• Z comme ZUT!

    C'est une très bonne chose, tout ce beau matériel didactique in-dis-pen-sa-ble dans toute école qui se respecte.

    C'est un bel outil, ce tableau blanc interactif relié à internet. Madame peut montrer un clip de Renaud-des-années-80, une tapisserie représentant Charles d'Orléans et Marie de Clèves, les Serments de Strasbourg ou une branche de houx (1).

    Puis la connexion fait des siennes ou l'engin rechigne, comme il sied à un article de luxe. Alors Madame s'énerve, elle n'aime pas rester là à chipoter la souris et le clavier pour récupérer le curseur et tourner trop longtemps le dos à ses élèves.

    Au troisième couac de sa magnifique installation, ça lui échappe:

    - Pu...!

    Heureusement, elle se reprend juste à temps:

    - Purée!

    Puis elle se tourne vers les élèves du premier rang, qui ne sont pas dupes:

    - Vous avez entendu? J'ai failli dire un gros mot!

     ***

    (1) car nombreux sont les élèves qu'une traduction n'aide pas, dès qu'il s'agit d'un arbre, d'une fleur, d'un oiseau...

     

    prof,école,élèves,langue

    Serments de Strasbourg

     

  • Y comme yassa

    - C'est piquant? je demande au serveur à propos du plat du jour, le poulet yassa du Sénégal.

    - Non, non! me dit-il.

    C'est ainsi que j'ai découvert que mes glandes lacrymales sont plus productives à l'oeil gauche qu'à l'oeil droit.

    En tout cas ce jour-là.

     014 - kopie.JPG

     

  • x c'est l'inconnu

    Entrepreneur, plein de célérité,

    Quinze jours a, je les ai bien comptés,

    Et dès demain seront justement seize,

    Que je fus fait confrère au diocèse

    De Saint-Marri, en l'église Saint-Pris.

    Si vous dirai comment je fus marrie

    Et me déplaît qu'il faut que je le die.

    Un samedi vous vîntes à l'étourdie

    En ce palais me jurer votre foi :

    « Lundi je travaille sous votre toit. »

    Incontinent, qui fut bien étonnée ?

    Ce fut Adri, plus que s'il eut tonné.

    Puis les jours et les semaines ont passé,

    Et quand je vous ai attendu assez

    J'ai compris que ce n'était pas demain

    Que j'aurais enfin ma salle de bains.

     

    maison a vendre,pastiche,poesie

    Clément Marot n'est malheureusement pas visible sur cette photo. 

  • W comme wagon de train

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    C'est un jeudi matin à huit heures, un train de navetteurs. Il se remplit au fil des arrêts jusqu'à ce que toutes les places soient occupées. Des hommes, surtout. Armés de mallettes, d'ordinateurs portables ou d'une caisse à outils. Certains se cachent derrière un journal. Les plus jeunes sont enfermés dans des oreillettes reliées à leur boite à musique.

    Je remarque peu de lecteurs. Quelques-uns ont les yeux rivés à un petit écran. J'en vois un qui regarde un film, un autre The Simpsons. Je ne peux m'empêcher de penser que ça doit être abrutissant, jour après jour. Et ça me rappelle un article lu le matin même, Three reasons you don't have Belgian friends (1) où une expat explique que le Belge préfère passer deux heures dans la circulation pour aller à son travail que quitter son village, sa famille, ses amis de toujours. Je me dis aussi que le défi est encore plus grand aujourd'hui que chacun sort dûment casqué et rendu sourd par sa musique.

    A Bruxelles-Midi, une jeune femme entre dans le compartiment en agitant son billet sous notre nez: Bruges? fait-elle. Mon voisin la renvoie vite sur le quai avant qu'il soit trop tard: Là, dit-il en montrant un grand écran. Là c'est marqué de quelle voie part le train pour Bruges. Elle redescend juste à temps. Je la vois s'éloigner sans jeter un regard à l'écran. Je commence à croire qu'elle est analphabète quand je la vois chercher des yeux une autre personne à qui montrer son billet pour Bruges.

    (1) http://cheeseweb.eu/2014/04/3-reasons-no-belgian-friends/

  • V comme vin aigre

    Bizarrement, ce bras en écharpe a tantôt un effet positif sur le responsable des Ressources Humaines, tantôt un effet négatif. Il y a celui qui semble se dire que ce sera synonyme d’accidents, de maladresse et de catastrophes en tout genre, comme il y a celui qui la trouve encore plus mignonne, battante et forte. Rôle qu’elle joue alors à fond :

    - Oh ! ce n’est pas pour un bobo de ce genre que je vais rester à me dorloter, fait-elle en riant.

    En sortant de ce dernier entretien, elle a un bon pressentiment. Des gens charmants, des locaux agréables, un travail gratifiant… « Espérons ! » se dit-elle en rallumant son portable.

    Elle a un message de sa mère : « Tu n’oublies pas que tu as promis de venir m’aider ? ». Elle ne peut s’empêcher de sourire. Même dans ses SMS, sa mère met scrupuleusement toutes les lettres, les accents, la ponctuation. Et elle ne considère pas qu’un bras dans le plâtre dispense sa fille d’aider à vider la maison de grand-mère Yvonne. Elle ne semble pas se souvenir que Virginie avait un entretien d’embauche.

    Une demi-heure plus tard, elle est en train de coucher précieusement une à une les bouteilles de vin dans des caisses en bois. Depuis la mort de grand-père, on n’en remontait plus que quelques-unes pour Noël et Nouvel An.

    - Elles ne seront peut-être plus bonnes qu’à faire du vinaigre, dit sa mère, mais on ne va tout de même pas les laisser ici.

    « Ici », c’est la maison où Virginie vivra, mais elle ne discute pas les décisions de sa mère.

