• Dernière lettre

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    photo de l'hiver 2010-2011

    Le jardin est une scintillante symphonie de blanc, une aquarelle où se détachent les mésanges et les merles gloutons. Ils se disputent avec ténacité un kilo de graisse de bœuf. Ils ont conscience que leur vie en dépend.

    La fourgonnette rouge vif remonte l'allée sinueuse, en fait le tour dans un crissement de pneus et de freins, s'arrête pile devant la boîte aux lettres rouillée. Bruit de portière qui claque.

    En l'espace de quelques secondes, le silence est revenu. Muanza sort prendre le courrier et le chien en profite pour aller jusqu'à la rue, provoquant au passage un nouvel envol autour de la mangeoire aux oiseaux.

    Le journal, deux enveloppes. Muanza a un frisson au cœur en voyant celle qui est bleutée avec trois grands timbres aux couleurs vives. Lagos, Nigeria, cette ville immense composée d’îles qu’aucun pont ne relie. Il lui semble entendre les rythmes yoruba. Et le rire de Theresa.

    Theresa, la belle parenthèse dans le fardeau des premiers mois d’errance. Theresa et sa façon d'enrouler son pagne. Theresa qui se coiffe à petits coups secs ou se peint les ongles des doigts de pied en grenat. Theresa qui se penche vers lui pour lui tendre un bol de fufu. Le parfum de Theresa, la sueur de Theresa. Et ses caprices de jeune et jolie femme.

    Malgré le froid de janvier, il ressent une violente zébrure de chaleur, comme une secousse. Il rentre prestement, le chien sur les talons. Déchire l'enveloppe d'un coup sec, déplie le fragile feuillet bleu, lit les mots de Theresa, son langage coloré d'expressions en yoruba et son anglais bancal.

    Theresa qui l’appelle chéri, lui dit sa douleur, ses regrets, le vide, le temps qui passe… Qui ne comprend pas pourquoi il ne lui écrit jamais, qui lui fait presque une scène. Qui ne sait pas qu’il y a Rosemonde. Et une autre encore, au Niger.

    Parce que c’est aussi ça, pour Muanza, la résilience (1).

    Plus tard, il cache soigneusement la lettre entre ses T-shirts propres. Il ne faudrait pas que Pierre ou Marie la trouvent. Ils ne comprendraient pas. L’Europe, ce n’est pas l’Afrique, se dit-il.

     ***

    (1) capacité à vivre, à réussir, à se développer en dépit de l’adversité (définition de Boris Cyrulnik)

    ***

    Le texte combine deux consignes

    les mots du dernier défi du samedi

    Espace - Bruit - Frisson – Rythme - Couleurs- Langage- Caprice - Lire - Déchirer - Pont

    et les mots des plumes d'Asphodèle

    temps, lire, ténacité, tour (nom masculin), regrets, déchirer, malgré, silence, bancal, résilience, pourquoi, aquarelle, fardeau, parenthèse, vide, rire, envol, vie, conscience,  cœur, douleur, scintiller et symphonie, scène, sinueux

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  • Z comme zwanze

    Elle s’appelait Diane et roulait en… Dyane ! bravo ! je vois que vous suivez bien !

    Une Dyane blanc cassé qu’elle garait sur le parking de l’école.

    Diane était notre prof de maths en 4e (1). Elle avait une petite phrase qu’elle répétait tout le temps : « Is het klaar ? » (2). Mais alors vraiment tout le temps. Nous on gardait notre sérieux et on hochait la tête, oui oui, on a compris, continue continue.

    Diane habitait à la ferme et laver sa bagnole n’était pas une priorité. Aussi, la plupart du temps le blanc cassé était plutôt beige foncé. Osons le mot : brun sale.

    On l’aimait bien, notre Diane, alors on a voulu le lui prouver. Dans la crasse du capot, on a dessiné un grand cœur et en-dessous on a tracé en capitales : « Is het klaar ? ». On trouvait ça gentil et tordant.

    Et bien, croyez-moi ou pas, ça ne l’a pas fait rigoler.

    Au cours suivant, nous étions toutes frétillantes de chuchotis et de sourires de connivence quand elle est entrée en classe. Grise mine.

    Elle nous a passé un savon. Quoi, que dites-vous? liberté d’expression? créativité? Nous étions sans doute nées trop tôt.

    Mais selon toute justice, elle avait aussi passé un savon sur sa Dyane.

    ***

    (1) la seconde, dans le système français

    (2) C’est clair ?

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    http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/f/f4/Citroen_Dyane6_front_20071115.jpg

    Premier jeu d'écriture proposé par Kentin Spark dans sa "Cabine d'écriture":

    Pour être dans le fil de l’actualité, je vous propose un voyage entre le rire (émotion) et le dessin (thème).

    https://kentinspark.wordpress.com/2015/01/13/cabine-decriture-premiere-escale/ 

  • Y a pas de souci!

