O comme On n'ose pas

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C'est l'école et en même temps ce n'est pas l'école. C'est le même couloir avec son carrelage aux motifs géométriques, le même beige passé sur sous les murs, les mêmes néons au bout de leur armature métallique.

Dans ce couloir, et jusque dehors, une longue file de gens endimanchés.

On ne connaît personne.

Ce sont les portes des classes et en même temps ce ne sont pas les classes: des gens très sérieux, des messieurs âgés, une ou deux dames, sont installés derrière une longue table. Devant eux, il y a deux ou trois grosses boites en bois sombre. Le long du mur opposé à la porte, des sortes de cabines d'essayage dont le rideau est laid et beaucoup trop court: on voit les jambes des gens à l'intérieur.

Ils ne se déshabillent pas.

Ils entrent et sortent de là en silence avec des papiers qu'on leur donne, un jaunâtre, un rose, qu'ils glissent dans la fente des grosses boites.

La mère aussi entre dans une de ces cabines. On trouve qu'elle y reste longtemps et on surveille bien ses jambes, de peur qu'elle disparaisse. On ne sait jamais.

On ressort de là sans avoir vu ni le directeur, ni aucune maîtresse, ni une camarade de classe.

Le lendemain lundi, tout a retrouvé son aspect habituel, comme si on avait juste rêvé.

On n'ose même pas en parler à la maîtresse. 

*** 

écrit pour l'atelier de François Bon 
hiver 2016-17 
consigne 4

Commentaires

  • Moi, j'ai surtout des souvenirs de longues marches vers des quartiers inconnus.

  • il faudra ouvrir votre blog, Mme Chapeau, je viendrai le lire avec plaisir :-)

  • Tu dis si bien cette crainte enfantine "...de peur qu'elle disparaisse. On ne sait jamais.". Oui, oui!
    Moi je craignais toujours que mon père y rencontre un de mes professeurs.
    Bonne journée Adrienne.

  • la fois où j'ai eu le plus peur, c'est quand elle a disparu dans un confessionnal ;-)
    (j'allais d'abord raconter ça ;-))
    peur que ton père rencontre tes profs? c'est bizarre! il me semble que tu devais être bonne élève?

  • Ah oui les confessionnaux! Faudra nous raconter ça por favor!
    Pour l’école, j'avais une sœur aînée, parfaite aux yeux de tous, alors...tu vois!

  • je crois que j'ai déjà raconté ça ici quelque part, mais il y a longtemps ;-)
    (je pensais justement hier comme c'était peu agréable pour les élèves, dans quelque sens que ce soit, d'être comparé à un frère ou une sœur...)

  • Excellent ! Tu as vraiment les yeux d'Argus ! Conserve les longtemps !

    En plus ta vision et ton texte sont très drôles alors que le rituel décrit est devenu, chez nous, disons... plutôt triste !

  • merci Joe :-)
    il me semble que c'est un peu triste partout sur cette planète, mais prenons-en soin, on n'a toujours rien trouvé de mieux pour le remplacer ;-)

  • J'aime beaucoup ! C'est si bien vu et si bien raconté !
    Tu fais des ateliers d'écriture avec François Bon. Je crois que j'ai déjà entendu parler de lui.

  • non je ne fais pas d'atelier "avec" François Bon, je vais sur son site et je suis les consignes :-)
    merci pour le compliment!

  • et très imaginaires ;-)

  • si je comprends bien, j'ai eu tort de garder tout ça pour moi, quand j'avais six ans ;-)

  • J'ai cru d'abord entrer dans un rêve, une école visitée par les fantômes des anciens élèves !
    Les papiers et les boîtes semblent déjà d'un autre âge, avant qu'on ne se cache pour chercher son chemin sur des écrans, et que ceux-ci produisent des résultats invérifiables par le commun des mortels.

  • ah oui! je me demandais, en l'écrivant, à partir de quel moment il serait clair pour mes lecteurs qu'il s'agissait d'élections d'autrefois :-)
    merci Tania!

  • Ah, bon! Ici c'est encore, et heureusement peut-être?, comme tu l'écris...

  • si ça peut sauver la démocratie, je suis prête à passer mon dimanche à compter des boules rouges sur du papier rose ;-)

  • J'ai moi aussi aimé cette crainte illogique mais compréhensible de la mère qui pourrait disparaître et dont il faut surveiller les jambes. Après tout... si on a vu ce que les magiciens savent faire en mettant quelqu'un dans une boite... dont il disparaît ou où on le coupe en deux.... :)

  • et dans mon cas, je la "perdais" effectivement chaque fois qu'on allait dans les grands magasins à Bruxelles, c'est-à-dire à peu près deux fois par an ;-)
    (tout à coup pfffuit elle n'était plus là mais c'est moi qui me faisais engu...)

  • C'est exactement ça !
    Et ça me rappelle que j'ai été trois fois de suite coincé comme assesseur dans ce genre de décor ! :o)

  • c'est une expérience :-)
    (ceux qu'on redemande, c'est parce qu'ils le font trop bien ;-))

  • C'est si joliment raconté !
    En Suisse on vote souvent, plusieurs fois par année, et pas seulement pour des élections. Je n' y ai jamais accompagné mes parents. Mais je me souviens de ma mère qui disais : "J'y vais plus, j'ai encore perdu !"
    Alors je croyais qu'il s'agissait d'un jeu !

  • plusieurs fois par année! (sifflements admiratifs)
    à chaque élection, ma grand-mère trouvait qu'on devrait en dispenser les personnes âgées mais elle ne se défilait jamais :-) je l'accompagnais jusqu'à l'isoloir et je lui demandais en riant: "tu sais pour qui voter?" alors elle répondait avec sérieux et assurance: "oui! oui!"

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