• Dernière c... sur les profs

    Dans la salle d'attente de l'ophtalmo, l'Adrienne a entamé la lecture d'un bouquin dont elle espère un moment de détente. Patrick Cauvin, Haute-Pierre. Arrivée à la page 62, elle a un haut-le-corps en lisant cette phrase:

    Il n'y avait qu'un enseignant pour pouvoir aussi pleinement faire abstraction d'un enfant. (LdP 6307)

    Il s'agit d'un directeur d'école primaire qui, au moment où un couple vient inscrire un petit garçon, s'intéresse plus à l'histoire du vieux manoir qu'ils viennent d'acquérir dans la région qu'à l'enfant qui les accompagne.

    Quand l'Adrienne se trouve dans une assemblée où il y a un seul enfant, un seul jeune, c'est vers lui qu'ira surtout son attention, c'est à lui qu'elle s'adressera le plus facilement, c'est lui qu'elle fera parler.

    Et à son humble avis, la plupart des enseignants sont du même acabit: plus à l'aise avec la tranche d'âge à laquelle ils ont affaire chaque jour qu'avec les "grandes personnes".

  • Z comme Zulma

    Les anges n'ont pas d'odeur

    C’était le morceau préféré de mon père, dit-il en arrachant délicatement avec ses doigts graisseux le sot-l'y-laisse du poulet qu'il venait de découper.

    La pièce était sombre et silencieuse. Au-dessus de nos têtes on entendit quelques craquements du plancher qui se mêlèrent à celui du feu de bois. L’Anselme ne sembla pas s’en soucier.

    - Il y a quelqu'un, à part nous, dans cette maison? demanda Albert.

    Il ne pouvait empêcher sa voix de trembler un peu, comme la flamme des bougies dans les lourds candélabres d'étain qui donnaient à cette salle à manger si pauvrement meublée des allures de château moyenâgeux. Sur une armoire rustique brillaient doucement quelques plats de cuivre.

    - Personne, répondit l'Anselme. Sauf mon perroquet dans sa cage.

    Il se leva pour remettre une bûche sur le feu puis revint s’asseoir à table en se frottant les mains l'une contre l'autre. Il finit par sortir de sa manche une pochette qui avait peut-être été brodée par l’ange blond qu’Albert avait cru voir à la fenêtre de l’étage, en arrivant.

    - J’espère que vous nous ferez un peu de musique, demanda Maître François. C’est surtout pour cette raison que nous sommes venus à Bruges, et pas tellement pour l’achat d’un tonneau de harengs sur le port.

    L’Anselme s’esclaffa.

    - La musique c’est comme les anges, dit-il. Ça n’a pas d’odeur. Puisque ça n’a pas de sexe.

    Albert n’avait pas besoin d’être docteur de l’Eglise – ni même docteur tout court – pour savoir que l’ange qu’il avait aperçu en arrivant avait bel et bien un sexe, et plus que probablement une odeur enivrante.

    ***

     

    Jeu d’écriture basé sur une page de ce livre-ci : http://www.zulma.fr/livre-cartons-572021.html et réalisé avec ce programme absolument magique: http://www.zulma.fr/atelier-ecriture3.html

    Remerciements toujours aussi éternels à Joe Krapov

    Sourire

  • Y comme Yvonne

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    origine des photos
    http://www.vivianmaier.com/

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     Je ne sais pas ce qui a pris l’oncle Alfred. Dès qu’on a été en vue de l’escalier qui montait vers la chapelle, il a sorti un beau mouchoir blanc de sa poche, l’a étalé sur la première marche et s’est mis à genoux dessus. Il est resté là, les bras croisés, les yeux baissés, pendant une ou deux minutes, puis il a refait la même chose sur la marche suivante. Et ainsi de suite. Dans son beau costume du dimanche.

    - Il est puni, l’oncle Alfred ? j’ai demandé à ma mère.
    - Tais-toi et prie ! m’a-t-elle répondu.

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    Grand-mère, grand-tante Alice et les deux tantines étaient déjà montées tout en haut et nous attendaient. J’ai bien vu que grand-tante Alice ne priait pas : elle avait les mains dans les poches. Elle a toujours des bonbons dans les poches. Et j’ai entendu que grand-mère lui disait:

    - Alice, tu aurais pu mettre un chapeau, tout de même, un  jour comme aujourd’hui !

    Grand-tante Alice n’a rien répondu, parce qu’elle avait la bouche pleine de caramels. Elle a juste haussé les épaules et regardé vers le ciel, en faisant une grimace. Moi, si je faisais comme elle, je recevrais une taloche !

    Tata Suzie portait la mallette avec nos tartines. Grand-mère avait dit qu’avec cette mallette, ça se verrait moins qu’on avait apporté son manger. Je n’ai pas bien compris le problème.

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    Papa était resté en bas, près de la voiture, avec mes frères et les cousins. Je préfère ne pas être avec eux, ils font tout le temps les guignols et après c’est moi qui trinque, sous prétexte que je suis l’aînée. Alors j’ai dit que moi aussi je voulais faire mes prières et dès que ça a été fait, j’ai crié à ma mère :

    - Je redescends ! Je vais avec grand-père !

    Parce que c’est avec lui qu’on rigole le plus. Et j’ai couru très vite sans attendre la permission.

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    C’est en allant au café que grand-père et grand-oncle Gustave ont eu l’idée géniale de la blague qu’ils feraient aux femmes quand elles reviendraient de leurs prières à la chapelle.

    - Tu vois ce que je vois ? a dit grand-père.
    - Voilà exactement ce qu’il nous faut !

