• Derniers beaux arbres

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     Walrus sept 2014 024 - kopie.JPG

    de beaux arbres, de beaux troncs, de belles branches  

    Walrus sept 2014 029 - kopie.JPG

    de belles pelouses où il ne manque que les petits moutons

    http://www.youtube.com/watch?v=mEXpNu2ZbOA 

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    et de jolis jeux d'ombre et de lumière avec reflets dans l'eau 

    Walrus sept 2014 031 - kopie.JPG

    photos prises à Bruxelles le 28 septembre
    et c'était encore l'été

    Cool

    Merci aux amis pour ce bain de nature! 

     

  • Z comme Zulma

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    Je l'ai connue rue de la Cornue, en face de l'Hôtel des Navires Truqués. Il était cinq heures du soir et l'ombre descendait déjà sur la ville. Tu as vu ce petit bijou? ai-je glissé à mon copain Anatole. On jouait une musique de danse, nos pieds se sont mis à bouger en cadence, nous avons fait notre numéro habituel. Elle ne nous quittait pas du regard. Difficile de savoir si c'était la moustache d'Anatole ou la mienne qu'elle fixait tranquillement, assise près de la fenêtre entrouverte. Sa solitude, son silence, son impassibilité jetaient en moi un trouble que je n'ai guère eu le temps d'analyser. Le chapeau à la main, je dansais à en perdre haleine.

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    Ce que j'ignorais, c'est qu'elle était pourvue d'une mère, d'une grand-mère et de toute une fratrie dont elle était l'aînée et le chef-d’œuvre. Tous les autres, sans distinction d'âge, souffraient de maux divers, jusqu'au dernier né dans sa corbeille d'osier. J'aurais dû regarder ailleurs quand mon regard a croisé l'éclair dans l'azur de ses yeux. J'aurais dû me méfier de cette jolie bouche toujours close. De ces pieds menus qui ne dansaient pas.

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    Il ne me restait plus qu'à quitter ce théâtre des illusions et à m'enrôler dans la marine royale. Adieu ma mie, adieu ma douleur, adieu ma petite femme bijou! Garde, si tu le veux bien, un peu de mon amour en mémoire.

     

    Pour une fois que j'avais trouvé une belle qui ne parlait pas!

    ***

    http://www.zulma.fr/jeux-litteraires.html

    et encore merci à Joe Krapov pour cette découverte!

  • Y comme Yann

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    Il voulait seulement donner un petit aperçu de ses talents d'"ambianceur", disait-il. "Ambiancer" était un mot qu'il avait inventé, comme quelques autres qu'il utilisait à tire-larigot. A tel point qu’il y en a qu'on a fini par adopter dans notre langage de tous les jours. "Ambiancer" est de ceux-là. Ou "s'enlivrer".

    A l'époque, il fallait qu’il fasse le clown et mette les autres en joie. Dans le tohu-bohu de nos soirées d'étudiants, il était toujours au centre d'un cercle hilare, toujours partant pour une énième folie, un nouveau défi.

    On a souvent cru qu'il finirait par y laisser sa peau. Ou tout au moins sa santé. Sa mère disait qu'il finirait dans un fauteuil roulant. Dans le meilleur des cas.

    Un soir de charivari, alors qu'il racontait ses fariboles, monté sur le bar pour que chacun puisse le voir, il y a eu une descente de police. Qui a crié fort à propos :

    - Descendez-moi de là cet hurluberlu!

    On pouvait voir à sa tête – moi surtout, qui le connaissais très bien – que l'idée l'a traversé un instant de profiter de ce contrôle policier pour sortir une nouvelle farce. Il a fait quelques pas de danse en zigzag sur le bar et est sauté à terre dans une pose de théâtre.

    On sentait que les flics étaient drôlement énervés. Ils étaient venus en nombre et armés de matraques, pourtant on aurait dit que c'étaient eux qui avaient le plus peur.

    Il a tout de suite été embarqué.

    Tout ça date d'une autre époque.

    Aujourd'hui on ne dit plus de quelqu'un qu'il est timbré, on dit "ouf". Nous, on disait "zinzin".

    - Je suis zinzin total! aimait-il à clamer du haut de ses estrades improvisées.

    Je suis allé le voir hier. Pour communiquer avec le monde extérieur, il cligne des yeux: une fois pour un oui, deux fois pour un nom. Son appareil respiratoire l’empêche de parler. On lui montre des lettres sur un carton et on essaie de deviner la suite des mots, des phrases.

    Il a 29 ans et est victime d’une de ces « maladies orphelines » qui démolissent un homme jeune et plein de vie en un clin d’œil.

  • X comme Xavier

    Peu lui importe qu'il soit beau ou laid! Il est gentil et il la fait rire. Il est toujours là quand elle a besoin de lui. Personne n'ose l'embêter dans la cour de récré. Ceux qui disent qu'il est laid sont de vilains jaloux. Il est plus grand et plus fort que n’importe qui. Elle le suivrait au bout du monde. Ou en tout cas, au bout de la rue.

    Ils rentrent chez eux en traversant le jardin du couvent. Ils aiment cette promenade. En chaque saison, il y a des choses à découvrir, des merveilles à observer. Des pommes tombées à terre dans lesquelles il mord sans crainte des vers. Des bourdons et des papillons sur les asters. Des baies sur les lauriers-cerises. De la glace sur le bassin des poissons rouges.

    C'est lui qui fait les bêtises, les choses dangereuses et interdites. C'est elle qui a toujours un genou écorché, un sparadrap ou un bleu quelque part.

    - Tu es tellement maladroite! dit sa mère.

    Il fait le pitre rien que pour elle. Il louche. Il étire son visage dans des grimaces horribles. Cela fait partie de son charme irrésistible. Quand elle-même essaie de loucher, elle a mal aux yeux, et grand-mère lui dit d'un air menaçant:

    - Attention! Tu vas rester comme ça!

    Elle ne parle de lui à personne. Elle sait trop bien ce que chacun en dirait, dans sa famille. Et que tous ses exploits ne recevraient pas l'admiration qu'ils méritent.

