• Z comme Zumkir

    Ma bibliothèque communale est un endroit magique comme internet (quoiqu'en plus modeste): tu cherches un truc et tu en trouves trois autres.

    Ainsi, c'est en passant en revue des rayonnages à la recherche de Roland Barthes que je suis tombée sur Michel Zumkir et sa tentative de décryptage de notre Amélie.

    De A à Z, je ne connais pas de meilleure méthode si on veut donner une illusion de classement et d'exhaustivité Langue tirée

    Le livre est d'une lecture facile et tout à fait sympathique, même si l'auteur fait tout pour garder un ton neutre et objectif, basé sur des témoignages et des documents, comme il sied à un chercheur. Evidemment, ce portrait date de 2003 et aurait besoin d'une bonne petite mise à jour...

    Amélie y est-elle "dévoilée"? Pas vraiment, et j'en suis bien contente, ce n'est ni un livre people, ni une intrusion dans sa vie privée. 

    Ceux qui espéreraient y trouver "le secret de son succès" seront déçus: on est plus dans la biographie que dans l'analyse littéraire, plus dans les faits, les chiffres et les anecdotes, même si certains personnages de ses romans sont expliqués en relation avec son vécu et ses lectures.

    Bref, un portrait d'une femme sensible et sympathique, pas du tout d'un "monstre" comme l'annonce le sous-titre du livre. 

    Mais je suppose qu'il fallait bien ça pour attirer le lecteur.

     amélie de a à z.jpg

    une bonne analyse du livre ici:

    https://textyles.revues.org/771

    Et pour Roland Barthes? Faudra que j'y retourne Clin d'œil

    ***

    Quelques extraits?

    p.14-15: Amitiés: Pour les personnes que l'on a interrogées, la romancière est ce que l'on nomme familièrement "une bonne amie", attentive, fidèle, très fidèle même, à l'écoute des autres, elle donne beaucoup, attend autant en retour.

    p.21: Belge: "Au début, je trouvais que la Belgique était un pays lourd. Je me sentais écrasée. Et je me demande si l'origine de beaucoup de talents belges n'est pas là. On a besoin de se créer une folie pour ne pas être englué dans cette espèce de conformisme épais. Quand on se met à délirer, on délire plus que nos voisins. Je dirais même, sans vouloir faire de la démagogie patriotique, qu'il y a plus d'écrivains originaux en Belgique qu'en France. Et l'humour belge est magnifique, beaucoup plus drôle due le français: Philippe Geluck, Stefan Liberski..."

    p.53: écrire: "Ecrire, c'est la plus grande nécessité, la plus grande jouissance, la plus grande passion de ma vie. Ecrire, c'est continuer l'enfance par d'autres moyens, c'est plus qu'un métier, c'est ma raison de vivre, mon moyen de supporter la vie. C'est tout à la fois. Oui, écrire, c'est tout."

    ***

    Après, c'est comme avec le "j'aime/je n'aime pas" de Roland Barthes, on peut s'amuser à se trouver des points communs: l'amour pour Bruxelles, la lecture, tout enfant, du dictionnaire explicatif pour se nourrir de mots nouveaux et de définitions, les humanités gréco-latines, la culture biblique, une mère qui refuse le sucre, l'isolement à l'université tellement on est "autre", l'amour des transports en commun comme lieu d'observation, d'inspiration et d'écriture.

    En toute modestie, bien évidemment.

  • Y comme Y faut voir

    Prenez 50 minutes de votre précieux temps

    - si vous les trouvez -

    et regardez ceci:

     Vous me remercierez après

    Cool

  • X c'est l'inconnu

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    © Julien Ribot

    http://www.bricabook.fr/2015/09/atelier-ecriture-189-une-photo-quelques-mots/

    Autrefois, il y avait un groupe d'une bonne vingtaine de personnes devant l'étal du maraîcher. Sa femme et lui, aidés de deux ou trois jeunes filles, baratinaient les clients en attente, tout en les servant prestement: on pesait large, on arrondissait les prix par le bas et on se trompait rarement dans l'ordre d'arrivée des uns et des autres. Ambiance bon enfant ou voyeurisme ("Tiens, madame G*** achète des asperges, son fils vient sûrement dîner") rares étaient ceux qui s'énervaient. On se joignait à la foule et on papotait.

    Aujourd'hui, il faut prendre un ticket avec un numéro d'ordre, faire très attention à ne pas rater le cri annonçant votre chiffre et le brandir très vite, très haut, pour être servi. Pas question de papoter, on raterait son tour. Certains, en prenant leur ticket et en voyant qu'ils ont le 42 alors qu'on sert justement le 12, se découragent et s'en vont. Le maraîcher, sa femme et les deux ou trois jeunes filles qui les aident, ne baratinent plus les clients en attente. La célérité avant tout. On ne rigole plus tellement.

    ***

    Autrefois, avant de se décider à un achat, la ménagère faisait le tour des étals, son cabas au bras. Elle comparait les prix et la qualité offerte. Là, les fraises sont moins chères, mais elles sont moins fraîches. Les asperges moins grosses. Les poireaux moins beaux. On prenait le persil ici parce qu'il n'est pas frisé et les tomates là-bas parce que ce sont des Marmandes. On avait son maraîcher de prédilection et quelques autres fournisseurs.

    Aujourd'hui, chaque vendeur essaie de vous fidéliser autrement que par ses prix ou sa qualité: il vous offre une carte client, qu'il tamponne allègrement par tranche de 5 euro d'achat et par laquelle il vous promet cadeaux et réductions.

    ***

    Autrefois, toute la place du marché était pleine d'échoppes et la circulation bloquée. Aujourd'hui, on a libéré le pourtour, les voitures peuvent passer.

    Je me demande de quoi sera fait demain...

