• Derniers potins

    lakévio33.jpg

    Généralement, c'est ma bonne qui m'emmène au parc. Elle discute si fort avec les autres bonnes que je peux aller jusqu'au bassin, je les entends encore. Elles ont des conversations peu intéressantes sur leur amoureux et très instructives sur nos mamans et nos papas. Elles oublient un peu qu'on est là et qu'on a des oreilles mais on joue en faisant semblant de rien.

    Parfois, c'est maman qui m'emmène au parc. Ces jours-là, elle retrouve son amie Clotilde et je fais mes pâtés de sable le plus près possible pour ne rien perdre de leur conversation. Même si elles se parlent tout bas, même si Clotilde me tourne le dos, je n'en perds pas une miette, surtout quand elles parlent des bonnes et des papas. 

    Ces jours-là, je peux garder mes gants pour faire mes pâtés de sable - je n'aime pas avoir ces grains qui collent sous les ongles - maman ne le remarque même pas! 

    tableau et jeu chez Lakévio 
    que je remercie!

  • Z comme Ziméo

    Cette semaine, Madame et ses élèves discutaient d'un article qu'elle leur avait fait lire sur la "Génération Twee", supposée être la leur et avoir comme principales caractéristiques la douceur et le refus de grandir. 

    La discussion en vient tout naturellement aux réseaux sociaux et à internet - les Twee sont accro à leur portable - ce qui fait avouer à Madame qu'elle non plus ne pourrait se passer d'internet. 

    - Pouvez-vous vous imaginer, leur dit-elle, que quand j'avais votre âge et que j'étais séparée de ma meilleure amie, on s'écrivait des lettres? avec du papier et un stylo et une enveloppe avec un timbre et un facteur qui l'apporte?

    Ils ont bien rigolé laughing 

    - Je ne sais même plus, poursuit Madame sur sa lancée, comment je faisais avant pour réserver un billet d'avion... 

    Eux non plus, évidemment, ils sont nés en 2000 tongue-out 

    Et ce Ziméo, qui est dans le titre, vous demandez-vous? 

    Là, il s'agit d'un autre atout formidable de la Toile, son côté encyclopédique. Même s'il faut de plus en plus être patient et futé pour trouver la substantifique moelle dans le fouillis du pseudo et du commercial - Walrus en parlait aussi dernièrement. 

    Ziméo est un conte philosophique de Jean-François de Saint-Lambert (1716-1803), une oeuvre qui a parfaitement sa place parmi les grands textes des Lumières et que Madame vient seulement de découvrir: elle le leur fera sûrement lire l'an prochain, quand ses gentils Twee seront en Terminale et que, refus de voir les problèmes ou pas, il leur faudra bien se pencher sur la question de l'esclavage, celui d'hier et celui d'aujourd'hui.

    prof,école,élève,littérature

    source et article

  • Y comme yatsuhashi

    Yatsuhashi, nous dit le conférencier, signifie 'huit ponts'. C'est un thème pictural qui trouve son origine dans un recueil de poèmes et de récits du 10e siècle, Ise monogatariun grand classique de la littérature japonaise traditionnelle. 

    Vous verrez donc de nombreuses estampes sur ce thème, dont certaines vraiment exquises, avec des iris bleus. 

    Vous les verrez, si vous allez à l'expo au Cinquantenaire tongue-out et certainement aussi en cherchant un peu dans l'immense grenier-à-fouillis qu'est la Toile. 

    Cependant, ce ne sont pas celles-là que j'ai photographiées: comme d'habitude, mon appareil photo commençait à montrer des signes de fatigue - trop d'arbres avaient attiré son attention en cours de route - et je devais opérer une sélection sévère, comme à l'époque des films à 36 photos... 

    DSCI4040.JPG

    Par contre, j'ai photographié ce pont-ci, sur une estampe qui ressemble à une planche de BD, où des gens se pressent sous la pluie. Ne me demandez pas de qui est cette oeuvre: comme je l'ai expliqué précédemment à Tania, on devait déposer nos sacs au vestiaire mais on pouvait photographier sans flash. Je ne me suis donc pas encombrée de mes habituels stylo et carnet, j'ai juste pris l'appareil photo. Inutile de dire qu'avec ma formidable mémoire - et ma merveilleuse connaissance du japonais - je n'ai retenu aucun nom. 

    DSCI4041.JPG

    merveilleux rendu d'une nuit étoilée et de lumignons dans une ville japonaise du 19e siècle 

    DSCI4043.JPG

    Et en fin de parcours, des oeuvres dans l'esprit "ukijo-e" de Dimitri Piot, auteur de BD et illustrateur. 

    C'est vraiment très beau, très poétique et en même temps un peu étrange de voir des paysages bruxellois représentés dans le style des estampes japonaises, comme ci-dessus, l'arc du Cinquantenaire sous la neige.

  • X c'est l'inconnu

    Ce bel inconnu qui entre dans votre maison et dans votre vie, avec sa patte de velours et la force de son regard, Anny Duperey l'appelle "le chat de hasard". 

    duperey.jpg

    éditions Retrouvées, 1999 

    "Il vint me rendre visite tous les jours et j'étais ravie de cette compagnie. Le matin, quand j'ouvrais la porte ou la fenêtre il apparaissait presque tout de suite, refaisait un petit tour dans les pièces comme pour s'assurer qu'on n'avait rien changé en son absence, puis il grimpait sur ma table. Je lui installai vite un coin sous la lampe avec un foulard douillet pour éviter qu'il ne se couche en travers du cahier, ce que les chats font toujours. Quand ils sont étalés un peu en dehors du papier et qu'il n'y a qu'une queue à pousser pour finir une phrase, ça va, mais si c'est le corps entier, c'est plus gênant." (p.81) 

    *** 

    Dans cinq jours je retrouve mon chat de hasard 

    bien vieux et bien malade 

    pendant que ma carissima nipotina découvre un joli coin de l'Italie 

    et ce sera un vrai bonheur 

    de le soigner 

    et de l'entendre ronronner 

    559.JPG

    le voici à l'époque où il était encore plus rapide que sa photographe 

    les chaises (4).JPG

    le dernier été ensemble 

    Relire Anny Duperey, c'est retrouver, très forte, l'envie d'avoir un chat à ses côtés. 