    Ils en riaient à l’avance. Moi j’ai ri aussi, même sans savoir ce qu’ils préparaient.

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    Evidemment, les frères et les cousins, restés seuls dans la voiture, en ont profité pour faire toutes sortes de bêtises. Comme jeter la poupée de la petite Nini dans une poubelle et crier des vilaines choses aux passants.

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    En arrivant au café, grand-père a fait une drôle de tête.

    - Nondidju ! il a dit. Qu’est-ce qu’elle fait là, celle-là ! Je vais encore avoir des emmerdes avec Elvire !

    Je ne voyais pas le rapport entre ma grand-mère et cette vieille dame assise derrière la vitre du café à lire un journal. En m’approchant, j’ai reconnu Julia, la femme d’Albert.  C’est vrai que c’était bizarre qu’elle soit là aussi, le même jour que nous.

    - C’est Julia, j’ai dit. Moi, je n’aime pas Julia. Elle nous regarde toujours d’un air méchant quand on passe.

    Ce qui est sûr, c’est que ce jour-là elle avait plutôt l’air de rigoler. Peut-être qu’elle lisait des choses comiques, dans son journal, ou peut-être elle avait joué un bon tour à son Albert.

    - Gustave, dit grand-père en lui prenant le bras, trouve quelque chose, vite ! Si Elvire nous voit dans le même café, elle va encore s’imaginer des choses !

    Il était tout pâle et son menton tremblait.

    - Mais enfin, Maurice ! a dit grand-oncle Gustave. Tu ne vas quand même pas me dire que pour une histoire vieille de plus de quarante ans…
    - Je ne sais pas comment sont les autres femmes, dit grand-père, mais la mienne, elle n’oublie jamais. Elle n’oublie rien !
    - C’est pas vrai ! j’ai dit. Elle oublie toujours des choses quand elle fait les courses !

    écrit pour Mil-et-une http://miletune.over-blog.com/2015/06/jeu-d-ete.html

    Faut-il le préciser? Ceci est une fiction Langue tirée

  • X c'est l'inconnu(e)

    Quand j’ai rencontré Maurice pour la première fois, j’avais 16 ans. J’ai tout de suite été folle de lui. Il m’écrivait des poèmes à l’ancienne. Il me disait des choses merveilleuses qui me mettaient des étoiles au cœur.

    Je lisais et relisais ses écrits jusqu’à les avoir en mémoire. Je pourrais encore les réciter aujourd’hui…

    Plus tôt seront Rhône et Saône disjoints
    Que d’avec toi mon cœur se désassemble.

    Car il était Lyonnais. C’était ce qu’on appelle un amour de vacances. Un amour de vacances qui a duré. Et qui, par la force des choses, est vite devenu un amour principalement épistolaire. C’était au temps où les amoureux s’écrivaient encore, avec de l’encre turquoise sur du beau papier.

    Si loin sois-tu, toujours tu es présente…

    Comment un cœur de seize ans aurait-il pu résister à de si belles paroles ?

    Nous avons fini par nous écrire en dizains. D’abord par jeu, clin d’œil par-delà les mots. Puis par une émulation grandissante entre nous. Je voulais être digne de lui. Par exemple, pour déplacer un rendez-vous, je lui disais :

    Je te promis au soir que, pour ce jour, 
    Je m'en irais à ton instance grande 
    Faire chez toi quelque peu de séjour
    Mais il faudra que je me décommande.

    Il était beaucoup plus âgé que moi. Alors bien sûr, il n’était pas seulement mon maître en versification. Il l’était en tout.

    Le corps ravi, l'âme s'en émerveille 
    Du grand plaisir qui me vient entamer, 
    Me ravissant d'amour, qui tout éveille 
    Par ce seul bien, que nul ne peut blâmer.

     

    Notre histoire d’amour vous intéresse ?

    On en parle ici : http://wja-bots.actoranalysis.com/direct.php?ART=SceveGuillet1987

    ***

    écrit pour les Croqueurs de mots n°128
    avec la consigne suivante:

    Par magie...ou en réalité...vous avez... connu... aimé...

    Vous avez été le partenaire... le modèle...
    Vécu dans l'univers d'un homme (ou d'une femme)  connu du siècle dernier... ou de celui d'avant..
    Il  ou elle était... poète... philosophe... écrivain... cinéaste... acteur...peintre... politicien...ou...

      Vous, vous étiez sa muse, sa femme, son ami, son médecin... son mécène...
    Nous serions  curieux de connaître les sentiments qui vous unissaient
    Amitié... amour... jalousie... ou rancœur ?

     

    ***

     

    Je demande humblement pardon à Pernette
    d'avoir un peu trafiqué ses dizains
    pour les besoins de la cause
    Cool

    Pour ma défense j'ajouterai qu'à 16 ans
    j'étais véritablement si amoureuse
    des dizains de Maurice
    que j'en ai appris par coeur
    Langue tirée

  • W comme wagon de train

    Il n'y avait plus qu'une seule porte ouverte, quand l'Adrienne et sa mère sont arrivées sur le quai, hors d'haleine. Le contrôleur a donné le coup de sifflet dès qu'elles étaient dans le wagon.

    Elles ont même réussi à trouver chacune encore une place assise. L'Adrienne s'est affalée à côté d'une très jeune femme qui avait besoin d'un siège et demi et tenait une grosse valise rouge à ses pieds.

    - Je suis désolée, mais elle est trop lourde et trop grande pour que je la mette ici au-dessus.

