• Dernier jour

    - Mon dernier jour est arrivé.

    Voilà sa pensée prédominante, alors qu'il est couché par terre dans une cellule sans fenêtre.

    Depuis la veille… Non! depuis la mort de Baako, il s'interroge sur le chemin parcouru par sa famille. Y aurait-il eu, quelque part, une querelle oubliée dont il subirait les conséquences aujourd'hui? Pourquoi le sergent boiteux, avec qui il a si souvent joué à l'awélé, l'a regardé avec une telle rage et si durement frappé dans le cou et sur la tête?

    Il a mal partout et sa blessure se rouvre de temps en temps. Pourtant ses pensées le ramènent surtout aux jours heureux. Depuis qu'il a épousé Rosemonde, ils vivent en paix, vaquant à leurs occupations, Rosemonde à son atelier de couture, lui à son atelier mécanique: nul problème sérieux ne vient alourdir le cours des jours et leur petit garçon grandit en bonne santé.

    Il sait maintenant que cette paix était une fiction: à l'armée, ses supérieurs n'oublient rien, ne pardonnent rien. Le jour où le régime l'a exigé, ils ont ressorti le dossier Muanza et son sort a été scellé.

    Deviendrait-il ce fils prodigue qui enlève avant l'heure à sa famille sa part d'héritage? Rosemonde, il en est sûr, est en train de multiplier les démarches pour le sauver, mais il faut de l'argent, beaucoup d'argent! Il se l’imagine, le visage tendu, faisant le tour de tous ceux qui n’ont pas encore payé ses travaux de couture. Ce ne sont que de petites sommes dérisoires mais elle glisse chaque billet sale et froissé dans une poche cachée sous les plis de sa longue jupe.

    C'est l'armée qui est venu l'arrêter et il n'a même pas pu prendre un vêtement de rechange. C'est pour cette raison qu'il s'attend au pire. Il se dit qu'il aurait dû aller à Londres, quand il en était encore temps, ou au Canada. Là où se sont exilés les chefs du parti de l'opposition. Aujourd'hui il faudrait presque un miracle pour le sortir à temps de sa prison et rassembler l'argent du voyage. Le Canada! Muanza ne sait pas ce que c'est que l'hiver.

    Oui, il a participé activement à la campagne électorale, cette année-là, quand sous les pressions internationales les partis de l'opposition avaient été admis. Il a visité de nombreux villages dans le nord du pays, la région de ses parents, de tous ses ancêtres, pour expliquer aux gens comment voter. Pour leur dire aussi les enjeux de ces élections, les premières à être véritablement démocratiques. Pendant les mois qu'a duré cette tournée, il a revu les maisons traditionnelles pareilles à celles de son enfance, avec leur Nyame dua protecteur et les mares où se concentrent les activités des femmes et les jeux des enfants.

     

    Mais les gens ont eu peur: le dictateur en place a encore obtenu 58,3% des voix.

    fiction,jeu,muanza

    http://www.wmf.org/project/asante-traditional-buildings

    ***

    Les éditions Zulma, dont je parlais hier, c'est aussi cette page: http://www.zulma.fr/atelier-ecriture.html que je n'avais pas explorée et que Joe Krapov m'a fait connaître (remerciements éternels Clin d'œil) ... Ce qui m'a permis de continuer l'histoire de Muanza en insérant des mots pris dans les premières pages de L'Oeuvre au noir, de Marguerite Yourcenar.

  • Z comme Zulma

    Elle remplaçait Daniel Simon au pied levé et avait apporté son dernier coup de coeur de (grande) lectrice. Elle a voulu en lire son extrait préféré et a dit que ce serait un merveilleux exercice d'écriture de raconter sa vie comme Bergsveinn Birgisson le fait pour son héros aux pages 103-105.

    Sous de faux airs de coq-à-l'âne, le narrateur y accumule sur deux pages des traits et anecdotes qui résument toute son existence. Les phrases relativement courtes commencent par des verbes comme "J'ai senti... J'ai vu... J'ai éprouvé... J'ai entrevu... J'ai perçu... J'ai compris..."

    Autour de la table, les huit participants à l'atelier d'écriture ont armé leur stylo pour noter les références.

    - La lettre à Helga Z, c'est ça?
    - Non, juste La lettre à Helga. Le Z, c'est la maison d'édition, Zulma.

    Z comme Zulma. C'était le nom du tout premier chat de l'Adrienne. Une belle tigrée, fine et grise, qui avait l'oreille si musicale que la moindre fausse note la réveillait de sa sieste au coin du poêle à mazout.

    C'est ainsi que l'Adrienne, qui avait tout de suite commencé la rédaction à la manière de Bergsveinn Birgisson, se retrouve de nouveau dans les "Je me souviens..." plutôt que dans les "J'ai senti... J'ai vu... J'ai éprouvé... J'ai entrevu... J'ai perçu... J'ai compris..." Langue tirée

    Mais n'empêche: c'est vrai que ce serait un bel exercice d'écriture.

    bergsveinn birgisson.jpg

    Bergsveinn Birgisson, Islandais jusqu'au bout du pull Langue tirée

    http://www.zulma.fr/auteur-bergsveinn-birgisson-347.html

    « Mon neveu Marteinn est venu me chercher à la maison de retraite. Je vais passer le plus clair de l’été dans une chambre avec vue plongeante sur la ferme que vous habitiez jadis, Hallgrímur et toi. » Ainsi commence la réponse – combien tardive – de Bjarni Gíslason de Kolkustadir à sa chère Helga, la seule femme qu’il aima, aussi brièvement qu’ardemment, d’un amour impossible.

    Et c’est tout un monde qui se ravive : entre son élevage de moutons, les pêches solitaires, et sa charge de contrôleur du fourrage, on découvre l’âpre existence qui fut la sienne tout au long d’un monologue saisissant de vigueur. Car Bjarni Gíslason de Kolkustadir est un homme simple, taillé dans la lave, pétri de poésie et d'attention émerveillée à la nature sauvage.

