M comme moi, Rudy, 7 ans

souvenirs d'enfance,françois bon

Pas de vent entre les haies épaisses jusqu'à la grand-route; le bruit des pas, du babillage et des chants d'oiseaux; la grand-route, le vacarme, la circulation, un passage zébré, des camions lancés à toute vitesse dans la descente; un enfant mort, de guingois dans le caniveau, anorak ensanglanté, cartable dix mètres plus bas, au milieu de la chaussée; ne pas regarder, ne pas regarder et tout voir quand même; remonter la rue, le magasin de bonbons, le boulanger, les maisons si pareilles, des autos, des autos, des autos, des enfants qui rentrent de l'école et une maman qui hurle sa peine; la semaine suivante, un adulte pour aider à traverser au passage zébré. Une tache de sang qu'on verra longtemps. 

*** 

souvenir remonté de la petite enfance 
suite à la consigne 2
de l'atelier hiver 2016-17 
chez François Bon

Commentaires

  • Triste souvenir. Etiez-vous seule? Avez-vous pu en parler après?
    ( vous avez parfaitement représenté "le mouvement, mais sans le verbe" ;-) )

  • j'étais seule, j'avais six ans et je le vois encore

  • Quel traumatisme, Adrienne! Pauvre maman! Pauvre Adrienne!

    Bisous,
    lulu

  • oh oui pauvre maman, et le grand frère qui a dû se sentir coupable, même s'il ne l'était pas

  • Quelle image à jamais gravée pour toi, quelle lourde et éternelle peine pour la famille.
    Peut-on ne pas regarder?
    Un beso.

  • très juste, je me souviens très bien que je me disais 'ne pas regarder' mais que j'ai vu quand même

  • ce n'est qu'aujourd'hui, après avoir écrit ce texte, que je me dis que c'est sans doute en grande partie à cause de cette expérience que pendant des années j'ai traîné mon petit frère sur le chemin de l'école à la maison sans jamais le lâcher une seconde, et que j'avais toujours la peur qu'il se fasse écraser

  • A 5 ans j'ai retrouvé les lambeaux de chair et de robe de ma petite copine Astrid, dans des dunes du côté de Nantes... bombardement.

  • ce sont des choses qu'on n'oublie pas...
    (je peux encore dire dans quelle position était le corps, où était la tache de sang et où le cartable et mon amie de toujours, qui est passée là à peu près au même moment, s'en souvient tout pareil, elle se souvient même de la couleur de l'anorak et du pull tricoté main - elle aussi à six ans était déjà "une grande sœur")

  • Douleur extrême pour tous, culpabilité même s'il n'y en a pas, souvenirs difficiles voire impossibles à oublier ..... la vie est si dure parfois ....
    Bises

  • bises à toi aussi, Colette, bonne soirée!

  • merci Célestine

  • Oh votre souvenir fait remonter un souvenir qu'adolescente j'ai enfoui profondément car insupportable. Je demeurais chez ma sœur et le petit de trois ans frappé par une auto et mort 17h plus tard. Tout habillé de blanc dans son petit cercueil tout blanc, méconnaissable un mal à l'intérieur qui laisse ses traces pour toujours. Comme vous le dites on n'oublie pas.

  • je suis vraiment désolée d'avoir ravivé chez vous de si pénibles souvenirs

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