     

  • W comme wagon de train

    "Het leest als een trein", dit-on en néerlandais, pour signifier qu'on a du mal à s'arracher à sa lecture et qu'on a filé à toute vitesse dans un livre comme le train dans un paysage.

    C'est ce qui m'est arrivé avec Les nuits de laitue, reçu vendredi par la poste et commencé le soir même. Malgré la fatigue qui m'avait anéantie - la journée ne s'était pas bien passée, c'est le moins qu'on puisse dire - j'ai pris le livre en main et je ne l'ai lâché qu'après l'avoir terminé. Alors qu'il fait tout de même 223 pages.

    Pourtant, ce n'est pas qu'il y ait un suspense insoutenable. Juste une envie de savoir le fin mot de l'histoire. Ce qui donne surtout ce coup de coeur, à mon avis, c'est la fraîcheur et l'originalité du ton et du style, le tout teinté d'une fine émotion et d'un peu d'humour.

    Fraîcheur et originalité, tout d'abord par le choix des personnages, tous plus "fêlés" les uns que les autres. Il n'y a qu'à jeter un coup d'oeil aux nombreux résumés qu'on en trouve en ligne, à commencer par la présentation des éditions Zulma elles-mêmes (lien ci-dessous).

    Emotion, dans les rapports humains et les aléas de la vie intime de chacun. En dire plus à ce propos, ce serait déflorer le livre. Tout ça assaisonné d'une pointe d'humour, qui fait parfaitement glisser des choses qui pourraient sembler fort tristes si on en faisait un résumé tout sec, depuis le mari absent de Mariana jusqu'à l'Alzeimher de monsieur Taniguchi, ainsi qu'un ou deux morts. Personnellement, j'ai surtout ri quand il s'agit des chiens de Teresa.

    "Profitant de l'absence de sa maîtresse, Ananias avait à peu près complètement déchiqueté le canapé. Mendonça s'était gavé de bourre et était à présent affalé par terre, avec des aigreurs d'estomac, car son régime habituel comprenait bien des tongs en caoutchouc mais pas de mousse, dont on reconnaîtra volontiers qu'elle est parfois indigeste. Il avait même essayé d'avaler la fermeture de la housse du canapé, sans toutefois y parvenir - ce n'était plus la forme de jadis."

    Vanessa Barbara, Les nuits de laitue, éd. Zulma, 2015, p.141-142

    Quant à la question de savoir quel est le sens du titre, un premier élément de réponse est fourni à la page 79:

    "[...] ses dernières heures auraient un arrière-goût de laitue, exactement comme ses nuits d'insomnie [...]

    La tisane de laitue, c'est un remède de grand-mère qui aurait dû délivrer Otto de son problème d'insomnie, mais il n'a été efficace qu'une seule fois, cette nuit cruciale où son épouse Ada y avait ajouté au moins trois comprimés de somnifères finement écrasés...

    Je n'en dirai pas plus. Si vous voulez savoir en quoi cette nuit-là était cruciale, il faudra lire le livre.

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    http://www.zulma.fr/livre-les-nuits-de-laitue-572119.html

    merci à Masse critique

    et aux éditions Zulma

  • V comme vision d'avenir

    Pour moi, l'école, c'est avant tout ceci:

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    des gens

    Mais il y en a qui disent que bientôt ce ne sera plus que cela:

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    des machines

    ***

    pour le projet 52 de Ma' - thème: école

     http://manuelles.canalblog.com/tag/projet%2052

  • U comme unanimité?

    Mercredi dernier, entre le parc et le marché, deux femmes discutent. On les entend de loin.

    Il s'agit d'une excellente école.

    De la meilleure école.

    Evidemment, Madame tend l'oreille.

    - C'est une grande école, fait la première en joignant le geste à la parole, une très grande école où il n'y a que des Flamands!
    - Que des Flamands?

    L'autre a l'air si dubitative qu'elle répète et insiste:

    - Oui! Que des Flamands! Il n'y a quasiment aucun arabe.

    Voilà. C'est elle qui l'a dit. Une dame voilée. A une autre dame voilée. Qui venaient de faire les dernières courses avant de fêter l'Aïd. 

     ***

    Madame se reproche encore de ne pas leur avoir demandé de quelle école elles parlaient.

    Sans compter toutes les autres questions que suscite cette petite conversation.

    Mais il vaut sans doute mieux qu'elle ne l'ait pas fait, elle se serait énervée.

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     Parce qu'elle les aime bien, Madame, ses Youssef, ses Hussein et ses Mohamed.

    Mille milliards de mille sabords!

  • T comme tout le monde

    Tout le monde marche main dans la main
    Chante Françoise hardy
    Moi seule n'ai pas d'amoureux.

    ***

    Tout le monde aime Félix et Ernestine
    Pleure Poil de Carotte
    Moi seul suis le mal aimé.

    ***

    Tout le monde fait le guignol en classe
    Se plaint Agnan
    Moi seul aime l'arithmétique et la géométrie.

    ***

    Tout le monde a peur de Créon
    Dit fièrement Antigone
    Moi seule lui tiendrai tête.

    Tout le monde il est beau tout le monde il est gentil
    Susurre Jean Yanne
    Moi seul y en a vouloir des sous!

    ***

    Tout le monde se convainc que la guerre de Troie n'aura pas lieu
    Prophétise Cassandre
    Moi seule vois ce qui nous attend.

    ***

    Tout le monde se croit bien portant
    Affirme le docteur Knock
    Moi seul sais que vous êtes des malades qui s'ignorent.

    Enfin, parodiant Pyrame en un sanglot:

    Tout le monde peut y aller
    Gémit l'adolescent(e)
    Moi seul(e) n'ai pas la permission!

     ***

    Exercice d'écriture avec la double anaphore « Tout le monde… » et « Moi seul… » proposé par les Impromptus littéraires.