    Ce beau et puissant roman se lit d’une traite, tant on est troublé par l’étrange confession amoureuse d’un éleveur de brebis islandais, d’un homme qui s’est lui-même spolié de l’amour de sa vie.

    http://www.zulma.fr/livre-la-lettre-a-helga-572074.html

     

    ***

     

    Bon, tout ça est effectivement bien attirant, reste à le trouver en bibliothèque... Car vu l'exiguïté de sa demeure, l'Adrienne a pris la résolution de ne plus acheter de livres.

     

    Aussi, en ce moment, elle évite les librairies Langue tirée

  • Y comme Yvetot

    Je lis La Honte d'Annie Ernaux. Je reconnais toujours beaucoup de choses chez cet auteur, même si nous sommes d'une génération, d'un milieu et d'un pays différents. Mais je reconnais cette sorte d'"étouffement".

    Chaque fois aussi j'ai envie de "faire du Annie Ernaux" ou tout au moins de la traduire. C'est une des meilleures façons de s'approprier un texte, de le connaître à fond.

    Cet extrait-ci est le début du chapitre qui commence à la page 40. Je l'offre en clin d'oeil à gballand Clin d'œil

    En juin 1952 (1), je ne suis jamais sortie du territoire qu’on nomme d’une façon vague mais comprise de tous, par chez nous, le pays de  Caux, sur la rive droite de la Seine, entre Le Havre et Rouen. Au-delà commence déjà l’incertain, le reste de la France et du monde que par là-bas, avec un geste du bras montrant l’horizon, réunit dans la même indifférence et inconcevabilité d’y vivre. Il semble impossible d’aller à Paris autrement qu’en voyage organisé, à moins d’y avoir de la famille susceptible de vous guider. Prendre le métro apparaît comme une expérience compliquée, plus terrifiante que monter dans le train fantôme à la foire et nécessitant un apprentissage qu’on suppose long et difficile. Croyance générale qu’on ne peut aller quelque part sans connaître et admiration profonde pour ceux ou celles qui n’ont pas peur d’aller partout.

     

    Les deux grandes villes de par chez nous, Le Havre et Rouen, suscitent moins d’appréhension, elles font partie du langage de toute mémoire familiale, de l’ordinaire de la conversation. Beaucoup d’ouvriers y travaillent, partant le matin et revenant le soir par « la micheline ». À Rouen, plus proche et plus importante que Le Havre, il y a tout, c’est-à-dire des grands magasins, des spécialistes de toutes les maladies, plusieurs cinémas, une piscine couverte pour apprendre à nager, la foire Saint-Romain qui dure un mois en novembre, des tramways, des salons de thé et des grands hôpitaux où l’on emmène les gens pour les opérations délicates, les cures de désintoxication et les électrochocs. À moins d’y travailler comme ouvrier sur un chantier de reconstruction, personne ne s’y rend vêtu en « tous-les-jours ». Ma mère m’y emmène une fois par an, pour la visite à l’oculiste et l’achat des lunettes. Elle en profite pour acheter des produits de beauté et des articles « qu’on ne trouve pas à Y. ». On n’y est pas vraiment chez nous, parce qu’on ne connaît personne. Les gens paraissent s’habiller et parler mieux. À Rouen, on se sent vaguement « en retard », sur la modernité, l’intelligence, l’aisance générale de gestes et de paroles. Rouen est pour moi l’une des figures de l’avenir, comme le sont les romans-feuilletons et les journaux de mode.

     Annie Ernaux, La honte, pages 40-42, Gallimard, 1997

      (1) née en 1940, elle a donc 12 ans en 1952.

     annie ernaux la honte.jpg

    Malheureusement, ce n'est plus un défi.
    Ce livre a déjà été traduit en néerlandais
    Langue tirée

     

  • X c'est la non existence

    Avoir des jumeaux et ne déclarer qu'un seul des deux bébés à la naissance, c'est possible dans la Suède de la deuxième moitié du 20e siècle, vous croyez? Et le vouer à une non-existence, depuis l'enfance jusqu'à l'âge adulte?

    Evidemment, ce n'est pas en vous posant des questions pareilles que vous allez pleinement jouir de la lecture de l'Analphabète qui savait compter, de Jonas Jonasson.

    D'autant plus que dès les premières pages, vous constatez que l'éditeur vous prend pour une c..., vu que la première chose que la jeune analphabète en question fait, c'est apprendre la lecture. Pour ne plus jamais s'arrêter de lire.

    Il y en a qui trouvent tout ça "loufoque" et "déjanté", certains le trouvent même "profond" (!) moi j'ai trouvé que les ficelles étaient bien grosses et les trucs et autres tours de passe-passe exactement les mêmes que ceux que l'auteur avait utilisés dans son livre précédent, Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire.

    Le vieux m'avait tenue en haleine et fait (sou)rire, l'analphabète non. Même recette, même sauce, bref, un trop fort goût de réchauffé.

    Voici l'incipit: 

    "D'une certaine manière, les videurs de latrines du plus grand ghetto d'Afrique du Sud étaient bien lotis. Après tout, ils avaient du travail et un toit au-dessus de la tête.

    Néanmoins, statistiquement, ils n'avaient aucun avenir. La plupart succomberaient jeunes à la tuberculose, à une pneumonie, aux diarrhées, à la drogue, à l'alcool ou à une combinaison de l'ensemble. Quelques rares spécimens auraient le privilège de fêter leurs cinquante ans, ce qui était le cas du chef du bureau des latrines de Soweto, même s'il était usé par le travail et malade. Il avalait bien trop d'antalgiques avec bien trop de bière bien trop tôt le matin. En conséquence, il se montra un jour quelque peu véhément à l'égard d'un représentant envoyé par les services sanitaires de la commune de Johannesburg. Un moricaud qui osait hausser le ton ! L'affaire remonta jusqu'aux oreilles du chef de service qui, lors de la collation matinale avec ses collaborateurs le lendemain, annonça qu'il était temps de remplacer l'analphabète du secteur B."