    Midi. Un flash à la radio pour annoncer le décès du ministre d’Etat Jos Chabert. Virginie constate qu’il avait le même âge que sa grand-mère, 81 ans. Puis elle entend une autre voix. On dirait que sa mère a de la visite. Un homme. Quelqu’un qui connaît les lieux et qui a dû entrer par la porte du jardin, puisqu’elle n’a pas entendu de sonnette.

    Le ton monte rapidement et elle se demande si elle doit aller voir. Puis se ravise. On dirait que c’est d’elle qu’on parle.

    - Et maintenant que ta mère est morte, il serait peut-être temps de dire la vérité à Virginie ?
    - Non ! Il n’en est pas question !
    - Mais tu l’avais promis !
    - Jamais ! Et je t’interdis de lui parler, toi !

     jeu,fiction

     Quatrième et dernier épisode
    écrit pour Tu dînes ce soir
    http://tudinescesoir.wordpress.com
    avec les consignes suivantes:

    Episode 4 :
    On garde le même personnage, la même période, mais les contraintes sont :
    Lieu : une cave
    Action : l’héroïne doit entendre  ou voir une chose qu’elle n’aurait pas dû
    Contraintes d’écriture :  elle doit évoquer un sujet d’actualité de la semaine en cours

  • U comme un slogan

    "Spreek steeds je eigen taal in Brussel!" (1) disait un slogan de mon enfance. 

    Ça faisait hausser les épaules à mon père, qui passait sans problème d'une langue à l'autre et ça irritait énormément ma mère, qui trouvait le français absolument supérieur à toutes les langues en général et au néerlandais en particulier.

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    Alors aujourd'hui, si nous parlions tous notre propre langue à Bruxelles, ça ferait une jolie tour de Babel, avec 163 nationalités différentes

    Langue tirée

     

    (1) "Parle toujours ta propre langue à Bruxelles", in casu le néerlandais.

     

  • T comme Tantine

    Chère Tantine

    L'Oncle et toi faites partie de mes plus anciens souvenirs, et des plus forts.

    - Tu viens avec nous? m'a demandé celui dont on venait de m'apprendre qu'à partir de ce jour-là, je devais l'appeler l'Oncle.

    Pour toute réponse, je lui ai tendu la main. J'avais déjà confiance.

    Je me vois encore, à cinq ans à peine, assise à votre table au Café Memling. La musique y était tellement différente de celle que j'entendais à la maison. Tout y était différent et mystérieux. A commencer par la fascinante collection de porte-clés accrochés au-dessus du comptoir et ce gros appareil que l'Oncle appelait un juke-box.

    - Tu veux un coca? m'a-t-il proposé.

    Je ne savais même pas ce que c'était mais j'ai fait oui de la tête.

    - Avec une paille?

    J'ai tout de suite aimé l'Oncle. Il n'avait que de bonnes idées Cool

    La boisson avait une couleur et une odeur bizarres - je ne connaissais que l'eau et la limonade jaune - mais je l'ai tout de même bue. A petites gorgées espacées, comme il sied à une enfant bien élevée. Juste un peu inquiète quand la paille a fait des gargouillis étranges au moment où la petite bouteille était vide. Mais personne ne semblait l'avoir remarqué.

    Le coca au Memling, de préférence avec une paille, est devenu un rituel comme les aiment les enfants. Y compris les gargouillis.

    J'ai aussi un souvenir du jour de votre mariage. Un seul. J'ai vu pleurer ma Tantine et j'ai voulu la consoler. Mais on m'en a empêchée, pensant à tort que ce n'était pas l'affaire d'une petite fille de cinq ans.

    Pourtant, nous nous serions comprises. Tu n'avais que vingt ans et nous avions la même peine: nous venions de perdre un homme que nous adorions, ton père, mon grand-père.

    Aujourd'hui l'Oncle et toi fêtez vos noces d'or. Voilà cinquante ans que je vous serre contre mon cœur.

     vive la famille

  • Stupeur et tremblements de prof

    Il faisait très beau en ce mois de mars, si beau que les garçons étaient venus en bermuda et les filles en jupette.

    Madame les fait entrer en classe mais son sourire se fige et ses "Bonjour! entrez! asseyez-vous" s'étranglent dans sa gorge quand elle voit passer sa meilleure élève, celle qui apprend toutes ses leçons sur le bout des doigts, celle qui a toujours plus de 80%.

    Bien sûr, il y a longtemps que Madame avait vu qu'elle "faisait attention à sa ligne": la jeune fille à qui on peut voir quelques rondeurs, sur les photos de ses quatorze ans, est devenue très grande et très mince. 

    Mais en ce beau mardi du mois de mars, comme elle s'est débarrassée des éternels châles, pulls et grosse veste dont elle s'était enrobée tout l'hiver, Madame s'aperçoit qu'il y a un problème. Un vrai problème.

    Et tout à coup, les différentes pièces du puzzle s'assemblent dans sa tête: la maigreur de plus en plus extrême, le perfectionnisme, la fatigue constante, l'irritabilité, la pratique excessive d'un sport... Le déni.

    Rien à faire, qu'elle en ait envie ou non, Madame va devoir appeler les parents et leur dire son inquiétude. Elle sait à l'avance que ceux-ci, de leur côté, n'auront rien remarqué.

    Comme la plupart des autres parents à qui Madame a déjà dû annoncer la même mauvaise nouvelle ces sept dernières années.

  • 22!

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    Les pirates ont accroché leur drapeau sous les fenêtres de ma classe

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    Six heures du matin.
    Le Capitaine Crochet dort encore.

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    Sept heures du matin.
    L'équipage installe son bivouac dans la cour.

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    Huit heures du matin. 
    Tous nos pirates de Terminale réunis pour une danse.
    Non, ce n'est pas le carnaval.
    Ils fêtent leurs derniers "100 jours" en secondaire

    Cool

  • R comme requiescat

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  • R comme République

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     © Kot

    L’homme noir qui se tient très droit, la main fermant le col de son manteau autour de son écharpe, la casquette bien enfoncée sur la tête, c’est Adofo. Il n’est arrivé du Ghana qu’en décembre dernier et il a tout le temps froid.

    A côté de lui, c’est Kwesi. Il s’appelle comme ça parce qu’il est né un dimanche et ça fait beaucoup rire ses amis. Ils disent que ça explique sans doute pourquoi il est toujours si fatigué. Kwesi seul connaît la vraie raison de sa fatigue.

    La dame aux cheveux sombres et aux petites boucles d’oreilles, c’est Lurdes. Ses parents ont fui la dictature portugaise dans les années soixante. Lurdes avait quatre ans quand elle a pris le métro pour la première fois. Elle s’en souvient encore. Elle a eu très peur de descendre sous terre.

    La petite à l’air soucieux qui écrase sa paume contre la vitre, c’est Kyong. Son petit frère et elle font partie de la troisième génération de la paisible petite communauté des Coréens de Paris. On ne voit pas sa bouche qui appelle doucement:

    -엄마 ! 엄마 !

    Parce que sa maman et son petit frère sont restés sur le quai, à cause de la foule, des gros sacs de courses et de la poussette.

    Kyong, qui a juste cinq ans, n’est pas capable de donner son adresse exacte.

    ***

    écrit pour Bricabook n°122

    http://www.bricabook.fr/2014/04/atelier-decriture-22e-une-photo-quelques-mots/?utm_source=feedly&utm_reader=feedly&utm_medium=rss&utm_campaign=atelier-decriture-22e-une-photo-quelques-mots

  • Le bilan vestimentaire du 20

    Etranges, les couvre-chef de certains personnages.

    Bonnet à oreilles de chien, capuchon en plastique tenu par deux mains, embrasse de rideau.

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    Ou en tout cas quelque chose qui ressemble très fort à une embrasse de rideau...

    Michaël Borremans, The Wind (2011)

    Etrange, le rapport aux vêtements. Jupette en planchettes ou grand carton plié peint en rouge. Et quand l'homme porte un veston, il le met à l'envers.

     peinture,art,expo

    The Straw (2010)

    Et le plus joli vêtement n'est porté par personne:

    peinture,art,expo

    The Garment (2008)

     http://www.bozar.be/b3/userfiles/files/Borremans_vgSP2_A5_FR_light.pdf

  • Question existentielle

    Qu’avez-vous compris récemment?

    Peut-être que le tout, dans la vie, est de comprendre certaines choses.

    Peut-être même que, sur ce point, l’on pourrait s’aider.

    Dernièrement, chacun de nous a compris quelque chose.

    Pourquoi ne pas le dire?

     http://interludephilo.wordpress.com/2014/02/02/quavez-vous-compris-recemment/

    Récemment, j’ai compris qu’une année entière ne suffira pas pour mettre en ordre ma nouvelle maison ni pour déménager de l’ancienne.

  • P comme papiers

    - Allume le lampadaire qui se trouve là derrière toi, fait mémé Jeanne d’un geste en direction de Muanza.

    Il la regarde un peu ahuri.

    - Il ne comprend pas, Ma.
    - Pas de français, pas de néerlandais ! Faudra bien qu’il apprenne, s’il veut rester ici et trouver du travail !
    - On verra ça plus tard, dit Marie, quand il aura ses papiers. Nous avons rendez-vous demain à l’Office des étrangers.

    Il fait tout à coup étrangement calme dans le grand salon où la famille termine la soirée d’anniversaire. La dernière clarté du jour fait peu à peu place à la nuit et l’éclairage indirect, au-dessus des portes-fenêtres de la terrasse, a changé la baie en un immense miroir sombre.

    - Alors bientôt vous saurez quoi, finit par dire fils aîné en se reversant un cognac.
    - Je l’espère, dit Pierre, qui tend son verre. L’attente a assez duré.
    - En tout cas, fait mémé Jeanne, il aurait déjà pu suivre des cours de néerlandais depuis le début ! C’était toujours ça de gagné !

    Fille cadette se lève, imitée par sa sœur, elles font le rappel de leurs enfants.

    - Quoi ! s’exclame mémé Jeanne, comme à son habitude. Vous partez déjà ?
    - Il y a l’école, demain, Maman. Faut que les enfants aillent se coucher.
    - Mais il n’est même pas dix heures !

    Parce que pour mémé Jeanne, un des critères d’une fête réussie, c’est quand les invités ne partent qu’à la lumière de l’aube. Ecole ou pas.

    ***

    écrit pour Désir d'histoires n°129
    avec les mots imposés: 
    lumière – éclairage – clarté – lampadaire – attente – rendez-vous – quand – bientôt – demain – jour – nuit – aube - début

     fiction, Muanza, vive la famille

     

  • O comme odeur de sainteté

    "Le suore, preoccupate della salute dell'anima nostra, ci insegnavano che ogni sacrificio offerto al Signore si trasmutava in fiore odorosissimo nell'orto del Cielo"

    Elsa Morante, Aneddoti infantili, Einaudi 2013.

     

    Autre extrait qui m'a rappelé des souvenirs: "Les religieuses, préoccupées du salut de notre âme, nous enseignaient que chaque sacrifice offert au Seigneur se transformait dans le jardin du ciel en une fleur au merveilleux parfum."

    Je n'ai eu qu'une seule institutrice portant le voile. Du point de vue humain et pédagogique, elle a été la meilleure de toutes.

    Bien sûr, la religion était au centre de sa vie et sa foi très vive.

    Sa théorie à elle différait un peu de celle des religieuses d'Elsa Morante: elle nous racontait qu'un sacrifice offert à Dieu était récompensé au centuple. 

    - La preuve, nous dit-elle un après-midi, l'autre jour j'ai donné de bon coeur mon dernier stylo à quelqu'un qui n'en avait pas et le lendemain on m'en a livré toute une boite en cadeau!

    Nous étions fascinées et toutes prêtes à croire qu'elle recevrait bientôt les stigmates, exactement comme sa sainte préférée, Thérèse de Lisieux.

  • N comme nature morte

    Je vois sur ce tableau une poule morte et je me demande si on l'a tuée exprès à la demande du peintre. 

    Je me demande surtout si elle a souffert.

    Je me souviens de notre voisin-l'artiste (1) qui, ayant invité chez lui Jan Vercruysse (2), avait demandé à l'homme-de-ma-vie de venir tuer un de ses poulets précisément ce jour-là. Il fallait, dit l'artiste à l'homme-etc, qu'il se présente devant lui et son ami Jan Vercruysse de préférence avec les mains et les vêtements maculés du sang de la bête.

    Il faut savoir qu'il était dans sa période christique et pseudo-bucolique, par conséquent l'immolation d'un poulet cadrait dans ce paysage.

    L'homme-de-ma-vie s'est acquitté de cette tâche sans poser de questions, trop honoré de pouvoir ainsi rencontrer un artiste célèbre, pour lequel le voisin-artiste était allé fort loin acheter son whisky préféré, d'une marque rare et chère. 

    La mise en scène ne le gênait pas. Moi, si.

    Fréquenter le voisin-artiste m'a constamment fait ouvrir de grands yeux sur le monde de l'art contemporain. Il y aurait de quoi alimenter ce blog durant des semaines s'il fallait raconter tout ce que j'ai vu, entendu et vécu avec ce voisin.

    Langue tirée

     

    (1) dont je ne dirai pas le nom pour préserver mon anonymat

    (2) http://www.mleuven.be/fr/art-contemporain/expositions-passees/jan-vercruysse/

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    Michaël Borremans, 10 and 11 (2008)

    http://www.bozar.be/b3/userfiles/files/Borremans_vgSP2_A5_FR_light.pdf 

    On peut y voir la poule morte de Borremans, tableau très justement intitulé Dead chicken (2013). Le poulet immolé pour le voisin n'a pas été immortalisé.

     peinture,expo,art

     

    Michaël Borremans, The hare (2005)

  • M comme Michaël Borremans

    Le personnage est concentré sur lui-même, sur ce qu'il fait, même si ce qu'il fait est "rien", observer ses mains ou se tenir le nez.

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    Anna (2003)

    On le sent impuissant, subissant son destin. Comme ces enfants immobiles, les yeux baissés et le visage mélancolique, qui portent une jupe de fines planchettes ou un jouet de bois plus grand qu'eux.

    Parfois il est couché et on pourrait le croire mort. Souvent, il est impossible de déterminer son sexe.

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    The Sleeper (2007-2008)

    Pas de vraie cruauté, même si parfois il y a du sang. Plutôt la simple constatation de la souffrance humaine, ou pour le moins une tristesse diffuse. Tout en faisant preuve d'une forme de sympathie, ou plutôt d'empathie, pour le sujet/objet de souffrance.

    Ce personnage au visage flouté, ce pourrait être moi et je peux l'observer à mon aise, je n'ai pas à soutenir son regard. L'absence de regard est une des premières choses qu'on remarque: les yeux sont fermés, baissés, tournés vers un ailleurs, cachés par une frange de cheveux ou le personnage est montré de dos.

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    The Avoider (2006)

    Clin d'oeil à Courbet, La rencontre ou Bonjour, Monsieur Courbet (1854)

     bruxelles,peinture,expo

     http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/d/de/Gustave_Courbet_010.jpg

    Expo à Bruxelles, Bozar, Michaël Borremans. As sweet as it gets, jusqu'au 3 août 2014

    http://www.bozar.be/b3/userfiles/files/Borremans_vgSP2_A5_FR_light.pdf

    bruxelles,peinture,expo

     Remarquez en passant la "nouvelle orthographe" enfin appliquée
    (elle date tout de même déjà de 1976)

    Langue tirée

  • L comme Lanoye

    En lisant Sprakeloos (1) de Tom Lanoye, j'ai souvent pensé à feu ma belle-mère. Elle avait de nombreux points communs avec la mère de l'auteur, me semble-t-il.

    Tout d'abord, elle a dû apprendre le métier de son mari.

    Aan inzet voor haar nieuwe roeping mankeert het haar niet. Slagerin? Alles kun je leren. En alles went. Zelfs gewassen varkensdarmen, die in grof zout verpakt arriveren en die worden gebruikt om, gevuld met gehakt, worsten te worden. Alleen meegaan naar het abattoir doet ze nooit.

    Tom Lanoye, Sprakeloos, Prometheus, 2009, p.247

    Dans sa nouvelle vocation, elle ne manque pas d'ardeur au travail. Bouchère? Tout peut s'apprendre et on s'habitue à tout. Même aux boyaux de porc qui arrivent emballés dans du gros sel et qu'on remplit de haché pour en faire des saucisses. Il n'y a qu'une chose qu'elle ne fera jamais: accompagner à l'abattoir.

    (ma traduction, pas celle de van Crugten Langue tirée)

    Il me semble entendre ma belle-mère nous raconter ses débuts dans la branche. Comment elle aussi avait tout dû apprendre, et vite! Parce que peu de temps après leur mariage, mon beau-père a été rappelé sous les armes puis fait prisonnier en Allemagne.

    Sa théâtralité, aussi. Sa façon d'obtenir ce qu'elle veut, de son mari et de ses enfants. Qui sont au nombre de cinq, comme chez les Lanoye. Il emploie souvent pour elle le mot "moederdier", que van Crugten traduit par "mère poule". Traduction qui ne me satisfait pas: le mot est bien trop faible. Ce n'est pas la poule, qu'il faut évoquer, c'est la lionne.

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    Photo de l'intérieur de couverture. A l'occasion de la naissance de l'homme-de-ma-vie, le même genre de photo a été prise. Lui aussi était le cinquième et dernier enfant. Ils sont d'ailleurs nés la même année. Il y a même une grande ressemblance physique avec ma belle-mère.

    L'importance du noyau familial et de la nourriture. De l'être et du paraître, indissociables, car il faut paraître ce que l'on est et être ce que l'on paraît. (2) Le règlement intérieur et ses interdictions. Par exemple, les interdits de la conversation quand on est tous réunis autour d'un repas.

    Wie uit den vreemde arriverend in onze gewesten zakendeals heeft af te sluiten, of over internationale akkoorden moet onderhandelen, maakt zich beter geen begoochelingen. Ter zake doende gesprekken, houtsnijdende argumenten, levensbelangrijke contracten, het spervuur van vraag en opbod - ze kunnen alle wachten, tot bij of na ons dessert. Laat nooit een halszaak een goede maaltijd bederven, dat is onze regel wel. 

    Tom Lanoye, Sprakeloos, Prometheus, 2009, p.318

    Celui qui vient de l'étranger pour conclure une affaire ou négocier des accords internationaux ne doit pas se faire d'illusions. Les discussions d'affaires, les argumentations, les contrats d'importance vitale, le feu nourri de l'offre et de la demande - tout peut attendre jusqu'au dessert ou après. Ne laissez jamais une question d'Etat vous gâcher un bon repas, voilà notre règle.

    (ma traduction)

    A la fin de ce livre-hommage à sa mère, il pose la question qui me semble essentielle dans ce genre d'entreprise et qu'à ma petite échelle je me pose aussi très souvent:

    Is dit het boek geworden waarmee ik haar het best kon eren? Het boek dat zij het liefst had gelezen, en dat hij van mij verlangde? (...) Ik heb mijn twijfels.

    Tom Lanoye, Sprakeloos, Prometheus, 2009, p.357

    Ce livre est-il celui avec lequel je pouvais le mieux lui rendre hommage? Celui qu'elle aurait aimé lire, celui qu'il (3) désirait que j'écrive? (...) J'ai mes doutes.

    (ma traduction)

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    (1) une traduction française réalisée par Alain van Crugten a paru en 2011 aux éditions la Différence sous le titre La langue de ma mère.

    (2) si vous ne me comprenez pas, rassurez-vous, moi je me comprends, mais je suis incapable de dire mieux Langue tirée

    (3) allusion au début du livre, où il raconte que son père lui demande régulièrement quand donc il écrira un livre sur sa mère (Tom Lanoye a déjà écrit d'autres livres autobiographiques)

  • K comme Krakow

    http://www.bricabook.fr/2014/04/atelier-decriture-une-photo-quelques-mots-120e-2/?utm_source=feedly&utm_reader=feedly&utm_medium=rss&utm_campaign=atelier-decriture-une-photo-quelques-mots-120e-2

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    © Marion Pluss

    K comme Kraków

    Il fait excessivement chaud à Cracovie en ce mois de juillet. Installée près de la porte ouverte à deux battants, elle étudie la carte. Elle espère que Pawel ne tardera pas trop à arriver, qu’il puisse lui traduire quelques énoncés de plat. Ce serait tout de même bien de savoir si elle commande du poulet, des tripes ou du poisson.

    Polendwica, barszcz, zurek,  kotlet schabowy, pierogi, tout ça elle connaît déjà. Par cette chaleur, elle n’a pas envie de soupe et elle a déjà mangé chaque jour de la charcuterie, des côtelettes et des pierogi fourrés au chou.

    L’heure avance et elle est toujours la seule cliente du restaurant. Elle n’y comprend rien. Pawel lui a assuré que c’était la bonne adresse de Cracovie, l’authentique restau encore épargné des touristes. La preuve, il n’y a pas de menu en d’autre langue qu’en polonais. Mais il n’y a aucun Polonais non plus, malgré les accueillants gerbéras oranges  sur les petites tables de bois sombre. Même le serveur a disparu sans qu’elle ait eu l’occasion de commander une bouteille d’eau.

    Elle ne se souvient plus du tout pourquoi elle a accordé sa confiance à Pawel. Et s’il allait lui faire faux bond ? C’est en vain qu’elle essaie de le joindre sur son portable. Que s’est-il passé ?

  • K comme ketje

    La Galerie de la Reine sent bon les jacinthes.

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    Il y a une belle glycine à la rue Marcq (1)

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    La flèche de l'hôtel de ville est rutilante sous le soleil d'avril

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    Et le Théâtre des Galeries annonce son prochain spectacle

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    Avis à Joe Krapov!

    Clin d'œil

    http://www.trg.be/saison-2013-2014/le-mariage-de-mlle-beulemans/en-quelques-lignes__4681 

    ***

    (1) la rue Marcq, c'était le prétexte à cette sortie bruxelloise, Madame est allée écouter comment l'enseignement néerlandophone de Bruxelles gère le bilinguisme / multilinguisme / unilinguisme francophone de ses élèves.
    http://brusselleer.vgc.be/

  • J comme Jeanne

    Quand ils arrivent chez les parents de Pierre, ils sont les premiers, comme d’habitude. Mais ils savent que c’est ainsi que cela doit être, sinon mémé Jeanne ne pourrait pas les saluer de sa phrase rituelle :

    - Ce sont ceux qui viennent de loin qui arrivent les premiers !

    L’autre étant réservée à sa plus jeune fille :

    - Ce sont toujours les mêmes qu’on doit attendre !

    Ce qui est une entorse à la vérité, vu qu’on débouche les apéritifs dès que fils aîné est installé dans le meilleur fauteuil.

    Très vite, le séjour est envahi par un joyeux désordre. C’est le grand déballage des cadeaux, en commençant par les plus touchants, ceux des petits-enfants : motifs décalqués si on n’a pas le don de la peinture (c’est difficile à dessiner, un dromadaire), dentelle au crochet réalisée en classe, petit pot orné d’un animal bizarre.

    - Et ça, c’est quoi ? demande mémé Jeanne au généreux donateur.
    - C’est un diplodocus ! Tu ne connais pas ? C’est pour y mettre ton dentier !

    Mémé Jeanne ne trouve pas ça très drôle et le dédain se voit sur sa figure.

    - C’est sa passion du moment, les animaux préhistoriques, dit avec douceur fille numéro deux.
    - Quelqu’un désire encore une petite coupe ? clame fils aîné.
    - Je vais mettre un autre disque, dit Pierre.

    Chacun cherche à faire diversion pour écarter le danger. Heureusement, mémé Jeanne est déjà passée à autre chose. Elle tient avec délicatesse une aquarelle qui représente deux danseurs dans le déclin du jour.

    - C’est très réussi ! dit-elle à l’artiste. Je le mettrai dans ma chambre. Désormais, ce sera la première chose que je verrai en m’éveillant !

     fiction,muanza,jeu

    Assis dans son coin où personne ne lui parle, Muanza observe ce petit monde. Le gamin débrouillard qui se gave de chips malgré l'interdiction de sa mère, le grand-père qui tient fièrement sa première bouteille d’alcool distillée en toute illégalité dans sa remise, gendre numéro trois qui a une tache de dentifrice sur sa cravate neuve.

    Il est un peu perdu dans le dédale de leur généalogie et se dit que ce qu’il a de mieux à faire, c’est d’attendre patiemment le signal du départ.

    ***

    écrit pour Les plumes d'Asphodèle n° 26

     fiction,muanza,jeu

    avec les mots imposés:
    dentifrice, délicatesse, deux, débrouillard, désirer, danse, danger, diplodocus, dentier, désordre, décalquer, drastique, douceur, dédain, désormais, dentelle, dromadaire, don, dédale, déballage, doryphore, drôle, départ, disque, déclin, distiller.

    On pouvait en "oublier" deux : je n'ai pas placé le doryphore ni le drastique vu que ça signifie "purgatif énergique" et que je n'avais pas envie de parler des problèmes intestinaux de mémé Jeanne. Son dentier suffit.
    Langue tirée

     

  • I comme inspiration chez Lali


    lali358.jpg

    http://lalitoutsimplement.com/en-vos-mots-358/#comments

    Cet été, Adélaïde a quitté le couvent où on a pris soin de faire d’elle une jeune fille parfaite, pieuse et modeste. Assise dans son banc, les yeux baissés, elle est concentrée sur son livre de prières.

    Ce qu’on ne peut pas dire de tout le monde.

    Dans le banc d’à côté, les frères Davenport ne voient qu’elle… Ah ! ce moment où elle relève sa voilette ! John se tient si près qu’il peut sentir son parfum d’iris et de rose. Quant à Jack, chaque dimanche il sort du temple avec un torticolis à force de se tenir de travers pour mieux la regarder.

    Et juste derrière eux, Mrs Morris et sa fille June surveillent d’un air sévère tout ce petit manège.

    -  Quand je serai grande, se dit June, c’est moi qu’on regardera !

  • H comme héros

    Côté jardin, la rue porte le nom d'un héros de la Flandre du début du 14e siècle. Comme à Anvers, Gand et Bruges, ou comme dans la plupart des villes flamandes. Sauf qu'ici il s'agit d'une toute petite rue, autrefois en cul-de-sac, bordée de modestes maisons ouvrières et de jardinets.

    Par beau temps, la rue prend des airs de village. 

    Marie-Paule profite de ce que son mari rajoute une épaisse couche d'écorces de pin sous ses buis taillés pour faire admirer son petit-fils. Il fait ses premiers pas et est surtout attiré par la difficulté de la bordure du trottoir ou par le danger de la route. Accroché aux doigts de sa grand-mère pliée en deux, il est tout sourire jusqu'à ce qu'on lui interdise quelque chose. Alors il pleure et Marie-Paule rentre vite chez elle. D'ailleurs, son mari a terminé de peaufiner le jardinet, qui était déjà méticuleusement irréprochable.

    Nohaila pousse le landau dans lequel braille son petit frère. Elle n'a pas sept ans et joue à la petite mère. Pour le consoler, elle lui frotte le dessus du crâne tout en tenant la poussette de l'autre main, un peu de travers, il est vrai. Elle lui susurre des mots censés le calmer. Peine perdue. Il ne cessera de hurler qu'une fois la porte refermée derrière eux.

    A midi, la hotte aspirante de la maison d'en face me fait savoir ce qu'il y a au menu. Aujourd'hui, c'est du poisson. De temps en temps, le chien aboie, pour des raisons connues de lui seul. Des merles sifflent sur tous les toits. C'est dimanche, il y a moins de circulation.

    Vers une heure passe le marchand de glaces. On entend sa petite musique, exactement comme autrefois, quand j'étais une petite fille et que grand-mère Adrienne ne résistait pas à la tentation. Deux boules sur un cornet, vanille-fraise, voilà ce qu'elle prenait à chaque fois. Alors moi aussi.

    vie quotidienne,maison a vendre,ça se passe comme ça,flandre

    Autrefois, la glace venait de chez Marietje Kreem, qui la fabriquait véritablement de manière artisanale, dans un appentis. Si on avait raté la tournée de Marcel, son mari, ou pas été assez rapide à trouver le portemonnaie, on pouvait toujours traverser la rue et aller chez Marietje, qui nous servait directement depuis la grosse cuve. Aujourd'hui, ça vient d'une firme.
    Hollandaise!

    http://www.trilab.com/upload/image/page_161_15_3_edited.jpg

  • G comme Grande Randonnée

    Lorsque, comme moi, on ne sait rien de Compostelle avant de partir, on imagine un vieux chemin courant dans les herbes, des raidillons sous un soleil de plomb, des gîtes inconfortables où le soir, à la veillée, on soigne ses ampoules en se racontant des histoires entre pèlerins.