    Elle n'a que cinq ans, mais ses fréquentations sont déjà fortement contrôlées.

     souvenir d'enfance,vive la famille

    photo prise lors d'une visite du couvent

     

  • W comme William

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    © Kot 

    et merci à Leiloona pour ce Bricabook 139 qui m'a rappelé des souvenirs!

    http://www.bricabook.fr/2014/10/une-photo-quelques-mots-139e-atelier-decriture/

    - Et toi, William, qu’est-ce que tu aimes, comme musique ?

    Il cite quelques noms incompréhensibles puis ajoute en souriant:

    - Je ne crois pas que vous connaîtrez.

    Madame ne peut que lui donner raison.

    - Tu m’en feras écouter, que je puisse me faire une idée ?
    - Je veux bien, mais je ne crois pas que vous aimerez.

    William, ses T-shirts sombres, informes, usés, aux inscriptions étranges ou provocatrices, ses bottines militaires, son crâne rasé, son regard si pénétrant qu’il fait peur aux filles de la classe, William est le chouchou de la maîtresse. William, c’est un cadeau d’intelligence et d’humanité.

    Faut juste gratter un tout petit peu. Sans quoi on l’appellerait un punk paresseux. Et on ne remarquerait que son look étrange et l’odeur de ses fumettes.

    - Et toi, William, qu’est-ce que tu vas faire, l’année prochaine ?

    Son rêve, c’est d’étudier la philosophie. Mais il quittera les bancs de l’université au bout de quelques semaines.

    - Ce n’est pas pour moi, dira-t-il.

    Quand Madame le revoit, deux ans plus tard, il est déjà père d’une blondinette et il fait des petits boulots pour une entreprise de jardinage.

    - Ça me laisse du temps pour faire ce que j’aime, dit-il.

    Excellent quadrilingue, d'une intelligence largement supérieure à la moyenne, musicien et grand lecteur: il tond des pelouses et ramasse des feuilles mortes.

    Aujourd'hui, il se laisse pousser la barbe.

    Mais il est toujours le chouchou de la maîtresse Cool

  • V comme verwendag

    Un samedi du mois d'octobre, depuis quelques années déjà, une tente est installée devant la bibliothèque. Tout le personnel est présent et en habit de fête pour accueillir les lecteurs, offrir une boisson et un petit cadeau.

    'Verwendag', ça veut dire la journée des gâteries.

    Ce jour-là, la location des CD et DVD est gratuite.

    L'Adrienne est rentrée chez elle avec "Seres queridos", un film hispano-argentin de Dominic Harari et Jeresa Pelegri; et avec "Amintiri din epoca de aur", un film roumain de Cristian Mungiu (et quatre autres).

    La presse est plutôt partagée et il va falloir juger par soi-même Langue tirée

    Pour "Seres queridos":

     

     

     

     

    http://vimeo.com/78989190

     

    Vous aussi, si vous voulez: http://vimeo.com/78989190

     

    Pour le film roumain:

  • U comme ulcéré

    Sur le chemin du retour, le regard fixé sur la route, Pierre partage ses impressions de la soirée. Marie se garde bien d’intervenir. Elle a l’habitude, c’est pareil chaque fois qu’ils rentrent d’une fête familiale. Elle écoute avec toute l’empathie dont elle est capable.

    Ces secrets de polichinelle, ces choses qui se trament derrière le dos, ce frère aîné, le rival de toujours, qui tire le drap et la couverture à lui, il en a assez. Et sa sœur cadette, sa confidente d’autrefois? Ils ont fait tant de bêtises ensemble, ils étaient si proches, deux larrons en foire! Où est passée leur belle connivence ?

    Pierre se sent toujours rempli d’amertume quand il revient de chez ses parents. Et de soulagement. Jusqu’à la prochaine fois où l’un ou l’autre ouvrira un tiroir plein de souvenirs nauséabonds.

    - Christine, conclut-il en tapotant nerveusement de la main sur le volant, elle ferait mieux de prendre des amants. Ça nous reposerait.

    Marie a un éclat de rire qui réveille Muanza. Il se redresse sur son siège, voit les premiers flocons de neige qui tombent dans la nuit noire et nacrent d’un peu de lumière tout ce qu’ils touchent.

    Il se demande si sa vie de nomade, de ses derniers dix-huit mois, se terminera ici ou s’il devra encore aller ailleurs.

    - On est le 25 décembre, constate-t-il. Aujourd’hui, ça fait un an que je suis en Belgique.

    ***

     écrit pour les Plumes d'Asphodèle n°35

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    avec les mots imposés:
    regard, secret, main, larrons, tiroir, drap, couverture, partager, (se) tramer, connivence, confident, bêtise, proche, rival, neige, empathie, ensemble , amants (au pluriel), nacrer, nomade, noir.

  • T comme tag

    3 bonheurs, 3 jours de suite

    J'ai été "taguée" par Betsy du blog http://bellerondeetepanouie.blogspot.be/ et par notre Captaine http://captainelili.blogspot.be/

    Le défi consiste à partager 3 bonheurs de 3 jours consécutifs. 

    Les bonheurs du mardi 21 octobre:

    1.deux collègues fêtent leur anniversaire ces jours-ci et ont eu la bonne idée d'offrir
    des chocolats

    2.j'ai terminé la correction de 146 copies

    3.il pleut quand je suis à l'intérieur et il y a du soleil quand je suis dehors

    Les bonheurs du mercredi 22 octobre:

    1.Kjell (17 ans et demi) m'envoie un mail pour me dire "Mes excuses, Madame,
    si mon test de vocabulaire était si mauvais. Mais c'est que ce week-end
    mon grand-père a dû être hospitalisé et je n'ai pas réussi à me concentrer.
    Je vous promets qu'à l'avenir mes résultats seront meilleurs. Enfin, je l'espère."

    2.Nous sommes le 22 octobre et il fait encore 21° dans la maison sans avoir
    besoin d'allumer le chauffage.