    - Ne vous inquiétez pas, dit l'Adrienne. On est tous dans le même cas, trop fourbus après un voyage en avion pour encore soulever nos valises.

    - Votre voyage a été fort long, sans doute?

    - Pas tant que ça, dit l'Adrienne, mais ça a été une rude journée tout de même! Et pour vous?

    - Je reviens de Chine. Douze heures de vol.

    L'Adrienne a admiré et compati comme il se devait.

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    c'est ainsi que de gare en gare, l'Adrienne et sa mère sont finalement rentrées chez elles après une semaine à Vilnius
    Cool

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  • V comme ville

    La rumeur de la foule a quelque chose d'obsédant dès qu'on commence à y faire attention. Quelque chose d'agaçant aussi, surtout si on y ajoute les flots de musique venant de certains magasins et de quelques malheureux qui font la manche mais que personne ne semble voir.

    En route vers son premier engagement, David se fraie un chemin, nerveusement. Pour qu’il soit suivi d’un deuxième, il devra faire preuve de talent. Il est prévenu : si le client n’est pas satisfait, ça s’arrête là.

    Ces néons qui clignotent pour appeler à la consommation l’énervent aussi. Elle pourrait être si belle, pourtant, la ville, le soir.

    Il est en route vers une fête enfantine qu'il devra animer en faisant le clown. Alors qu'il est allergique aux enfants. A leurs pleurnicheries, à leurs caprices. Sa vocation d'acteur, c'est une bien belle chose, mais jusqu'à présent elle n'a pas encore pu servir à payer le loyer ni à remplir l'assiette. Alors il fait des "animations".

    La foule a une odeur. Transpiration, cigarettes, eau de toilette bon marché. Peu d’odeurs agréables. Sans compter celles qui entourent chaque ‘baraquette’ où on essaie de fourguer au passant des hot-dogs, des gaufres caramélisées, des escargots ou de la barbe-à-papa. Après, quand on rentre chez soi, toutes les odeurs de la rue se retrouvent dans les vêtements qu'on portait. Dans les cheveux et sur la peau.

    Des animations, il en a fait. Il commence même à avoir une certaine expérience. Fête médiévale, après-midi pour seniors, garden-party, mariage. Chaque fois il a l’impression de vendre son âme.

    La fille derrière le comptoir d'une friterie lui fait un sourire. Il ne s'était pas rendu compte qu'il la regardait avec une telle intensité. Pour elle aussi, sans doute, vendre des frites n’est pas une vocation. Et lui, s’il fait ce travail d'animateur, est-ce une situation d'échec ou devrait-il en être heureux? Le considérer comme une occupation qui lui permet de tenir encore quelques mois en attendant mieux? Le prochain casting?

    Même l'odeur du chocolat devient écœurante si l'on y est exposé trop longtemps. Tous ceux qui ont déjà travaillé dans une chocolaterie vous le diront. David se souvient de son premier job de vacances, à seize ans. « Vous pouvez manger autant de chocolats que vous voulez! » avait dit le patron le premier jour. David ne pouvait croire à son bonheur. Pourtant, au bout d’une semaine, il en aurait vomi. Quand il racontait ça à sa copine, elle refusait de le croire. « Pas possible! » selon elle.

    C'était l'époque où il avait commencé à se bagarrer avec son père à propos de son avenir. Quand il repense à toutes les leçons de morale qu'il a dû subir, il en ressent encore l'amertume. Son père n'est plus là, aujourd'hui, pour qu'ils s'expliquent. D'ailleurs, le pourraient-ils? Jusqu'à présent, les faits lui ont donné raison: il n'a pas réussi à décrocher le moindre rôle. En tout cas pas un de ceux pour lesquels il se sentait prêt, à l’époque où il a quitté le Conservatoire.

    Un quart d’heure encore avant le rendez-vous. Il peut calmer sa cadence et humer l’air du soir qui tombe. Juste après le bruit et la foule des rues commerçantes, des quartiers étonnamment calmes où des gens vivent derrière de hautes façades, où les rues sont pavées et où on a planté quelques arbres.

     

    David aime cette ville. Il se demande quand elle lui rendra un peu de cet amour.

     

    fiction

    La ville était le thème du dernier LuSi
    auquel je n'ai pas participé.
    L'Adrienne mène une drôle de vie
    depuis un an
    Incertain

    (photo prise à Bruxelles en août 2011)

     

  • U comme UŽUPIS

    Dans le quartier d'Užupis,
    il est interdit d'interdire Sourire

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    J'imagine que l'ange joue du Brassens

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     et là comme partout
    les cadenas sont plus solides que les amours

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     Sous le pont d'Užupis coule la Vilnia...

     

  • T comme traduction

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    Ostende, juillet 2009

     

    La distance de sable       Silvia Baron Supervielle


    dans les tiroirs de l’armoire 
    la valise vide les coins inanimés 
    sur l’étagère dans les miroirs 
    enchaînés l’escalier l’étalage 
    de la rue permanente pressée 
    au fond du jour du sac des poches 
    d’où viennent toutes ces clefs 
    le fleuve les arbres les coupoles 
    qui coulent avec le vent le virage 
    depuis longtemps contre le lit 
    le mur revenir sur ses pas demander 
    mais les gens ne sont pas d’ici 
    j’ai perdu quelque chose au large 
    de l’espace la mer le désert 
    au seuil d’une ombre disparue 


