Les derniers patoisants

Depuis que grand-mère Adrienne n'est plus là, je n'ai plus beaucoup l'occasion d'exercer mes connaissances de notre patois. Et je ne suis pas la seule. Les derniers à avoir été élevés en patois appartiennent généralement à la génération de ma mère. 

La troupe de théâtre qui monte la revue traditionnelle, avec des personnages tirés du folklore de la ville, dans une action pimentée par l'actualité politique et économique du jour, a de plus en plus de mal à trouver des acteurs-chanteurs capables de pratiquer le "vrai" patois de façon plus ou moins convaincante. 

Même la connaissance passive se perd et parmi le public, de plus en plus de gens ont des difficultés à tout comprendre. Au point que pour les chansons, cette année on a mis des sous-titres tongue-out 

Aussi suis-je toujours un peu étonnée d'entendre Monsieur l'Entrepreneur s'adresser en patois à ses ouvriers, même à celui qui s'appelle Ahmed. 

2017-03-15 (1).JPG

 

Commentaires

  • Chez nous, on peut aller apprendre/ entretenir notre patois à l'école
    http://www.ecoledewallon.be/lescours.html

  • je pense que si on a besoin d'une école, c'est aussi fichu que pour le gaélique ;-)

  • C'est beau de s'étonner encore, à ton âge ;) Sinon, les sous-titres, ce serait aussi une bonne idée pour tout cours en langue étrangère, ou non ;)

  • je ne désespère pas d'apprendre à mes élèves à comprendre le français sans sous-titres et j'ai des tas de motifs d'étonnement, chaque jour ;-)

  • Coucou Adrienne,
    J'ai vécu cette période où on encourageait les gens à parler en Néerlandais plutôt qu'en patois... Mes cousins par exemple s'adressaient en Néerlandais à leurs enfants, enfin, du moins c'est ce qu'ils pensaient, car ils faisaient de toute façon plein de fautes (ils les vouvoyaient, disaent "tas" pour tasse,...) Alors que personnellement le fait de parler patois ne m'a jamais empêchée de parler l'ABN. On l'apprenait au fur et à mesure à l'école. Je trouve dommage que les patois se soient perdus.

    Biz,
    lulu

  • J'étais grondée chaque fois que je essayais de parler wallon à la maison.
    Comme je ne vouvoyais pas, on me trouvait grossière...

  • dans ma ville, le patois n'était déjà plus de mise dans les cours de récré quand j'étais petite fille, les gens élevaient leurs enfants - comme tu le décris - dans une sorte d'"algemeen nederlands" que les philologues appellent "een tussentaal", à cause des mots et des tournures transposés directement du dialecte...
    c'est aussi l'époque où on a commencé à terroriser les enfants (et leurs parents) avec des consignes et préceptes du genre "ne dites pas... mais dites...", nous imposant un tas de mots hollandais que personne n'utilisait dans la vie courante, comme "ham" au lieu de "hesp"
    dans la famille de mon mari (comme dans la plupart des familles de Flandre Occidentale) le patois était encore la langue largement utilisée et c'était un jeu qui amusait beaucoup mes neveux et nièces de tester les adultes sur leur connaissance du mot "juste" en néerlandais, par exemple au lieu de dire "pennenzak" il fallait dire "schooletui", que nous trouvions tous parfaitement ridicule :-)
    bref, je vois que je suis en train de faire tout un billet sur le sujet ;-)

  • chez nous on était grondés si on parlait français à la récré et encore aujourd'hui je suis supposée faire la remarque si j'entends un élève parler français dans les couloirs ;-)

  • C'est pareil (si pas pire) en Wallonie où l'usage de l'idiome local a été interdit et réprimé dans les écoles dès l'instauration de l'instruction obligatoire et même à la maison comme le signale Madame Chapeau.
    Pour la défense d'une langue standard comme le français ou le néerlandais il faut bien reconnaître que l'aire de diffusion d'un patois est très restreinte, sur les 58km à vol d'oiseau séparant La Louvière de Tournai, on peut découvrir cinq façon de dire chien.
    Il est donc difficile d'espérer rassembler un public assez large s'exprimant dans le même patois. Raison pour laquelle les tentatives d'émissions en "Wallon" à la télé se heurtent au verdict de l'audimat : quand un Tournaisien regarde un truc en liégeois, il pourrait tout aussi bien se brancher sur la télé chinoise.

  • absolument! nos dialectes présentent des variations de kilomètre en kilomètre! entre le nord et le sud de notre petite ville, on ne prononce pas de la même façon le mot œuf, par exemple (een aa, een ei)

  • Ah, moi je trouve ce billet fort intéressant (peut-être faudrait-il demander à l'entrepreneur et à Ahmed de jouer dans la pièce...)
    Aller vers une "pseudo" pureté de la langue orale... C'est une tendance générale... Enfants, nous faisions nos délices des dialogues de la semaine (qui ont disparu je ne sais quand, avec le Pourquoi pas sans doute). A la maison, je ne pouvais pas employer de mots bruxellois (mon vocabulaire était pourtant très restreint - avec les variantes que ma mère connaissait venant d'Uccle Saint-Job - et ressemblant au dialecte marollien). Mais depuis sa disparition, j'ai oublié beaucoup.

    Le plus drôle est que dans les groupes facebook sur Bruxelles, il est bien vu de parler Bruxellois à heure et à temps. D'où l'erreur : si tu ne parles pas bruxellois, c'est que tu n'es pas un vrai bruxellois (même si ceux qui parlent bruxellois ont quitté la capitale depuis longtemps). Or, dans ma famille, nous sommes quand même bruxellois depuis quelques générations.