    3.Je reçois une nouvelle qui pourrait bien me sortir de mes problèmes financiers
    et me permettre de reprendre un abonnement opéra l'an prochain ou même
    d'aller en vacances en Italie Sourire

    Les bonheurs du jeudi 23 octobre:

    1.la soirée d'info (études supérieures) pour les élèves de Terminale et leurs
    parents se passe parfaitement bien

    2.les Premières s'amusent à réviser la phrase interrogative en jouant au
    speed-dating (on rigole beaucoup et on apprend des choses inédites sur
    les uns et les autres Langue tirée)

    3.j'arrive enfin à dormir presque cinq heures cette nuit...
    vivent les prochaines vacances!

    Et maintenant c'est à qui veut raconter ses petits bonheurs du jour Cool

  • Stupeur et tremblements

    Je pensais qu'un homme qui vit depuis plus de dix ans en Belgique, à Bruxelles, n'écrirait pas ce genre de bêtise:

    "(...) il héla un taxi qui musardait et lui demanda de l'emmener au bas de la ville, dans le quartier flamand (...)"

    Eric-Emmanuel Schmitt, Les perroquets de la place d'Arezzo, éd. A vue d'oeil, page 695

    Non, monsieur Schmitt, il n'y a pas de "quartier flamand" à Bruxelles "dans le bas de la ville". Et non, Bruxelles ne se compose pas de "deux villes" (p. 696) Bruxelles n'est pas Jérusalem.

    Je pensais qu'un écrivain, fin observateur du genre humain en général et des Belges en particulier, n'écrirait plus, anno 2013:

    "Dans un pays tel que la Belgique, coupé en deux non par les francophones et les néerlandophones mais par la ligne qui séparait les chrétiens des athées, le moment de la communion allait alimenter les conversations pour les mois à venir."

    Eric-Emmanuel Schmitt, Les perroquets de la place d'Arezzo, éd. A vue d'oeil, page 589

    J'ai lu ça avec stupeur. Peut-être que communier ou pas aurait fait jaser dans les chaumières dans les années 1950, et sans doute que cette séparation existait dans la politique belge jusqu'à il y a cinquante ans, mais plus aujourd'hui.

    Déçue. Voilà, je suis déçue. Pas seulement par les clichés (comme par exemple à la page 166, l'inévitable allusion à l'affaire Dutroux). Par l'histoire aussi, qui se veut une "encyclopédie des désirs, des sentiments et des plaisirs".

    Je m'en tiendrai donc à son best-seller universel auprès de mes élèves, Oscar et la Dame rose, et pour le reste, n'en parlons plus.

    http://www.lalibre.be/culture/livres/eric-emmanuel-schmitt-j-ai-fait-parler-les-maitresses-des-hommes-politiques-523065903570b0befbdef04d

    lire,lecture,littérature,belgique

  • 22! se dit l'ours

    Vaut-il mieux être l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'ours?

    Ou être l'ours qui a vu l'homme?

    Il me semble que l'ours, s'il veut sauver sa peau, préférera l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'ours.

    ***

    Vous connaissez tous le proverbe : "il ne faut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué". Or, en cette rentrée littéraire, a été publié un livre de Joy Sorman intitulé : "La peau de l'ours".
    Nous vous proposons de laisser votre imagination vagabonder sur cette "peau d'ours", en prose ou en vers.

    http://www.impromptuslitteraires.fr

  • R comme rendez-vous

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    ©Kot

    Le froid devient de plus en plus mordant et bientôt la batterie du téléphone sera complètement à plat. Elle lance un dernier message comme un SOS. 

    Il avait dit sept heures, au centre commercial, du côté du kiosque à journaux. Il n’y a pas moyen de se tromper d’endroit. Et elle était arrivée bien à l'avance.

    Le centre commercial est fermé maintenant. Elle est encore là, à l’attendre. Avec une inquiétude grandissante. Morte de fatigue, de faim, d’angoisse.

    S’il ne vient pas, tout son plan échoue. Or, il n’est pas question qu’elle rentre chez elle. Plus jamais.

    Elle se l’est juré.

    http://www.bricabook.fr/2014/09/une-photo-quelques-mots-134e-atelier-decriture/

  • 20 comme 20.00 h.

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    © Marion Pluss

     http://www.bricabook.fr/2014/10/une-photo-quelques-mots-138e-atelier-decriture/

    Il était tout juste huit heures du soir, il s’en souvenait parfaitement, les infos venaient de commencer, quand il a entendu frapper à grands coups à la porte du salon. Tellement fort qu’il a craint qu’on lui casse une de ses vitres. Ou même les deux. 

    Il a pris peur. N’avait-on pas, le samedi d’avant, braqué le bijoutier du coin de la rue ? Celui qui vendait justement tout avec des rabais allant jusqu’à 30 % en prévision de travaux ?

    Bientôt tous les commerces du quartier seraient devenus de véritables forteresses où on n’entrerait plus qu’après avoir sonné à la porte et montré une pièce d’identité. C’est ce que faisait déjà le pharmacien quand il était de garde.

    Mais chez lui, qu’y avait-il à voler ? Des brosses et des sèche-cheveux ! Tous les soirs il portait l’argent de la caisse à la banque. Le cœur battant et les mains moites. Il était temps qu’il mette la clé sous le paillasson et se retire dans son appartement à la Côte.

    Il a tout de même fini par se décider à descendre pour voir ce qui se passait. Le GSM dans une main, un pistolet d’alarme dans l’autre.

    - Francis ! Francis ! Ouvre ! criait une désespérée dès qu’elle l’a vu apparaître dans son magasin.

    Encore une, se dit-il en soupirant, qui a voulu faire elle-même sa coloration...

  • Que faire des enfants pendant les vacances?

    Chère Maman, cher Papa

    Au pays de Plonk et Replonk, on s’amuse bien, comme le dit notre chanson « Que l’été soit doux et ensoleillé, que l’on s’amuse bien ! »

    On fait un tas d'activités!
    On chasse sans chien (Sachons chasser, dit monsieur Plonk)

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    On joue à la statue (le gagnant est celui qui attire un pigeon)

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    On construit des pyramides belges (c'est avec des pommes)

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    On résout des problèmes rigolos (Monsieur et Madame Plonk ont six filles et chaque fille a un frère : combien ont-ils d’enfants ? combien de kilos de frites belges peut-on faire avec ces pommes de terre hollandaises? )

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    On cherche des araignées au plafond (ça fait beaucoup rire madame Plonk)

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    On fait des bulles

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    On joue à vache-vache (c'est trop drôle!)

