• Dernier venu

    Dernier venu

    Que voulez-vous il pleuvinait
    Que voulez-vous je suis entrée
    Que voulez-vous il me cherchait
    Que voulez-vous j'y suis allée

    Que voulez-vous il m'a attirée
    Que voulez-vous je l'ai regardé
    Que voulez-vous il a été agréé
    Que voulez-vous je l'ai acheté

    ainsi que deux autres
    Langue tirée 

    bruxelles,lire,lecteur,livre,lecture,litterature,art,parodie,pastiche,poesie

    et ceci bien sûr est un pastiche de

    COUVRE-FEU

     Que voulez-vous la porte était gardée
    Que voulez-vous nous étions enfermés
    Que voulez-vous la rue était barrée
    Que voulez-vous la ville était matée

    Que voulez-vous elle était affamée
    Que voulez-vous nous étions désarmés
    Que voulez-vous la nuit était tombée
    Que voulez-vous nous nous sommes aimés.

     Paul ÉLUARD (1895 - 1952), Poésie et Vérité

     

     

  • Z comme Zone Heureuse

    Le saviez-vous? L'Adrienne et sa mère sont en Bretagne depuis le 26 juillet où il est prévu qu'elles restent une semaine.

    Pour l'explication du titre, voyez ici: http://www.nhu.bzh/heureux-en-bretagne/

    bretagne-france-belgique.jpg

    Allons, en attendant d'avoir nos propres photos, remettons encore une fois cette image-ci

    Cool

    ainsi qu'une des excellentes petites vidéos sur les clichés bretons.

  • Y comme Yin Xiuzhen

    Elle réutilise de vieux bouts de textiles pour réaliser ce qu'elle appelle des "cityscapes" de chaque ville où elle expose son oeuvre.

    Voici ce qu'elle a fait pour Bruxelles:

    fêt'nat'2015 (44) - kopie Yin Xiuzhen.JPG

     ceux qui connaissent la ville reconnaîtront, en haut à gauche, le palais de Justice et sa coupole dorée, en bas à gauche, le palais Royal, avec à sa gauche la butte du lion de Waterloo...

    fêt'nat'2015 (45) - kopie Yin Xiuzhen.JPG

     et du côté droit de la valise-cityscape, notre Grand-Place, bien sûr, et l'Atomium.

    Spécialistes et connaisseurs pourront s'amuser à reconnaître tout le reste (on peut cliquer sur la photo pour l'avoir en plus grand)

    Comme quoi, en art aujourd'hui, le plus important est souvent d'avoir "l'idée"

    Cool

  • X c'est l'inconnu

    Elle cuit sur ce seuil depuis bientôt une heure quand une dame blonde descend de son vélo, tout sourire. Il y a un gros sac de courses de chaque côté de son guidon et un ou deux autres sur le porte-bagage. Qui donc trimbale tout ça en plein cagnard, se demande-t-elle en voyant les pots de yaourt. Et quel est son secret pour ne pas montrer la moindre trace de sueur quand il fait 40° à l'ombre?

    - Vous êtes déjà là! s'exclame la cycliste avec l'étonnement.

    - Vous n'avez pas eu mon message?

    - Si, si! Mais je n'y ai pas répondu parce que j'étais en grande conversation téléphonique avec mon fils et puis j'avais des courses à faire, comme vous voyez. C'est Suzanne, la dame d'en face, qui m'a prévenue que quelqu'un voulait à toutes forces entrer chez moi.

    Et disant cela, elle part d'un grand rire.

    Entrer à toutes forces? se dit la voyageuse, il me semble que j'ai seulement sonné deux fois, très poliment.

    Et là, derrière ces volets clos de la maison d'en face, il y a une Suzanne qui a tout vu depuis le début et qui ne s'est jamais manifestée, même pas pour offrir un verre d'eau? 

     _copie-0_DSCI2106 - kopie.jpg

    ceci est une photo prise le lendemain matin
    - la vue depuis ma chambre -
    et ce n'est pas la maison de Suzanne
    Langue tirée

  • W comme William

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    © Marion Pluss

    http://www.bricabook.fr/2015/07/ecriture-185e-une-photo-quelques-mots/

    Il lui remonte un peu la manche de son pull pour pouvoir bien lui tenir la main. Les tricots de grand-mère sont toujours trop grands.

    Lui, il porte des vêtements achetés tout faits dans les magasins. Ils ont de jolies couleurs. Mais grand-mère dit que ce n'est pas la même qualité que ces rudes laines grises ou beige qu'elle détricote et retricote au fil des ans.

    Le pull de William est doux et chaud comme la paume de sa main.

    - Tu veux bien te marier avec moi?

    Elle réfléchit très vite. Elle aime mieux Xavier. Mais si Xavier ne la demande jamais en mariage, elle n'aura jamais de bébés. Ce serait trop affreux.

    - Oui, je veux bien, dit-elle.

    C'est ainsi qu'elle s'est retrouvée fiancée et rassurée sur son avenir, à l'âge de quatre ans.

     

  • V comme volutes

    La fête nationale, c'est aussi la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule

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    et ses volutes de fer forgé qui protègent son trésor

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     ou ceux du bois et de la pierre

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     à l'intérieur comme à l'extérieur

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    Mais la fête nationale c'est surtout

    V comme vive la liberté

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    V comme Vrijheidsplaats

    Cool

  • U comme Una giornata particolare (3)

    C'était une journée particulièrement sportive, 
    avec vue sur la Grand-Place. 