    Il reste quand même que les variantes - je reviens au wallon par exemple - sont parfois très proches (nous avions une carte en philo romane des variantes du mot chapeau, tchapiè, tchapia, tchapiau...) dans le Hainaut.

    Chose amusante, (je reviens à la maison), il y avait des plats que l'on nommait en flamand (pour faire simple),
    comme un "aar'a koek" (j'écris approximativement, le aa a une sonorité très particulière, peut-être plutôt aerrekouuk. C'était une omelette sucrée en fait, avec un peu de lait que ma mère faisait parfois pour le goûter (mais je préférais le pain perdu). Ce qui rejoint ton AA.

    Enfin, quand même, j'ai organisé et animé un petit atelier d'écriture chez moi, avec des amis, (et Jean Nuages était là) il y a des années, sur le thème de la Belgique... Avec tous des incitants comme des photos, des chansons, des listes de mots, des bouts de poèmes ... Et le cuberdon pour le gustatif. Et puis, à partir d'une chanson (Dominique nique nique), j'ai demandé à chacun d'écrire un texte.
    Mon amie D. a écrit un texte étourdissant en... Wallon. Elle dit encore qu'elle ne comprend pas comment elle y est arrivée !

    Il est vrai que chez nous, avec la "Flandre" - si diverse - Bruxelles et la Wallonie, on n'est en effet pas sorti de l'auberge... Parce que la Flandre quand même, cela va de la frontière française au Limbourg et le mélange Liège/Limbourg est d'ailleurs très particulier.

  • oui bien sûr les variantes sont très proches, on passe graduellement et de variante en variante, des Flandres jusqu'au Limbourg, où je n'y pige plus que dalle ;-)

  • Je ne sais pas qui a inventé la tour de Babel mais il a bien réussi son coup !

    Tiens justement dans le patois de chez moi, de celui ou celle qui avait la langue bien pendue on disait qu'il (ou elle) avait "eune sacrée babelle" !

    http://www.lavoixduchti.com/

  • ça doit venir du flamand, babbelen, bavarder, bavasser ;-)

  • merci pour le lien, Joe Krapov, je me suis amusée à tout écouter et j'ai reconnu un mot que mon père employait dans des circonstances bien précises "ça funque" :-)

  • Mons?

  • On ne parle pas borain à Mons, le patois de Mons ressemble plus à du français ancien, il est limité à la ville elle-même. Le borain, c'est à l'ouest de Mons : Frameries, Boussu, Flénu, Quaregnon, Boussu...

  • ah bon! par chez nous on a l'habitude de dire d'une traite "Mons-Borinage" ;-)

  • Oui, je sais, mais ça, c'est une sorte de district plus lié à la politique et au découpage des fiefs socialistes. Le Borinage n'englobe pas Mons ni d'ailleurs la zone-tampon Cuesmes, Jemappes.
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Borinage

  • merci pour le lien et pour les explications!
    dialecte picard, donc :-)

  • Moi je suis frustrée de ne pas connaître le wallon. ici beaucoup de gens le connaissent, l'ont parlé chez eux, surtout les Verviétois. Chez moi on en utilisait des bribes, peut-être pour montrer qu'on ne "se donnait pas des airs", et parce que c'était souvent plus imagé, aussi il y avait des choses dont je ne connaissais que le nom wallon, et ... oh le regard épouvanté des "chères soeurs" à l'école quand j'ai dit que les têtards étaient des popioules. Comme si soudain j'étais devenue de la racaille, un paria... Maintenant vraiment j'envie ceux qui l'apprécient sans devoir "deviner" de quoi on parle :)

  • nous ne parlions pas le dialecte mais mon père ne le méprisait pas, il considérait que c'était une richesse (au niveau lexical, chaque dialecte a ses particularismes, ce qui nous réjouit toujours beaucoup quand on se retrouve entre Flamands de diverses régions: comment appelez-vous le papillon dans votre dialecte? la balançoire? la coccinelle? la brouette? le seau? ça donne toujours lieu à des échanges très amusants :-))

  • Disons alors que dans ma jeunesse j'étais déjà quadrilingue ? Quand papa était là nous parlions le français, pas le wallon. Avec maman c'était le patois d'Overmere (pratiquement du plat-deutsch à l'école c'était le néerlandais en classe mais le gantois à la récré... Sans oublier que ma memère parlait le wallon !

  • ah oui nous aussi on rigolait qu'on était trilingues, enfants, français, néerlandais et patois flamand ;-)

  • C'est vrai que les dialectes variaient presque de village à village, mais de là à dire que les gens ne se comprenaient pas entre eux... Mon papa était de Lochristi, ma maman de Kalken, je ne sais pas combien de kilomètres il y a exactement entre les deux villages, à mon avis pas tellement car on faisait le trajet en vélo entre les deux villages (bon, Lochristi n'est plus un village à mes yeux). J'ai "pris" des deux dialectes, et je n'ai jamais eu l'impression que l'on ne se comprenait pas entre les deux familles.

    Et pour ce qui est du patois et le Néerlandais, je crois que les enfants comprennent sans problème quand ils doivent parler en Néerlandais ou qu'ils peuvent parler en patois...

  • bien sûr qu'on se comprend! mais de moins en moins bien à mesure qu'on s'éloigne, moi par exemple je ne comprends pas les dialectes limbourgeois (et j'ai du mal avec les anversois et avec le propriétaire de mon kot à Louvain ;-))

Écrire un commentaire

Optionnel