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    On apprend le code de la route 

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    Mais tout de même, je voudrais bien savoir pourquoi Monsieur Plonk a une serpilière rose sur la tête?

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    Pourquoi Madame Plonk arrose les nénuphars dans l’étang ?

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    Et pourquoi, en haut du phare, il y a un casque de viking avec des skis dedans?

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    Bisous

    Adrien

    P-S: à la pétanque, c'est moi qui lance les boules le plus haut! 

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  • P comme paraître

    Il est assis seul en bout de table. Il ne comprend rien aux paroles échangées. Il est rare que quelqu'un prenne la peine de s'adresser à lui en anglais. Mais même sans comprendre les mots, il a senti le ton, vu les gestes.

    Il est content de voir réapparaître Marie avec celle qui était sortie tellement fâchée. Tout le monde fait semblant qu'il ne s'est rien passé.

    - Tu peux enlever ta veste, lui dit Marie, voyant qu'il n'a pas osé.

    Elle l'a dit tout doucement. Pourtant, les regards se tournent vers lui, se posent sur son torse puissant, musclé.

    Eloquence des regards...

    Rien ne vient rompre le silence gêné qui s'est installé autour de la table depuis le retour de Christine. Il dispose soigneusement sa veste autour du dossier de la chaise, en faisant attention à ne pas abîmer les revers.

    Il voudrait que ce dîner se termine. Ou que les gens regardent ailleurs.

    Belle-sœur numéro 2 joue distraitement avec l'énorme diamant de son pendentif. Belle-sœur numéro un a allumé une cigarette. Tout en observant Muanza, elles s’adressent à Pierre, presque en même temps :

    - Et il est chez vous pour combien de temps, encore?
    - Aucune idée! Aucune idée des complications qui nous attendent encore dans ce dossier!

    Les enfants sont fatigués. Les plus jeunes ne cessent de demander si ce n'est pas bientôt l'heure du père Noël. Trois d'entre eux dorment dans le canapé. Un des garçons s'amuse à faire semblant de tirer sur Muanza avec son revolver en plastique.

    Beau-frère numéro deux a repris ses plaisanteries douteuses là où il les avait laissées avant l'altercation. Quand Mémé Jeanne sort triomphalement de sa cuisine en portant son gâteau au moka à bout de bras, les applaudissements et les cris de fausse joie réveillent les dormeurs.

    - Père Noël est là ? demande une petite ensommeillée.

    Marie a posé devant chacun les assiettes à dessert, les tasses pour le café. Elle se rassoit à côté de Pierre, rapproche sa chaise, se love contre lui. On serait tellement mieux chez nous, tranquilles, voilà ce qu'elle ne peut s'empêcher de penser. Toujours des drames dans cette famille.

     fiction,muanza,vive la famille

    Niemand is illegaal
    Personne n'est illégal
    Photo prise à Bruxelles, mur d'enceinte du Petit-Château

     

  • O comme Octavio

    Destino del Poeta
    Octavio Paz

    ¿Palabras? Sí, de aire,
    y en el aire perdidas.

    Déjame que me pierda entre palabras,
    déjame ser el aire en unos labios,
    un soplo vagabundo sin contornos
    que el aire desvanece.

    También la luz en sí misma se pierde.

    poésie,amitié,les joies d'internet,espagnol,traduction

     Destin du poète
    Octavio Paz 
     
    Mots? Oui, d'air,
    et dans l'air perdus.
     
    Laisse-moi me perdre parmi les mots,
    laisse-moi être l'air sur des lèvres,
    un souffle vagabond sans contours
    que l'air dissipe.
     
    Même la lumière se perd en elle-même.

    poésie,amitié,les joies d'internet,espagnol,traduction

     Het lot van de dichter
    Octavio Paz

    Woorden? Ja, van lucht
    en verloren in de lucht.

    Laat mij mezelf verliezen tussen de woorden,
    laat mij de lucht zijn op lippen,
    een zwervende zucht zonder grenzen
    die de lucht verdrijft.

    Ook het licht verliest zich in zichzelf.
    (traduction de l'Adrienne)

     poésie,amitié,les joies d'internet,espagnol,traduction

     trois photos prises en Andalousie en février 2012

  • N comme Nobel

    Quand Le Clézio a obtenu le Nobel, Madame l'a fièrement annoncé à ses classes et leur a fait lire une de ses histoires courtes.

    Quand Modiano a obtenu le Nobel, Madame a été un peu perplexe. Elle a repris en main deux ou trois de ses ouvrages, sans réussir à se décider.

    Comment pourrait-elle promouvoir un auteur qui se contente de faire ce qu'elle fait, à ses moments perdus? Langue tirée

    Même si, quand on parle de Modiano, on emploie des mots plus savants: récit autodiégétique, focalisation interne, oeuvre rétrospective, éléments fictionnels partiellement autobiographiques...

    Modiano, c'est celui qui a déclaré lui-même: 

    "C'est dangereux, l'autobiographie, c'est un genre bâtard, une solution de facilité pour quand on manque de courage (….). L'autobiographie, c'est toujours une baisse de tension, un truquage."

    Magazine Lire, septembre 1985

    Modiano, c'est celui qui navigue constamment entre le "Je crois que tout est vrai" et le "Peut-être tout est faux(interview dans le Paris-Match du 12 août 1977).

    - Dans l’avant-propos, vous mettez des guillemets à roman…

    - Parce que certains livres ne sont pas vraiment des romans : Un pedigree, Remise de peine… Et puis c’est un terme un peu incertain, «roman».

    - Sur les couvertures, on pourrait écrire «rêverie» à la place ?

    - Ce sont en effet plutôt des rêveries sur des choses qu’on a vues, un peu comme lorsqu’on revoit dans des rêves des endroits qui vous ont été familiers. Des endroits qu’on a connus de manière très quotidienne et qui sont un peu déformés. Oui, «rêverie» serait un terme plus approprié.