  • Stupeur et tremblements partagés

    Si l'âge nous fait avancer,

    c'est vers la perplexité,

    pas vers la connaissance de soi.

     

    Georges Picard, Merci aux ambitieux de s'occuper du monde à ma place, éd. Corti, 2015, p.9

     georges picard.jpg

     

    http://www.jose-corti.fr/titresfrancais/merci_aux_ambitieux_picard.html

  • 22 rencontres (2)

    Nous nous croisons lors d'un petit concert en ville. Je la reconnais immédiatement, elle a toujours la même coiffure, le même minois pointu. Je ne trouve pas tout de suite son prénom (euphémisme) mais je me souviens qu'elle est devenue pharmacienne.

    Malheureusement, ce n'est pas dans sa pharmacie que je vais acheter mes pastilles pour la gorge, rien que dans ma petite ville cinq ou six pharmacies (au moins) sont tenues pas des anciens élèves: Karen, Bert, Johanna, Justine, Audrey... et ceux dont le prénom ne me revient pas en tête.

    - Vous savez que vous avez mon fils en classe? me dit-elle tout sourire.

    Non, je ne savais pas. Les fils ne portent que très rarement le nom de leur mère, n'est-ce pas.

    - Je crois bien qu'il sera meilleur que moi, en français... ajoute-t-elle. Il est doué pour les langues, lui.

    Toujours ce même complexe qu'il faut combattre: mais non, tu n'es pas nul(le)! mais oui, tu te débrouilles très bien! Toujours ces inhibitions: mais vas-y! lance-toi! qu'importe une petite erreur ici ou là! parler, c'est communiquer! on te comprendra! on appréciera que tu fasses l'effort de parler français!

    Toujours cette peur de la moquerie de celui qui "sait", qui a "le bon accent" envers celui qui "ne sait pas", et qui sera trahi par son accent flamand.

    - Je suis plus à l'aise en anglais, me disent-ils.

    Bizarrement, en anglais ils s'en fichent de ne pas avoir "le bon accent".

    En anglais, ils n'ont ni ce complexe, ni cette inhibition.

    Il y aurait une étude à faire là-dessus...

     rencontre,prof,école,élève

    je sais déjà qu'elle sera une fidèle des entretiens parents-professeur
    Bisou

  • R comme rose

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    © Julien Ribot

    http://www.bricabook.fr/2015/09/atelier-decriture-188/

    - Le temps a fait son oeuvre, murmura-t-il en effritant du bout des doigts un peu de crépi rose.

    Mais disant cela, ce n'était pas au crépi qu'il pensait, ni aux volets autrefois bleus, ni au rideau de perles qui pendait été comme hiver dans la porte d'entrée, qui était plus souvent ouverte que fermée.

  • Le bilan du 20

    Malgré la somme d'expériences passées toutes plus instructives les unes que les autres, l'Adrienne reste d'une candeur extrême.

    - Mercredi prochain, annonce-t-elle à l'amie venue lui rendre visite fin août, le chauffagiste vient pour l'entretien. En même temps, je me ferai expliquer comment marche cet appareil...

    Parce qu'il faut savoir que l'Adrienne n'est même pas capable de mettre son chauffage en route après la pause estivale.

    - Tu crois? fait l'amie.

    - Bien sûr! dit l'Adrienne.

    Oubliant que l'électricien, le plombier, le carreleur, le plâtrier (liste non exhaustive) lui ont donné toutes les raisons de douter de la fiabilité des rendez-vous promis.

    Bref, vous devinez la suite: trois mercredis d'affilée, l'Adrienne est restée coincée chez elle, n'osant même pas aller un peu gratter la terre de son jardinet de peur de ne pas entendre le coup de sonnette de l'homme de l'art. Trois mercredis d'affilée, elle a téléphoné le matin pour se faire confirmer le rendez-vous et retéléphoné le soir pour en prendre un nouveau. (1)

    - Vous pouvez y compter! dit la dame le matin.

    - Ah? il n'est pas venu? dit la même dame le soir, pas plus gênée que pour constater qu'il pleuvine.

     zomerwerken (10) - kopie.JPG

    on ne peut pourtant pas tout faire soi-même
    (l'Adrienne est juste capable de découper et de coller des fleurettes dans sa salle de bains)

    Alors l'Adrienne a fait une chose qu'elle n'avait encore jamais faite: après un dernier coup de fil où elle s'est un peu énervée ("Faut pas vous en prendre à mouâââââ" a gémi la dame avant même que l'Adrienne s'énerve tout à fait) elle a téléphoné à un autre chauffagiste.

    Appelons-le Zorro: il a sauvé l'Adrienne en arrivant cinq minutes plus tard Cool.

    Du coup, elle lui a aussi commandé un nouveau robinet pour la cuisine. Parce qu'il est également plombier. Une perle, quoi.

    Il revient mardi soir Langue tirée

    ***

    (1) Oui, vous avez bien lu, c'est peut-être ainsi qu'elle vaincra sa téléphonophobie... Essayons de voir en tout un aspect positif.

     

  • Question pas existentielle

    Jaune ou rouge? demande Ma' pour son Projet 52.

    Je réponds rouge, sans hésiter!

    Rouge comme cette peinture d'Isabel

    DSC01172.JPG

    Rouge comme les portes des trains

    Oostende (11) - kopie.JPG

    Rouge comme les rideaux à la Monnaie

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    reste à voir à quoi ils ressembleront après les travaux de restauration!

    Rouge comme les tenues préférées de l'Adrienne

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    la robe achetée en 1986, qu'elle considère toujours comme "sa plus belle" et qui a été de toutes les fêtes, depuis le mariage du frère jusqu'aux noces d'or des beaux-parents et quelques proclamations de fin d'année...

