O comme obsession

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Chaque fois qu'elle passait dans cette rue, elle ne pouvait s'empêcher de regarder intensément la façade du numéro 17. Chaque fois, cette vue la désolait. Chaque fois, il y avait de nouvelles dégradations à déplorer. 

Il y a longtemps que le bois autour des grandes vitrines aurait dû recevoir une couche ou deux de peinture. Des squatteurs avaient négligé de fermer les fenêtres des chambres, en quittant les lieux. Des vitres s'étaient brisées, d'abord au premier étage, puis au second. 

Elle n'osait s'imaginer dans quel état était le reste de la maison. Le plancher du grenier? La cour aux pavés orange? Toutes ces grandes pièces non chauffées depuis des années? La pluie ne s'était-elle pas infiltrée par le toit ou par les cheminées? Les rats, les souris, d'autres nuisibles n'avaient-ils pas envahi les lieux, les boiseries surtout? 

Elle s'en voulait de s'inquiéter pour un bâtiment qui n'était plus dans la famille depuis bientôt trente ans mais c'était plus fort qu'elle: en passant devant, elle ne pouvait que regarder et voir. 

Un autre hiver est venu. Les peintures ont été refaites, de nouvelles fenêtres installées, de grandes pancartes ont annoncé l'ouverture prochaine d'un café. 

Ça l'a rendue heureuse. Heureuse qu'on garde le carrelage ancien, le grand miroir biseauté, les rayonnages gris clair sur le mur du fond. Elle espérait qu'en poussant la porte vitrée, elle entendrait à nouveau la clochette d'autrefois. 

La chapellerie de son grand-père revivrait.

*** 

source de la photo de Fred Hedin et consignes chez Leiloona, que je remercie!

Commentaires

  • Et le café, il a des clients?

  • à voir la photo, j'ai un doute ;-)

  • Je ne retournerai jamais voir la maison de mes parents : tout a changé, le jardin n'est plus visible il y a un bâtisse dessus.

  • peu me chaut la maison de mes parents...
    par contre, le jardin de ma grand-mère... :-)

  • J'aime beaucoup le carrelage.
    Je ne vais que rarement au café.

  • j'aime aussi quand on conserve le carrelage ancien :-) et les cafés, c'est vrai, ne font pas d'affaires avec moi non plus ;-)

  • Heureusement qu'il y a eu cette reprise, sinon la narratrice risquait l'AVC ;) Mais on comprend son sentiment de frustration en voyant que ce qui avait été n'était plus...

  • et maintenant elle va se faire du mauvais sang si elle n'y voit pas régulièrement de la clientèle ;-)

  • J'adore les carrelages anciens! Ici il y a un beau mariage entre l'ancien et le moderne (je suppose que c'est du papier peint au-dessus du bar, je le trouve très, comment dire? "illuminant").

    Bisous,
    Lulu

  • J'adore les carrelages anciens! Ici il y a un beau mariage entre l'ancien et le moderne (je suppose que c'est du papier peint au-dessus du bar, je le trouve très, comment dire? "illuminant").

    Bisous,
    Lulu

  • je ne sais pas où la photo a été prise mais les papiers peints "vintage" se trouvent, il y a des commerces spécialisés (où on trouve même les motifs psychédéliques des seventies :-))

  • Mes parents avaient un très beau carrelage dans l'entrée et la cuisine. Je n'ai pas osé rendre visite aux nouveaux propriétaires, trop peur d'être déçue par les transformations.

  • c'est en effet plus sage de garder les souvenirs intacts et de laisser les nouveaux occupants y vivre leur vie :-)

  • Un petit rien, une cloche qui reprend du service, et le bonheur est là ! :)

  • la madeleine de Proust peut aussi être auditive :-)

  • Que de mélancolie dans ton texte!

  • la nostalgie, c'est sans doute ma marque de fabrique, nostalgie heureuse :-)

  • Arrrfff, la nostalgie du passé.... Mais le bonheur est de nouveau là, c'est le principal !

  • oui oui, c'est positif :-)

  • coucou c'est un beau billet et merci ADRIENNE BISOUS DE FIN DE FETES

  • merci, bonne soirée!

  • Impossible d'oublier la maison de mon enfance. Elle n'est plus là mais les souvenirs de cette maison, ses champs, son boisé, ma famille nombreuse sont intacts dans ma mémoire et mon ressenti. Il y a deux ans nous y sommes retournés voir son emplacement ce n'est plus que broussailles mais j'ai aimé revoir ce coin si cher à mon cœur.

  • il y a des lieux qu'on a envie de revoir, c'est vrai, et parfois c'est un besoin :-)
    c'est plus sage, en effet, d'accepter que les lieux aient changé...

  • Joli retournement : des tons sombres puis la lumière. Avec la touche Adrienne, la petite note de la nostalgie.

  • merci, Caro :-)
    j'espère que tu vas bien et tes fils aussi!

  • yep ça va. Les deux aînés frôlent le mètre 80. heureusement le petit...

  • le petit lui aussi rêve de frôler le mètre quatre-vingts le plus vite possible, à mon avis ;-)
    bises!

  • Un joli mariage entre le passé, le présent et le futur dans ce lieu qui abrite bien des souvenirs. C'est toujours plaisant de voir que l'on garde un peu du passé dans un lieu qui nous était familier.

  • merci :-)
    oui on aime retrouver un petit quelque chose, surtout si c'est quelque chose de beau

  • Je comprends l'héroine, j'ai été heureuse que la maison de mes parents soit rénovée après sa vente, et habitée par un couple avec une petite fille. Cela aurait surement plu à maman, une petite fille. Les nouveaux propriétaires nous ont même fait visiter, nous, les trois enfants.
    C'est bien, la roue doit continuer de tourner, et la maison d'être habitée.
    Merci pour ce texte émouvant et si bien écrit.

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