    Je me souviens de la première fois où j'ai entendu dire "y a pas de souci". Je sais encore qui c'était et où j'étais. C'est dire si ça m'a marquée.Langue tirée

    J'ai tout de suite détesté l'expression parce qu'il me semble qu'elle est à mettre sur le gros tas (un gros tas toujours grossissant) des barbarismes et des solécismes.

    Pardon pour ces mots savants.

    Pourquoi dire "y a pas de souci" alors qu'on veut dire "ne t'en fais pas" ou "il n'y a pas de problème"?

    Vous me direz qu'il y a plein de choses qui méritent beaucoup plus qu'on s'en agace. Sans nul doute. Et je serai la première à ajouter que je ne suis certainement pas "sans fautes" moi non plus.

    Mais... pourquoi faire constamment violence à la langue? Pourquoi ces "à peu près"? Pourquoi ces "passe-partout"? Pourquoi mélanger "je m'en souviens" et "je me le rappelle"? Pourquoi mélanger "avant qu'il soit" et "après qu'il a été"?

    Vous me direz que même les meilleurs présentateurs de la télé disent "je m'en rappelle" et "après qu'il soit". Croyez bien que je le déplore.

    Vous mettrez peut-être cet "agacement" sur le compte de mon métier. Ou de ma belgitude. Puisqu'il paraît - les Québécois en tout cas sont nombreux à l'affirmer - qu'on est beaucoup plus pointilleux sur le respect de la langue en dehors de la France. 

    Ce qui m'amène à Alain Mabanckou:

    "De plus, la langue que nous utilisions était raillée aussi bien en cours qu'au restaurant universitaire. On n'employait plus l'imparfait du subjonctif, en France... Or, nous y tenions comme à la prunelle de nos yeux! De notre côté, la langue des autochtones nous paraissait pauvre, pervertie par une paresse désolante. Ces jeunes gens avaient appris le français dans les jupes de leurs mères, et adopté, selon nous, les raccourcis les plus abominables, ainsi que cette manie de contourner la difficulté des concordances de temps en se réfugiant derrière une prétendue évolution de la langue. Combien de fois n'avons-nous pas été interrompus par un condisciple qui nous lançait:

    - On ne s'exprime plus comme ça! On croirait entendre des vieux!"

    Alain Mabanckou, Le sanglot de l'homme noir, Points, 2013, pages 105-106

  • X ou Ickx

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    photo de Jean-Jacques Boujot

    c'est le tout premier jeu d'écriture chez Débora Anton
    donc c'est forcément ma première participation
    Cool
    Je souhaite longue vie et plein succès à son "patchwork de plumes"!

    https://naniloup.wordpress.com/2015/01/13/patchwork-de-plumes-jeu-n1/

    Je m’appelle Ickx, Jacky Ickx. C’est moi qui cours le plus vite de toute la bande.

    Tu as remarqué que mon pelage a roussi comme notre herbe ? Encore un de leurs trucs inventés pour nous exterminer. J’en suis arrivé à trouver que même les piloselles étaient mangeables, du moment qu’elles sont encore en bouton. Mais ça devient dur d’en trouver. Tout ce qu’ils appellent « mauvaises herbes » et qui constituait le plus fin de nos menus… pfffuittt ! un bon gros nuage de désherbant sélectif au printemps et on n’en parle plus !

    Mais là, c’est à l’herbe qu’ils se sont pris. Roundup, ça s’appelle. Et je peux te dire que ça pue ! Quand l’herbe sera complètement roussie, ils viendront avec de gros tracteurs, te retourneront tout ça et sèmeront des légumes pour une entreprise de congélation. Il paraît que ça rapporte plus que de faire engraisser du bétail. A condition de s’y mettre à grande échelle, bien sûr.

    Alors voilà, j’attends l’été en bouffant les dernières piloselles. Mon copain Eddy, qui a vécu la même chose chez lui l’an dernier, me dit que parfois ils sèment des petits pois, parfois des haricots, et parfois… ô merveille ! des carottes…

     ***

    en ce jour des Saints-Innocents
    il me semble que ce petit lapin a sa place
    Langue tirée
    Pour ceux qui s'intéressent à l'agro-alimentaire belge
    - section congélation de fruits et légumes -
    suivre ce lien 
    http://vegebe.be/fr/voorstelling/

  • W comme wagon de train

    Il est assis, seul au bout d’un banc. C'est un quai de gare sombre et plein de courants d’air, comme tous les quais de gare, surtout en janvier. Ses bagages autour de lui et son accoutrement semblent indiquer qu'il part en expédition dans le grand Nord: épaisses bottes fourrées, énorme doudoune à capuchon bien serré sur un bonnet qui lui cache à moitié les yeux, moufles comme des gants de boxe. L’air de l’homme qui part au loin affronter une tâche héroïque, surhumaine, répugnante peut-être et qui l’accomplira le visage impassible.

    Pourtant, il semble inquiet et se retourne constamment pour voir l'heure ou le tableau d'affichage des départs. Comme on est dimanche, les gens sont moins pressés et il y a plus d'enfants. Certains somnolent en suçant leur pouce, d'autres jouent à des courses poursuites dans la salle d'attente ou font peur à leur maman en allant trop près des rails. Parmi les mères et les grands-mères, il s’en trouve toujours à évoquer des expériences à vous faire dresser les cheveux sur la tête. Au loin, la ville gronde de rumeurs diverses, celles de la circulation et celles des légendes urbaines. 

