• Der de der

    On était tous assis devant la télé le samedi soir.

    - Vous allez voir, disait-elle, vous allez voir qu’il y aura encore une guerre ! Ça ne va plus durer longtemps !

    On se moquait d’elle, les uns un peu plus gentiment que les autres :

    - Mais qu’est-ce que tu racontes !
    - Mais qu’est-ce que tu en sais, Adrienne ! Tais-toi plutôt, et laisse-nous écouter les nouvelles !
    - Mais non, c’est fini, les guerres, disait la plus jeune, la plus optimiste, celle qui n’avait pas connu les précédentes, pas même l’indépendance du Congo ni la crise de Cuba.

    On riait et on haussait les épaules devant son visage grave et son doigt levé pour nous admonester.

    - Vous verrez bien !

    C’était le milieu des années 70. A l’école, on nous apprenait que la guerre froide était finie, que les accords SALT étaient un très bon signe et que le lointain Viêt-Nam connaissait enfin la paix. Nous étions donc bien tranquilles. La guerre, c’était du passé.

    Mais pas pour grand-mère Adrienne, qui voyait dans chaque politicien à la télé des ressemblances avec Neville Chamberlain :

    - Lui non plus, disait-elle, ne croyait pas qu’il y aurait la guerre. Et pourtant ! hein ? vous avez vu !

    Mais déjà plus personne ne lui répondait, sauf par un « chut » ici ou là.

    Dès le lundi suivant, grand-mère Adrienne s’achetait encore deux kilos de café et un grand paquet de spéculoos. Qu’elle stockait avec ses autres réserves, pour les jours sans. Ce qui faisait dire à son beau-fils, chaque fois qu’il ouvrait une armoire à provisions :

    - Il y a de quoi soutenir un siège, ici !

    Alors c’était au tour de grand-mère Adrienne, de hausser les épaules .

    - Ils ne seront que trop  contents, tous, le jour où ils n’auront plus que de la chicorée et des glands torréfiés, de venir boire un vrai café.

    ***

    C'est en entendant et en lisant l'actualité autour de la Crimée, que je me suis souvenue de cette petite scène qui se répétait le samedi soir devant la télé à chaque nouvelle "crise" ou tension internationales.

    Texte écrit pour l'atelier d'écriture de Daniel Simon à Leuze. La consigne était "Pour les jours sans"

    http://traverse.unblog.fr/2014/02/13/un-seul-etre-nous-manque/

  • Z comme Zzzzzz

    La nuit du samedi au dimanche est la plus calme: il ne passe presque aucun poids lourd, les murs ne tremblent presque pas.

    Il y a même de longs moments où il ne passe aucune voiture.

    Ce serait le moment d'en profiter pour dormir, me direz-vous, au lieu de compter les camions Langue tirée

     

  • Y comme Yvonne

    - On se met là, Mamie ?

    Elles s’asseyent face à face, la grand-mère et la petite-fille. La grand-mère en chaussons et robe de chambre. Ses cheveux auraient besoin d’un coiffeur. Virginie en jeans, baskets et queue de cheval. A 32 ans, il y a longtemps qu’elle n’est plus étudiante, mais elle veut en garder l’allure. D’ailleurs, elle vit toujours chez ses parents.

    - Je reviens de chez Pôle Emploi, dit-elle. Regarde, j’ai toute une liste.

    Elle agite quelques feuillets en direction de sa grand-mère qui lui sourit. Heureusement qu’elle est là, la grand-mère, avec son amour inconditionnel et sa confiance absolue. Parce que du côté des parents, ce n’est que critiques et dénigrement.

    - Il y aura bien quelque chose pour toi, là-dedans. Tu verras.

    - Je l’espère ! J’ai tellement envie d’avoir mon propre appart… même un tout petit studio !

    - En attendant, dit la grand-mère, c’est ma tournée. Va donc nous chercher un café et une part de tarte au chocolat.

    - Mais Mamie, tu sais bien qu’avec ton diabète…

    - Turlututu ! A l’âge que j’ai, j’ai bien le droit de me faire ce petit plaisir ! Tiens, prends mon portemonnaie et va ! Va !

    Le portemonnaie de grand-mère a le cuir aussi usé et ridé qu’elle et le fermoir autrefois doré a perdu tout son éclat. Il ne contient que deux petits billets pliés en quatre et de la menue monnaie. Heureusement qu’à la cafétéria de l’hôpital les prix sont très démocratiques, il y a juste assez.

    - Ah ! Voilà qui va faire plaisir par où ça passe, comme disait ton grand-père!

    Les yeux brillants, la vieille dame attire vers elle la petite assiette. Elle fait des miettes en mangeant et les ramasse scrupuleusement du bout de l’index.

    - Tu as vu le docteur, ce matin ? Tu lui as demandé si tu pouvais bientôt rentrer ?

    - Il a dit : pas si vous vivez seule, Madame !

    - Et si moi je venais habiter chez toi ?

    Ah ! cette larme de bonheur dans les yeux de la grand-mère, comme elle est contagieuse !

    On ne va pas se mettre à pleurer ici, toutes les deux, se dit Virginie en arrachant brutalement l’élastique de sa queue de cheval. Elle défait ses cheveux de quelques vigoureux coups de tête et regarde par la fenêtre.

     

    - C’est d’accord, dit la grand-mère.

    ***

    Les contraintes de l’épisode 1 :

    http://tudinescesoir.wordpress.com/2014/03/25/deux-ecrivains-dans-un-bocal-lepisode-1/

    Le héros doit être une femme, entre 30 et 40 ans, au chômage, habitant chez ses parents, célibataire. L’histoire doit se passer à Reims, de nos jours.

    Le lieu : un bar

    Une action à mentionner : on offre un verre à cette femme

     

    Une contrainte d’écriture : finir le premier épisode par la phrase ou le morceau de phrase : "elle défit ses cheveux et regarda par la fenêtre."

     

     

    fiction

     

  • X c'est l'inconnu

    Le grand jardin, les prés et les bois des alentours, les premières abeilles et les chants d’oiseaux, voilà qui le change de la ville avec ses grands immeubles, ses rues encombrées, ses voitures garées jusque sur les trottoirs, ses embouteillages et son anonymat.

    Ici, il n’y a qu’un couple de voisins. On leur a annoncé sa venue et on les a invités pour une petite visite de connaissance. En ce soir de printemps, quand la température chute brutalement avec le coucher du soleil, on fait une flambée et on sort une bonne bouteille de vin.

