T comme T-shirt orange

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C'est en arrivant à l'entrée du parc qu'elle l'a vu. Il était grand, mince, finement musclé dans son T-shirt orange par ce frais matin de printemps. L'enseigne du pharmacien marquait bientôt dix heures et 9 degrés mais son T-shirt lui collait à la peau. 

"Il doit avoir marché longtemps avec son lourd bagage", pensa-t-elle. Un gros sac à dos était posé à terre contre sa jambe, une guitare bien emballée dans sa housse et un deuxième sac, volumineux, posé devant lui. 

"Leurs yeux se rencontrèrent" se dit-elle en souriant, mais on n'était pas chez Flaubert: c'est sa coiffure rasta qu'elle regardait, et ses longs bras nus où l'on voyait les muscles sous la peau noire, comme lustrée. Il avait l'air fatigué et indécis. 

"Je parie qu'il a dormi à la belle étoile", pensa-t-elle encore en le regardant remettre son sac à dos sur ses épaules. Elle le vit faire une grimace douloureuse, ce qui confirma son opinion. Il trimbalait sans doute toutes ses affaires depuis déjà un bon bout de temps. 

- Vous avez dormi dehors? 

Elle le regretta tout de suite mais dans l'urgence, elle n'avait rien trouvé de plus approprié comme entrée en matière. 

Il la regarda, ébahi, sans répondre. Une question de langue, peut-être? 

- Je vous offre un café? dit-elle en faisant un geste large en direction de la grande brasserie, un peu plus loin sur sa droite. 

Elle le vit hésiter un instant. Elle supposa que ses rides et ses cheveux gris avaient quelque chose de rassurant, car il finit par ébaucher un sourire pour accepter. 

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C'était une de ces brasseries ostendaises où l'on sert de plantureux buffets pour le petit déjeuner. Elle capta son regard sur les paniers de viennoiseries, les plateaux garnis de fruits, de charcuteries et de fromages. S'il avait aussi faim qu'elle le supposait, l'odeur des œufs brouillés ou frits devait faire crier son estomac. Elle ne se trompait pas.  

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"C'est tout juste s'il n'a pas avalé le petit bouquet de violettes", se dit-elle avec un sourire attendri, en quittant leur table plus d'une heure et demie plus tard. 

- Comment vous remercier, lui dit-il pour la troisième fois, je n'ai rien à vous offrir. 
- Détrompez-vous: vous m'avez beaucoup offert! Vous m'avez offert votre histoire. 

Elle lui montra le chemin de la gare et se dépêcha vers son clavier. "A Djibril", écrivit-elle en dédicace, même si plus que probablement il ne le lirait jamais. 

*** 

merci à Lakévio pour la consigne et l'image (ici)

Commentaires

  • merci Mme Chapeau

  • elles arrivent, pourtant ;-)

  • Pourvu qu'il ne rate pas son train, elle devrait à nouveau lui offrir à dîner au buffet de la gare...

  • il y en a un toutes les heures, il a largement le temps de prendre celui de midi ;-)

  • Il a sûrement aussi apprécié la fraîcheur du bouquet de violettes et moi tendrement aimé ton histoire. Il faudrait oser plus souvent inviter quelques inconnus au bagage intéressant !
    Bravo, Adrienne.

  • mon expérience me fait conclure que chacun a un bagage intéressant (mais certains ont fait plus de kilomètres que d'autres :-))

  • C'est bien des années après qu'il trouva ce boulot de dépanneur informatique par téléphone.
    Sans qu'il le sût, sans qu'elle s'en doutât, ils se retrouvèrent un jour autour d'une réinstallation de Google Chrome.

    Elle est pô belle, la vie ?
    ;-)

    Bonne semaine, Adrienne !

  • j'adore :-)

  • merci Alphonsine :-)

  • merci Brigou!

  • jolie histoire que l'on aimerait bien vivre ........ mais oserait-on ? ....pourtant on devrait !

  • sans hésiter, dans ce contexte c'est absolument sans risque :-)

  • jolie histoire que l'on aimerait bien vivre ........ mais oserait-on ? ....pourtant on devrait !

  • merci Aman bou!

  • Donner gratuitement (ou presque) et partager un moment d'humanité vraie !
    Plus prosaïquement, ici, les brasseries du bord de plage réservent le petit déjeuner buffet à ceux qui ont réglé une chambre ... c'est le sud !

  • ah bon? à Ostende, quand l'hôtel a une brasserie, on peut aussi y aller prendre un petit déjeuner sans loger, ce que font pas mal de "résidents" d'appartements

  • C'est une vraie nouvelle que tu nous as offerte et j'ai adoré ! J'ai été moins prolixe mais c'est la vérité vraie : mes violettes ne sentent rien, hélas !

  • oui, c'est long, je sais, et encore, j'ai coupé toute la conversation!

  • jolie histoire que l'on aimerait bien vivre ........ mais oserait-on ? ....pourtant on devrait !

  • jolie histoire que l'on aimerait bien vivre ........ mais oserait-on ? ....pourtant on devrait !

  • désolée, Emiliacelina, on dirait que les commentaires se répètent tout seuls :-)

  • merci Berthoise :-)

  • Une très "belle" histoire, avec tout ce que ce mot peut contenir d'amour, de compassion, de partage, d'humanité, de simplicité ! merci Adrienne

  • merci à toi pour ce gentil commentaire, Colette!

  • Tu es très douée en histoires inventées...peut-être un tantinet autobiographiques ?
    En tous cas il y a beaucoup de toi dedans...
    ¸¸.•*¨*• ☆

  • un tantinet, ça se pourrait ;-)

  • si, son histoire!
    mais ce sera pour un autre billet, peut-être :-)

  • Une belle histoire libellée "fiction" mais que je n'aurais aucune peine à imaginer réelle.
    ;o)
    J'aime bien les évocations qui donnent foi en l'humanité.

  • il faut avoir cette foi :-)

  • Une histoire oui mais qu'on aime voir dans la vraie vie.
    J'aime ces pensées, actes d'humanité et je sais qu'elles sont souvent actualisées car la bonté est innée chez l'être humain même si souvent elle est enfouie.

  • mais oui, comme ce coureur du marathon d'Anvers qui s'est arrêté pour aider un concurrent tombé, perdant ainsi et son rythme et de précieuses minutes pour son palmarès!

  • on est très loin du bouquet de violettes, en fait, ici il n'est que le décor sur une table de brasserie un matin de printemps ;-)

  • Oh que j'ai aimé ton histoire, j'ai eu l'impression de la vivre avec---toi, ou elle, eux.
    Oui, oui, raconte-la nous, un jour!
    Pour toi une violette ce matin.

  • merci chère Colo!

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