     
    De afstand van zand
     
    in de laden van de kast
    de lege koffer de levenloze hoeken
    op het rek in de spiegels
    vastgeketend de trap het uitstalraam
    van de straat steeds gehaast
    in het diepste van de dag de tas de zakken
    vanwaar al die sleutels komen
    de stroom de bomen de koepels
    die verglijden met de wind de bocht
    al lang tegen het bed
    de muur op zijn stappen terugkeren vragen
    maar de mensen zijn niet van hier
    ik ben iets kwijt in de verte
    van de ruimte de volle zee de woestijn
    op de drempel van een verdwenen schaduw
     
    traduction de l'Adrienne
     
     
    La distancia de arena

    en los cajones del armario
    la maleta vacía los rincones inanimados
    en el estante en los espejos
    encadenados la escalera el escaparate
    de la calle permanente apresurada
    en le fondo del día del bolso de los bolsillos
    de dónde salen toda esas llaves
    el río los árboles las cúpulas
    que fluyen con el viento la curva
    desde hace tiempo contra la cama
    la pared volver sobre sus pasos preguntar
    pero la gente no es de aquí
    he perdido algo en la lejanía
    del espacio el mar el desierto
    en el umbral de una sombra desaparecida

    traduction de Colo http://espacesinstants.blogspot.com.es/

     

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     j'ai perdu quelque chose

  • Stupeur et tremblements

    Il n'y a rien de plus fragile que nos droits humains
    et notre démocratie.

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    Vilnius, près du Parlement,
    en mémoire des événements de 1991
    qui ont conduit à l'indépendance du pays

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    des blocs de béton qui devaient arrêter des chars 

     des photos de victimes

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    Et puis, plus loin sur l'avenue, le rêve européen

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  • R comme rêve

    La grand-mère transmet ses peurs à la petite. La peur de l’Homme, ce prédateur de petites filles. Celui qui ouvrira son manteau pour lui proposer des friandises. Celui qui l’emmènera loin, très loin, pour toujours. Celui qui lui fera mal. Mais avec le sourire.

    La nuit, la petite se réveille en un sursaut d’effroi. Elle a encore rêvé de l’Homme. Il s’est introduit dans la maison de grand-mère, mais personne ne l’a vu. Sauf la petite. D’ailleurs, c’est pour elle qu’il est venu.

    Alors il l’enlève, tout simplement, presque sous les yeux de grand-mère, qui ne voit rien, n’entend rien, ne remarque rien, parce qu’elle est en grande conversation avec une voisine/cousine/copine venue prendre le café et des gâteaux, comme chaque mardi après-midi.

    La petite se réveille toujours au même moment : celui où elle ouvre la bouche pour crier, appeler sa grand-mère au secours, et qu’aucun son ne sort de sa gorge. Elle veut se débattre, s’enfuir, mais elle est paralysée.

     

    Sous le sourire de l’Homme.

  • Le bilan du 20

    L'hôtel "simple mais confortable" était tout à fait dans l'esprit de Daninos. Simple: par exemple, il n'y avait aucune armoire.
    Mais les lits étaient confortables.

    Et la vue imprenable Langue tirée

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    Une salle de bains qui incite aux vocalises

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    Le resto dont ma mère n'aimait pas le décor

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    Mais au moins on y mangeait bien. 

  • Qu'allait-elle faire dans cette galère?

    - Vilnius!? s'était exclamée la carissima nipotina. Mais qu'est-ce que tu vas y faire?

    Mais oui, que diable allais-je y faire Langue tirée

    Humer le parfum des lis dans la cathédrale?

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    Compter les poissons dans les aquariums du supermarché Iki?

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    Payer un litas pour aller aux toilettes de la gare de Kaunas?

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    Marcher dans les pas de Stendhal et de Napoléon?

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    http://www.institutfrancais-lituanie.com/spip.php?rubrique111

    Manger des cepelinai?

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    La recette est ici: https://www.youtube.com/watch?v=E_FDkWOD4MQ

     

  • P comme peinture

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    le palais présidentiel

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    le palais grand-ducal

    voyage

    la cathédrale avec son beffroi

    partout on a utilisé la même peinture

    Cool

    (retournez donc voir Saint-Casimir que je vous ai montré hier)

  • O comme oubli

    Dans le bus qui nous emmène de Vilnius à Kaunas, le couple à côté est italien. Madame compulse son guide et en lit de longs passages à Monsieur, qui s'est mis à l'aise et a fermé les yeux. Il a l'air de manquer de sommeil.

    Madame a bien préparé son voyage: son guide déborde de "post-it" sur les trois côtés et à l'aide d'un marqueur fluo jaune elle a surligné environ la moitié du texte. Parfois plus.

    - Tiens! dit-elle tout à coup en arrêtant sa lecture et en regardant son mari, cette église-là, je ne me souviens plus si on l'a vue... 

    - Moi je ne me souviens d'aucune... répond-il.

      voyage

     l'orgue de Saint-Casimir à Vilnius

    voyage

    et sa coupole

  • M comme mots (in)utiles

    Avant de partir, on avait appris un peu de vocabulaire utile de base. Comment dire bonjour (labas, prononcer 'labasse'), s'il vous plaît (prašom, prononcer 'prachomme'), merci (ačiu, prononcer 'atchou')

    Une fois sur place, ces mots se sont avérés complètement superflus.

    Le premier à qui nous avons servi un "ačiu !" nous a répondu en rigolant qu'il était Ruski.

    Et tous les autres ne l'utilisent jamais. Surtout pas les serveurs et les serveuses de café, de restaurant ni vendeurs et vendeuses de magasin.