    - Je comprends, dit Muanza en souriant, pourquoi votre première question était de savoir si je suis musulman.

    L’espace et le calme sont un luxe qu’il apprécie après l’animation constante au Petit-Château et la cohue des déplacements urbains, les bus bondés et surchauffés, les gares où on vous bouscule sans ménagement, les contrôles de police comme si vous étiez un assassin en fuite. Flâner dans le centre, ce n’est réservé qu’aux touristes.

    - Je vais reprendre mes entraînements, dit-il. A Bruxelles, le parc était loin, et en courant sur les pavés j'avais toujours peur de me fouler la cheville. Ici la rue n’est même pas asphaltée !

    - On nous le promet à chaque fois qu’il y a des élections, dit la voisine. Depuis plus de vingt ans !

    ***

    écrit pour les Plumes d'Asphodèle n°25

    jeu, fiction, muanza

    avec les mots imposés et la consigne :
    "Voiture,
    rue, immeuble, abeille, théâtre, anonymat, animation, pavé, visite, parc, asphalte ou bitume, (asphalte ayant été donné il y a 3 semaines), bus, fuite, flâner, embouteillages, urbain, gare, cohue, chuter, constant ou constance
     (petite fleur d’aujourd’hui : vous pourrez utiliser l’un ou l’autre.) Et comme il y en a 20, vous pouvez en laisser un de côté"

  • W comme wagon de train

    C'est un 27 mars que ce blog a été mis sur les rails. Le train s'est ébranlé au coup de sifflet du conducteur à 19.36 h.

    C'était en 2008 et il venait de passer un hiver fort mouvementé.

    Après avoir envoyé ce premier convoi, il a décidé de l'horaire et de la régularité des suivants. Ce serait à six heures du matin. Un train de navetteurs, en quelque sorte.

    Les premiers voyageurs sont arrivés. Au fil des mois et des années, ils ont commencé à se reconnaître, à se saluer, à se parler. D'abord au conducteur, puis entre eux. Le voyage y a gagné en convivialité. 

    Parfois le train n'est pas au rendez-vous. Problème technique ou petite panne. On essaie de réparer et de reprendre les trajets quotidiens le plus vite possible.

    Pour qu'on puisse à nouveau échanger des recettes, des idées de lecture, des souvenirs d'enfance, des photos de vacances, des anecdotes d'hier et d'aujourd'hui. Un peu de tout, comme dans la vie.

    Merci à tous ceux qui montent dans ces wagons.

    http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2008/03/27/on-est-alles-voir-l-expo-sur-l-europe.html

    wagon de train,blog,amitié

  • V comme voyage

    Dans son souvenir, le bruit était différent. L’acoustique n’est plus comme autrefois. Malgré le silence feutré, il peut aisément se rappeler les chahuts et les voix qui résonnaient d’un bout à l’autre de la salle. Il voit qu’on a accroché partout d’épaisses tentures, installé de faux plafonds et quelques plantes vertes. Dehors passe une circulation beaucoup plus intense, surtout des camions trop lourdement chargés qui font vibrer toutes les vitres.

    Oui, autrefois les bruits étaient différents. Mais l’odeur est restée la même. Comme si on écrivait encore à la craie blanche sur des tableaux noirs. Comme si, dans le réfectoire d’à côté, on servait encore les mêmes soupes grasses à pleines louchées, alors que le lieu est devenu une cafétéria. Comme si on récurait encore les carrelages au savon noir et que dans les couloirs pendaient encore les sacs de gymnastique au contenu malodorant.

    - Ça n’a pas changé, dit-il en se retournant vers la dame qui pousse le fauteuil roulant. Ça n’a pas changé du tout.

    Elle le pousse doucement vers la chambre qui lui a été attribuée. Près de la fenêtre, un autre vieillard somnole dans un fauteuil de skaï marron.

    - Ici, dit-il encore à la dame, c’était la classe de géographie.
    C’est un bel endroit pour finir mon voyage.

    ***

    écrit pour l'atelier d'écriture de Daniel Simon à Leuze
    http://traverse.unblog.fr/2014/02/13/un-seul-etre-nous-manque/

    La consigne était: "Dans son souvenir, le bruit était différent"

    Merci à Daniel Simon pour les conseils de "nettoyage"

    fiction,leuze

     

  • U comme une pécheresse

    "A sette anni ero già una grande peccatrice. Al mio primo esame di coscienza, scopersi di avere tutti i peccati mortali, ad esclusione di uno di cui non sapevo il significato."

    Elsa Morante, Aneddoti infantili, Einaudi, 2013 (1)

     

    A sept ans, écrit Elsa Morante, j'étais déjà une grande pécheresse. A mon premier examen de conscience, j'ai découvert que j'avais commis tous les péchés mortels, sauf un dont je ne connaissais pas la signification.

    C'est un des nombreux passages qui m'ont fait sourire parce que je m'y suis reconnue. Petite fille pétrie de catéchisme et de culpabilité, j'avais toujours peur d'oublier un péché, alors pour toute sécurité je terminais ma confession par un "et j'ai menti" (2).

    Ce que je confessais m'avait été dicté par ma mère: "Je n'ai pas toujours été gentille avec mon petit frère" et "je n'ai pas toujours été obéissante envers ma maman".

    Entre mes sept et mes douze ans, agenouillée dans le confessionnal, à chaque fois je débitais d'une voix tremblante exactement la même chose.

    Aussi étais-je très étonnée de recevoir à chaque fois une pénitence différente. Revenue sur ma chaise de paille, je m'en acquittais scrupuleusement tout en me demandant pourquoi cette fois-là le tarif était trois Je vous salue Marie alors que la fois précédente un seul suffisait. (3)

    ***

    (1) on peut lire ici le premier chapitre de ce livre d'Elsa Morante: 
    http://www.einaudi.it/var/einaudi/contenuto/extra/978885841154PCA.pdf

    (2) car on m'avait bien dit que ne pas donner l'entière vérité était une forme de mensonge

    (3) un jour en relevant humblement les yeux après mon mensonge final ("et j'ai parfois menti") j'ai même cru voir que le prêtre souriait. Ça m'a d'ailleurs fort étonnée, à l'époque Langue tirée

  • T comme tu es né(e)

    Tu es née

    Tu es née à la fin du mois de novembre et je sais un tas de choses sur cette naissance, sur les tiens, sur ton enfance. Tu aimais en parler.