    Pèlerin qui un jour, pour on ne sait quelle raison – défi lancé à lui-même, vœu pour une amie cancéreuse, exploit sportif ou crise du milieu de vie – s’est jeté sur le Camino francès ou sur le Chemin du Nord, muni de sa credencial où chaque tampon devient un fleuron à sa gloire.

    Rapidement, une conclusion s’impose : il pleut beaucoup, sur le chemin de Compostelle, et on a davantage besoin d’un grand caban et de bottines imperméabilisées que de crème solaire. Aussi, dès le premier jour de marche, je vois les autres penser : « ce type doit avoir un problème » et à chaque halte, je sens le malaise s’installer.

    ***

    écrit pour : http://mandrine6.wordpress.com/2014/04/06/la-magie-des-mots-n-je-ne-sais-plus-disons-n-1-pour-cette-annee/#comment-16597

    Incipit de Jean-Christophe Rufin: "Lorsque, comme moi, on ne sait rien de Compostelle avant de partir, on imagine un vieux chemin courant dans les herbes … où …" (Compostelle malgré moi)

    La deuxième phrase au choix: " Rapidement, une conclusion s’impose : " ce type doit avoir un problème". Vous sentez le malaise s’installer"

     029 - kopie.JPG

     ceci n'est pas le Camino francès 
    mais plutôt Al-Andalus
    Cool

  • F comme Folon

    défi292.jpg

     

    http://samedidefi.canalblog.com/archives/2014/03/29/29538433.html

    Autrefois,
    on mettait le képi dans la cage
    et on sortait avec l’oiseau sur la tête.

    Aujourd’hui
    on tient les oiseaux enfermés
    sous le chapeau.

     

    Liberté
    je crie ton nom.

    ***

    écrit pour le Défi du samedi 292

  • 7 méthodes infaillibles

    "7 méthodes infaillibles pour faire de votre enfant un être inadapté mais génial", voilà le sous-titre d'un livre écrit par deux Américaines, Comment traumatiser votre enfant.

    traumatiser.jpg

    on peut lire les premières pages ici:

    http://www.premierchapitre.fr/book_reader/desktop_pc/v2/index.php?tl=1&idk=1&idc=2e41d310e2248fca3f1d95db4671f8e7&t=comment_traumatiser_votre_enfant

    Etant donné qu'aucun parent n'est parfait, et que sans le vouloir il va forcément procurer des traumatismes à ses enfants, autant qu'il le fasse en connaissance de cause, dit le bouquin, en choisissant bien la méthode en fonction de sa propre personnalité et des résultats qu'il veut obtenir.

    Ainsi par exemple, s'il en sent les dispositions, il peut jouer au parent humiliateur:

    "La vie est dure, et plus tôt votre enfant prendra conscience qu’il n’est pas extraordinaire, mieux ce sera.

    Vous menez une vie minable que vous n’avez pas choisie. Votre enfant va manquer de confiance en lui, comme vous. Critiquez-le. Ne le félicitez pas. Cela l’aidera à apprendre. Culpabilisez votre môme sur son poids. Rationnez ses plats favoris. Comparez vos enfants entre eux, prenez un chouchou."

    Mais sous le ton humoristique perce tout de même une triste réalité. Vous en voulez un autre exemple? Voici le parent indulgent:

    Vous avez attendu de prendre de l’âge avant de fonder une famille. Quand il est né, vous avez créé pour bébé un monde parfait. Le moindre de ses pipis était sacré. Vous l’avez laissé fixer ses horaires pour tout : manger, dormir…

    Vous cédez à toutes ses colères. Votre enfant casse tout ? C’est qu’il déborde d’énergie ! Pas de limite pour la télé et les jeux vidéo.
    Vous êtes paresseux. Votre devoir est de regarder les choses s’accomplir. Inutile d’enseigner les bonnes manières, la morale : vous vous évitez le désagrément d’avoir à dire non."

    J'en connais pour qui il s'agit à peine d'une caricature...

  • E comme experte

    - Si on allait à la bibliothèque samedi après-midi, propose la nipotina, on pourrait réserver une heure d'internet?

    - Excellente idée!

    Car chacun ici connaît la cyberdépendance d'Adrienne, n'est-ce pas.

    - Tu sais quoi, dit-elle, j'irai à pied, comme ça je pourrai voir la mer.

    - Ah, si tu veux, dit la nipotina, qui n'aime ni le soleil, ni la marche. Or il fait très beau ce week-end.

    L'Adrienne traverse la ville toute guillerette. Deux parcs. Des tas d'avenues, de rues et de carrefours. Arrive une heure en avance à la bibliothèque mais c'est prévu dans son plan: une heure d'internet ne lui suffira pas, elle le sait, il lui en faudra bien deux, elle a encore un billet à écrire pour le E. Il est tout prêt dans sa tête: "E comme Elle est à Ostende". Un billet jubilatoire sur le ciel d'Ostende, les mouettes d'Ostende, la digue d'Ostende, la nipotina, Mama Moussa et Pipo Rossi.

    Elle s'installe à un ordinateur, ouvre son sac pour y prendre sa carte d'identité.

    Pas de portefeuille.

    Pas de permis de conduire.

    Pas d'argent. 

    Pas de carte d'identité.

    Donc pas d'internet.

    ***

    Priez tous, vous qui passez par ici, pour que l'Adrienne ne se fasse pas arrêter par la police en rentrant chez elle dimanche soir.

    Merci Langue tirée

  • D comme Désir d'histoires

    - “If you go to Rome do what the Romans do”, c’est ce que ma mère me disait toujours et je crois que c’est un bon conseil. Je ne voudrais pas commettre d’erreurs.

    - Absolument, dit Marie en souriant, c’est un proverbe d’une grande sagesse. C’est vrai qu’il faut s’adapter. Ça nous fera plaisir si tu nous accompagnes mais ici on ne t’oblige à rien !