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    On a gravi des tas d'escaliers,

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    on a beaucoup marché,

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     on a fait beaucoup de vélo,

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    même un aller-retour Bruxelles-Budapest.

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    ***

    C'était une journée particulièrement musicale,

    avec des fanfares qui se succédaient,

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    des concerts au kiosque dans le parc

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    et des musiquettes d'aujourd'hui ou d'autrefois à toutes les attractions.

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    ***

    Bref, c'était une journée particulièrement belle,

    heureusement qu'il y avait distribution d'eau potable

    (merci, chers organisateurs!)

    et le rafraîchissement de la fine pluie de la fontaine

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     le matin tôt

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    Pour le thème fraîcheur du Projet 52 de Ma

    http://manuelles.canalblog.com/tag/projet%2052

    je n'ai photographié que le jet d'eau

    et pas les innombrables vendeurs de glaces

    belges, italiennes, australiennes,

    ni les vendeurs de fruits frais,

    fraises, melons, pastèques, pêches,

    ni les vendeurs de sodas,

    thés glacés et caco calo

    Langue tirée

    OUF!

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  • U comme Una giornata particolare (2)

    C'était une journée particulièrement chargée pour les éboueurs bruxellois qui ont encore refait un ramassage des poubelles dès le matin tôt, le jour de la fête nationale.

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    Aussi pour ceux qui devaient passer et repasser derrière les chevaux pour ramasser les crottes

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    et pour les travailleurs de la ville qui n'ont pas arrêté de tout remettre en ordre dès qu'une festivité était terminée, comme ici après le Te Deum.

     ***

    C'était une journée particulièrement nostalgique des années 1944-45,

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    pour l'Adrienne aussi, quand elle a vu ce modèle de bagnole qui a été la première, paraît-il, à entrer dans l'histoire familiale, juste après la guerre, grâce au grand-oncle Gustave, celui qui est revenu de 14-18 et a fait fortune dans le bâtiment.

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    ***

    C'était une journée particulièrement tricolore, cette année même les barquettes en carton (pour les frites) étaient en rouge, jaune, noir

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    comme les échassiers de Merchtem (depuis 1945)

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    ainsi que de nombreuses personnes dans le public.

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    Faudra penser au gilet pare-balles tricolore pour l'an prochain.

    Langue tirée

  • U comme Una giornata particolare (1)

    C'était un 21 juillet particulièrement bien surveillé, encore mieux que d'habitude, folie meurtrière humaine oblige.

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    Escorte policière pour les ambassadeurs de France et d'Espagne

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    Hélicoptère de police sillonnant le ciel toute la journée.

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    Escorte royale en attente.

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    Concentration policière dans et autour du parc

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    Ambulances en grand nombre 

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    Mais heureusement tout s'est bien passé

    Rigolant

     C'était un 21 juillet particulièrement photographié

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    Par des policiers en uniforme et en civil

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    Par le public de tout âge et de toutes les couleurs

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    A gauche, un homme à chemise rouge regarde avec bonheur la photo qu'il a prise de Mathilde, à droite la dame à l'appareil fuchsia sourit à sa photo de Philippe.

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    Et là, Philippe ne regarde pas la caméra de la télé

    mais l'appareil made in A*l*d*i de l'Adrienne

    Langue tirée

  • T comme Tag

    1-Plutôt corne ou marque-page ?

    Jamais je n'ai corné un livre et je n'aime pas voir un livre corné. Pour moi ça veut dire abîmé.

    2-as-tu déjà reçu un livre en cadeau ?

    Quand j'étais enfant, c'était le plus beau cadeau qu'on puisse me faire, mais on ne le faisait que très rarement... 

     amitié,lecture,lire,lecteur

     3-lis-tu dans ton bain ?

    C'est tout à fait impensable aussi longtemps que les livres ne seront pas en plastique (voir question 1)

    4-as-tu déjà pensé à écrire un livre ?

    Plus d'une fois, depuis l'âge de 10 ans Langue tirée

    5-que penses-tu des séries en plusieurs tomes ?

    Parfois on a envie de lire la suite d'une belle histoire. Parfois la suite est du même niveau. Parfois ça forme un tout. Alors c'est bien.

    6-As-tu un livre culte ?

    En fait non. On ne peut plus appeler ça des livres cultes quand la liste devient trop longue.

    7-aimes-tu relire ?

    Je relis parfois des "chefs-d'oeuvre" lus à 18 ans. Je les redécouvre en partie, c'est une lecture différente.

    8-rencontrer ou ne pas rencontrer l’auteur des livres qu’on a aimés ?

    J'aimerais avoir une vraie conversation avec Amélie Nothomb, je crois que je l'aimerais beaucoup, "en vrai".

    amitié,lecture,lire,lecteur

    9-aimes-tu parler de tes lectures ?  

    J'en parle peu, il me semble. C'est délicat aussi de conseiller des livres à d'autres.

    10-comment choisis-tu tes livres ?

    Souvent au hasard, même si j'ai appris à me méfier des quatrièmes de couverture...