    Je sais que ton père a voulu rompre avec la tradition : il a exigé que son épouse accouche dans la toute nouvelle clinique, entourée de médecins compétents. Il ne voulait prendre aucun risque. Je sais qu’il était tout de même inquiet qu’on lui refile un bébé qui ne serait pas le sien : il m’a raconté qu’il t’avait bien regardée, dès ta venue au monde, pour pouvoir te reconnaître parmi les autres petites filles nées ces jours-là, au cas où une infirmière négligente t’aurait déposée dans le mauvais berceau.

    A l’époque, on ne laissait pas les bébés dans la chambre de la jeune mère, on ne les leur apportait que pour les allaiter.

    J’ai bien senti l’amour de ton père quand il m’affirmait qu’il t’aurait reconnue entre mille. Tu étais son premier enfant et tu es restée l’unique. Le joyau. Je sais que tu as été choyée par les quatre adultes avec qui tu vivais : tes parents et tes grands-parents maternels.

    Pourtant, tu en voulais à ta mère d’être penchée toute la journée sur sa machine à coudre et de ne pas avoir le temps de te prendre dans ses bras chaque fois que tu en avais envie. Les bras de ta grand-mère ne te suffisaient pas. Ne t’a-t-on pas dit qu’en ces années d’avant-guerre, c’était surtout le travail de ta maman qui faisait bouillir la marmite?

     

    Tu es né 

    Tu es né au début du mois de décembre et je ne sais rien sur cette naissance, ou presque. Tu n’aimais pas en parler. Je sais que tu étais le deuxième enfant, le deuxième fils, d’un couple qui s’adorait.

    Je sais que tu es né dans le lit matrimonial, comme les deux petites sœurs après toi, et que c’est aussi dans ce lit que ta maman est morte après avoir mis au monde son quatrième enfant. Je sais que tu adorais ta maman et que l’annonce brutale de son décès, alors que tu jouais au foot au square avec ton frère et des copains du voisinage, a dû être très traumatisant.

    Tu n’avais pas sept ans. Je sais qu’après ce premier drame, ta vie a été une succession de deuils et de malheurs. Ton père a fini par se remarier, mais c’était ton frère qui était le chéri de ta belle-mère.

    Je sais que ton frère te faisait beaucoup souffrir, profitant de sa force (il avait deux ans de plus) et de sa place privilégiée dans la famille.

    Je sais que tu aimais beaucoup tes petites sœurs, surtout celle qui portait le même prénom que le mien, mais elle est morte à l’âge de quatre ans. La cadette n’a vécu que huit ans. Je crois qu’après tu as eu beaucoup de mal à t’attacher ou en tout cas à montrer ton affection. Je crois qu’après, il t’est toujours resté la peur de perdre ceux que tu aimais.

    C’est peut-être pour ça que tu ne m’as jamais embrassée.

     
  • Stupeur et tremblements

    Il fait beau en ce lundi matin et ils se promènent dans leur jardin transformé en chantier. La maison devient trop grande à entretenir, alors sur le conseil de leurs enfants ils se sont décidés à couper le terrain en deux et à faire construire un logement à leur mesure sur l'autre parcelle.

    Inspection des travaux: les fondations sont faites, la dalle est coulée, cette semaine on commence à monter les murs. C'est fils aîné qui s'en occupe, c'est son métier.

    Hier, tous les enfants et petits-enfants étaient réunis autour d'une joyeuse tablée. Elle avait préparé un bon repas, comme d'habitude, et comme toujours elle avait eu peur qu'il n'y ait pas assez. Avec les restes, le frigo est encore plein pour au moins trois jours.

    Il regarde les tas de briques emballées dans leur plastique et il est content. Ils ont fait le bon choix. La maison sera confortable et simple d'entretien, le jardin juste à la mesure de leurs possibilités. Tout est bien.

    Elle est restée un peu en arrière. Il se tourne vers elle quand elle l'interpelle:

    - Mais qu'est-ce qui se passe ici? 

    Il ne comprend pas la question. Elle fait un geste vers les travaux et son visage montre des signes de stupéfaction, comme si elle les voyait pour la première fois.

    - C'est quoi, tout ça?

    - Ici? ce sera le garage.

    - Mais je ne suis au courant de rien!

    - Tu sais bien qu'on va faire construire?

    - Nous, construire? Où ça? Je ne sais rien du tout, dit-elle.

    Elle a l'air totalement perdue. Comme ça, tout à coup.

    Il la convainc calmement de monter dans la voiture et l'emmène chez le médecin, qui les envoie à l'hôpital pour des examens.

    - Amnésie globale transitoire, dit le spécialiste.

    Quelques heures plus tard, elle se souvient à nouveau de tout. Sauf de ce qui lui est arrivé ce lundi matin en se promenant dans son jardin ravagé.

     

  • 22 réponses

    A propos du texte: Pourquoi y a-t-il tant de gens et si peu de rencontres?

    1.Il y a voir et rencontrer... Pour rencontrer quelqu'un il faut être disponible intérieurement me semble-t-il, et pouvoir consacrer du temps à l'autre, sinon il n'y a pas vraiment de rencontre, juste des gens qui se cognent les uns aux autres mais sont-ce des rencontres ?

    Écrit par : gballand | 2014-03-19 à 06.30:52

    Je te lis et je lis le commentaire de Gballand. Et je me fais la réflexion que c'est parce que tu es ouverte à la rencontre que tu en fais tant. TU ne croises pas uniquement les gens, tu les écoutes et partages quelque chose avec eux. Même si ce n'est que pendant un court instant.

    Écrit par : Berthoise | 2014-03-19 à 08.38:12

    Pour moi, le mot 'rencontre' dans la question n'était pas le meilleur choix ;-)

    Et comme dit Berthoise, quand je parle de 'rencontre', je veux vraiment dire qu'il y a eu conversation, échange d'au minimum quelques nouvelles.