     

    Libération, 9 mai 2013
    http://www.liberation.fr/livres/2013/05/09/je-travaille-comme-un-somnambule_901822

    Ce que Madame aimerait faire, avec ses élèves, c'est leur donner un extrait puis les mettre à l'écriture: "Allez-y, faites comme lui! Racontez votre 'autobiographie rêvée'!" Cool

     

  • M comme mains

    Il regarde ses mains. Vous aussi, regardez-les. Regardez les mains du père.

    Jusqu’à ses dix-huit ans, elles n’avaient tenu que des crayons, des livres et des stylos à plume. Leur écriture était fine et légèrement penchée. Elles rêvaient de tenir du fusain, une palette et des pinceaux. Elles ont tenu des viandes de boucherie et des couteaux. Elles se sont épaissies, blessées, couturées.

    Cet apprentissage à peine fait, elles ont tenu un fusil Mauser pendant de longs mois. Sur le canal Albert, alors qu’elles rêvaient d’être à Ostende pour y caresser le corps d’une épouse d’à peine 20 ans.

    Les mains du père ont été désarmées par des Allemands et ont dû rester inactives dans un stalag. Après, elles se sont jetées dans la viande et les couteaux à désosser pour ne plus penser à rien d’autre. Jusqu’à l’heure de la retraite.

    Il leur a fallu quarante ans pour enfin pouvoir tenir les fusains, la palette et les pinceaux.

    Sauf pour Noël. Alors elles doivent se replonger dans les chairs à pâté.

    ***

     

    jeu,fiction,françois bon,vive la famille

     

    écrit pour l'atelier d'été
    de François Bon
    (6e partie)

  • L comme lui, le père

    Et le père ? Le père, que fait-il pendant que ces petits drames des familles ont lieu autour de sa table une nuit de Noël ? Lui qui a passé sa vie à se taire et à travailler. Travailler pour eux tous, pour qu’ils puissent faire des études. Il n’a demandé à aucun d’entre eux de reprendre le commerce familial qui se transmettait de père en fils depuis des générations. Que lui-même avait repris comme une chose allant de soi, sans qu’on lui ait demandé son avis.

    Que pense-t-il, le père, de son dîner de réveillon ? Lui a qui désossé des volailles, haché des foies et du lard pour cuire des pâtés, ouvert des tas d’huîtres et des tas de bouteilles ? Découpé une douzaine de homards ? Mémé Jeanne lui a même fait mettre une cravate, pour l’occasion. Belle occasion, en vérité !

    Des ingrats ! Ce sont tous des ingrats ! voilà ce qu’il en pense, le père. Des ingrats et des enfants gâtés.

    ***

    écrit pour l'atelier d'été
    de François Bon
    (5e partie)

  • K comme Karel de Grote

     bricabook137.jpg

     © Romaric Cazaux

    http://www.bricabook.fr/2014/10/atelier-decriture-137e-une-photo-quelques-mots/

    Au détour de l’allée, un homme solidement campé sur ses deux jambes semblait nous attendre.

    - Je m’appelle Karel De Grote, nous lance-t-il, et vous ?
    - Moi pas, répond Ludovic, qui malgré ses quarante ans passés reste un fervent adepte de l’humour potache.
    - Et ici, vous êtes chez moi, vous le savez, ça ?
    - Comment ça, chez vous ? fait Ludovic en prenant l’air bête.

    Evidemment, il a vu les pancartes « Propriété privée » et « Défense d’entrer », mais ce n’est pas le genre de choses qui l’arrêtent.

    Avec son béret et son imperméable défraîchi, sa longue barbe grisonnante et ses grosses bottines, « Charlemagne » (1) ne payait pas de mine. Ça ne l’empêchait pas de faire un ample geste et de déclarer avec emphase, en détachant bien les syllabes :

    - Tout ceci m’appartient. Vous êtes ici chez moi et je ne vous ai pas invité. Je vais donc noter le numéro de votre voiture et vous signaler à la police.
    - Bravo ! Ça manque, des gens comme vous !

    Et après lui avoir fortement serré la main, Ludovic se retourne pour s’en aller par où il est venu. Dix pas plus loin, il lui crie :

    - Croyez-moi, ça me fait vraiment plaisir ! J’ai hâte d’être à lundi et de trouver votre plainte.
    - …
    - C’est moi le commissaire principal!

     ***

    (1) Karel de Grote 

  • J comme je te comprends

    Petite belle-sœur est venue la rejoindre, en toute discrétion. Elle l’entoure de ses bras, lui met des lainages autour des épaules. Elle croit comprendre. Je te comprends, dit-elle. Je comprends ton sentiment. Mais tu es toi. Moi je t’aime comme tu es, tu le sais, n’est-ce pas ? C’est là qu’elle a envie de fondre en larmes mais elle répond juste qu’elle sait. Oui, elle sait. Elle sait que si la famille était un poulailler, petite belle-sœur serait la dernière à avoir le droit de s’approcher de la mangeoire. Alors oui, sans doute qu’elle comprend. Et tes enfants, dit-elle encore, tes enfants sont merveilleux ! Tu le sais, ça ? Oui, c’est vrai, ses enfants sont sa fierté. Ils feront des études, eux. Ils gagneront beaucoup d’argent, comme sœur aînée, comme tous les autres qui gagnent plus qu’elle et vont en vacances à l’hôtel et vont au restaurant et aux sports d’hiver et mangent du homard même quand ce n’est pas Noël. Il fait trop froid pour rester ici, viens, rentrons, Mémé Jeanne va s’inquiéter… Mémé Jeanne, a-t-elle jamais su, jamais deviné comme son enfant « du milieu » souffrait d’être « celle du milieu » ? Sans doute que non. Mémé Jeanne est persuadée d’avoir élevé ses cinq enfants exactement de la même façon. Ah ! tu es là aussi, fait-elle à sœur aînée qui sort de la maison à son tour. Nous allions justement rentrer, ajoute-t-elle en espérant que ce soit vrai et que Christine s’y décide enfin. Viens, on va boire un café, ça nous réchauffera.

    ***

    écrit pour l'atelier d'été
     de François Bon
    (4e partie)

  • I comme inspiration photographique

    - C’est une enfant si sage ! dit le grand-père du bas de la ville. Si sage ! Mais à table, quelle affaire pour qu’elle finisse son assiette !

