer. Il ne sèche pas vite non plus.

    - Je peux aller voir si le linge est sec ? demande la petite, juste pour le plaisir de sortir une minute, elle n’est pas encore assez grande pour arriver à la corde.

    Deux fenêtres donnent sur la cour mais la vue en est cachée par de hautes sansevierias serrées les unes contre les autres. Sur l’appui de fenêtre gauche, quand la petite était vraiment très petite, il y avait le bocal de Jules, le poisson rouge.

     souvenir d'enfance,jeu,françois bon

    http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Starr_070906-9017_Sansevieria_trifasciata.jpg

    ***

    Pas de fenêtre dans la pièce de séjour de grand-mère Adrienne, mais une porte vitrée qui reste ouverte tout l’été et un lanterneau dont les quatre vitres du coin sont jaunes. Un autre lanterneau, carré, dans la cuisine, à côté. Pas de fenêtre non plus dans la cuisine, sauf celle qui communique avec le sombre salon où on se tient si rarement. Faïences blanches et boiseries presque noires à force d’avoir été vernies.

    Par la porte vitrée, vue sur le jardinet : petite pelouse, gros hortensia aux fleurs roses et mauves, mur du garage, pots garnis de fleurs diverses, sempervivum. Et deux fils métalliques pour y suspendre le linge. Généralement deux ou trois torchons en train de se balancer mollement.

    Sur un petit banc au soleil, l’arrière-grand-père fumant sa pipe.

    A cheval sur un des genoux du vieil homme, la petite. Des heures durant.

    - Change de genou, dit le vieil homme. Celui-ci est fatigué.

     souvenir d'enfance,jeu,françois bon

    http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Hydrangea_closeup.jpg?uselang=fr

    ***

    Un peu plus de huit cent mètres séparent les fenêtres-sur-cour-aux-sansevierias et la porte-vitrée-sur-jardinet. Mais ce sont deux mondes totalement différents.

  • 7 changements

    Je suis plutôt de l'avis de Meursault, qui déclare qu'"on ne change jamais de vie", cependant de petits changements sont possibles.

    Comme ceux qui font suite à un déménagement, par exemple.

    Désormais, je cuisine au gaz. C'est un réel changement.

    Je fais toutes mes courses à pied, quitte à aller plus souvent aux provisions (ça pèse, le kilo de pommes, de mandarines, les paquets de yaourts, les bricks de lait, le pain, les pâtes, bref tout ça mis ensemble, ça pèse)

    Je vis sans le ronron de mes deux chats dans leur boîte à côté de moi.

    Mon bureau est en ordre.

    Je n'ai pas de congélateur. Je mange mon pain frais le premier jour et rassis les six jours suivants.

    Je reçois des visites sans qu'il y ait eu auparavant des rendez-vous pris.

    Je dors sans somnifères.

    maison à vendre,vie quotidienne,ça se passe comme ça

    ce qui n'a pas changé
    c'est que j'aime toujours autant les pralines Neuhaus
    Bisou 

  • E comme épatée

    Ce qui m'épate le plus, dans le travail du traducteur, c'est l'infinité de choix parmi lesquels il a fallu trancher pour arriver à une version définitive.

    Comment font-ils?

    En fait, je n'aime pas lire en traduction: je m'en méfie Langue tirée. Parfois, les choix sont hasardeux. Ou erronés. Parfois la traduction est une réécriture qui ne ressemble plus que de loin à son original. Avec comme exemple extrême les traductions de Shakespeare au 19e siècle, qu'on croyait devoir façonner au "goût français" et refondre dans le moule de la règle des trois unités ou des "bienséances".

    Bref, la traduction m'épate et me fascine, mais comme objet d'étude.

    Parfois je m'y essaie et je n'arrive pas à décider de la formulation la plus adéquate, la plus proche de ce qu'a écrit l'auteur. Je serais une traductrice très embêtante pour l'écrivain (vivant), toujours pendue au téléphone ou envoyant des mails pour vérifier un truc.

    Voici par exemple deux traductions possibles de l'incipit d'un roman de Tom Lanoye:

    Ouverture getiteld het schriftje

    ‘Het eerste wat ik nodig heb, is een bestelwagen.’

    Dit schreef Tony Hanssen bovenaan op de eerste bladzijde van het schriftje dat hij had gekocht. Het was een mooi schriftje, al zaten de nietjes niet goed vast.

    Op de omslag stond de tekening van een boer die over zijn omgeploegde akker stapt. Boven en achter de boer, tot aan de horizon, pakken wolken zich samen. Het waait.

    Tom Lanoye, Alles moet weg, Prometheus, 2004, page 8

    Ouverture intitulée le petit cahier

    ‘La première chose qu’il me faut, c’est une camionnette.’

    Voilà ce que Tony Hanssen écrivit en haut de la première page du petit cahier qu’il avait acheté. C’était un joli petit cahier, même si les agrafes ne tenaient pas bien.