    Sur un quai de gare, le temps a un cours différent. Il stagne. On regarde s'avancer les aiguilles de la grosse montre, on écoute les annonces de changements de voies, toujours inquiet de ne pas comprendre ni entendre quand ça concernera celle où on se trouve. Le dimanche, les attentes sont encore plus longues. Quand la voix nasillarde pleine de crépitements divers commence une annonce pour la voie numéro 15, un train s’arrête à grands fracas, crissements, chuintements et soupirs de monstre métallique. On n’entend plus que lui et on ne sait pas si on doit ramasser ses affaires en hâte et dévaler des escaliers en bousculant des mères avec leurs poussettes et leurs caddies ou rester tranquillement assis.

    Dimanche midi à Bruxelles-Midi. Le marché se termine. Le compartiment envahi de buée sent les poireaux, les sacs sont rebondis comme les ventres et les enfants, si bruns soient-ils, travaillent du pouce sur de minuscules jeux électroniques.

     wagon de train,fiction,bruxelles

    photo prise à Bruxelles en février 2012
    et qui n'a rien à voir avec le texte
    je vous l'accorde

    Langue tirée

  • V comme vilain

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    © Julien Ribot

    Crois-tu donc, frère humain,
    que ton amour durera plus longtemps
    pour l’avoir cadenassé à un pont
    ou gravé sur une écorce d’arbre ?

     

    Vanitas vanitatis…

     

    Crois-moi, frère humain,
    la seule chose sûre,
    c’est que tu as pollué un peu plus ton environnement
    et tué à petit feu l’arbre qui porte ton nom.

     

    ***

    écrit pour Bricabook 152
    et Leiloona, que je remercie!

    http://www.bricabook.fr/2015/01/une-photo-quelques-mots-atelier-decriture-152e/

  • U comme ulcérées

    Chère Isabelle,

    Il est mort. Je viens de l’apprendre. Il est mort mardi dernier. Cancer du poumon, évidemment. Tu te souviens qu’il fumait même en classe ? Qu’il nous soufflait la fumée de ses cigares en pleine figure, à l’examen oral ?

    Il est mort.

    Tu te rappelles les dernières fois que nous nous sommes vues? Nous avions quitté l’école depuis plus d'un an et nous parlions encore de lui. Noirs souvenirs que nous ressassions en marchant sur la Kapucienenvoer. Nous avions traversé la Dyle, contourné le béguinage, je crois que c’est au coin de la Fonteinstraat que nous avons rencontré celui que tu épouserais quatre ans plus tard. De mon côté je connaissais déjà celui qui allait être l’homme-de-ma-vie… Et malgré cela, chaque fois qu’on se voyait, on revenait en arrière, on parlait de lui. Et d’Anne.

    Il est enfin mort.

    Un autre soir, nous avons mangé un spaghetti bolognaise, je crois que c’était dans la Muntstraat. Nous parlions encore de lui. Nous nous demandions constamment pour combien de filles il serait cet animal nuisible. Nous nous disions que nous aurions dû être beaucoup plus féroces. Pourquoi n’a-t-on pas voulu nous croire ?

    Mais il est mort.

    Si tu vois Anne, dis-le-lui.

    Et si nous nous revoyons un jour, ne parlons plus de lui.

    Je t'embrasse

    Adrienne

    ***

    1) Choisissez le plan d'une ville. Examinez-le.
    2) pendant dix à 20 minutes, écrivez une lettre ou un e-mail à un(e) 
    ami(e) que vous n'avez pas revu(e) depuis l'âge de vos 20 ans. Vous 
    venez d'avoir de ses nouvelles de façon inattendue. Dans cette lettre, 
    en utilisant le plan de la ville choisi, vous évoquez des souvenirs, des 
    lieux, des itinéraires, des circonstances (études, travail, café, 
    sorties au cinéma) où vous étiez ensemble

    Merci à Joe Krapov pour cette intéressante consigne!

     

    Leuven 017 - kopie.JPG

    photos prises à Louvain en octobre 2010

    Leuven 016 - stadspark.JPG

     et l'étape suivante est pour vous:

    Vous transmettez ce courrier à votre voisin(e) 
    de droite ainsi que le plan. Pendant le temps restant vous répondez 
    longuement au courrier que vous venez de recevoir en utilisant le plan 
    fourni.

    Cool

  • T comme tout doux

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    pour le projet 52 de Ma

    http://manuelles.canalblog.com/archives/2014/12/30/31227714.html

    Thème: doux

    je vous remets le doux sourire

    et les doux yeux

    de ma brave bête de chien

    qui est mort depuis longtemps

    et jamais remplacé

  • Stupeur et tremblements

    Elle s'appelle Henriette.
    Elle est Béninoise.
    Elle a 13 ans.