    009 - kopie.JPG

    le manteau rouge grâce auquel tous ses anciens élèves la reconnaissent tout de suite
    (il sera bientôt plus vieux que certains d'entre eux Langue tirée)
    Remarquez aussi le joli foulard assorti!

    bottillons (2).JPG

    les fameux bottillons déjà montrés ici quand ils étaient neufs
    et qui ont toujours le même aspect
    vu qu'ils ne servent qu'à parader à l'école
    et que les trajets à pied se font en baskets
    Cool

    pour le projet 52 de Ma' - thème: jaune ou rouge

     http://manuelles.canalblog.com/tag/projet%2052

    Définitivement ROUGE, la question ne se pose même pas!

  • P comme paradis perdu

    Il arrive que l'Adrienne ait un gros coup de nostalgie. Il arrive qu'elle repense à son paradis perdu et que sa verte campagne lui manque. Parfois la solitude en ville pèse alors que ça n'avait jamais été le cas dans la vraie solitude de sa petite réserve naturelle. L'Adrienne chaussait ses bottes, allait faire un tour dans les bois et les prés et se revivifiait au chant des oiseaux.

    Il arrive que l'Adrienne ait un gros coup de découragement dans la maison de tante Fé. Tant de choses ne sont toujours pas en ordre. Une armoire à pharmacie attend d'être accrochée au mur depuis plus d'un an, des étagères sont encore au sol et il reste des cartons dans chaque pièce. Elle se demande si un jour elle s'y sentira chez elle et emploiera le mot "thuis" (1) pour la désigner.

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    l'autre paradis perdu
    celui de l'enfance
    dans la maison de grand-mère Adrienne.
    Remarquez comme mini-Adrienne,
    qui ne sourit jamais sur les photos, malgré tous ses efforts,
    respire le bonheur

    Mais ne vous inquiétez pas: l'Adrienne est en train de recréer le décor de ses deux paradis perdus. Elle va planter des pommiers et un seringat pour faire "campagne" et elle a déjà les hortensias et la clématite pour faire "jardin de grand-mère".

    Samedi dernier, elle a acheté des centaines de bulbes à fleurs. Reste à savoir où et quand elle les plantera Langue tirée

    ***

    (1) thuis = à la maison, chez moi. C'est un mot qui manque en français, je trouve. L'équivalent du "home sweet home".

  • O comme oorlog

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    http://pieterserrien.be/boeken/van-onze-jongens-geen-nieuws/

    Le hasard des lectures sur le web permet parfois de découvrir un pan d'histoire inconnue. Ainsi pour moi, la présentation de ce livre m'apprend des faits dont je n'avais jamais entendu parler. Des faits qu'apparemment chacun s'est empressé d'oublier, sans doute les intéressés en premier.

    De quoi s'agit-il?

    Après la guerre de 14-18, que la petite armée belge avait dû continuer à mener, retranchée derrière l'Yser, sans avoir accès à de nouvelles recrues vu l'occupation du reste du territoire, il avait été décidé que les communes listeraient les jeunes hommes afin de pouvoir constituer "une réserve" en cas de futur conflit.

    Chaque année, cette liste était complétée des jeunes garçons qui atteindraient leurs 17 ans. De sorte qu'au début de la guerre de 40, environ 300 000 jeunes Belges ont été priés de se rendre, de quelque manière que ce soit, vers des centres de recrutement en France, les CRAB. (1)

    Dat kan te voet, met de fiets of met de trein. Veelal gaat het over onervaren tieners, nauwelijks gekleed voor deze exodus, met een beperkte mondvoorraad. Sommigen zijn best bereid te geloven in het grote avontuur, maar de meesten terecht bang voor het onbekende, voor het "tourisme de l'imprévu": vervoer in beestenwagons, bombardementen door de Duitsers... De helft geraakt niet verder dan Noord-Frankrijk. Enkele honderden sneuvelen.

    http://cobra.canvas.be/cm/cobra/boek/1.2346111

    La plupart ont entre 16 et 20 ans. Ils se mettent en route à pied, à vélo, en train. Il s'agit le plus souvent d'adolescents sans la moindre expérience de vie et qui n'ont encore jamais quitté leur heimat. Ils ne sont pas équipés pour ce genre d'expédition, ont à peine des provisions de bouche. Sur la route de l'exode, ils subissent des bombardements. La moitié d'entre eux n'arrive pas plus loin que le nord de la France: elle y est rattrapée par l'ennemi. Quelques centaines y trouvent la mort.

    Er is eten te kort, van hygiëne is geen sprake, overal is er ongedierte en de contacten met de bevolking zijn vaak hatelijk en toch ontdek je af en toe tussen alle ellende door deugddoende ontmoetingen met de Fransen én hun “savoir vivre”. De verschillen tussen de opvangcentra zijn gigantisch. En daar waar de militairen het al te vaak laten afweten blijken de scouts over de vaardigheden te beschikken om structuur en orde te brengen. De leuze “eens scout, altijd scout” blijft ook hier overeind. Na de Belgische (28 mei) en de Franse capitulatie (22 juni) is het verhaal afgelopen. Op 30 juli 1940 begint, na een harde leerschool, de repatriëring van duizenden jongvolwassenen.

    http://cobra.canvas.be/cm/cobra/boek/1.2346111

    Les autres sont transportés plus au sud en wagons à bestiaux. Ce qui les attend en France, ce n'est pas la vie en rose: manque de nourriture, absence totale d'hygiène, de la vermine partout. Les contacts avec les Français peuvent difficilement être qualifiés de chaleureux. En trois semaines, ces jeunes ont largement fait le plein d'expériences de toute nature...

    Après la capitulation de la Belgique et de la France, plus rien ne les retient de rentrer au pays. La plupart ont retrouvé leur foyer dans le courant de l'été. Parmi eux, quelques BV (2) comme notre ancien premier ministre Leo Tindemans, le dessinateur de BD Marc Sleen (3) ou l'écrivain Ivo Michiels.