    "Comme les minutes, les heures, paraissent plus légères, plus vivantes, lorsqu'un discret ronron les accompagne. Ce simple bonheur d'être, qui n'a à compter ni avec l'effort ni avec le temps, vous console de tous les moments à vide (...)" (p.82) 

  • W comme wonder

    "De wonderen zijn de wereld nog niet uit" (1) 

    s'est dit l'Adrienne 

    quand après une troisième injonction en douze mois 

    elle a fini par recevoir cette réponse: 

    "Les armoires de cuisine seront livrées et installées le 10 novembre" 

    maart 2013 (3).JPG

    (1) parfois un miracle arrive 

    (et les "trous" dans la cuisine vont finir par se remplir) 

    alleluia 

    cool

  • V comme voyage, voyage

    Dimanche dernier, l'Adrienne est allée au musée du Cinquantenaire pour voir l'expo sur les estampes japonaises: http://www.kmkg-mrah.be/fr/expositions/ukiyo-e

    ukiyo-e.jpg

    c'est la célèbre vague de Hokusai (1760-1849) qui sert d'affiche à l'expo 

    mais on commence par le 18e siècle

    DSCI4030.JPG

    Suzuki Harunobu (1724-1770), le premier à imprimer plusieurs couleurs (en 1765) 

    la dame en vert a un chat sur les genoux 

    DSCI4031.JPG

    triptyque de Kubo Shunman (1757-1820)
    avec trois phases du travail des draps de laine (à gauche le foulage) 

    DSCI4037.JPG

    un de mes préférés de Hokusai 
    surtout pour le point de vue original, à hauteur du faîte, avec dans le bas la ville cachée par les nuages d'où sort un cerf-volant et bien sûr dans le fond, le pic neigeux du mont Fuji 

    DSCI4039.JPG

    et pour terminer, un aspect de Hokusai qui m'était inconnu 

    mais qui cadre bien avec Halloween qui s'approche 

    yell

     

  • U comme une fois...

    Une fois, juste une fois, l'Adrienne est allée à l'académie, a demandé la clé du local 217 et s'est installée à ce piano: 

    DSCI3988.JPG

    le beau piano à queue du local 217 

    Une fois, juste une fois et pendant une heure entière, elle s'est amusée à jouer tous ses petits morceaux simplets - sur lesquels pourtant ses doigts trébuchent encore - et quand au bout de l'heure elle a rendu à la secrétaire la clé du local numéro 217, elle avait sur la figure un grand, tout grand sourire de bonheur qui ne l'a plus quittée de la journée laughing 

    Quelle différence de 'toucher' avec ce piano qu'elle a chez elle et qui a besoin d'une prise de courant pour fonctionner! 

    musique,photo,hibou,vie quotidienne

    et le piano-qui-marche-à-l'électricité cool 

    *** 

    pour le projet du Hibou 

    semaine 43 - électricité

     

  • T comme Torrinha

    Lui, c'est Dirk. Son père possède une supérette dans une station balnéaire belge. Il est prévu qu'il reprenne l'affaire dès que possible: il est l'unique héritier et il est prêt. Depuis toujours. 

    Elle, c'est Lurdes. Ses parents, ses jeunes frères et sœurs habitent un village de chèvres dans la montagne. Elle termine ses études d'hôtellerie et fait un stage à Funchal. 

    Là-bas, dans le bateau qui s'éloigne, il y a Dirk. Il se dit qu'il reviendra. Il se dit qu'il convaincra son père. Qu'il a trouvé la femme de sa vie. Qu'il a quelques mois devant lui pour apprendre le portugais. 

    Là-haut, sur la route de Torrinha, il y a Lurdes. Elle se dit qu'il reviendra. Elle se dit qu'elle convaincra ses parents. Que son avenir est dans ce pays inconnu. Qu'elle doit commencer à apprendre le néerlandais. 

    bricabook237.jpg

    photo et atelier de Leiloona

  • Stupeur et tremblements

    Ce ne sont pas les causes de "stupeur et tremblements" qui manquent, même pour quelqu'un qui suit l'actualité de très très loin. Le triste soap-opera Hillary Trump à lui seul pourrait remplir la rubrique pendant de nombreux mois. 

    Mais il y a aussi les faits divers, comme cette nouvelle qui m'est parvenue le 11 octobre. 

    Une femme "de chez nous", âgée de 90 ans a déboursé environ 50 000 € pour être "cryogénée". 

    Le premier moment de stupeur passé, les questions se bousculent...  

    Ne pouvait-elle rien faire de mieux avec ces 50 000 €?
    Quelle sorte de foi (en l'homme, en la science, en l'avenir...) faut-il avoir pour être tenté(e) par ce genre de procédé de conservation du corps?
    Quelle sorte de résurrection attend-elle, dans son corps de femme de 90 ans? 
    Quelle sorte de vie espère-t-elle pouvoir mener, quand, où, avec qui, dans quelle sorte de monde? 

    En allant voir à gauche et à droite quelques articles sur le sujet, je me dis que vraiment, les Anciens avaient raison: Mundus vult decipi, le monde veut être trompé. 