    Chaque année, au mois de décembre, je reçois une photo d'elle.
    Au dos de la photo, quelques informations minimales: son nom, son âge. Et l'assurance qu'elle va à l'école. (1)
    Ainsi qu'une injonction pour continuer à correspondre avec elle.

    J'ai déjà dit ici précédemment mon découragement en ce qui concerne cette correspondance. Elle est à sens unique: Henriette ne répond pas à mes questions, n'écrit pas un seul mot de sa main, n'appose même pas une signature. (2)

    Six ans déjà que je la "sponsorise" pour qu'elle aille à l'école.

    Or qu'est-ce que j'apprends en ce mois de décembre 2014?

    Qu'elle a 13 ans.
    Et qu'elle est mariée.
    Cette année, sur la photo, à côté d'elle, il y a un jeune homme.
    "Henriette and Kouessivi, her husband", dit la légende.

     ***

    (1) Car c'est là le fer de lance de tout le projet
     http://www.planbelgique.be/que-fait-plan

    (2) voir par exemple ce billet d'il y a trois ans: 
    http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2011/12/14/l-comme-lettre-a-henriette.html

  • 22! ça craint grave

    C'est le chien qui l'a prévenu. S'est mis à aboyer comme un taré. Ça a mis des plombes à lui arriver au cerveau, avec la murge qu'il s'est pris la veille. Et l'avant-veille. Gros week-end. Il y avait du monde au restaurant. C'était la réouverture. Terrasse impeccable. Plus un grain de sable dans la salle. Cuisine opérationnelle. Si t'avais vu ça mon pote. Et d'ailleurs il a vu le gros Perez. Il était là avec toute l'équipe dimanche soir pour faire la fête. Bon ce n'était pas les teufs de l'OM ou de Nice avec la coke les bains de champagne les putes et tout le reste c'était tranquille mais tout le monde avait l'air content. En tout cas Perez semblait satisfait. Bon travail mon gars il lui a fait. Ça l'a soulagé d'un poids maous. De le voir là toute la soirée ça lui a collé des frissons. Depuis sa dernière visite il rêvait de lui toutes les nuits. Le type lui réclamait son fric et le torturait jusqu'à ce qu'il crache le morceau.

    Olivier Adam, Peine perdue, début du chapitre 22, Flammarion 2014, p.391

     

    Où il apparaît clairement que:

    1.les virgules sont des ornements désuets; une seule semble avoir échappé à la vigilance de l'auteur et de son comité de lecture, à la deuxième ligne... Entre "Et d'ailleurs, il a vu le gros Perez" ou "Et d'ailleurs il a vu, le gros Perez", je choisis la deuxième option, mais je peux me tromper Langue tirée

    2.apprendre le français argotique à mes petits Flamands est une conditio sine qua non pour leur faire goûter - ou en tout cas comprendre - la littérature française.

    Ici http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4873524 on peut entendre Olivier Adam parler de son livre et en lire des extraits.

     littérature,langue,français,prof

     source de l'image: BERTRAND GUAY / AFP 

    http://www.20minutes.fr/culture/1431007-20140821-rentree-litteraire-lu-peine-perdue-olivier-adam 

    Le titre du billet vient d'un article de Bentolila, Pour la langue, ça craint grave, que j'ai fait lire en classe à l'époque de sa parution. Il est ici: http://www.liberation.fr/tribune/2004/08/24/pour-la-langue-ca-craint-grave_490114 et date déjà d'une dizaine d'années.

    Mais qui reste très actuel!

     

  • R comme rochers

    Les rochers de granit rose, voilà où l'Adrienne emmènera sa mère en vacances l'été prochain.

    - La Bretagne, ça te dirait d'y aller, cet été?

    - Oh oui! bonne idée!

    Puis elle ajoute:

    - Et on y mange bien!

    Quatre-vingts ans, bon pied (plus infatigable que l'Adrienne), bon oeil (même pas besoin de lunettes) et toutes ses dents Langue tirée.

    Ma mère, elle est du chêne dont on fait les centenaires...

    Que dis-je?

    Elle est un rocher de granit rose Cool.

    http://krapoveries.canalblog.com/tag/rochers%20roses

    ***

    Pour le moment, ce que j'ai de plus rose à vous montrer, c'est ceci:

     mère,france,amitié

    Pipo Rossi dans la clématis Montana rose
    à l'époque où il ne pesait que six kilos
    et qu'il avait encore ses deux yeux.

     

  • Vingt ou trente

    Quand je suis vingt ou trente mois
    Sans retourner en Vendomois,
    Plein de pensées vagabondes.
    Plein d’un remords et d’un souci.
    Aux rochers je me plains ainsi.
    Aux bois, aux antres, et aux ondes.

    Première strophe de l'Ode XII de Ronsard, dans laquelle il s'agit de la fuite du temps (et par conséquent de la mort).