    Ni kalimera, ni ora kali, comme dit Gérard de Nerval Langue tirée

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    sur un mur à Kaunas, le 13 juillet 2014

     

  • L comme livres

    J’ai trouvé dans ma bibliothèque
    de gros volumes cartonnés
    portant la signature du grand-oncle Aimé.

    J’ai trouvé dans ma bibliothèque
    recouverts d’un vieux papier vert
    les livres de classe de mon beau-père.

    J’ai trouvé dans ma bibliothèque
    dans un manuel de bricolage
    une photo de notre mariage.

    Les romans d’amour hérités de tante Simonne
    Les Comtesse de Ségur reçus de Marie-Louise
    Les Jules Verne cadeaux de madame Henriette

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     Les grands classiques, les lectures imposées, une collection de romans pour la jeunesse, les recueils de poèmes, les anthologies historiques, tout le théâtre de Ghelderode et d’Ionesco, de Racine et de Molière, toute la poésie du 16e siècle, de Verlaine et de Rimbaud.

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    Jacques Prévert et Jacques le fataliste. François Mauriac et François le Champi. Madame de la Fayette et madame Bovary.

    Tout emballer, tout répertorier, tout déménager, tout reclasser, tout replacer.

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    Pourtant je ne suis pas bibliothécaire Clin d'œil

    ***

    texte écrit pour les Croqueurs de mots n°127
    http://c-estenecrivantqu-ondevient.hautetfort.com/archive/2014/06/30/defi-n-126-5383002.html

     Merci à Enriqueta de m'avoir prévenue!

    Et bonne fête nationale aux amis français Sourire

  • K comme krapoverie (fin)

    C'est en 2011 que j'ai répondu au défi lancé par Joe Krapov et qui consistait en ceci:

    Que feriez-vous avec ces neuf prénoms : Josiane, Eliane, Maryvonne, Marie-France, Arlette, Dominique (la femme), Anne-Françoise, Henry et Dominique (l’homme), sachant que ces personne se réunissent hebdomadairement dans une salle nommée « Mandoline » ?

    J'avais toujours omis d'écrire le chapitre final - je ne sais même plus pourquoi ça n'a pas été fait à la suite des neuf autres. Sans doute ma cave était-elle sous eau ou mon chauffage en panne ou les deux à la fois Langue tirée

     

    Neuf mois de suite, il y a eu un "K comme krapoverie" qu'on peut facilement retrouver grâce au tag 'krapov' (c'est ça, la gloire, cher Joe, avoir son propre tag Cool)

    Voici donc le chapitre final, première partie (je l'ai coupé en deux parce qu'il est un peu long):

    ***

    - Bienvenue à tous! Bienvenue à nos ateliers culinaires! Je vois que vous êtes neuf à vous être inscrits, c'est parfait, ça fait un bon petit groupe!

    Alicia sourit de toutes ses dents en les regardant un à un et en observant de quelle façon ils sont groupés. Le nombre de centimètres qui les sépare indique clairement leur degré de familiarité. Les deux hommes sont accompagnés de leur épouse, qui se tient à leurs côtés en leur jetant de temps en temps un regard à la dérobée, et parmi les cinq autres femmes, deux sont des jumelles tellement pareilles qu'Alicia est contente d'avoir prévu des badges.

    - Alors voilà... Nous allons d'abord prendre un peu de temps pour faire connaissance. Je vais vous donner un badge, ça va nous aider à apprendre nos prénoms. Je vais demander à chacun de se présenter brièvement et peut-être aussi de dire ce qu'il attend de cet atelier. D'accord?

    Les neuf inscrits s'observent, certains hochent la tête affirmativement, d'autres grommellent un oui ou se raclent la gorge comme l'élève désigné pour répondre devant toute la classe.

    - D'accord! dit une voix forte et décidée.

    Les jumelles sursautent encore plus que les autres participants et se tournent vers leur sœur aînée en se demandant ce qu'elle va dire.

    - Moi c'est Maryvonne. Je suis venue avec mes deux sœurs, qui ont besoin de se changer les idées, de sortir un peu et de voir du monde. 

    Elle regarde chacun tour à tour de son air souverain puis déclare, en mettant la main sur l'épaule de l'une des deux jumelles:

    - Il faut savoir que Josiane a eu besoin d'une greffe de rein et que c'est Eliane qui le lui a donné.

    Tout le monde se tait, impressionné. Alicia s'exclame:

    - Oh! quel beau geste! Bravo!

    Les autres approuvent d'un murmure. 

    - Merci, Maryvonne, de nous avoir confié cette information... essentielle, je pense.

    Dans le silence qui suit, Dominique a le tort de souffler à l'oreille de sa femme: "Je t'en prie, pas de déballage!".

     

  • J comme Jeanne

    Grand-mère Adrienne avait deux cousines Jeanne. Pour les différencier, elle appelait l'une "Jeanne-de-l'oncle-Richard" et l'autre "Jeanne-de-Bruxelles" (qui était aussi la "Jeanne-de-tante-Léonie").

    La première avait passé une bonne partie de sa vie au Congo avec son mari et sa fille unique, qui s'était mariée là-bas et y avait eu un petit garçon. L'enfant était né sain mais suite à une maladie grave vers l'âge d'un an, il était atteint de débilité mentale. "Il a sûrement été mal soigné, là-bas!" disait ma mère.

    Après le retour de toute la famille en Belgique, c'était la cousine Jeanne qui gardait son petit-fils la plupart du temps.

    Dès que je savais que nous allions chez elle, je suppliais ma grand-mère de ne pas me laisser seule avec cet enfant. Elle promettait.