    11-une lecture inavouable ?

    Je viens de découvrir qu'il y a tout Barbara Cartland en ligne. Je n'avais jamais rien lu d'elle. Je me rattrape.

    12-des endroits préférés pour lire ?

    Ce n'est pas un endroit mais une position préférée: couchée. Donc c'est le canapé ou le lit.

    13-un livre idéal pour toi ce serait ?

    Celui qui nous fascine ne devrait pas avoir de fin.

    14-lire par dessus l’épaule ?

    Ah! c'est tentant! je suis curieuse de ce que lisent les autres!

    15-télé, jeux vidéo ou livre ?

    Livre, bien sûr. Je ne regarde quasiment pas la télé et je ne joue pas de jeux vidéo.

    16-lire et manger ?

    Alors lire à l'écran en mangeant, ça oui. Sinon voir question 1 (une tache sur un livre? impensable Langue tirée)

    17-lecture en musique, en silence ou peu importe ?

    Quand je lis je n'entends plus rien, de toute façon...

    18-que deviendrais tu sans livre ?

    J'en écrirais Langue tirée

    19-tu achètes un livre sur le net et tu le reçois un peu abimé, que fais-tu ?

    Je n'achète pas de livres sur le net.

    20-quel est l’élément qui t’a donné le goût de la lecture ?

    Aucune idée. Le goût des mots? des histoires?

    21- que penses-tu des adaptations cinématographiques ?

    Bof. Elles me déçoivent toujours et elles tuent l'imagination. Surtout ne jamais regarder le film d'abord, sinon on ne peut plus voir le personnage autrement que sous le physique de l'acteur. Et c'est dommage!

    22-si tu ne devais retenir qu’un personnage rencontré dans tes lectures ?

    Retenir? Je préférerais les rencontrer Langue tirée Julien Sorel, par exemple. Ou Meursault.

     amitié,lecture,lire,lecteur

     23-quels ont les 5 livres de ta PAL qui te font le plus envie ?

    Ils me font tous envie, sinon ils ne seraient pas dans ma PAL. 

    24-si tu ne pouvais lire qu’un seul type de livre, quel serait-il ?

    Drôle de question. Des romans, ça va comme réponse? 

    25-comment classes-tu tes livres dans ta bibliothèque ?

    Alphabétiquement (ça vous étonne, hein, de la part d'une obsédée de l'alphabet)

    26-quel personnage t’a le plus touché ?

    Ce n'est pas un personnage, c'est un auteur: Irène Némirovski, avec sa Suite Française. J'ai eu tout un deuil à faire après l'avoir lue.

    27-si tu avais la chance de vivre dans un livre, lequel choisirais-tu ?

    Ce serait Les vacances, au château de Camille et Madeleine de Fleurville Sourire
    On attrape des écrevisses dans le ruisseau, on cueille des fraises des bois, on construit des cabanes en forêt, on arrange de grands bouquets dans des vases, chaque soir on écoute le cousin Paul raconter la suite de ses aventures... 

     amitié,lecture,lire,lecteur

     28 - Lis-tu un livre à la fois, ou plusieurs en même temps ?

    J'en ai toujours une dizaine en route. Je dis une dizaine, pour ne pas avoir l'air d'exagérer, mais en fait c'est encore plus. Vous voulez que j'aille compter?

     amitié,lecture,lire,lecteur

    l'état actuel est encore pire 

    ***

    merci à Ma pour ce tag
    je me suis bien amusée à répondre aux questions

    http://manuelles.canalblog.com/archives/2015/07/12/32313716.html#c66529483

    s'en servira qui voudra
    (comme disait Montaigne)

     amitié,lecture,lire,lecteur

  • Stupeur et tremblements de lectrice

    C'est une expérience Babelio avec un auteur vivant.

    C'est l'histoire d'une critique négative, écrite en toute honnêteté et modestie, que l'auteur n'a pas appréciée.

    C'est un camouflet à la "liberté de blâmer" sans laquelle il n'y a pourtant "point d'éloge flatteur".

    C'est un livre terriblement narcissique dont le style est - du début à la fin - basé sur ce même procédé qu'on peut déjà admirer ici:

    « Je lui ai fait découvrir le désir. L'étrange goût du désir. Le désir d'aimer. Le désir d'apprendre. D'apprendre à aimer. Le désir d'amour. Le désir, tout court. Toutes les formes du désir. Le désir d'apprendre ; le désir de comprendre. Le désir d'être. Le désir de vivre. Intensément. Le désir de l'absolu.  
     Elle m'a fait découvrir le plus beau de tous les désirs. Le désir du désir. »

    Procédé tellement répétitif qu'il en est lassant. Et si au moins l'histoire valait la peine d'être racontée...

    Mais on n'a pas le droit de dire qu'on n'a pas aimé.

    C'est l'auteur lui-même qui me l'a fait savoir, en quelques méchantes phrases accusatrices que je ne reproduirai pas ici, et qui en disent long sur lui.

    C'est bien malheureux.

    Alors j'ai fait ce qu'il fallait: j'ai retiré ma critique peu élogieuse - ce que j'en dis ici est bien plus négatif que ce pauvre petit texte poli que j'avais mis sur Babelio, et où je m'excusais fort modestement de ne pas avoir apprécié l'opuscule - et j'essaie d'oublier ce monsieur que je ne nommerai pas de peur qu'il ne me poursuive jusqu'ici.