    Sur la couverture il y avait le dessin d’un paysan qui marche sur son champ labouré. Au-dessus de lui et derrière lui, jusqu’à l’horizon, des nuages s’accumulent. Le vent souffle.

    Titre de l’ouverture le carnet

    ‘La première chose dont j’ai besoin, c’est une camionnette.’

    C’est ce qu’écrit Tony Hanssen en haut du premier feuillet du carnet qu’il s’est acheté. Il est bien joli, malgré ses agrafes défaites.

    Sur la couverture on voit un dessin montrant un paysan en train d’arpenter son champ labouré. Au-dessus de sa tête et derrière lui, aussi loin qu’on peut voir, de gros nuages s’amoncellent. Il y a du vent.

    ***

    Vous voyez ce que je veux dire? Celle qui a été faite par un "vrai" traducteur et publiée est sûrement encore différente des deux miennes. Et encore, je vous épargne ma troisième version Langue tirée

    littérature,traduction,belgique,flandre

    http://www.raaklijn.be/nl/boek/9789044603873

  • D comme dialogue à une voix

    C’est l’été. Ou peut-être était-ce l’automne ? C’est sans importance. On est sur un chemin de campagne. Ou sur une route. En tout cas, ce qui est sûr, c’est que juste à côté il y a une prairie. Parce que dans ce dialogue, il s’agit d’une vache.

    - Tu la vois, celle-là, grand-mère ?

    La grand-mère répond sans doute n’importe quoi parce qu’il y a très certainement plusieurs vaches dans ce pré et qu’il est difficile de savoir laquelle la petite montre du doigt. D’ailleurs elle le saura assez vite.

    - Tu la vois, là-bas, celle qui a un gros ventre ?

    Cette fois la grand-mère comprend de laquelle il s’agit. Bien sûr qu’elle la voit. Et c’est vrai qu’elle a un gros ventre.

    - Je pense, dit la petite en regardant la grand-mère bien dans les yeux – elle doit pour cela s’arrêter de marcher, se placer un peu devant elle et bien lever la tête, elle n’a que cinq ans, tout de même – je pense qu’elle va avoir un bébé ! Tu ne le penses pas, toi ?

    La grand-mère ne sait pas quoi penser ni surtout quoi répondre alors elle reste évasive, choisit de faire la bête, celle qui ne sait pas.

    - Moi je pense que oui, dit la petite. Quand les mamans ont un gros ventre, c’est qu’elle vont avoir un bébé. Alors pour les vaches, c’est sûrement pareil. Tu ne penses pas ?

    La grand-mère est embêtée et n’a pas du tout envie de faire une conversation sur les bébés et les choux ou la cigogne. Que va-t-on raconter aux enfants ces jours-ci ? C’est incroyable ! Elle-même à dix-huit ans était encore d’une ignorance presque totale. Alors elle reste prudente et choisit de donner raison à l’enfant, mais sans s’engager, de sorte que la conversation puisse s’arrêter là, ou prendre un autre tour.

    - Je m’étonne, dit la petite, que tu ne saches pas tout ça. Tu n’as jamais eu de bébé dans ton ventre, toi ?

     

    souvenir d'enfance,françois bon

    ma mère et ma grand-mère, été 1939

  • C comme chaos et C comme création

    lali348.jpg

    http://lalitoutsimplement.com/en-vos-mots-348/

    Chaque fois que le professeur Spitsneus passe à la bibliothèque – ce qui veut dire en moyenne quatre fois par semaine – il s’arrête un instant devant cette section:

    - C’est beau, le chaos, se dit-il en contemplant l’amoncellement de livres. C’est beau et c’est fragile. Si je déplaçais un seul de ces volumes, tout l’équilibre s’en trouverait modifié…

    Et chaque fois son visage s’illumine d’un grand sourire.

    ***

    Vous traversez une zone de turbulences ? Vous avez envie de changer de cap ? Vous cherchez à échapper à un quotidien trop lourd ou trop banal ?

    Pour prendre la tangente, je ne connais rien de mieux que de réveiller l’artiste qui sommeille en vous : oui, vous aussi êtes unique et vous avez un don à découvrir.

    Vous ne savez pas quelle sera la meilleure expression de votre talent ? Les mystères de l’univers poétique ? La peinture ? L’invention romanesque ?

    N’opposez plus de résistance à vos dons de créateur et goûtez à pleine puissance le plaisir de la délivrance de ce monde perpétuellement agité.

    Osez l’innovation : étonnez-vous !

    jeu,fiction,livre

    écrit pour les Plumes d'Asphodèle n°19
    avec les mots imposés:
    Artiste, univers, expression, mystère, délivrance, peinture, invention, monde, résistance, don, innovation, agité, créateur, unique, traverser, turbulence, tangente. 