    Mais après un bout de temps passé sur ma chaise à écouter papoter Jeanne et Adrienne, j'entendais toujours cette petite phrase: "Allez donc jouer un peu dehors, tous les deux!" 

    Grand-mère ne prenait pas mes frayeurs au sérieux. Pourtant, elles étaient fondées.

    A peine étais-je dans le jardin à sauter à cloche-pied ou à humer les roses, le petit garçon commençait à me frapper et à me tirer les cheveux. Il me faisait très mal. Il était plus grand que moi et beaucoup plus fort. Il ne parlait pas. Il me barrait la route quand je voulais retourner près de ma grand-mère. J'étais terrorisée.

    J'en ai eu des cauchemars pendant très longtemps.

    Je n'ai jamais compris pourquoi cet enfant, qui avait l'air si doux et si paisible quand il était accroché au fauteuil de sa grand-mère, se changeait en une sorte de monstre dès qu'il était seul avec une petite fille de cinq ans.

     

     

  • I comme inspiration

    La fiction pure n'existe pas, je suppose. Revoici le texte d'hier avec ses sources d'inspiration.

    Hortense

    Madame Hubert était mécontente de sa nouvelle aide ménagère (1). Elle était incapable de verser du café dans une tasse sans en mettre un peu à côté (2) et ses cailles rôties sortaient du four brûlées à l'extérieur, crues à l'intérieur.(3)

    Elle était obligée de passer derrière elle quand elle avait fait les poussières (4). Hortense rechignait à repasser les chemises de nuit sous prétexte qu'au lit ça ne se voit pas s'il y a des faux plis et que de toute façon elles se chiffonnent dès qu'on les porte (5).

    Elle  avait la mauvaise habitude de noyer les sols sous trop d'eau, comme à l'époque où il fallait récurer les dalles de ciment, alors qu'aujourd'hui Madame Hubert avait une sorte de faux parquet qui ne supportait que la serpillière à peine humide (6).

    Tout son travail se faisait rapidement, mais mal et sans aucun respect pour les vieux meubles ni pour les bibelots anciens. Qu'elle finirait par briser, vu sa brusquerie (7).

    Madame Hubert se gardait bien de se plaindre, cependant. Hortense était peut-être de peu d’utilité dans le ménage, mais quelle merveilleuse source d’information sur ses autres patronnes ! Sur Madame de W*** en particulier, dont Madame Hubert se plaisait tant à entendre dire du mal, beaucoup de mal, tout en suivant Hortense à travers l’appartement, un chiffon doux à la main.

    Et sans se rendre compte que très probablement, l’inefficace Hortense déversait chez Madame de W*** les mêmes amabilités sur son compte à elle. Où elle trouvait, très certainement, la même oreille complaisante. (8)

    ***

    (1) Je n'ai pas d'aide ménagère, mais ma mère en a une, de nombreuses collègues et amies en ont une, et jusqu'à présent j'ai surtout recueilli des plaintes Langue tirée

    (2) inspiré par l'Adrienne herself, qui est incapable de servir correctement des pâtes ou des légumes, il faut toujours qu'il y en ait qui roulent, rebondissent, s'échappent et se rebiffent.

    (3) inspiré par une amie de ma mère qui avait la plus belle cuisine du monde mais qui devait téléphoner à sa propre mère pour savoir comment cuire des pommes de terre à l'eau.

    (4) c'est ce que fait ma mère

    (5) une de mes ex-belles-soeurs ne repassait que le devant des chemises de son mari sous prétexte que c'était la seule partie qui se voyait. Il n'avait qu'à garder son pull ou son veston... ou apprendre à repasser lui-même Langue tirée

    (6) comme les diverses femmes de ménage qui se sont succédé chez ma carissima nipotina

    (7) il y a des choses auxquelles l'aide ménagère de ma mère, de nombreuses collègues et amies n'a pas le droit de toucher

    (8) no comment pour cette dernière partie... je vous laisse deviner Cool

     

  • H comme Hortense

    Madame Hubert était mécontente de sa nouvelle aide ménagère. Elle était incapable de verser du café dans une tasse sans en mettre un peu à côté et ses cailles rôties sortaient du four brûlées à l'extérieur, crues à l'intérieur.

    Elle était obligée de passer derrière elle quand elle avait fait les poussières. Hortense rechignait à repasser les chemises de nuit sous prétexte qu'au lit ça ne se voit pas s'il y a des faux plis et que de toute façon elles se chiffonnent dès qu'on les porte.

    Elle  avait la mauvaise habitude de noyer les sols sous trop d'eau, comme à l'époque où il fallait récurer les dalles de ciment, alors qu'aujourd'hui Madame Hubert avait une sorte de faux parquet qui ne supportait que la serpillière à peine humide.

    Tout son travail se faisait rapidement, mais mal et sans aucun respect pour les vieux meubles ni pour les bibelots anciens. Qu'elle finirait par briser, vu sa brusquerie.

    Madame Hubert se gardait bien de se plaindre, cependant. Hortense était peut-être de peu d’utilité dans le ménage, mais quelle merveilleuse source d’information sur ses autres patronnes ! Sur Madame de W*** en particulier, dont Madame Hubert se plaisait tant à entendre dire du mal, beaucoup de mal, tout en suivant Hortense à travers l’appartement, un chiffon doux à la main.

    Et sans se rendre compte que très probablement, l’inefficace Hortense déversait chez Madame de W*** les mêmes amabilités sur son compte à elle. Où elle trouvait, très certainement, la même oreille complaisante. 