    C'est peut-être pour des passages comme celui-ci que certains trouvent le livre "profond" Langue tirée 

    analphabète.jpeg

     http://www.pressesdelacite.com/site/l_analphabete_qui_savait_compter_&100&9782258097063.html

  • W comme wagon de train

    Prendre le train dans une ville d'étudiants.

    Sourire en voyant que le look bohème existe encore, ne serait-ce qu'en cet exemplaire unique qu'on a envie de photographier. Se retenir. Le photographier des yeux.

    Pantalon informe de couleur moutarde (écrasée), veste qui a vécu des jours meilleurs (et de trop nombreux jours depuis), vieilles baskets (mais tellement confortables), gros sac de jute en bandoulière, écharpe tricotée par bobonne avec des restes de laine, chevelure qu'on ne confie à aucun coiffeur.

    Oui, sourire.

    Et se dire: "Ce jeune homme, c'est moi!"

    Même si on est un femme de plus de cinquante ans.

    Même si ce jour-là, on a fait des efforts vestimentaires (journée portes ouvertes, soirée à l'opéra, visite de fête des mères obligent).

    Oui, ce jeune homme, c'est moi. Sourire

  • V comme vu!

    Samedi dernier, en sortant de chez ma mère, je décide de passer à la banque.

    Dehors, appuyé contre le mur, un vieux monsieur tient une canne blanche dans la main gauche. 

    Aveugle.

    Dans l'autre main, il tient ses extraits de compte.

    Qu'il est en train d'examiner attentivement.

    Il n'a même pas besoin de lunettes, malgré son âge avancé.

    Puis il range ses papiers dans une poche, fait deux ou trois pas vers le bord de la rue et brandit sa canne, qu'il lève bien fort pour exiger que les voitures s'arrêtent et le laissent passer.

    Nos regards se croisent mais je ne dis rien, bien sûr.

    Qu'auriez-vous dit, vous?

     

  • U comme une vieille dame

    C'est une vieille dame aux cheveux tout blancs qui n'ont plus vu de coiffeur depuis très longtemps. Elle a une sorte de coupe au carré qu'une main amie retaille de temps en temps. Avec une raie sur le côté et une épingle pour retenir la mèche et dégager le front.

    Le front est tout ridé, les joues encore plus, et les mains, qu'elle tient posées dans son giron, sont tavelées, décharnées.

    Comme tous les après-midis de beau temps, elle a installé sa chaise dans l'ouverture de sa porte d'entrée. Sa rue est en pente, à sens unique, peu fréquentée par des piétons. Elle me voit arriver de loin et sourit.

    La première fois, je ne savais pas s'il fallait m'adresser à elle en néerlandais ou en patois. J'ai opté pour le patois. 

    C'est une vieille dame aux cheveux tout blancs, qui aspire à un brin de causette.

    - Ah! c'est bien! vous avez déjà fait les courses!

    - Oui, dis-je en riant, et ça pèse!

    C'est à cause de ces deux sacs qui me scient les épaules, des petits pois surgelés en train de fondre, de la barquette de fraises presque écrasées, du fromage qui coule, que je ne peux pas prendre le temps d'une longue conversation.

    Mais la vieille dame aux cheveux tout blancs ne m'en veut pas. Elle se contente d'un bonjour, d'un sourire en réponse à son sourire, et de deux banalités.

     maisons ouvrières.jpg

     

     

     

  • T comme tout va mal

    Mardi soir, ce n’est pas seulement à l’horizon que les nuages noirs s’amoncellent, que la tempête fait rage et que le tonnerre gronde. Chez Pierre et Marie, l’atmosphère est électrique et aucune embellie, aucun coin d’azur ne leur semble en vue.

    Après-demain, Marie fête son anniversaire, mais l’envie de festoyer lui est passée. Son mari, déjà facilement sujet au vague à l’âme, a le moral dans les talons. Tout ça parce qu’au bout de la septième semaine, ils ont décidé d’inscrire Muanza à la commune, tout à fait officiellement, et que pour de mystérieuses raisons, bourgmestre et échevins se sont réunis pour interdire cette inscription.

    Couchés dans leur lit, cette nuit-là, Pierre et Marie ne décolèrent pas. Leur ciel reste chargé d’orage alors que dehors, la voûte céleste a retrouvé sa transparence nocturne. Une belle pleine lune brille au travers de la feuillée. Ils ne la voient pas.

    De son côté, Muanza continue de croire à sa bonne étoile, même si comme le baudet de la fable, il a appris la leçon : Selon que vous serez puissant ou misérable… le conseil communal vous ouvrira la porte du paradis ou de l’enfer.

    ***

     fiction,muanza,jeu

    écrit pour les Plumes d'Asphodèle n°28
    avec les mots imposés suivants
    (dont on pouvait en éliminer un)

    mardi, nuage, mari, enfer, empyrée, céleste, horizon, lit, paradis, tempête, embellie, azur, atmosphère, étoile, tonnerre, mystérieux, septième, coin, vague, festoyer, feuillée, fable.

     

  • Stupeur et tremblements

    - Arthur est invité à sa première soirée! me dit en riant ma carissima nipotina au téléphone, l'autre jour.

    Une soirée, je traduis, elle a dit "een fuif", c'est-à-dire une "teuf", une fête entre jeunes, une soirée dansante, appelez ça comme vous le voulez.

    Arthur a six ans. On organise donc des "fuiven" pour des enfants de six ans? (1)

    - Oui, m'explique-t-elle, mais il est prévu que ça se termine vers 21.30 h.

