Stupeur et tremblements vénitiens

C'est un petit ouvrage d'à peine 58 pages dans sa version italienne qui paraît ce mois-ci en traduction française https://diacritik.com/2016/05/18/roberto-ferrucci-venise-est-lagune-venezia-e-laguna/  

Venezia non è una città di mare. Venezia è laguna.

Venise n'est pas une cité de la mer. Venise est lagune.

I veneziani che escono in barca, si aggirano per le sue fragili e bellissime acque verdi, raramente escono a fendere quelle azzurre dell’alto Adriatico. È questo il paradosso enorme di quell’assurdo dibattito su grandi navi sì, grandi navi no. La laguna non è mare. Anche e soprattutto per questo il resto del mondo sa che la risposta a quel falso dilemma è NO.

Les Vénitiens qui sortent en bateau et se déplacent sur leurs merveilleuses et fragiles eaux vertes, vont rarement jusqu'à celles toutes bleues du haut Adriatique. Voilà le paradoxe énorme de cet absurde débat à propos des grands paquebots oui, grands paquebots non. La lagune n'est pas une mer. C'est aussi et surtout pour cette raison que le reste du monde sait que la réponse à ce faux dilemme est NON.

E forse oggi Venezia è in mano a qualcuno che la vuole trasformare in un grande contenitore commerciale, di consumo. […] Solo se si ritornerà a pensarla e a rispettarla come città di laguna, accettando la sua preziosa e unica fragilità, Venezia potrà continuare a essere la città più bella e amata al mondo.

Et aujourd'hui peut-être Venise se trouve entre les mains de celui qui veut la transformer en un haut lieu de commerce et de consommation. [...] Ce n'est qu'en la repensant et respectant comme ville lagunaire, en acceptant sa fragilité unique et précieuse, qu'on pourra la garder comme la ville la plus belle et la plus aimée au monde.

Le polveri sottili che una grande nave rilascia nell’aria sono l’equivalente di quattordicimila automobili circolanti in un giorno. Un ecomostro in movimento che avanza lento verso il bacino di San Marco. […] Centomila tonnellate d’acciaio che solcano le gracili acque della laguna, milioni di chili che fanno sussultare le pietre di Venezia […] ma lasciano apparentemente intatta l’acqua attorno a loro. […] Salvo che poi, eccolo, qualche minuto dopo, l’effetto risucchio e pistone […] senti all’improvviso la terra sotto ai tuoi piedi agitarsi come fosse preda di una mareggiata […] devastanti sul lungo periodo per le rive e le fondamenta di Venezia. 

Les particules fines émises par un paquebot sont l'équivalent de 14000 voitures circulant une journée. Un monstre écologique en mouvement qui s'avance lentement vers Saint-Marc. [...] Cent mille tonnes d'acier qui rident les eaux fragiles de la lagune, des millions de kilos qui font tressauter les pierres de Venise [...] mais laissent l'eau tout autour en apparence intacte. [...] Sauf qu'après quelques minutes, par l'effet de remous, tu sens tout à coup la terre s'agiter sous tes pieds, comme en proie à une tempête [...] dévastant les rives et les quais (ou fondations) de Venise.

Les extraits viennent d'ici http://www.michelecatozzi.it/2015/12/28/venezia-e-laguna-un-pamphlet-contro-le-grandi-navi/ (c'est moi qui ai traduit).

Des photos absolument sidérantes de ces paquebots géants qui frôlent les rives et les quais de Venise: Are these giant cruise ships destroying Venice?

venezia.jpg

photo prise du blog de l'auteur, Roberto Ferrucci: son livre s'inscrit dans la liste des cris d'alarme lancés ici et là.

venezia2.jpg

le même triste débat dans un film documentaire allemand de 2012

Commentaires

  • ne restera que la corde pour nous pendre ;-)
    (qu'on nous aura vendue aussi)

  • Nous nous sommes insurgés, à juste titre, contre la destruction de Palmyre. Mais nous nous réjouissons que nos chantiers navals aient du travail sans vouloir comprendre ce que vont détruire ces paquebots, nouvelles tours de Babel.