    Il y a toujours quelqu'un qui en tirera profit, comme cet entrepreneur de pompes funèbres qui a eu l'honneur de préparer le corps et l'explique avec sérieux devant les caméras de la télévision flamande: rinçages, vitrification, six cents kilos de neige carbonique pour amener le corps à -80°, transport spécial jusqu'à Michigan, refroidissement supplémentaire et conservation à -196°, étonnez-vous après ça qu'on ait besoin de quatre planètes et demie pour subvenir à nos insensés besoins... 

    dhondt.jpg

    source

     

     

  • 22 rencontres (14)

    Un sac de courses accroché à l'épaule gauche, un autre à l'épaule droite, Madame remonte la rue qui mène chez elle. Septembre est déjà bien avancé mais il fait chaud. Des voitures montent et descendent, Madame n'y fait pas attention, même pas quand il y a des coups de klaxon. Elle marche d'un bon pas. 

    Pourtant les coups de klaxon étaient pour elle. Une voiture s'est garée en catastrophe, un jeune en sort, traverse vivement entre la circulation tout en criant "Madame!" "Madame!". 

    Alors elle finit par s'arrêter et regarder plus sérieusement. 

    Il arrive près d'elle, hors d'haleine. 

    - J'ai réussi! J'ai réussi! 

    Son bonheur est si énorme qu'il est immédiatement contagieux. 

    - Je suis inscrit en médecine! J'ai déjà commencé! 

    Il avait raté l'examen d'entrée mais grâce à une controverse à propos d'une des questions, celle-ci a été retirée, les résultats ont été recalculés, et il a eu le demi-point qui lui manquait. 

    - Bravo! dit Madame. Je suis vraiment très contente pour toi, ça me fait vraiment plaisir que tu puisses réaliser ton rêve! Tu le mérites! 

    ***

    Ce jour-là, elle n'avait pas de banane dans ses sacs de courses, elle l'avait sur la figure 

    laughing  

    DSCI3278.JPG

  • R comme révolte

    Ne pas échapper à un gros sentiment de révolte, alors que pourtant on évite soigneusement d'ouvrir la télé ou d'écouter la radio. 

    Ne pas réussir à échapper à un gros sentiment de révolte, parce qu'on a mille et une raisons de se sentir révolté(e). 

    Il y a des jours comme ça, où on en a marre, où on éprouve du dégoût, où on voudrait ne plus rien savoir de tout ce mal qui arrive dans notre monde. 

    littérature,poésie,actualité

    Ce monde-ci n’est qu’une œuvre comique 
    Où chacun fait ses rôles différents. 
    Là, sur la scène, en habit dramatique, 
    Brillent prélats, ministres, conquérants. 
    Pour nous, vil peuple, assis aux derniers rangs, 
    Troupe futile et des grands rebutée, 
    Par nous d’en bas la pièce est écoutée, 
    Mais nous payons, utiles spectateurs ; 
    Et, quand la farce est mal représentée, 
    Pour notre argent nous sifflons les acteurs. 

    Epigramme XIV du Premier livre des épigrammes de Jean-Baptiste Rousseau ()
    (à ne pas confondre avec l'autre mais Madame n'est - pour des raisons diverses - fan ni de l'un ni de l'autre tongue-out

    littérature,poésie,actualité

    littérature,poésie,actualité

    littérature,poésie,actualité

    littérature,poésie,actualité

    Dans ma ville, pour "siffler les acteurs" nous avons tricoté pendant des mois, morceau par morceau et couleur par couleur, des carrés de 33 cm de côté. Puis nous avons disposé et cousu ensemble tous ces carrés pour en faire une couverture géante. 

    Signe géant de protestation contre la pauvreté. 

    Et cri géant dans le vide...

  • 20 questions loufoques (1)

    1. Quel est le premier mot qui vous passe par la tête commençant par la lettre a et se terminant par un e (autrement : quel est le premier mot qui vous est venu sans aucune difficulté) ? 

    amère (je sens que mes lecteurs vont supputer d'où ça me vient tongue-out 

    2. Quel est la deuxième couleur que vous voyez lorsque vous regardez à gauche de votre écran, en fermant l'œil droit ? Imaginez la première ligne d'un début de roman avec cette couleur (une phrase seulement) 

    brun foncé 

    Bruns les épais rideaux toujours fermés, bruns les deux fauteuils de velours rêche (oui ça existe, du velours rêche qui gratte), bruns les lourds meubles de chêne, bruns les motifs du tapis, brun le manteau de cheminée en bois brut: comment voulez-vous avoir le cœur qui chante, dans un tel décor? 

    3. Selon vous que signifie "accroupouner la dentelle pour lorgner à rebours" ? 

    des choses salaces qu'Henri Michaux n'imaginait pas en l'écrivant tongue-out 

    4. Prenez votre signe zodiacal, la marque de votre ordinateur et votre couleur d'yeux. ça donnerait quel type de conseil pour un marin qui s'en irait faire le tour du monde ? 

    N'oublie pas d'emporter tes jumelles et de faire un détour par les îles Toshiba: on y admire des perroquets orange et gris! 

    5. Vous vous trouvez au restaurant. Le serveur (la serveuse), épaté(e) par votre allure, vous demande de commander ce que vous voulez... le tout gratuitement ! Quelle commande irréalisable passez-vous ? 

    Apportez-moi le festin de Babette, mais sans soupe à la tortue, et veillez à ce que la caille en sarcophage soit cuite à la goutte de sang!  

    6. Que dire à un type qui chavire d'amour en regardant l'horizon ? 

    Ne t'inquiète pas, tu le reverras demain, le soleil! 

    7. Imaginez une description détaillée à la Flaubert (c'est à dire avec de nombreux détails) d'un vêtement que vous portez à l'instant ou d'un objet qui se trouverait à portée de main. 

     Joker tongue-out

    8. Vos 5 mots d'amour préférés en verlan ? 

    Je ne crois pas que le verlan se prête aux mots d'amour (en tout cas pas pour moi!) 

    9. Y a-t-il en ce moment quelque chose d'écrit sur un vêtement que vous portez ? Lequel ? 

    "Asleep dream" mais l'injonction ne garantit ni le sommeil ni les rêves... 