    - No problem ! J’accepte l’invitation avec joie !

    C’est dimanche et Muanza va faire la connaissance des parents de Pierre. Toute la famille se réunit pour l’anniversaire de sa maman, qui est née un 23 mars.

    Dans un de ses sacs plastique, Muanza a retrouvé la belle cravate qu’il croyait perdue et qui avait tant fait rire Atuahene et Kendu l’hiver dernier, au Petit-Château. Ça le rend d’autant plus heureux qu’il vient d’apprendre que la maman de Pierre aime qu’on s’habille élégamment pour sa fête.

    - Faire plaisir à ma mère, explique Pierre un peu plus tard, quand ils sont dans la voiture, c’est un art très subtil. L’an dernier, on lui a offert de jolies pantoufles. Et bien, c’était une grave erreur ! Elle y a vu une allusion à la vieillesse, à son grand âge, quoi !

    - Ô rage, ô désespoir, ô vieillesse ennemie, déclame Marie.

    - Et quand elle a eu 60 ans, ma sœur aînée lui avait offert 60 tulipes. Quel fiasco ! Elle n’a pas arrêté de dire qu’elle en avait plein le jardin et qu’elle aurait préféré recevoir dix fleurs par semaine plutôt que soixante en une fois !

    - Là, je ne lui donne pas tort, dit Marie. Je la connais, ta mère. Une telle abondance, c’était l’échec assuré !

    - Et cette année ? demande Muanza.

    - Cette année, on a sorti le grand jeu ! On s’est tous cotisés pour lui offrir une nouvelle table de jardin.

    - Je la connais, répète Marie. Tu verras. Elle est tellement adversaire de la nouveauté qu’elle ne voudra jamais se séparer de son ancienne table, même si elle est rouillée.

    Muanza se cale confortablement dans son siège, le sourire aux lèvres. Il a de plus en plus hâte de faire la connaissance de cette vieille dame.

    jeu,fiction,muanza

    ***

    écrit pour Désir d'histoires n° 128
    avec les mots imposés suivants:
    sagesse
    – proverbe – absolument – subtil – vieillesse – ennemie – adversaire – jeu – échec – fiasco – accepter – joie – plaisir – offrir

     

    histoire.jpg

     

    La consigne facultative :
    votre personnage doit retrouver un objet qu’il avait perdu.

  • C comme Chaussures italiennes

    Bon, c’est pas tout ça, mais si Mamie peut rentrer chez elle, il y a deux ou trois bricoles à faire avant ! Comme installer une barre d’appui dans sa salle de bains, par exemple. Il doit bien y avoir un magasin de bricolage, dans le coin ? Va falloir que je demande à quelqu’un…

    Ah ! d’accord ! Merci ! Sortir par la rue Edouard Dufour, traverser l’avenue de Champagne, continuer jusqu’au boulevard Alsace-Lorraine… OK, bon, après je redemande !

    Ça doit être par là, je suppose… On dirait bien une zone commerciale, là-bas. Bien cadenasser le vélo, manquerait plus qu’on me le pique… Quoique, vu l’état dans lequel il est...

    Barre d’appui, barre d’appui… Ah ! les voilà. Ben dis donc ! 16,90 euro la moins chère, et t’as vu ce que c’est ? Pfff… Je crois que je vais prendre celle-ci, avec la surface cannelée, ça m’a l’air encore plus efficace. 22 euros, c’est faisable.

    Non mais je rêve ! Vise-moi la mémé avec son déambulateur, là ! Et lui, ça doit être son mec, qui fait le guet. On dirait Harriet et Fredrik, dans Les chaussures italiennes. Y a pas de caméra, dans ce magasin ? Voilà qu’elle se débarrasse de quelques emballages et fourre je ne sais quoi sous sa veste ! On aura tout vu ! Enfin, façon de parler, je me demande si quelqu’un l’aura vu, à part moi. Ah bin ça alors, c’est trop fort !

     chaussures it.jpg

     Consignes pour le deuxième épisode :

    Lieu : un magasin de  bricolage
    Action : votre héroïne fait une découverte
    Contrainte d'écriture : elle doit évoquer l’auteur suédois Henning Mankell

    http://tudinescesoir.wordpress.com/

  • B comme Bonjour, facteur!

    Madame a beaucoup fait rire sa classe de 5e économie-langues modernes (1). Vraiment, ils se tordaient.

    Simplement parce que, suite à un reportage audiovisuel sur les moyens de communication moderne, elle a raconté qu'entre ses dix-huit et vingt ans, elle a passé les mois d'été à guetter le facteur et à courir à la boite aux lettres, jour après jour, dans l'attente d'un courrier de son chéri.

    Tordant, vraiment.

    ***

    Le soir, en repensant à tout ça, Madame s'est souvenue d'un poème qu'elle a appris par coeur à l'école primaire. Et que sûrement on n'apprend plus aux enfants d'aujourd'hui.

    Le facteur - Maurice Carême

    Le facteur n’a jamais de lettre
    A me remettre.
    Il rit quand je l’attends
    Sous l’auvent.
    Je tremble chaque fois
    Qu’il ouvre devant moi
    Sa sacoche a secrets.

    "Cette facture-là,
    C’est pour votre papa.
    Et la carte en couleurs,
    Avec un cœur,
    C'est pour votre grande sœur.
    Pour vous, il n'y a toujours rien,
    Mademoiselle " (2)

    Et pourtant je l’attends
    Chaque jour sous l’auvent

    ***

    (1) ce qui correspond à une classe de Première dans le système français.

    (2) ici j'ai l'impression qu'il manque quelque chose, ma mémoire me joue des tours... "Et il rit de plus belle en s'éloignant sur le chemin"? Je crois que c'est ça, ça me revient Rigolant

     prof,école,élèves,souvenir d'enfance,lettre