    Stupeur de l'Adrienne, très vieux jeu en ce qui concerne l'heure du coucher d'un enfant de six ans.

    - Ce sera comme une vraie "fuif", continue la nipotina avec enthousiasme, ce sera dans le noir et avec de la musique!

    Ce monde est fou, pense l'Adrienne, qui ne voit pas l'intérêt d'obliger des Arthur de six ans à danser dans le noir en buvant du k*d*b*ll* et qui tremble pour l'ouïe de ces petits malheureux dont les oreilles sont déjà malmenées par trop de décibels du matin au soir.

    - On mettra la musique moins fort que pour les jeunes, dit la nipotina, croyant me rassurer.

    Oui, oui. On connaît ça. 

    ***

    (1) je ne parle pas des "pyjamafuiven" qui existent depuis longtemps Langue tirée On parle de ceci http://www.gentdeboomgaard.be/Forum%202012/Fotoalbum%20kinderfuif/# (sauf que sur ces photos les enfants ont au moins entre dix et douze ans)

  • 22 fois en une minute

    Une recherche du Medical Research Council (Grande-Bretagne) semblerait avoir trouvé un test permettant de prédire notre longévité. Un test fort simple, dit l'article, et en effet, il l'est. Je l'ai essayé Cool

    Il consiste en deux parties.

    Tout d'abord, chère lectrice, êtes-vous capable de vous lever d'une chaise et de vous rasseoir 22 fois en une minute? Pour vous, cher lecteur, ce sera 23 fois en une minute, les hommes sont toujours meilleurs dans les performances physiques, c'est bien connu Langue tirée

    Ensuite, pouvez-vous tenir plus de dix secondes debout sur une jambe et les yeux fermés?

    Si oui, dit Rachel Cooper (Medical Research Council) vous serez sans doute encore là dans treize ans, comme les natifs de 1946 à qui elle a fait subir ce test lorsqu'ils avaient 53 ans et qui en ont 66 aujourd'hui. 

    http://www.knack.be/nieuws/wetenschap/met-deze-testen-weet-u-of-u-lang-zal-leven/article-normal-141067.html?nb-handled=true&utm_source=Newsletter-01/05/2014&utm_medium=Email&utm_campaign=Newsletter-RNBDAGKN

    les chaises (5) - kopie.JPG

    L'Adrienne a réussi le truc avec la chaise, quoique ce soit plus dur qu'il n'y paraît de le faire rapidement pendant une minute entière. Surtout après le repas. Puis, debout sur une jambe et les yeux fermés, elle a eu le temps de compter jusqu'à deux. Elle n'en tire aucune conclusion, sauf qu'elle n'a pas d'équilibre. Mais ça, elle le savait déjà.

    Langue tirée

  • R comme rue

    Ça s’appelait rue des Jardins mais aucune maison n’en possédait : ni à l’avant, puisque c'étaient surtout des commerces, donc des vitrines, ni à l’arrière, où dans le meilleur des cas on avait une petite cour.

    En haut, on arrivait place de la Liberté. Mais on l'a rebaptisée après la guerre du nom des vainqueurs. D’ailleurs, les Allemands avaient coupé le majestueux arbre de la Liberté qui en ornait le centre depuis le 18e siècle. Il avait pourtant résisté aux Autrichiens, aux Français et aux Hollandais.

    En bas de la rue, la place des Martyrs. Celle-là aussi sera débaptisée. On ne sait plus de quels martyrs il s’agit et aujourd’hui la ville préfère mettre l’accent sur ses grands entrepreneurs et barons d’industrie.

     

    Et la rue des Jardins ? Il n’y pousse toujours rien.

  • 20 orchidées

    L'Adrienne a voulu faire comme Berthoise et Zigmund
    malheureusement, elle a oublié de mettre son appareil en fonction "close-up" 

    orchidées 2014 (3) - kopie.JPG

     mais pour quelqu'un qui sait compter
    il y a là bien 20 orchidées

    Cool

    Le bilan de l'année est très positif
    Faut croire qu'elles se plaisent dans la maison de Tante Fé
    Bisou

    orchidées 2014 (1a) kopie.JPG

    celles de la cuisine

    orchidées 2014 (1c) - kopie.JPG

    souvenir de François, sept ans déjà

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    orchidées 2014 (1b) kopie.JPG

    celles du bureau

    orchidées 2014 (2) - kopie.JPG

    Il n'y en a qu'une que je ne vous montre pas.
    J'ai réussi à casser toutes ses branches à fleurs alors qu'elles étaient en bouton.
    Toutes les quatre
    mais pas le même jour.


    Experte aussi quand je "fais les poussières"
    Langue tirée

  • Question existentielle

    Qu’attendez-vous?

     http://interludephilo.wordpress.com/2014/02/07/quattendez-vous/

     

    Je n’attends rien : carpe diem !

  • P comme pigeons

    A l’extérieur du taxi, des pigeons s’envolent bruyamment dans le bleu clignotant d’une enseigne Sony.

    - C’est la première fois que vous venez à Rome ? demande le chauffeur en se tournant légèrement vers eux.

    Ils répondent presque en chœur : « Oui ! Non ! » et se mettent à rire en se regardant dans les yeux.

    - C’est la première fois pour mon épouse, dit David.

    Puis il ajoute :

    - Nous sommes en voyage de noces.

    - Oh ! j’avais bien compris ! s’exclame le chauffeur. Quand on a ce regard-là, l’un pour l’autre, c’est qu’on est en pleine lune de miel. Ou alors, qu’on a dit à Madame qu’on est en voyage d’affaires et qu’on est venu faire une escapade romaine avec sa maîtresse…

    Dans le rétroviseur, il remarque le visage assombri de la jeune mariée. Mais qu’est-ce qui m’a pris ? se dit-il. Pourquoi ce ton cynique ? Était-ce bien le moment de lui rappeler ces tristes réalités ?