    2.Heureusement qu'en plus tu ne participes pas à des rencontres sportives, tu serais surbookée :-)

    Écrit par : Walrus | 2014-03-19 à 08.29:44

    LOL Walrus :-)

    Tu auras remarqué que je ne nomme pas les gens que je "rencontre" au yoga ou à la piscine: nous ne nous parlons pas ;-)

    3.Oui la question c'est évidemment: " qu'est-ce que rencontrer"? Dans notre ère troublée et facebookienne où les mots perdent de leur densité, il est bon de se rappeler les définitions philosophiques des mots. Rencontrer quelqu'un, c'est être invité à pénétrer sa sphère privée. C'est la résultante de trois éléments mis en présence, deux statiques et un dynamique ou vice versa. Sinon, comme dit gballand, ce n'est que de l'effleurage de molécules . En ce sens, les vraies rencontres sont très rares, dans une vie. Même, et surtout, dans une grande ville.

    Écrit par : Celestine | 2014-03-19 à 08.59:18

    Voilà exactement les précisions qui manquaient sur le site Interlude, Célestine :-)

    Mais j'appelle déjà "une vraie rencontre" un court échange avec un ancien élève sur son parcours ou avec une maman sur la santé de son enfant ;-)

    (tu diras que je ne suis pas difficile ;-))

    4.On revient toujours à Kevin Ayers, finalement :

    "Lovers come and lovers go
    but friends are hard to find
    Yes I can count all mine 
    on one finger"

    « Les amours vont, les amours viennent
    Mais pour trouver l’ami on a bien plus de peine
    Moi je peux compter les miens
    Sur un seul doigt de ma main »

    Qui plus est, je ne suis même pas sûr d'avoir jamais rencontré Joe Krapov ! ;-)

    Écrit par : Joe Krapov | 2014-03-19 à 22.04:47

    Je crois que tous mes lecteurs aimeraient rencontrer Joe Krapov, on voit bien qu'avec lui on ne s'ennuie pas :-)

    5.J ai toujours eu de la peine à trouver des relations ou des amis.Peut étre n en éprouvais je pas trop le besoin. Aussi ta profession nécessite des contacts, moi j avais mes machine pour interlocutrices.
    Bonne soirée Adrienne
    Latil

    Écrit par : Latil | 2014-03-20 à 16.23:36

    Pour ma part, je suis très heureuse d'avoir quelques amis sur qui compter. Je ne sais pas ce que je ferais sans eux, ni ce que je serais devenue, ces sept dernières années.

    6.Bon sujet de dissertation. Ouf, je ne dois plus en corriger.
    Sujet suivant : pourquoi y a-t-il tant de rencontres, et si peu d'échanges ?
    Bon week-end, Adrienne.

    Écrit par : Tania | 2014-03-21 à 15.20:47

    LOL Tania :-) 

    Mais parce qu'on n'en a pas le temps, bien sûr ;-)

    Le mot qui revient le plus dans les conversations, en néerlandais, c'est "druk, druk, druk"

    7.Il y a aussi les rencontres virtuelles...
    ;-)

    Écrit par : Mme Chapeau | 2014-03-21 à 15.31:31

    Vous tenez là un autre excellent sujet de dissertation, Mme Chapeau: les rencontres virtuelles sont-elles de vraies rencontres? Pour moi, oui, même si je ne connais pas votre visage :-)

    A propos du texte O comme objets:

    8.Les grands sautoirs en perles, ça fait très "roaring twenties", la Daimler aussi d'ailleurs, mais n'est-ce pas remonter un peu loin pour la mère d'une jeune dame ?

    Écrit par : Walrus | 2014-03-17 à 09.02:28

    Sois attentif, élève Walrus, il ne s'agit pas d'un sautoir, mais d'un tour de cou (genre collier de chien ;-))

    Et la Daimler, la petite-cousine préférée de ma mère s'est trouvé un homme en possédant une. Je raconterai peut-être la suite de cette histoire un autre jour (c'était dans les années 80) ;-)

    9.Voilà qui s'appelle objectiver. Bonne semaine, Adrienne.

    Écrit par : Tania | 2014-03-17 à 09.03:05

    Tiens, encore une fois l'exercice me tente.
    Adrienne, tu as vraiment de bonnes idées.

    Écrit par : Berthoise | 2014-03-17 à 18.35:30

    Merci Mesdames :-) Sers-toi, Berthoise :-)

    10.le journal du père... oui je connais ça!
    ;-))

    Écrit par : Coumarine | 2014-03-17 à 21.11:40

    Faudrait vraiment qu'on se rencontre un jour, Coumarine (petit clin d'oeil à l'autre billet ;-))

    11.C'est vrai que les objets de ceux qui nous sont chers (ou l'ont été) sont à jamais porteurs de souvenirs et de sentiments, parfois très forts...

    Écrit par : danalyia | 2014-03-17 à 21.13:23

    J'ai cherché pour chacun le plus symbolique, Danalyia. Le plus symbolique pour moi, bien sûr ;-)

    12.Coucou Adrienne ! J'espère que tu vas bien... Beaucoup de boulot ? Pcq je vois que tu publies moins... Bises...

    Écrit par : Pivoine | 2014-03-18 à 12.31:31

    En effet, Pivoine, et je vous dois à tous des excuses et des remerciements!!!

     

    13.Le baromètre de mon père, je le revois tapoter dessus pour faire avancer l aiguille sur le beau au moment des récoltes, et demander que l aiguille descende vers la pluie qui serait la manne nécessaire pour faire germer le blé.
    Amicalement Latil

    Écrit par : Latil | 2014-03-20 à 16.29:35

    Tiens, voilà un autre geste typique de mon grand-père! Tapoter le baromètre! merci Latil :-)

     

    A propos du texte "Je suis née" 

    14.Je vois que tu es sur la piste... la bonne ;)

    Écrit par : gballand | 2014-03-12 à 06.40:20

    Je n'ai pas compris ce que tu voulais dire, gballand

    15.Mon ainé vomissait aussi mais il n'avais rien au pylore...
    Maintenant, il est prof de français.
    ;-)

    Écrit par : Mme Chapeau | 2014-03-12 à 07.19:08

    Y aurait-il un rapport, Mme Chapeau? :-)

    16.Ton heure de naissance a été déclarée à la commune en t'inscrivant, elle est reprise sur tes extraits d'acte de naissance ou au moins est accessible dans les registres communaux. J'en ai eu besoin pour mon thème astral et comme j'étais née dans la maison familiale je pensais, comme toi, que je ne le saurais jamais. Ceci dit, un thème astral est très intéressant. Elle avait ton bon dans son interprétation, édifiant, stupéfiant...
    Belle journée Adrienne !

    Écrit par : Zosio | 2014-03-12 à 09.05:15

    Je confirme que la Maison communale donne l'heure de naissance avec ton extrait (si tu le demandes). Juste par curiosité (je ne crois pas non plus à l'astrologie). 