    C'est une expérience qui date déjà de 2014 mais qui continue de me remplir de stupeur et de tremblements.

     

  • 22 rencontres (1)

    En venant habiter dans la petite ville où elle enseigne depuis les années quatre-vingts, Madame s'expose à rencontrer des générations d'élèves, anciens élèves et parents d'élèves partout où elle va. C'est une conséquence qu'elle accepte de bon coeur, même si parfois elle préférerait que le regard de l'élève ne se pose pas sur le caddie. Hé oui, Madame n'est pas un pur esprit, elle mange et boit et va aux toilettes.

    En juin dernier, entre le rayon boulangerie et boucherie, elle est apostrophée par une ancienne élève qu'on pourrait appeler "première génération": ses trois enfants sont déjà aux études supérieures. 

    Après les civilités d'usage - qui comprennent invariablement un "Vous enseignez toujours?" qui en dit long sur le nombre de rides ou l'âge présumé de Madame - on en vient très vite aux faits:

    - Ma fille H*** aurait besoin d'un livre... j'ai oublié le nom de l'auteur... Rouge ou noir, c'est ça?
    - Le rouge et le noir, de Stendhal?
    - Oui, ça doit être ça! Vous l'avez? Vous pourriez le lui prêter? 

    Madame s'était justement juré, la semaine d'avant, de ne plus prêter aucun livre à personne sous aucun prétexte.

    - Ah! mais oui, bien sûr!

    ***

    Rentrée chez elle, la première chose qu'elle fait, c'est chercher le livre en question. Vous aurez deviné qu'il se trouvait au fond de la dernière boîte de l'étagère Langue tirée. C'est très malin de faire du provisoire qui devient définitif et de ne rien avoir noté sur les boîtes.

     

    prof, école, élève, littérature, lecture, rencontre

     

    Pendant des semaines, Le rouge et le noir attend sa lectrice, posé à la gauche de Madame. Qui finit bien sûr par le prendre en main, en relire le début et des passages entiers. Alors qu'elle est supposée faire des examens, puis les corriger et qu'elle a une PAL de quinze volumes au salon et dans la chambre à coucher. 

    C'est précisément le jour où elle se dit que H*** aura trouvé ce livre ailleurs et qu'elle pourrait le ranger (c'était quelle boîte, au fait?) qu'un message arrive et qu'un rendez-vous est pris.

    ***

    H*** est une grande fille blonde qui a brillamment fait un "master" en anglais et en espagnol. Mais elle a aussi entrepris un master en français.

    - Pourquoi, lui demande Madame, faire encore le français en plus?

    Réponse classique, mais que Madame aime entendre dire et répéter:

    - Je pensais que l'espagnol, langue parlée mondialement etc., m'ouvrirait des portes mais quand j'ai commencé à chercher du boulot, ici en Belgique, partout c'était français, français, français... et anglais, bien sûr, qu'on demandait.

     stendhal.jpg

    "Rood en zwart"
    dit la Nipotina en voyant le bouquin à côté de l'ordi
    "wat een rare titel!"
    (quel drôle de titre)

  • R comme résine de coumarone

    Je crois que je ne comprendrai jamais la politique d'achat de ma bibliothèque communale. Par exemple, certains livres récents d'auteurs français (Maylis de Kerangal, Réparer les vivants) ou même de chefs-d'oeuvre (Stendhal, Le rouge et le noir) ne s'y trouvent qu'en traduction néerlandaise.

    Et puis tout à coup, en passant en revue les rayonnages consacrés à la littérature francophone, on tombe sur ceci:

    lire,lecture,lecteur,littérature,belge,belgique,mère

    chère Coumarine, si tu passes par ici, c'est ton pseudo dans le titre qui a d'abord attiré mon attention et qui m'a fait sortir le livre de son rayonnage 
    Bisou

    Jamais entendu citer ni ce nom d'auteur ni ce titre mais j'ai emporté le livre sans hésitation après avoir lu la quatrième de couverture. Même si j'ai déjà juré plus d'une fois mes grands dieux de ne plus jamais m'y fier.

    Je pense que vous comprendrez si je vous livre ici ce que la quatrième de couverture dévoile sur le contenu du roman: une fois par mois, Gersende se prend en photo, note scrupuleusement la date, quels bijoux et quelle tenue elle portait, ainsi que son poids. Photo du mois et légende vont dans un album:

    Pendant ce temps, Florence tente de se rapprocher de Gersende. Pourquoi tant de distance entre mère et fille? Que s'est-il passé aux Marronniers, la maison de son grand-père?

    Vous avez compris mon intérêt? 

    J'ai lu d'une traite les 230 pages cette histoire à deux voix: un chapitre à la troisième personne qui raconte la mère, Gersende, alterne chaque fois avec un chapitre à la première personne, où la fille, Florence, se raconte.

    Peu de suspense, on comprend très vite ce qui s'est passé aux Marronniers et vers la fin tout le puzzle se recoupe. Car Florence a un frère, unique amour de sa mère.

    Et là vous avez tout compris? 