    10. Si l'on vous donne trois tomates, du sel, de la crème, du comté, du vin blanc de Savoie, des oignons et du jambon de Parme, quel petit plat préparez-vous pour un repas impromptu ? 

    Je me dis que je ne nourrirai pas grand-monde avec trois tomates... ajoutées au comté et au jambon, il y a juste de quoi faire quelques bouchées apéritives tongue-out 

    jeu, vive internet, cinéma

    *** 

    Ce questionnaire est l'oeuvre d'Obni 
    http://www.obni.net/questionnaire/questionnaire 
    et je l'ai coupé en deux parties, vu qu'il est assez long.
    La suite le mois prochain? 

  • Question existentielle

    Une des choses indispensables dans le métier de prof, c'est de se retrouver le plus souvent possible dans le rôle de l'élève. 

    Ainsi, le cours de solfège me confronte sans cesse à la question numéro 1 de l'élève: "Mais à quoi ça sert de savoir ça?" 

    "Pourquoi on doit apprendre ça par cœur?

    l'ordre est si-mi-la-re-sol-do-fa pour les gammes en bémol majeur et le nom de la gamme est celui de l'avant-dernier bémol 

    l'ordre est fa-do-sol-re-la-mi-si pour les gammes en tierce majeure et le nom de la gamme est celui de la note qui suit la dernière tierce 

    Ou quelque chose comme ça... 

     

    si-mi-la.png

    source wikipedia 

    - Pfff!!! soupire l'Adrienne, dimanche midi au téléphone avec sa carissima nipotina, faut encore que j'apprenne mon solfège pour demain... On doit savoir déterminer la tonalité d'un morceau de musique... On doit connaître tout ça par cœur! 

    - Oh! fait-elle, moi j'ai déjà oublié tout ça depuis longtemps! 

    Devrais-je en conclure que ça ne sert à rien, finalement? Ma carissima joue du piano comme une pro... 

    Mozart, Divertimento KV 138, en fa majeur

  • P comme prairie

    DSCI3984.JPG

    Le 11 octobre 

    le fermier est venu faire les foins. 

    2016-10-05 (1).JPG

    Appellerons-nous cela de l'optimisme? 

    ou du réchauffement climatique? 

    2016-10-05 (5).JPG

    L'odeur du foin en octobre 

    voilà qui nous mène très loin 

    de ce qui est TYPIQUE 

    ***

    c'était le thème de la semaine 42 

    pour le projet du Hibou 

  • O comme Ophélie

    Elle s'arrête net au milieu de la place. Qu'a-t-elle vu là de si intéressant, tout à coup? Des pigeons? 

    Personne ne fait attention à elle. Quelques touristes se reposent sur un banc à l'ombre du musée. Trois jeunes gens flirtent au soleil. Un homme les observe, attiré par la jeune fille aux bras nus, aux longs cheveux bouclés. 

    Au milieu de la place, la petite ne bouge pas, n'entend pas la voix de l'homme qui crie son nom, qui s'approche à grands pas. Dans sa robe volantée, trop longue, trop large, avec ses cheveux emmêlés qu'elle n'a pas laissé coiffer ce matin, elle se tient immobile, le visage grave, fermé. 

    Arrivé à sa hauteur, l'homme passe le sac de voyage dans sa main gauche et attrape la petite par la main droite, un peu rudement. Elle sursaute, lève les yeux vers lui. 

    - Et maintenant, tu donnes la main et tu ne t'encours plus, compris? 

    Plus vite il serait débarrassé de cette corvée, mieux ce serait. 

    Jamais il n'avait eu à convoyer une orpheline aussi sauvageonne et impénétrable. 

    bricabook237.jpg

    merci à Leiloona

  • N comme Notules dominicales

    Lire les "Notules dominicales de culture domestique" de Philippe Didion, c'est s'assurer de passer un bon moment, dimanche après dimanche. Un moment d'autant meilleur que nous avons de nombreux points communs, ce qui a toujours quelque chose de rassurant, même si on assume ses petites particularités tongue-out 

    Dans ses notules 724, il apprécie qu'Agnès Castiglione parle de Pierre Michon "en utilisant les ingrédients qui, à [ses] yeux, forment l’écrivain de calibre supérieur : la géographie, l’enfance, le dialogue avec les morts."

    Hem, hem, se dit l'Adrienne, en sentant augmenter son tour de tête de quelques centimètres, voilà exactement les ingrédients de base de ce blog, depuis ses débuts. 

    Et Philippe Didion ajoute: "Ailleurs, point de salut, et ce n’est pas Bergounioux, qui déclarait dès 1994 écrire “pour les morts”, qui me contredira là-dessus." 

    Ce n'est qu'une demi-minute plus tard que l'ego de l'Adrienne s'est calmé. 

    Elle avait confondu "écrivain" avec "blogueuse". 

    Ou vice versa. 

    Mais peu importe: son tour de tête s'est immédiatement dégonflé cool

    vive internet,littérature

    trois titres de Michon sur la bannière 
    et un billet ici 
    http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2016/01/15/m-comme-michon-8554679.html

     

     

  • M comme Muanza

    Quand l'ascenseur s'est arrêté pour Muanza au premier étage, il y avait déjà trois autres personnes dans la cabine, un vieux monsieur et une dame tenant un petit garçon par la main. 

    - Regarde, maman! Il est tout noir, le monsieur! 
    - Chut, a dit la mère en lançant un regard gêné vers Muanza, qui s'est placé dans un coin après avoir appuyé sur le bouton du 8e. 

    Son téléphone a sonné. C'était Rosemund, évidemment.

    - Il parle une drôle de langue, le monsieur tout noir, a dit le petit garçon. C'est de l'anglais, ça, maman? 
    - Chut, a répété sa mère. Ne dis pas ça, non ce n'est pas de l'anglais. 