    Pour le pylore, oui, oui, j'ai connu aussi (mon fils avait ça ... Finalement, il suffisait de mettre de la farine de caroube dans ses biberons).

    Ma mère ne m'a pas donné beaucoup plus d'indications sur ma naissance. Juste qu'elle a demandé au gynéco "Docteur, est-elle viable?" (Et il a répondu en souriant, mais Madame, vous ne l'entendez pas ? o;) et que je n'ai pas dormi la nuit (forcément, je suis née à 22h50, d'où mes problèmes d'insomnies, j'en suis sûre o;) 

    Or, je reviens à mon propos, pour ma mère, le sexe (le genre plutôt) ne jouait pas. Mais elle avait horreur d'être enceinte, d'accoucher, et pourtant, cet accouchement a été de loin le plus facile des trois et je pense que beaucoup de femmes étaient dans le cas, en plus, il n'y avait pas de péridurale et déjà avec péridurale, ce n'est pas un moment de plaisir, mais alors sans, j'aime mieux pas imaginer... 

    Je me demande si ça n'a pas beaucoup joué dans la réserve incompréhensible chez certaines mères, vis-à-vis de leurs enfants, mais je ne sais pas, je n'en sais rien, les enfants n'étant pas responsables...

    Écrit par : Pivoine | 2014-03-12 à 19.21:13

    Merci Zosio! Merci Pivoine! Bises à vous deux :-)

    17.La semaine des quatre jeudis ? Oh, ce "que" est de trop.

    Écrit par : Tania | 2014-03-12 à 09.06:08

    Justement vendredi dernier dans une classe de Terminale un groupe de trois garçons a organisé et dirigé un débat sur les violences faites aux femmes... "Naître que fille", c'est encore la réalité quotidienne dans de nombreux domaines. J'étais contente (et très étonnée) qu'ils aient choisi ce sujet-là. La classe est majoritairement masculine.

    18.Je me demande bien ce qui te restait sur l'estomac ?

    Écrit par : Walrus | 2014-03-12 à 10.24:25

    Je n'ai jamais aimé le lait, ça doit être ça ;-)

    19.Moi, c'est mon père qui a gueulé : "Merde !" quand il a su que j'étais une fille.

    Écrit par : Berthoise | 2014-03-13 à 06.54:40

    Ce qui me frappe, autant dans ton cas que dans le mien, c'est pourquoi on raconte ça, par après, à l'enfant concerné. N'eut-il pas mieux valu que nous ne le sussions pas, chère Berthoise?

    ;-)

    20.Du coup tu as été opérée tout bébé ? Pour l'heure de naissance il est inscrit sur l'acte de naissance en France, on doit aimer faire notre thème astral ;)

    Écrit par : Elisabeth | 2014-03-13 à 13.11:23

    Oui, à l'âge de trois semaines, ça me fait une belle cicatrice qui me vaut toujours des questions aux visites médicales, alors je déclame de mon air le plus modeste: sténose du pylore ;-) LOL

    21.Tiens, Adrienne, j'ai pensé à toi aujourd'hui. Je me baladais en ville, au square du Petit Sablon, quand j'ai été accostée par des élèves d'une école (néerlandophone, visiblement, ou plutôt audiblement) qui m'ont demandé de m'interviewer sur ce que j'aime à Bruxelles et pourquoi. C'était pour leur cours de français. Je me suis dit "tiens, et si c'était des élèves d'Adrienne?" et du coup, j'ai répondu à leurs questions, moi qui ne suis pourtant pas des plus abordables -quand je suis en rue (sauf pour indiquer le chemin, bien sûr !!!) 

    Voilà o;))) 

    Donc, si un jour tu viens avec tes élèves à Bruxelles et qu'on se rencontre, je répondrai aussi à leurs questions o:)))

    Écrit par : Pivoine | 2014-03-13 à 21.19:44

    LOL tu t'es montrée gentille pour des petits Flamands, c'est bien, même si ce n'étaient pas les miens :-)

    Les miens ont déjà dû faire ça à Liège, mais il y a longtemps. Les Liégeois se sont tous montrés très sympa pour "jouer le jeu"

    22.Seriez vous un "garçon manqué" , terme utilisé pour les petites filles audacieuses ?

    Néanmoins: "fortuna audaces juvat " et l'humanité doit beaucoup à l'audace qu'elle soit féminine ou masculine.

    Amitiés,
    Marc

    Écrit par : charlier | 2014-03-15 à 17.26:22

    Comme quoi, il y a des privilèges qui se partagent! Mais fille ou garçon, il faut bien s'occuper de l'enfant lorsqu'il paraît.

    Écrit par : mansfield | 2014-03-16 à 18.54:14

    Je suis né un jeudi à 18h. L heure est indiquée sur l extrait de naissance.
    Bonne soirée Adrienne
    Latil

    Écrit par : Latil | 2014-03-20 à 16.37:38

    Merci à vous trois et merci à tous d'avoir continué à commenter pendant l'absence totale de la tenancière!

  • R comme rien

    Dans le but d’aider Muanza à s’installer dans sa nouvelle vie, Marie a accroché dans la chambre qu’elle lui réserve deux photos qu’elle a trouvées sur le calendrier des Magasins du Monde.

    Bien entendu, c’est la première chose qu’il remarque :

    - Ça, dit-il, c’est une vue de la région où vivent mes parents. C’est dans les montagnes. C’est nous qui avons le meilleur climat. Jamais de tempêtes, aucune pollution, toujours du beau temps, jamais trop chaud. C’est pour ça que c’est la région préférée des Blancs. C’est là qu’ils viennent passer leurs week-ends.

    En bas, au salon, Pierre cherche toujours quel genre de musique Muanza pourrait connaître. Vu qu’il n’a jamais entendu parler de Mozart, ni d’aucune vedette internationale, genre Pavarotti, d’aucune diva, pas même la Callas… quel CD prendre ? Une chanson des Beatles, peut-être ?

    - Et ça, demande-t-il à Muanza qui descend les marches derrière Marie, tu connais ? C’est les Beatles.

    Muanza gonfle ses joues et roule les yeux, souffle un « non » en hochant la tête d’un air désolé. On voit qu’il a peur de décevoir.

    - Rien des Beatles non plus ? fait Pierre, raide comme la statue du Commandeur.

    On dirait que ça le blesse personnellement.

    - Mais c’est incroyable ! Il n’est vraiment au courant de rien !

    Pour que Muanza ne le comprenne pas, il s’adresse à sa femme en néerlandais. Marie lui envoie un regard furibond.

    - Arrête avec ça ! Sors de ta bulle, enfin ! Qu’est-ce que ça peut faire, ses connaissances musicales ? D’ailleurs tu en connais, toi, des musiciens africains ?

    - Ça n’est pas la même chose ! dit Pierre en détachant chaque syllabe.

    S’il y a bien une chose qu’il déteste, c’est de ne pas avoir le dernier mot.

    Dehors, les fleurs de pruniers volettent dans le vent léger. Par la brèche dans la haie de houx, on voit que le fermier a mené ses vaches dans la prairie d’à côté. Chez les voisins, on entend couiner la balançoire. Le printemps est vraiment là.

    - Si on allait faire une petite balade pour montrer à Muanza les alentours, dit Marie, ça ne serait pas une bonne idée ?

    ***

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     écrit très en retard pour les Plumes d'Asphodèle n° 24
    avec les mots imposés 
    temps, vie, chanson, rien, diva, furibond, montagne, souffle, pollution, tempête, balade, léger, envoyer, courant, bulle, prendre, gonfler, voleter, brèche, blesser, balançoire.

  • Question existentielle

    Pourquoi y a-t-il tant de gens, et si peu de rencontres?

    Ce petit thème de méditation attend de vous une réponse brève, de forme libre…

    http://interludephilo.wordpress.com/2012/03/05/pourquoi-y-a-t-il-tant-de-gens-et-si-peu-de-rencontres/

    Sur les 25 000 habitants de ma petite ville, il y a ceux que je rencontre en faisant mes courses. En allant à la bibliothèque. A un événement culturel, sportif ou folklorique.

    Il y a ceux que je vois à l’école. Une génération après l’autre. Leurs parents que je rencontre aux entretiens, aux fêtes et autres activités. Ou sur le parking de l’école. A la caisse du supermarché.

    Il y a ceux chez qui je vais pour me faire soigner, contrôler mes dents, acheter des fleurs, changer les pneus de ma bagnole. Ceux à qui je demande des conseils de bricolage.

    Il y a ceux qui sont venus faire un travail chez moi. Plombier, carreleur, menuisier, plafonneur, couvreur. Ceux qui ont installé l’électricité ou le téléphone.

    J’en rencontre même alors que je suis en vacances en Slovénie ou entre deux trains dans une gare parisienne.

     

    Si peu de rencontres, vraiment ?

    Langue tirée

  • O comme objets

    La pipe de l’arrière-grand-père. Fourneau noir et brûlé. La tabatière en métal blanc brillant avec des motifs gravés. Le cendrier octogonal en métal blanc.

    La moustache de la fausse grand-mère. Elle se rasait pourtant. Mais elle aurait dû le faire quotidiennement, comme un homme.

    La casquette du grand-père paternel. Sa blouse gris clair. De coton raide, empesé, bien repassé.

    Le corset de la grand-mère maternelle. Je vais enlever mon corset, voilà la phrase que je lui ai sûrement le plus entendu dire. Objet de torture inutile. Symbole de frustration.

    La chevalière du grand-père maternel. Elle est si usée qu’elle est toute lisse. Impossible de deviner qu’il y a eu des lettres gravées dessus. Il l’utilise pour frapper aux fenêtres, aux portes, sur la table ou le bureau… quand il a un message à faire passer, un ordre à donner.

    L’astrakan de la mère. Une veste trois quarts qui s’évase sur les hanches. Pourquoi n’a-t-elle pas épousé un homme qui puisse lui offrir l’ocelot, la loutre, le renard argenté dont elle rêvait ? Les rubis, les émeraudes, les diamants, les triples rangs de perles qu’elle convoitait ? et la Daimler assortie ?

    Le journal du père. Celui derrière lequel il se cache chaque fois qu’il n’a pas envie de participer à la conversation, d’avoir une question à laquelle répondre, un avis à donner. Celui qu’il lit de la première page, colonne de gauche, en haut, à la dernière, colonne de droite, en bas.

    - Tu ne le connais pas encore par cœur ? dit la mère.

  • J comme je suis née

     Je suis né le samedi 7 mars 1936, vers neuf heures… par acquit de conscience, j’ai regardé dans les journaux de l’époque ce qui s’était précisément passé ce jour-là…
    Georges Perec, W ou le souvenir d’enfance, p 36-38

    Je suis née un jeudi vers treize heures.

    Je ne sais plus pourquoi un jour j’ai voulu savoir quel jour de la semaine et quelle heure c’était. J’ai dû me satisfaire des réponses de ma mère. Elle ne savait plus très bien. Pourtant, à l’époque de mon questionnement, j’étais encore une enfant… et j’étais sa première-née. Quand j’entends d’autres femmes parler de leur premier accouchement, avec une telle foule de précisions, je me demande toujours si les souvenirs vagues de ma mère ont un rapport avec sa grande désillusion. Naître que fille.

    Que c’était un jeudi, une recherche rapide me le confirme. Pour l’heure, bien sûr, je ne le saurai jamais. Mais ce n’est important que pour ceux qui croient au zodiaque, et je n’en suis pas.

    Ce jeudi-là, précisément, une petite Portugaise conversait avec la Vierge Marie qui lui prédisait la fin imminente du monde : « Les derniers jours sont proches », lui répétait la Belle Dame sans Merci.

    En ce qui me concernait, elle a failli avoir raison, parce que moins de trois semaines plus tard, je revomissais tous mes biberons.

    - Sténose du pylore, dit le jeune médecin me voyant régurgiter fort à propos, sous son nez, ce qu’on m’avait fait boire avant son arrivée.

    - Normalement, ajoute-t-il, ça arrive surtout aux garçons.

     

    C’était bien la peine de naître que fille.

  • G comme grande bellezza

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    il chiostro di Bramante

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    il palazzo Altemps

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    Castel Sant'Angelo

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    Terme di Diocleziano - chiostro

  • F comme Félix-Faure

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    écrit pour Bric-a-book 116

    http://www.bricabook.fr/2014/03/une-photo-quelques-mots-116e-atelier-decriture/?utm_source=feedly&utm_reader=feedly&utm_medium=rss&utm_campaign=une-photo-quelques-mots-116e-atelier-decriture

    Tous les mercredis, elle sort de la station Félix-Faure à la même heure. Elle marche très mal, avec ses jambes gonflées. Elle porte hiver comme été les mêmes chaussures usées. Les seules, dit-elle, dans lesquelles ses pieds veulent encore rentrer.

    - Sinon, il faudra que je vienne en pantoufles!

    Il y a longtemps que ses cheveux n’ont plus vu de coiffeur. Quand ils deviennent trop longs, elle les recoupe un peu elle-même. La beauté, l’élégance, sont des notions qui lui semblent étrangères. Il y a des taches sur son manteau.

    - L’avantage, c’est que je peux m’asseoir sur n’importe quel banc sans faire attention aux cacas de pigeons.

    Alors elle rit et on voit qu'il lui manque des dents.

    Tous les mercredis, elle s’installe au square Violet. Elle est toujours la première et choisit son banc avec vue sur la glissoire. Elle passe l’après-midi à regarder jouer les petits-enfants des autres. Elle ne repart qu’au moment où tout ce petit monde retourne dans les appartements trop petits aux bruits trop forts et aux cloisons trop minces.

    - Au revoir madame Sakaba ! fait la petite Emilienne Kendjou quand sa mère la remet dans la poussette.

    Sakaba, c’est le nom que les enfants lui ont donné. Parce qu’elle a toujours un sac et un cabas.

     ***

    pour voir une photo du square et de son public:
    http://ismenecledjo.com/douce-france-2/#!prettyPhoto[gal]/8/

  • 7 mars

    Regardez-le. Il est assis à l’avant de la voiture. Regardez ces épaules de sportif (non dopé), cette nuque lisse, cette peau si sombre. Regardez cette blessure mal cicatrisée qu’il a sur le crâne, à gauche. Cet homme a déjà connu de nombreuses épreuves. Pour eux, il est encore une énigme mais il n’a montré envers eux aucune incertitude : il n’a pas hésité une seconde à les suivre.

    - Muanza a été accusé de vol, leur a expliqué Gemma, mais c’est totalement injustifié ! Vous savez comment sont les lois, en Afrique, et qu’il a bien fallu trouver quelque chose pour avoir le droit de l’enfermer et de le punir. Alors on triche avec les chefs d’accusation… Mais je réponds de lui comme de moi-même.

    Marie avait en tête un tas de questions mais elle n’a pas osé l’interroger.

    - Vous êtes musulman ? lui a-t-elle seulement demandé, juste après les présentations.

    Muanza a ri et elle a tout de suite senti quel pouvoir d’attraction avait cet homme.

    - Non, dit-il, je suis chrétien, comme vous.

    Comme vous, comme vous, se dit Marie, qu’en sait-il ? Mais elle est soulagée de ne pas avoir à cuisiner hallal.

    Pierre a allumé l’autoradio. La nuit est tout à fait tombée et il pleuvine. La météo prévient pour des risques de verglas.

    Regardez-les. Trois terriens dans une voiture sur une autoroute. Ils ont tant de choses à se dire mais ne savent pas par quel bout commencer. Heureusement, Mozart est là pour meubler le silence de sa musique aérienne, parfaite.

    - You like Mozart ? demande Pierre.

    Mozart ? Muanza n’en a encore jamais entendu parler.

    ***

    écrit pour Désir d'histoires n°126

    jeu, fiction, muanza

    avec les mots imposés 
    hésiter – incertitude – énigme – interroger – épreuve – sportif – doper – tricher – punir – injustifié – loi – attraction – terrien – aérien – météo 
    Consigne facultative : commencer le texte par "regardez-le"

     

  • E comme extrêmement Rome

    Extrêmement files et queues

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     le dimanche matin al Quirinale et l'après-midi à San Pietro

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     Extrêmement cinéma, toutes les salles de classe
    et depuis l'annonce de l'oscar
    toutes les vitrines des libraires
    toutes les émissions à la télé
    toutes les conversations
    "La grande bellezza"

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     Extrêmement a room with a view
    que ce soit à droite

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    ou à gauche

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    Extrêmement cappuccino "fai da te" Cool

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  • D comme droit, devoir ou désir d'oubli

    Ai-je le droit d'oublier le nom de mes anciens élèves? d'oublier quelles études supérieures ils ont entreprises, abandonnées ou réussies? d'oublier s'ils sont encore en couple ou déjà divorcés? parents d'une fille ou d'un garçon? 

    Depuis que j'ai beaucoup de rides et quelques cheveux gris, il me plaît d'exagérer ma vieillesse: elle a bon dos.

    - Tu m'excuseras si je ne me souviens pas de ce que tu as fait comme études, avec l'âge ma mémoire ne s'arrange pas...

    Alors ils me le pardonnent bien volontiers:

    - Ah! mais c'est normal, ça vous fait tout de même une centaine délèves par an, vous ne pouvez pas tout retenir!

    J'ai donc le droit d'oublier.

    ***

    Pour d'autres choses, il me semble que j'ai le devoir d'oublier. Oublier l'offense de celui qui s'en repent. Oublier le mal fait involontairement. Oublier leurs erreurs de jeunesse, leurs maladresses, leurs fautes d'inattention. 

    C'est assez facile à faire, contrairement à ce que pensent de nombreuses personnes:

    - Vous vous souvenez sûrement de moi, Madame! Avec toutes les bêtises que j'ai faites!

    Et bien non. Je peux très bien me souvenir de l'enfant sage et avoir complètement oublié le garnement. Il n'y a pas de règle pour cet oubli-là, pas de loi, ou alors de très mystérieuses relations de cause à effet.

    ***

    Mais surtout, il y a tant de choses pour lesquelles j'ai le désir d'oublier. Oublier les blessures d'enfance. Oublier les mots qui font mal. Oublier.

    Il n'y a rien de plus difficile.