    Il veut seulement se montrer rigoureux, pas cruel, il se sent lui-même atterré par son attitude.

    ***

    écrit pour Magie des mots n°18
    avec cette consigne:

    Utiliser une de ces deux phrases du roman Crépuscule, de Michel Cunningham

    “ A l’extérieur du taxi, des pigeons s’envolent bruyamment dans le bleu clignotant d’une enseigne Sony.” ou “ Pourquoi ce ton cynique ? Il veut seulement se montrer rigoureux, pas cruel, il se sent lui-même atterré par son attitude.”

    http://mandrine6.wordpress.com/2014/05/10/la-magie-des-mots-n-18/

     cunningham.jpg

     Pour ceux que ça intéresse, les deux phrases sont dans un extrait qu'on peut lire ici:

    http://www.lexpress.fr/culture/livre/crepuscule-par-michael-cunningham_1075832.html

     

  • O comme ô temps suspends ton vol...

    - Marie !!! Téléphone !!!

    Elle est à l’étage, dans la chambre du fond, où elle fait son repassage.

    - Mais décroche ! crie-t-elle à son mari tout en dégringolant les escaliers.

    - Pourquoi ? De toute façon, ce sera sûrement ta mère.

    Pierre est dans le fauteuil, un verre d’alcool de poire à la main, en train d’écouter des valses et des préludes de Chopin. Dans sa version préférée, avec Maurizio Pollini. Pour une fois, le magazine Diapason lui donne raison: « Vertige du détail mais esprit de synthèse, Presto final vertigineux, qui avance davantage comme une mécanique implacablement remontée que comme un tourbillon de folie. » Un commentaire d’Yves Petit de Voize, c’est tout un poème, mais sans les rimes.

     jeu,fiction,muanza,musique

     http://www.marelibri.com/t/main/3306848-chopinfrederic/books/AUTHOR_AZ/250?l=en

    De sa main libre, Pierre bat la mesure, comme si le beau Maurizio avait besoin d’un chef d’orchestre.

    C’est ainsi que va la vie, le dimanche après-midi. C’est ainsi que Pierre s’enivre, plus de musique que d’alcool.

    Dehors, Muanza joue avec le chien. Il essaie de ne pas penser à demain.

    ***

    écrit pour le tout dernier Désir d'histoires
    selon les consignes suivantes:

    tourbillon – baïne (ou vie) - valse - dégringoler - étage - vertige - enivrer - alcool - poème - rime - raison

     Soit vous prenez tous les mots, soit vous en sélectionnez minimum cinq et vous ajoutez la consigne suivante : il doit y figurer une conversation téléphonique.

    jeu,fiction,muanza,musique

    Merci Olivia et bon vent!

  • N comme No time to waste

    Une dernière remarque. Sur un accord à faire. La place de la négation. Une conjugaison. Une tournure de phrase. Une expression idiomatique. Un mot argotique.

    Un ultime conseil.

    Le temps presse: bientôt, dans quelques semaines, quelques jours, quelques heures, Madame les lâche. Pour toujours. Parce qu'il le faut bien.

    prof,école,élèves,français,langue

    zut! Madame n'a rien lu de Molière, cette année!

    Jusqu'à un soir sur fb ou dans la boite à mail. Quand ils lui écriront, l'air de rien et en français: "Bonjour, Madame! Vous allez bien?"

    Tandis que la vraie demande sera: "Voulez-vous faire ceci ou cela pour moi?"

    (signer une pétition, résoudre un problème linguistique, participer à une enquête, soutenir un projet...)

    Alors Madame-plus-prof-que-moi-tu-meurs leur répondra:

    - Bonsoir!

    Et ils se reprendront, pauvres pitchouns, comme s'ils étaient encore sur les bancs de l'école Langue tirée 

    ***

    Et bien vous savez quoi?

    Madame s'en émeut et s'en réjouit d'avance.

    (oui elle est grave grâââve)

     

     

     

  • M comme mères

    Baskets défraîchies et lys blancs.
    Bottillons de velours rouge et oeillets des poètes.
    Mocassins noirs et orchidées blanches.
    Gros souliers jamais cirés et roses rouges.
    Chaussures marron au bout usé et très grande gerbe de pivoines sombres.

    Assise dans une gare en ce dimanche matin de la fête des mères, l'Adrienne observe les bouquets qui passent. Elle se demande à quoi ressemblerait la maman. Et combien de mamans seront vraiment heureuses de toutes ces jolies fleurs.

    La sienne en tout cas ne ressemble ni à ses pieds nus dans des sandales blanches (usées), ni à ses radis (roses).

    La sienne l'a prévenue qu'elle ne voulait pas de fleurs.

    Alors l'Adrienne lui offrira un bouquet potager.

     

    wagon de train (2) - kopie.JPG

    il y a des gares qui ressemblent à des cathédrales

     

  • L comme longue attente

    En la forêt de Longue Attente
    Notre Adrienne a froid aux pieds.
    S'en va, cette journée présente,
    Par le chemin des écoliers.
    Car de train elle s'est trompée
    Pour enfin rentrer au logis
    En sa cité fort détrempée ;
    Pour la longue attente elle a pris
    L'hôtellerie de Pensée.

    (Mais papier et stylo aussi)

     wagon de train (1) - kopie.JPG

     L'Adrienne, coincée pendant deux heures dans une gare, a de tendres pensées pour son vieux copain Charles d'Orléans qui lui pardonnera sûrement d'être pastiché Langue tirée

     http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/charles_d_orleans/en_la_foret_de_longue_attente.html

  • K comme Ketje

    Arriver à Bruxelles en plein Zinnekeparade. Sous une pluie battante et un vent qui arrache le capuchon de l'imperméable. Ne pas avoir de main libre pour se couvrir de nouveau la tête.