    Pour ceux qui lisent le néerlandais, un article intéressant ici: http://www.vhl-alumni.be/?p=3269. On y explique entre autres choses que les auteurs se sont basés sur des enquêtes menées dans les années 80, des archives belges et françaises et des témoignages de derniers survivants, aujourd'hui âgés de 90 ans ou plus. Certains sont de ma ville, où quelques centaines de jeunes ont également été concernés par cet exode forcé.

    Sur un des sites de vente du livre, un anonyme lance cet appel, après avoir salué le fait que cette histoire vieille de 70 ans soit enfin exhumée:

    Dit boek komt 70jaar te laat, doch eindelijk wordt dit zoveelste Drama eens besproken. Ikzelf heb vermiste familie in Frankrijk, ik zoek reeds 10 jaar in la Brie of Conflans naar dhr Hanskens René ? waar is de broer van mijn moeder ? Kan iemand mij helpen  ?? Wat moet ik doen ?

    Quelqu'un peut-il m'aider? demande-t-il. Où est le frère de ma mère? 

    ***

    (1) Centre de Recrutement de l'Armée Belge

    (2) BV = bekende Vlaming, c'est-à-dire Flamand célèbre... en Flandre.

    (3) l'auteur de Nero est allé à vélo jusqu'à Limoges.
    (http://www.marc-sleen.be/fr/qui-est-marc-sleen/vie-et-oeuvre

    histoire,belgique,belge,flandre,flamand

    sur le mur derrière eux, ils ont écrit:
    "Wij willen terug naar België"
    Nous voulons rentrer en Belgique.

    http://www.vhl-alumni.be/?p=3269

     

  • N comme nationalisme

    D'abord, il y a mon père. Qui s'est trouvé une épouse à sa convenance dans un de ces milieux typiques de ma petite ville pendant les années cinquante: éducation familiale flamande, éducation scolaire francophone. 

    Puis il y a ma tante. Qui à peine âgée de seize ans a rencontré l'homme de sa vie dans cette même petite ville, mais dans un milieu familial et culturel à cent pour cent flamand, alors qu'elle-même poursuivait sa scolarité en français.

    Enfin, il y a mon oncle. Qui à l'âge de trente-cinq ans s'est enfin décidé pour le mariage, après avoir écumé les endroits huppés de la côte d'Azur et de Knokke-le-Zoute. Où il a fini par trouver une Wallonne fraîchement rentrée de dix ans de Congo.

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    Je n'avais pas quatre ans quand elle est entrée dans ma vie et je l'ai tout de suite adorée. Je crois qu'elle s'ennuyait beaucoup et que s'occuper de moi la distrayait.

    Tout dans sa maison respirait l'exotisme. Tout me fascinait. Le tigre en peluche presque aussi grand que moi, la selle de chameau au coussin de cuir rouge, les tables basses en forme de plateau, les tissus africains aux couleurs vives.

    Alors que voulez-vous que je réponde, quand depuis mes douze ans on me demande si je suis Flamande?

    C'est quoi, être Flamande?

  • M comme milieu

    Ce jour-là, les flots bleus de l’Adriatique étaient cachés par la grisaille de l’automne qui s’annonçait mais le ciel au-dessus du Gargano était joliment illuminé par des nuages étincelants de blancheur. De doux rayons éclairaient la terrasse où Alberto poursuivait sa lecture, sans se rendre compte que la femme à côté de lui n’était plus au diapason avec lui depuis longtemps. Elle redevenait cette belle inconnue rencontrée deux mois plus tôt.

    Balançant mollement une jambe, elle rêvassait. Non, ils n’étaient décidément pas du même milieu, ne partageaient aucun intérêt, et les violons de l’amour s’étaient tus depuis longtemps. Elle se dit qu’il était temps de passer à autre chose.

    Lali439.jpg

    http://lalitoutsimplement.com/en-vos-mots-439/

    la photo publiée chez Lali
    combinée avec les mots imposés de Filamots:
    flot, inconnue, poursuivre, grisaille, violon, illuminé, milieu.

     

  • L comme loin, très loin

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    http://www.bricabook.fr/2015/09/atelier-decriture-187/

    - Moi, quand je serai grand, j'aurai un bateau, et j'irai loin, loin!

    - Tu m'emmèneras?

    - Ah non, ça ne va pas être possible...

    - Pourquoi pas?

    - Ben, c'est évident!

    Ils avaient regardé des films avec de beaux corsaires et de valeureux capitaines de vaisseaux et ils avaient compris que c'était très mal vu d'avoir une femme à bord.

    - Je te ferai la cuisine. Des crèmes au chocolat et des crêpes.

    - On verra, conclut-il.

    Elle sourit. C'était déjà à moitié gagné.

     

     

  • K comme kilomètres

    - Pour lundi prochain, dit Mieke, il faudra prévoir du papier à musique.

    Nous venions de faire notre première dictée. Il fallait distinguer le sol du mi. C'était tellement facile qu'à peu près toute la classe avait 10 sur 10.

    La classe, ce sont deux hommes et une poignée de femmes, aux motivations les plus diverses: des mères de famille qui veulent pouvoir 'suivre' leur enfant et ses cours de musique, un jeune qui rêve de devenir compositeur mais qui refuse de chanter les notes qu'on apprend, un monsieur qui, comme l'Adrienne, se voit déjà au clavier de son piano Langue tirée

    - Mais où est-ce qu'on peut trouver un cahier de musique? a demandé une des mères.

    Il paraît que ça se vend même en grande surface. Mais l'Adrienne a préféré marcher des kilomètres dans sa ville pour aller dans une grande papeterie.

    - Vous avez des cahiers de musique? a-t-elle demandé à la jeune fille, après avoir vainement cherché dans quatre ou cinq rayons.