    - On n’a jamais aucun problème avec cette petite, dit la grand-mère du haut de la ville. Elle est si obéissante ! Sauf à l’heure de la soupe. Quelle misère pour la lui faire avaler !

    Le dimanche, quand toute la famille est réunie autour de la table, que la petite soupire devant son assiette déjà froide, on la saisit rudement d’une main, on prend la soupe et la cuillère dans l’autre, on la pousse vivement dans la cave, on pose l’assiette au sol et on met le verrou à la porte.

    - Tu ne sortiras d’ici que lorsque tu auras tout mangé, c’est compris ?

    Parfois la petite pleure. Elle n’a que cinq ans, après tout. Parfois elle frappe la lourde porte de ses deux poings. Ça fait mal.

    Elle se jure solennellement que quand elle sera grande, plus jamais elle ne mangera de soupe.

    ***

    écrit pour les Impromptus littéraires
    qui proposaient cette photo

    impromptus113.jpg

    http://www.impromptuslitteraires.fr/dotclear/index.php

  • H comme humour

    Tranche d'humour ministériel:

    http://www.standaard.be/cnt/dmf20141005_01303634?_section=60682888&utm_source=standaard&utm_medium=newsletter&utm_campaign=ochtendupdate&&M_BT=110935810948&adh_i=

    Année après année, ministère après ministère, les mêmes constats sont faits (j'en ai déjà parlé ici dans le passé):

    1.on manque de profs pour certaines matières
    2.de moins en moins de jeunes commencent une formation de prof (encore une baisse de 10% cette année)
    3.parmi ceux qui obtiennent le diplôme, un quart quitte l'enseignement dans les cinq ans
    4.le manque de prof va encore beaucoup augmenter

    Année après année, ministère après ministère, les mêmes solutions sont annoncées par le ou la ministre flamand(e) de l'Enseignement:

    1.het beroep aantrekkelijker maken: rendre le job plus attractif
    2.de planlast verminderen: réduire la lourdeur des tâches administratives 

    Année après année, ministère après ministère, les mêmes constatations sont faites par les profs:

    1.le salaire, grâce à des mesures diverses et instaurées comme "provisoires" dans les années 80, n'augmente pas
    2.la charge administrative ne cesse de croître

    Voilà pourquoi j'ai éclaté de rire en lisant que notre nouvelle ministre de l'Enseignement a déclaré qu'elle allait faire une priorité de deux choses:

    1.het beroep aantrekkelijker maken: rendre le job plus attractif
    2.de planlast verminderen: réduire la lourdeur des tâches administratives 

    Or la même dame, dans une interview précédente, estimait qu'on pourrait fort bien travailler une heure ou deux de plus pour le même salaire Cool

    ***

    Pas étonnant, dis-je à ma carissima nipotina le soir au téléphone, que des parents dont le fils se sent la "vocation-prof" font tout pour le persuader de choisir une autre carrière!

     

     

  • G comme glacial

    Dehors dans la nuit glaciale, seule, le dos appuyé contre le mur froid, juste à côté de la porte qu’elle a laissée entrebâillée, calée avec le paillasson. Ses yeux s’habituant à l’obscurité, elle voit les cinq autos sur le parking devant la maison, avec leur métal brillant sous l’unique réverbère. La rue est étroite et en cul-de-sac. Les arbres dénudés craquent de temps en temps. Peu de nuages dans le ciel : elle admire un instant la lune et les étoiles. En face, le champ dénudé fait une courbe douce au-delà de laquelle on peut deviner les contours de la ferme des V***. Toutes les lumières sont déjà éteintes, chez eux.

    Son regard revient sur les voitures. La grosse BMW de sœur aînée. Les deux VW. La toute nouvelle bagnole de frère cadet. Et puis la sienne, petite Hyundai démocratique, qui la ramène à ce sentiment d’infériorité qu’elle traîne depuis l’enfance.

    Et toujours je me sentais de trop. De trop avec les deux aînés et leur connivence. Toujours ligués contre moi. J’étais toujours trop petite ou trop bête pour pouvoir participer à leurs jeux. Toujours à rire dans mon dos, à s’amuser sans moi. Toujours complices.

    Et moi toujours seule. Même quand les deux petits sont nés. Trop petits pour moi. Cinq et dix ans, c’était trop de différence. J’étais de nouveau exclue. De leurs jeux, de leurs rires, de leurs secrets.

    Et toujours je me sentais bête. Pas à la hauteur. Les deux aînés et leur époque yé-yé. Qui savaient si bien danser et s’entraînaient au salon. Qui sortaient avec une bande d’amis. Qui rentraient tard sur la moto de l’un ou de l’autre.

    Et moi toujours la plus bête. Eux faisaient des études. Ils allaient à l’université. Et moi ? Moi rien. Dactylo. Puis les deux petits ont fait des études. Sont allés à l’université. Et moi toujours la plus bête autour de la table. La plus nulle.

    Jamais rien fait de bien. Jamais des parents fiers de moi. Jamais rien réussi dans la vie. Bonne à rien. Boulet pour tout le monde. Personne ne m’aime. Personne ne me comprend.

    ***

    écrit pour l'atelier d'été
    de François Bon
    (3e partie)

  • F comme fracas

    Elle repousse brutalement sa chaise et se lève avec fracas. La théâtralité, on a ça dans le sang, c’est de famille. Elle aurait bien aimé que la chaise tombe à terre dans un grand bruit, mais les meubles de Mémé Jeanne sont trop lourds et trop solides. D’ailleurs, l’espace entre le mur et la table n’est pas suffisant.

    Sans regarder personne, elle s’éloigne avec raideur, quitte la pièce, sort de la maison dans la nuit de décembre. Elle a tout de même veillé à ce que son coup d’éclat soit vu de tous ses frères et sœurs, mais pas de Mémé Jeanne, qui était juste dans sa cuisine pour y faire du café.