     

  • B comme Beigbeder

    Peut-on aimer la prose d'un homme qu'on estime peu? Et même en être touché(e)?

    J'ai toujours cru que non (1) ... jusqu'à la lecture d'Un roman français de Frédéric Beigbeder.

    Jusqu'à présent, j'avais toujours redéposé dans leur rayon les ouvrages de cet auteur, après les avoir soumis au test de l'incipit/excipit/quatrième de couverture. Trop people, trop provoc' sans en avoir les tripes.

    Mais là, j'ai été complètement séduite. Peut-être aussi par la sobriété du volume, sans photo de dandy barbu ni de bel enfant blond. Même pas le bandeau rouge du Renaudot, comme ci-dessous. 

    beigbeder.jpg

    http://www.grasset.fr/Grasset/CtlPrincipal?controlerCode=CtlCatalogue&requestCode=afficherArticle&codeArticle=9782246734116&ligneArticle=0

    Juste l'écriture. Comme l'incipit qu'on peut lire ici: http://www.grasset.fr/chapitres/ch_beigbeder5.htm

    Après, je n'ai plus lâché le bouquin, sauf pour tendre mon ticket de train au contrôleur ou changer de correspondance. Ce que j'ai quand même dû faire trois fois Langue tirée.

    ***

    Par quoi est-on séduit?

    Par le ton de sincérité. "Ce qui est narré ici n'est pas forcément la réalité mais mon enfance telle que je l'ai perçue et reconstituée en tâtonnant." (page 268) 

    Par les points communs qu'on se trouve avec l'auteur (qui l'eut cru Langue tirée). Par exemple, comme lui, dans l'enfance, j'avais "l'habitude saugrenue" (page 139) de tenir des carnets de voyage et d'y consigner "jour après jour tout ce que j'avais fait dans la journée, ce que nous mangions", ce que nous visitions... Tout, quoi. (2)

    Par tout ce qu'il y dit sur l'écriture et sur l'autobiographie, comme à la page 269: "On peut écrire comme Houdini détache ses liens. L'écriture peut servir de révélateur, au sens photographique du terme. C'est pour cela que j'aime l'autobiographie: il me semble qu'il y a, enfouie en nous, une aventure qui ne demande qu'à être découverte, et que si l'on arrive à l'extraire de soi, c'est l'histoire la plus étonnante jamais racontée." 

    Par une certaine forme de retenue, ou de respect, envers ceux qu'il citera dans son livre: "J'ai horreur des règlements de comptes familiaux, des autobiographies trop exhibitionnistes, des psychanalyses déguisées en livres et des lavages de linge sale en public. (...) Je sens que je vais devoir ici embarquer de nombreux proches, vivants ou morts (j'ai déjà commencé). Ces gens aimés n'ont pas demandé à se retrouver dans ce livre comme dans une rafle. Je suppose que toute vie a autant de versions que de narrateurs: chacun possède sa vérité; précisons d'emblée que ce récit n'exposera que la mienne." (pages 56-57)

    ***

    L'élément déclencheur (3) chez cet amnésique de l'enfance, c'est son arrestation et son emprisonnement. Les conditions de détention sont si éprouvantes qu'il décide d'écrire mentalement un livre (il ne dispose ni de papier ni de stylo). Sa claustrophobie fait ressurgir tout son passé enfoui. Non pas ressurgir, en fait, mais revenir par petites touches successives. Un détail ou un épisode lui reviennent, généralement en rapport avec ce qui lui arrive dans son cachot. 

    Cela commence par une référence à Perec, "Je n'ai pas de souvenirs d'enfance" (page 22). Puis "un goût salé dans la bouche" le ramène à un séjour à Cénitz (Guéthary) en 1972, chez ses grands-parents maternels (pages 32-33).

    Ainsi reviennent des souvenirs et il en conclut qu'"il suffit d'être en prison et l'enfance remonte à la surface." (page 46)

    En conclusion, je voudrais encore citer ceci: "Tout le monde pense que j'ai raconté souvent ma vie alors que je viens juste de commencer. J'aimerais qu'on lise ce livre comme si c'était mon premier." (page 269)

    Voyez ma chance: pour moi, c'est le premier Cool

    ***

    (1) voir mon problème avec Rousseau, par exemple, que j'ai toujours trouvé vantard, geignard, et peu habilité à donner des leçons d'éducation...

    (2) c'est au bout de quelques années de cet exercice que j'ai commencé à m'autocensurer - je ne connaissais pas encore le mot - un jour que j'ai constaté que mon père lisait assidument ces compte-rendus qui pourtant ne lui apprenaient rien, puisqu'il voyageait avec nous et était l'organisateur de tous nos déplacements et activités.

    (32) par respect pour la sensibilité de certains lecteurs, je ne parlerai pas de "madeleine" Langue tirée