    Traîner une valise sur le pavé inégal de la Grand-Place noire de monde. Se perdre dans les ruelles au milieu de la foule massée autour des groupes de la parade. Ne pas trouver la rue de l'hôtel où on a réservé en toute dernière minute. Se dire qu'il aurait mieux valu faire l'aller-retour en voiture, comme prévu initialement, quelle que soit la fatigue.

    brussel mei 2014 (1) - kopie.JPG

    au coin de la rue de l'Etuve, vers 17.00 h.

    Se rendre compte que c'est peut-être une des dernières fois qu'on va à l'opéra, vu qu'on a résilié son abonnement pourtant si chèrement acquis. L'argent est aussi le nerf de la guerre entre la maison (sa plomberie, son électricité, son nouveau toit) et la culture.

    Etre contente d'être là, dans cette ville toujours un peu folle, toujours un peu bon enfant.

    Demander la route à un homme. Qui sort son plan de ville et envoie la voyageuse à gauche alors qu'elle devrait aller à droite. Supposer que c'est son côté féminin qui lui a fait commettre cette erreur. Tourner en rond sous la pluie. S'adresser à une femme flic. Se demander comment son collègue a fait pour deviner le nom de l'hôtel.

    S'installer enfin dans une chambre avec vue. Sur le mur d'en face et le toit plat du premier étage.

    La connexion wifi est si lente que l'ordi se lasse d'attendre. La pluie a cessé; les trottoirs sèchent. 

    brussel mei 2014 (2) - kopie.JPG

     introduction au spectacle, grand foyer, vers 19.30 h.

    Voir un Rigoletto qui vaut le déplacement. Se dire qu'à la saison prochaine, on prendra peut-être de temps en temps une place au poulailler. Même s'il faudra faire l'investissement d'une longue-vue.

    Rester jusqu'aux derniers applaudissements, vu qu'on n'a ni train, ni voiture à prendre. Ne presque pas se tromper de route pour rentrer à l'hôtel.

    Se sentir plus Daninos que jamais quand les lampes se rallument spontanément toutes les cinq à six minutes alors qu'on a bien éteint à tous les interrupteurs.

    Constater que les autres voyageurs aiment prendre des bains de minuit. Se dire qu'ils apprécieront sans doute tout autant le bain de leur voisine à six heures du matin.

  • J comme Jules

    Il s'appelait Jules. Il menait une petite vie bien monotone. Il ne sortait jamais de chez lui. On lui servait ses repas à heures fixes, tous les jours, même le dimanche. Il n'allait jamais en vacances. Il passait le plus clair de son temps à regarder par la fenêtre mais il n'avait vue que sur une petite cour dallée où rien ne poussait.

    Le vendredi venait Maxence, la femme d'ouvrage. Elle apportait des oeufs de ferme dans un panier rond en métal tressé. Pendant toute la journée, la maison était sens dessus dessous, récurée et nettoyée du rez-de-chaussée jusqu'au deuxième étage.

    Le samedi, il prenait un bain. Il n'aimait pas vraiment ça et trouvait toujours l'eau trop froide. Mais c'était un mal nécessaire et il se sentait toujours mieux après, quand il avait repris sa place à la fenêtre.

    Le dimanche, la petite lui tenait compagnie. Il ne comprenait rien à ce qu'elle disait mais ça lui était égal. Il aimait qu'elle le regarde. Alors il la regardait aussi, jusqu'à ce qu'elle crie:

    - Regarde, grand-père! Il me connaît! Tu vois qu'il me connaît? Il vient coller son nez contre son bocal pour me dire bonjour!

    ***

    image prise sur ce site:

    HTTP://WWW.20MINUTES.FR/PLANETE/777764-BOULES-AQUARIUMS-PRISON-POISSONS-ROUGES

     

     

    souvenir d'enfance

     

     WIDMANN/TPH/SIPA

     

  • I comme inspiration chez Lali

    lali369.jpg

    http://lalitoutsimplement.com/en-vos-mots-369/

    Dans le coin du salon où elle se tient le plus souvent pour lire, Elvire a déposé encore un bouquet, dans lequel elle ne peut s’empêcher de mettre le nez chaque fois qu’elle passe. Ça sent si bon, le lilas ! Même si le blanc est un peu moins parfumé que le violet ou le mauve.

    On n’est qu’en mars, pourtant. Ce petit bouquet a dû coûter une fortune à Lucien. De quelle serre chaude, de quel pays baigné de soleil viendrait-il ?

    Sur la même table, dans un modeste pot de grès, Elvire a rassemblé les trois petits bouquets de violettes qu’elle a reçus d’Eugène. Elle ne leur donne pas d’eau : les fleurettes sèchent et se conservent bien, elles gardent même leur parfum sucré. On en mangerait.

    Le lilas, c’est autre chose. Plus coûteux, plus éphémère.

    Peut-être ces fleurs sont-elles à l’image de leurs donateurs, se dit-elle en se penchant pour la dixième fois sur les odorantes fleurs blanches, qui déjà laissent un peu tomber la tête.

  • H comme humeurs

    Quel changement dans leur vie, la présence de Muanza ! Le climat qui s’était assombri entre eux, quand ils avaient perdu leur bébé à la 24e semaine de la grossesse, était en train de se régénérer. Pierre avait encore ses coups de cafard – il les aurait probablement toute la vie -  mais pour Marie une lente transformation s’opérait, une évolution vers plus de sérénité et d’acceptation.

    Quand ils avaient annoncé la venue de Muanza à leurs proches, il y avait eu des réactions d’incrédulité et de rejet, souvent déguisées en bons conseils : Prenez garde ! L’amour, cette magie éphémère, ne supporte pas la présence d’un tiers ! Prenez garde ! Cette chenille dont vous permettrez l’éclosion deviendra un majestueux papillon et c’est vous qui vous brûlerez les ailes ! Prenez garde ! Un jour il reprendra son envol et c’est vous qui souffrirez !