    Mais pour moi, c'est toujours ce que je me récite, quand mon vert paradis me manque trop.

     beheers april 2012 - kopie (03).JPG

     photo d'avril 2012

    http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/pierre_de_ronsard/quand_je_suis_vingt_ou_trente_mois.html

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  • Question existentielle

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    Romaric Cazaux

    écrit pour Leiloona
    atelier Bricabook n°151

     http://www.bricabook.fr/2015/01/atelier-decriture-151e-une-photo-quelques-mots/

    Tiens, se dit Mamie Josiane en tombant en arrêt devant l’étalage du numéro 50 de l’avenue de la Toison d’Or, voilà qui serait une bonne idée de cadeau pour le petit Arthur ! J’y ajouterai ses bonbons préférés, il sera content !

    Le dimanche 18 janvier, le gamin a ouvert ses paquets, a remercié tout le monde, s'est laissé embrasser, a soufflé ses bougies, les gâteaux à la crème et au chocolat ont été mangés presque sans faire de dégâts à la nappe et au nouveau pull.

     

    Non mais tu as vu ? demande-t-il le soir à sa mère en lui montrant la petite boite de caleçons. Du rose, du rouge, du jaune, du bleu… Je me demande quand Mamie Josiane aura enfin intégré que je suis supporter des mauve et blanc !

  • P comme pas peur?

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    pour le projet 52 de Ma

    http://manuelles.canalblog.com/archives/2014/12/30/31227714.html

    thème : sucré

    Voilà qui m'a fait penser à mon éducation sans sucre

    et sans crainte du dentiste

    Cool

  • M comme Mozart

    parce que Mozart console de tout

    et que c'est tout simplement beau

    ***

    Pour ceux qui auraient le temps de l'écouter en entier

  • J comme je ne suis pas Charlie

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     © Julien Ribot

     Je suis l’homme, je suis l’enfant,
    Je suis la femme noire, la femme jaune, la femme blanche,
    L’homme noir, l’homme jaune, l’homme blanc.

     Je suis l’oiseau
    Et le poisson et la tortue
    Et le cheval qui court.
    Je suis l’herbe et l’arbre.
    Je suis la mer et la montagne.

    Si je fais du mal à une partie de moi,
    A l’enfant qui est en moi,
    A la femme qui est en moi,
    De n’importe quel pays,
    De n’importe quelle couleur,
    Je me fais du mal à moi-même.

    Aussi ai-je souvent mal
    A toutes ces parties de moi
    Mutilées, torturées, affamées,
    En quelque lieu du monde.

     Le jour approche
    Où je serai entière et entier,
    Où j’aurai assumé ma féminitude,
    Ma mâlitude, ma négritude, ma jaunitude.

     Je suis l’homme, je suis l’enfant,
    Je suis la femme noire, la femme jaune, la femme blanche,
    L’homme noir, l’homme jaune, l’homme blanc.

     Julos Beaucarne

    http://julosland.skynetblogs.be/

    ***

    pour Leiloona
    du blog Bricabook

    Merci Leiloona!

    http://www.bricabook.fr/2015/01/atelier-decriture-150e-une-photo-quelques-mots/

     

    ***

    à lire aussi

    http://leblogalupus.com/2015/01/09/je-ne-suis-pas-charlie-par-bruno-bertez/

    http://www.les-crises.fr/

    et

    http://mo.michelonfray.fr/non-classe/lintegralite-de-larticle-de-michel-onfray-dans-le-point-du-10-janvier-2015/

     

  • J comme je jette ou je garde?

    C’est un ciré que ma mère m’a donné parce que la fermeture éclair est foutue. Il est si pratique pour les promenades hivernales ou pour aller chercher du bois au fond du jardin. Sauf que maintenant j’habite en ville.

    Ce sont des tabliers que grand-mère Adrienne a cousus. Il y en a plus de vingt. Il ne m’en faut que deux, tout au plus. Ceux que je préfère sont précisément ceux qui sont le plus usés.

    C’est un pull de belle-sœur aînée. Celle qui est morte en 1987 dans un accident de voiture. Un beau pull noir dont, dernièrement, j’ai retiré les épaulettes. J’aurais peut-être dû les y laisser ? Je ne l'ai porté qu’à des enterrements.

    Ce sont des mouchoirs de mon père. De grands mouchoirs à carreaux dans des tons de beige ou de bleu, sa couleur préférée. Il n’y en a pas dix en tout, ils sont devenus tout minces et la plupart sont troués. Je n’utilise plus que ceux-là.

     

    - Jette tout ça ! dit l’amie Antoinette. Jette ! Jette !

    ***

    écrit pour le défi 136
    des Croqueurs de Mots
    http://c-estenecrivantqu-ondevient.hautetfort.com/archive/2014/12/22/defi-n-136-vetements-and-co-5518569.html?c

    sur le thème du vêtement qu'on garde...

    merci Enriqueta!

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    photo prise à Rome en avril 2011

     

  • G comme gros plan

    Gros plan sur les animaux domestiques de l'Adrienne

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    http://manuelles.canalblog.com/archives/2014/12/30/31227714.html
    pour le Projet 52 chez Ma

     

  • G comme García Lorca

    Colmena

    F. García Lorca

    ¡Vivimos en celdas 
    de cristal, 

    en colmena de aire!