     

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    les hortensias de l'Adrienne

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    sous un éclatant soleil de midi, qui les rend plus roses que rouges

     

  • G comme de gare en gare

    Cet avant-midi, l'Adrienne et sa mère quittent le pays natal

    et iront de gare en gare jusqu'à leur destination finale

    qui est la Lituanie, avec Vilnius comme capitale

    pour une petite semaine plus septentrionale

    Cool

     lituanie.png

     http://fr.wikipedia.org/wiki/Lituanie

     

     

  • F comme Fabienne

    Est-ce que ça me choque plus parce qu'elle était enseignante? Comme moi.

    Ou parce qu'elle était jeune maman, juste revenue de congé de maternité, et qu'elle laisse deux petites orphelines? Comme Yvonne.

    Ou parce qu'elle travaillait en maternelle avec l'amour et le dévouement que donne la vocation? Comme mon amie Anne.

    Ou parce que nous avons tous une peur diffuse que cette horrible chose pourrait nous arriver aussi?

    Non, je ne veux pas appeler ça un fait divers.

    Depuis vendredi soir, il pleure dans mon coeur en pensant à elle, à ceux qui l'aiment, et à une petite fille de six ans dont la mère est coupable d'un tel acte de violence.

     http://www.insee.fr/fr/ffc/ipweb/ip1506/ip1506.pdf

  • 7 livres

    Avoir des vacances, c'est se jeter avec passion sur la lecture, même si on a une longue liste de choses urgentes et utiles à faire (y penser pour le prochain U comme...)

    Se jeter avec passion sur la lecture, c'est lire plusieurs livres à la fois et passer de l'un à l'autre comme le boulimique qui vide son frigo.

    C'est lire enfin un Donna Leon pour rêver de Venise (Wilful behaviour).

    C'est découvrir enfin Sorj Chalandon et rêver de Bretagne en Mayenne (Une promesse)

    C'est déguster 153 pages d'Albert Camus (La chute) et se moquer des Hollandais.

    C'est s'offrir Notre quelque part de Nii Ayikwei Parkes pour voyager au Ghana.

    C'est frémir pour Isabella d'Este qui vit une période troublée à Mantoue (Maria Bellonci, Rinascimento privato

    C'est peut-être terminer Du côté de chez Shuang de Jean-Louis Crimon pour ces quelques détails qu'on y apprend sur la Chine d'aujourd'hui.

    C'est prendre en dessert un livre de jeunesse (que je ne nommerai pas de peur d'attirer les élèves de mes collègues de 4e Langue tirée) dans lequel un homme hérite d'un mas dans le sud de la France.

     007 - kopie.JPG

     Les voilà
    Cool

  • E comme enfance

    Je n'ai rien oublié des chemins de mon enfance. Ou alors si j'ai oublié, mes souvenirs sont mensongers. Ils ne m'en paraissent pas moins réels.

    Je me souviens par exemple de la belle demeure de mon oncle, avec un hall d'entrée immense en marbre noir et blanc. Sur la droite, en entrant, la porte des toilettes s'ouvrait avec un léger grincement. Le lavabo et la cuvette étaient noirs aussi. Je trouvais ça très chic mais ma mère prétendait que c'était surtout fort salissant et que pour cette raison, elle n'en voudrait pas.

    Dit-on jamais adieu à l'enfance? Ne traîne-t-on pas tout ce passé avec soi, jusqu'à son dernier souffle? Education, loisirs, langage... tout n'est-il pas imprimé en nous de manière indélébile? Certains souvenirs sont de véritables actes d'accusation. D'autres sont des clés indispensables pour comprendre qui nous sommes.

    Ma timidité naturelle me faisait facilement rougir et m'empêchait de m'adresser spontanément aux gens. En vacances en France, c'étaient les autres enfants qui venaient vers moi, jamais le contraire. Je me trouvais toujours dans le rôle de l'observatrice. Puis je me faisais adopter. En Normandie, à huit ans, par Rémy qui m'a donné envie de connaître la liste des départements français. En Ardèche, à douze ans, par Daniel qui m'a appris des mots argotiques et la prononciation parisienne.

    En août, nous étions toujours sur une plage belge où mon oncle avait un appartement. L'été de mes quatorze ans a été le plus inoubliable. Grâce à un garçon qui me trouvait à son goût. Une semaine de jeux sur la plage avec les petits ou dans les dunes les jours de grand vent, toujours sous le regard acéré de ma mère.

    « Qui c’est ce garçon ? » a failli tirer le verrou de mon cœur.

     mer,souvenir d'enfance,france,voyage,belgique

    http://nl.wikipedia.org/wiki/Westende

     

  • D comme dégâts, destruction et dommages

    Pour qu'ils puissent montrer qu'ils maîtrisent l'emploi des temps du passé, Madame leur a demandé de lui raconter un souvenir d'enfance. Réel ou inventé. Mais à eux non plus, la fiction ne vient pas très naturellement: comme Madame, ils sont plus à l'aise dans le récit autobiographique.

    Ils n'ont pas pu se donner le mot, cependant on est obligé de constater que cette consigne leur a surtout permis de raconter leur "VDM".

    En vacances au Maroc, les parents ont oublié le petit R*** en quittant le restaurant.

    Au camp scout, Vi** a dérangé un nid de guêpes en coupant une branche d'arbre: après quoi, ses copains et lui ont pu jouer à qui avait le plus de piqûres.

    Surpris par l'orage lors d'une promenade en forêt, L*** et ses parents se sont abrités sous de grands arbres (1).

    Après un an de travaux, Fr** a voulu inaugurer la toute nouvelle piscine alors qu'elle ne savait pas encore nager.