    Dans l'autre coin, le vieux monsieur rigolait doucement en regardant Muanza, quand tout à coup, après quelques hoquets, l'ascenseur s'est arrêté entre deux étages. 

    - Ça y est! s'est exclamé le vieux monsieur. C'est la panne! 
    - C'est la faute du monsieur tout noir? a demandé le petit. 
    - Chut, non, ne dis pas ça, a soufflé la mère en regardant Muanza avec inquiétude pour la troisième fois. 

    Celui-ci tapotait sereinement son clavier pour appeler Atuahene, qu'il les tire de là, quand la lampe s'est éteinte dans la cabine. 

    - Je ne veux pas rester dans le noir avec ce monsieur tout noir! a gémi l'enfant. J'ai peur! 
    - Ce n'est rien, a dit la mère, tu verras, ça ne va pas durer longtemps. 
    - C'est l'affaire de quelques minutes, a renchéri le vieux monsieur. 

    L'enfant s'est mis à hurler: 
    - C'est la faute au monsieur tout noir! 

    L'ascenseur s'est ébranlé, la lampe s'est rallumée. 
    - Ouf! a dit Muanza. La dernière fois, on est restés bloqués plus d'un quart d'heure! 

    C'est alors que la mère a donné une taloche à son gamin. 
    Il n'a jamais compris pourquoi. 

    ***

    écrit pour la consigne 402 des Kaléïdoplumes 

    "Panne d'ascenseur" 

  • L comme Lali

    Les arbres timides et forts
    La nuit parlent à voix haute
    Mais si simple est leur langage
    Qu'il n'effraie pas les oiseaux

    Marcel Béalu, Voix des arbres, in Poèmes 1936-1980, éd. Le Pont traversé, 1981

    lali491.jpg

    image trouvée chez Lali mais la source et l'artiste sont ici:  

    http://shihonakaza.blogspot.be/2010/10/illustration-friday-beneath.html 

    L’écureuil et la feuille

    Un écureuil, sur la bruyère,
    Se lave avec de la lumière.
    Une feuille morte descend,
    Doucement portée par le vent.
    Et le vent balance la feuille
    Juste au-dessus de l’écureuil ;
    Le vent attend, pour la poser
    Légèrement sur la bruyère,
    Que l’écureuil soit remonté
    Sur le chêne de la clairière
    Où il aime à se balancer
    Comme une feuille de lumière.

    Maurice Carême (1899-1978)La Lanterne magique, 1947 

    2016-10-05 (4).JPG

    octobre 2016 

  • K comme Krapoverie

    Ernest et Bernadette ont vainement fait deux fois le tour des lieux de dévotion à pied, le vélo à la main, scrutant la foule pour essayer d'y retrouver deux visages connus. 

    - C'est bien joli tout ça, soupire Bernadette, mais j'aimerais enfin tomber sur mes grands-parents et rentrer en bus avec eux! Je n'ai pas envie de refaire tout le voyage du retour à bicyclette! 

    - Ni moi, dit Ernest. J'ai les fesses en charpie. Et mes affaires m'attendent... 

    DSCI3985.JPG

    Pendant qu'Ernest et Bernadette tournicotaient entre la grotte et l'esplanade de la cathédrale, les grands-parents posaient tranquillement devant le bus qui avait amené sa petite colonie de Belges à une des étapes obligées du voyage à Lourdes, le cirque de Gavarnie. Le grand-père tenait fièrement sa toute nouvelle canne de randonneur, munie d'une pointe en fer. Elle ne lui servirait qu'à monter les trois marches du café des Pèlerins, où il avait repéré qu'on servait de la Stella. 

    Mais n'anticipons pas... 

     

    ***

    tout a commencé avec cette photo:

    ernest et bernadette.jpg

    photo, consigne et texte chez Joe Krapov, que je remercie! 

    les autres photos proviennent des archives de mes grands-parents

  • J comme Joseph

    Quelle famille européenne n'avait pas, au début du 20e siècle, un oncle d'Amérique? On peut se le demander, vu que le nombre de migrants partis du seul port d'Anvers s'élève à deux millions. (1)

    Dans la famille de grand-mère Adrienne, l'oncle d'Amérique s'appelait Joseph. 

    L'oncle d'Amérique, celui qui rime avec mythique: grand-mère Adrienne se souvenait de cette fois où il était revenu en Belgique et où, petite fille, elle avait reçu de lui une pièce d'or. 

    Dernièrement, en reclassant quelques vieilles photos, j'ai eu l'idée d'aller voir sur le site internet d'Ellis Island s'il était possible de l'y retrouver. 

    Il n'y est mentionné que pour son dernier voyage, sa dernière arrivée sur le sol américain, le 28 septembre 1923, venu d'Anvers avec le paquebot Belgenland. (2) 

    Belgenland.jpg

    source http://professionals.redstarline.org/ 

    En 1923, il a déjà 40 ans et la nationalité américaine. Son lieu de résidence est Pawtucket, Rhode Island. Tout ça est bien répertorié sur le site. On y apprend également qu'il est célibataire et qu'il voyage avec un ami natif de notre même bonne petite ville, Rémy, marié, 37 ans, domicilié à Pawtucket et citoyen américain lui aussi. 

    A sa famille restée en Belgique, l'oncle Joseph envoie de temps en temps une photo. Grand-mère Adrienne en avait conservé quelques-unes, dont une où il est assis dans un side-car, portant chemise et cravate, accoudé nonchalamment, la casquette en arrière et le cigare entre les doigts. L'homme en costume cravate chevauchant la moto est peut-être son ami Rémy. 

    BELGENLAND-.jpg

    source http://maritimematters.com/2013/10/red-star-line-museum-opens-in-antwerp/ 

    Mais ce que j'aurais aimé savoir, c'est à quel âge il est parti, comment s'est déroulé ce voyage-là, comment il s'est débrouillé dans les premiers temps... 