    Autour de la table, chacun y va de son commentaire. Mais qu’est-ce qui lui a pris ? C’est quoi cette réaction ? Quelle mouche l’a encore piquée ? C’est toujours la même chose avec elle ! Faut vraiment faire gaffe à ce qu’on lui dit ! On ne peut rien lui dire…

    - Mais qu’est-ce que j’ai dit de mal ? Je n’ai dit que la vérité ! Et c’est moi qui en souffre, depuis tout ce temps, de ces mensonges auxquels elle m’a contraint ! C’est moi qui ai dû trahir une amitié à cause d’elle !

    Frère aîné en a gros sur la patate, c’est évident. C’est lui, maintenant, qui est sur la scène de théâtre : avec des effets de voix et de gestes, il expose, il monologue. Tout ce qui lui pèse depuis 1983, il va le régurgiter, là, en cette nuit de Noël. Dix années ont passé mais pas la rancœur, pas l’amertume.

    - Qu’est-ce qui se passe ? Vous n’avez pas parlé de politique, j’espère ?

    Ça, c’est Mémé Jeanne et sa hantise des disputes autour de la table familiale. Non, non, lui dit-on à quatre ou cinq voix, non, non, ne t’inquiète pas, tout va bien. Mais on voit clairement qu’elle se méfie. Alors deux femmes se lèvent, débarrassent la table, la préparent pour l’arrivée du dessert, le fameux gâteau au moka de Mémé Jeanne, celui auquel elle a travaillé depuis la veille et qu’elle n’a eu fini de décorer que peu avant l’arrivée des premiers convives.

    - Où est Christine ?

    Ils sont deux ou trois à lui mentir par omission, Elle est dehors. Dehors ? Mais il gèle ! Elle est allée chercher quelque chose dans la voiture.

    Mémé Jeanne fait semblant de les croire. Elle connaît sa fille.

    - Je vais la chercher, dit sœur aînée.

    - De vous cinq, dit Mémé Jeanne en s’asseyant plus lourdement, dans un soupir, elle a toujours été la plus difficile à comprendre.

    ***

    écrit pour l'atelier d'été
    de François Bon
    (2e partie)

  • 7 comme le jeu des 7 familles

    - Moi ! dit-elle, moi, mes enfants sont intelligents !

    Ce ton sec, cette voix coupante, alors que le murmure des conversations est retombé, chacun l’a entendu. Quelques-uns relèvent la tête, furtivement, puis l’attention est de nouveau accaparée par le demi-homard en belle-vue auquel on s’attaque selon son tempérament. Il y a ceux qui commencent par le plus gros morceau avec couteau et fourchette, et ceux qui lui arrachent d’abord les pattes une à une, en les suçant de plus en plus bruyamment.

    - Moi j’ai des enfants intelligents !

    On ne peut pas faire comme si on ne l’avait pas entendue. C’est pourtant ce que chacun fait, retournant à son homard, portant son verre à la bouche après un rapide coup de serviette empesée, reprenant le fil d’une conversation interrompue, passe-moi la mayonnaise, qui veut encore un peu de vin ?

    - Ce n’est pas une raison, dit Mémé Jeanne, la seule qui ait le droit d’intervenir sur un sujet aussi délicat que les enfants des uns et des autres, puisque la famille est sous son toit, autour de sa table, de ses homards. Et qu’elle est leur mère, belle-mère ou grand-mère à tous.

    - Ce ne sont pas des choses à dire, même si elles sont vraies.

    Mémé Jeanne a pour règle de ne jamais mettre ses enfants tout à fait dans leur tort. Avec sa seconde fille, elle est particulièrement prudente. Surtout depuis son divorce.

    - D’ailleurs, fait-elle en les regardant, il n’y a que des enfants intelligents autour de cette table. Parlons plutôt de ce homard et dites-moi s’il est cuit à votre goût.

    C’est toujours à ce moment-là qu’elle se tourne vers son plus jeune fils, celui qui critique tout, les accords des mets avec les vins, leur température – le blanc trop froid, le rouge trop chaud – et bien sûr les temps de cuisson, que ce soit du poisson, de la volaille, de la viande ou du homard.

    - Il n’est pas trop cuit, au moins ?

    C’est à lui seul qu’elle s’adresse, mais trois ou quatre autres s’empressent de répondre à sa place.

    - Il est excellent, Mère !
    - C’est délicieux !
    - Ça faisait longtemps que je n’avais plus mangé du si bon homard !

    Cette exclamation ironique de gendre n°1 lui vaut immédiatement un coup de coude dans les côtes.

    - Qu’est-ce que j’ai dit de mal ?
    - Et celui qu’on a mangé la semaine passée et que tu avais trouvé tellement à ton goût ?
    - Comment ? fait Mémé Jeanne, outrée. Vous avez mangé du homard il n’y a pas huit jours alors que vous saviez qu’il y en aurait au menu ce soir ? Ah ! ça ! c’est trop fort !
    - On ne pouvait pas faire autrement, Maman, dit fille aînée, on avait les parents de Robert et c’est ce qu’ils espéraient trouver au menu…
    - Tout de même ! Tout de même ! Une semaine avant Noël, ce n’est pas Noël !

    ***

    écrit pour l'atelier de François Bon
    été 14

  • E comme échelle des valeurs

    "C'est quoi, le bonheur, pour vous?" demande Madame, qui à l'instar de son coiffeur-philosophe ne craint pas d'aborder les grandes questions existentielles Langue tirée.

    Il est d'ailleurs étonnant de constater qu'à cette question-là, Madame n'a jamais dû entendre l'excuse habituelle, "je-n'ai-pas-d'inspiration". Cette année comme les précédentes, toutes les têtes de 17 ans se penchent sur la feuille et noircissent le papier.

    Car c'est aussi cela, être prof, c'est réutiliser avec le même enthousiasme ingénu les mêmes trucs, comme la première fois.

    Parce que pour eux, c'est la première fois.

    C'est la fin du cours. Ils ont regardé le clip "Funambule" et relu attentivement le texte de la chanson. Ils ont compris l'essentiel: ça parle de trouver son équilibre dans la vie.

    http://www.youtube.com/watch?v=pYrN9nxI0gM

    Madame ramasse les copies. Le soir, elle refond toutes les réponses (anonymées) en un seul document.