    En voulant montrer comme elle danse bien, Fl** est tombée et a cassé les trois précieux vases que sa mère venait de recevoir de son nouvel ami.

    En vacances à Disneyland, la petite Va** raflait des tas de bonbons à chaque repas, croyant que personne ne s'en apercevait (2).

    Le papa de Bert a voulu quitter les sentiers balisés, lors d'un trekking en Corse, alors qu'il n'y avait déjà plus une goutte d'eau pour les quatre membres de la famille (3).

    Bram s'est cassé le poignet la veille du départ en voyage.

    S*** est parti à vélo avec des copains pour faire du camping à la côte mais personne ne connaissait l'adresse.

    Bref, les vacances, c'est dégâts et dommages: on se casse une dent, une éruption volcanique islandaise vous empêche de revenir d'Italie, le petit chien se fait écraser par une voiture.

    Cependant tout ça n'empêchera pas Madame et Madame Mère de s'embarquer à bord d'un avion en partance pour Vilnius, le 9 juillet prochain Cool

     

    ***

    (1) avoir un papa ingénieur civil et une maman avocate, ça n'empêche pas Clin d'œil

    (2) elle a dû payer ce méfait d'un bisou au serveur

    (3) et qu'il leur avait déjà fait le coup de les égarer de la même façon l'année précédente, dans les Pyrénées.

  • C comme Canada

    - Je n’en peux plus ! dit Marie en se laissant tomber dans le divan. Je n’en peux plus. Tout notre temps libre y passe, on écrit des tas de lettres à des tas d’instances, on passe notre vie au téléphone. Tous ces efforts, toutes ces démarches, tout ça pour rien ! Pour rien !

    - On va encore essayer l’ambassade du Canada, mais je n’y crois pas trop…

    C’est vrai qu’au bout de trois mois, le bilan n’est pas très favorable. L’ambiance n’est pas à l’allégresse. A tous les repas de famille - après les ripailles du réveillon de Noël, il y a encore eu l’anniversaire de Mémé Jeanne, Pâques, la fête des Mères… - il faut chaque fois répondre aux mêmes remarques (Non, dans sa culture, on ne s’embrasse pas !), aux mêmes objections (Bien sûr qu’il veut revoir sa femme ! une si longue séparation, tu te rends compte!) et chaque fois cette petite phrase qui jette un froid : Je ne suis pas raciste, mais on ne peut quand même pas accepter tout le monde !

    Chez Pierre aussi, l’inquiétude augmente. Il a peur qu’en ayant fait toutes ces démarches auprès de la commune, il ait commis l’irréparable : la machine politique s’est mise en route et fera passer encore plus vite Muanza du statut de demandeur d’asile à celui d’illégal. Il se voit déjà avec Marie en larmes, faire leurs adieux à leur ami sur un quai de gare.

    - Tu regardes trop de films de guerre, mon amour, lui dit-elle en souriant.

    Il a besoin de voir ce pétillement dans ses yeux et d’entendre un peu de joie dans sa voix. Il la fixe intensément.

    - Tu crois qu’on va y arriver ?

    - Ça DOIT marcher, tout simplement. Il n’y a pas d’autre option.

     

    fiction,muanza

    écrit pour les Plumes d'Asphodèle n°31
    avec les mots imposés 
    séparation, revoir, froid, embrasser, larmes, famille, fête, ripaille, allégresse, bilan, amour, quai, adieu, joie, ami, inquiétude, irréparable, intensément.

     

  • B comme Bernadette

    - Personne n'est irremplaçable!

    Voilà comment elle m'avait fermé la bouche. Le ton péremptoire, chez elle, devait souvent dissimuler l'émotion.

    Je l'ai laissé dire. Je savais bien qui avait raison. Langue tirée

    Bien sûr qu'il y aurait encore des cours de gym après son départ. Meilleurs, pires, aussi bons, là n'était pas la question. Ce ne serait plus ELLE. Sa personnalité. Sa façon de faire. Entre le coeur et la raison. Entre gentillesse et brusquerie.

    Bien sûr que je trouverais encore des collègues à qui parler. Mais ce ne serait plus ELLE. Sa compréhension des choses. Sa clairvoyance. Notre expérience commune. Tout ce que nous avions déjà vécu ensemble.

    Et bien sûr, après son départ, tôt ou tard il me faudrait poser la question:

    - Je me fais du souci pour Unetelle. Qu'est-ce qui te semble? J'ai raison ou pas, de m'en faire?

     ***

    Chère Bernadette

    Je te laisse deviner quelles sortes de réponses idiotes j'ai eues à cette question
    quand tu n'étais plus là pour y répondre.

    ***

    Personne n'est irremplaçable?

    Avoue-le donc:
    tu le sais, n'est-ce pas, ce qui en est vraiment?

    Cool

     

    amitié,école,prof,élèves

    Pour aller chez Bernadette
    on prend des chemins qui font penser à ceux d'autrefois
    quand on habitait une si belle campagne

    Sourire

  • Adrienne fait des économies

    Une jolie moustiquaire sous forme de porte était prévue.

    350 €

    Elle aurait dû être installée en août dernier. Les circonstances ont fait que ça a été remis.

    Alors cette année, au lieu de rappeler son fournisseur, l'Adrienne est allée dans un magasin de bricolage.

    A acheté un peu de voilage et de velcro.

    Et installé sa "moustiquaire"

    10 €

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    Il a juste fallu encore une pince à linge
    à cause du vent et du courant d'air dans la maison
    Cool

     

  • Première!

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    La première clématite du jardin de l'Adrienne