    Et aussi pourquoi il est revenu juste avant la guerre de 40, ce qui l'a obligé à se présenter à la Kommandantur une fois par semaine, à cause de sa nationalité américaine. 

    belgenland2.jpg

    petit émigrant de 1929 - source http://www.allaboutshipping.co.uk/

    Le musée de la Red Star Line à Anvers et des témoignages ici, comme l'histoire de la famille Hutlet 

    *** 

    (1) dans ma belle-famille ostendaise, ils cumulaient: ils avaient des émigrés aux Etats-Unis et en Australie (où ils avaient été obligés de traduire leur nom flamand en anglais, c'est ainsi qu'ils sont devenus la famille Richman) tongue-out 

    (2) traduction littérale: pays des Belges; capacité de 2600 passagers (500 en première classe, 600 en seconde et 1500 en troisième)

  • I comme Ivo

    Ivo Pogorelich joue Mozart 

    Sonate pour piano n°11 en fa majeur, KV 331 

    Morceau choisi pour illustrer le thème de la semaine 41 chez le Hibou 

    légèreté 

    jeu,hibou,musique,mozart,photo

    légèreté des graminées et de la lumière automnale 

    jeu,hibou,musique,mozart,photo

    légèreté de la promenade et des nuages 
    légèreté au cœur pour l'amie sur la photo
    qui ces dernières semaines 
    a subi de derniers tests 
    et termine sa cure de chimio 

  • H comme heure bleue

    lakévio31.jpg

    Une table minuscule, un petit cendrier de verre, une couchette dans le coin de l'unique pièce. 

    Deux croûtes de fromage, un verre vide, la bouteille d'un litre soigneusement rebouchée, une carafe d'eau. 

    Une fenêtre sur cour et le froid qui s'infiltre par tous les interstices. Le froid, le bruit et les odeurs. 

    Sauf en cet instant magique. C'est l'heure bleue.

    *** 

    fiction écrite pour le jeu et le tableau de Lakévio

  • G comme grand-mère

    Elle est assise sur une chaise basse. Elle est un peu courbée. Elle a ses filles debout à ses côtés, celle qui lui ressemble et celle qui ne lui ressemble pas. Une brune aux yeux sombres et une blonde aux yeux clairs, comme son père. 

    Voilà cinq jours qu'elle dort à peine, qu'elle ne réussit plus à se nourrir comme il faut, qu'il faut la soutenir pour marcher. Cinq jours qu'elle ne sait plus que penser ni que faire ni à quoi ont servi les tonnes de bougies qu'elle a fait brûler devant Marie et Jésus et tous les saints, depuis deux ans. 

    Une Mère Courage aujourd'hui largement octogénaire qui doit subir le énième malheur de sa vie. L'enterrement de son petit-fils. 

    Si ce n'était pas une formule toute faite, on pourrait dire que jusqu'au bout, rien ne lui aura été épargné. 

    Et c'est sur elle que je pleure, plus que sur l'admirable jeune veuve ou le petit garçon orphelin à trois ans et demi. Pour eux, j'espère qu'il leur reste du temps de bonheur devant eux. 

    C'est sur elle que je pleure, sur son grand cœur de maman et de grand-maman, si grand que même moi parfois j'ai pu m'y réchauffer. 

     

  • F comme Francis, successeurs

    - Le temps commence à se rafraîchir, n'est-ce pas?

    - Oui, un peu, mais c'est normal, on est tout de même déjà en octobre!

    - C'est vrai, vous avez raison... mais j'espère qu'il ne va pas se mettre à pleuvoir! 

    - Ah bon? vous n'avez pas de jardin, vous? il fait tout sec! 

    - Oui, mais quand il commence à pleuvoir, ça ne s'arrête plus et c'est mauvais pour le commerce... 

    - Mauvais pour le commerce? Comment ça? 

    - Ben oui, quand il pleut, les gens ne sortent pas de chez eux. Ou quand il fait froid... 

    *** 

    Vous l'avez compris, amis lecteurs: 

    les conversations avec les successeurs de Francis sont beaucoup moins philosophiques 
    mais au moins on y apprend pourquoi depuis deux mois 
    il ne pleut plus sur ma ville 
    (sauf une nuit, pour ne pas gêner le commerce) 

    francis,vie quotidienne,automne

     

  • 7 octobre

    Une, puis deux petites flammes éclairent la table du salon où elle a étalé des chutes de tissu, des broderies et des rubans de soie. Sur le guéridon de marbre vert, le café de sa mère a fini de refroidir. 

    Elle reprend en main la poupée Thérèse, celle qui a une robe rouge à pois blancs, des chaussettes blanches dans ses chaussures noires à bride et un ruban rouge dans ses longs cheveux bouclés. La jupe est froncée et le petit col blanc s'ouvre par trois minuscules boutons. Avec ses gants blancs, elle respire l'élégance dominicale d'autrefois. 

    Dans la pièce sombre, on n'entend que le cliquetis des aiguilles à tricoter et le tic tac de l'horloge. Le petit frère dort dans son parc. Assise sans bouger dans le grand fauteuil rêche, la petite ne desserre pas les dents. Elle reste là sans parler, c'est à peine si on la voit respirer ou cligner des yeux. Elle attend. On ne sait pas trop quoi. La fin de la panne d'électricité? La fin de cette triste journée d'octobre? Le retour du père, ce héros sans gloire dont la présence lui manque tellement? 

    Elle tient son gros nounours serré contre elle en regardant fixement le fauteuil d'en face, dans lequel est assise sa mère. Nounours tout râpé à qui elle a mis, maintenant qu'on est en automne, un bonnet de laine à pompon et un maillot rayé avec la petite culotte assortie. Elle ne sait pas que ce sont des vêtements qu'elle a portés elle-même à ses dix-huit mois. 