    Comme les autres années, le trio de tête, c'est la famille, les amis et l'amour.

    Comme les autres années, il y a quelques vraies perles. Une jeune fille qui a perdu son papa écrit: "Il faut avoir connu le malheur pour savoir où est le vrai bonheur." 

    Comme les autres années, Madame est émue.

     

  • D comme dénouement

    Dénouement heureux pour la jeune fille dont je parlais ici: http://adrienne.skynetblogs.be/22/

    Alors bien sûr Madame est soulagée de la savoir saine et sauve. Très contente de la revoir sur les bancs de l'école.

    Mais le mystère reste entier et les zones d'ombre fort opaques.

    Comment une si jeune fille a-t-elle pu prendre l'avion pour le Pakistan sans l'accord de sa famille? Y rester trois semaines puis reprendre tranquillement l'avion pour la Belgique?

    Et ses mains, en quel honneur sont-elles couvertes de henné?

  • C comme ciel!

    Ciel! le bel automne que voilà!
    et tous les arbres encore si verts

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    des températures si agréables qu'on apprécie la fraîcheur des sous-bois

     Walrus sept 2014 008 - kopie.JPG

    où on admire les variétés de mousses

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     et de champignons

    Walrus sept 2014 010 - kopie.JPG

    appréciés des limaçons

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     l'Adrienne aime les arbresWalrus sept 2014 016 - kopie.JPG

    et remercie les amis qui l'ont baladée dans la nature
    Bisou 

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  • B comme brouet

    Prendre une part de nuages (http://remue.net/spip.php?article6987), y ajouter une demi-ventolière en plastique (http://remue.net/spip.php?article6652) et quelques gouttes de lamento de l'excavatrice (http://hyperion21.blog.lemonde.fr/2012/11/30/pasolini-le-lamento-de-lexcavatrice-4/)

    ***

    Il coupe la ventolière, ouvre sa vieille toison, la ferme, allume à nouveau la ventolière. Rien ne va. Rien n’est mieux. Le bois est parfaitement rose et parfumé. Comme son haleine sur ma bouche. Comme les macarons qu’il laisse traîner sur les plages de sable.

    Son plaisir réside dans des robes en kiwi, dans le lit imprégné de sa sueur juvénile qu’il a su garder intacte et dans son désir de capter, dès qu’il le peut, une lumière, un flot, un ciel, un oiseau ou une fleur qui bougent, là-haut, au paradis, et qui s’offrent à lui dès qu’il rêve. Le grand ballet des nuages n’arrête jamais. Pour ça qu’il aime les ruines. Il lui arrive même de grimper sur les murets des temples pour que s’incruste encore un peu mieux en lui l’incessant frisson.

    C’est plutôt beau quand la colline s’énerve. Que les ondulations se brouillent. Que les jours se dressent, se musclent, s’étendent. Qu’ils dorent un soir silencieux, défiant, en se blessant aux pavés inégaux. On sent qu’ils ne lâcheront pas. Jusqu’à la gestation. Jusqu’au monde parallèle vieux comme le temps.

    Marius, malgré les silences, ne lâche rien lui non plus. Juste un peu prise de temps à autre, mais c’est pour mieux conjurer les recoins oubliés de ses folles envies qu’il dévore à sa manière. Il y a chez lui une patience qui est la mesure du véritable amour. Ainsi, quand il déprime, parce qu’il est seul, se succèdent au sommet de la colline, le désert, et un irrépressible vent de désespoir qui le fait se mêler à l’air ambiant, croiser d’autres solitudes et frotter au passage quelques cicatrices à la sienne.

    Il y a des moments comme ça, parcimonieux et rares, où on a l’impression de parler la même langue que l’autre.

    Walrus sept 2014 019 - kopie.JPG

    ciel wallon du 27 septembre

     ***

    ci-dessous le texte original de Thomas Vinau (http://remue.net/spip.php?article6987)

    Il coupe la radio, ouvre la fenêtre, la ferme, allume à nouveau la radio. Rien ne va. Rien n’est mieux. La cuisine est parfaitement vide et sale. Comme le jour qui se lève. Comme ses yeux qu’il laisse traîner dans la lumière neuve du jardin.

    Sa chance réside dans sa propension au rêve, dans les beaux restes de naïveté qu’il a su garder intacts et dans son désir de capter, dès qu’il le peut, les fragments, scènes, dessins, figures ou silhouettes qui bougent, là-haut, en apesanteur, et qui s’offrent à lui dès qu’il lève les yeux au ciel. Le grand ballet des nuages n’arrête jamais. Pour ça qu’il aime le dehors. Il lui arrive même de grimper dans la cabane de son fils pour que s’incruste encore un peu mieux en lui l’incessante danse.

    C’est plutôt beau quand l’horizon s’énerve. Que les pistes se brouillent. Que les nuages se dressent, se musclent, s’étendent. Qu’ils lèvent un menton noir, défiant, en fronçant les sourcils. On sent qu’ils ne lâcheront pas. Jusqu’à l’explosion. Jusqu’à la révolution de la lumière. »

    Joseph, malgré les apparences, ne lâche rien lui non plus. Juste un peu prise de temps à autre, mais c’est pour mieux conjurer les aléas d’un quotidien terre à terre qu’il transgresse à sa manière. Il y a chez lui un instinct de survie qui lui permet de ne jamais se perdre. Ainsi, quand il déprime, parce qu’il est seul, succède au premier réflexe, celui du repli, un irrépressible besoin de sortir, de se mêler à l’air ambiant, de croiser d’autres solitudes et de frotter au passage quelques unes à la sienne.

    Il y a des moments comme ça, parcimonieux et rares, où on a l’impression de parler la même langue que l’autre.

  • A comme Adrienne

    Je l'ai photographiée à Noël, à Pâques, aux anniversaires.
    Je l'ai photographiée au salon, à la cuisine, au jardin. 
    Chez elle, chez moi, chez ma mère.
    Je l'ai photographiée à Knokke-le-Zoute, à Beauraing, au Grand-Duché, en Normandie.

    Mais pas dans cette clinique où elle est morte.

    Et c'est cette image-là que je revois quand je pense à elle.