     Roma 2014 dag 3 (4) - kopie.JPG

    mais quand je suis à Rome
    il y a une chose que je n'oublie jamais
    c'est d'entrer au Panthéon
    et d'y prendre cette photo-là
    Bisou

     Le droit d'oublier
    est le sujet de la semaine
    aux Impromptus littéraires
    (mais je n'ai pas envoyé ma participation)

  • C comme conditionnel

    Moi, j’aurais aimé aider ma mère à débarrasser la table de la cuisine après le dîner. Sur la table, il y aurait eu une toile cirée à petits carreaux bleus... Puis je serais allé chercher mon cartable, j’aurais sorti mon livre, mes cahiers et mon plumier de bois, je les aurais posés sur la table et j’aurais fait mes devoirs. C’est comme ça que ça se passait dans les livres de classe.
    Georges Perec, W ou le souvenir d'enfance, p.99

    Moi, j’aurais aimé…

    Moi, j’aurais aimé que ma mère me prenne sur ses genoux et me câline. Qu’elle me dise des choses gentilles et encourageantes. Je lui aurais mis les deux bras autour du cou et je l’aurais embrassée de bon cœur, au lieu d’avoir à le faire sur commande et sans rien recevoir en retour. Elle m’aurait donné parfois un petit nom gentil, ma chérie, ou ma petite, et mon cœur en aurait fondu de bonheur. J’aurais pu parfois inviter une amie et elle nous aurait préparé des crêpes.

    C’est comme ça que ça se passait dans les livres de classe.

     

    Et pour le petit frère.

  • B comme balade romaine

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    Dimanche après-midi
    monter vers le Gianicolo
    par la via Garibaldi

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    Arriver en haut
    et avoir une vue sur Rome

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    Se balader
    parmi les joggers
    et les promeneurs de chiens

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     La pluie a cessé
    le soleil se montre
    et les premières fleurs aussi

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    Avoir envie
    de prendre en photo
    tous les arbres

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     toutes les échappées sur la ville 

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     et tous les marbres "recyclés"

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    Puis se perdre un peu
    dans les méandres de l'énorme parc
    et arriver à la villa Pamphili

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    ses magnolias

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    et ses citronniers sous emballage

    Roma 2014 dag 1 (26) - kopie.JPG

     Revenir par la via Aurelia Antica
    et manquer se faire écraser cinq fois
    avant de retrouver la Porta San Pancrazio
    et un arrêt de bus.

     

  • Adrienne est en vacances

    En ce dimanche 2 mars, l'Adrienne a prévu d'aller au palazzo Quirinale pour y voir l'expo "La memoria ritrovata, tesori recuperati dall'Arma dei carabinieri" (osez encore dire que vous ne comprenez pas l'italien Clin d'œil) et au palazzo Barberini pour le dernier jour de l'expo sur le peintre Antoniazzo Romano.

    Comment ça, vous ne connaissez pas ce monsieur?

    Et bien l'Adrienne non plus Langue tirée

    ***

    l'expo au palazzo Quirinale : http://www.quirinale.it/qrnw/statico/artecultura/mostre/2014_tesori/tesorihome.htm

    l'expo au palazzo Barberini: http://www.romeguide.it/mostre/antoniazzoromano/antoniazzoromano.html

  • Premières lectures

    J’ai dit que c’était une maison sans livres, c’était une exagération. Ma mère était abonnée à trois magazines féminins (même si l’oisiveté etc.) et mon père était un très grand lecteur de toute chose écrite, depuis le journal jusqu’aux volumes des condensés du Reader’s  Digest.

    Petite fille, il m’est arrivé deux fois de recevoir un livre en cadeau d’amis en visite : un livre de conte de fées et un livre de chansons enfantines illustrées. Je dois encore les avoir quelque part.

    Celui qui m’a finalement ouvert la porte à toutes les autres lectures, c’est le cadeau d’une amie de ma mère qu’on appelait madame Henriette : Heidi, de Johanna Spyri.

    Quand on quitte le riant village de Mayenfeld pour gravir la montagne à l’aspect imposant et sévère qui domine cette partie de la vallée, on s’engage d’abord dans un joli sentier de plaine à travers champs et vergers. Au pied de la montagne le sentier change brusquement de direction et monte tout droit jusqu’au sommet ; à mesure qu’on s’élève, l’air devient plus vif, et l’on respire à pleines bouffées les fortes senteurs des pâturages et des herbes alpestres.
    C’est ce sentier que gravissait par une brillante matinée de juin une grande et robuste fille de la contrée, tenant par la main une enfant dont le visage paraissait en feu malgré sa peau brunie. Ce n’était pas étonnant, car, en dépit de la chaleur de juin, la pauvre enfant était empaquetée comme au gros de l’hiver. Elle pouvait avoir cinq ans, mais sa véritable taille disparaissait sous une accumulation de vêtements : deux robes l’une sur l’autre, un gros mouchoir de coton rouge croisé par dessus, et d’épais souliers de montagne garnis de clous ; la pauvre petite suffoquait et avait bien de la peine à avancer.

    http://www.inlibroveritas.net/lire/oeuvre29680-chapitre151544.html

     souvenir d'enfance,lire,lecture,lecteur,père,françois bon

    http://www.bons-livres.fr/livre/johanna-spyri/1118-heidi-

    Je resterai éternellement reconnaissante à madame Henriette, qui a tellement bien compris mon bonheur de recevoir un livre, qu’elle m’en a offert un autre à presque chacune de ses visites : Pagnol, Le Château de ma mère, Jules Verne, La Jangada, sont deux titres qui me reviennent immédiatement en mémoire.

    A peu près au même moment, j’ai eu le bonheur de recevoir d’une ancienne collègue de bureau de ma mère toute sa collection de livres de la comtesse de Ségur. C’est après la lecture des Vacances que j’ai eu l’irrépressible envie d’écrire des livres, moi aussi.

    Entre-temps j’avais douze ans et enfin la permission d’aller à la bibliothèque où j’ai dû rester deux ans dans la section enfantine. J’y ai lu tout ce qu’il y avait à lire, Club des Cinq, Clan des Sept, Fantômette, Alice, je le faisais de manière systématique. Assise à mon bureau et censée travailler pour l’école, je lisais. Le soir après le souper, je lisais. Jusqu’à ce que mon père me dise :

    - Finis ton chapitre et va au lit.

    Car vu qu’il était lecteur lui-même, il savait combien il est dur d’arrêter sa lecture n’importe où. J’avais toujours le droit de « finir mon chapitre », même s’il comptait encore de nombreuses pages.

    ***

    à la manière de Perec
    W ou le souvenir d'enfance (
    p192)

    "C’est de cette époque que datent les premières lectures dont je me souvienne. Couché à plat ventre sur mon lit, je dévorais les livres que mon cousin Henri me donnait à lire. L’un de ces livres était un roman-feuilleton. Je crois qu’il s’appelait Le Tour du monde d’un petit Parisien.