    - Suivez-moi.

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    et voilà le machin

  • J comme Jubilate!

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    Gelukzak

    signifie veinard, veinarde.

    Il se compose du mot geluk

    - qui veut dire bonheur -

    et de zak

    qui désigne le sac.

    ***

    C'est celui que l'Adrienne utilise quotidiennement, 

    ce qui fait dire à sa mère:

    - Mais tu n'as vraiment rien de plus beau comme sac!?

    ***

    Si, bien sûr, l'Adrienne a de jolis sacs en cuir.

    Mais celui-ci est tellement plus... jubilatoire!

    ***

    pour le projet 52 de Ma' - thème: sac

     http://manuelles.canalblog.com/tag/projet%2052

     quel bonheur de vivre sur ce coin-ci de notre terre

  • I comme illogisme

    Surtout, disait-elle, ne jamais rien accepter d’un homme qui t’offre quelque chose, même s’il a l’air gentil, et surtout, surtout ne jamais le suivre, jamais jamais il ne faut suivre un inconnu ! et puis voilà qu’elle se tourne vers la petite, qu’elle lui désigne Bob, ou Robert, d’abord on avait dit « c’est Robert » et maintenant tout le monde l’appelait Bob, elle lui montre Bob et elle lui dit : Bob doit aller en ville acheter des cigarettes mais il ne connaît pas bien le chemin, va donc avec lui ! et là elle n’avait pas compris, suivre un homme qu’elle ne connaissait pas ? où donc grand-mère avait-elle la tête ! et l’envoyer en ville, elle qui n’est jamais allée à pied plus loin que l’école qui se trouve en bas de la rue et l’autre grand-mère une rue plus loin ? Mais je ne veux pas ! dit-elle à grand-mère tout en ayant peur de faire de la peine à ce Bob qu’elle ne connaît pas et qui est là à écouter sans comprendre, forcément il ne parle que l’anglais – comment prendra-t-il ce refus ? Mais non, c’est la peur qui est la plus forte, la peur inoculée et plus forte que toute son habituelle obéissance de petite fille de sept ans.

    ***

    inspiré par l'atelier d'été de François Bon, consigne n°3

    http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4197

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    photo prise dans ma ville, 1er novembre 2014

  • H comme heures intimes

    Quand on vient de l’extérieur, il y a une marche à monter. Le plus souvent, on vient de l’intérieur et il faut en descendre une. Les marches sont hautes, en pierre bleue légèrement veinée de blanc, polie par les ans – la maison date de 1912 – et par le savon noir.

    On pourrait dire que c’est un réduit : ferait-il deux mètres carrés ? Probablement pas. Le plafond est élevé. Il y a une petite fenêtre trop haut placée pour qu’on puisse voir de l’extérieur ou de l’intérieur et la moitié supérieure de la porte est à claires-voies. Les lattes sont posées de façon que le jour puisse entrer, pas les regards.

    Tout est peint en gris clair, les murs, le cadre de la petite fenêtre et la porte. Le sol est en ciment auquel sont mélangées toutes sortes de petites pierres de différentes couleurs.

    Il y règne été comme hiver – cette pièce n’est pas chauffée – une odeur plus ou moins insupportable de fosse d’aisances. C’est en effet là-dessus qu’une cuvette « moderne » a été installée en remplacement de la simple banquette en bois percée d’un trou rond, qu’il y avait autrefois.

    Mais il n’y a toujours pas de chasse d’eau.

     ***

    billet inspiré par la consigne 2 de François Bon

    http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4194

     

    souvenir d'enfance,françois bon,fiction

    https://www.google.be/search?q=%22how+are+you+writing+today%22&espv=2&biw=1280&bih=666&source=lnms&tbm=isch&sa=X&ved=0CAYQ_AUoAWoVChMIyaCjrZ_ixwIVyFsUCh2bRga8

  • G comme genèse

    Elle n’a peur de rien et c’est ce qui fait peur à sa grand-mère. Elle tend sa petite main à tous les chiens qui passent. Elle regarde avec confiance tous les humains qu’elle rencontre, même les plus grands, les plus sombres, les plus barbus.

    Alors on lui raconte des histoires terrifiantes. On lui apprend la méfiance. Des chiens, des hommes. Et dans sa petite tête d’enfant de trois ans, tout se mélange.

    Elle voit maintenant des voleurs de petites filles dans les plis des rideaux, dans l’ombre des cheminées. Pourquoi ne seraient-ils pas cachés dans la cave, la garde-robe ou le grenier, puisqu’on les dit si malins ?

    Couchée dans son petit lit, elle n’ose plus fermer les yeux. Tous les bruits lui semblent bizarres. Le vent qui siffle, la pluie qui gratte la vitre, le plancher qui craque, des pas sur le trottoir.

    La peur lui a été inoculée, elle ne peut plus s’en défaire. 

     souvenir d'enfance,françois bon,fiction

    texte inspiré par la consigne 1 de l'atelier d'été de François Bon

    http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4188

     

  • F comme France

    Je te sens dans mon coeur, mais je sais que j'aurais la paix si je pouvais te voir là, sur le fauteuil en train de fumer ta pipe.

    Si encore tu étais mort pour des choses honorables: si tu t'étais battu pour des femmes ou en allant chercher la pâture de tes petits. Mais non, d'abord on t'a trompé et puis on t'a tué à la guerre.

    Qu'est-ce que tu veux que j'en fasse de cette France que tu as, paraît-il, aidé à conserver, comme moi? Qu'est-ce que tu veux que nous en fassions, nous qui avons perdu tous nos amis? Ah! S'il fallait défendre des rivières, des collines, des montagnes, des ciels, des vents, des pluies, je dirais: "D'accord, c'est notre travail. Battons-nous, tout notre bonheur est là." Non, nous avons défendu le faux nom de tout ça. Moi, quand je vois une rivière, je dis "rivière"; quand je vois un arbre, je dis "arbre"; je ne dis jamais "France". Ça n'existe pas.