    Tous ces commentaires ramenaient Marie à l’époque de son adolescence, quand elle avait un besoin éperdu de liberté. Toujours on lui imposait ces mêmes objections, ces mêmes barrières, ces mêmes restrictions travesties en bons sentiments.

     

    muanza, fiction

    Ecrit pour les Plumes d'Asphodèle n°27 avec les mots imposés:
    Changement,
    incrédulité ou incrédule (au choix), papillon, régénérer, chenille, évolution, climat, déguiser, magie, transformation, grossesse, adolescence, éclosion, cafard, majestueux, amour, éphémère, éperdu, envol, travesti.

     

  • G comme GIRLS & GUYS

    Je vous le dis tout de suite, Madame s'est un peu énervée.

    Elle a un compte fb qui lui permet de rester en contact avec de nombreux anciens élèves, qu'elle félicite pour leur anniversaire, encourage avant leurs examens, applaudit quand ils sont diplômés, gagnent un match, se marient ou ont des enfants.

    Toutes les occasions sont bonnes pour applaudir et féliciter.

    Sauf cette semaine, quand Madame a lu ceci:

    "More girls need to start searching for guys who have goals ambitions & crave success, because 10 years from now "swag" isn't going to pay your bills."

    Rien de grave, direz-vous, on voit des choses bien pires. Et c'est vrai. Mais il a fallu que Madame joue au prof, alors elle a réagi ainsi:

    "The girls" moeten vooral zorgen dat ze hun eigen "bills" kunnen betalen" (1)

    Et elle a ajouté un grand clin d'oeil Clin d'œil pour que le message n'agresse personne.

    A sa grande surprise, Madame a eu rapidement une cinquantaine de 'j'aime', ce qui n'a pas plu à l'"ami fb", qui s'est mis à jouer les Caliméro et à traiter tout le monde de pisse-vinaigre (2).

    Et ça, ça a énervé Madame. Mais elle s'est tue.

    Il faut parfois savoir s'arrêter de jouer au prof Langue tirée 

    ***

    (1) Les filles devraient surtout faire en sorte qu'elles puissent payer leurs propres factures

    (2) je l'emploie ici dans le sens flamand, en français on appellerait ça plutôt du vitriol

  • F comme frangins

    - Venez ! venez vite ! J’ai découvert quelque chose.

    On se rassemble autour du chef, Daniel, 12 ans. Charisme, esprit d’initiatives et sens des responsabilités.

    - Mais ne dites rien aux frangins, c’est trop dangereux pour eux.

    Les frangins, ce sont ces pots de colle, vilains cafards et rois du chantage qui vivent dans le sillage de leurs aînés.

    - Ça va être difficile. Mon petit frère est toujours dans mes pattes.

    - Allez, on y va. Ne faites pas de bruit et baissez-vous.

    Dès qu’on a quitté le terrain de camping, on est hors d’atteinte des regards. On suit Daniel, qui prend des airs de plus en plus mystérieux. Il s’arrête, se repère, chuchote :

    -  C’est par là !

    En file indienne derrière le chef, une petite Belge qui ne comprend pas les mots argotiques, deux Parisiens délurés et un gamin de Rouen, un grand "taiseux" qui est d’accord avec tout.

    On arrive à une drôle de cabane en pierres sèches. Toute ronde.

    - Voilà, dit Daniel. C’est moi qui l’ai découverte. Ce sera notre cachette secrète. Interdiction d’en parler aux parents !

    On promet, on jure en levant la main droite. On entre à la queue-leu-leu. Il fait sombre et frais. Il n’y a qu’une seule ouverture et quelques pierres plates sur lesquelles on prend place.

    Les projets les plus fous pour ce lieu fabuleux naissent dans les têtes quand tout à coup on entend des cris dehors.

    - M… ! dit Daniel. Les petits frères ! Ils nous ont encore repérés !

     

    Le soir même, les parents sont au courant. Ils s’empressent d’interdire formellement de retourner à la borie.

     borie.jpg

    http://www.vaucluse-camping.com/IMG/jpg/Borie_2.jpg

     

  • 7 semaines

    Jusqu'à l'été dernier, elle travaillait dans le secteur privé. Après des études de tourisme, elle avait trouvé un job adapté à sa formation: elle organisait des voyages d'affaires.

    Son entourage le lui enviait: chacun croyait que ce boulot lui offrait des opportunités de voyages. En réalité, il lui apportait beaucoup de stress et des clients excessivement exigeants, jamais satisfaits, très critiques.

    L'été dernier, elle a donc décidé de franchir le pas: elle a quitté le secteur privé pour un poste de secrétaire dans une école. C'est ainsi qu'elle est arrivée dans la nôtre.

    Son entourage le lui envie: chacun croit que c'est de tout repos et qu'elle a tout le temps des vacances. En réalité, elle a autant de stress qu'avant: elle a peur des élèves (1), qui sont à leur façon des clients exigeants, rarement satisfaits, très critiques.

    Mais qu'on se rassure: nous sommes à sept semaines des grandes vacances Langue tirée

     ***

    (1) je tiens à signaler que nos élèves sont à la fois très colorés et très gentils. Si, si! Aucune raison d'avoir peur Cool

    prof,école,élèves

    même quand ils sont déguisés en pirates des Caraïbes.