    On est le 7 octobre et elle a 7 ans. 

    Demain - mais ça personne encore ne le sait - demain elle sera dans une grande clinique sous d'aveuglantes lumières blanches. 

    souvenir d'enfance,vive la famille,père

  • E comme effroyable et extraordinaire

    Cependant le soir vient, le vent tombe, les prés, les buissons et les arbres se taisent, on n'entend plus que le bruit de l'eau. L'intérieur des maisons s'éclaire vaguement ; les objets s'effacent comme dans une fumée ; les voyageurs bâillent à qui mieux mieux dans la voiture en disant : nous serons à Liège dans une heure. C'est dans ce moment-là que le paysage prend tout à coup un aspect extraordinaire. Là-bas, dans les futaies, au pied des collines brunes et velues de l'occident, deux rondes prunelles de feu éclatent et resplendissent comme des yeux de tigre. Ici, au bord de la route, voici un effrayant chandelier de quatre-vingts pieds de haut qui flambe dans le paysage et qui jette sur les rochers, les forêts et les ravins, des réverbérations sinistres. Plus loin, à l'entrée de cette vallée enfouie dans l'ombre, il y a une gueule pleine de braise qui s'ouvre et se ferme brusquement et d'où sort par instants avec d'affreux hoquets une langue de flamme. 

    Ce sont les usines qui s'allument. 

    Quand on a passé le lieu appelé la Petite-Flémalle, la chose devient inexprimable et vraiment magnifique. Toute la vallée semble trouée de cratères en éruption. Quelques-uns dégorgent derrière les taillis des tourbillons de vapeur écarlate étoilée d'étincelles ; d'autres dessinent lugubrement sur un fond rouge la noire silhouette des villages ; ailleurs les flammes apparaissent à travers les crevasses d'un groupe d'édifices. On croirait qu'une armée ennemie vient de traverser le pays, et que vingt bourgs mis à sac vous offrent à la fois dans cette nuit ténébreuse tous les aspects et toutes les phases de l'incendie, ceux-là embrasés, ceux-ci fumants, les autres flamboyants. 

    Ce spectacle de guerre est donné par la paix ; cette copie effroyable de la dévastation est faite par l'industrie. Vous avez tout simplement là sous les yeux les hauts fourneaux de M Cockerill. 

    ***

    Voilà comment Victor Hugo, qui traverse la Belgique en 1840, décrit dans une lettre à sa famille le spectacle des hauts fourneaux... 

    Extrait cité dans La Belgique en toutes lettres, tome 3, Tranches de vie, éd. Luc Pire/Espace Nord, 2008, pages 146-147.

    On peut trouver ici un extrait encore un brin plus long: 

    http://expositions.bnf.fr/hugo/pedago/dossiers/voya/textes/44.htm

    hugo,littérature,belge,belgique,lire,lecture,lecteur

    Spectacle extraordinaire pour Hugo mais vie effroyable pour les travailleurs...

    Constantin Meunier, Le puddleur, 1887, source et autres oeuvres ici

  • D comme detecting dogs

    Devant la maison de tante Fé passent tous les malheurs du monde - et les bonheurs aussi, peut-on espérer. 

    Parfois, dans le soir qui tombe, le bureau se trouve tout à coup baigné de lumière bleue, quand passe une voiture de police. De lumière orange, quand passe une ambulance. 

    Parfois une visiteuse sursaute et s'effraye en entendant les sirènes. 

    - Ce n'est rien, dit l'Adrienne. Nous sommes sur la route de la clinique. 

    Ce sont des choses auxquelles on s'habitue, même si on ne peut s'empêcher de penser à ceux qui sont dans cette ambulance et de se demander si un jour ils rentreront chez eux. On ne peut s'empêcher de penser à cette ambulance qui, un soir de novembre, il y aura bientôt huit ans, a fait un aller simple avec un père qu'on aimait. 

    - On s'habitue! dit la voisine d'en face. Mais ça nous a tout de même pris huit ans. 

    Puis un jour on aperçoit une "nouveauté": une fourgonnette blanche est stationnée devant une maison. Sur ses flancs, on lit en grosses lettres noires "Detecting dogs unit". 

    Et on se demande ce qu'il y a à détecter. 

    Le lendemain, le surlendemain, la fourgonnette est toujours là. On finit même par apercevoir le "detecting dog": un beau berger malinois se frotte câlinement contre la jambe de son accompagnateur qui se penche pour lui caresser la tête et lui gratter le cou. 

    - Tout va bien, se dit l'Adrienne. Il l'aime, son "detecting dog". 

    Car ce qu'elle désire par-dessus tout, c'est que règne l'harmonie smile

    maison,vie quotidienne,père,chien

    source de la photo et info ici

     

     

  • C comme calme plat

    - C'est le calme plat, ici! s'exclame la nouvelle collaboratrice PMS (1). 
    - Ne t'inquiète pas, lui répond la directrice, ce n'est pas le travail qui manque! 

    La vérité est qu'au bout de quatre semaines de "collaboration", les quatre coordinatrices préfèrent s'occuper seules du suivi de leurs élèves à problèmes sociaux ou psychologiques. 

    Pour du vrai "calme plat", il faut aller au jardin: en deux mois de temps, il n'a fallu qu'une seule tonte, en encore... 

    2016-09-25 (1).JPG

    pelouse belge, 30 septembre 2016 
    quand même un brin plus verte du côté où elle a un peu d'ombre 

    2016-09-25 (2).JPG

    renversant, n'est-ce pas? 

    et ici quelques images prises à l'arboretum de Kalmthout après août et septembre quasiment sans une goutte d'eau... 

    ***

    (1) une auxiliaire qui vient deux ou trois fois par semaine à l'école pour aider en cas de problèmes psycho-médicaux-sociaux. 