    Ah! Comme je donnerais tout entier ce faux nom pour qu'un seul de ceux qui sont morts, le plus simple, le plus humble, vive. Rien ne peut être mis en balance avec le coeur d'un homme. 

    Jean Giono, Jean le Bleu, Grasset, 1972, p.322

    lecture,littérature,lire,lecteur

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Giono#/media/File:Leon_MOULIN_3eme_debout_en_partant_de_la_gauche.jpg

    Jean Giono est au deuxième rang, le deuxième à droite.

    De belles pages sur l'absurdité de la guerre et sur la douleur d'y avoir perdu un ami.

    Tu es ombre, toi là, derrière ma chaise. Je ne toucherai plus ta main. Tu ne t'appuieras plus jamais sur mon épaule. Je n'entendrai plus ta voix. Je ne verrai plus ton bon regard avec son honnêteté et son grand rayon. Je sais que tu es là, près de moi, comme tous les morts que j'aime et qui m'aiment, comme mon père, comme un ou deux autres.

    Mais tu es mort.

    Je n'en veux pas à celui qui t'a tué d'un coup de fusil dans le ventre. On l'avait trompé comme toi. On lui avait dit que les rivières s'appelaient "Allemagne".

    Jean Giono, Jean le Bleu, Grasset, 1972, p.323

    Humaniste, pacifiste, chantre de la vie simple et de l'amour de la nature, comment voulez-vous que je ne sois pas fan Cool

     

    ***

    plus d'info?

     

    http://www.centrejeangiono.com/pages/oeuvre-biographie.php 

  • 7 petits tours et puis s'en vont

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    http://www.bricabook.fr/2015/09/cest-la-rentree-atelier-decriture-186/

    - Je peux aller avec toi, maman?

    - Non, mon chéri! Je fais quelques courses et je reviens!

    - S'il te plaît, maman! 

    - Emmène-le, pour une fois! Il ne peut pas rester enfermé tout le temps, ce petit!

    Il a vite compris, le petit, que sa grand-mère aura le dernier mot, qu'il pourra accompagner sa maman au marché.

    - D'accord, dit-elle. Mais tu promets de ne pas lâcher ma main et de ne pas traîner!

    Il promet, bien sûr. Des promesses d'un enfant de six ans. Qu'il oublie après que sa mère et lui sont passés à l'étal du boucher, du maraîcher.

    Là-bas, un peu plus loin, il y a un magnifique étalage de sucreries blanches et roses, entourées de petits moulins à vent multicolores, qui brillent au soleil et bruissent doucement en tournant à toute vitesse.

    - Maman! maman! crie l'enfant à sa mère qui le tire par le bras dans la direction opposée.

    Rentrer, vite rentrer, elle n'aime pas le marché, sa foule, elle veut retrouver la tranquillité de sa maison aux volets clos.

    - Maman! maman! 

    C'est vrai qu'il n'est pas très gâté, ces derniers temps. Elle le laisse à peine sortir, il ne va plus à l'école, il ne voit plus d'enfants de son âge. 

    - Combien, le petit moulin à vent? dit-elle au vendeur qui émerge entre une montagne de beignets à la pistache et de feuilletés au miel.

    C'est pendant qu'elle cherche sa monnaie et que le petit, ravi, contemple son moulin à vent rutilant, que l'explosion a eu lieu.

    Elle a été revendiquée, bien sûr. Par deux groupuscules différents, dont un qu'on n'avait encore jamais entendu nommer.

  • E comme émotion

    Son prénom commence par un A et finit par un Z. Il est le symbole du pays de ses ancêtres. 

    Cet été, elle l'a vu pour la première fois. L'Arménie.

    - Quelle émotion ça a dû être! dit Madame.

    On parle un peu de ce beau pays - des connaissances de Madame y sont allées il y a un an - et de cette langue, qui malgré les années et la diaspora, est encore utilisée au sein de la famille.

    - J'ai vu dans ton dossier que tu es née à Aleppo, dit Madame.

    Alep, Aleppo, deuxième ville de Syrie, grand centre économique et culturel, patrimoine mondial, aujourd'hui en ruines. Une partie de la famille est encore là-bas.

    - C'est difficile, pour eux, là-bas, dit-elle sobrement.

    - C'est terrible, dit Madame, qui se sent au bord des larmes.

    Et qui espère que ce soir-là, quand ils entendront pour la énième fois parler de milliers de réfugiés, les autres élèves de la classe auront un regard plus nuancé.

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    j'ai la très nette impression qu'on s'émeut plus pour la perte du patrimoine culturel que pour la souffrance de millions de gens

    http://www.rtl.be/info/monde/international/de-palmyre-a-alep-la-syrie-en-guerre-perd-son-patrimoine-751022.aspx

     ***

    Son prénom commence par un A et finit par un Z. Il contient tout le malheur du pays de ses ancêtres.

  • D comme dernière activité agricole

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    La dernière activité agricole à laquelle l'Adrienne ait assisté

    (quoique de loin)

    c'est le vol de son bois de chauffage.

    Elle n'a même pas osé porter plainte.

    ***

    pour le projet 52 de Ma' - thème: agricole

     http://manuelles.canalblog.com/tag/projet%2052

    ***

    je me suis longtemps creusé la tête

    à me demander ce que je pourrais bien montrer

    vu que j'habite en ville depuis deux ans...

    et bien voilà

    Langue tirée

  • C comme conversation

    - Alors? Tu n'as pas cours? s'exclame la Tantine quand Madame la croise au parc à onze heures du matin.