  • E comme experte

    Commençons par une devinette
    (car c'est la question que l'Adrienne s'est posée aussi)
    "C'est quoi, ça?"

    expert (3) - kopie.JPG

    (photo agrandie)

    c'est une petite bulle de rien du tout sur le dessus du four à micro-ondes

    et juste à côté, dans le coin à gauche, il y a ceci:

    expert (1) - kopie.JPG

    Voilà bien quinze ans que l'Adrienne utilise ce four
    quotidiennement
    il serait bien temps de lire et de faire ce qui est demandé
    sur cette étiquette
    en une douzaine de langues

    expert (2) - kopie.JPG

     en commençant par le bas,
    comme c'est recommandé

    Langue tirée

     

  • D comme Détente

    bricabook123.jpg

    © Romaric Cazaux

     http://www.bricabook.fr/2014/04/une-photo-quelques-mots-124e-atelier-decriture/romaric-cazaux/

    - Chérie! Je ne trouve plus mes lunettes de soleil!

    - Elles sont dans le premier tiroir de la commode. Tu as la couverture et le parasol ?

    - Maman ! Maman ! Je peux porter le sac du pique-nique ?

    - Il est trop lourd pour toi, ma puce.

    - Et moi, maman ? Moi ! moi !

    - C’est trop lourd pour toi aussi, donne la main à ta petite sœur.

    - Bon, je crois qu’on a tout. On peut y aller.

    Les deux petites crient et trépignent de joie.

    Papa étale la couverture sur la pelouse, juste à côté de la haie de mûriers et de noisetiers. Maman s’allonge.

    - Maman, j’ai faim. Quand est-ce qu’on mange ?

    - Il est trop tôt pour le pique-nique, ma puce.

    - Maman ! Maman ! je dois faire pipi !

    - Ce n’est pas possible ! Tu as fait avant de partir !

    - Oui mais je dois quand même.

    - Allons bon ! Heureusement qu’on n’est partis que dans le fond de notre jardin !

  • C comme chanson du vitrier

    Comme c’est beau
    ce qu’on peut voir comme ça
    à travers le sable à travers le verre
    à travers les carreaux
    tenez regardez par exemple
    comme c’est beau
    cette jeune femme
    là en face
    qui accueille un petit garçon
    pour le mener en classe
    pour lui apprendre à lire et à écrire
    pour qu’il puisse un jour
    aider sa maman
    qui reçoit des tas de papiers
    qu’elle ne comprend pas
    qui doit faire très attention
    en faisant ses courses
    de ne pas rapporter
    des rognons de porc au lieu d’agneau
    parce qu’elle n’ose pas toujours demander
    aux autres clients
    alors voir son petit garçon
    qui épelle ses premiers mots
    ça la rend si fière
    et heureuse pour le reste de la journée.


    (à la manière de Jacques Prévert, Chanson du vitrier, Histoires et d’autres histoires, 1963)

    ***

    écrit pour le Défi du Samedi n° 291

  • B comme Bienvenue au club!

    - Alors ? fait Pierre en direction de Muanza, dès que la voiture a quitté le chemin de campagne pour s’engager sur la voie expresse. Alors ? Quelles sont tes impressions ?

    Marie le voit soulever ses sourcils et se frotter l’aile du nez avec l’index et le majeur.

    Elle se souvient de la première fois où elle-même a assisté à un repas dans sa belle-famille. Réunion conviviale, certes, à condition de passer outre la morgue de frère aîné, l’arrogance de beau-frère n°1, qui méprise ses propres ouvriers et l’orgueil immodéré de mémé Jeanne pour tout ce qui touche à ses enfants et à ses talents culinaires.

    - Tu as aimé ce qu’on a mangé ? demande Marie, sûre qu’à cette question-là, Muanza trouvera plus facilement une réponse.

    - Oh ! oui, tout était excellent ! Mais j’ai l’estomac qui va exploser !

    C’est ainsi : mémé Jeanne n’est satisfaite que si on se ressert deux fois de chaque plat, sinon elle feint de croire qu’on n’apprécie pas les efforts qu’elle a fournis en cuisine. Il vaut mieux éviter la confrontation.

    - Tu comprends maintenant pourquoi je t’avais conseillé de manger lentement, dit Marie en riant. Il faut absolument éviter le plus longtemps possible d’avoir une assiette vide.

    - Je mange trop vite, dit Muanza avec une touchante humilité, je sais, c’est un gros défaut. Et puis de si grosses parts de gâteau…

    - Moka crème au beurre, dit Marie, sa spécialité ! Son gâteau fétiche !

    - Je n’en voulais plus une deuxième part, alors elle m’a dit : « Il n’est pas bon, peut-être ? »

    - Bienvenue au club, dit Marie en riant. Nous allons créer une confrérie. Pierre n’y entrera pas, par contre !

    - Ma mère, explique-t-il, n’aime pas la tiédeur des sentiments quand il s’agit de sa cuisine. Alors ma tactique c’est de manger ce qui me plaît et de refuser systématiquement les desserts.

    - Mais ne te fais pas d’illusions, conclut Marie : seul Pierre a le droit de refuser.

     

    muanza,jeu,fiction,vive la famille

    écrit pour Désir d'histoires n°130
    avec les consignes suivantes:
    soutien – famille – convivial – repas – réunion – confrérie – confrontation – humilité – orgueil – arrogance – mépriser – morgue – autopsie – trouver – réponse
    Soit vous prenez tous les mots, soit vous n’en sélectionnez que cinq et vous ajoutez la consigne suivante: un des personnages doit dire "je n’aime pas la tiédeur des sentiments".

     

    muanza,jeu,fiction,vive la famille

    c'est la photo de http://www.lesrecettesderatiba.com/article-gateau-moka-praline-100734384.html qui colle le mieux au texte
    Cool 

  • Adrienne déménage

    Le salon est prêt

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    phase deux de la peinture des faïences de la cheminée
    (il a fallu quatre couches)

    La cuisine est peinte et tapissée

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     phase 1 du numéro d'équilibriste

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    phase 1 de la pose du papier peint
    (l'entreprise totale a duré trois jours)

    Bref, aujourd'hui l'Adrienne a quelques amis qui vont lui déménager ses armoires et son lave-linge.