    Nos besamos a través 

    de cristal. 

    ¡Maravillosa cárcel,

    cuya puerta 

    es la luna!
     

    Ruches

    F. García Lorca 

    Nous vivons dans des cellules
    de verre,
    dans des ruches d'air!
    Nous nous embrassons à travers
    du verre.
    Merveilleuse prison,
    dont la porte
    est la lune! 
     
    (Trad: Colo) 

    Korf

    We leven in cellen
    Van glas,
    In een korf van lucht!
    We zoenen
    Door het glas.
    Prachtige cel
    Met als deur
    De maan!

    (traduction de l'Adrienne)

     

    poesie,espagnol,espagne,traduction,amitié,vive internet

     photo prise à Bruxelles en septembre 2013

  • F comme français

    "le français (...) est une langue de cérémonie et ses codes, à la fois grammaticaux et culturels, ont quelque chose d'intimidant."

    Phrase extraite de l'interview de l'auteur sénégalais, Boubacar Boris Diop, qu'on peut lire ici: 

    http://motspluriels.arts.uwa.edu.au/MP999bbd.html

    Je suis sûre que mes élèves seraient tout à fait d'accord.

    Le français est ressenti comme plein de "pièges" et la peur de la faute est paralysante.

  • 7 réponses

    On écrit parce que "quelque chose ne tourne pas rond"

    On écrit parce qu'on voudrait déplacer les montagnes

    ou faire passer un éléphant dans le chas d'une aiguille.

    Alain Mabanckou, Le sanglot de l'homme noir, Points, 2013, page 132

    "L'écrivain devrait vivre dans une ville qu'il n'aime pas." Je comprends cette formule comme une invitation à la prise de distance, comme une réinvention permanente de ce paradis perdu, égaré dans ce qui nous reste de souvenirs d'enfance. 

    J'aime toutes les villes que je traverse, je suis émerveillé par tous les lieux qui ne ressemblent pas à ceux de mon enfance. J'y arrive le coeur léger, la tête vide de toute pensée.

    C'est parce que l'endroit dans lequel nous vivons est tellement opposé à notre "milieu naturel" que resurgissent soudain les images de notre propre enfance (...)

    Alain Mabanckou, Le sanglot de l'homme noir, Points, 2013, page 133

    Et aux pages 158-159, une dernière réponse, formulée comme une question:

    Dans la mesure où le lecteur des littératures africaines est généralement européen - notamment à cause du coût du livre et de la diffusion - , comment créer en toute indépendance, sans obéir à la demande, aux fantasmes de ce "lectorat de raison"? 

     

    litterature,afrique,écrire

     

  • E comme expert

    L'Adrienne a de la chance. Elle a de bons amis. Qui voient ses problèmes. Qui veulent l'aider.

    Ainsi par exemple, c'est évident qu'une femme seule ne peut pas soulever une lourde armoire de toilette pour l'accrocher au-dessus de son lavabo. 

    Il est évident aussi que la perceuse empruntée à sa carissima nipotina ne convient pas: pour ce genre de travail, dit l'ami expert, il faut une "klopboor". L'Adrienne ne se doutait même pas qu'il existait deux types de perceuses.

    - Je viens t'arranger ça lundi prochain, dit-il.

    nov 14 (1) - kopie.JPG

    Il prend des mesures, trace des lignes, fore des trous, y visse des crochets pour l'armoire, constate qu'il sont trop bas, les quatre trous, en refait quatre autres, deux ou trois centimètres plus haut, contate qu'ils ne sont pas au bon éloignement les uns des autres. En refait quatre autres à côté,

    nov 14 (3) - kopie.JPG

    et l'horrible horreur va s'agrandissant dans les yeux de l'Adrienne à mesure que les différentes étapes du "travail" agrandissent aussi les trous pour n'en former plus qu'un seul. Enorme. Profond. Très profond.

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    - Ne t'inquiète pas, dit l'expert, je vais t'arranger ça!

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    - Je crois, dit l'Adrienne prudemment, que tu seras bientôt passé au travers du mur.

    nov 14 (6) - kopie.JPG

    Et bien vous savez quoi? ça l'a fait rire, l'expert.

  • D comme débarquement

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    © Julien Ribot

     http://www.bricabook.fr/2014/12/atelier-decriture-une-photo-quelques-mots-149e/

    Il était seul sur le quai, ce matin-là, attendant le 10.13 h. pour rentrer chez lui après deux jours de fêtes bien arrosées entre copains.

    Sur le quai d’en face, quand le train s’est arrêté, il en est sorti un flot de voyageurs pressés, des hommes mais surtout des femmes, presque tous munis d’une grosse valise qui semblait bien légère malgré sa taille, à voir avec quelle facilité chacun la soulevait pour la déposer à terre en quittant le wagon. Des gens pressés, très pressés, qui se bousculaient sans aménité, au risque de faire tomber quelqu’un sur la voie.

    - Ce n’est encore rien, se dit-il, en comparaison de ce qui se passera tout à l’heure.

    Les mains dans les poches, le sourire aux lèvres, il les regardait défiler et avait presque pitié d’eux.