  • le barbare n'est pas seulement l'autre ;-)

  • Nous sommes bien des humains : nous pestons contre les hordes de touristes... et nous précipitons pour voir Venise (mais nous, c'est différent : c'est pour l'amour de l'Art et de la Culture)

  • là il s'agit de vouloir accoster à côté de la place Saint-Marc (ou de passer le long des fondamenta) avec un de ces paquebots ;-)
    (un autre débat pourrait être le prix du train par rapport à celui de l'avion... je rêve d'arriver à Venise en train :-))

  • Encore une histoire bien triste ...
    C'est évident que ces paquebots géants détruisent la ville mais que font les autorités que nous choisissons lors des élections?

  • euh... bonne question ;-)

  • plus beaucoup d'avenir, je le crains
    (les Hollandais sont en train de se demander comment se protéger contre la montée du niveau de la mer pendant qu'à Venise on semble peu s'inquiéter - en haut lieu - de la destruction des fondations même de la cité... c'est vraiment après nous le déluge)

  • Ce devrait être interdit, il doit bien y avoir un endroit où ces bateaux pourraient accoster, pour le reste, le train existe... Ou le car... Enfin bref. Voilà pourquoi j'ai aimé aller à Venise en hiver... Hors saison touristique.

  • une année j'y suis allée début novembre, la nuit tombait très tôt, il faisait vraiment froid et il n'a pas cessé de pleuvoir :-)
    le train, je voudrais bien, mais c'est très cher!

  • Quels monstres, ces immeubles flottants...
    Il faudrait les boycotter.
    Remarque si Venise s'effondre, ils auront tué la poule aux oeufs d'or...
    ¸¸.•*¨*• ☆

  • c'est vrai, mais comme toujours "ça aura au moins fait leur temps à eux"
    (comme disait un de mes élèves non concerné par les problèmes environnementaux: "la terre durera bien encore aussi longtemps que moi")

  • On entrevoit de multiples solutions, alternatives pour ces monstres et leurs passagers-visiteurs.
    D'où l'importance des alertes, articles, pétitions etc...dans ces cas-là mieux vaut en faire trop, héhé, les politiques sont si souvent sourdingues!

  • c'est vrai que dans notre société de communications rapides et éphémères, tout doit être dit et redit souvent et à (dix) mille voix ;-)

  • Je suis tombée amoureuse de Venise quand j'y suis allée la première fois dans les années 80. Depuis, j'ai eu la chance d'y retourner 3 ou 4 fois, toujours avec émotion.
    Et à chaque fois je suis catastrophée par ce qui s'y passe, par les prix pratiqués dans les lieux les plus visités, par le flot de touristes souvent irrespectueux, par les merveilleux palais qui tombent en ruine puisque impossibles à sauver ou à entretenir. Mais malgré tout c'est la ville la plus extraordinaire que j'aie eu la chance de visiter, et je n’hésiterais pas une seconde si j'avais la chance de pouvoir y retourner. Mais je crois qu'en effet il en sera bientôt fini de la Sérénissime ...
    Les photos sont vraiment impressionnantes, ces paquebots géants font penser à des monstres prêts à avaler la ville ...
    :(

  • voilà, tout ce que tu écris, j'aurais pu l'écrire :-)

  • Ca me scandalise moi aussi et cela fait que je n'y retournerai peut-être pas.

    Je confirme qu'arriver à Venise en train au petit matin est magique ... mais je parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître (notre dernier séjour là-bas est de 1998).

  • J'ai envie d'y retourner... et en train :-)

  • C'est bien triste ! Cela devrait être interdit !
    Venise est une ville d'une beauté tragique et émouvante;
    Nous nous avions choisis de ne pas loger à Venise et nous arrivions par la lagune à bord des vaporettos.

Écrire un commentaire

Optionnel