F comme found in translation

Nul ne sait ce que, du langage d’autrui, Robinson, qui ne parle pas du tout, comprend ou ne comprend pas. À certaines expressions courtes prononcées dans des circonstances précises, il répond par un comportement approprié : il se dirige vers la cuisine si je lui dis « On va manger » et, quand je répète « Trampoline », il se rend dans mon bureau, pièce qui contient bel et bien, à son intention, un petit trampoline. À « Dis au revoir », il réagit par un geste minimal, en levant l’avant-bras et en pliant l’index, et à « Donne un bisou » en tendant la joue sans pour autant bouger les lèvres. S’il vient de jeter un objet par terre, par exemple sa casquette lors de notre promenade, il me prouve, en le récupérant, qu’il connaît la signification de « Ramasse ! » Lorsqu’il est de bonne volonté, il obtempère aussi à « Appuie sur le bouton », « Éteins la lumière », « Assis » ou « Ferme la porte. » Et, quand il s’est emparé d’une tranche de pain et qu’ayant à peine mordu celle-ci, il désigne le frigo, en geignant, pour demander un yaourt à la vanille, il comprend « D’abord ton pain ! », ce qui suppose tout de même une forme de conditionnel. Mais, à ma connaissance, son rapport au langage ne va guère au-delà. 

Extrait de Robinson, du Liégeois Laurent Demoulin, publié chez Gallimard en 2016, un livre autobiographique qui parle de la relation entre un père et son fils autiste.

Demoulin.jpg

source de la photo et interview avec l'auteur ici 

Passa Porta propose un Found in translation, c'est-à-dire une rencontre avec l'auteur et sa traductrice (http://passaporta.be/passa-porta-lab/found-in-translation) rencontre à laquelle on peut participer si notre traduction néerlandaise de ce texte est retenue. 

Niemand weet wat Robinson, die helemaal niet spreekt, van andermans taal begrijpt of niet begrijpt. Enkele korte uitdrukkingen, uitgesproken in welomschreven omstandigheden, beantwoordt hij met gepast gedrag: hij begeeft zich naar de keuken als ik hem zeg "We gaan eten" en als ik "Trampoline" herhaal, gaat hij naar mijn bureau, een ruimte waar inderdaad ter zijne intentie een kleine trampoline staat. Op "Zeg gedag" reageert hij met een minimaal gebaar, een geheven voorarm en geplooide wijsvinger, en bij "Geef een zoen" reikt hij de wang aan, weliswaar zonder de lippen te bewegen. Als hij een voorwerp op de grond gooit, bijvoorbeeld zijn pet tijdens onze wandeling, bewijst hij mij, door die terug te nemen, dat hij de betekenis kent van "Oprapen!". Als hij van goede wil is, geeft hij ook gevolg aan "Druk op de knop", "Doe het licht uit", "Zit" of "Sluit de deur". En als hij een sneetje brood genomen heeft en al kreunend naar de koelkast wijst om een vanilleyoghurt te vragen, terwijl hij nog maar een beet van zijn brood nam, begrijpt hij "Eerst je brood", wat toch een zekere notie van de voorwaardelijke wijs veronderstelt. Maar bij mijn weten reikt zijn verhouding tot taal niet veel verder.

 

Commentaires

  • pour ça, faudrait que j'envoie :-)

  • Et que vous alliez écouter les courcaillets de phasianidé de l’Ancien Monde ;-)

  • très juste! je n'ai pas encore traduit le dernier paragraphe ;-)

  • Je t'admire d'aussi bien maîtriser notre seconde langue (pour être honnête je te fais confiance car je ne comprends rien :) ) qu'en revanche j'ai perdue plus d'une fois. J'étais "première" de classe à 14-15 et 16 ans, puis en venant à l'école à Bruxelles j'ai eu une timbrée comme prof, qui pendant deux ans nous a fait répéter par coeur la liste des verbes irréguliers. Du coup, je ne savais plus faire une phrase. Puis je suis partie vivre en France, où j'ai achevé d'oublier. De retour, je me suis inscrite à des cours de flamand, et hop, très bonne et motivée encore pendant la première année, et puis une jeune prof qui ne m'aimait pas en seconde, qui est arrivée à "me moffler" (tout à fait abject puisque je donnais mes notes de cours dactylographiée à la moitié de la classe, car j'étais "parmi les meilleures"...

    Fired in translation, quoi :)

  • je n'ai aucun mérite, je suis tombée dans une marmite trilingue à ma naissance, français, néerlandais et patois flamand :-)
    et oui, on ne dira jamais assez l'importance de l'amour dans l'apprentissage! oui, le prof doit aimer ses élèves!

  • Envoie, Adrienne.
    Ta tradustion est limpide , je ne sais pas si elle correspond à l'original mais elle a du sens.

  • tu as passé ma traduction en néerlandais dans une moulinette google translate?
    bises, Berthoise, je pense bien à toi, je suis à Ostende, je vois la mer et il fait beau :-)

  • oui hein :-)
    faut dire que si on vit en Belgique, elle n'est jamais bien loin!

  • Envoie, et illico! Moi je te donne une excellente appréciation!
    Vue sur mer, il fait beau paraît-il, les mouettes jouent-elles sur les vagues?
    Besos Adrienne, j'ai enfin retrouvé mon ordinateur, couvert de poussière mais il marche!

  • oui il fait très beau, beaucoup de monde aussi, sur la digue, au parc, sur la plage même et aux terrasses, bien sûr!

  • On croise les doigts.
    Le texte est magnifique en tous cas (enfin en français, parce que moi, le néerlandais...)
    ¸¸.•*¨*• ☆

  • je n'en ai lu que l'extrait proposé sur le site de Passa Porta, mais ça a l'air d'être un témoignage à la fois poignant et plein d'humour

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