     

    C’était le premier jour de l’enfer des soldes.

  • C comme Chez Ma

    Chez Ma, il y a ce petit jeu auquel j'aimerais participer cette année, en essayant de le faire "entrer" dans mon abécédaire et peut-être en mettant parfois plus l'accent sur le texte que sur la photo, je ne sais pas, on verra...

    Je ne suis pas photographe et j'ai un tout petit appareil moins que basique, acheté il y a sept ans dans un superdiscount en superpromo, ça veut tout dire Cool

    Bref. Ici le lien vers les consignes, ça s'appelle le projet 52 et ça consiste à publier une photo par semaine sur un thème imposé. Le thème de cette première semaine, c'est "ici": 
    http://manuelles.canalblog.com/archives/2014/12/30/31227714.html

    024 - kopie.JPG

    "Ici"

    ici c'est mon bureau
    avec ma nièce-qui-n'est-plus-ma-nièce
    puisque j'ai divorcé de son oncle

    et une de nos (grand-)tantes-qui-n'est-plus-ma-tante
    puisque son neveu n'est plus mon mari

    mais qui me font le bonheur de continuer à me considérer comme de leur famille

    et qui continuent à venir

    ici.

  • C comme Cyprien

    L'Adrienne a eu un moment d'hésitation avant de pousser la porte. Il faisait sombre à l'intérieur, rien n'y bougeait, pas une seule présence humaine, pas l'habituelle pancarte sur le trottoir non plus.

    - Je peux m'installer pour manger?

    Le grand gaillard de type indien remonte le chauffage, allume quelques guirlandes lumineuses de plus, tout en faisant un large geste pour indiquer qu'il n'y a que l'embarras du choix. Le restaurant est vide. Pourtant il est déjà plus de midi et demi.

    L'Adrienne a commandé une tajine d'agneau aux pruneaux et aux amandes - elle qui pendant toute son enfance a refusé d'avaler ces peaux fripées que Toinette vante à Argan "pour lâcher le ventre".

    Et une bouteille d'eau. D'un litre. Le garçon se le fait préciser trois fois, croyant que dans le mélange d'anglais et de français, il a dû mal comprendre. En apportant la bouteille, il insiste encore:

    - C'est ça que vous voulez?

    Il fait rire l'Adrienne.

    - C'est beaucoup! dit-il encore. Ici les gens prennent plutôt un litre de vin qu'un litre d'eau. 

    Dehors, la première neige tombe. Le garçon sort pour la photographier avec son portable.

    - Comment dit-on en français, "it's snowing"?

    L'Adrienne redevient Madame, traduit, précise la prononciation: nei-ge.

     les joies d'internet,bruxelles,prof

    - J'essaie d'apprendre le français, dit-il. J'ai passé trois ans en Angleterre, je connais mieux l'anglais.

    Madame comprend. Dit qu'il y a plein d'endroits où on peut apprendre la langue, à Bruxelles, mais bien sûr, les cours du soir quand on est serveur dans un restaurant, ce n'est pas évident.

    - Je regarde des petites vidéos de dessins animés sur mon portable, dit-il. En français.

    - Alors je peux vous recommander quelque chose, dit Madame.

    Et elle lui refile l'adresse de Cyprien.

    - Je vais voir ça tout de suite, dit-il.

    Il retourne derrière son comptoir, tapote son Iphone. On entend la voix de Cyprien. Et le rire du serveur. Qui enfile les petites vidéos les unes après les autres.

    C'est gagné, se dit Madame, toute contente. 

    Au moment où elle veut partir, on lui offre le café. 

    Merci Cyprien!

     

  • Bruxelles ma belle

    Bruxelles ma belle, fin décembre, c'était voir la première neige tomber 

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     pendant qu'on prend un repas dans un restau qu'on a pour soi seul

     Bruxelles déc 14 (16) - kopie.JPG

     parce que tout le monde faisait la queue juste à côté, à la rue Neuve

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     puis avoir tout seul pour soi un ascenseur pour 45 personnes

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     parce que tout le monde faisait la queue pour des frites, des gaufres, des merveilleux...

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     ou devant la crèche (où il y a pourtant moins à voir que derrière Langue tirée)

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     ou pour la patinoire 

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    Bruxelles ma belle, fin décembre, c'était refaire les mêmes photos prises dix fois déjà

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    ne pas pouvoir en prendre à l'expo Meunier alors en faire une au musée Fin de siècle, où c'est encore permis

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    Constantin Meunier, Les Travailleurs de la mer/Werkers aan de zeewering, 1898

    marcher le nez en l'air

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    et voir des façades belles comme des peintures

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    Bruxelles ma belle, enfin, c'est attraper le vertige à la Monnaie, pour 35 euros

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    Bruxelles ma belle
    ça faisait trop longtemps que je n'y étais plus allée

    Bisou

  • B comme B***, paradis perdu

    L’hiver, l’horizon n’est pas caché par le feuillage du petit bois de peupliers. En ouvrant les rideaux, Marie découvre avec ravissement une nature parfaitement blanche dans un ciel bleu lumineux. Même l’abri de jardin a des airs de cabane en montagne. Oui, vivre ici, c’est l’Éden. D’ailleurs elle le dit à tout le monde, c’est son paradis.

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    Pour Pierre, la nouvelle année commence mal : fatigue accumulée ou vilain virus, le rythme épuisant au travail avant les fêtes a toujours raison de sa santé. Mais il ne s’en plaint que pour la forme : ça lui permet d’installer un créneau horaire marqué « repos total » et de transcender la maladie à l’aide des remèdes « de cheval » hérités de son père. Chez eux, la fièvre se soigne avec de petits remontants genre lait de poule dont on bannit très vite les œufs et le lait pour ne plus garder que le whisky.  Ou les grogs dans lesquels la proportion de rhum et d’eau chaude s’inverse rapidement au profit du rhum. 

    Muanza, heureusement, ne connaît jamais la moindre panne de santé. Ce jour-là, sans doute pour compenser l’inertie de Pierre, il a décidé de se rendre utile. Epousseter les étagères de livres, grimper l’échelle du grenier en tenant à bout de bras l’immense saumonnière  qui ne sert qu’une fois par an, brosser la neige accumulée devant la porte… il est d’autant plus infatigable qu’il sait que ses jours sont comptés, au B***.

    ***

    écrit pour Les plumes d'Asphodèle n°39

    http://leslecturesdasphodele.wordpress.com/2014/12/29/les-plumes-39-resultats-de-la-collecte-pour-monter-calendrier-refait-jusqua-fin-avril/

    asphodèle.jpg

     Horizon, nature, ciel, échelle, fatigue, grimper, cabane, rideau, créneau, Éden, montagne, étagère, fièvre, transcender, panne, épuiser, œufs, cheval, ravissement, remontant, rythme.

     

  • Adrienne s'amuse

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    A l’instant précis où une équipe de chercheurs sous la direction du professeur de Gouberville découvrit le dernier nid d’insectes pollinisateurs encore en pleine activité,

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    le président de la Commission pour la Sauvegarde des Pommiers à Cidre (CSPC) donnait une conférence de presse encore plus accablante que les précédentes. 

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    Aussitôt, les journalistes ne surent plus à qui téléphoner d’abord, sauf ceux qui avaient perdu ou cassé leur dernier modèle de portable (c’est de plus en plus fragile ces petites choses)

    1415-12 Edouard Levé 01.jpg

    Le seul problème qui se posa, fut de déterminer qui il fallait récompenser pour cette découverte si importante pour l’humanité en général et le Calvados en particulier, car plusieurs personnes la revendiquèrent haut la main.
    (la dame qui applaudit est une stagiaire limbourgeoise qui n'avait pas compris la question)

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    Ce n’est qu’après avoir décerné le ruban, la médaille et une attestation fiscale à un dénommé Rambault, qui avait sans doute profité de sa haute taille et de son coffre puissant pour lever la main plus haut et crier plus fort que les autres,

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    qu’on se rendit compte de l’injustice commise.

     ***

    les photos sont d'Edouard Levé
    et disponibles sur le net
    il n'y a qu'à chercher
    Cool
    http://www.paris-art.com/interview-artiste/%C3%A9douard-leve/leve-edouard/31.html

    http://www.paris-art.com/marche-art/Edouard%20Lev%C3%A9/Lev%C3%A9-Edouard/3815.html

  • Premier pressé

    Tu es pressé d'écrire
    Comme si tu étais en retard sur la vie
    S'il en est ainsi fais cortège à tes sources
    Hâte-toi
    Hâte-toi de transmettre
    Ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance
    Effectivement tu es en retard sur la vie
    La vie inexprimable
    La seule en fin de compte à laquelle tu acceptes de t'unir
    Celle qui t'est refusée chaque jour par les êtres et par les choses
    Dont tu obtiens péniblement de-ci de-là quelques fragments décharnés
    Au bout de combats sans merci
    Hors d'elle tout n'est qu'agonie soumise fin grossière
    Si tu rencontres la mort durant ton labeur
    Reçois-là comme la nuque en sueur trouve bon le mouchoir aride
    En t'inclinant
    Si tu veux rire
    Offre ta soumission
    Jamais tes armes
    Tu as été créé pour des moments peu communs
    Modifie-toi disparais sans regret
    Au gré de la rigueur suave
    Quartier suivant quartier la liquidation du monde se poursuit
    Sans interruption
    Sans égarement

     

    Essaime la poussière
    Nul ne décèlera votre union.

     

    René Char
    Le marteau sans maître, 1934 - Moulin premier, 1936
    http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Poesie-Gallimard/Le-Marteau-sans-maitre-suivi-de-Moulin-premier

    Pour le premier de l'an, ce beau poème de René Char, qui m'a beaucoup touchée.

    Oui je suis toujours "pressée d'écrire" et je "me hâte" de le faire...

    Cool

    Bonne année 2015 à tous!

     

    poesie,litterature

     je retrouve ma connexion demain soir

    Cool