     

    Au fil de la lecture, je ne cesse de tomber sur de petites phrases que j'aurais pu écrire moi-même. Sentiment de culpabilité compris (p.16) et la photo (grand format) du frère qui "trône au milieu du buffet de la salle à manger" (p.17).

    "C'est si difficile de faire plaisir à maman" (p.18)

  • 20 tables

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    © Julien Ribot

    http://www.bricabook.fr/2015/07/atelier-decriture-en-ligne-4-ans-deja/

    Vingt tables, toutes pareilles, en bois brun, et leurs chaises dépareillées. Elles présentent l'usure des ans. C'est ce qui fait partie du charme de l'endroit, quand on y entre.

    Vingt salières. Vingt petites bouteilles récupérées dans lesquelles on a mis quelques oeillets encore fermés.

    Vingt pots de ketchup. Ceux-là sont flambant neufs.

    C'est uniquement à ça qu'on voit que le vieux Léon n'est plus là.

  • Question existentielle

    POURQUOI

    est-ce que je ne comprends rien

    - mais alors plus rien du tout - 

    à ce qui se passe en Europe

    et dans le monde?

    ***

    POURQUOI

    est-ce que la lecture

    de nombreux journaux, blogs et magazines

    ne m'aide pas du tout?

    ***

    POURQUOI

    est-ce que tout ça

    me rend tellement triste?

     

  • P comme peur

    L’Adrienne, on l’imagine, a passé toutes sortes d’examens dans sa vie. Des médicaux et des scolaires, des cliniques et des académiques. Elle a assumé, pris sur elle, géré: le coeur qui cogne, les mains moites, le ventre qui menace de lâcher.
    Le pire de tous les examens, celui qui dérègle toute l’anatomie et tous les sens, ce n’était pas à cause des seringues ou de l’éther, des cursus ou des compositions.
    C’était l’examen du permis de conduire.
    La gorge sèche, la tête qui tourne, le voile noir devant les yeux, les jambes qui tremblent, et voilà que l’Adrienne n’était même plus capable de se rappeler comment il fallait allumer les feux: elle a fait marcher les essuie-glace.

  • O comme orage

    Quand les mouches ne vous laissent plus un instant de répit, quand la moiteur de votre peau les attire à cinq ou six à la fois, quand la terre exhale des odeurs de putréfaction et que l’horizon s’obscurcit en même temps que l’air devient lourd, vous entendez les premiers grondements au loin et vous en êtes heureuse, soulagée: voilà la pluie qui s’annonce.
    Tout à coup le vent se met à souffler plus fort, ça sent la poussière chaude, vous frissonnez d’une peur ancestrale en entendant les premiers craquements dans le lointain. Le blé souffrira, trop d’eau tombera en trop peu de temps, les éclairs effrayeront les enfants, tous les chiens se mettront à aboyer.
    C’est l’orage d’été, celui qui fait plier les arbres, tomber les fruits, claquer les volets.
    Vous adorez ça et vous vous laissez tremper de pluie, debout pieds nus au milieu de la pelouse.

  • N comme nuages

    Des semaines que je scrute le ciel à la recherche de nuages. Que j'attends l'orage salvateur de jeunes haricots et de semis de radis. La petite pluie bienfaisante, les grosses gouttes qui font les ruisseaux et redonnent à tout le paysage une bonne odeur de frais, de lavé.

    Drôme 2015 (6) - kopie.JPG

    Quelques nuages d'espoir dans le rose du matin, au-dessus de la maison aux volets toujours fermés. Est-ce que Suzanne aussi attend la pluie ou n'a-t-elle pas de jardin?

    Dans les mails échangés avec ma mère, une seule question quotidienne: est-ce qu'il a plu, "chez nous"? Et toujours la même réponse négative. Pas une goutte n'est tombée. Les orages annoncés sont allés faire des heureux ailleurs.

    Pareil depuis mon retour. Jamais je n'ai autant vérifié la météo. Les feuilles des hortensias pendouillent, l'herbe ne pousse pas (ça, c'est bien Cool) et les radis non plus.

    Jeudi 16 juillet: "Les températures atteindront 25 à 30 degrés. Une petite averse isolée n'est cependant pas exclue en fin de journée."

    Vous ne pouvez pas savoir comme j'ai mis tous mes espoirs dans cette phrase: "Une petite averse isolée n'est cependant pas exclue en fin de journée."

    J'attends les nuages. J'espère qu'ils viendront s'isoler au-dessus de mon quartier Cool

  • M comme Muanza

    Chère Adrienne

    Voilà déjà une paire d'années que tu as créé mon personnage, que tu composes mon histoire par bribes et par morceaux, au gré de jeux d'écriture et de mots imposés, de sorte que je me demande comment tu t'y retrouves et surtout: comment tu veux que tes lecteurs s'y retrouvent?

    Par conséquent, je me permets de te donner deux conseils:

    1.tout d'abord, tu devrais rassembler tous les éléments de ce puzzle et bien les poser à plat sur la table. Je sais, il t'en faudra une grande pour pouvoir tout disposer dans un ordre à peu près chronologique. Cette première étape te semblera fastidieuse (je te connais) mais elle est indispensable: elle te permettra de voir les redites, les trous, les incohérences. Car je peux te l'affirmer: il y en a. Ainsi par exemple, au bout de quelques mois tu as décidé de faire de moi un Ghanéen. Je suis désolé de devoir te le dire: dans ce cas, il faudra changer mon nom, qui n'appartient pas à la langue ashanti, supposée être celle de mes ancêtres.

    2.ensuite, tu choisiras le bon angle d'attaque pour faire un bel incipit. Et tu dérouleras le fil de l'histoire. Libre à toi d'y mettre quelques retours en arrière, mais dans l'état actuel des choses, on passe du territoire ashanti à Anvers, Bruxelles, Accra ou ta verte campagne, et il me semble que c'est un peu trop demander à tes lecteurs - même de très bonne volonté - de s'y retrouver entre l'avant/après de mon arrestation à Accra, de mon évasion de prison, de mon arrivée en Belgique, de ma demande d'asile et de son refus.

    Je te le dis sans détour: je ne m'y retrouve plus moi-même alors que c'est ma propre histoire!

    J'espère que tu prendras la peine de réfléchir un peu à tout ça.

    Bien amicalement

    Muanza

  • L comme Lali

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     http://lalitoutsimplement.com/en-vos-mots-431/

    On les avait envoyés en colonie de vacances sur la côte. On espérait qu’ils s’y adonneraient aux plaisirs de leur âge. Qu’ils construiraient des châteaux de sable, joueraient dans les vagues, feraient des jeux de ballon.

    Mais si Jules remplissait son petit seau d’eau de mer, c’était pour faire des analyses chimiques. Petit Tom herborisait et Robert cherchait des pierres intéressantes. Joséphine apprenait la faune maritime (spécialité : ornithologie). Samuel traçait des équations dans le sable humide et bébé Jaco ses premières additions et soustractions. Seul Arthur se baladait, mais c’était avec le curé du village pour de longues conversations théologico-philosophiques.

    Pour les surdoués il n'y a pas de plus grand plaisir: apprendre.

  • K comme kilomètres

    - Vous avez combien de kilomètres, au compteur? 
    - Aucune idée! 
    Vous voulez que j'aille voir?

    J'étais déjà toute contente, en parlant dans la borne de secours, le long de l'A7, de savoir par coeur les trois chiffres de ma plaque. J'hésite toujours sur le dernier: est-ce 3 ou 6?

    On était dans le camion de dépannage, il y avait des papiers à remplir pour la facture.

    - Cent mille?
    - Oh moins, je pense...
    - Soixante-dix mille?
    - Je vais vérifier, si vous voulez...

    Non, ce n'était pas la peine. Il voulait sans doute en finir et aller dépanner une autre malheureuse pas capable de dévisser elle-même une roue de sa bagnole.

    Et il faisait horriblement chaud dans sa cabine.

    Après, bien sûr, j'ai regardé combien de kilomètres j'avais au compteur.

    Mais vous savez quoi?

    Je l'ai déjà de nouveau oublié Langue tirée

     memoire,voyage,france,vie quotidienne,ça se passe comme ça,expert

    Il a fallu un deuxième miracle pour qu'aucun véhicule ne pulvérise ma petite bagnole.
    - Mettez-vous bien derrière la barrière, avait insisté la voix de la borne de secours.

  • J comme jeu

    Le jeu du mot valise

    un clopinel: nom masculin formé de ‘clope’ et ‘opinel’ – cigarette camouflée en canif pour ceux qui prétendent avoir arrêté de fumer ou canif camouflé en cigarette pour ceux qui ont l’intention d’abréger leur voyage en avion.

     jeu

    été 2011
    la mère de l'Adrienne s'apprête à découvrir Venise

     

  • I comme inventaire

    - Il vous reste de la place pour ce soir, pour une personne?

    La dame semble réfléchir et vous jauger, l'air sévère:

    - On va voir si on peut vous arranger ça...

    Vous traversez un restaurant vide et arrivez sur une terrasse vide. On vous montre à quelle table vous installer. Sans un mot. Comme une faveur accordée à contre-coeur. Quand vous sortez de là une heure plus tard, le restaurant est toujours aussi vide et il n'y a que trois autres personnes en terrasse.

    ***

    - Ce petit menu, il est aussi servi le soir? demande l'Adrienne, qui a l'habitude de voir que les menus meilleur marché ne sont servis qu'à déjeuner.

    Haussement d'épaules:

    - Bin évidemment! sinon ça serait pas affiché hein!!!

    ***

    Placardé à la porte du restaurant:

    "Vu la chaleur, le restaurant ouvrira une demi-heure plus tard." 

    ***

    A la billetterie du château de Grignan:

    - La visite libre est à cinq euro et la visite guidée à six euro. Avec la visite libre il y a trois pièces que vous ne pouvez pas voir. Vous sortez ici sur la droite puis vous [... brouhaha énorme sous la salle voûtée, l'Adrienne ne capte plus rien de ce que la dame marmonne...]

    - Pardon? Je n'ai pas bien compris...

    - Quoi? coupe la dame, excédée, vous ne voulez quand même pas que je recommence depuis le début?

    ***

    - Bonsoir! Il vous reste une table pour une personne?

    - Dehors ou dedans?

    - Je préfère dedans, si c'est possible...

    - Là? près de la porte? mais ne venez pas me dire après que vous n'êtes pas bien!

    ***

     on s'arrête là
    l'exhaustivité serait lassante

     voyage,france

     et ici, on était bien
    chez une gentille dame
    belge
    Cool

  • H comme histoire drôle

    Elle trempe son fin pinceau dans la peinture rouge et trace de mignons petits pois sur le pourtour de la feuille. D'abord un premier rang, puis un deuxième, en quinconce.

    Elle prend plaisir à le faire avec un soin minutieux, sans penser à rien d'autre qu'au dosage parfait de la gouttelette de peinture d’un beau rouge translucide.

    A côté d'elle, le bébé dort, mains ouvertes. Ses quelques cheveux lui collent au front. Ses paupières fines, presque transparentes, augmentent encore l'impression de fragilité qui se dégage de lui.

    La famille a fait toute une histoire au sujet de son prénom.

    - Ils finiront par s'habituer et l'accepter, se dit-elle, en rajoutant un troisième rang de pointillés carmin.

    Depuis qu'elle l'allaite, elle ne cesse de maigrir. Sa belle-mère s'en inquiète pour l'enfant, sa mère pour son ménage. Son mari la trouvera-t-il encore séduisante, quand il reviendra et la trouvera réduite à un sac d'os?

    Elle seule n'a aucune inquiétude pour sa santé ni pour celle de son fils.

    Les jours passent, s'étirent à l'infini, les nuits aussi, rien ne vient rompre la monotonie des levers et des courtes siestes, des bains, des couches et des tétées. Ses quelques visiteuses s'accordent à dire qu'elle fait tout cela avec grand naturel, alors que c'est son premier né.

    Feuille après feuille, elle décore ce qui deviendra un bel album de photos pour le bébé.

    Personne n’a jamais remarqué qu’en séchant, la peinture rouge perd toute sa clarté et sa brillance.

    Personne n’a jamais remarqué les traces laissées au pli du coude par la seringue.

  • G comme ...

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    le festival n'est sans doute pas le meilleur moment pour admirer la belle façade du château
    et il est interdit de monter sur les gradins

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    c'est fort dommage parce que sa façade renaissance est son principal attrait

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    on nous propose donc d'aller l'admirer depuis la terrasse 

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    où on peut enfin la voir en entier

  • F comme Francis ou Fontainebleau

    Vous vous souvenez que mon coiffeur-philosophe allait ranger ses ciseaux? (1)

    Alors je me suis dépêchée, la veille de mon départ pour le pays de Grignan, d'aller lui faire une ultime visite.

    - C'est la dernière fois..., me dit-il, après m'avoir emballée dans un de ses horribles tabliers de nylon noir.

    Mais c'est sans nostalgie: son salon de coiffure sera repris par un couple qui est d'ores et déjà assuré de mon inestimable clientèle. (2)

    - Que diriez-vous si je me faisais faire une coupe au carré?

    Il reste silencieux, longuement.

    - Vous croyez que ça ne m'irait pas?

    - Non, ce n'est pas ça.

    - Je n'ai peut-être pas le bon cheveu? (3)

    - Non, ce n'est pas ça...

    - Alors c'est quoi?

    Silence. Puis il dit:

    - Je propose qu'on garde ça pour la prochaine fois.

    Le malin refile donc cette patate chaude à ses successeurs Langue tirée

     

    ***

    (1) http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2015/05/08/f-comme-francis-coiffeur-philosophe-8430967.html  

    (2) comme le relevait très justement gballand dans le billet du 8 mai, ce n'est pas moi, au rythme où je me montre chez un coiffeur, qui pourrai leur assurer la prospérité. 

    (3) mes fidèles se souviendront de ses regards accablés avant qu'il commence à son travail de coupe... les autres peuvent toujours suivre le tag "coiffeur", si mes péripéties figaresques les intéressent Cool

  • 7 fontaines

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    celle du jardin des plantes de La Garde-Adhémar

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    celle du Val des Nymphes

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    où on s'est dit que peut-être l'eau était si magique

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    qu'elle pourrait guérir l'orteil amoché

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     puis on est remonté jusqu'à la source

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    et on y a trempé les deux pieds
    dans une eau délicieusement glacée

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    ambiance très différente à Grignan
    Langue tirée
    mais c'est joli quand même

    ***

    Pour le Projet 52 de Ma' - thème: eau

    (ça tombe à pic pour nous rafraîchir)

    Cool

    http://manuelles.canalblog.com/tag/projet%2052

      

  • E comme eau

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    © Vincent Héquet

    http://www.bricabook.fr/2015/07/atelier-decriture-en-ligne-183e/

    Quand elle arrive à la Gare du Nord, elle dépasse rapidement la foule. Voyageuse sans bagages, elle se dirige d’un bon pas vers les portillons du métro.

    Montparnasse, huit heures cinquante, train pour Granville. Trois heures de trajet, largement le temps de finir le Maupassant qu’elle a emporté. Elle le laissera sur le petit banc de l’abribus quand elle prendra la ligne 4, qui va jusqu'à Avranches.

    Elle est prête, plus besoin de lecture. Elle ferme les yeux pour mieux respirer l’air du large. Il fait doux et humide, c’est normal, en cette saison.

    Le bus longe la côte: Saint-Pair-sur-Mer, Jullouville, Carolles, Champeaux, chaque nom de lieu lui fait venir un léger sourire aux lèvres.

    Après Champeaux, c’est tout de suite Saint-Jean-le-Thomas. Comme elle s’y attendait, elle ne reconnait rien dans ce village. C’est sans importance. Elle n’est pas venue pour remuer des souvenirs. Elle est venue pour la mer, avec ses marées basses qui laissent découvertes de longues distances de sable et ses marées hautes qui vous surprennent d’un coup, vous obligeant à retrouver la côte à la nage, ou qui vous engloutissent inexorablement.

    Comme l’été de ses huit ans. Elle se promenait avec le petit frère à la main et la mer montante les avait surpris. Elle en a eu des cauchemars pendant des années, elle se revoyait tirer l’enfant vers la plage où leur mère lisait tranquillement un magazine. Seul le père avait été inquiet, ne les voyant plus :

    - Où étiez-vous tout ce temps ? avait-il demandé.
    - Là-bas…

    Elle avait fait un geste vers la baie et le Mont.

    - On a été loin ! a dit le petit frère, dont elle tenait toujours solidement la main, alors que tout danger était écarté.
    - A l’avenir, vous resterez toujours là où on vous voit, c’est compris ?

    Elle avait bien senti à son ton et à sa voix qu’il s’était fait du souci. Il avait peur de l’eau et ne savait pas nager, qu’aurait-il pu faire, sur cette plage déserte ?

    Tout ça est bien loin. A présent, elle n’a plus de promesse à tenir pour personne. Elle s'offre un dernier café pour feuilleter une ultime fois le calendrier des marées. Il s’agit de ne pas se tromper.

    Elle paie sa consommation et se rend aux toilettes, où elle fait disparaître dans les profondeurs des poubelles à clapet le peu de choses qu’elle a encore sur elle, son portefeuille, ses papiers d’identité.

    Puis elle se dirige vers la plage Saint-Michel.

    La marée est effectivement au plus bas et le flux promet d’être sans pardon.

  • D comme dortoir

    Elle dit qu'elle a choisi cet endroit pour sa situation stratégique: comme directrice française pour un institut de cours de langues, elle est à une heure et demie de Marseille et à autant de Lyon.

    Elle dit qu'elle a mis des années pour trouver cette maison, qu'elle en a visité au moins cent cinquante, que toutes ses vacances y passaient. Mais elle a fini par trouver ce qu'elle cherchait: une belle maison de maître.

    Puis, pendant six ans, elle y a vécu seule: son mari avait encore son travail ailleurs et elle le rejoignait le week-end.

    Elle dit qu'ici, c'est une ville dortoir, où une main-d'oeuvre bon marché s'est installée, venue d'Algérie et d'Espagne, pour la culture des tomates. Elle dit que toute la vallée était recouverte de serres.

    Les serres ont été remplacées par les installations nucléaires. C'est là maintenant que les gens travaillent. Et dans les "zones d'activités" qui se sont développées tout autour. Oui, c'est une ville dortoir, où rien ne bouge pendant la journée, derrière les volets fermés.

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    Les vieux sortent à dix heures du soir et s'installent sur le pas de leur porte. Ils passent des coups de fil d'une voix tonitruante. Les gens se hèlent comme s'ils étaient tous sourds: "Fait chaud, hein?". C'est la seule chose qu'ils trouvent à se dire.

    Les jeunes passent en voiture dans l'étroite ruelle sans trottoirs. Leur radio est poussée à fond. Ils n'écoutent que du rap. Au milieu de la nuit, les motos pétaradent.

    Elle dit que c'est à cause du ramadan.

    J'ai compris au bout de deux ou trois nuits que c'est une ville dortoir où on dort probablement en journée.

     

  • C comme...

    Correspondance

    Le festival de la correspondance ne fait connaître son programme que le 20 juin et ce n'est que quelques jours plus tard qu'on peut commencer à réserver. Par téléphone uniquement, à moins d'habiter dans le coin et d'être en mesure de se rendre au guichet, à Grignan. On n'a pas eu l'occasion de téléphoner, pendant les heures de bureau, et même au-delà, on était au travail.

    Complet

    Par conséquent, tout est déjà complet. Il paraît même que les concerts lectures auxquels on voulait se rendre "ont été pris d'assaut" dès l'ouverture des réservations. Tant mieux pour les organisateurs, et on comprend mieux à présent pourquoi le festival peut se permettre des prix aussi élevés. Le public est là.

    Consolation

    Qu'à cela ne tienne. On a deux choses pour se consoler. D'abord, on a pris soin d'emporter le volume des Lettres choisies de la Marquise, dans l'édition de Roger Duchêne. C'est très peu pratique à lire, parce que les nombreuses notes ne se trouvent pas en bas de page, mais en fin de volume. Et c'est très incomplet, les plus fameuses ne s'y trouvent pas. Monsieur Duchêne a dû considérer que chacun les connaît déjà.

    Conversation

    Ensuite, on a la conversation de la dame du Bed&Breakfast. Où l'on apprend que la Marquise elle-même a logé dans la chambre qu'on occupe. Pas moins de deux nuits, s'il vous plaît! 

    Se non è vero, è ben trovato Cool

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     et vous, qu'en pensez-vous?
    è vero o è ben trovato?