P comme patio

Au sifflement aigu, il saisit et se retourne vivement. Dans le patio, une jeune fille en chemise natte sa chevelure. A terre, près d'elle, son chapeau de paille garni d'un ruban bleu et de roses blanches. C'est elle qui a émis ce sifflement?

Sur une corde, des draps blancs sèchent et d'autres chemises, pareilles à celle qu'elle porte. Des chemises d'homme, sans col. Sur le bord de la fenêtre, un chat se lèche les pattes, consciencieusement, en fermant les yeux.

La dernière fois qu'il a entendu un sifflement aussi strident, c'était pendant la guerre. 
C'était une patrouille allemande qui avait découvert son ami Miguel. On ne l'avait plus jamais revu.

A côté d'elle se trouve encore la grande bassine d'étain qui a contenu le linge à étendre.  Le patio respire la fraîcheur. Il doit faire bon s'y arrêter, s'y reposer, y bavarder.

Pourquoi a-t-elle sifflé? Au plus il l'observe, au plus elle a l'air de se moquer de lui. Ses nattes faites, elle les enroule savamment autour de sa tête, comme si elle n'était pas consciente de sa présence. Ou plutôt comme si elle posait pour un peintre réalisant un tableau d'une jeune fille à sa toilette. Sur un banc de pierre est posée une cruche fêlée dans laquelle poussent des plantes grasses aux minuscules fleurs roses. Les fleurs sont envahies de papillons. 

Sa coiffure terminée, elle se lève, prend d'une main l'escabeau sur lequel elle était assise et de l'autre la bassine d'étain d'où s'échappe encore un filet d'eau.

C'est alors seulement qu'il remarque les langes qui sèchent sur un autre fil. 

Debout derrière la grille dans la lumière du matin, il ne sait plus ce qu'il doit faire. Continuer sa route ou entrer par cette porte. Il a le souffle court d'un homme qui aurait fait des escaliers en courant.

fiction

 

Commentaires

  • Ou une fauvette à tête noire. Elles sont revenues. Hier, j'en entendu plusieurs femelles chanter joyeusement. (les femelles ont une calotte brune, c'est facile de les reconnaitre)

  • à Lulu: mais le patio du chat est tristounet, non?

  • Oui, Madame Chapeau, en fait, ce n'est pas du tout l'idée que je me fais d'un patio! Avec ce grillage, en plus, ça fait un peu froid dans le dos, heureusement qu'il y a le poupousse pour égayer cette grisaille!

  • qui sait, Walrus?
    il y a plein de questions sans réponses dans ce texte ;-)

    je ne connais pas le chant des fauvettes, Mme Chapeau

    p comme pas grave, Rafaël, si un texte n'est pas clair, c'est la faute de l'auteur

    il est très "chat", n'est-ce pas, Lulu :-)

  • Moi, j'aime bien votre texte... et je passerais ma route...
    ;-)

  • Je suis rentrée avec plaisir dans ce tableau, une atmosphère paisible, je m'y sentais bien.
    Intriguée quand même par le sifflement ...

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