    La Tantine est en route vers l'école primaire pour y chercher ses petits-enfants alors que Madame se dépêche dans la direction opposée, vers l'hôtel de ville.

    - Ah? Vous n'avez pas école, aujourd'hui? demande la dame qui travaille au guichet du service 'Population' (1).

    Madame a eu son fils aîné en classe et aujourd'hui elle vient chercher une nouvelle carte d'identité. Elle tient à la main sa convocation et une photo qui date de plus de deux ans. "Munissez-vous d'une photo récente", dit la convocation, entre autres paramètres de plus en plus minutieusement décrits. Deux ans, c'est récent, quand on en a plus de cinquante.

    - L'école est déjà finie? demande voisine-d'à-côté de l'appartement de la mère de Madame. Entre-temps, il est onze heures et demie et voisine-d'à-côté a tranquillement fait son marché et bavarde en tenant la porte d'entrée d'une main, son caddie de l'autre.

    Madame, ce matin-là, a déjà eu deux longs entretiens avec des élèves en difficulté, réglé tous les détails de cours de réanimation cardio-pulmonaire pour ce vendredi, donné cours, rédigé et envoyé des lettres à des parents, introduit un tas de données dans le système informatique.

    Mais à tous ceux qui l'apostrophent, elle répond joyeusement:

    - Hé oui! Je n'avais qu'une heure, ce matin!

    En rentrant chez elle, elle se demande de quoi les gens lui parleraient si elle n'était pas prof...

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    le bureau de Madame, un matin d'août

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    le bureau de Madame, le soir du même jour d'août

     (il n'y aura pas de photo de l'état actuel Langue tirée)

    ***

    (1) si c'est ainsi que se traduit "dienst bevolking"

     

  • B comme bleu

    C'est "le chaud tout bleu d'un beau matin", le tablier bleu du père, la "magnifique soie bleu ciel" de sa lavallière qu'on lui noue artistiquement avant de l'emmener à l'école, ce sont les ailes bleues de la mouche et du taon que le père offre à son rossignol encagé... Le bleu est partout dès les premières pages dans Jean le Bleu.

    C'est à la fin seulement qu'on reçoit l'explication du titre. Le narrateur est obligé de quitter le lycée pour aller travailler. On lui a trouvé un emploi dans une banque:

    J'avais un beau costume, tout bleu clair. Oui, malgré tout; le distributeur de hasard m'avait choisi le comptoir d'escompte où la livrée était bleue. Il y a des lois que le hasard même est obligé de suivre.

    Jean Giono, Jean le Bleu, Grasset, 1972, p. 302

    Dans sa tête, le gamin fait "deux parts": une petite part s'occupe de bien faire son travail, de faire devant les clients les courbettes exigées par le directeur ("ça gagnait 30 francs par mois et ça servait à acheter des pommes de terre") et une autre part, plus grande:

    La grande part, nul n'y touchait. Elle s'appelait Jean le Bleu. On aurait bien voulu l'atteindre et l'enfermer dans la livrée qui saluait les mesdames. Mais, c'était trop tard.

    Jean Giono, Jean le Bleu, Grasset, 1972, p. 303

    La grande part, comme il l'appelle, est tirée "au large des beaux prés", avec des "éperons en ailes d'hirondelles" et est "en selle sur le cheval" dans un "monde amer et exalté".

    J'ai beaucoup aimé ce récit autobiographique de Giono, pour ses personnages, ses anecdotes, son humanité, son style imagé, original et très sensuel, ses souvenirs d'enfance, l'image de ses parents et de sa Provence.

     jean le bleu.jpg

    les couvertures des rééditions récentes montrent toutes d'idylliques images de montagnes avec moutons et berger mais celle de la bibliothèque est sobrement... verte

    Langue tirée

     

  • Adrienne et Roland

    Il s'appelle Roland et il est entré dans ma vie.

    Il y a quelques jours.

    Par la grande porte.

    Celle de devant.

    Je ne sais pas combien de temps notre histoire durera.

    Je ne sais pas si ce sera une réussite ou un échec.

    Ce que je sais, c'est que je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que ça marche.

    On verra bien...

    Voilà la photo la plus récente que j'ai de lui:

     

    expert,musique,vie quotidienne

  • Premières impressions

    - Et tu comprends le polonais? je lui demande, avec les yeux qui brillent à l'avance, persuadée que la réponse sera positive.

    Elle a un mouvement fier pour redresser le buste et le menton:

    - Ma famille est ici depuis Waterloo!

    - Formidable! dis-je, la tête pleine de la biographie de Talleyrand, dans laquelle je suis précisément arrivée avec Napoléon à l'île d'Elbe (quel suspense intolérable, les biographies Langue tirée) pendant que Talleyrand discute du sort de la Pologne au congrès de Vienne. 

    Nouvelle collègue préfère apparemment ne pas connaître le polonais de ses ancêtres et passer pour une Flamande de longue date, "bien intégrée", donc.

    - J'ai déjà eu des élèves d'origine polonaise, lui dis-je, et leur connaissance du polonais leur permettait de comprendre aussi le russe, le bulgare, le tchèque... c'est formidable, non? Pouvoir lire Tolstoi dans le texte?

    Elle ne semble pas convaincue et poursuit:

    - Nous sommes des Polonais restés ici en 1815. On a retrouvé les papiers de l'époque, des parchemins...

    - Formidable!

    Avec nouvelle collègue, j'ai décidé de tout trouver formidable.

    - Heureusement, dit-elle, notre nom s'éteint. Les derniers W***K sont tous des filles.

    ***

    voilà, chers lecteurs,

    je vous laisse ici

    avec de la belle matière à réflexion

    Cool

     prof,école,langue,flandre

    samedi et dimanche, on a encore bien fêté la musique,

    et dans toutes les langues...

    des mornes plaines, ça n'existe pas, en Belgique

    Cool