    ***

    pour le projet du Hibou 

    semaine 40 - repos

  • B comme beau temps pour une balade!

    lakévio30.jpg

     

    - Pour finir les vacances en beauté, avait dit papa, on va passer le dernier week-end dans les Cornouailles. 

    - Nous irons visiter le château de Tintagel, avait ajouté maman, comme si on avait besoin d'un argument supplémentaire pour être d'accord de partir en week-end. 

    On est partis vendredi soir tous les cinq, avec la caravane. Papa dit que c'est bien, la caravane, qu'on est plus libre et qu'on a tout le confort comme chez soi. Alors il regarde maman et maman regarde ailleurs. 

    - Vous voyez cet endroit magnifique? a dit papa en se garant sur une aire de pique-nique. Voilà ce qu'on n'a pas, quand on est à l'hôtel! 

    Il a de nouveau regardé maman qui a regardé ailleurs. 

    On s'est installés pour la nuit. La table et les bancs étaient en bois et un peu verts de mousse mais ce n'est pas grave, on a mis nos cirés, on a mangé nos sandwiches et on s'est couchés. 

    Il faisait encore noir quand papa nous a réveillés. 

    - On va faire un jeu de nuit comme chez les scouts? j'ai demandé, mais il n'a pas répondu. 
    - Mettez vos bottes et vos cirés, a dit maman. 

    Papa nous a portés jusque sur la table de pique-nique, il a même porté maman. On était là tous les cinq, debout sur la table, papa regardait le ciel sur sa gauche, maman sur sa droite, mon frère ne savait pas où regarder et s'agrippait à la ceinture de papa. Moi je regardais ma petite soeur, qui continuait à bâiller et à dormir, avec le foulard de maman qui glissait de ses cheveux. 

    Derrière nous, les roues de la voiture et de la caravane étaient déjà sous l'eau. 

    - C'est vrai, a dit maman, que tout ça, à l'hôtel, on ne l'aurait pas eu. 

    Mais je n'ai pas bien compris si en disant ça, elle donnait raison à papa. 

    ***

    écrit pour le tableau chez Lakévio 

  • Adrienne et ses addictions

    Avec le billet du 25 septembre, les lecteurs de l'Adrienne ont pu prendre connaissance de sa dernière addiction, le café. (1) 

    Ceux qui viennent depuis plus longtemps savent qu'il y a également l'addiction à internet. No comment tongue-out 

    Mais la toute première, l'initiale, la primo-arrivée, concerne les lettres, les mots, les phrases, les langues: savoir écrire, savoir lire, raconter des histoires. (2) 

    Alors vous pensez bien que l'annonce d'un marathon de lecture chez Margotte a fait tilt dans la tête de l'Adrienne: elle s'est inscrite sans réfléchir. Elle est allée à la bibliothèque. Elle en a rapporté quelques kilos de livres. (3) Elle s'est installée et a lu, bu des cafés et écrit des billets de blog, réunissant ses trois addictions qui ont l'avantage de coûter bien moins cher que si elle était accro au shopping, aux jeux de hasard ou aux chaussures. cool 

    lire,lecture,lecteur,défi,adrienne,souvenir d'enfance,belge,belgique,litterature

    Un des livres rapportés de la bibliothèque est La Belgique en toutes lettres, tome 3, Tranches de vie (4) éd. Luc Pire, Espace Nord, 2008. 

    lire,lecture,lecteur,défi (5)

    Premier arrêt de lecture à la page 28, sur un extrait d'un roman de Marie-Claire Blaimont, Black Lola, paru en 1994 aux éd. Le Cerisier. 

    C'est elle qui t'a fait goûter les couques, le pain perdu, (...) le boudin avec de la compote (...) Le laitier passait et, ta cruche en main, tu le regardais verser le lait blanc qu'on allait ensuite faire bouillir, en surveillant sa montée. Si elle ne trouvait pas la monnaie, elle appelait au secours saint Antoine de Padoue. A deux ans, à cinq ans, à huit ans, tu ne rêvais que d'une chose, (...) c'était te blottir contre sa grosse poitrine et l'écouter te raconter, la regarder vivre, sentir l'odeur de cuisine calfeutrée, cette chaleur du poêle à charbon, étouffante, qui poussait à la somnolence. 

    Tout ce que tu sais d'ici, tout ce qui t'a finalement servi à vivre chez nous, c'est d'elle que tu le tiens, elle t'a fait pousser des racines (...). 

    La vierge de Lourdes sous son globe, entre deux obus bien astiqués de la guerre de 14-18, les rameaux sur la croix, les napperons de dentelle, la loque à poussières qu'on secoue sur le seuil, l'entrée de la cave avec le beurrier, la cruche à lait (...), le lait qui bout sur le poêle, les murs encombrés de photos, les meubles encombrés de bibelots de bazar, les galettes dans une vieille boîte à biscuits dont le couvercle coinçait, (...) la lampe qu'on allume le plus tard possible le soir, alors que la cuisine est depuis longtemps plongée dans la pénombre et qu'on continue à attendre, attendre quoi, tranquillement... Comment aurais-tu su tout cela? 

    lire,lecture,lecteur,défi

    dans cet extrait, tout correspond parfaitement à grand-mère Adrienne... 

    ***

    (1) Il n'en a tout de même fallu que deux pour la rédaction de ce billet.

    (2) A l'âge de cinq ans, mini-Adrienne était bien meilleure en fiction qu'elle ne l'est aujourd'hui tongue-out 

    (3) les livres se comptent en kilos pour deux raisons: ça dit plus sur le nombre de pages ainsi que sur l'effort qu'il y aura à fournir pour les trimbaler à pied sur un kilomètre, à l'aller et au retour. 

    (4) toujours les voies de la bibliothécaire en chef sont et restent impénétrables: pourquoi ce troisième volume et pas les deux premiers? Mystère! 

    (5) info trouvée dans le journal La libre Belgique du 23 septembre 2008: